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L’après Balfour : 100 ans d’histoire et d’occasions manquées

Zena Agha, Jamil Hilal, Rashid Khalidi, Najwa al-Qattan, Mouin Rabbani, Jaber Suleiman et Nadia Hijab – Réseau Al Shabaka
 
Un déferlement mondial d’analyses et d’activités militantes marque le 100ème  anniversaire de la Déclaration Balfour du 2 novembre 2017. La Déclaration a donné l’imprimatur impérial à la Résolution prise par le mouvement sioniste lors de sa première conférence à Bâle en 1897 de « donner un foyer au peuple juif en Palestine garanti par le droit public » et a engendré une guerre et une violence sans fin, ainsi que la dépossession, la dispersion et l’occupation du peuple palestinien.
 
L’histoire aurait-elle pu prendre un autre tour? Les Palestiniens auraient-ils pu, à un moment ou un autre, influencer le cours des choses pour qu’il prenne une autre direction? Nous avons organisé une table ronde avec des historiens et des analystes du réseau politique d’Al-Shabaka pour leur demander d’identifier une situation précise qui aurait pu tourner différemment si le peuple palestinien avait décidé d’un autre plan d’action, et d’en tirer un enseignement pour notre quête d’autodétermination, de liberté, de justice et d’égalité.
 
Rashid Khalidi ouvre le feu avec sa remarque lapidaire sur l’éternelle incapacité des dirigeants palestiniens à comprendre la dynamique du pouvoir mondial ; le Livre blanc(1) de 1939 est pour lui le signe du caractère gravissime de cette lacune.
 
Zena Agha mentionne la Commission Peel de 1936 – la première fois que la Partition a été présentée comme une solution – en se demandant si la Partition est inévitable, jusqu’à aujourd’hui, comme l’a affirmé la Commission.
 
Jamil Hilal cite le Plan de Partition lui-même – la Résolution 181 de 1947 de l’ONU – en rappelant qu’une minorité de Palestiniens pensaient qu’il fallait l’accepter pour donner au mouvement national le temps de se remettre de la défaite que venaient de lui infliger les Anglais et les Sionistes. Selon elle, il faut bien sûr que nous, Palestiniens, tirions les leçons de Balfour, du Plan de partition et d’Oslo, mais il faut aussi se demander qui va en tirer les leçons, et comment on peut obliger les gens à en tenir compte dans leurs actions?
 
Dans quelle mesure la grande catastrophe de l’Holocauste a-t-elle déterminé la création d’Israël? Najwa al-Qattan soutient que bien qu’il y ait certainement un lien historique, il n’y a pas de relation de cause à effet, et elle exhorte donc à une lecture critique de l’histoire pour préparer l’avenir.
 
Mouin Rabbani quant à lui, ne pense pas que la visite d’Anwar Sadat à Jérusalem en 1977 ait été une bonne chose ; il souligne qu’en renonçant à la guerre arabe contre Israël, le leader égyptien a aussi privé l’OLP et les Etats arabes d’une option diplomatique crédible.
 
Jaber Suleiman compare l’issue de l’Intifada de 1987 contre l’occupation israélienne à celle de la révolte palestinienne de 1936 contre l’occupation britannique et en tire plusieurs leçons, en particulier l’importance de faire dépendre la tactique d’une vision nationale stratégique claire qui guide la lutte palestinienne à chaque étape.
 
La table ronde a été animée par Nadia Hijab.
 

Rashid Khalidi: Le Livre blanc et l’incapacité d’appréhender la nature du pouvoir global

Le Livre blanc de 1939 aurait-il pu marquer un tournant dans l’histoire de la Palestine? Peut-être, mais pas un tournant capital. Si les dirigeants palestiniens avaient accepté le Livre blanc, ils auraient pu se repositionner vis-à-vis de la puissance coloniale. Cela aurait pu améliorer leur position à la fin de la révolte de 1936-1939 en les mettant dans le camp de la Grande-Bretagne quand les sionistes se sont retournés contre elle.
 
Cependant, la Grande-Bretagne était une puissance déclinante. Les États-Unis et les Soviétiques attendaient dans les coulisses et ont fait irruption sur la scène peu de temps après. En 1941, les nazis ont attaqué l’URSS et le Japon a attaqué Pearl Harbor, et le monde a changé, donc tout ce que les Palestiniens auraient pu faire avec la Grande-Bretagne aurait probablement eu peu d’effet. Dans un sens, la grande révolte palestinienne est arrivée trop tard. Les Egyptiens s’étaient révoltés en 1919, les Irakiens en 1920 et les Syriens en 1925. Dans les années 1930, surtout après l’arrivée au pouvoir des nazis, le projet sioniste était complètement lié à la Palestine.
 
Cependant, ce que cette période met en lumière, c’est le fait que tous les dirigeants palestiniens sans exception étaient handicapés par une mauvaise compréhension de l’équilibre des forces internationales. Les Palestiniens se battaient contre un mouvement colonial basé en Europe et aux États-Unis et composé d’Européens dont les langues maternelles étaient européennes et qui avaient des réseaux influents en Europe et aux États-Unis.
 
Pour pouvoir rivaliser avec un mouvement comme celui-là, il aurait fallu que les dirigeants palestiniens aient parmi eux des gens qui avaient des liens avec ces réseaux, qui parlaient couramment leurs langues et qui comprenaient à la fois la politique internationale et la politique intérieure. Les Palestiniens n’avaient pas ces connaissances pendant le mandat britannique – il suffit de lire leurs mémoires. Certains ont eu des intuitions mais ils ne faisaient pas le poids en face de l’autre camp, avant et après la Déclaration Balfour, et avant et après le Livre blanc. Et cela n’a pas beaucoup changé au cours des 100 dernières années, surtout en ce qui concerne les États-Unis. L’OLP avait une bonne compréhension du Tiers-Monde et de son fonctionnement, une bonne compréhension de l’Union soviétique et une certaine compréhension de l’Europe occidentale, raisons pour lesquelles elle a remporté des victoires diplomatiques dans les années 1970. Mais elle n’avait qu’une vague compréhension de la politique américaine, et c’est encore le cas.
 
La jeune génération palestinienne qui a grandi aux États-Unis et en Europe est bien mieux équipée. Elle a des réseaux et une bonne compréhension du fonctionnement de ces sociétés, ce qui n’est pas le cas des dirigeants palestiniens ni de la génération de leurs propres parents. Cette génération qui a produit des avocats, des médecins, des professionnels des médias et des gestionnaires financiers progresse en richesse et en influence, et elle n’hésitera pas à utiliser son pouvoir et son influence pour promouvoir la justice pour les Palestiniens.
 
S’il y a une leçon historique à tirer de cette brève discussion, c’est que ça ne sert à rien d’aller au sommet ; de parler à Lord Balfour ou au secrétaire Tillerson. Ce sont les structures du pouvoir qu’il faut comprendre – Balfour faisait partie d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une classe, d’un système, et Tillerson aussi. Il faut comprendre ces structures, ainsi que les médias, et avoir une stratégie pour y faire face. L’idée qu’on peut régler un problème en allant au sommet est une illusion que les Palestiniens et les Arabes ont souvent entretenue à cause de la façon dont fonctionnent les systèmes arabes gouvernés par des rois et des dictateurs. La direction nationale n’a toujours pas de stratégie pour traiter avec les États-Unis, c’est lamentable. En revanche, la société civile palestinienne fait un travail remarquable, à la fois dans la diaspora et en Palestine: eux, ils comprennent le fonctionnement du monde.
 

Zena Agha: La Partition n’était pas un pilier de la politique

Il y a eu beaucoup d’erreurs et d’occasions manquées tout au long de la longue et douloureuse histoire de la conquête coloniale palestinienne. Dans le contexte du centenaire de la Déclaration Balfour, la Commission Peel – un rapport produit par la même puissance impériale que celle de la Déclaration de 1917 – est un moment crucial, même s’il est passé sous silence, de l’histoire de la quête palestinienne pour son autodétermination.
 
Dirigée par lord Peel, la Commission était le résultat de la mission britannique en Palestine de 1936. Son but officiel était « d’identifier les causes sous-jacentes des troubles » en Palestine après la grève générale arabe de six mois et « d’enquêter sur la manière dont le Mandat pour la Palestine est mis en œuvre par rapport aux obligations du Mandataire envers les Arabes et les Juifs respectivement ».
 
Selon le rapport publié en juillet 1937, le conflit entre Arabes et Juifs était irréductible et, par conséquent, la Commission a recommandé la fin du Mandat britannique et la partition de la Palestine en deux États: l’un arabe, l’autre juif. La partition était présumée être le seul moyen de « résoudre » les ambitions nationales contradictoires des deux camps et de sortir la Grande-Bretagne de l’impasse où elle s’était mise.
 
En dépit des engagements pris dans la Déclaration Balfour, l’Accord Sykes-Picot et la correspondance McMahon-Hussein, la recommandation de partition a formellement entériné l’incompatibilité des obligations britanniques envers les deux communautés. La Commission Peel a été la première forme de reconnaissance que le mandat britannique était intenable, presque 20 ans après sa création. C’était aussi la première fois que la Partition était mentionnée comme une « solution » au conflit que la Grande-Bretagne avait créé.
 
Les deux partis ont rejeté la recommandation de la Commission. Les dirigeants sionistes étaient mécontents de la taille du territoire qui leur était attribué, tout en approuvant la partition elle-même. Du point de vue palestinien, la partition constituait une violation des droits des habitants arabes de la Palestine. Le rapport de la Commission a déclenché la révolte arabe de 1936 qui a été violemment écrasée par les Britanniques en 1939.
 
Il est difficile de dire ce qui aurait pu se passer d’autre. Après tout, la révolte arabe (et l’échec de la conférence anglo-arabo-juive de Londres en février 1939) a conduit à la publication du Livre blanc de 1939, qui stipulait: « Le gouvernement de Sa Majesté déclare donc sans équivoque qu’il n’est pas dans son objectif politique que la Palestine devienne un État juif ». C’était une victoire importante pour la communauté palestinienne. C’est ce qui a suivi, à savoir la Seconde Guerre mondiale et les horreurs de l’Holocauste, qui ont radicalement fait pencher la balance en faveur d’un État juif en Palestine.
 
La Commission Peel et ses conséquences rappellent opportunément que la Partition de la Palestine n’a jamais été le pilier du mandat britannique. Au contraire, la partition a été suggérée, en desespoir de cause, par la Grande-Bretagne, la puissance coloniale, pour se débarrasser du bourbier palestinien. Cette partition est alors devenue parole d’évangile pour les Nations Unies nouvellement créées, et aucune négociation n’a depuis été nécessaire ou raisonnable. Alors que nous cherchons à tirer des leçons pour l’avenir, il faut peut-être déboulonner le mythe désormais incontournable selon lequel le partage de la Palestine historique serait le seul moyen d’assurer la paix, quelle que soit la forme que cette paix puisse prendre.
 

Jamil Hilal: Le Plan de Partition et les bifurcations

Pour voir les routes qui n’ont pas été suivies lorsque la Résolution 181 des Nations Unies (aussi connue sous le nom de Plan de Partition) a été adoptée en 1947, il faut se pencher à nouveau sur la Déclaration Balfour de 1917 et ses conséquences. La Déclaration reflète les intérêts de la Grande-Bretagne dans la région : elle avait besoin de la Palestine pour conserver son contrôle sur le canal de Suez et pour faire obstacle aux ambitions françaises sur le sud de la Syrie. Les préoccupations britanniques étaient donc à la fois économiques (accès au Canal, accès et contrôle du pétrole et du gaz) et politiques (contrôle de la Palestine tel qu’il lui avait été donné par la Société des Nations). Ce contrôle est la raison pour laquelle la Grande-Bretagne s’est engagée à établir un « foyer juif » en Palestine, plutôt qu’un état juif.
 
La colonisation de la Palestine par les colons juifs européens s’est faite contre la volonté des Arabes palestiniens autochtones grâce à  la Déclaration. Cette colonisation européenne de la Palestine initiée par les Britanniques a commencé bien avant les terribles atrocités du régime nazi dans l’Allemagne hitlérienne. Il y a eu beaucoup de résistance palestinienne à cette double colonisation de la Palestine, dont la plus connue est la grande rébellion de 1936-39. La direction du mouvement national palestinien qui a combattu la colonisation sioniste n’était pas d’accord en ce qui concernait le pouvoir britannique. Certains dirigeants pensaient que la Grande-Bretagne pouvait être gagnée à leur cause, tandis que d’autres la considéraient comme l’ennemi principal. Cette différence de vue sur le rôle du pouvoir impérial par rapport à l’ennemi direct existe toujours aujourd’hui.
 
Les mesures prises par les forces britanniques et sionistes pour écraser la rébellion de 1936-1939 sont venues à bout du mouvement national, ont dispersé ses dirigeants et ruiné l’économie palestinienne. Après, le mouvement n’avait plus de stratégie claire, en dehors d’exiger l’indépendance, une situation qui ressemble à celles d’aujourd’hui.
 
La réponse palestinienne au Plan de partition de l’ONU a reflété l’affaiblissement du mouvement national. Il n’y a pas eu de stratégie unifiée et pas de discussions pour solliciter l’avis des gens sur la meilleure ligne de conduite, à la fois tactique et stratégique. Seule une petite partie du mouvement national était prête à accepter le Plan. La majorité l’a rejeté mais n’a pas proposé d’alternative claire. La minorité palestinienne qui voulait l’accepter pensait qu’il serait possible de l’utiliser pour déjouer le projet sioniste d’occuper un maximum de terres débarrassées au maximum de leur population d’origine. Ce groupe pensait qu’accepter le Plan  donnerait aux Palestiniens l’espace et le temps nécessaires pour renforcer leurs forces et leurs capacités, établir un État et développer des relations avec la région et le monde. D’autres soutenaient que cela n’entraverait en rien le projet sioniste.
 
Il était normal et naturel de rejeter le Plan de partition. Pour les Palestiniens, cela signifiait abandonner plus de la moitié de leur patrie à un mouvement de colonisation européen qui avait envahi et colonisé leur pays par la force avec la protection de l’Empire britannique. Il avait violé leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance et leur aspiration à un État démocratique qui garantirait les droits de tous ses citoyens sans distinction de religion, d’appartenance ethnique ou de race. En outre, le projet anglo-sioniste n’affectait pas seulement les Palestiniens. Toute la région arabe était concernée.
 
Le mouvement sioniste a profité du refus du Plan qu’il a fait semblant d’interpréter comme un refus de règlement pacifique, pour déclarer la guerre aux Palestiniens qui n’y étaient pas préparés, qui étaient désorganisés et n’avaient pas de leader.
 
Les alternatives au Plan de Partition n’ont donc jamais été développées ni discutées. Les arguments avancés par ceux qui voulaient l’accepter n’ont pas été suffisamment débattus et il n’y a eu aucune tentative pour articuler une nouvelle stratégie pour affronter le mouvement sioniste. Un tel effort aurait pu avoir un impact sur Israël et conduire plus tard à la réunification de la Palestine sur une base démocratique. Il aurait au moins fallu en discuter.
 
Ironiquement, certains arguments de cette époque ont été repris en 1974 pour promouvoir le programme de transition, également connu sous le nom de programme en 10 points, qui visait à établir un État sur n’importe quelle partie libérée de la Palestine. Le programme, approuvé par le Conseil national palestinien (CNP), a facilité l’entrée de l’Organisation de libération de la Palestine à l’Assemblée générale des Nations Unies en tant que membre non votant.
 
En 1998, alors que la première Intifada accroissait fortement le soutien international à la cause palestinienne, le CNP a approuvé la solution à deux États. Cependant, les accords d’Oslo de 1993, et ​​ce qui s’en est suivi, ont engendré une Partition encore bien plus préjudiciable à la Palestine que le Plan de Partition original, et ont abouti à la période actuelle où l’équilibre des pouvoirs entre Israël et les Palestiniens, au niveau local, régional et international, est largement en faveur d’Israël.
 
Compte tenu du fait que les Accords d’Oslo n’ont pas abouti à un État palestinien indépendant, les Palestiniens doivent-ils persister dans la solution de deux Etats, en attendant un changement de l’équilibre des pouvoirs, ou doivent-ils changer de stratégie et demander un État démocratique unifié en Palestine historique, comme le faisaient des membres éclairés du mouvement national palestinien avant la Nakba, et encore à le fin des années 1960? Cette fois, cependant, il faut aborder la question avec une vision et une stratégie claires et elle doit être débattue dans les communautés palestiniennes de la Palestine historique et dans la diaspora.
 
Mais débattre ne suffit pas. Nous nous demandons quelles leçons nous, en tant que Palestiniens, pouvons tirer de l’histoire et je repose ma question: Qui va en tirer les leçons? Et ceux qui détiennent le pouvoir en tiendront-ils compte ? Les intellectuels pensent souvent que leurs analyses vont influencer les décisionnaires politiques comme par magie. Mais si les groupes de pression, les mouvements sociaux, les partis politiques, les syndicats et d’autres formes de pouvoir n’agissent pas, il ne se passera pas grand chose.
 

Najwa al-Qattan: Lire l’histoire à travers le prisme de la réalité

La création de l’État d’Israël en 1948 est la conséquence de plusieurs développements historiques qui remontent au XIXe siècle. L’Holocauste a joué un rôle dans la naissance d’Israël, mais ce rôle a été davantage celui d’une sage-femme que d’une mère ou d’un père. Pourtant, en Occident comme en Palestine, les gens y voient une relation de cause à effet. Cette perception n’est pas seulement due à un faute de logique selon laquelle post hoc ergo proctor hoc, c’est à dire B a suivi A, donc A a provoqué B. En fait, il faut se pencher sur les six courtes années qui séparent les deux événements pour comprendre. Je vais démontrer qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre les deux événements et je vais expliquer pourquoi ils sont jumelés dans l’imagination populaire. Je conclurai avec les leçons qu’on peut tirer d’une analyse  plus critique de l’histoire :
 
Quand David Ben Gurion a annoncé la création de l’état d’Israël en mai 1948, il ne le sortait pas de son chapeau. Au contraire, cette création couronnait 50 ans d’efforts sionistes. Israël est la conséquence de développements historiques sur le court comme le long terme: l’antisémitisme racial ou moderne en Europe au XIXe siècle; l’émergence du mouvement sioniste en tant que réponse à l’antisémitisme moderne et aux mouvements nationalistes en Russie et en Europe occidentale; l’aptitude du sionisme naissant à combiner le socialisme et le nationalisme dans le but qu’« un peuple sans terre » puisse coloniser  « une terre sans peuple » ; le Mandat britannique pour la Palestine grâce auquel – comme en témoigne la Déclaration Balfour – des vagues successives d’immigrants juifs européens ont construit des institutions sociales, économiques, politiques et militaires pré-étatiques.
 
Parmi les quelque 600 000 juifs européens qui avaient immigré en Palestine en 1948, il y avait 120 000survivants de l’Holocauste. La population d’Israël a augmenté rapidement au cours des premières années de son existence grâce à l’arrivée de nouveaux immigrants. 300 000 autres survivants de l’Holocauste sont arrivés par vagues ainsi que plus de 475 000 Juifs du Moyen-Orient et d’ailleurs. Considérant que le projet sioniste avait pour but que l’État juif soit un refuge contre l’antisémitisme européen et un foyer national pour le peuple juif, ce petit nombre d’arrivées était un échec moral et politique pour le sionisme. Ils étaient sûrs qu’aussitôt l’état en place, des millions de juifs s’y précipiteraient, mais cela ne s’est pas produit, ni même après la catastrophe de l’Holocauste qui a exterminé six millions de Juifs.
 
Je ne nie pas qu’il y ait un lien historique entre les deux événements. Le premier lien entre l’Holocauste et la création de l’État d’Israël est lié au calendrier. Bien que, dans les premières décennies du XXe siècle, les créateurs de l’État sioniste aient tous été d’accord sur la location en Palestine d’un futur État juif, ils ne l’étaient pas sur le meilleurs moment de le faire (ni sur l’étendue du territoire). Dans ce contexte, l’Holocauste a certainement conduit les dirigeants sionistes à insister sur l’urgence de créer l’État comme lors du Programme Biltmore en 1942, et comme l’a fait aussi la Grande-Bretagne en annonçant qu’elle se retirerait de la Palestine en 1947. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que l’un soit la cause de l’autre; les plans et les actions concrètes relatifs à la construction de l’État étaient déjà bien avancés à cette époque.
 
Le second lien est la propagande politique : le rapport entre l’Holocauste et Israël permet souvent d’interdire, en la dénonçant comme antisémite, toute critique d’Israël, et à effacer de l’histoire le fait que les Palestiniens n’ont plus d’état et que beaucoup sont réfugiés à l’étranger. Il y a deux ans, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est même allé jusqu’à prétendre tout à fait abusivement que c’étaient les Palestiniens qui avaient suggéré à Hitler l’idée de la solution finale.
 
Qu’ils vivent sous occupation israélienne ou dispersés dans la diaspora à cause des Israéliens, les Palestiniens s’imaginent parfois que si l’Holocauste n’avait pas eu lieu, Israël n’existerait pas non plus. Au lieu de réinventer le passé, nous devrions en tirer des leçons pour nous construire un avenir pacifique et humain. Premièrement, le secret de la construction d’un État palestinien (quelle que soit sa forme) est la solidité et la force de ses habitants, de ses institutions et sa société civile, ainsi que la détermination de ses dirigeants politiques et de sa société civile à lutter contre l’occupation israélienne et contre la violation des droits des Palestiniens. Deuxièmement, même si l’Holocauste n’a pas directement provoqué l’émergence de l’État d’Israël, nous devons souhaiter qu’il n’ait pas eu lieu pour la seule raison qui compte: la raison morale.
 

Mouin Rabbani: Les conséquences de la paix séparée de Sadate

Le peuple palestinien semble avoir une relation difficile avec les années qui se terminent par le chiffre sept. Le Premier congrès sioniste s’est tenu dans la ville suisse de Bâle en 1897; En 1917, Arthur Balfour publia sa déclaration ignominieuse par laquelle la Grande-Bretagne s’engageait à transformer la Palestine en foyer national juif; la Commission Peel, recommandant que Londres adopte la Partition en tant que politique officielle, a publié son rapport en 1937; La résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies recommandant la Partition de la Palestine a été adoptée le 29 novembre 1947; et le petit état d’Israël qui en résulta occupa le reste de la Palestine et d’autres territoires arabes en 1967. Un demi-siècle plus tard, en 2017, il semble s’y être installé de façon plus ou moins permanente. L’exception remarquable dans ce schéma de dépossession et de tragédie est l’année 1987, année où l’Intifada, le soulèvement populaire du territoire palestinien occupé, a éclaté pour donner une fois de plus aux Palestiniens l’espoir de la libération nationale.
 
L’année qui manque dans cette série de dates, est 1977, celle où le dirigeant égyptien Anouar Sadate a pris l’initiative de faire une paix séparée avec Israël. Le « pèlerinage » comme il l’a lui-même appelé, de Sadate pour aller embrasser Menahem Begin est systématiquement présenté comme le début prometteur d’un processus de paix arabo-israélien qui s’est ensuite détérioré. On n’a pas besoin du recul pour voir que ce n’était et n’aurait jamais pu être le cas. Sadate avait passé une grande partie des années 1970, et en particulier des années qui ont suivi la guerre d’octobre 1973, à reconfigurer l’Égypte. Alors qu’elle était auparavant le centre de gravité du monde arabe et avait une notoriété mondiale, sous la direction de Sadate, l’Égypte s’était graduellement réduite à un État client américano-saoudien. Les réformes socio-économiques qui ont accompagné ces développements – la politique d’infitah – ont ouvert les portes de l’Égypte à tous les capitalistes et réseaux véreux prêt à payer le prix d’entrée.

Tout cela a également provoqué, au début de 1977, une explosion populaire comme il n’y en avait pas eu depuis le coup d’État de 1952, qui a failli mettre fin à la domination de Sadate. Sa visite surprise à Tel Aviv plus tard dans l’année a été le résultat direct de ces développements. Mais présenter son initiative comme inévitable – comme la conséquence logique et nécessaire des accords de désengagement du Sinaï de 1974-1975 suite à la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 – revient à lire l’histoire en commençant par la fin. Il avait une bonne raison de prendre ses amis et ses ennemis par surprise. D’un seul coup d’un seul, le leader égyptien, un homme à part et de plus en plus perdu, a renoncé à l’option militaire arabe contre Israël. Ce faisant, il a également privé l’OLP et les États arabes d’une option diplomatique crédible.
 
La conséquence immédiate  a été l’invasion dévastatrice du Liban en 1982 et l’expulsion du mouvement national palestinien du Liban. Une décennie plus tard, l’accord d’Oslo de 1993 n’a été rien d’autre que l’élaboration du plan d’autonomie incorporé dans le traité de paix israélo-égyptien de 1979. Qu’Israël n’ait pas encore baptisé une colonie du nom d’Anwar Sadat est un des grands mystères de la région. Si l’Égypte, comme elle a failli le faire, avait résisté à la tentation d’une paix séparée avec Israël à la fin des années 1970, le Moyen-Orient serait aujourd’hui très différent et presque certainement beaucoup plus agréable à vivre. Les Palestiniens et les États arabes auraient conservé une option diplomatique crédible et auraient été en mesure d’exercer une pression militaire significative si Israël avait refusé de faire des compromis.

Jaber Suleiman: Réapprendre les leçons de la première Intifada

La première Intifada de 1987 fut un brillant exemple de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. Elle a mobilisé tous les segments du peuple palestinien et s’est distinguée par son unité, son organisation et sa créativité. Elle a également remis la cause palestinienne sur la scène internationale après que l’OLP a été chassée de Beyrouth en 1982, en perdant sa base.
 
Depuis lors, chaque fois que les Palestiniens se lèvent contre l’occupation israélienne, nous nous demandons s’il s’agit d’une nouvelle Intifada – une troisième Intifada, puisque l’Intifada de l’année 2000 a été la deuxième. Certains analystes n’hésitent pas à utiliser le terme « intifada » pour désigner toute action populaire prometteuse, comme le mouvement des jeunes de 2015 et, plus récemment, la « vague de colère » de Jérusalem, qui se poursuit par intermittence en cette année 2017. Cela souligne la position charnière de la première Intifada, qui a duré trois ans. En effet, on ne peut la comparer qu’à la grande révolte palestinienne de 1936-1939. L’Intifada et la révolte se sont toutes les deux soldées par un tragique échec, quoique dans des circonstances historiques différentes.
 
Les dirigeants palestiniens des années 1930 ont accepté d’arrêter la révolte, à l’appel des dirigeants arabes, et de faire confiance aux « bonnes intentions de notre allié britannique » qui s’était engagé à accéder aux demandes arabes. En 1988, l’OLP a décidé lors de la 19ème session du Conseil national d’utiliser le capital politique de la première Intifada pour obtenir la liberté et l’indépendance. Elle a cru que le message était passé et que la force de l’Intifada permettrait de mettre en application  le programme politique provisoire adopté en 1974, qui comprenait la création d’une entité palestinienne sur n’importe quelle partie de la Palestine libérée. Elle n’a obtenu qu’une caricature d’état à la suite des Accords d’Oslo.
 
Étant donné que la révolte de 1936 n’avait pas permis aux Palestiniens d’obtenir le respect de leur droit à l’autodétermination, pourquoi la première Intifada n’a-t-elle pas tenu compte de cette première expérience riche d’enseignements pour éviter la même fin tragique? La première Intifada a subi le même sort que la révolte de 1936 parce qu’elle s’est investie trop rapidement dans le processus d’Oslo dont le peuple palestinien continue de payer les conséquences, notamment en termes de division, de fragmentation et d’affaiblissement de son mouvement national qui avait pourtant occupé une place de premier plan dans les mouvements de libération nationale du monde entier dans les années 1970.
 
C’est une question cruciale maintenant que cent ans ont passé depuis la Déclaration Balfour et que le calamiteux processus d’Oslo est mort après plus de deux décennies de négociations futiles. La nouvelle réalité créée sur le terrain par la présence des colonies israéliennes – et le refus d’Israël de se retirer des terres occupées en 1967 – ont rendu impossible la solution à deux États. Aujourd’hui, il est urgent de se demander comment les leçons de la première Intifada et de ses conséquences peuvent servir à une juste résolution du conflit arabo-israélien.
 
• L’histoire montre l’importance d’avoir une vision stratégique claire pour la lutte nationale palestinienne et de s’assurer que les mouvements tactiques nourrissent les mouvements stratégiques, et vice versa, à tous les stades de la lutte et en tenant compte des changements sur le terrain et dans les rapports internationaux. Cela garantit qu’à tous les stades de la lutte l’opportunisme politique ne prenne pas le pas sur les objectifs finaux.
 
• Il est essentiel de s’appuyer sur les fondements juridiques du conflit basés sur les principes de justice consacrés dans la Charte des Nations Unies qui supplantent le droit international en vertu de l’Article I de la Charte. Cela garantit que le fondement juridique des droits des Palestiniens n’est pas manipulé et que ces droits restent la référence dans toutes les négociations. Ce ne fut pas le cas à Oslo.
 
• La direction palestinienne – actuelle ou future – devrait s’inspirer de l’esprit combatif dont le peuple fait preuve depuis plus d’un siècle en résistant au projet sioniste. Les dirigeants devraient tirer des enseignements de ces expériences historiques pour renforcer leur foi dans le potentiel révolutionnaire du peuple palestinien et s’interdire une exploitation politique mesquine et étroite des solides réalisations de la lutte qui porte atteinte aux droits nationaux palestiniens.
 
Note:
 
1. Le gouvernement britannique a adopté le Livre blanc en 1939, et ce fut sa politique jusqu’à la fin du mandat britannique en 1948. Le Livre blanc rejetait la partition et stipulait que le foyer national juif devrait être intégré à une Palestine indépendante avec des limites à l’immigration.
 
31 octobre 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : ActiveStills

Qu’est-ce qui succédera au duo Abbas-Netanyahu ?

Alaa Tartir – Un vide de pouvoir se profile à l’horizon, et son effet possible alarme de nombreux observateurs.

Avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sous le coup d’accusations de corruption et le Président palestinien Mahmoud Abbas et le négociateur en chef Saeb Erekat aux prises avec des problèmes de santé, des analystes disent qu’un bouleversement politique est à prévoir dans les prochains mois en Israël/Palestine.

Bien que la distinction soit de plus en plus ténue dans la façon dont Israël et l’Autorité palestinienne traitent les Palestiniens dans les territoires occupés, Israël reste la puissance occupante selon le droit international et continue de refuser leurs droits aux Palestiniens, des deux côtés de la Ligne verte et en tant que réfugiés.

Actuellement, la question omniprésente semble être : « Qui sera le prochain Premier ministre d’Israël/Président de Palestine ? »

Une vacance de leadership se profile. Son effet sur le processus de paix et la vie quotidienne a alarmé de nombreux acteurs, en particulier dans la communauté internationale des donateurs qui ont investi des milliards de dollars pour maintenir le statu quo.

Il ne faut pas qu’ils s’inquiètent : bien que les raisons des vides israélien et palestinien soient différentes, ils seront remplis par des institutions et des individus similaires, issus du sérail et inébranlables.

Un nombre croissant d’observateurs prédisent que Netanyahu sera condamné à une peine de prison dans un proche avenir, mais cela, selon l’écrivain Neve Gordon, ne changera pas grand-chose à la politique d’Israël envers les Palestiniens.

Les positions des successeurs potentiels – de Gideon Saar, du Likoud, à Naftali Bennet, de Jewish Home, à Avi Gabbay, du Parti travailliste, à Yair Lapid, de Yesh Atid – diffèrent peu de celles de Netanyahou. En fait, ces probables premiers ministres sont encore plus racistes et investis dans le projet colonial d’Israël.

Lorsque Donald Trump est entré à la Maison blanche, Saar a demandé au gouvernement israélien de « se dissocier du paradigme de ‘deux-Etats’ et de rejeter l’idée dangereuse d’établir un État palestinien au cœur d’Israël », arguant que « les conditions sont favorables à cette démarche. »

Il a également préconisé « une solution fédératrice jordano-palestinienne ». Bennett, à son tour, a appelé à plusieurs reprises à l’annexion de la Cisjordanie, déclarant que « l’ère de l’État palestinien est terminée ».

L’année dernière, Lapid a annoncé : « Il faut que nous sortions les Palestiniens de nos vies. Ce que nous devons faire, c’est construire un mur haut et qu’ils soient hors de notre vue. » Ce virage plus net à droite, en particulier en ce qui concerne des questions concernant la Palestine, renforcera encore les institutions et les experts qui propagent des points de vue extrémistes, selon les analystes et les observateurs.

Ce fut un processus long dans sa réalisation, comme le révèle le récent rapport annuel stratégique de Madar, le Forum palestinien pour les études israéliennes. Les sondages et les tendances de l’opinion publique au cours de la dernière décennie illustrent des changements troublants dans la société israélienne, comme l’augmentation des communautés de colons radicaux, qui n’augure rien de bon pour la paix et la justice.

Les réactions publiques à la transplantation de poumon d’Erekat, au procès pour meurtre de Elor Azaria et à l’occupation de la maison d’une famille palestinienne par les colons d’Hébron montrent à quel point la société israélienne est loin de s’engager dans tout forme de projet significatif de construction de la paix.

Comme l’explique Gidéon Lévy : « Pour générer des changements, la société israélienne doit subir un processus douloureux, et rien n’est en vue à l’horizon… Netanyahu part et Israël reste le même. » En tant que tel, la société coloniale dans son ensemble – pas seulement les milieux politique et sécuritaire – gouvernera l’après Netanyahu.

La situation n’est pas meilleure du côté palestinien, à mesure que les écarts de légitimité politique s’élargissent, la fragmentation s’accroît et la fracture interne se durcit. La fragilité du système politique palestinien a été mise en évidence après le récent bilan médical d’Abbas et de la détérioration de l’état de santé d’Erekat.

Pour atténuer une partie du risque associé à une transition politique, Abbas a décidé de faire monter d’un cran – encore une fois – son chef du renseignement, Majid Faraj.

Au cours de la dernière décennie, l’AP et la communauté des donateurs ont investi des milliards de dollars dans la réforme des institutions de sécurité. La tête de l’Autorité, soutenue par les donateurs, prépare maintenant les forces de sécurité de l’AP à contrôler la période post-Abbas. Cela ne correspond guère à la démocratie, en particulier compte tenu de la volonté de l’AP de tout contrôler avec «une main de fer» depuis 2007.

Sous prétexte d’assurer la stabilité et d’éviter le chaos, l’AP est devenu de plus en plus autoritaire et s’est servie des forces de sécurité pour consolider sa position. Dans un tel environnement, il est difficile d’imaginer une transition politique démocratique qui ait du sens, même si les élections du Conseil national palestinien avaient lieu à l’automne comme prévu actuellement.

Les élections envisagées maintenant sont tout sauf unificatrices, transparentes ou représentatives. Elles risquent au contraire de fortifier la fracture intra-palestinienne et de créer des distorsions et des fragmentations supplémentaires au sein du mouvement national palestinien, a averti l’analyste Hani al-Masri.

Un régime répressif supplémentaire est la dernière chose dont le peuple palestinien a besoin. Un contrôle des institutions de sécurité de l’AP sur le système politique palestinien ne fera qu’affaiblir une vie politique déjà terriblement affaiblie. L’élite politique renforcera également la collaboration des forces de sécurité avec Israël, tel que cela est dicté dans les Accords d’Oslo de 1993.

Bien que les dirigeants palestiniens actuels qualifient cette coordination sécuritaire de «sacrée», pour certains futurs dirigeants du Fatah, ce serait même «une partie intégrante de notre stratégie de libération».

De plus, les dirigeants politiques continueront de se fixer sur le paradigme à deux États et sur un «processus de paix» parrainé par les États-Unis. En effet, l’élite politique dominée par le Fatah trouve même une source d’inspiration dans l’administration Trump.

La semaine dernière, le représentant en chef de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington a déclaré: « Notre principale source d’inspiration et d’espoir est le président Trump lui-même. » Tout ce qui vient après Abbas et Netanyahu sera donc semblable à ce que nous voyons aujourd’hui. Pour changer cela, il doit y avoir une résistance à toutes les tendances décrites ci-dessus.

Le véritable changement ne peut pas provenir des mêmes institutions qui ont nourri les régimes de Netanyahu et Abbas, et il ne proviendra pas non plus des «dirigeants» qui se positionnent pour les postes de premier ministre et président. Ils font également partie du cadre institutionnel qui a soutenu l’occupation israélienne et le statu quo.

La véritable voie pour un changement réel est dans l’engagement dans des actions collectives offensives visant à remettre en question les acteurs et les institutions existants et leur prétention de représentation politique. Fondamentalement, cela nécessite la création de nouveaux organes institutionnels, efficaces, légitimes et représentatifs, unificateurs, axés sur les personnes et participatifs dans leur structure et leur conception.

Pourtant, la question demeure : bien que le peuple palestinien attende désespérément un changement, la société israélienne y est-elle intéressée ? Ou Israël est-il content de lui-même ? D’être un État colonisateur, une colonie de peuplement et un transgresseur du droit international qui tire profit de l’oppression et de l’occupation de tout un peuple ?

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève. Consultez son site Internet et il peut être suivi sur Twitter @alaatartir.

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19 août 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




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Le mythe d’une « économie palestinienne »

Nur ArafehIsraël a utilisé les 50 dernières années d’occupation pour façonner l’économie palestinienne en fonction de ses propres intérêts.

Bien que l’on répète que le président américain Donald Trump pourrait abandonner l’idée de négociations de paix israélo-palestiniennes après les réunions infructueuses du conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner à Jérusalem et Ramallah, certaines politiques proposées par Trump sont indépendamment susceptibles de se poursuivre. Par exemple, Trump a récemment déclaré qu’il se félicitait des mesures visant à « débloquer l’économie palestinienne ».

Ces mesures, approuvées par Israël, comprennent l’amélioration des possibilités de circulation des Palestiniens entre la Jordanie et la Cisjordanie, l’attribution de terres occupées par des colons israéliens en Cisjordanie pour un usage résidentiel, agricole et industriel palestinien, le développement de deux zones industrielles, et enfin l’augmentation des heures d’ouverture aux barrages militaires entre la Cisjordanie et Israël pour faciliter le déplacement des Palestiniens.

Dans l’intervalle, Israël continue de placer la bande de Gaza sous sa domination économique. Le territoire sous blocus souffre actuellement d’une crise très invalidante de fourniture électrique.

De telles mesures économiques, du moins en ce qui concerne la Cisjordanie, reposent sur l’hypothèse que le manque de prospérité des Palestiniens est la principale source du conflit. La prétention inhérente est que le succès économique et les projets économiques conjoints entre Israéliens et Palestiniens amélioreront la vie Des Palestiniens et ouvriront la voie à la paix.

Depuis les années 1970, les responsables israéliens, ainsi que les États-Unis et d’autres dirigeants à l’échelle internationale qui ont mené les négociations, ont favorisé une telle approche de « paix économique ».

Benjamin Netanyahu, qui y était tout d’abord opposé en tant que leader du parti Likoud, a fortement défendu cette approche en 2008, et depuis lors, la communauté internationale a de plus en plus promu l’idée qu’il existe un antidote économique contre l’impasse politique.

Mais considérer le développement économique comme le cheval et une paix juste comme le chariot ne fait qu’exacerber l’impasse politique, puisque le symptôme – la privation économique – est confondue avec la cause, à savoir l’occupation israélienne et la domination militaire.

En outre, cette approche déconnecte l’économie de son contexte historique et obscurcit le fait que « l’économie palestinienne » est une construction politique intégrée dans les politiques d’occupation d’Israël, qui visent à exproprier les terres palestiniennes et à étendre un État exclusivement juif – tout en dominant l’économie palestinienne dans le processus.

Le 5 juin a marqué 50 ans d’occupation israélienne. Les cinq dernières décennies témoignent largement de l’utilisation par Israël de l’économie comme outil de domination sur le territoire occupé, conformément à ses intérêts politiques et stratégiques.

Après l’occupation de la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza en 1967, Israël a cherché à intégrer l’économie des territoires occupés dans son propre territoire, tout en permettant une expropriation maximale des terres.

Israël a contrôlé le commerce pour servir ses intérêts, en veillant par exemple à ce que ses produits aient librement accès au marché palestinien, alors que les produits palestiniens avaient peu accès au marché israélien.

Le marché palestinien est devenu captif pour les produits israéliens. En 1984, les produits israéliens représentaient 89,3% des importations de la Cisjordanie.

Israël a également intégré l’économie des territoires occupés dans son propre marché du travail. Entre 1967 et 1990, 35 à 40% des ouvriers palestiniens travaillaient en Israël.

Bien qu’ils aient contribué au doublement du revenu par habitant palestinien entre 1970 et 1987, cela s’est accompagné d’une baisse de la productivité de l’économie des territoires occupés.

Alors que le revenu augmentait, la production industrielle stagnait, la production agriculture baissait et des restrictions ont été imposées par Israël au développement des entreprises palestiniennes qui risquaient de rivaliser avec les siennes.

Le résultat ? Toute « croissance » dans l’économie des territoires occupés était faussée, car elle était liée à l’offre et à la demande israélienne plutôt que palestinienne, et l’économie ne fonctionnait que par l’accès au marché du travail israélien et à d’autres sources de revenus externes.

Les restrictions imposées par Israël à l’accès des Palestiniens aux ressources naturelles ont exacerbé ce problème, en particulier avec l’expansion israélienne des colonies illégales construites sur les terres palestiniennes volées, ce qui viole la politique américaine officielle de longue date et le droit international.

En 1993, l’économie des territoires occupés était structurellement faible, déséquilibrée et fortement dépendante d’Israël.

Les négociations d’Oslo ont solidifié les intérêts politiques et les ambitions territoriales d’Israël et façonné les accords économiques.

Le Protocole économique de Paris de 1994 a systématisé les relations financières et économiques entre l’Autorité palestinienne et Israël. Il a approfondi la dépendance palestinienne vis-à-vis du commerce israélien ainsi que des politiques monétaires et fiscales, et a confié à Israël le contrôle du mouvement de la main-d’œuvre et des revenus palestiniens.

Dans le même temps, il a conditionné le développement économique palestinien aux exigences sécuritaires et territoriales d’Israël.

Par exemple, le Protocole stipulait une relation d’union douanière entre les Palestiniens et les Israéliens, plutôt que la zone de libre-échange demandée par les Palestiniens. Cet arrangement permet à Israël de reporter la question des frontières et contourne ainsi la question de savoir s’il faut intégrer ou séparer les territoires occupés.

En fait, une union douanière n’entraîne ni la délimitation des frontières intérieures – et donc l’établissement d’une entité économique et politique palestinienne souveraine – ni l’élimination totale des frontières, permettant à Israël de maintenir le statu quo et de poursuivre avec un gain maximum une « solution de non-État« .

L’acceptation palestinienne de cet arrangement était une condition préalable au maintien des flux de main-d’œuvre palestinienne en Israël.

L’union douanière a également perpétué le flux illimité de biens israéliens sur le marché palestinien, alors que des restrictions sévères sont imposées sur le mouvement des biens palestiniens entre les territoires occupés et Israël et à l’intérieur même des territoires occupés.

Par conséquent, le marché palestinien reste captif pour les biens israéliens. Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, les produits israéliens représentaient plus de 70% des importations palestiniennes et ont absorbé plus de 85% des exportations palestiniennes en 2015.

Les tentatives postérieures d’Oslo visant à redéfinir les frontières territoriales et économiques avec la Cisjordanie et la bande de Gaza ont également affecté les accords sur la main-d’œuvre.

En Cisjordanie occupée, les Palestiniens ont toujours accès au marché du travail israélien, ce qui reflète la stratégie d’Israël consistant à intégrer des parties de la Cisjordanie en Israël tout en évitant une délimitation des frontières.

En revanche, Israël a restreint les flux de main-d’œuvre venant de la bande de Gaza, qu’il a placés sous blocus depuis une décennie, ce qui suggère un projet de séparation entre les économies israélienne et de Gaza.

Tous ces éléments attestent de la nature erronée de l’affirmation selon laquelle le « développement économique » peut conduire à la paix.

L' »économie palestinienne »» est une construction politique, conçue pour servir celui qui a le pouvoir : Israël.

Tous les changements économiques qui ne remettent pas en cause la structure biaisée de pouvoir qui sous-tend ce système servent de fenêtre, servent de paravent à ce qu’est la réalité : les Palestiniens et leur économie sont à la merci des intérêts israéliens.

Nur Arafeh * Nur Arafeh est chargée de la politique d’Al-Shabaka : le réseau politique palestinien. Elle a travaillé auparavant comme chercheur à la Faculté d’études internationales Ibrahim Abu-Lughod, à l’Université de Birzeit, en tant que chercheur associé à l’Institut de recherche de politique économique de Palestine (MAS), en tant que chargé de cours d’économie à la Faculté Al-Quds Bard de l’Univerité Al-Quds. Nur est titulaire d’un double diplôme en sciences politiques et en économie de l’Université Sciences-Po (France) et l’Université de Colombia (USA) et elle est titulaire d’un DEA en études du développement de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni). Ses principaux centres d’intérêt de recherche portent sur l’économie politique du développement au Moyen-Orient, la sociologie et la politique de développement et les formes économiques de résistance.

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6 juillet 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




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Les « Forces de sécurité » de l’Autorité Palestinienne : la sécurité de qui ?

Alaa TartirParler de la « coopération » israélienne et palestinienne … revient à utiliser au moins un terme inadapté. Ce n’est pas simplement parce que « le résultat de la coopération entre un éléphant et une mouche n’est pas difficile à prévoir », comme Chomsky l’écrit si bien … mais parce que dans le cadre d’Oslo, la « coopération » est souvent très peu différente de l’occupation et de la domination qui l’ont précédée. La « coopération », dans ce contexte, est avant tout une formule édulcorée et acceptable internationalement qui obscurcit plutôt que d’éclairer la nature des relations israélo-palestiniennes – Jan Selby, 2003.

J’applaudis la coordination continue de la sécurité de l’Autorité palestinienne avec Israël. Ils s’entendent incroyablement bien. J’ai eu des réunions et lors de ces réunions, j’ai vraiment été très impressionné et quelque peu surpris de voir à quel point ils s’entendent bien. Ils travaillent ensemble magnifiquement – Donald Trump, 2017.

Résumé

Dès le début, les responsables des services de sécurité de l’Autorité palestinienne (PA) n’ont pas protégé les Palestiniens de la source principale de leur insécurité : l’occupation militaire israélienne. Ils n’ont pas non plus permis aux Palestiniens de résister à cette occupation. Au lieu de cela, l’AP a contribué à une situation où la lutte palestinienne pour la liberté a elle-même été criminalisée. Plutôt que de reconnaître la résistance comme une réponse naturelle à une oppression institutionnalisée, l’AP, en tandem avec Israël et la communauté internationale, caractérise la résistance comme une « insurrection » ou une « instabilité ». Cette rhétorique, qui favorise la sécurité des Israéliens aux dépens de celle des Palestiniens, fait écho au discours dominant sur la « guerre contre le terrorisme » et criminalise toutes les formes de résistance. [1]

Cette dynamique remonte aux Accords d’Oslo de 1993, mais elle a été propulsée en avant au cours de la dernière décennie grâce à l’évolution de l’AP en tant qu’État totalement dépendant des donateurs et qui défend les politiques néolibérales. La réforme du secteur de la sécurité axée sur les donateurs a été la pierre angulaire du projet de construction de l’État post-2007 de l’AP. L’efficacité accrue des forces de sécurité de l’AP grâce à l’investissement massif des donateurs a mis en place des moyens supplémentaires pour protéger l’occupant israélien, créant ainsi des espaces « sécurisés » dans lesquels celui-ci peut se mouvoir librement dans l’exécution de son projet colonial.

Un tel développement ne peut avoir que deux résultats: une collaboration « accrue » avec la puissance occupante d’une manière qui renforce un statu quo destructeur, et une plus grande violation de la sécurité et des droits nationaux des Palestiniens par leur propre gouvernement et les forces de sécurité nationales.

L’article qui suit analyse l’évolution et la « réforme » des forces de sécurité palestiniennes depuis la création de l’AP, puis examine la coordination sécuritaire israélo-palestinienne et ses effets néfastes sur la capacité palestinienne à résister aux forces d’occupation israéliennes aussi bien que sur les libertés fondamentales. Il se concentre sur les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et non sur la situation à Gaza, laquelle nécessite une recherche et une analyse distinctes. Il se termine par des recommandations politiques visant à redéfinir les missions des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et à revoir fondamentalement leurs structures afin qu’elles puissent vraiment servir à protéger leur propres concitoyens.

L’ascension des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne

L’évolution des forces de sécurité de l’AP peut être découpée en trois phases: les Accords d’Oslo (1993-1999), la Deuxième Intifada (2000-2006) et le projet de renforcement de l’État de l’AP après 2007.

Les Accords d’Oslo ont été caractérisés par deux projets parallèles mais contradictoires : la construction de l’État et la libération nationale. Le premier projet impliquait la construction d’institutions étatiques et d’une bureaucratie (bientôt pléthorique) sous occupation, tandis que le second visait à poursuivre le programme révolutionnaire d’autodétermination qui avait été adopté par l’OLP.

La forte contradiction entre ces deux entreprises s’était déjà manifestée sous le règne du défunt président Yasser Arafat. Le style de gouvernance personnalisée d’Arafat et son réseau complexe de corruption et de parrainage signifiaient que l’évolution des forces de sécurité de l’AP, dès son avènement, ne serait ni inclusive ni transparente. Au contraire, ces forces étaient incrustées de népotisme et utilisées comme outil pour faire face aux menaces aux adversaires d’Oslo et pour contrôler la population. De plus, elles ont également solidifié les accords naissants de « paix ». Les 9000 recrues de la « forte force de police » imaginées dans l’Arrangement du Caire de 1994 étaient passées au nombre de 50 000 en 1999.

Cette prolifération de forces de sécurité – toutes s’espionnant les unes les autres, comme l’a expliqué Edward Said – a eu de graves conséquences pour les Palestiniens. Les structures politiques mises en place par l’équipe d’Arafat et axées sur la sécurité ont nourri l’autoritarisme et bloqué les mécanismes de responsabilisation dans le système politique palestinien. Cela a entraîné un manque de légitimité et plus d’insécurité pour les Palestiniens. Au fur et à mesure que les services de sécurité augmentaient en nombre et en institutions, les Palestiniens restaient mal protégés et la corruption et le mécénat au sein de ces services devenaient endémiques. L’approche « diviser pour régner » a ouvert la voie à la future fragmentation palestinienne.

Au cours de la deuxième Intifada, Israël a détruit l’infrastructure de sécurité de l’AP parce que celle-ci avait participé au soulèvement. Un vide de sécurité s’en est suivi dans lequel les acteurs opposés à l’AP se sont engouffrés, avec des résultats mitigés pour les Palestiniens. Cette concurrence exacerbée intra-palestinienne a conduit les donateurs externes, l’AP et Israël à se préoccuper encore plus de la construction d’un secteur de sécurité fort et dominant. En juin 2002, l’AP a annoncé son plan de réforme de 100 jours. En 2003, la Feuille de route exigeait qu’un « appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne reconstruit et recentré » affronte « tous ceux qui sont impliqués dans le terrorisme » et démantèle les « capacités et infrastructures terroristes ». Ces forces ont donc été formées pour combattre le « terrorisme », appréhender les suspects, rendre l’incitation [à la résistance] illégale, ramasser toutes les armes non-autorisées. L’AP s’engageait à fournir à Israël une liste des recrues de la police palestinienne et à rendre compte devant les États-Unis des progrès réalisés.

Par conséquent, la réforme de la sécurité palestinienne « est restée … un processus contrôlé par l’extérieur, conduit par les intérêts de sécurité nationale d’Israël et des États-Unis, et caractérisé par une indépendance très forte vis-à-vis de la société palestinienne ». Le groupe international des donateurs a mené cette réforme en 2005 grâce à la création du Bureau de coordination de l’Union européenne pour le soutien à la police palestinienne (EUPOL COPPS) et grâce au Coordonnateur de la sécurité des États-Unis (USSC). Cette situation perdure aujourd’hui, sous la forme d’une stratégie « une seule arme à feu, une seule loi, une seule autorité » par laquelle le monopole de l’AP sur la force et la violence est assuré.

Le projet d’édification de l’État post-2007 dans le cadre de l’AP visait, principalement avec l’aide d’EUPOL COPPS et USSC, de réinventer les forces de sécurité de l’AP par des moyens techniques, y compris la formation et l’acquisition d’armes. Il a également visé à redistribuer les rapports de forces politiquement en concurrençant le Hamas et sa branche armée, en reprenant en main les militants alliés au Fatah par la cooptation et l’amnistie, en réprimant les délinquants et en lançant des campagnes de sécurité, en particulier à Naplouse et Jénine.

Ces forces ont été rapidement connues sous le nom de forces de Dayton en référence à Keith Dayton, le lieutenant-général des États-Unis qui a mené le processus de « professionnalisation et modernisation » de l’institution militaire de l’AP. Les organisations locales et internationales de défense des Droits de l’homme ont accusé ces forces « nouvelle mouture » de violer les droits de l’homme et de supprimer les libertés.

La phase la plus récente a renforcé la prédominance des intérêts sécuritaires israéliens aux dépens de ceux des Palestiniens. Le désarmement et la criminalisation ont entravé la résistance populaire contre l’occupation, y compris les manifestations pacifiques et les rassemblements, les protestations contre les violations des Droits de l’homme par Israël et le militantisme en milieu étudiant. Aujourd’hui, les forces de sécurité de l’AP protègent en grande partie la sécurité de l’occupant et non pas celle des occupés. En bref, la sécurité des Palestiniens est menacée parce que leur propre leadership joue le rôle de sous-traitant en les réprimant. Le programme de réforme de la sécurité post-2007 a contrarié la lutte nationale des Palestiniens, leur mouvement de résistance et leur sécurité quotidienne, et a étouffé le fonctionnement même de la politique palestinienne.

La coordination sécuritaire comme outil de domination

Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise de coordination de la sécurité, il est utile de noter que le secteur de la sécurité palestinien emploie environ la moitié de tous les fonctionnaires, représente près d’un milliard de dollars du budget de l’AP et reçoit environ 30% de l’aide internationale totale versée aux Palestiniens. Le secteur de la sécurité consomme plus dans le budget de l’AP que les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’agriculture combinés. Il est actuellement composé de 83 276 employés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dont 312 généraux de brigade, 232 rendant des comptes à l’AP et 80 au Hamas. En comparaison, l’armée américaine dans sa totalité compte 410 généraux de brigade. Le ratio entre le personnel de sécurité et la population est aussi élevé que 1 pour 48. C’est l’un des plus élevés au monde.

La collaboration en matière de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne a atteint les objectifs fixés dans les Accords d’Oslo consistant à institutionnaliser les accords de sécurité et à lancer un processus de paix qui est étroitement contrôlé par le secteur de la sécurité, afin de permettre à Israël de réaliser ses ambitions coloniales tout en prétendant poursuivre la paix.

Ce processus de « sécurisation de la paix » se manifeste de plusieurs façons, dont:
-l’arrestation par les forces de sécurité palestiniennes des suspects palestiniens recherchés par Israël (comme dans le cas récent de Basil Al-‘Araj qui a été arrêté et libéré par l’AP uniquement pour être poursuivi et finalement assassiné par les Israéliens)
-la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons
-le partage des informations entre les forces de défense israéliennes (FDI) et les forces de sécurité de l’AP
-une politique de « porte tournante » entre les prisons israéliennes et palestiniennes à travers lesquelles les militants palestiniens font des allers-retours pour les mêmes infractions
-et la tenue régulière de réunions, ateliers et formations israélo-palestiniennes.

Bien que l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas ait menacé de suspendre la coordination répressive, il l’a présentée en même temps comme un « intérêt national palestinien » et une doctrine « sacrée« . Les activités des forces de sécurité de l’AP et les manœuvres politiques d’Abbas ont naturellement créé un profond vide de confiance entre le peuple palestinien et l’Autorité.

En effet, plusieurs enquêtes au fil des ans ont montré que la majorité des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (entre 60% et 80%) s’opposent à la coordination de la sécurité avec Israël. Et dans une enquête réalisée par le Centre palestinien pour la politique et les sondages de mars 2017, les deux tiers des répondants ont demandé la démission d’Abbas, 73% exprimant la conviction qu’Abbas n’est pas sérieux dans sa menace de suspendre la coordination répressive avec Israël.

Dans un sondage réalisé pour l’Agence Maan News en 2010, 78% des personnes ayant répondu ont déclaré être persuadées que les forces de sécurité de l’AP sont engagées dans la surveillance, le suivi des activités et l’intervention dans la vie privée des individus. Enfin, selon Vizualizing Palestine, 67% des Palestiniens de la Cisjordanie ont dit avoir le sentiment de vivre dans un système antidémocratique où les libertés se dégradent, en grande partie du fait des services de sécurité.

Les perceptions négatives de l’opinion publique sur la coordination sécuritaire sont corroborées par des expériences vécues – dont les élites sont souvent épargnées – ainsi que par la rhétorique officielle et la divulgation du contenu des Palestine Papers. Par exemple, le général étatsunien Keith Dayton faisait remarquer en 2009 que des officiers supérieurs des Forces israéliennes de défense (IDF) lui avaient demandé, au sujet des forces palestiniennes de sécurité qu’il entraînait : « Combien de ces nouveaux Palestiniens pouvez-vous générer, et à quelle vitesse ? » Il avait dit aussi qu’un haut fonctionnaire palestinien s’était adressé à une classe de diplômés de ces « nouveaux Palestiniens » en Jordanie en disant : « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à combattre Israël (…), mais plutôt pour apprendre à maintenir la loi et l’ordre, à respecter le droit de tous nos citoyens et mettre en œuvre l’Etat de droit afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël. » En 2013, dans un discours devant le Parlement européen, le président israélien Shimon Peres déclarait « Une force palestinienne de sécurité a été formée. Vous et les Américains l’avait entrainée. Et maintenant nous travaillons ensemble à prévenir le terrorisme et le crime. »

Alors que la coordination sécuritaire entre Israël et l’AP a été scellée depuis les Accords d’Oslo, le statu quo n’est pas une conclusion abandonnée. Cependant, le changement sera difficile à réaliser car le système a créé un segment de la société palestinienne qui cherchera à le maintenir. Ce segment est composé non seulement du personnel de sécurité en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, mais aussi des Palestiniens qui profitent des dispositifs institutionnels et d’un réseau de collaboration et de domination. Le statu quo leur est bénéfique et la « stabilité » est leur mantra. Ils s’engagent à adopter une approche qui privilégie les élites politiques, économiques et sécuritaires, et ils n’ont aucun intérêt à inverser les règles du jeu.

Tout essai d’arrêter la coordination sécuritaire aurait donc des conséquences réelles pour l’AP et sa direction. Pourtant, la pérennisation du statu quo est destructive pour la majorité des Palestiniens vivant sous occupation israélienne et pour le peuple palestinien dans son ensemble. Avec l’anéantissement de la capacité à corriger les actes politiques répréhensibles et à tenir les élites pour responsables, il est vraisemblable que le « business as usual » continuera. Si des mesures ne sont pas prises – et rapidement, la coordination sécurité restera un trait déterminant de la réalité biaisée qui favorise l’occupant.

Réinventer la doctrine et l’implantation de la sécurité de l’AP

L’ancrage de l’establishment sécuritaire de l’AP requiert des interventions politiques à de multiples niveaux, de la correction de la rhétorique biaisée à l’établissement de mécanismes de responsabilisation. Les recommandations suivantes, adressées aux différentes parties prenantes, proposent une refonte des opérations et des structures des forces de sécurité de l’AP.

L’Autorité palestinienne

L’AP doit écouter le peuple palestinien et respecter ses vœux et aspirations, y compris dans le domaine sécuritaire ; sinon l’écart de légitimité et de confiance augmentera considérablement. Il n’y a jamais eu de système politique palestinien global, mais une direction plus réactive, plus représentative et plus responsable garantirait que la sécurité des Palestiniens, plutôt que celle de leur occupant et colonisateur, soit une préoccupation centrale. Un secteur sécuritaire authentique, comme l’a argumenté Tariq Dana, sonnerait la fin de « l’accent sur la police interne connue sous le nom de ‘Doctrine Dayton’ » et d’ « un programme qui exige que la responsabilité et la justice soient mises en place. »

Comme l’a développé Hani Al-Masri, cela nécessitera des étapes progressives mais fermes pour finir par geler ou suspendre la coordination sécuritaire, dont : mettre un terme à l’interventionnisme de l’appareil sécuritaire palestinien dans les questions politiques ; réduire les dotations sécuritaires dans le budget annuel ; démanteler des parties de l’appareil de sécurité et restructurer le reste, en mettant l’accent sur le professionnalisme, le patriotisme et l’absence de népotisme politique et donner instruction à l’appareil sécuritaire de résister aux raids israéliens dans la Zone A.

Bien que l’AP continue de soutenir que les dispositions sécuritaires actuelles et la division du travail servent la solution à deux Etats, la colonisation israélienne incessante de la terre palestinienne signifie que l’AP et son gouvernement doivent réexaminer leur fonction. La menace imminente d’annexion doit pousser l’AP à agir avant que son rôle de sous-traitant de l’occupation israélienne ne se consolide.

La société civile palestinienne

Il faut que les organisations de la société civile palestinienne, en particulier les organisations de défense des droits de l’homme, créent des coalitions plus efficaces et intensifient leurs initiatives pour que l’AP et ses responsables politiques et de sécurité rendent compte de leurs violations des droits de l’homme. En l’absence d’institutions qui agissent en tant que contre-pouvoirs, une pression qui aille au-delà de l’écriture et de la publication de rapports (bien que ce soit en soi un acte important) est une nécessité impérieuse. En d’autres termes, il faut que les organisations de la société civile palestinienne développent des actions pratiques qui s’attaquent aux violations continues des droits de l’homme par l’AP.

Ces acteurs de la société civile, dont les institutions universitaires, les intellectuels et les groupes de réflexion, doivent également répondre au discours incorrect de l’AP, dans lequel la résistance palestinienne est présentée comme une insurrection criminelle ou de l’instabilité. Il faut aussi contrer les acteurs israéliens et internationaux qui utilisent ce type de discours. La société civile doit embrasser et rendre opérationnelle la résistance plutôt que de la voir criminalisée, et elle doit la considérer comme une manière de vivre globale sous occupation et en exil. La résistance comme mode de vie peut aider à inverser la manière dont l’élite politique et sécuritaire la dépeint actuellement. La résistance peut alors garantir la restauration des valeurs fondamentales et des idées qui permettent aux Palestiniens de s’engager collectivement dans la réalisation de leurs droits.

Les acteurs extérieurs, en particulier les organismes de sécurité EUPOL COPPS et USSC, doivent faire l’objet d’une évaluation minutieuse de la part de la société civile, tant en Palestine que dans leur pays d’origine. Ils ne peuvent pas continuer à dominer le domaine de la sécurité sans responsabilisation ni transparence. En faisant la promotion de la primauté du droit dans un contexte autoritaire, ces organes contribuent à la « professionnalisation » de pratiques autoritaires en (ab)usant d’un cadre de bonne gouvernance. Prétendre que leur mandat est « technique » leur permet de se soustraire aux résultats très politiques de leurs opérations et de leurs interventions. Après une décennie d’opérations, il est temps de mener une évaluation indépendante sous conduite palestinienne de ces organes et de s’en servir comme d’un mécanisme de reddition de comptes pour réformer ces anciens « réformateurs » et convenir de la marche à suivre.

Les donateurs et l’industrie des donateurs

Dans un contexte hautement dépendant de l’aide, la suprématie attribuée à la sécurisation et à la militarisation s’étend au domaine du développement. Les décideurs des pays donateurs et les Palestiniens qui facilitent les programmes des donateurs doivent aborder la façon dont « l’aide sécurisée » a transformé un mouvement de libération en sous-traitant du colonisateur et a abouti à des tendances autoritaires qui favorisent l’establishment sécuritaire au détriment d’autres secteurs tels que la santé, l’éducation et l’agriculture, ainsi qu’aux dépens de la démocratie.

De plus, en Palestine, l’aide et le développement priorisant la sécurisation n’ont pas seulement échoué à s’occuper de la pauvreté, du chômage et de l’autonomisation, mais ils ont également créé une nouvelle insécurité et une nouvelle illégitimité. Les planificateurs de développement doivent reconnaître que ces modèles ne seront jamais inversés à moins que la population et non l’establishment sécuritaire, ne conduisent les actions et constituent le point de référence constant.

A la base, toutes ces actions sont le devoir du peuple palestinien, surtout lorsque les décideurs ne représentent ni lui, ni ses aspirations. La société palestinienne doit s’opposer aux outils utilisés pour réprimer sa mobilisation et s’organiser afin d’assurer la réalisation de ses droits fondamentaux. L’initiative menée par des jeunes indépendants, « Mettre fin à la coordination sécuritaire », qui est née à la suite de l’assassinat de Basil Al-Araj en mars 2017, représente un exemple de cette mobilisation. Dans leur appel à action, les jeunes déclaraient :

« Notre peuple a trop longtemps lutté pour que nous restions passifs pendant que des dirigeants répressifs troquent notre oppression et notre dépossession pour leur bénéfice personnel. Cela fait bientôt 30 ans que les Accords d’Oslo ont transformé ce qui restait de notre pays en prison en ciel ouvert administrée par des fonctionnaires de l’AP non représentatifs qui ont été recrutés pour être la première ligne de défense de nos colonisateurs. Le régime d’Oslo ne nous représente pas. Il est maintenant temps de nous réunir et de reconstruire notre lutte collective pour la libération de la Palestine. »

Si cette résistance organisée peut continuer et croître, la pression exercée par le peuple peut changer la trajectoire de la coordination sécuritaire PA-Israël, rendant les Palestiniens mieux équipés pour travailler à l’autodétermination et à la réalisation des droits de l’homme.

Notes

Al-Shabaka publie tous ses contenus en anglais et en arabe (lire le texte en arabe ici). Pour le lire en italien, cliquez ici.
Al-Shabaka est reconnaissant aux efforts des défenseurs des droits de l’homme pour traduire ses articles mais n’est pas responsable de toute modification du sens.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève. Consultez son site Internet et il peut être suivi sur Twitter @alaatartir.

Articles du même auteur.

16 mai 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




Photo : Archives Info-Palestine.eu

Comment Israël se sert du gaz pour renforcer la dépendance palestinienne et promouvoir la normalisation

Tareq BaconiL’occupation du territoire palestinien par Israël ne s’exerce pas seulement sur le sol. Depuis 1967, Israël a systématiquement colonisé les ressources naturelles palestiniennes et, dans le domaine des hydrocarbures, il a empêché les Palestiniens d’accéder à leurs propres réserves de pétrole et de gaz.

Ces restrictions ont maintenu les Palestiniens dans un cycle de dépendance vis-à-vis d’Israël pour leurs besoins énergétiques. Les propres initiatives des Palestiniens pour développer leur secteur énergétique ne parviennent pas à rivaliser avec l’hégémonie globale d’Israël sur les ressources palestiniennes.

Au contraire, ils poursuivent des objectifs de croissance et de création d’un Etat dans la réalité de l’occupation, renforçant ainsi – même involontairement – l’équilibre asymétrique entre l’occupé et l’occupant.

A Gaza, le carburant acheté pour produire l’électricité est insuffisant pour répondre à la demande locale, et la Bande souffre de pénuries chroniques d’électricité depuis qu’Israël a imposé le blocus. Au début de 2017, une vague de manifestations a déferlé sur tout le territoire ; les habitants de l’enclave côtière se sont insurgés contre le fait de ne disposer d’électricité que trois à quatre heures par jour. Outre les énormes restrictions que ces coupures d’électricité imposent sur tous les aspects de la vie quotidienne, elles paralysent l’activité économique du secteur privé, les soins de santé, l’éducation et les installations de subsistance comme les usines d’assainissement. Le ralentissement des activités dans ces secteurs a des conséquences tant immédiates que durables, avec un impact sur les nouvelles générations.

Les reproches pour la crise énergétique à Gaza pleuvent de toutes les directions. Les manifestants affluant dans les rues hivernales ont accusé le gouvernement du Hamas, l’Autorité palestinienne et Israël. La colère était dirigée contre le gouvernement du Hamas qui aurait détourné les fonds imputés à l’achat du carburant nécessaire au fonctionnement de la seule centrale électrique de Gaza pour d’autres activités, y compris pour la construction de tunnels. Les manifestants furieux ont accusé l’Autorité palestinienne de soutenir le blocus en contrôlant les achats et les transferts de carburant vers Gaza. La compagnie d’électricité elle-même, un opérateur privé, est à maintes reprises critiquée pour avoir prétendument fait des profits sur le dos des Gazaouis ordinaires qui souffrent de ces pénuries.

Pour atténuer les mois d’hiver particulièrement douloureux de fin 2016 et début 2017, les interventions dans le secteur énergétique de Gaza provenaient de Turquie et du Qatar sous la forme de réserves de carburant qui ont permis la reprise de la production électrique de la Gaza Power Generation Company (GPGC). Ces mesures sont au mieux des palliatifs à court terme qui conduiront les habitants de Gaza vers un autre épisode de crise chronique.

Dans cette vague de colère populaire et de récrimination, l’impact du blocus israélien sur la Bande de Gaza et de la colonisation plus large d’Israël et le contrôle des ressources palestiniennes est dilué, sinon repoussé à l’arrière-plan.

Pourtant, les Palestiniens ont découvert des réserves de gaz près d’une décennie avant le filon d’Israël. En 1999, le Champ marin de Gaza (Gaza Marine) a été découvert au large de la côte de Gaza, et la licence pour l’exploration et la production a été attribuée au Groupe British Gas (BG), la grande compagnie pétrolière et gazière britannique rachetée depuis par Shell. Au moment de la découverte, ce trésor national a été salué comme une avancée qui pourrait être une véritable manne pour les Palestiniens. A une époque où les Accords d’Oslo qui avaient été signés en 1993 semblaient encore plausibles, on a considéré que la ressource pourrait donner aux Palestiniens une impulsion très bienvenue vers l’auto-détermination.

Avec un billion de pieds cubes estimés de gaz, Gaza Marine n’est pas assez grand pour agir comme exportateur. Mais les volumes de gaz qu’il détient sont suffisants pour rendre le secteur palestinien de l’énergie entièrement autonome. Non seulement les Palestiniens ne devraient pas avoir à importer du gaz ou de l’électricité israélien ou égyptien, mais la Bande de Gaza n’aurait plus à souffrir de pénurie d’électricité. De plus, l’économie palestinienne profiterait d’une importante source de revenus.

Ce pas vers la souveraineté ne devait pas advenir. En dépit des tentatives répétées des propriétaires du champ et des investisseurs pour développer Gaza Marine, Israël a imposé des restrictions inflexibles qui ont empêché toute mesure d’être prise. Ceci en dépit du fait que l’exploration et la production de Gaza Marine auraient été relativement simple compte tenu de la faible profondeur de la réserve et de son emplacement près des côtes palestiniennes. Selon des documents découverts par Al-Shabaka, Israël a initialement empêché le développement de ce champ car il cherchait des conditions commercialement favorables pour le gaz produit.

Après qu’Israël ait découvert ses propres ressources, il a commencé à évoquer des « problèmes de sécurité » qui étaient exacerbés par la prise de contrôle de la Bande de Gaza par le Hamas. Bien que Netanyahu ait semble-t-il envisagé de permettre aux Palestiniens de développer Gaza Marine en 2012 dans le cadre d’une stratégie plus large visant à stabiliser la Bande de Gaza, ces projets n’ont toujours pas été matérialisés. Compte tenu de l’acquisition récente du Groupe BG par Shell, et du programme global de cessions d’actifs de ce dernier, il est probable que Gaza Marine sera vendu.

Tant qu’Israël gardera sa mainmise sur l’économie palestinienne, il est clair que cet actif palestinien restera bloqué. En effet, la manière dont les découvertes de gaz israéliens et palestiniens ont façonné le développement économique en Israël et dans le Territoire palestinien éclaire la disparité des forces entre les deux parties. Contrairement à Israël qui est rapidement parvenu à l’indépendance énergétique après la découverte de ses gisements de gaz, les Palestiniens n’arrivent pas à accéder à une ressource qu’ils ont découverte presque deux décennies plus tôt. Au lieu d’aborder la cause du blocus et le régime d‘occupation qui les a empêchés de contrôler leurs ressources comme Gaza Marine, les Palestiniens sont au contraire obligés de chercher des mesures immédiates qui atténuent la souffrance prégnante à laquelle ils sont confrontés.

Bien que cela soit compréhensible dans le contexte d’une occupation brutale, les initiatives visant à améliorer la qualité de la vie sous occupation négligent l’objectif stratégique à long terme d’assurer l’indépendance énergétique au sein de l’objectif plus large de la libération de l’occupation et de la réalisation des droits palestiniens.

Paix économique et normalisation

Les découvertes de gaz d’Israël sont souvent annoncées comme les catalyseurs d’une transformation régionale potentielle. Le positionnement de l’Etat israélien en tant que fournisseur d’énergie à des voisins pauvres en ressources est considéré comme un moyen sûr pour faciliter l’intégration économique de pays tels que la Jordanie et L’Égypte, ainsi que les Palestiniens. L’avantage économique que le gaz bon marché pourrait offrir à ces pays est perçu comme pouvant compenser toutes les préoccupations sociales et politiques de leurs citoyens en ce qui concerne les relations avec Israël. Cette ligne de pensée suppose que grâce à l’intégration économique, la stabilité qui s’en suivrait diminuerait les perspectives de volatilité dans une région explosive car Israël et ses voisins deviendraient mutuellement dépendants.

La notion de « paix économique » a une longue histoire dans la région et s’est manifestée sous diverses formes, y compris récemment dans la proposition de développement économique du secrétaire d’État John Kerry. Ce point de vue semble également avoir les faveurs de l’ambassadeur de l’administration Trump en Israël, David Friedman. Plutôt que d’aborder directement l’impasse politique provoquée par la longue occupation israélienne et autres violations, ces propositions traitent de problèmes liés à la qualité de la vie, au commerce ou à la croissance économique, probablement comme un tremplin pour la paix. Avec une manière de pensée similaire, une fois que les découvertes de gaz israéliennes ont été faites, l’administration Obama a commencé à explorer les façons de positionner Israël comme plaque tournante régionale en matière d’énergie.

Photo: Al Jazeera/Ezz Zanoun

Gaza connaît une crise endémique pour tout ce qui concerne les sources d’énergie – Photo: Al Jazeera/Ezz Zanoun

Les partisans de cette approche de séparation entre ce qui relève des droits nationaux et politiques et ce qui relève des incitations économiques, soutiendraient qu’il existe un avantage commercial évident d’utiliser le gaz israélien dans le territoire palestinien et en Jordanie. Israël a maintenant un excédent de gaz, et ces régions sont encore dépendantes des importations d’énergie. Dans le cas du territoire palestinien, la dépendance à l’égard d’Israël existe déjà et pas seulement à Gaza : près de 88% de la consommation palestinienne est fournie par Israël, la Cisjordanie importe pratiquement la totalité de son électricité d’Israël. Les partisans de la paix économique estiment que les perspectives d’instabilité diminuent lorsqu’une telle dépendance mutuelle est renforcée.

Les partisans de cette approche de séparation entre ce qui relève des droits nationaux et politiques et ce qui relève des incitations économiques, soutiendraient qu’il existe un avantage commercial évident d’utiliser le gaz israélien dans le territoire palestinien et en Jordanie. Israël a maintenant un excédent de gaz, et ces régions sont encore dépendantes des importations d’énergie. Dans le cas du territoire palestinien, la dépendance à l’égard d’Israël existe déjà et pas seulement à Gaza: près de 88% de la consommation palestinienne est fournie par Israël, la Cisjordanie importe pratiquement la totalité de son électricité d’Israël. Les partisans de la paix économique estiment que les perspectives d’instabilité diminuent lorsqu’une telle dépendance mutuelle est renforcée.

Enraciné dans cette conviction, le Département d’État américain a facilité une bonne part des négociations sur le gaz entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens. Le nouvel envoyé spécial et coordonnateur pour les affaires internationales de l’énergie – un poste avec lequel les États-Unis ont renforcé leur diplomatie sur l’énergie dans le monde sous l’administration Obama – a encouragé les discussions pour permettre l’exportation de gaz israélien vers la Jordanie et les territoires palestiniens.

La Jordanie n’est pas le seul destinataire potentiel du gaz israélien. En 2010, l’Autorité palestinienne a approuvé la création de la Société de production d’énergie de Palestine (PPGC), la première en Cisjordanie et la seconde dans le territoire palestinien après la société GPGC à Gaza. Basée à Jénine, cette centrale de 200 mégawatts est dirigée par des investisseurs privés (dont PADICO et CCC) qui travaillent au renforcement du secteur énergétique palestinien pour assurer la production d’électricité en Cisjordanie et réduire le coût élevé des importations israéliennes d’électricité. Le PPGC a entamé des négociations avec Israël pour acheter du gaz venu du gisement Léviathan pour la production d’électricité. Les Palestiniens ont protesté contre cette décision, appelant à des projets d’exploitation du gisement marin de Gaza au lieu de s’appuyer sur le gaz israélien. Les pourparlers ont échoué en 2015, mais on ne sait pas si ceux-ci ont juste été suspendus.

Les dangers d’une souveraineté tronquée

Il y a plusieurs dangers, au niveau régional comme national, liés à ces efforts pour une intégration plus étroite à travers des accords gaziers en l’absence d’initiatives alternatives sur le front politique.

Le premier danger est que la sécurité énergétique des Palestiniens soit assujettie à la bonne volonté d’Israël. Israël a pu et a utilisé dans le passé son pouvoir « d’ouvrir ou fermer les robinets » pour les consommateurs palestiniens. La manifestation la plus évidente (et violente) de la volonté d’Israël de refuser l’énergie aux Palestiniens est sa décision de détruire sans hésitation la seule entreprise de production d’électricité de la bande de Gaza lors de son bombardement de l’enclave côtière en 2006 puis à nouveau en 2014.

Le second danger est que cette approche légitime l’occupation israélienne, qui entre bientôt dans sa cinquantième année. Non seulement il n’y a aucun coût induit pour Israël pour son refus de la construction d’un État palestinien, mais il y a plutôt une récompense directe sous forme de revenus provenant des ventes de gaz à des territoires maintenus indéfiniment sous son contrôle territorial.

Et troisièmement, et c’est peut-être le plus important, ces contrats et ces échanges d’énergie dans le but d’instaurer une «paix économique» en l’absence de perspectives politiques ne font que renforcer le déséquilibre de pouvoir entre les deux parties – l’occupant et l’occupé. Cette intégration véhicule une fiction de relations souveraines et normalisatrices entre une puissance occupante et une économie captive en Cisjordanie et à Gaza.

Cela peut rappeler des initiatives semblables pour la qualité de vie [des Palestiniens sous occupation] évoquées dans les années 1980 avec l’encouragement direct de la Maison-Blanche à l’époque de Reagan, comme une alternative infructueuse à un engagement politique avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les efforts constamment déployés pour contourner les revendications politiques palestiniennes grâce à de telles mesures ont permis à Israël de gérer le conflit plutôt que de devoir le résoudre.

Le cas du gaz démontre très clairement comment les efforts de construction de l’État palestinien par le développement des ressources nationales ont été transformés en faveur d’une simple atténuation des crises énergétiques dans le cadre d’une souveraineté tronquée. Au lieu de s’attaquer à l’incapacité des Palestiniens à exploiter leurs propres ressources naturelles, les diplomates américains s’activent avec Israël pour faciliter des négociations qui améliorent la « qualité de vie » palestinienne mais qui les laisse finalement à la merci d’Israël, et à perpétuité.

Cette approche comporte également des dangers au niveau de la région. La Jordanie dépend actuellement d’Israël pour environ 40% de ses importations d’énergie. La volonté de la Jordanie de s’engager dans ce type de dépendance, en dépit de plusieurs désavantages géostratégiques, fait progresser la normalisation avec l’État israélien dans la région alors même qu’il maintient son occupation du territoire palestinien. Cette disposition apporte plusieurs menaces à un moment où l’administration Trump propose la poursuite de mesures diplomatiques « extérieures » qui pourraient entièrement contourner les Palestiniens.

Stratégies pour une riposte

Dans des conditions normales, la dépendance mutuelle et le développement économique conjoint sont en effet des protections contre l’instabilité et ont pour effet positif de faire progresser la qualité de la vie des habitants de la région. Cependant, cela ne doit pas être considéré comme une fin en soi, et certainement pas comme un substitut à la mise en oeuvre des droits de Palestiniens. Une telle vision dépolitisée n’a pas d’avenir. Se concentrer uniquement sur la paix économique a des conséquences préjudiciables, précisément parce qu’elle néglige le contexte historique plus large qui a conduit à une dépendance palestinienne, voire régionale.

La croissance économique n’éliminera jamais les revendications des Palestiniens pour la souveraineté, leurs droits et leur autodétermination. C’est une leçon qui a été pleinement donnée lors de l’éruption de la première intifada il y a près de 30 ans, après des décennies de relations économiques normalisées entre Israël et les territoires sous son occupation militaire. Alors que la «paix économique» pourrait offrir des améliorations à court terme, elle n’ouvrira la voie vers une plus grande stabilité qu’à la condition d’être construite sur une base d’égalité et de justice.

Le droit des Palestiniens à leurs propres ressources est soumis à des négociations sur le statut définitif avec les Israéliens. Les accords sur le gaz qui seront mis en place créeront une infrastructure de dépendance qui sera difficile à démanteler dans le cas d’une solution négociée. Plus important encore, étant donné les espoirs évanescents d’une solution négociée à deux États, ces accords ne font que renforcer le statu quo.

Photo : Al-Jazeera/Ezz Zanoun

En janvier 2017, la bande de Gaza a été secouée par des manifestations massives pour protester contre la terrible pénurie d’électricité – Photo : Al-Jazeera/Ezz Zanoun

Par conséquent, bien que les relations économiques puissent être maintenues pour éviter les souffrances sur le plan humanitaire comme c’est le cas avec l’augmentation de l’approvisionnement en combustible et en électricité de Gaza, l’OLP et l’AP ainsi que la société civile palestinienne et le mouvement de solidarité avec la Palestine doivent continuer à se servir des outils à leur disposition pour promouvoir la justice et les droits des Palestiniens.

Dans l’immédiat, si les accords gaziers persistent malgré l’opposition populaire, les négociateurs palestiniens impliqués dans des accords potentiels avec Israël doivent à tout le moins insister sur des dispositions qui ne bloquent pas les perspectives d’exploitation du gaz à Gaza. Cela pourrait se faire en mettant en place les mécanismes juridiques qui permettraient l’accès de tierces-parties aux accords d’approvisionnement. Bien qu’il soit difficile de négocier de telles dispositions, cela est d’une importance vitale car cela laisse une marge de manœuvre et de flexibilité pour l’approvisionnement futur de Gaza à partir de son propre gisement, et permet une réduction de la dépendance à l’égard d’Israël. Les contrats de fourniture de gaz devraient également inclure des dispositions pour la révision des termes de l’accord dans le cas de développements importants sur le front politique.

Les négociateurs palestiniens devraient aussi se tourner vers la résistance de la société civile afin de l’appuyer plutôt que de chercher à l’exclure ou à l’écraser. Il existe des modèles qui peuvent être reproduits grâce auxquels les négociateurs pourraient s’appuyer sur la force des mouvements populaires contre certaines de ces transactions. En ce qui concerne les droits à l’eau, par exemple, il existe un groupe d’appui juridique (EWASH) qui coordonne le travail des groupes locaux et internationaux. EWASH a mené une campagne qui a mis en évidence le vol par des colonies israéliennes de l’eau appartenant aux Palestiniens et a soulevé la question devant le Parlement européen. Peut-être pourrait-on mettre en place une telle coalition afin de mobiliser pour la souveraineté énergétique.

Parallèlement, l’OLP/AP doit utiliser ces négociations économiques comme moyen d’assurer la responsabilité d’Israël plutôt que comme un moyen d’acquiescer à une dépendance imposée. En particulier, le statut d’État membre non observateur que la Palestine a obtenu aux Nations Unies doit être utilisé pour faire pression sur des instances juridiques internationales telles que la Cour pénale internationale pour pousser Israël à assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante en vertu du droit international. Cela signifie que l’occupant a en charge la sauvegarde des moyens de subsistance des habitants sous son contrôle, y compris la fourniture d’électricité et de carburant, et qu’il aura à rendre compte des décisions qu’il pourrait prendre pour « fermer les robinets ».

Certains éléments de la paix économique peuvent être utiles aux Palestiniens à court terme, en soutenant la croissance économique et le développement. Mais ceux-ci ne peuvent pas exister au prix d’un état à durée illimitée de dépendance et de souveraineté tronquée. Les Palestiniens doivent s’activer sur deux fronts: 1) ils doivent pousser à responsabiliser l’occupation d’Israël dans les forums internationaux, et 2) ils doivent veiller à ce que les tentatives d’intégration économique forcée et toute autre tentative israélienne d’imposer une réalité de système d’apartheid soient contrecarrées par un appel pour les droits et l’égalité. Quelle que soit la vision politique d’Israël et des Palestiniens, les dirigeants palestiniens doivent formuler une stratégie autour de ces accords sur le gaz et ramener les notions de développement économique dans le contexte de la lutte pour la libération nationale.

L’impact politique du filon du gaz israélien

Jusqu’à il y a quelques années, Israël et la Jordanie dépendaient beaucoup des importations égyptiennes de gaz. En 2011-2012, et surtout après la chute du régime du président Hosni Moubarak, les exportations de gaz en provenance d’Égypte sont devenues peu fiables. Cela est dû à la fois aux problèmes intérieurs dans le secteur énergétique de l’Egypte et à l’instabilité accrue dans la péninsule du Sinaï, laquelle abritait la principale route du gazoduc transportant du gaz vers Israël et la Jordanie. Avec la baisse des importations égyptiennes, Israël et la Jordanie ont commencé à chercher d’autres sources d’approvisionnement. En 2009, un consortium israélo-américain de sociétés énergétiques a découvert Tamar, un gisement situé à environ 80 km de la côte de Haïfa, contenant 10 billions de pieds cubes (tcf) de gaz. Dans un contexte où la sécurité énergétique d’Israël était en péril, le consortium a rapidement lancé la production, et le gaz a commencé à s’écouler en 2013. Un an après la découverte de Tamar, le même consortium a découvert un gisement encore beaucoup plus important de gaz, nommé Léviathan et estimé à environ 20tcf de gaz.

En l’espace de quelques années, Israël est passé d’importateur de gaz à potentiel exportateur. Il a étudié à la fois les marchés locaux, les pays voisins et ceux plus éloignés pour identifier des destinations possibles pour ses exportations. Dans son voisinage immédiat, les implications pour l’avancement de la normalisation économique étaient évidentes: comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a récemment déclaré, la production de gaz extrait du gisement Léviathan «fournira du gaz à Israël et assurera la promotion de la coopération avec les pays de la région».

La Jordanie est devenue le premier pays à s’engager à acheter du gaz israélien. Des négociations ont été entamées entre la Jordanie et Israël peu de temps après la découverte du gisement Léviathan et un protocole d’accord (MoU) a été signé en 2014. La même année, des accords de vente de gaz ont été conclus entre les propriétaires de Tamar et deux industriels jordaniens, les sociétés Jordan Bromine et Arab Potash. Le protocole d’accord signé avec le gouvernement jordanien impliquait un engagement de la Jordanie d’acheter du gaz israélien pour une période de 15 ans. De nombreux protestataires ont rejeté les négociations avec Israël, notamment en raison de son assaut sur la bande de Gaza cette année-là, et les parlementaires jordaniens ont voté contre l’accord. Au début de 2017, le gaz a commencé à s’écouler d’Israël vers les sociétés Jordan Bromine et Arab Potash, bien que les acteurs impliqués aient gardé un profil bas pour éviter de relancer les manifestations.

La colère suscitée par la Jordanie qui se retrouve à financer le secteur gazier d’Israël a été aggravée par le fait que la Jordanie avait d’autres perspectives pour l’achat de gaz. Après le déclin du gaz égyptien, la Jordanie a construit un terminal pour l’importation de gaz naturel liquéfié à Aqaba, sur la côte de la mer Rouge, qui a commencé ses activités en 2015. En outre, la découverte par l’Égypte du champ gazier super-géant de Zohr en 2016 a ressuscité les perspectives pour une reprise du rôle de l’Égypte comme fournisseur régional de gaz. Néanmoins, et sans doute sous l’influence de pressions extérieures, la Jordanie a officialisé son protocole d’accord avec Israël en septembre 2016, annulant les objections des parlementaires et des protestations populaires.

Alors qu’Israël était inondé de gaz, la triste réalité de la bande de Gaza devint plus critique que jamais. La bande de Gaza est sous le blocus depuis 2007. La Compagnie de production d’électricité de Gaza (GPGC), la seule entreprise de ce type dans le territoire palestinien, fonctionne actuellement sur du combustible liquide acheté à l’Autorité palestinienne et transporté dans la bande de Gaza depuis la Cisjordanie. Pour compléter la capacité de GPGC, Gaza achète de l’électricité à la compagnie israélienne d’électricité ainsi qu’au réseau égyptien d’électricité. Ces mesures d’achat et de transport de carburant sont conformes au Protocole sur les relations économiques, également appelé Protocole de Paris, signé entre Israël et l’OLP dans le cadre des Accords d’Oslo.

Tareq Baconi* Tareq Baconi est analyste politique aux États-Unis pour le réseau al-Shabaka : The Palestinian Policy Network. Son livre, « Hamas: The Politics of Resistance, Entrenchment in Gaza » est en instance d’être publié par Stanford University Press.

12 mars 2017 – Al-Shabaka – Traduction : International Solidarity Movement (ISM) et Chronique de Palestine




Comment les Palestiniens doivent répondre à Trump

Alaa Tartir & Tareq BaconiLes Palestiniens doivent dire clairement que la seule condition nécessaire à une paix durable est la justice sur leurs terres.

Le rôle joué par l’administration américaine, en tant qu’intermédiaire malhonnête, pour la paix entre les Palestiniens et les Israéliens n’aurait pas pu être mieux illustré que par la conférence de presse de la semaine dernière en présence du président des États-Unis Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La rencontre entre ces deux dirigeants a été un tournant pour les Palestiniens. Selon le New York Times, c’était la première fois depuis le début du dit « processus de paix » qu’un président américain émet publiquement des doutes sur l’idée que la solution à deux États était le seul cadre possible pour la paix.

En l’espace de quelques minutes, le président Trump a effacé des décennies de diplomatie américaine soigneusement entretenue, quoique profondément malhonnête et biaisée. Pourtant, il reste encore à voir si le « nouveau concept » de Trump signifie réellement, sous sa présidence, une prise de distance par rapport à la formule en faillite de la solution à deux États.

Netanyahu ne perdit pas de temps à présenter une vision alternative, que Trump s’empressa d’adopter. En tant que condition préalable à la paix, Netanyahou a déclaré que les Palestiniens devaient reconnaître Israël comme un État juif et accepter le maintien du contrôle israélien sur toutes les terres à l’ouest du Jourdain.

La vision conjointe des deux dirigeants a également suggéré qu’une approche régionale serait adoptée pour imposer un accord ou une proposition « cadre » aux Palestiniens, tout en normalisant les relations entre Israël et les alliés arabes régionaux de l’Amérique.

Le cadre proposé par Netanyahou était la formulation la plus évidente d’une réalité à un seul État, si celui-ci devait jamais exister. Sa version de cette réalité est celle où Israël conserve le contrôle territorial absolu sur toute les territoires couverts par l’ex-mandat britannique, sans y céder aucun droit politique aux habitants Palestiniens.

Ce n’est pas une vision nouvelle. Le dirigeant israélien Yitzhak Rabin lui-même avait déclaré dans son discours à la Knesset sur la ratification des Accords d’Oslo : « nous aimerions que cette [entité palestinienne] soit moins qu’un État ».

Cet objectif et les conditions préalables à la paix annoncées par Netanyahou sont fondamentalement viciés et diamétralement opposés à la demande palestinienne du respect de leurs droits internationalement reconnus.

Ce cadre unilatéral ne laisse aucune place au droit à l’autodétermination auquel le peuple palestinien aspire en voulant créer son propre État sur ce qui est maintenant les territoires palestiniens occupés de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est.

Au contraire, le cadre de Netanyahu maintient le statut des habitants palestiniens des territoires en tant que citoyens de seconde classe. Ils vivent dans un État juif dominant qui refuse de leur attribuer la citoyenneté ou les droits politiques.

Autrement dit , ce système est celui de l’apartheid.

En fait, la seule condition préalable à la paix – et la plus absente de la conférence de presse – est de mettre fin à l’occupation militaire d’un autre peuple par Israël, un acte de guerre qui entre maintenant dans sa cinquième décennie.

La question de savoir si le résultat est un ou deux États n’est pas pertinente, tant que n’est pas entrée en vigueur la fin de l’asservissement militaire israélien du peuple palestinien, comme premier pas vers la réalisation des droits des Palestiniens.

Toute dérogation à cette condition préalable est une échappatoire à une paix authentique et durable.

Que doivent alors faire les Palestiniens, face à cette intention publiquement déclarée de transformer l’occupation d’Israël en une forme de contrôle perpétuel sanctionnée par les États-Unis eux-mêmes ?

D’une part, les dirigeants actuels de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité palestinienne (AP) doivent cesser de vivre dans le mythe de l’édification d’un État.

La vision de Netanyahou est un reflet tout à fait clair de la position israélienne aujourd’hui. Il ne devrait pas subsister de doute sur le fait que les vestiges de la souveraineté de l’Autorité palestinienne n’iront jamais au-delà des tâches administratives qui lui ont été assignées par les Accords d’Oslo en 1993.

Au lieu de céder devant une souveraineté tronquée, les Palestiniens doivent de façon décidée passer à un projet national fondé sur les droits, qui vise à réaliser l’égalité pour tous les habitants entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée.

L’OLP doit révoquer définitivement le cadre éphémère des Accords d’Oslo et cesser de prendre à sa charge le coût de l’occupation israélienne. Cela pourrait bien signifier la redéfinition immédiate des fonctions de l’AP, en particulier en ce qui concerne sa collaboration répressive avec Israël.

Cette reconfiguration est cruciale si la direction palestinienne est intéressée à devenir un acteur pertinent à travers les voies diplomatiques aujourd’hui.

Le discours prononcé par Abbas ce mois-ci à l’ONU à Genève, lui donne de façon opportune l’occasion d’envoyer un message ferme à la communauté internationale, en disant que les Palestiniens n’appliqueront plus les règles de ce prétendu « processus de paix« .

Tout aussi important, les dirigeants palestiniens doivent affronter ces nouvelles menaces, manifestées par l’alliance la plus cynique entre Trump et Netanyahu, en assumant enfin les devoirs qui sont les leurs. Résorber la fracture intra-palestinienne qui dure depuis une décennie est un point de départ vital.

Si le Hamas et le Fatah sont intéressés à servir la lutte palestinienne pour l’autodétermination, ils doivent placer les intérêts nationaux au-dessus des ambitions de partis. La réalisation de l’unité nationale renforcera les Palestiniens dans leur résistance à ce projet qui vise à faire disparaître leurs aspirations nationales.

L’unité nationale doit être fondée sur le renouveau des processus décisionnels participatifs au sein de l’OLP. La crise de légitimité de la direction actuelle est totalement débilitante. Un agenda politique sans exclusive doit être mis en avant pour favoriser l’émergence d’une future direction qui sera responsable devant le peuple et ses aspirations.

Tout en se concentrant sur ces réformes intérieures urgentes, la direction palestinienne doit veiller à ce que l’alliance régionale naissante entre Israël et les autres États de la région ne se fasse pas au détriment des droits des Palestiniens.

Passer à une lutte basée sur les droits, qui s’écarte des soit-disant réalisations d’un pseudo-état défunt, réalise l’unité et fait pression sur les alliés régionaux, est tout à fait réalisable… si existe la volonté politique.

Les Palestiniens ne doivent pas rester inactifs, alors que Netanyahou, encouragé par une administration Trump totalement manipulée, renforce le projet suprématiste israélien sur la terre palestinienne. Les Palestiniens ont une pléthore d’outils à leur disposition sur la scène internationale pour tenter de sauvegarder leurs droits et faire payer à Israël le prix de ses violations du droit.

Tout en multipliant ces initiatives internationales, les Palestiniens doivent clairement préciser que la seule condition préalable à une paix durable est la justice sur leurs terres, quel que soit le cadre politique.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève.

Articles du même auteur.

Tareq Baconi* Tareq Baconi est analyste politique aux États-Unis pour le réseau al-Shabaka : The Palestinian Policy Network. Son livre, « Hamas: The Politics of Resistance, Entrenchment in Gaza » est en instance d’être publié par Stanford University Press.

19 février 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Débloquer le marché du travail pour les femmes palestiniennes

Samia al-BotmehLes femmes palestiniennes ont l’un des taux de participation de la population active les plus faibles au monde, malgré des taux de scolarisation dans l’enseignement primaire et secondaire plus élevés que les hommes dans tout le Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

La conseillère en politique de Al-Shabaka, Samia Al-Botmeh, examine les tendances et propose des mesures qui vont au-delà du marché de l’offre pour se concentrer sur la demande de travail des femmes.

Points-clés

a) La participation de femmes palestiniennes au marché du travail est beaucoup plus faible que dans le reste du monde arabe, malgré les niveaux élevés d’instruction primaire et secondaire.
b) Le fait que la participation des femmes soit essentiellement concentrée dans l’agriculture et les services, alors que l’emploi dans le secteur manufacturier a décliné, est le résultat de la destruction systématique des secteurs de production palestiniens depuis 1967 par Israël.
c) Des failles dans le système de crédit ont dissuadé l’entrepreneuriat féminin, tandis que l’enseignement secondaire favorisant les études littéraires a insuffisamment préparé les femmes pour le marché du travail.
d) Des réformes doivent tenir compte des facteurs liés à la demande de travail des femmes en protégeant et en encourageant la production locale.

Une part décroissante dans les secteurs de production et davantage de ségrégation

a) En 2014, le taux de participation des femmes palestiniennes au marché du travail dans les TPO se situait à 19,4%, par rapport à 25% dans la région arabe et à 51% dans le reste du monde. Ceci est particulièrement frappant étant donné que les taux de scolarisation des filles palestiniennes dans l’enseignement primaire et secondaire sont plus élevés que ceux des garçons dans tout le Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
b) La participation des femmes palestiniennes au marché du travail est fortement concentrée dans l’agriculture et les services, mais pratiquement inexistante dans la construction et les transports. La participation des femmes au secteur manufacturier a décliné depuis 1995, ce qui suggère que la ségrégation des femmes dans certains secteurs est effectivement en hausse. En outre, les femmes palestiniennes n’ont de tout temps perçu qu’environ 80% des salaires des hommes en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.
c) L’entrepreneuriat des femmes ne représente qu’environ 15% de l’emploi féminin, au mieux, et n’a profité d’aucune augmentation importante au cours des 15 dernières années. D’autre part, 65% des femmes palestiniennes sont prêtes à se lancer dans la création d’une entreprise, ce qui montre un écart net entre l’entrepreneuriat potentiel et les résultats réels.

Le sabotage de l’économie par Israël et autres facteurs

La compression de la demande de main-d’œuvre qui fait suite à la destruction systématique par Israël des secteurs palestiniens de l’agriculture et de la manufacture est le facteur primordial qui explique les faibles taux de participation de la main-d’œuvre féminine. Les ruptures géographiques, physiques et sociales créées par les postes de contrôle et les fermetures permanentes en Cisjordanie et à Gaza ont un impact sérieux sur la mobilité des Palestiniens, ce qui rend la recherche d’un emploi en dehors de la communauté locale plus difficile pour les femmes que pour les hommes.

De plus, les femmes entrepreneurs font face à davantage d’obstacles à l’accès au crédit commercial que les hommes pour un certain nombre de raisons, dont le manque de garanties nécessaires pour accéder à des prêts commerciaux. Bien que les prêts bancaires aient substantiellement augmenté au cours des dernières années, ils ne concernent pas l’entrepreneuriat féminin ni les secteurs qui emploient des femmes.

Le déséquilibre croissant des inscriptions dans l’enseignement secondaire en faveur du courant littéraire a augmenté le pourcentage d’élèves qui quittent l’école sans qualifications ni compétences. Cela a des répercussions graves puisque les femmes ont tendance à se concentrer sur des postes d’enseignement, de soins infirmiers et de secrétariat.

L’article n° 7 du droit du travail palestinien exclut actuellement de larges segments du marché du travail, y compris des sphères dans lesquelles les femmes sont principalement situées. Le droit du travail doit inclure une clause claire en faveur de l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes, et préciser les sanctions qu’encourent les employeurs qui la violent.

Focalisation de la politique sur la demande et résistance à l’érosion de l’économie engendrée par Israël

Les intervenants politiques doivent concevoir des interventions pratiques qui favorisent la demande de travail féminin. Les politiques doivent également contrer les efforts permanents d’Israël pour nuire à la capacité productive de l’économie palestinienne, et mettre en place des politiques commerciales qui accordent la priorité à la protection de la production sur l’ouverture de marchés locaux à la concurrence internationale avant qu’ils soient prêts à la compétition.

a) La meilleure manière d’élargir les secteurs productifs (agriculture et manufacture) serait de remplacer les importations de marchandises et de services israéliens par la production locale. L’accent devrait être mis sur les plus de 600 millions de dollars sur les 5 milliards de dollars en biens et services que les Palestiniens importent d’Israël qui sont des produits agricoles et des produits manufacturiers.
b) Il est nécessaire d’augmenter le nombre des établissements de formation professionnelle qui répondent aux besoins des filles, dans l’ensemble des TPO, et de mettre en place un système incitant les filles à y participer. 
c) La couverture du droit du travail doit être élargie de manière à inclure les segments de la main-d’œuvre qui emploient essentiellement des femmes, y compris le travail domestique non rémunéré.
d) De nouvelles formes de garanties de crédit qui peuvent améliorer l’accès au crédit pour les petites entreprises doivent être introduites, y compris les modèles qui visent les entreprises créées par des femmes. En outre, des entreprises économiques dirigées collectivement et des coopératives peuvent soutenir la concurrence de manière à autonomiser les acteurs économiques individuels et l’économie dans son ensemble.

PRESENTATION

Les femmes palestiniennes vivant dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) ont l’un des taux de participation de la population active féminine les plus bas au monde. La conseillère en politique de Al-Shabaka, Samia Al-Botmeh souligne que, alors que cette conjoncture serait problématique dans n’importe quel autre contexte, elle l’est encore plus dans une situation de colonialisme de peuplement, comme dans les TPO.

Entre autres raisons, la participation des femmes au marché du travail est un indicateur de développement essentiel ; les pays développés, comme les pays émergeants, élaborent activement des stratégies pour la stimuler, en partie parce qu’elle est un des moteurs de la croissance économique. En outre, dans de nombreux pays émergents, la participation des femmes au marché du travail montre la capacité d’une société à résister aux chocs économiques avec un minimum de fragmentation sociale. Enfin, plus le taux de participation des femmes et d’emploi dans des conditions de « travail décent » est élevé, plus grande est la prévalence de la justice en matière de genre au sein de cette société.

En bref, la faiblesse des résultats économiques et sociaux, dont la stagnation de la croissance, la fragmentation sociale et les préjugés de genre, peuvent compromettre la capacité de la population colonisée à faire face, à survivre et à résister au colonialisme. Al-Botmeh se fonde sur ses travaux antérieurs pour décrire d’abord les caractéristiques des tendances du marché du travail féminin, puis examiner les facteurs qui déterminent ces tendances [1]. Elle conclut par des recommandations politiques destinées à stimuler la participation des femmes au marché du travail dans les TPO tout en contrant les tentatives d’Israël visant à porter préjudice à l’économie palestinienne.

Une part décroissante dans les secteurs productifs et davantage de ségrégation

En 2014, le taux de participation au marché du travail des femmes palestiniennes dans les Territoires palestiniens occupés se situait à 19,4%, par rapport à 25% dans la région arabe et à 51% dans le reste du monde [2]. C’est particulièrement frappant étant donné que les Palestiniennes ont des taux élevés d’instruction : en 2000, les filles avaient des taux de scolarisation plus élevés et des taux de décrochage scolaire plus faibles que ceux des garçons. Les taux de scolarisation dans l’enseignement primaire et secondaire des filles palestiniennes sont également plus élevés que ceux des garçons dans tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

La participation des femmes palestiniennes au marché du travail a augmenté de 11,2% en 1995 à 19,4% en 2014, une hausse significative bien qu’elle se situe en dessous de la moyenne régionale. Cependant, cette tendance à la hausse s’est également traduite par une augmentation du chômage par rapport à l’emploi. En d’autres termes, en dépit du fait qu’il y a eu une augmentation de la participation des femmes au marché du travail, elles ont plus tendance que les hommes à être au chômage.

Comme dans les autres parties du monde arabe, la jeunesse palestinienne est confrontée à des taux de chômage nettement plus élevés que les travailleurs plus âgés. Le taux de chômage des jeunes femmes peut atteindre quatre fois celui des femmes plus âgées, alors qu’il est presque le double de celui des hommes du même groupe d’âge.

Dans le même temps, les femmes palestiniennes sont fortement concentrées dans deux secteurs de l’économie – l’agriculture et les services – et pratiquement inexistantes dans deux autres, la construction et les transports. En 2014, l’agriculture représentait 21% de l’emploi des femmes par rapport à 67,3% pour les services. Cette concentration implique que les femmes n’ont pas un accès égal à tous les secteurs par rapport aux hommes. Bien que ce soit un phénomène mondial, le cas palestinien a tendance à être extrême ; en conséquence, les femmes palestiniennes subissent un plus haut degré d’exclusion sur le marché du travail, par rapport aux femmes dans d’autres économies.

Plus important encore, au cours des 20 dernières années, la part de l’emploi des femmes dans les secteurs de production (agriculture et industrie manufacturière) a continué à diminuer, tandis que leur part d’emploi dans les services et le commerce a augmenté. Cette tendance est particulièrement importante parce que ce sont les secteurs de production qui génèrent une croissance durable dans une économie. En 1995, le secteur manufacturier représentait 16,2% de l’emploi des femmes mais a diminué jusqu’à ne représenter que 9,9% en 2014. Un tel déclin implique que la ségrégation des femmes dans quelques secteurs (ségrégation horizontale) augmente avec le temps, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives sur leurs perspectives d’emplois futurs. En outre, le secteur des services, qui a connu la plus forte expansion depuis 1995, a atteint sa limite d’absorption des femmes. Les femmes palestiniennes souffrent également d’une ségrégation verticale, c’est-à-dire la différence de salaire entre hommes et femmes en raison de la position inférieure des femmes sur le marché du travail : les femmes gagnent depuis longtemps environ 80% des salaires des hommes en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.

L’entrepreneuriat, qui est un indicateur économique de créativité et de potentiel d’emplois futurs, reste très faible dans les TPO, selon les données disponibles. Par exemple, seulement 14% des 15-29 ans ont essayé de créer leurs propres activités génératrices de revenus, dont seulement 6% sont des femmes. L’entrepreneuriat féminin a stagné : selon l’enquête annuelle sur la population active du PCBS (Palestinian Central Bureau of Statistics), les deux catégories représentant l’entrepreneuriat (travailleur indépendant et employeur) représentaient au mieux près de 15% de l’emploi des femmes et n’ont enregistré aucune augmentation importante au cours des 15 dernières années. D’autre part, 65% des femmes palestiniennes sont prêtes à créer une entreprise, ce qui indique un écart net entre l’entrepreneuriat potentiel et les réalisations concrètes. Parmi les raisons, le manque de formation professionnelle et des sources de financement inadéquates. D’autres facteurs comprennent les politiques économiques néolibérales de l’Autorité palestinienne qui ne fournissent aucune protection contre la concurrence déloyale au marché local, en particulier les marchandises et produits israéliens qui inondent le marché local et érodent la capacité productive de l’économie palestinienne locale.

Pour résumer, bien que la tendance de la participation des femmes soit à la hausse au cours des 15 dernières années, elle reste très faible. Le fait que davantage de femmes que d’hommes aient connu des périodes de chômage soulève des questions sur le rôle des facteurs politiques et institutionnels qui maintiennent les taux de participation des femmes bien au-dessous de leur moyenne régionale. En outre, l’exclusion des jeunes femmes du marché du travail, ainsi que le faible pourcentage de femmes entrepreneurs soulignent les obstacles du côté de la demande.

Le sabotage de l’économie par Israël et autres facteurs

Plusieurs facteurs expliquent les tendances défavorables de la participation féminine au marché du travail. Le colonialisme de peuplement d’Israël joue un rôle majeur : les ruptures géographiques, physiques et sociales créées par les postes de contrôle israéliens et les fermetures permanentes des entrées et sorties de nombreux lieux de résidence ont eu un impact sérieux sur la mobilité des Palestiniens, en particulier celle des femmes. L’incertitude par rapport aux temps de déplacement en raison des restrictions à la mobilité mises en place par Israël, rend la recherche d’emploi en dehors de leur communauté locale plus difficile pour les femmes, ce qui réduit leurs chances de trouver un travail, même par rapport aux hommes.

Le colonialisme d’Israël a également contribué à la hausse du chômage des femmes par rapport aux hommes. Les travailleurs palestiniens en Israël et dans les colonies ont toujours été principalement des hommes, de sorte que 12% d’hommes étaient employés en Israël en 2014, contre moins de 1% de femmes. Cela signifie que la compétitivité de l’économie dans les TPO s’est encore accrue pour les femmes, ce qui explique en partie leurs taux de chômage extrêmement élevés dans la période post-deuxième Intifada.

Parmi les autres facteurs qui influent sur la participation au travail, en particulier celle des femmes, figurent la demande de main-d’œuvre, la disponibilité et la structure de l’emploi et les incitations offertes par le marché du travail [3]. La compression du côté de la demande a été causée par l’érosion de la capacité de production de l’économie palestinienne en raison de la destruction systématique par Israël des secteurs agricoles et manufacturiers ainsi que de nombreuses infrastructures. Cette compression de la demande du marché du travail et la non-disponibilité de l’emploi qui en résulte ont joué un rôle déterminant dans l’engagement des femmes palestiniennes dans le marché du travail tout au long du siècle dernier [4]. L’affaiblissement continu de ces deux secteurs, dont leur capacité à employer des femmes, a contribué à fausser les incitations pour les femmes et à les éloigner du marché du travail.

Étant donné que ces deux secteurs sont particulièrement importants dans l’emploi des femmes partout dans le monde, le fait qu’ils ne fournissent pas le travail nécessaire implique que les femmes palestiniennes ne perçoivent pas qu’elles ont une place sur le marché du travail. En d’autres termes, au fil du temps, les femmes palestiniennes risquent de se décourager de rejoindre le marché du travail.

Plus précisément, ce document d’orientation soutient que la compression de la demande de main-d’œuvre résultant de la destruction systématique par Israël des secteurs productifs de l’agriculture et de la manufacture dans l’économie palestinienne, est le facteur primordial qui explique le faible taux de participation des femmes à la population active. Cela est devenu évident dans la période post-Deuxième Intifada lorsque l’économie locale a été encore comprimé. Les taux de chômage plus élevés enregistrés chez les femmes par rapport aux hommes au cours de cette période ont fait en sorte que la demande du marché du travail oppose des obstacles importants à la participation des femmes, en dépit de leurs taux élevés d’éducation.

Outre les considérations liées à la demande, la disponibilité du crédit, en particulier pour les nouveaux investissements, peut entraver l’esprit d’entreprise, réduisant ainsi la participation au marché du travail. Comme c’est le cas ailleurs dans la région, les femmes entrepreneurs sont confrontées à plus d’obstacles dans l’accès au crédit commercial par rapport aux hommes pour diverses raisons, notamment le manque de garanties nécessaires pour accéder aux prêts et la petite taille de niveau familial de la grande majorité des entreprises dirigées par des femmes au Moyen-Orient [5].

Bien que les prêts bancaires aient considérablement augmenté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza au cours des dernières années, pour atteindre 3,3 milliards de dollars en 2013 contre 300 millions de dollars en 1996, ces prêts ont surtout été axés sur la consommation. Près de 2 milliards de dollars ont été consacrés aux prêts à la consommation, 1,2 milliard de dollars au développement immobilier, tandis que les investissements et le développement foncier n’ont représenté que 136 millions de dollars. Ainsi, en dépit du fait que le crédit formel a été largement étendu dans les TPO, il est sans rapport avec l’entrepreneuriat féminin et l’emploi, d’autant plus que les femmes ne participent pas au développement immobilier et au secteur de la construction.

Au-delà du crédit formel, les projets conduits par des femmes sont devenus les principaux bénéficiaires des programmes de micro-finance. Cela a également été le cas dans les TPO, où la micro-finance s’est développée depuis les années 1980 tout en étant orientée vers les femmes. On prétend souvent que la micro-finance crée un espace pour l’autonomisation économique en donnant aux petites entreprises l’accès au crédit. Si l’accès au crédit est très important, les projets de micro-finance dans d’autres pays ont été tenus responsables d’avoir mis en place un piège pour la pauvreté, saturant l’économie informelle de petites entreprises économiques non viables qui se concurrencent l’une l’autre avec des horizons économiques limités sur le long terme.

En ce qui concerne la contribution de l’éducation à la participation des femmes au marché du travail, la campagne à ce sujet dans les écoles a été biaisée en faveur de sujets qui n’aident pas les femmes sur le marché du travail. L’enseignement secondaire dans les TPO est divisé en cours académiques (littéraires et scientifiques) et en enseignement professionnel. Le courant littéraire représente le pourcentage le plus élevé d’étudiantes : 70% en 2010-2011 contre seulement 23% dans le volet scientifique. Cela a de sérieuses répercussions sur les compétences des étudiants et sur la demande ultérieure d’études tertiaires et sur le marché du travail où les femmes tendent à se concentrer sur les emplois typiquement attribués, dont l’enseignement et les soins infirmiers.

Le déséquilibre croissant des inscriptions au secondaire en faveur du courant littéraire a augmenté le pourcentage d’élèves qui quittent l’école secondaire sans qualifications ni compétences. Ces problèmes deviennent encore plus graves étant donné que l’enseignement professionnel n’est pas une véritable option pour les élèves du secondaire et que moins de filles que de garçons s’inscrivent à des filières professionnelles. Par conséquent, les opportunités pour les filles restent concentrées dans le secteur commercial tels que les emplois de secrétariat.

Parallèlement, l’augmentation des taux d’inscription des femmes dans l’enseignement tertiaire – qu’il soit professionnel ou universitaire – ne semble pas aider ces femmes sur le marché du travail, en partie parce que leur éducation se limite à quelques domaines stéréotypés. Cela implique que les choix et les compétences des femmes sur le marché du travail sont partiellement prédéfinis par la nature de leur inscription dans les écoles et les établissements d’enseignement supérieur. C’est une question importante qui nécessite des interventions politiques pour élargir la portée des sujets dans lesquels les femmes sont impliquées, afin d’aider leur participation à travers différents secteurs sur le marché du travail.

Les facteurs juridiques et institutionnels contribuent également à limiter la participation des femmes au marché du travail. La loi du travail numéro 7 (entré en vigueur le 25 décembre 2001) exclut de larges pans de la main d’œuvre palestinienne, dont les travailleurs indépendants, les travailleurs saisonniers, les travailleurs familiaux non rémunérés, les travailleurs domestiques et ceux impliqués dans les soins domestiques et tous les travaux non rémunérés associés. Les femmes se situent principalement dans ces sphères. En outre, bien que le droit du travail soit clair dans sa clause relative à l’égalité de traitement entre hommes et femmes, il ne précise pas de sanctions pour les employeurs qui violent cet article de la loi. La loi n’exige pas non plus que les employeurs fournissent des garderies aux mères qui travaillent ou même aux pères qui ont des enfants en âge préscolaire.

Ces lacunes et d’autres points faibles démontrent que la loi n’est pas suffisamment sensible à la question des femmes et ne protège ni ne promeut les droits des femmes. Le fait que la majorité des femmes ne soient pas syndiquées et que le mouvement des femmes palestiniennes ne soit pas unifié et bien organisé pour défendre leurs droits au travail, explique pourquoi le droit du travail ne traite pas pleinement de ces droits [6].

Les employeurs du secteur privé palestinien se plaignent régulièrement du congé de maternité obligatoire pour les femmes. Ils considèrent que 10 semaines de congé sont trop longues et, en l’absence de soutien du gouvernement, ils prétendent que cette exigence a une incidence négative sur leurs bénéfices. En conséquence, les employeurs ont soit employé moins de jeunes femmes mariées, soit licencié des femmes une fois qu’elles se sont mariées [7].

En conclusion, la section ci-dessus a mis en lumière un certain nombre de facteurs liés à l’offre et à la demande, et aux institutions qui ont entravé la participation des femmes palestiniennes au marché du travail. Bien que l’énumération de ces facteurs ne soit pas exhaustive, ce mémoire de politique soutient principalement que la compression de la demande de main-d’œuvre féminine due à la destruction systématique par Israël des secteurs productifs palestiniens depuis 1967, a été le principal facteur entravant la participation des femmes palestiniennes au marché du travail.

C’est l’unique caractéristique qui différencie le contexte palestinien du reste du monde arabe et qui a conduit à la participation des femmes palestiniennes au marché du travail à rester en dessous de la moyenne régionale. Ainsi, en dépit des normes sociales partagées dans les TPO et les pays arabes voisins, ainsi que des taux d’éducation plus élevés dans les TPO, les taux d’activité des femmes palestiniennes restent parmi les plus bas au monde et inférieurs à la moyenne régionale.

L’orientation de la politique sur la demande et le défi de l’érosion de l’économie voulue par Israël

Les politiques et les actions concernant la participation des femmes au marché du travail dans les TPO ont surtout porté sur l’offre du marché du travail. Il s’agit notamment de développer leur éducation et leurs compétences pour améliorer leurs chances de faire concurrence sur le marché du travail, et de développer des campagnes pour s’attaquer à certains des obstacles institutionnels auxquels font face les femmes, comme le droit du travail. Bien que ces initiatives soient importantes, les interventions politiques doivent également se concentrer sur les liens entre l’offre et la demande du marché du travail, et concevoir des interventions pratiques qui favorisent la demande de main-d’œuvre féminine.

Puisque le colonialisme des Israéliens est le facteur sous-jacent qui freine l’expansion de la participation des femmes à la main-d’œuvre en raison de l’érosion de la capacité productive de l’économie palestinienne, les politiques doivent également s’opposer aux efforts continus d’Israël pour miner la production. Comme indiqué précédemment, l’amélioration de la capacité de production d’une économie est importante pour la création d’emplois durables, en particulier pour les femmes. Dans le contexte palestinien, le renforcement de la capacité de production renforcera la capacité de résistance palestinienne en diminuant la dépendance économique envers Israël et donc la capacité d’Israël à mettre les Palestiniens à genoux chaque fois qu’il le souhaite. Cela peut être réalisé en établissant le lien entre les politiques de production et les politiques commerciales, comme on le verra plus loin.

En outre, l’Autorité palestinienne (AP) devrait rompre avec ses politiques économiques néolibérales qui ont contribué à l’érosion continue de la capacité productive de l’économie palestinienne. Cela implique d’abandonner ses politiques de non-protection de l’économie locale en utilisant le prétexte de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour promouvoir la concurrence et le libre-échange. Comme cela a été le cas ailleurs, la protection de la production doit précéder l’ouverture des marchés locaux à la concurrence internationale. Dans le cadre des politiques économiques néolibérales de l’AP, les Territoires Palestiniens Occupés sont l’une des économies les moins protégées du monde, ce qui la laisse exposée à l’exploitation, en particulier par Israël. Contrairement aux affirmations de l’Autorité palestinienne selon lesquelles ses mains sont liées par les Accords d’Oslo et le Protocole économique de Paris, des mesures peuvent être prises, comme expliqué ci-dessous.

Étendre la demande des femmes sur le marché du travail, tout en s’opposant à Israël

a) Afin de fournir une solution stratégique au problème de la faible part des femmes au marché du travail et à leur taux de chômage élevé, les politiques doivent viser à élargir la taille des secteurs productifs (agriculture et manufacture) pour absorber la demande féminine. Ces secteurs sont dominés par les femmes dans le monde entier : en élargissant les possibilités de travail dans ces secteurs, la participation des femmes et les niveaux d’emploi augmenteront nécessairement. Dans le contexte palestinien du colonialisme sioniste, et surtout parce que les restrictions sur le commerce avec le reste du monde entravent la viabilité des entreprises économiques, la meilleure opportunité d’élargir les secteurs productifs (agriculture et manufacture) serait de remplacer les importations de biens et services israéliens par la production locale. Plus de 600 millions de dollars sur les 5 milliards de dollars en biens et services que les Palestiniens importent d’Israël en 2014 sont des produits agricoles et des biens manufacturiers simples, qui peuvent facilement être remplacés par la production locale. En réciproquant le protectionnisme par Israël de son économie face aux produits palestiniens, l’Autorité Palestinienne peut restreindre l’entrée des produits et services israéliens pour lesquels il existe une alternative palestinienne.

b) Étant donné les restrictions imposées à la capacité de l’AP de modifier les tarifs pour protéger le marché local (à cause du Protocole économique de Paris), le soutien officiel du gouvernement et l’approbation du Mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) peuvent être utilisés comme mécanisme économique pour améliorer la production et la consommation locales, sans avoir à s’engager avec Israël dans une discussion sur les mesures commerciales. En favorisant le boycott des produits israéliens, et non seulement la petite fraction des biens issus de la colonisation, les Palestiniens peuvent améliorer la production de biens et de produits locaux, diminuer leur dépendance à l’égard de l’économie israélienne et améliorer leur capacité de survivre et de résister au colonialisme israélien.

L’éducation des femmes, l’économie et le cadre institutionnel

a) Il est important d’explorer les facteurs « latents » du système d’éducation de base palestinien qui influent sur les résultats d’apprentissage des deux sexes. Ces facteurs comprennent: le rôle joué par les manuels scolaires en tant qu’outils de transformation des valeurs et des attitudes sur les rôles et responsabilités des hommes et des femmes; la dynamique de genre dans les salles de classe; et les relations des enseignants avec les élèves. Ces facteurs et d’autres encore doivent être abordés afin d’imposer l’égalité des sexes.

b) Il est nécessaire d’augmenter le nombre d’établissements d’enseignement professionnel dans l’ensemble des TPO qui accueillent les filles, et de mettre en place un système d’incitation pour les filles à entreprendre des études professionnelles, notamment en organisant le transport vers les écoles d’enseignement professionnel et en leur octroyant des allocations si elles suivent des enseignements peu demandés. Cela devrait s’accompagner de campagnes de sensibilisation pour faire comprendre à l’opinion générale l’importance de l’enseignement professionnel dans le cadre de l’amélioration des perspectives sur le marché du travail.

c) La couverture de la législation du travail doit être élargie pour inclure les travailleurs indépendants, les travailleurs saisonniers, les travailleurs familiaux non rémunérés, les travailleurs domestiques et ceux qui s’occupent de soins domestiques et de travaux non rémunérés à domicile. Il devrait également inclure une clause claire pour l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes, et des sanctions pour les employeurs qui violent cet article de la loi. Il serait de la responsabilité du ministère du Travail de donner des instructions pour faire face à ces lacunes. Cela est particulièrement important à la lumière de la signature par l’AP de la CEDAW [Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes] en avril 2014. Parmi les autres mesures visant à renforcer le cadre institutionnel, le ministère du Travail devrait donner des instructions pour interdire aux employeurs de congédier les femmes enceintes dans le but de les priver de leur droit à 10 semaines de congé de maternité [8].

Renforcer l’accès des femmes au crédit et à la formation

a) La plupart des politiques de microcrédit ne tiennent pas compte des spécificités liées au genre et ne reflètent aucune des préoccupations liées. Ces politiques sont généralement conçues sur la base de l’expérience internationale et ne tiennent pas compte des insécurités politiques et économiques et des défis auxquels fait face le marché palestinien. Ces réalités doivent être abordées pour rendre ces systèmes plus efficaces et réalisables.

b) L’introduction de différentes formes de garanties de crédit peut considérablement améliorer l’accès au financement par emprunt pour les petites entreprises, et des modèles peuvent être mis en place qui privilégient les entreprises appartenant à des femmes. Une garantie de crédit est un engagement de l’organisme garant de rembourser pour un emprunteur tout ou partie d’un prêt en cas de défaut. Les critères d’éligibilité varient selon les objectifs de l’organisme garant. L’emprunteur reçoit généralement la garantie en contrepartie d’une redevance. Les agences de garantie de crédit peuvent servir au secteur public ou au secteur privé.

c) De même, les entreprises économiques, les coopératives et les coopératives de crédit dirigées collectivement sont des moyens importants de surmonter la concurrence au sein du marché et de responsabiliser les acteurs économiques individuels. Il est donc d’autant plus nécessaire d’éviter de saturer le secteur informel dans les Territoires palestiniens occupés, et il faut plutôt construire des formes économiques plus durables d’autonomisation économique, les entreprises collectives étant une de ces stratégies, afin de renforcer la stabilité de la société palestinienne dans son ensemble.

Notes :

[1] Voir Al-Botmeh, S. (2013) Palestinian Women’s Labor Supply: Towards an Explanation of Low and Fluctuating Female Labor Force Participation, unpublished PhD thesis. See also Botmeh’s 2013 study for the Centre for Development Studies / Birzeit University, 2013.
[2] Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS), (2015) Foreign Trade Statistics and World Bank (2013) World Development Indicators.
[3] Standing, G. (1978) Labour Force Participation and Development. Geneva: International Labour Organisation.
[4] Al-Botmeh, 2013, op. cit.
[5] For a discussion of these factors, see Chamlou, Nadereh (2008), The Environment for Women’s Entrepreneurship in the Middle East and North Africa, World Bank, Washington D.C., and De Soto, Hernando (1997), “Dead Capital and the Poor in Egypt”, The Egyptian Center for Economic Studies, Distinguished Lecture Series 11, Egypt.
[6] See Hilal, J, Al-Kafri, S., Kuttab, E. (2008) Unprotected employment in the West Bank and Gaza strip: a gender equality and workers’ rights perspective. ILO.
[7] Al-Botmeh, S. and Sotnik, G. (2007) Palestinian women’s labour force participation in the West Bank and Gaza Strip. The Palestine Economic Policy Research Institute (MAS). Ramallah: Palestine.
[8] The information in this paragraph relies on the report by Hilal et al, op. cit.

* Samia al-Botmeh, Conseillère en politiques auprès d’Al-Shabaka, est professeur adjoint en économie et chercheur au Center for Development Studies de l’Université Birzeit en Palestine.

22 juillet 2015 – Al-Shabakah – Traduction : ISM France & Chronique de Palestine – MR & Lotfallah




Photo : Anne Paq/Activestills.org

Israël mène une véritable « guerre de l’eau » en Palestine

Muna DajaniTitre original : Assécher la Palestine : la guerre systémique de l’eau d’Israël.

Rappels

* Israël pratique une politique systémique de destruction des ressources palestiniennes en eau et montre qu’il est prêt à contrevenir aux Conventions de Genève en se servant de l’eau comme outil de coercition et de contrôle.
* Au cours des opérations militaires, Israël a ciblé l’infrastructure de l’eau en Cisjordanie comme à Gaza, perpétuant les crises humanitaires.
* Les sept années de siège israélien sur Gaza doivent être considérées comme faisant partie de la guerre de l’eau, puisqu’en empêchant l’accès aux matériaux de réparation, de maintenance ou de développement de l’infrastructure de l’eau, Israël perpétue les dommages causés pendant les périodes d’attaque.
* La guerre de l’eau paralyse le développement en Cisjordanie et à Gaza, et provoque des pertes économiques dans l’agriculture et l’industrie, ainsi que des risques sanitaires à long terme.
* La restriction de l’accès palestinien à l’eau transforme ce qui fut la ressource gérée par la communauté en une marchandise et menace de modifier la relation entre les Palestiniens et leur terre.

Synthèse

Cibler l’infrastructure palestinienne de l’eau est une politique israélienne systémique et à double objectif pour empêcher l’existence de communautés palestiniennes durables. Dans cette note politique, Muna Dajani, membre de l’équipe politique d’Al-Shabaka et chercheuse en environnement, démontre qu’Israël cible les infrastructures de l’eau et montre comment la politique n’empêche pas seulement la croissance économique, mais pousse aussi les Palestiniens hors de leur terre. Elle observe la marchandisation de l’eau qui en résulte et avertit que ce processus est en train de changer les modèles traditionnels de la gestion communautaire de l’eau et qu’il pourrait modifier définitivement la configuration de la société palestinienne. Pour combattre cette guerre de l’eau, Dajani propose des actions aux acteurs locaux, nationaux et internationaux – des campagnes de sensibilisation aux bases de données – pour mettre la question à l’ordre du jour politique. Elle exhorte également les donateurs à exiger des indemnisations pour les investissements perdus.

Israël a pratiqué une politique systémique de destruction des ressources palestiniennes en eau et a maintes fois prouvé qu’il était disposé à contrevenir aux Conventions de Genève dans son exploitation de l’eau comme outil de coercition et de contrôle.

La guerre de l’eau d’Israël

L’une des causes de la dernière attaque d’Israël sur la Bande de Gaza est l’infrastructure de l’eau de l’enclave côtière, qui n’a pas été épargnée par les tirs délibérés des missiles israéliens. Cette attaque sur l’infrastructure de l’eau n’est ni nouvelle, ni spécifique à Gaza, mais fait plutôt partie intégrante d’une campagne israélienne soutenue pour faire obstacle au développement des communautés palestiniennes et rendre leur vie quotidienne insupportable.

Afin d’empêcher qu’Israël continue de viser délibérément l’infrastructure de l’eau, il faut que le caractère systémique des dégâts qu’il a causés aux ressources palestiniennes vitales soit reconnu ; il doit être documenté et dénoncé, à tous les niveaux de la société palestinienne, par des campagnes de sensibilisation et des initiatives de la société civile. Les partenaires internationaux comme la Ligue des Etats arabes, l’Union européenne et les Nations unies doivent également faire pression sur Israël pour qu’il cesse et s’abstienne.

La politique qui consiste à refuser que les communautés palestiniennes aient accès à l’eau peut être considérée comme un outil de guerre utilisé continuellement par l’occupation israélienne et les autorités d’occupation, et qui, finalement, porte atteinte à la résistance palestinienne. Les répercussions de cette politique sont vastes. Parmi elles la dégradation de l’environnement à long terme, des dangers pour la santé publique à court et à long terme, et la privation d’eau potable pour une partie importante de la société civile.

Viser l’infrastructure de l’eau est interdit en vertu du Protocole 1 – Article 54 de la Convention de Genève (1977) qui stipule :

« 2. Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que des denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation, en vue d’en priver, à raison de leur valeur de subsistance, la population civile ou la Partie adverse, quel que soit le motif dont on s’inspire, que ce soit pour affamer des personnes civiles, provoquer leur déplacement ou pour toute autre raison. »

L’offensive soutenue d’Israël contre les infrastructures de l’eau palestinienne a été menée sur deux fronts : les dégâts directs et considérables causés délibérément au cours des opérations militaires à grande échelle, et les dommages à long terme en empêchant les réparations, l’entretien ou le développement des infrastructures de l’eau. Bien que rarement sur l’agenda politique, cibler les infrastructures de l’eau est une tactique identifiée et documentée de l’armée israélienne ; que ce soit sous la forme de bombes sur l’usine d’épuration des eaux résiduaires à Gaza ou sur les citernes de l’époque romaine qui fournissent toujours de l’eau dans un village reculé en Cisjordanie, les méthodes sont intentionnelles. Le rapport Goldstone des Nations Unies, qui avait été chargé de documenter les violations des droits de l’homme au lendemain de l’attaque israélienne de 2008-2009 sur Gaza (opération « Plomb Durci »), a confirmé ce qu’il considérait comme une destruction « délibérée et systématique » de l’infrastructure de l’eau par Israël.

Les 51 jours d’assaut de cet été [l’article a été écrit en septembre 2014, ndt] sur la Bande de Gaza ne font pas exception. Au cours des bombardements, des personnalités politiques israéliennes auraient appelé à la coupure de l’approvisionnement en eau à Gaza, ainsi que l’électricité. Cela fait partie d’une rhétorique de guerre qui voit les infrastructures de l’eau et de l’électricité comme une arme politique de coercition.

Cibler les infrastructures de l’eau pendant les opérations militaires

Au cours de la décennie passée, lors de chaque attaque israélienne sur Gaza, les bombardements ont visé l’infrastructure de l’eau, des principales centrales électriques aux usines d’épuration des eaux résiduaires et aux réseaux d’eau. Les actions militaires ont ravagé les canalisations d’eau, les égouts et autres systèmes de gestion des eaux usées. Les rapports consécutifs à l’ « opération Plomb Durci » ont montré que les dégâts ont privé d’accès à l’eau un tiers de la population de Gaza. Les dommages environnementaux ont été estimés à 44 millions de dollars.

Dans les premiers jours de la dernière opération militaire à Gaza, « Pilier de Défense », l’aviation israélienne a visé la station de pompage des eaux usées à l’ouest de Gaza-ville. En frappant sa cible, Israël a paralysé une infrastructure qui pompe 25.000 m3 d’eaux usées par jour vers la principale usine de traitement des eaux de Gaza. Après l’attaque, la municipalité de Gaza a annoncé qu’elle ne serait plus en mesure de traiter les eaux usées. Les frappes continues sur l’usine ont aussi contraint la direction à cesser de réparer les dégâts afin d’éviter que les membres du personnel ne soient blessés, après que 7 d’entre eux ont été tués en inspectant les premiers dégâts. Les bombardements israéliens suivants sur l’est de Gaza-ville ont frappé une conduite d’eau principale, déconnectant les zones à l’est de la ville et coupant l’alimentation en eau à plus de 1,5 million d’habitants.

Les pertes dans les seules infrastructures de l’eau ont été estimées (http://gisha.org/updates/3235) à 30 millions de dollars. Depuis le début de l’assaut de cet été sur Gaza, la principale usine de traitement des eaux usées a été détruite, y compris le réseau de canalisations qui y était raccordé. Quatre puits, cinq réservoirs et d’innombrables réseaux de canalisation sont également devenus inutilisables. En conséquence, plus de 100.000 mètres cubes d’eaux usées non traitées se sont écoulés dans les rues de Gaza et dans la mer.

Sans accès à l’eau potable, la majorité des habitants de Gaza doit chercher un refuge et les services de base hors de chez eux. La destruction des puits et de l’infrastructure des eaux usées augmente ainsi la crise humanitaire. Avec des quartiers entiers envahis par les eaux d’égouts, on craint la propagation d’épidémies. Des hôpitaux bondés doivent maintenant traiter également les troubles digestifs, les allergies cutanées et les maladies d’origine hydrique et respiratoire. Un porte-parole d’Oxfam a déclaré, « Nous travaillons dans un environnement dont l’infrastructure d’eau est complètement détruite, ce qui empêche les gens de Gaza de cuisiner, de tirer la chasse d’eau des toilettes ou de se laver les mains. Le risque sanitaire est actuellement énorme […] et il faudra des mois ou des années pour que l’infrastructure de Gaza soit complètement remise en état. »

Dans ce cadre, le siège de Gaza peut – et doit – être compris comme une continuation de la politique de ciblage des infrastructures d’eau. Avec des restrictions drastiques sur ce qui est autorisé à entrer dans la Bande de Gaza, la reconstruction de l’usine de traitement des eaux usées, suite aux attaques de 2008, a été impossible. Au-delà de la reconstruction, les réparations régulières sont également impossibles et la modernisation des systèmes pour les rendre plus efficaces ou plus durables est hors de question. Des innovations dans le traitement de l’eau et la construction d’une qualité de vie qui dépende de l’accès régulier à l’eau sont donc interdites ; de même les ressources disponibles s’épuisent rapidement, ce qui rend plus difficile de faire des projets.

Sans réparation, la terre de Gaza subit des dégâts durables. Il y a eu une rapide infiltration d’eau de mer et une surexploitation de l’aquifère pendant des années. Même les sources d’eau disponibles ne sont pas toujours potables : 95% de l’eau que les Palestiniens de Gaza consomment depuis des décennies se sont révélés impropres à la consommation humaine. Les coupures d’électricité qui ont duré près d’une décennie ont limité la capacité du traitement de l’eau et donc la disponibilité de l’eau pour les ménages, et elles ont augmenté le rejet des eaux usées non traitées dans la mer. Même avant l’assaut de cet été sur Gaza, 90 millions de litres d’eaux usées non traitées ou partiellement traitées ont été déversés et continuent d’être déversés dans la mer chaque jour en raison de l’insuffisance des installations de traitement.

Les matériaux autorisés à entrer à Gaza, comme des générateur, du carburant limitée et des camions d’eau, ne compensent que temporairement et visent à fournir des services de base et un soulagement immédiat à une population déplacée. Ces mesures palliatives ne peuvent en aucun cas répondre aux problèmes d’approvisionnement en eau à Gaza et atténuent à peine les conséquences de la guerre de l’eau d’Israël. Il ne faudra pas seulement des millions de dollars pour mettre en œuvre les phases de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures, mais également beaucoup de temps, étant donné la situation actuelle de siège.

La guerre de l’eau menée sur le long terme dans les zones occupées

Encore plus insidieux a été la lente mais délibérée destruction de l’infrastructure de l’eau en Cisjordanie. La même politique de dommages intentionnels aux équipements de gestion de l’eau en période d’agression militaire a également été observée dans toute la région, le plus évident étant lors de l’invasion israélienne de la ville de Jénine en 2001 et 2002 qui a causé des dommages énormes (1) aux réseaux d’alimentation en eau et aux réseaux des eaux usées, interrompant tous les services pendant des semaines.

Les dommages causés aux infrastructures sont également plus progressifs et plus subtils, lorsque, en lieu et place du blocage des importations de matériaux, les démolitions sont devenues la norme, en particulier dans les communautés marginalisées de la zone C – 60% de la Cisjordanie en vertu des accords d’Oslo – et dans ce qu’Israël a déclaré comme « zone tampon » autour de la Bande de Gaza. Ces zones sous contrôle israélien direct ont été expropriées pour des raisons de « sécurité » et sont utilisées comme zones militaires et terrains d’entraînement pour l’armée d’occupation. Déclarer une zone militaire signifie presque automatiquement la destruction des terres agricoles, un danger de mort pour les habitants des communautés voisines, et l’expropriation de vastes étendues de terre.

Bien que des outils et du matériel puissent être disponibles dans la zone C, l’infrastructure est aussi difficile à construire que dans la bande de Gaza assiégée. Les Palestiniens qui vivent dans cette zone doivent demander la permission aux autorités israéliennes pour maintenir, construire ou étendre leurs infrastructures de l’eau (l’autorisation doit également être requise dans les zones A et B, uniquement par l’intermédiaire du Comité conjoint de l’eau dont il est question ci-dessous). Lorsque la permission est – presque inévitablement – refusée, les habitants sont alors obligés de construire sans permission. Cela les expose au risque d’amendes et d’ordres de démolition.

Selon la coalition palestinienne Emergency Water, Sanitation and Hygiene for Palestine (EWASH), entre 2009 et 2011, 173 différentes installations de l’eau, d’assainissement ou d’hygiène ont été démolies, sans oublier la confiscation de camions-citernes qui sont utilisés comme moyen d’urgence lorsque l’accès à l’eau est refusé. Au-delà du ciblage systématique des infrastructures par l’armée israélienne dans la zone C, les habitants des colonies juives illégales ont également commis des actes de vandalisme et de destruction qui ciblent spécifiquement les sources d’eau palestiniennes et ils s’approprient fréquemment des sources naturelles pour leur propre usage de loisirs. Les colons peuvent être considérés comme agissant dans le cadre d’une claire politique israélienne qui considère un tel ciblage des ressources en eau comme une méthode de guerre tout à fait normale.

La destruction des anciennes infrastructures pour l’eau telles que les citernes ou les sources qui ont existé depuis toujours, prive non seulement les communautés marginalisées de la zone C de l’accès à l’eau mais détruit aussi un élément important de l’histoire palestinienne et détruit aussi la très réelle et ancienne relation organique de la communauté avec les ressources naturelles et l’héritage des ressources gérées localement. La même chose se produit à Gaza, où une zone frontalière occupée engloutit environ 17% de la zone continentale de Gaza et où 305 puits agricoles ont été détruits entre 2005 et 2013. Cette zone tampon et les zones marquées sous la lettre C recouvrent la majorité des terres agricoles palestiniennes, et par conséquent s’attaquer ici à l’infrastructure de l’eau a de vastes implications sur la production économique et sur la capacité des communautés palestiniennes à être autosuffisantes. En raison de la destruction des infrastructures hydrauliques sur les terres agricoles, les Palestiniens dépendent davantage de l’aide, des importations et même des biens israéliens.

Sans accès à des sources d’eau régulières, propres et fiables, les activités industrielles, agricoles et commerciales s’amenuisent, entraînant une crise économique. Cela est particulièrement vrai pour les activités économiques hautement vulnérables et dépendantes des ressources en Palestine, comme l’agriculture. Dans ces conditions, seulement 6,8% des terres agricoles en Cisjordanie sont irriguées et ce même faible pourcentage donne la moitié des produits agricoles dans les territoires palestiniens occupés. Ces chiffres illustrent la perte stupéfiante d’opportunités économiques dans le secteur agricole, due uniquement à l’eau perdue en raison des restrictions et des démolitions israéliennes. Selon les estimations, cette perte de gain économique s’établirait à 1,44 milliard de dollars par an.

Transformer la relation avec la terre

Beaucoup de communautés dépendent de ressources d’eau de base comme les puits, les sources et les citernes pour répondre aux besoins domestiques. Souvent cette infrastructure a été construite depuis des décennies, sinon des siècles plus tôt, et elle a un urgent besoin de réparation. Des centaines de ces communautés en Cisjordanie souffrent des dégâts délibérés et des destructions infligées à leurs sources d’eau. Les citernes d’eau de pluie, les puits, les systèmes d’irrigation et les réseaux d’eau construits pendant la période pré-romaine ont été la cible des forces militaires israéliennes. Les effets de la destruction de l’infrastructure de l’eau ne se limitent pas à la maladie, à l’absence de ressources vitales, à la perte de revenus ou aux possibilités de développement. À long terme, le ciblage par Israël des infrastructures hydrauliques impacte aussi profondément la relation que les Palestiniens entretiennent avec leurs terres. En privant les agriculteurs de l’accès à l’eau, Israël les chassent de leurs terres. Empêcher des éleveurs d’avoir accès à des citernes séculaires supprime les moyens de subsistance traditionnels et a pour effet de vider des villages riches de par leur travail, leurs familles et leurs traditions. Dans ce paradigme de la guerre de l’eau, il n’est pas surprenant que la vallée du Jourdain, riche en eau, soit l’une des zones les plus brutalement attaquées en termes de démolition d’infrastructures.

On peut dire clairement qu’il s’agit d’une guerre systémique contre l’eau menée contre la population palestinienne. Cette guerre à long terme détruira la relation organique que les villes et les villages ont avec les ressources en eau locales, et transformera des ressources en eau autrefois gérées localement en une marchandise – qui de plus est contrôlée par Israël. Les habitants d’aujourd’hui de Ramallah, par exemple, achètent leur eau à Mekorot, la compagnie d’eau nommée par le gouvernement israélien. L’eau n’est plus une ressource communautaire, et sa commercialisation aux mains de l’occupation israélienne modifie encore la nature de la société palestinienne.

Exercer une pression politique pour protéger l’infrastructure de l’eau

La destruction de l’infrastructure de l’eau est un coup direct aux programmes palestiniens de développement qui ont été soutenus par les donateurs internationaux au cours des deux dernières décennies. Les donateurs versent des milliards de dollars dans des projets de gestion de l’eau, dans ce que l’on peut considérer comme un secteur qui dépend littéralement d’eux. La plus grande partie de ces milliards est dédiée à la reconstruction des infrastructures endommagées par les bombardements israéliens successifs. Parfois, le coût élevé de la remise en état décourage les organismes donateurs d’intervenir. Cela laisse des communautés comme Susiya, dans les collines du sud d’Hébron, ou Al-Farasiya dans la vallée du Jourdain (à la fois des communautés bédouines ou troglodytes de quelques dizaines d’individus chacune) avec juste un accès à l’aide humanitaire la plus immédiate, qui revient alors à un moindre coût. Lorsque les forces israéliennes confisquent des camions-citerne, ceux-ci pourront éventuellement être remplacés, mais le cycle semble exclure toute solution à long terme aux crises en eau pour ces hameaux.

L’intervention des donateurs dans le domaine de l’eau doit aller de la fourniture de solutions temporaires à la pression politique active sur Israël afin que ses forces militaires cessent leur destruction stratégique des infrastructures. L’argent pourrait ensuite être investi dans le développement à long terme d’une infrastructure qui permettrait à la base d’habiliter politiquement les communautés palestiniennes, d’assurer l’accès à l’eau potable et permettrait le développement économique des secteurs industriel et agricole. Si les Palestiniens et la communauté des donateurs pouvaient être assurés que l’infrastructure était à l’abri des attaques israéliennes, ce serait la fin d’une politique qui a pour effet d’assécher les ressources palestiniennes.

Pour commencer, l’Autorité Palestinienne de l’Eau a condamné de façon répétée la destruction des citernes en Cisjordanie. Cela a permis de documenter les destructions et de montrer que les actions d’Israël violaient l’accord du Comité conjoint de l’eau de 2001. Ce comité avait été créé en tant que mécanisme pour assurer l’accès palestinien à l’eau en Cisjordanie par le biais d’un programme de gestion de l’eau qui a pour but de « garder l’infrastructure de l’eau hors du cycle de la violence ». Cependant, étant donné que le comité fonctionne conjointement entre l’Autorité palestinienne (AP) et l’administration d’occupation d’Israël, il reste finalement sous le contrôle de la puissance occupante.

Certaines ONG et des groupes de la société civile explorent d’autres moyens pour rendre Israël responsable de ses violations de l’accès à l’eau, pour imposer des mesures qui devraient être considérées comme un modèle et pourraient être renforcées. EWASH a collaboré avec le groupe de défense des droits des Palestiniens Al-Haq pour produire un rapport pour le Comité des droits économiques, sociaux et culturels. Le rapport documente les violations de l’eau perpétrées par Israël et demande instamment une action basée sur le Pacte international des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels dont Israël est signataire. Toutefois, des initiatives sont nécessaires pour mobiliser les acteurs locaux et internationaux.

Au niveau des communautés palestiniennes, il y a un manque général de conscience et un sentiment d’impuissance qui prévaut quand il s’agit d’imposer les droits sur l’eau. Pour y remédier, les dirigeants communautaires doivent adopter les droits à l’eau comme élément important de leur lutte populaire contre l’occupation. Cela signifie sensibiliser les communautés à leurs droits et travailler à documenter de manière collective les violations subies, et se mobiliser collectivement pour exiger une action. L’attention portée à la crise de l’eau à Gaza a en partie stimulé l’action en Cisjordanie, où des campagnes ont été organisées pour fournir de l’eau à la population, même symboliquement. Ces efforts peuvent servir à sensibiliser la population à la guerre systémique de l’eau imposée par Israël, galvaniser les mesures qui s’imposent face à cette guerre et permettre l’acheminement de l’eau potable dans la bande de Gaza.

Au niveau national et international, il existe un besoin urgent de plaidoyers pour exposer les violations de l’eau dans tous les forums, ainsi que des initiatives pour s’associer aux campagnes mondiales pour les droits de l’eau des populations autochtones. En outre, l’Autorité palestinienne de l’eau et la communauté internationale des donateurs doivent être plus sensibles aux violations des droits sur l’eau et rendre Israël responsable de ses crimes.

Compte tenu de la situation actuelle, les mesures suivantes pourraient être prises :

1) La société civile doit:
– Attirer l’attention sur les cas de dommages ou de tentatives de dommages causés par les attaques contre l’infrastructure de l’eau.
– Former des coalitions pour un soutien mutuel.
– Organiser et tenir à jour une base de données complète sur la destruction de l’infrastructure de l’eau ainsi que la liste des personnes touchées et les effets à long terme des destructions.

2) Les mouvements présents sur le terrain doivent:
– Mettre le droit à l’eau à l’ordre du jour, en particulier au sein des comités de lutte populaire palestiniens afin que le droit à l’eau occupe une place dans l’agenda politique.
– Former des liens avec d’autres communautés autochtones qui s’efforcent d’imposer la justice dans l’accès à l’eau.
– Utiliser la lutte pour la protection des ressources en eau comme moyen de mobilisation pour les campagnes des populations autochtones à l’échelle mondiale.

3) L’Organisation de libération de la Palestine/AP doit:
– Documenter davantage les violations d’Israël
– Utiliser son statut d’État observateur aux Nations Unies pour rendre Israël responsable par les moyens dont disposent les Nations Unies.

4) Les gouvernements et les principales organisations intergouvernementales comme l’ONU doivent:
– Tenir Israël responsable de toutes ses violations des droits de l’homme
– Inclure le droit à l’eau dans cette problématique.
– Insister pour qu’Israël indemnise les donateurs pour la perte d’infrastructures mises en place par des organismes internationaux. La compensation pour les investissements des donateurs doit être réclamée.

Note:

(1) Mark Zeitoun, _Power and Water in the Middle East: The Hidden Politics of the Palestinian-Israeli Water Conflict_ (New York: I.B. Tauris & Co Ltd, May 2008).

Muna Dajani * Muna Dajani est une chercheuse et militante palestinienne en environnement à Jérusalem. Muna détient une maîtrise en développement international et environnement. Elle est actuellement étudiante au doctorat à la London School of Economics (LSE) au département de Géographie et Environnement. Ses recherches visent à identifier le lien entre l’identité, la résilience et l’agriculture sous occupation militaire, où l’agriculture revient pour une part à une forme de résistance culturelle. Ses domaines de recherche sont la politique environnementale, la gestion des ressources par la communauté et les impacts sociaux du changement climatique.

4 septembre 2016 – al-Shabaka – Traduction conjointe : Chronique de Palestine & ISM France




Occupation - Al-Qods

L’effondrement économique de Jérusalem-Est : stratégies pour son redressement

Nur Arafeh – Par une décision inhabituelle et après des années de désintérêt, des délégations américaines et européennes et des agences de développement sont venues récemment à Jérusalem-Est et se sont dit de plus en plus désireuses de « faire quelque chose » par rapport à la détérioration de ses conditions socio-économiques.

En outre, l’Autorité palestinienne (AP) travaille, après un long silence, à l’actualisation du Plan stratégique de développement multi-sectoriel pour Jérusalem Est 2011-2013. (1)

l est à craindre que l’élection de Donald Trump mette un frein à ces initiatives bienvenues et attendues depuis longtemps. Il est également problématique que ces délégations se concentrent sur le développement économique alors qu’en réalité un développement économique réel n’est pas possible sans progrès sur le front politique pour libérer le territoire palestinien occupé et sans réalisation des droits palestiniens dans le cadre d’une paix juste et globale.

Cet article de Nur Arafeh, membre de l’équipe politique de Al-Shabaka, se concentre sur l’effondrement économique de Jérusalem-Est intentionnellement conçu par Israël, ce qui rend la ville pratiquement invivable pour les Palestiniens, de manière à la maintenir sous contrôle juif. Ce faisant, le propos de cet exposé est de fournir aux personnes concernées par le sort de la ville une analyse qui leur permette de comprendre les objectifs d’Israël, ainsi que d’expoer certaines recommandations politiques pour stimuler son développement économique.

L’exposé se concentre sur la détérioration de deux secteurs qui furent des atouts stratégiques majeurs, le tourisme et les marchés commerciaux de Jérusalem-Est, qui illustrent le dépérissement économique. Il explore également les initiatives prises à Jérusalem-Est pour encourager le sumud, ou ténacité, pour défier les multiples obstacles imposés par les autorités iraéliennes d’occupation et il se termine par des préconisations sur la façon d’amplifier le sumud dans la ville et de restaurer sa capacité à un développement économique limité possible sous occupation.

Un secteur touristique assiégé

Jérusalem-Est fut, pendant des décennies, une destination touristique majeure. Après 1948, lorsque la Cisjordanie , Jérusalem-Est comprise, a été placée sous juridiction jordanienne, le tourisme était le secteur le plus fort de l’économie de Jérusalem-Est. En 1966, il représentait 14 pour cent du PIB de la Cisjordanie et générait de nombreux emplois, augmentant ainsi le revenu et améliorant les conditions de vie. Il s’en est suivi une augmentation des investissements public et privé via des infrastructures physiques et des installations liées au tourisme. Les services touristiques étaient bien développés en 1967, comparés à d’autres services.

Après l’occupation israélienne et l’annexion illégale de Jérusalem-Est en 1967, le secteur du tourisme a commencé à stagner. Il y eut par exemple un changement radical dans la répartition des chambres d’hôtel entre les parties occidentale et orientale de la ville. Entre 1968 et 1979, le pourcentage des chambres d’hôtel situées à Jérusalem-Est a diminué de 60 à 40 pour cent. Bien que les recettes du secteur touristique de Jérusalem-Est ait enregistré une augmentation de 20 pour cent entre 1969 et 1973, le secteur israélien a connu une hausse de 80 pour cent sur la même période. Au milieu des années 1980, 80 pour cent des réservations touristiques se faisaient dans le secteur israélien (2).

Les mesures punitives israéliennes pendant les Première et Deuxième Intifadas, telles que couvre-feux et attaques fiscales, ont entravé davantage le développement du secteur touristique de Jérusalem-Est. De plus, la construction du Mur par Israël en 2002 et son intensification ultérieure des restrictions sur le développement de Jérusalem-Est ont particulièrement handicapé le secteur en provoquant l’isolement de la ville du reste du territoire palestinien occupé (TPO). Parmi les obstacles, on a compté de lourdes procédures d’octroi de licences pour construire des hôtels ou pour convertir des immeubles en hôtels ; des taxes municipales élevées ; une infrastructure physique et économique faible et la raréfaction des terres. En outre, alors que le développement de l’industrie touristique israélienne bénéficie d’un soutien considérable du gouvernement, le secteur du tourisme palestinien est en grande partie géré par des investissements privés insuffisants et il manque d’un soutien significatif de l’Autorité palestinienne.

Le nombre d’hôtels en activité à Jérusalem-Est est donc en déclin. Entre 2009 et 2016, le nombre d’hôtels dans le gouvernorat de Jérusalem a diminué de 41 pour cent, passant de 34 hôtels en 2009 à 20 au cours du deuxième trimestre 2016 (3). Récemment, certains hôtels ont été transformés en bureaux, comme l’hôtel Mont Scopus, tandis que l’hôpital Al-Makassed a acheté l’hôtel Alcazar, à Wadi al-Joz. De plus, alors que l’on comptait 34 pour cent des hôtels des TPO à Jérusalem-Est en 2009, il en restait moins de 18 pour cent en Juin 2016. Le pourcentage de clients qui visitent les TPO et séjournent dans les hôtels de Jérusalem-Est a également diminué, passant de 48 pour cent en 2009 à 23 pour cent dans la première moitié de 2016.

L’asphyxie du développement de l’industrie touristique palestinienne combinée aux perceptions négatives liées à l’idée de voyager dans les zones palestiniennes (principalement propagées par Israël), ont conduit un nombre croissant de touristes à descendre dans les hôtels de Jérusalem-Ouest. Selon l’Institut de Jérusalem pour les études israéliennes, 88 pour cent des touristes ont choisi des hôtels à Jérusalem-Ouest en 2013, contre seulement 12 pour cent à Jérusalem-Est. Les hôtels de Jérusalem-Ouest ont ainsi cumulé 90 pour cent des recettes hôtelières dans la même année. (4)

D’autres facteurs ont affaibli le secteur touristique à Jérusalem-Est : la saisonnalité des pèlerinages, qui sont la source principale des affaires de la ville, l’intensification de la concurrence entre les agences de tourisme en raison de leur concentration géographique, l’instabilité politique, une compétitivité faible, le manque d’un produit touristique palestinien unique et l’absence d’une vision palestinienne claire et d’une stratégie promotionnelle pour l’industrie touristique palestinienne.

L’asphyxie de l’économie de la Vieille Ville

La Vieille Ville de Jérusalem était une partie importante de l’économie de Jérusalem-Est, attirant des clients arabes et palestiniens, ainsi que les touristes. Sa récession actuelle est un exemple fort de la marginalisation économique qui a affaibli l’économie et a rendu la vie des Palestiniens de plus en plus difficile à Jérusalem-Est (5).

La récession des marchés commerciaux dans la Vieille Ville a été étroitement liée à la détérioration du secteur du tourisme à Jérusalem-Est. Dans les années 1970 et 1980, les activités commerciales dans la Vieille Ville ont dépendu de plus en plus du tourisme, avec l’augmentation du nombre de visiteurs. Avec ce changement, est aussi venu une modification de la nature des marchés : alors que la Vieille Ville était connue pour ses industries et ses marchés traditionnels – par exemple, le Souq al-‘Attareen (épices), le Souq al-Lahameen (viande) et le Souw al-Qattanin (coton) – elle a lentement perdu ces marchés spécialisés car les commerçants ont transformé leurs magasins en boutiques de souvenirs, entreprises plus fructueuses à l’époque. La marginalisation économique de Jérualem-Est qui a suivi et la baisse des activités touristiques ont contribué à la diminution des activités commerciales dans la Vieille Ville.

Cette situation a été aggravée par les lourdes taxes que les autorités israéliennes imposent dans le but d’entraver l’activité commerciale palestinienne. Les commerçants palestiniens doivent payer six taxes : arnona, ou taxe foncière, la TVA, l’impôt sur le revenu, l’assurance nationale, la taxe sur les salaires et la taxe professionnelle. La plupart des commerçants palestiniens, dans l’incapacité de payer ces taxes étant donné la baisse de leurs recettes, se sont endettés. Les autorités israéliennes leur ont fait des offres alléchantes pour qu’ils vendent leurs magasins quand ils ne pouvaient pas payer les taxes, utilisant ainsi la fiscalité comme outil pour confisquer les biens palestiniens et étendre le contrôle juif et la colonisation de la Vieille Ville.

Par ailleurs, pour tenter de maintenir les produits de base à un niveau faible, les commerçants palestiniens sont devenus de plus en plus dépendants de l’importation de produits étrangers et israéliens. En conséquence, les marchés commerciaux de la Vieille Ville, qui étaient connus pour la haute qualité de leurs produits, ont maintenant la réputation de vendre des produits de faible qualité.

La perte consécutive de la compétitivité a été accompagnée par l’émergence de nouveaux centres commerciaux, comme Salah Al-Din, Shuafat, Beit Hanina, Al-Ram et Ramallah, qui sont plus faciles à atteindre et donc plus attractifs pour les Palestiniens, en particulier après la construction du Mur et le régime strict de permis de circuler imposé par les autorités israéliennes. Par exemple, les personnes qui vivent à Abu Dis font leurs achats soit dans les magasins d’Abu Dis soit plus au sud, à Bethléem et à Hébron, plutôt que d’aller à Jérusalem-Est, parce que cela signifie de passer des heures à traverser les checkpoints israéliens. Selon un rapport de 2012 de l’Association pour les droits civils en Israël, « seulement 4 pour cent des gens qui vivent de l’autre côté du Mur ont continué à faire leurs courses à Jérusalem, alors que 18 pour cent les y faisaient avant. »

La combinaison des nouveaux centres commerciaux, du lourd fardeau fiscal, du déclin du secteur touristique et de la faiblesse du pouvoir d’achat des Palestiniens à Jérusalem-Est a asphyxié l’économie de la Vieille Ville, où le taux de chômage était de 12 pour cent en 2012, les travailleurs les plus touchés étant ceux des secteurs du tourisme, du commerce et de l’industrie. En outre, selon la Chambre arabe du commerce et de l’industrie à Jérusalem, plus de 200 magasins sont actuellement fermés dans la Vieille Ville. Les magasins encore ouverts ne peuvent pas prolonger leurs heures d’ouverture la nuit en raison de leur incapacité à couvrir les coûts d’exploitation. Cela a conduit au phénomène « Jérusalem se couche tôt », les habitants de Jérusalem passant leurs soirées et leurs week-ends à Ramallah ou à Bethléem plutôt que dans la ville elle-même.

Le récent soulèvement a encore aggravé cette situation, en particulier compte tenu de l’accroissement des mesures de sécurité d’Israël. Au début d’Octobre 2015, Israël a érigé des barrages routiers et des postes de contrôle dans plusieurs quartiers de Jérusalem, ainsi que des barrières à l’intérieur et à l’extérieur de la Vieille Ville. Selon un rapport de Al-Haq, les autorités israéliennes ont mis en place plus de 30 postes de contrôle et d’observation dans la Vieille Ville au cours de ce mois-là, y compris 4 détecteurs électroniques, ce qui limite fortement les déplacements des Palestiniens et des touristes. Les commerçants palestiniens ont également été soumis à des punitions arbitraires, telles que des arrestations au prétexte qu’ils n’avaient pas aidé des Israéliens attaqués par des Palestiniens.

Une atmosphère de peur s’est installée parmi les Palestiniens et les touristes, qui a provoqué une nouvelle baisse de la base de consommateurs de la Vieille Ville compromettant ainsi l’activité des magasins et conduisant à leur fermeture. Selon le même rapport Al-Haq, 54 magasins ont fermé dans le Souq Al-Qattanin entre le 1er et le 23 octobre. D’autres magasins n’ont ouvert que quelques heures par jour par manque de clients, et plusieurs commerçants palestiniens sont allés chercher un emploi sur le marché du travail israélien.

Les commerçants palestiniens ont également été confrontés à une concurrence féroce de la part des commerçants juifs israéliens, d’autant plus que ces derniers reçoivent des aides financières du gouvernement israélien depuis le récent soulèvement. Selon des commerçants palestiniens interrogés par l’auteur, chaque commerçant juif de la Vieille Ville a reçu 70.000NIS (plus de 17.000€) de la municipalité de Jérusalem et 50 pour cent d’allègement de la taxe arnona, en plus de l’aide financière qu’ils reçoivent déjà d’organisations israéliennes de soutiens aux colonies des territoires palestiniens occupés. (6) Pendant ce temps, le Haut Comité des affaires de Jérusalem a prévu d’allouer 3.000$ (2.800€) à chaque commerçant palestinien de la Vieille Ville – un montant que les commerçants trouvent trop faible pour couvrir même une partie de leurs dettes. (7)

L’orchestration de la récession économique de la Vieille Ville par Israël, ainsi que ses autres politiques telles que les démolitions de maison, un dispositif de services discriminatoires, par lequel les résidents palestiniens reçoivent moins de services mais paient les mêmes impôts que leurs homologues juifs, et la révocation des cartes de résidence rendent à dessein la vie des Palestiniens de plus en plus difficile. Ce qui est allé de pair avec les efforts ininterrompus d’Israël d’accélérer sa colonisation de Jérusalem-Est, y compris la Vieille Ville, en agrandissant ses colonies.

Leur expansion est soutenue par des organisations de droite comme Ateret Cohanim, au cœur des quartiers palestiniens, car leur objectif est de créer une majorité juive dans la Vieille Ville et à Jérusalem-Est dans son ensemble. Ces organisations bénéficient d’une importante aide de l’Etat, qui leur fournit des services de sécurité privés pour protéger les colons, en particulier pendant l’expropriation des propriétés palestiniennes. L’Etat finance également des projets de développement et facilite le transfert de propriétés palestiniennes à des organisations de droite à travers des organismes comme le Fonds national juif et le Conservatoire des biens des absents.

Malgré l’expansion intensive des colonies, les juifs ne représentent qu’environ 10 pour cent de la population de la Vieille Ville. Pourtant, on constate une expansion des institutions juives religieuses et scolaires sur le secteur. (8) Les efforts se sont en particulier concentrés sur l’encerclement de l’enceinte d’Al-Aqsa à l’intérieur et à l’extérieur de la Vieille Ville avec des sites juifs, dans une tentative de judaïser le paysage touristique. Le principal succès des colons est jusqu’à présent la construction du parc à thème biblique « Cité de David », qui encercle les murailles de la Vieille Ville et englobe la majeure partie du quartier Wadi Hilwa à Silwan, au sud. Le groupe colonial El-Ad gère le parc, qui est l’un des plus visités de Jérusalem. Les autorités israéliennes et les colons utilisent le parc pour projeter leur image souhaitée de Jérusalem « cité juive » – ce qui implique l’effacement de la présence physique et de l’histoire des Palestiniens.

L’effondrement économique de Jérusalem-Est, illustré dans cette analyse en mettant l’accent sur le tourisme et les marchés commerciaux de la Vieille Ville, a naturellement conduit à la détérioration des conditions socio-économiques des Palestiniens. Selon l’Institut de Jérusalem pour les études israéliennes, 81,8 pour cent des résidents de Jérusalem-Est et 86,6 pour cent des enfants palestiniens vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2014, comparé aux 28,4 pour cent des habitants et de 41,6 pour cent des enfants au sein de la population juive.

La force du sumud à Jérusalem-Est

Malgré les obstacles économiques auxquels elle est confrontée, Jérusalem-Est reste à la pointe des stratégies de sumud de la société civile palestinienne. Les objectifs de ces stratégies sont de veiller à ce que les Palestiniens restent enracinés à leur terre menacée de confiscation en créant des conditions socio-économiques qui les aident à supporter la politique iraélienne en maintenant l’identité politique et le patrimoine culturel de la ville et en promouvant un développement contrôlé par la communauté. (9)

Plusieurs initiatives existent pour préserver la présence palestinienne dans la Vieille Ville face aux colonies en expansion. Par exemple, Burj al-Luqluq, un centre communautaire créé en 1991, a été construit dans le quartier Bal al-Hutta sur des terres menacées d’expropriation pour la construction d’une colonie. D’autres institutions travaillent explicitement à préserver le patrimoine culturel et le paysage touristique palestiniens de la Vieille Ville que les politiques israéliennes de judaïsation tentent d’effacer. Par exemple, le Programme de restauration de l’association de bienfaisance de la Vieille Ville se concentre sur la réhabilitation de logements, la prestation de services culturels, sociaux, commerciaux et sanitaire pour améliorer la vie des Palestiniens et restaurer, pour un usage de la communauté, des batiments historiques négligés. Grâce à l’Association de bienfaisance, entre autres activités, un bâtiment byzantin est devenu le Centre de travail communautaire d’Al-Quds, et un caravansérail le Centre des études universitaires d’Al-Quds. Ces initiatives contribuent à assurer une présence palestinienne permanente dans la Vieille Ville et attirent les touristes étrangers.

Compte tenu de l’absence d’aide gouvernementale et internationale, les initiatives ascendantes oeuvrant à la survie du secteur touristique ont toujours été la norme à Jérusalem-Est. Très récemment, des experts palestiniens sur le tourisme comme le Jerusalem Tourism Cluster ont multiplié leurs efforts pour développer un nouveau paradigme touristique avec comme but de défier les obstacles imposés par Israël au développement du secteur. (10) La diversification du produit touristique est au cœur de cette initiative. L’idée est de bâtir une identité palestinienne unique pour le produit tout en développant simultanément de nouveaux types de tourisme qui ne soient pas uniquement les pèlerinages, comme des circuits centrés sur la politique, la culture, l’écologie et les loisirs. Un changement dans ce sens pourrait également résoudre le problème de la saisonnalité de l’industrie touristique de la Palestine.

Il y a également des circuits politiques de Jérusalem organisées par Alternative Tours par exemple, qui emmènent les visiteurs à la colonie de Pisgat Zeev à Jérusalem-Est où ils peuvent voir le Mur et le camp de réfugiés de Shuafat et sont ainsi mieux informés sur la politique coloniale d’Israël.

Pour assurer la pérennité de ces circuits, les initiatives tendent à impliquer la communauté palestinienne au-delà des Palestiniens qui organisent des voyages ou travaillent dans le secteur touristique. Des projets futurs se concentrent sur le développement de visites communautaires et coopératives de tourisme qui favorisent les interactions entre les touristes et les habitants. Ces initiatives encouragent également des partenariats entre les secteurs qui sont directement ou indirectement liés au tourisme, comme les secteurs commercial, culturel, religieux, pédagogique et des technologies de l’information.

L’association Dalia, fondation communautaire mais aussi organisme subventionnaire, encourage l’octroi de subvention et les projets de développement sous contrôle communautaire pour renforcer la responsabilisation des initiatives locales et la réduction de la dépendance vis-à-vis des donateurs. Elle s‘attache à mobiliser des ressources et à les relier aux communautés palestiniennes locales et internationales, basé sur le principe que chaque communauté palestinienne doit identifier ses priorités et choisir la façon d’utiliser les ressources. Par exemple, pendant le mois de Ramadan de l’été 2016, l’association a lancé le programme « Fonds Jérusalem », qui mettait l’accent sur le soutien aux familles palestiniennes dont les maisons avaient été démolies et l’autonomisation des jeunes jérusalémites par le programme « Autonomisation des jeunes, subventionnement des jeunes ». Les dons ont été pris en charge par le fonds, et un comité composé des habitants de la communauté a décidé de leur répartition de manière à ce qu’ils répondent aux priorités locales.

Le secteur privé palestinien et les banques palestiniennes ont aussi commencé, récemment, à investir à Jérusalem-Est. Le Fonds d’investissement de la Palestine a annoncé en septembre qu’il allait investir dans le développement d’une infrastructure touristique pour la rénovation des hôtels existants et la construction de nouveaux. De plus, alors que les banques des territoires palestiniens occupés n’ont pas proposé de prêts aux logements aux résidents palestiniens de Jérusalem-Est depuis 1967, trois banques ont récemment décidé d’octroyer ces prêts à partir de fonds qu’elles ont reçus de la Banque de développement islamique.

Intensifier le sumud à Jérusalem-Est

Bien qu’un véritable développement économique et social ne puisse se produire sans progrès sur le front politique, développer le sumud à Jérusalem-Est peut consolider la présence palestinienne et améliorer la qualité de vie des Palestiniens. Voici quelques suggestions et recommandations sur la façon d’intensifier le sumud dans la ville.

– Imaginer Jérusalem. Parce que les initiatives entreprises à Jérusalem-Est sont souvent fragmentées et manquent d’une vision et d’une stratégie nationales claires, il est vital que les Palestiniens énoncent un plan pour Jérusalem en répondant à la question : « Dans quel genre de Jérusalem voulons-nous vivre d’ici à dix ans, et que devons-nous faire pour mettre en œuvre cette vision ? » L’établissement de partenariats et de réseaux avec et entre les institutions de Jérusalem-Est peut garantir la participation de la base populaire et de la communauté dans le développement de cette vision. Cela renforcerait le tissu institutionnel et promouvrait la coopération. Il faudrait également mettre en place des mesures qui garantissent que tous les acteurs soient responsables de la mise en œuvre des stratégies.

– Faire le marketing de Jérusalem. Le secteur touristique pourrait être développé par la promotion du tourisme intérieur et la commercialisation de Jérusalem-Est dans un conditionnement palestinien, comme celui qui comprend des arrêts à Hébron, Bethléem, Jéricho, Jérusalem, Naplouse et Nazareth. (11) Cette démarche exige la mise en réseau et des partenariats entre les organismes touristiques palestiniens de Cisjordanie , dont Jérusalem-Est, et la région 48. Les écoles pourraient également être impliquées dans le développement du tourisme national en organisant des visites de la Vieille Ville et d’autres grands sites touristiques. Ces activités contribueraient à développer des liens économiques entre l’économie de Jérusalem-Est et le reste du territoire palestinien occupé.

Jérusalem-Est pourrait aussi être commercialisée dans un « package » régional, comme celui qui comprend des visites d’Amman, Jerash, Petra, Aqaba, Jéricho et Jérusalem. De cette façon, les touristes qui ne voyagent pas seulement pour de raisons religieuses resteraient probablement à Jérusalem-Est pour des séjours plus longs, ce qui augmenterait la part de marché du tourisme de la ville et en ferait une destination culturelle comme religieuse.

Une campagne de tourisme islamique pourrait aussi être bénéfique. L’AP pourrait travailler avec les pays islamiques asiatiques et africain pour organiser des pèlerinages à Jérusalem en coopération avec des tour-opérateurs jordaniens et palestiniens en Israël.

Cependant, pour y parvenir, il est essentiel d’élaborer une stratégie de promotion claire pour Jérusalem-Est, d’assurer la coordination entre les tour-opérateurs des territoires palestiniens occupés et de la région 48 et de développer une meilleure infrastructure touristique à Jérusalem-Est en augmentant le nombre de chambres dans les hôtels palestiniens. Il est également essentiel d’améliorer le marketing par l’utilisation des médias numériques et des réseaux sociaux, ainsi que la participation aux foires et conférences touristiques. En outre, il faut développer l’expertise technique et managériale de ceux qui travaillent dans l’industrie touristique pour garantir une qualité de service compétitive. La communauté internationale pourrait jouer un rôle important en finançant ces initiatives.

– Promouvoir la productivité. La capacité de production de l’économie de Jérusalem-Est doit être reconstruite pour améliorer son avantage concurrentiel. Ceci peut être réalisé en exploitant son atout stratégique – la Vieille Ville – et en promouvant la production de produits de haute qualité. Des investissements dans les petites industries, en particulier l’artisanat traditionnel, joueraient un rôle important pour attendre cet objectif.

Il faudrait également créer un fonds de développement pour Jérusalem-Est qui pourrait avoir différentes fonctions, notamment aider les commerçants de la Vieille Ville à payer les exorbitantes factures fiscales, financer les programmes de protection sociale, fournir des fonds aux écoles pour compenser les décisions israéliennes de réduction des financements si elles n’utilisent pas le programme scolaire israélien, promouvoir l’investissement public et privé dans les installations touristiques et les projets de logement des familles pauvres, développer l’infrastructure économique et acheter des propriétés pour que les institutions palestiniennes surmontent les difficultés financières liées aux paiements des loyers. Le secteur privé, les banques et la diaspora palestiniens, entre autres, pourraient aider à créer et à financer ce fonds.

En plus des mesures économiques exposées ci-dessus, les mesures politiques ne sont pas moins importantes. Des délégations internationales peuvent jouer un rôle important en faisant pression sur Israël pour la réouverture d’institutions palestiniennes telles que la Chambre de commerce et d’industrie de la Maison d’Orient, et en investissant dans le développement du tourisme palestinien. De plus, la communauté internationale a la responsabilité de demander des comptes à Israël pour son occupation et son annexion illégale de Jérusalem-Est, et d’aider à construire un nouveau paradigme fondé sur le respect du droit international et des droits humains.

Notes :

1. L’auteur remercie le bureau Palestine/Jordanie de la Fondation Heinrich-Böll pour son partenariat et sa collaboration à Al-Shabaka en Palestine. Les opinions exprimées dans cette analyse politique sont ceux de l’auteur et ne reflètent donc pas nécessairement celles de la Fondation Heinrich-Böll.
2. Ces statistiques sont basées sur Michael Dumper, The Politics of East Jerusalem since 1967 (New York: Columbia University Press, 1997).
3. Le Gouvernorat de Jérusalem tel que défini par l’AP a des limites géographiques et de district différentes de celles de la zone municipale israélienne de Jérusalem. Pour l’AP, Jérusalem-Est fait partie du Gouvernorat de Jérusalem, qui comprend les zones J1 (la partie de Jérusalem qui a été annexée par Israël en 1967) et J2 (le reste de Jérusalem qui est sous administration palestinienne).
4. Il y a un manque de données officielles fiables sur l’industrie du tourisme à Jérusalem-Est, sauf pour ce qui concerne l’activité hôtelière ; ces statistiques sont donc utilisées ici pour évaluer le secteur.
5. Cette section se fonde sur une étude publiée en arabe par l’auteur et l’Institut de recherche de politique économique de la Palestine (MAS) intitulée « L’Etat actuel des marchés de la Vieille Ville de Jérusalem », 27 Juillet 2016. On peut consulter l’original en arabe ici.
6. Cité dans l’étude publiée par MAS, op.cit.
7. Le Haut Comité pour les affaires de Jérusalem a été créé en 2005 et dirigé par Ahmad Qurei’, alors Premier ministre de l’AP. Il agit, avec l’AP et l’OLP, comme la référence principale pour toutes les questions relatives à Jérusalem.
8. Le pourcentage de Juifs vivant dans la Vieille Ville a été calculé grâce aux statistiques disponibles dans le Journal 2015 publié chaque année par la Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA). Il y avait 3.350 juifs vivant dans la Vieille Ville en 2015, par rapport à un total de 35.350 musulmans, chrétiens et Arméniens.
9. Publication du PNUD, à paraître.
10. Entretien avec l’auteur, 20 mai 2016, Jérusalem-Est.
11. Les discussions dans plusieurs ateliers organisés par la Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA) en 2016 ont porté sur cette stratégie, et un participant à une conférence économique organisée par l’Institut de recherche politique et économique de Palestine a également récemment proposé l’idée.

Nur Arafeh * Nur Arafeh est chargée de la politique d’Al-Shabaka : le réseau politique palestinien. Elle a travaillé auparavant comme chercheur à la Faculté d’études internationales Ibrahim Abu-Lughod, à l’Université de Birzeit, en tant que chercheur associé à l’Institut de recherche de politique économique de Palestine (MAS), en tant que chargé de cours d’économie à la Faculté Al-Quds Bard de l’Univerité Al-Quds. Nur est titulaire d’un double diplôme en sciences politiques et en économie de l’Université Sciences-Po (France) et l’Université de Colombia (USA) et elle est titulaire d’un DEA en études du développement de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni). Ses principaux centres d’intérêt de recherche portent sur l’économie politique du développement au Moyen-Orient, la sociologie et la politique de développement et les formes économiques de résistance.

Articles de la même auteure.

30 novembre 2016 – Al-Shabaka – Traduction : ISM France – MR




Yasser Arafat

Les racines d’Oslo : Kissinger, l’OLP, et le processus de paix

Osamah Khalil – Les efforts très médiatisés du secrétaire d’état états-unien, John Kerry pour promouvoir des pourparlers entre Israël et les Palestiniens coïncident avec le 20ième anniversaire des Accords d’Oslo.

L’opinion communément admise est que l’Organisation de Libération de la Palestine — affaiblie et au bord de la faillite après la fin de la guerre froide et de la première guerre du Golfe — signa les Accords d’Oslo pour empêcher l’avènement d’une autre direction issue des Territoires palestiniens occupés et éviter d’être marginalisée.

Toutefois, un conseiller politique d’Al-Shabaka Osama Khalil s’appuie sur des documents diplomatiques états-uniens déclassifiés pour soutenir que Oslo puise ses racines dans les suites de la guerre d’octobre 1973. Il démontre que l’OLP s’est montrée disposée à faire des concessions considérables avant de s’engager dans des négociations ou d’être reconnue par les Etats-Unis. Ces concessions, ne sont pas non plus survenues lorsque l’organisation était au plus bas, mais plutôt après qu’elle eut remporté des succès diplomatiques significatifs, à savoir la reconnaissance par les Nations Unies et la Ligue Arabe comme étant « l’unique représentant légitime du peuple palestinien. »

M. Khalil montre également que la direction de l’OLP, notamment des personnages clé du Fatah, cherchaient à établir une relation avec Washington aux dépends d’autres factions palestiniennes. Ces entretiens privés contrastent fortement avec le discours révolutionnaire adopté par l’OLP pour satisfaire ses partisans, révélant un comportement systématique pendant quatre décennies. De plus, bien que les dirigeants israéliens aient souvent prétendu qu’il n’y avait « pas de partenaire pour la paix » pendant et après cette période, les documents d’archives révèlent que la direction de l’OLP était impatiente de négocier et confirment que l’intransigeance israélienne et états-unienne a retardé la résolution du conflit. (1)

Révolution jusque la victoire

La guerre d’octobre 1973 donna à Washington la possibilité de résoudre – ou au moins de réduire – le conflit israélo-arabe. Depuis leur prise de fonction en janvier 1969, le président Richard Nixon et le conseiller à la sécurité nationale Henry Kissinger s’étaient principalement concentrés sur la Guerre du Vietnam. Pendant ce temps, le secrétaire d’état William Rogers lançait une initiative pour résoudre le conflit israélo-arabe sur la base de la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU. La résolution exige le retrait d’Israël des territoires occupés lors de la guerre de 1967 en échange de la paix avec ses voisins arabes. MM. Nixon et Kissinger ont activement saboté les efforts de M. Rogers, choisissant au contraire de s’en remettre à la puissance militaire d’Israël et d’ignorer les offres faites par le président égyptien Anouar Sadat.

Survenant au milieu du scandale Watergate la guerre d’octobre de 1973 a failli mener à une confrontation entre les deux superpuissances. Le soutien manifeste des Etats-Unis à Israël a aussi eu pour résultat un embargo pétrolier de six mois de la part des membres arabes de l’Organisation des Pays Exportateur de Pétrole (OPEP). Cette combinaison de facteurs obligea M. Kissinger – qui cumulait maintenant les postes de Secrétaire d’état et de Conseiller à la sécurité nationale – à entreprendre des efforts de médiation. Comme M. Nixon était occupé par l’affaire du Watergate, M. Kissinger jouissait d’une autonomie sans précédent en politique étrangère et il s’employa à réunir une conférence de paix multilatérale à Genève avec la participation des deux superpuissances. La question qui se posait était la suivante : l’OLP serait-elle invitée à participer à cette conférence ? (2)

L’OLP craignait d’être maintenue en marge de tout accord global. La direction de l’organisation redoutait notamment que le roi Hussein de Jordanie ne récupérât la Cisjordanie. Comme Anouar Sadate, le président de l’OLP Yasser Arafat (Abu ‘Amar) pensait que les Etats-Unis détenaient la clé de concessions israéliennes et finalement d’un règlement. M. Arafat commença à entretenir des relations publiques et privées avec Washington.

William Buffum, ambassadeur états-unien au Liban, signala un « accroissement marqué des signes que la direction de l’OLP sonde la possibilité de contacts directs » avec des représentants américains. Ces efforts coïncidèrent avec « des tentatives prudentes » de la part de M. Arafat et de son vice président, Salah khalaf (Abu Iyad), d’indiquer qu’ils étaient prêts à participer à la conférence de Genève. En même temps, expliqua M. Buffum, la direction de l’OLP devait « dissiper les craintes au sein de la base » que la création d’un état palestinien en Cisjordanie et à Gaza signifierait « l’abandon ou la trahison » des objectifs à long terme de l’organisation. (3)

On peut citer pour exemple un discours de M. Khalaf du 27 novembre 1973 à l’université arabe de Beyrouth. Une « source fiable » a informé M. Buffum qu’une présence massive d’opposants dans l‘assistance a obligé Abu Iyad à combiner l’emphase doctrinaire intransigeante, typique du jargon ‘révolutionnaire’ des fédayins » à « des éléments d’un pragmatisme surprenant. » La source rassura M. Buffum qu’en privé M. Khalaf reconnut qu’il était attaché à un règlement pacifique et « qu’il ne serait pas opposé à une forme d’accord » avec le roi Hussein malgré ses déclarations publiques disant le contraire. En dépit de l’opposition d’autres groupes membres de l’OLP, notamment le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), l’ambassadeur Buffum en conclut que les dirigeants du Fatah et d’autres factions de l’OLP étaient « prêts à participer à des pourparlers de paix et accepter une entité palestinienne croupion. (4)

L’une des principales factions à soutenir le Fatah dans cet effort était le Front Démocratique de Libération de la Palestine de gauche, groupe rival du FPLP dont il avait fait sécession. S’exprimant lors d’un rassemblement à Beyrouth en décembre, le secrétaire général du FDLP Nayef Hawatmeh se prononça en faveur de l’établissement d’une entité nationale indépendante sur tout territoire libéré par Israël. M. Buffum informa M. Kissinger que le discours de M. Hatmeh était « remarquable ». Il nota que c’était « l’indication publique la plus claire à ce jour que la direction des fedayins sort de plus en plus de sa coquille protectrice » en vue de la conférence de paix. (5)

La conférence de Genève s’est ouverte le 21 décembre, 1973 sans la participation de la Syrie – – l’OLP n’avait pas non plus était invitée. Bien que la réunion initiale n’eût donné aucun résultat significatif, MM. Arafat et Khalaf allaient continuer à donner, lors de discours et d’interviews, des indices sur l’évolution des positions de l’OLP, et à faire savoir qu’ils étaient prêts à participer aux sessions futures. (6) Ces indications étaient confirmées en sous-main par des Palestiniens éminents autorisés par Abu Ammar à discuter avec des responsables américains. Pendant ce temps, diverses factions de l’OLP – – y compris le Fatah – poursuivaient leurs opérations contre des cibles militaires et civiles israéliennes, ce qui ternissait souvent l’image modérée que la direction s’efforçait de projeter. (7)

Les ouvertures faites par l’OLP combinées au soutien des dirigeants arabes amèneraient certains diplomates et décideurs politiques américains à plaider en faveur de contacts officiels avec l’organisation au cours des deux années suivantes. Robert Houghton, chargé d’affaires à l’ambassade de Beyrouth, s’efforça d’expliquer à M. Kissinger quelles étaient les différentes composantes de l’OLP dans un câble en février 1974. MM. Arafat et Khalaf étaient considérés comme « modérés » expliquait-il, parce que leurs opinions sur un accord final avec Israël « étaient relativement plus réalistes et constructives que celles de leurs associés jusqu’au-boutistes et de nombreux sympathisants. (8)

« Même dans le monde utopique de la politique inter fedayin, » écrivit M. Houghton, « on peut discerner des attitudes qui sont visiblement plus raisonnables (du point de vue de ce que certains dirigeants fédayins seraient en fin de compte disposés à accepter) que d’autres.» Il rappela à M. Kissinger qu’ « à plusieurs reprises par le passé (il y eut) des indications concrètes que la plupart des hauts dirigeants du Fatah aimeraient pouvoir s’associer aux efforts de règlement s’ils offrent la perspective d’une plus grande reconnaissance et respectabilité pour le mouvement fédayin et des avantages personnels pour eux-mêmes à l’avenir. «  En d’autres termes la direction de l’OLP était disposée à conclure un accord à condition que son standing et ses privilèges soient assurés. (9)

M. Houghton ajouta que le but affiché par l’OLP d’un état laïque et démocratique ne signifiait pas « qu’ils (les dirigeants) considéraient qu’il était réalisable en pratique à court ou à long terme. » Il reflétait au contraire la prise de conscience que la « participation des fédayins aux effort pour parvenir à un règlement et à l’établissement d’un état palestinien croupion en Cisjordanie et à Gaza ne peut obtenir l’assentiment des adhérents de base palestiniens et des ‘masses’ palestiniennes, qui chérissent depuis vingt cinq ans le mythe du ‘retour’ et de la ‘libération’, à moins d’être présentés dans des termes compatibles avec ces aspirations irréalistes mais profondément ancrées. » Ainsi, la direction de l’OLP la présenterait comme une « manœuvre tactique » pour empêcher la Jordanie de prendre le contrôle de la Cisjordanie ou comme la première étape du processus de libération de la Palestine. (10)

Il est important de remarquer que la direction du Fatah s’efforça de faire savoir à Washington qu’elle était disposée à faire des compromis avant que l’OLP ne fût reconnue comme « le seul représentant légitime du peuple palestinien » par l’ONU et la ligue arabe. C’était également avant le 12ième congrès du Conseil National Palestinien (CNP), « parlement en exile » de l’OLP, au cours duquel l’organisation a annoncé sa volonté d’accepter la solution à deux états.

Le programme de « l’Autorité Nationale »

Le CNP se réunit au Caire le 1 juin 1974. Le Fatah et le DFLP voulaient obliger Moscou et le Caire en adoptant une approche plus pragmatique, tout en prouvant à Washington que l’OLP était un partenaire potentiel de pourparlers de paix. Toutefois, le FPLP et ses alliés leur opposèrent résistance.

Un plan de compromis en 10 points fut adopté. Il optait pour la stratégie qui consistait à instaurer une « Autorité Nationale » sur tout territoire libéré, mais rejetait la création d’une « entité » palestinienne qui reconnaitrait Israël. Pour satisfaire le « front du refus» le programme en appelait toujours à la lutte armée et continuait de rejeter la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU parce qu’elle ne reconnaissait pas les droits nationaux des Palestiniens. De plus, s’il se produisait une évolution majeure nécessitant une nouvelle consultation ou une prise de décision officielle, le Comité exécutif de l’OLP était habilité à convoquer une session extraordinaire du CNP. Bien que le programme n’ait pas explicitement donné mandat à la direction de l’OLP de participer à une nouvelle Conférence de Genève, elle obtint le droit de le faire par le biais d’une déclaration ultérieure. (11)

Malgré le compromis, le FPLP continua à critiquer la nouvelle orientation prise par l’OLP. Il accusait fréquemment M. Arafat de mener secrètement des négociations avec Washington et Amman et de vouloir reconnaître Israël. En septembre M. Arafat mit à l’épreuve la flexibilité du programme — et la patience du FPLP – en signant un communiqué commun avec l’Egypte et la Syrie indiquant que l’OLP était prête à engager des négociations avec Israël. En réaction, le FPLP quitta le Comité exécutif de l’OLP et le Comité central. De plus, le CNP ne se réunirait plus avant 1977. Ces tensions politiques menaçaient de dégénérer en confrontation armée et de mener à la rupture définitive. Pendant ce temps, M. Arafat utilisa l’esprit, sinon la lettre, du programme en 10 points pour poursuivre ses relations avec les Etats-Unis. (12)

A Washington, le nouveau programme de l’OLP semblait confirmer les affirmations de ceux qui plaidaient en faveur de relations avec l’organisation. William Quandt, membre du Conseil de sécurité nationale (CSN) argua que le programme indiquait l’acceptation conditionnelle d’un état palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Il fit pression sur M. Kissinger pour qu’il mette en place un canal officiel de communication avec l’organisation. M. Quandt allégua que le dialogue favoriserait un rapprochement entre l’OLP et la Jordanie et apporterait un soutien aux modérés au sein de l’organisation. Malgré la rhétorique de l’OLP, il affirma, que « M. Arafat souhaite clairement œuvrer en faveur d’un règlement politique » et reconnaître le droit d’exister d’Israël. Bien que M. Quandt ne fût pas le seul à faire cette analyse, M. Kissinger et Israël n’étaient pas disposés à réagir. (13)

L’Egypte et l’Algérie encouragèrent aussi les Etats-Unis à reconnaître l’OLP (ou au moins à lui parler). M. Arafat était persuadé qu’il serait plus difficile pour les Etats-Unis d’ignorer l’organisation si elle était reconnue par l’ONU et la Ligue arabe. Bien que l’OLP ait obtenu le statut de membre observateur à l’ONU, Washington ne changea pas sa politique.

Toutefois, des responsables américains continuèrent à faire pression sur M. Kissinger après le discours de M. Arafat à l’ONU en novembre 1974. L’ambassadeur G. McMurtrie écrivit début janvier 1975, « quoique gênante que puisse être son existence, ou odieux son comportement, l’OLP est devenue une réalité » et a la sympathie et le soutien « d’au moins un large éventail de l’opinion publique palestinienne et arabe dans toute la région. » Étant donné que les états arabes n’étaient pas prêts à imposer une solution aux Palestiniens, l’OLP était « le seul organisme » pouvant agir en leur nom dans des négociations. Le dialogue avec l’OLP, argua M. Godley, permettrait à Washington de déterminer si l’OLP était un partenaire de négociation convenable et servirait à soutenir et encourager les modérés au sein de l’organisation. Une ouverture – même informelle et extrêmement secrète – serait bénéfique pour les relations américaines avec les principaux dirigeants arabes, surtout si elle était repoussée par l’OLP. Malgré de possibles objections de la part d’Israël, il insista pour que la question soit réexaminée. Cependant, aucun changement dans la politique états-unienne ne survint et par la suite M. Arafat lança sa propre initiative. (14)

L’offre de Yasser Arafat

En mai 1975 le sénateur démocrate Howard Baker se rendit à Beyrouth. M. Baker et le personnel de la commission sénatoriale des affaires étrangères rencontrèrent d’éminents notables palestiniens, dont Hisham Sharabi, professeur à Georgetown, et les responsables de l’OLP Shafiq al-Hout et Nabil Sha‘ath, avant de rencontrer séparément M. Arafat. Les rencontres eurent lieu tandis que le Liban sombrait dans la guerre civile dans laquelle l’OLP était allié au Mouvement national libanais (MNL) de gauche. (15)

Après avoir discuté des tensions continuelles avec Israël, M. Baker demanda à M. Arafat quelles étaient les exigences fondamentales requises pour réaliser les aspirations palestiniennes. » Se référant au nouveau programme du CNP, M. Arafat répondit que les Palestiniens avaient le droit d’établir « une Autorité palestinienne sur tout territoire pouvant être libéré. » M. Baker pressa alors M. Arafat de préciser quel était le minimum dont il « se contenterait ? » « Tout ce que Israël peut être amené à céder, » répondit M. Arafat, « même Gaza. » (16)

Bien qu’il eût pour objectif la création d’un état démocratique pour les Arabes et les juifs, M. Arafat rassura M. Baker qu’ « ce n’est pas le rêve pour l’année prochaine. » «  Si les Israéliens évacuent les territoires occupés en 1967, ou moins,» déclara M. Arafat, « les Palestiniens seraient prêts à établir leur autorité sur la terre libérée. » (17)

M. Baker informa M. Kissinger que malgré sa personnalité publique, « le ton de M. Arafat n’était ni véhément ni belligérant. » Il avait au contraire « la douceur et l’amabilité » d’un  « homme politique habile. » Il souligna le contraste avec les Palestiniens éminents que la délégation du Congrès rencontra et qui parlaient avec une « véhémence inflexible. » M. Baker expliqua que « le ton et la personnalité de M. Arafat suggéraient qu’il avait conscience des limites de ce qui était possible en pratique. J’eus le sentiment qu’il aurait fait davantage de concessions si les « partisans du rejet » ne regardaient pas par dessus son épaule, ou si sa modération relative était mieux récompensée. » (18)

La rencontre avec M. Baker eut lieu deux mois après que M. Arafat eut rencontré le sénateur démocrate (et ancien candidat à l’élection présidentielle) George S. McGovern. M. Arafat rassura M. McGovern en lui disant que l’OLP reconnaitrait Israël et formerait un état palestinien composé de la Cisjordanie et de Gaza. M. McGovern fit part de ces détails ultérieurement dans une conférence de presse et l’OLP ne publia aucun démenti. (19)

Malgré les efforts de M. Arafat pour apparaître modéré, M. Kissinger demeura de marbre. Il continua à œuvrer en vue d’un deuxième accord de désengagement entre Israël et l’Egypte, tout en ignorant la Syrie et l’OLP. L’accord Sinaï II fut signé en septembre et assorti d’un protocole d’entente (PE) secret entre les Etats-Unis et Israël, dans lequel Washington acceptait de ne pas reconnaître l’OLP ni de négocier avec elle tant qu’elle ne reconnaissait pas le droit d’exister d’Israël, ou n’acceptait pas les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l’ONU.

M. Arafat ne se laissa pas décourager et fin février 1976 fit une proposition par le biais du bureau du secrétaire général de l’ONU Kurt Waldheim, qui demandait à Israël d’évacuer la Cisjordanie et Gaza. Une force de maintien de la paix mixte de la ligue arabe et de l’ONU serait déployée sur une période de six mois pour administrer les territoires sous tutelle. Après quoi, l’administration serait confiée à l’OLP. M. Arafat pensait que cette solution permettrait de rompre le blocage avec Israël sur la question de la reconnaissance mutuelle. Bien qu’il doutât qu’Israël acceptât la proposition, Brian Urquhart, sous secrétaire général aux affaires politiques spéciales, supposa que M. Arafat faisait savoir à Washington que « malgré ses déclarations publiques, [l’OLP] était disposée à accepter le droit d’exister d’Israël et un état restreint en Cisjordanie/Gaza. » (20)

Pour s’assurer que sa proposition parvînt à l’Administration Ford, M. Arafat en discuta également avec le sénateur démocrate Adlai Stevenson III qui le rencontra à Beyrouth. La proposition relayée à M. Stevenson comportait encore plus de concessions. Il suffisait qu’Israël recule de « quelques kilomètres » en Cisjordanie et à Gaza. M. Arafat expliqua que cela « lui donnerait quelque chose à montrer à son peuple pour pouvoir reconnaître le droit d’exister d’Israël. » M. Stevenson doutait, toutefois, que cette proposition fût acceptable pour la Syrie bien que M. Arafat lui assurât le contraire. (21)

La proposition de M. Arafat parvint au Washington Post, dans lequel M. Stevenson relatait sa discussion avec Abu Ammar. M. Stevenson hésitait à la qualifier de « proposition ferme, » l’appelant au contraire « offre.» Il ajouta que M. Arafat « voulait qu’elle soit rendue publique. » Proposition ou non, elle fut rejetée par Israël. (22)

WAFA, l’agence de presse palestinienne, publia un démenti immédiat de l’information. « Il n’y a rien de vrai dans les affirmations rapportées par [le] journal, » déclara un responsable anonyme de l’OLP, « Nous sommes surpris, et condamnons la déformation intentionnelle des discussions qui ont eu lieu entre MM Arafat et Stevenson. » (23)

En dépit du démenti de l’OLP, le Washington Post publia un éditorial intitulé « Ballon d’essai de l’OLP. » Il incitait l’administration Ford à étudier davantage la proposition de M. Arafat. « Les pressions exercées sur M. Arafat pour l‘amener dans l’arène politique sont réelles et permanentes, » affirmait l’éditorial. « L’intensité de ces pressions ne dépend pas seulement de la dynamique palestinienne mais aussi de l’attitude des autres. On devrait les encourager, et ne pas les ignorer ou les rejeter à chaque occasion. » (24)

A la fin de la semaine, Faruq al-Qaddumi, chef du département politique de l’OLP, réitéra le démenti. Lors d’une conférence de presse à Stockholm, M. al-Qaddumi, rejeta les informations en les qualifiant de « mensonges et falsifications. » Une solution ne pourrait être obtenue qu’ « en intensifiant la lutte armée » déclara-t-il. (25)

Avec l’intervention syrienne dans la guerre civile libanaise et les élections présidentielles états-uniennes, il était certain qu’à court terme la proposition de M. Arafat ne recevrait aucune attention. Ce fut pour M. Kissinger une agréable surprise que M. Assad menaçât d’envahir le Liban afin d’empêcher une victoire de l’OLP-MLN. M. Assad craignait que la Syrie ne fût « coincée » entre des régimes « radicaux » au Liban et en Irak. Il espérait également dominer l’OLP par le biais de la faction soutenue par la Syrie, Sa’iqua, et remplacer M. Arafat. Bien que M. Kissinger souhaitât l’affaiblissement de l’OLP, Israël menaçait aussi d’envahir le Liban si la Syrie intervenait. L’administration Ford craignait qu’une invasion israélienne ne menât à une guerre régionale plus vaste et à un autre embargo pétrolier dans une année électorale. Israël, cependant, ne mit pas sa menace à exécution. Au lieu de cela, Washington soutint activement les efforts israéliens pour approvisionner en armes la Phalange chrétienne et pour garantir l’impasse. (26)

Deuxième élément, les efforts combinés des forces syriennes et de Sa’iqa avaient affaibli – mais pas définitivement vaincu – l’OLP. Comme l’a expliqué M. Kissinger dans une réunion de cabinet, « il semble maintenant que personne ne remportera une victoire déterminante. » Il pensait que  cette « issue modérée » favoriserait les efforts de paix. (27)

Coopération OLP-Etats-Unis en matière de sécurité

L’offre de M. Arafat n’était pas la seule tentative secrète d’établir des relations avec les Etats-Unis au cours de cette période. De 1973 à 1979, ‘Ali Hassan Salama (Abu Hassan) partagea des renseignements avec Robert Ames de la CIA. Le chef de Force 17 – l’unité de protection personnelle de M. Arafat – M. Salama agissait sur ordre de Abu ‘Ammar. En tant que canal de renseignement, cette relation n’était pas considérée comme assujettie au Protocole d’Entente avec Israël de M. Kissinger. (28)

La relation entre MM Salama et Ames fut le produit des tentatives de M. Arafat pour engager le dialogue avec des Etats-Unis. En novembre 1973, M. Kissinger envoya le général Vernon Walters, directeur adjoint de la CIA, au Maroc pour rencontrer un responsable haut placé de l’OLP. M. Kissinger écrivit par la suite que M. Walters avait pour instruction uniquement d’écouter et d’obtenir « une vue la plus claire possible de la pensée palestinienne » – non de faire des propositions. M. Walters devait aussi réaffirmer l’engagement américain envers le régime du roi Hussein et insister qu’elle (l’Amérique) « s’opposerait à toute menace contre la survie d’Israël et toute remise en cause de sa légitimité. » De plus, Washington menaça de s’opposer vigoureusement à l’OLP si elle se rendait coupable d’autres attaques d’Américains. M. Kissinger déclara qu’il n’y eut qu’une seule autre rencontre en mars 1974. Bien qu’il ne fût pas établi de relation officielle, il prétendit que rencontrer l’OLP avait permis d’éviter « des attaques radicales contre les prémices du processus de paix » et avait mis fin aux attaques d’Américains par le Fatah. « Sinon la rencontre ne donna aucun résultat durable, » écrivit M. Kissinger. Toutefois, cette affirmation n’était que partiellement vraie. (29)

MM Salama et Ames se rencontrèrent à l’hôtel Waldorf Astoria de New York pendant la visite de M. Arafat à l’ONU en novembre 1974. L’objectif était de parvenir à un accord : Si l’OLP (ou au moins le Fatah) cessait d’attaquer des responsables américains, Washington reconnaitrait « les droits légitimes des Palestiniens. » C’était moins que ce que l’OLP espérait. Néanmoins, l’accord sur le partage du renseignement resta en vigueur même après la mort de M Salama et ne cessa, semble-t-il qu’après l’invasion du Liban par Israël en 1982. (30)

Pourtant, même avant l’accord avec M. Ames, M. Salama fournissait aux Etats-Unis des informations jugées d’intérêt mutuel. Lors d’une réunion avec des membres de l’ambassade pour préparer la visite de M. Arafat à l’ONU, M. Salama les informa qu’un complot déjoué visant à assassiner le roi Hussein au sommet de la Ligue arabe en 1974 aurait pu avoir été organisé par Abu Iyad et soutenu par le dirigeant libyen Mouammar el-Kadhafi. M. Kadhafi « corrompt tous ceux d’entre nous qu’il touche » précisa-t-il. Abu Hassan rassura les responsables de l’ambassade en certifiant que le FPLP ne mènerait aucune opération à New York, ni ailleurs afin de ne pas ternir l ‘image de l’OLP pendant la prestation de M. Arafat à l’ONU. (31)

L’escalade de la guerre civile libanaise fournit à l’OLP l’occasion de montrer à nouveau sa valeur à Washington. Bien que M. Kissinger fût lié par le Protocole d’Entente avec Israël, comme il l’expliqua au président Ford, « il n’y avait pas d’engagement envers Israël de ne pas discuter avec l’OLP exclusivement de la situation au Liban. » (32) Le Fatah apporta protection à l ‘ambassade E.U. et aux résidences privées du personnel américain. A la mi-juin, l’escalade des combats et l ‘assassinat du nouvel ambassadeur au Liban, Francis Meloy, conduisirent à l’abandon de l’ambassade. M. Salama aurait supervisé l’évacuation. (33)

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, des journalistes interrogèrent le président Ford sur le rôle de l’OLP dans l’évacuation. Dans sa réponse il mentionna la coopération de l’OLP dans l’évacuation des Américains et d’autres personnes qui se déroula « sans aucun incident. » (34) Deux jours plus tard, le New York times rapportait que WAFA avait cité une lettre de remerciement de M. Kissinger à la « direction palestinienne » et avait publié la réponse de l’OLP. (35)

L’aide apportée par l’OLP à l’évacuation de l’ambassade n’eut aucune retombée bénéfique immédiate. Bien que l’envoyé du président Ford au Liban, Talcott Seeyle, préconisât la création d’un état palestinien en Cisjordanie et à Gaza comme moyen de mettre fin à la guerre civile libanaise, il ne convainquit ni M. Kissinger ni les diplomates américains en poste dans la région. (36) Pendant ce temps, la situation des Palestiniens au Liban allait considérablement s’aggraver avec la chute des camps de al-Basha et Tal al-Za‘tar entraînant de lourdes pertes civiles et des atrocités commises par la milice phalangiste et ses alliés. (37)

Après l’évacuation, M. Kissinger suspendit les négociations dans l’attente de la fin de l’élection présidentielle. Lors d’une rencontre avec des ambassadeurs américains en poste dans différents états arabes, il expliqua : « toute démarche impliquant l’OLP nous mettrait en difficulté avec les juifs et ce serait une totale irresponsabilité. » Il était convaincu que toute controverse ne profiterait qu’au parti démocrate. « Les Israéliens, » dit-il, « vont se montrer impossibles jusqu’à l’élection. » (38)

Plusieurs participants exhortèrent M. Kissinger à agir avant la fin de l’année et à engager l’OLP dans des négociations, notamment Hermann Eilts, ambassadeur états-Unien en Egypte, M. Kissinger resta, cependant, impassible. Mentionnant les tensions avec Israël qui avaient surgi pendant les négociations Sinaï II l’année précédente, il rétorqua sans ambages « un accord est maintenant impossible. » M. Kissinger rejeta également la suggestion d’une visite du vice président Nelson Rockefeller dans la région avant l’élection pour manifester un soutien à la poursuite des négociations. « Le vice président sous estime totalement ce qu’implique affronter le lobby, » expliqua-t-il. Le lobby ajouta-t-il, « ne vous attaque jamais directement sur le problème, mais sur dix autres – votre crédibilité y compris, sur tout. L’année prochaine, on devra le faire. » (39)

Cependant, les pressions exercées par le lobby pro-Israël et les contraintes de la politique électorale américaine n’étaient pas les seuls obstacles aux relations avec l’OLP. Deux mois plus tard, M. Kissinger exposa son plan en vue de finalement inclure l’organisation dans les pourparlers de paix. Washington lancerait une offensive pour parvenir à un règlement complet après l’élection. L’OLP ne serait invitée qu’après que des progrès eurent été faits avec l’Egypte, la Jordanie, et la Syrie. « Nous devons d’abord les avoir sous contrôle, » dit M. Kissinger, « et ne les faire venir qu’à la fin du processus. » Il ajouta, « Nous ne pouvons accorder à l’OLP ses exigences minimales, alors pourquoi leur parler. » M. Kissinger reconnut que Washington devrait finalement traiter avec l’OLP « mais maintenez-les deux pas derrière les gouvernements arabes. » Il expliqua, « La reconnaissance viendra tout à la fin après que les gouvernements arabes auront été satisfaits. » En bref, M. Kissinger prévoyait d’imposer un accord à l’OLP. (40)

M. Arafat n’avait, toutefois, pas conscience des plans post-électoraux de M. Kissinger. En septembre, il tenta de nouveau d’établir des relations avec Washington. Le directeur de la CIA, et futur président, George H.W. Bush, informa M. Kissinger que M. Arafat voulait « un canal de communication pré-négociation totalement secret » avec les Etats-Unis. M. Bush rapporta la bataille avec la Syrie avait désillusionné la direction de l’OLP et que cette dernière était « bien plus disposée à faire des concessions que par le passé. » l’OLP était devenue méfiante vis-à-vis des divers gouvernements arabes qui cherchaient à l’utiliser à leurs propres fins ou à servir d’intermédiaires hypocrites avec Washington. « M. Arafat vise des négociations avec Washington, si c’est possible. » conseilla M. Bush. (41) Une décennie allait s’écouler avant que ces négociations ne se concrétisent, et elles seraient très en deçà des attentes et désirs de M. Arafat.

Vers Oslo

La victoire de Jimmy Carter à l’élection présidentielle de1976 amorça un bref changement dans l’approche de l’Amérique à l’égard du processus de paix. L’administration Carter essaya dans les premiers temps de parvenir à une solution d’ensemble et d’engager le dialogue avec l’OLP. Bien que M. Arafat ait indiqué que son organisation participerait à des négociations et accepterait la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU avec des réserves, les efforts de M. Carter furent anéantis par une crise intérieure. De plus, la victoire du parti Likoud aux élections israéliennes de 1977 força M. Carter à réduire ses ambitions. M. Carter espérait, toutefois, que les Accords de Camp David de 1978 et le traité de paix israélo-égyptien ultérieur serviraient de tremplin à de futurs accords, mais cet espoir ne se concrétisa pas. De surcroit, les dispositions en faveur d’une autonomie limitée de la Cisjordanie et de Gaza – négociées par M. Sadat, sans contributions ni approbation de M. Arafat – ne furent jamais mises en œuvre par Israël. Au lieu de cela, le regain de conservatisme dans la politique américaine qui fit échec à la réélection de M. Carter en 1980 ramena l’approche de M. Kissinger consistant à ignorer, à saper, ou à tenter de détruire l’OLP. (42)

Les efforts de M. Arafat pour construire une relation avec Washington (et les concessions qu’il offrit) vinrent après les succès diplomatiques remportés par l’OLP et bien avant que l’invasion du Liban par Israël n’affaiblît gravement l’organisation. En effet, des responsables israéliens admirent en privé à leurs homologues américains qu’ils éprouvaient des difficultés à combattre l’attrait pour un public occidental de l’objectif affirmé de l’OLP d’un état laïque et démocratique en Palestine pour tous ses habitants. (43) Pourtant, c’était précisément ce qu’ils étaient prêts à abandonner, insinuaient M. Arafat et d’autres dirigeants de l’OLP aux responsables américains. De plus, pour paraître encore plus modéré que M. Arafat, un haut responsable de l’OLP suggéra que le droit au retour des réfugiés palestiniens était également négociable. (44) Ainsi, la direction de l’OLP se montra prête à offrir des concessions majeures bien avant d’arriver à la table des négociations – pratique qu’elle perpétue aujourd’hui. La principale différence entre l’époque d’Oslo et celle de M. Kissinger, est que les gouvernements américain et israélien se montrèrent finalement disposés à accepter ces concessions et à négocier avec une OLP avide et prête à tout. De surcroît, après l’expulsion du Liban et la fin de la guerre froide, le front du refus ne constituait plus une menace politique ou militaire pour le Fatah.

La période post guerre d’octobre fragilisa l’OLP pour une autre raison. Etant donné la flambée du prix du pétrole, les coffres de l’OLP, approvisionnés par les états pétroliers arabes et la diaspora palestinienne sous forme de dons et d’« impôts » étaient bien garnis. Les effets s’affichaient au grand jour dans le para-état de l’OLP au Liban et dans le train de vie de plus en plus extravagant de la direction. Dans une interview de 2004, Shafiq al-Hout rappela que « l’argent fut la perte de la révolution. » « La corruption se développa de pair avec les pétrodollars, » expliqua-t-il, le niveau de vie de la direction atteint un stade qui était indécent pour un mouvement de libération nationale. » Et pourtant, ceci n’était que le prélude de ce qui se passerait après Oslo. (45)

Cette période marqua également le début de la domination de M. Arafat sur l’OLP. Comme le montra la 12ième session du CNP, le Conseil ne se comporta pas en institution indépendante. A l’inverse, le CNP servit à entériner les positions et décisions de la direction. Lorsque M. Arafat et ses alliés ne parvinrent pas à obtenir l’approbation spécifique de participer à la Conférence de Genève dans le cadre du programme du CNP, ils l’obtinrent au titre d’une « recommandation » faite au Comité exécutif de l’OLP. De plus, M. Arafat bafoua ouvertement le programme du CNP en signant le communiqué commun avec la Syrie et l’Egypte, ce qui causa une scission avec le FPLP. Lorsque le CNP se réunit à nouveau trois ans plus, le nombre de ses membres avait été augmenté pour y accueillir des représentants de Cisjordanie et de Gaza. Une des raisons pour laquelle il ne s’était pas réuni plus tôt était que la direction du Fatah voulait s’assurer que les « modérés » conserveraient leur majorité au sein d’un conseil élargi. (46)

La stature internationale de M. Arafat grandit et parallèlement le rôle du CNP diminua d’autant plus. Il très significatif de noter que les sessions du CNP se firent plus rares après la reconnaissance de l’OLP par l’ONU et la ligue arabe et il ne s’est réuni que sept fois entre 1974 et 1988. De surcroît, M. Arafat se servit d’une interprétation toute personnelle du programme en dix points du CNP pour obtenir les faveurs de Washington. Il mit l’accent sur la création d’une « autorité nationale » tout en offrant des concessions qui violaient clairement d’autres aspects du programme. Au cours des décennies suivantes, son comportement versatile et tyrannique ne ferait qu’empirer.

Quelles leçons peut-on tirer de ces révélations ? Les Palestiniens convaincus que les Accords d’Oslo étaient ce que la direction de l’OLP pouvait espérer de mieux trouveront de quoi étayer cette position. Parallèlement, les détracteurs d’Oslo trouveront, quant à eux, de quoi confirmer que les Accords servirent les intérêts de la direction et non du peuple palestinien.

Pour les Palestiniens qui préconisent de réformer l’OLP, la question demeure : Quelle organisation espèrent-ils sauver ? L’OLP dont la direction a utilisé sa légitimité pour négocier en secret les Accords d’Oslo et a ensuite abusé de son statut au cours des deux décennies suivantes ? Ou bien l’OLP dont la direction a cherché secrètement au milieu des années 1970à signer un accord similaire si les Etats-Unis et Israël y étaient disposés ? La différence entre les deux est à peine discernable.

Pour ceux des Palestiniens qui pensent que l’OLP et sa direction sont irrécupérables, ces trouvailles soulignent une fois de plus le besoin d’un nouveau mouvement pour conquérir les droits des Palestiniens débarrassés du legs d’échec et de duplicité lié au passé.

Notes

1- Certaines des conversations furent mentionnées (où il leur a été fait allusion) dans divers mémoires, dont ceux de Salah Khalaf et Henry Kissinger. Ces documents ont été déclassifiés au cours des huit dernières années et viennent confirmer certaines des affirmations faites dans ces ouvrages et en contredire d’autres (on peut les consulter [en ligne]). Il faut noter que les documents sont souvent écrits du point de vue des responsables américains et même lorsqu’ils citent directement des sources palestiniennes, ils présentent un certain parti pris et une hostilité à l’égard de la direction de l’OLP et de ses objectifs. Bien que ces documents ne soient pas flatteurs, il n’y a aucune raison de mettre en doute leur véracité .

2- William Quandt, _Peace Process: American Diplomacy and the Arab-Israeli Conflict Since 1967_(University of California Press and Brookings Institution, 2005): 130-141

3- Buffum à Kissinger, “Fedayeen RE Palestinian State,” 7 December 1973]. Note :fedayeen_signifie «  ceux qui se sacrifient » et faisaient référence aux associés aux différentes factions politiques palestiniennes qui prônaient la lutte armée contre Israël et y prenaient part. Les responsables états-uniens l’utilisaient souvent en référence aux divers groupes.

4- Buffum à Kissinger, “Increase in Public Caution Exercised by Fedayeen Leadership,” (La direction fédayine s’exprime en public avec davantage de prudence) (3 December 1973]

5- Ibid. Le FDLP était initialement connu comme le Front Démocratique Populaire pour la Libération de la Palestine (FDPLP), mais raccourcit son nom en 1974 pour se distinguer davantage du FPLP.

6- Quandt, 140-141; Les exemples comprennent une interview du 13 Mars, 1974 avec Khalaf (_Filastine al-Thawra_) et une interview du 26 Mars, 1974 avec Arafat (_As-Safir_) _Al-Watha‘iq al-Filastiniyyah al-Arabiyah_, 1974 (Institute for Palestine Studies, 1976): 69, 93-95.

7- Paul Thomas Chamberlin, _The Global Offensive: The United States, the Palestine Liberation Organization, and the Making of the Post-Cold War Order_ (Oxford University Press, 2012): 235-237

8- [Houghton à Kissinger, “Fedayeen Moderation,” 19 February 1974]; Chamberlin, 238-239.

9- Houghton à Kissinger.

10- Ibid

11- Yezid Sayigh, _Armed Struggle and the Search for State: The Palestinian National Movement, 1949-1993_ (Oxford University Press, 1997): 342-343; Chamberlin, 238. Concernant le vocabulaire spécifique voir “Al-Barnamaj al-Siyasi al-Marhali li-Munathama al-Tahrir al-Filastiniya al-lathi ‘Aqra al-Majlis al-Watani al-Filastini fi Dura al-‘Adiya al-Thaniya Ashra, June 8, 1974” _Muqarrarat al-Majlis al-Watani al-Filastini_, 1964-1974 (PLO Research Center, 1975): 247-248; “Recommendation by the 12th Session of the Palestine National Council to the PLO Executive Committee Concerning the Bases of Palestinian Action in the International Field,” (Recommandations au comité exécutif de l’OLP par la 12ième session du CNP quant aux principes de l’action palestinienne sur la scène internationale. ) June 8, 1974 _International Documents on Palestine_, 1974 (Institute for Palestine Studies, 1977): 451

12- Sayigh, 342-345; Chamberlin, 238-239; Helena Cobban, _The Palestinian Liberation Organization: People, Power and Politics_ (Cambridge University Press, 1984): 62, 149.

13- Quandt cité dans Chamberlin, 239-240.

14- Godley à Kissinger, “ Contacts états-uniens avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), 3 Janvier 1975.

15- Godley à Kissinger, “CODEL Baker,” 23 May 1975

16- [Baker à Kissinger, “Senator Baker’s Meeting with Yasser Arafat in Beirut,” (Rencontre du sénateur Baker avec Yasser Arafat à Beyrouth) 25 May 1975].

17- Ibid

18- Ibid. Baker offrit à la presse une version plus dubitative d’Arafat, voir “Arafat to Baker: Palestinians Want Home,” 8 June 1975 _The Pittsburgh Press.

19- Seth Tillman, _The United States and the Middle East: Interests and Obstacles_ (Indiana University Press, 1982): 212; “McGovern Backing Palestinian State,” _New York Times_ 5 April 1975. Tillman était un personnage clé de la Commission sénatoriale des relations extérieures et faisait partie de la délégation de Baker en mai 1975.

20- Bennett à Kissinger, “Arafat Gives Guyer Plan for Middle East Settlement,” (Y. Arafat donne à Guyer son projet de règlement pour le Moyen-Orient) 9 March 1976; [Bennett à Kissinger, “UN Under Secretary General Guyer Conversation with PLO Leader Arafat,” (Conversation du sous-secrétaire d’état Général Guyer avec le dirigeant de l’OLP Y. Arafat) 3 March 1976].

21- [Murphy à Kissinger, “Middle East Negotiations: Arafat Proposal,” (Négociations sur le Moyen-Orient : proposition de Y. Arafat) 24 February 1976]

22- Dan Oberdorfer, “Mideast Proposal Offered,” (Proposition d’offre sur le Moyen-Orient) _Washington Post_ 29 February 1976.

23- Lambrakis à Kissinger, “ Démenti palestinien des déclarations attribuées à Arafat,” 1 Mars 1976.

24- “PLO Trial Balloon,” (Ballon d’essai de l’OLP)_Washington Post_, 2 March 1976.

25- Strausz Hupé à Kissinger, “Interview with PLO ‘Foreign Minister’,” (Interview avec le « ministre des affaires étrangères » de l’OLP) 5 March 1976.

26- Voir _Foreign Relations of the United States (FRUS), 1969-1976, Vol. XXVI: Arab-Israeli Dispute 1974-1976:_ 946-1033.

27- “Memorandum of Conversation,” 18 June 1976, _FRUS, 1969-1976, Vol. XXVI

28- Tim Weiner, _Legacy of Ashes: The History of the CIA_ (Doubleday, 2007): 388-389; David Ignatius, “Mideast Intrigue: PLO Operative Slain Reputedly by Israelis, had Been Helping U.S.” _Wall Street Journal_ 10 February 1983 and “The Secret History of US-PLO Terror Talks,” _Washington Post_ 4 December 1988. M. Salama était aussi un personnage clé de l’Organisation Septembre Noir et fut assassiné par Israël en janvier 1979. M. Ames occupa un certain nombre de postes dans les services clandestins de la CIA, pour finalement occuper celui de directeur adjoint de la Division du Proche Orient, il fut assassiné lors du bombardement de l’ambassade états-unienne de Beyrouth en avril 1983.

29- Henry Kissinger, _Years of Upheaval_ (Little and Brown, 1982): 624-629. En Mars 1973, la faction Septembre Noir assassina Cleo Noel, ambassadeur E-U au Soudan. M. Kissinger affirme que quatre mois plus tard l’OLP tenta d’établir des contacts par le biais de l’ambassade E-U en Iran et via le roi Hassan II du Maroc, mais en vain.

30- Ignatius, “The Secret History.

31- Godley à Kissinger, “Whereabouts of Abu Iyad,” (Allers et venues de Abu Iyad) 12 November 1974. Pour les détails du complot, voir Abu Iyad, _My Home, My Land_ (Times Books, 1981): 144-154

32- [_FRUS,_ “Minutes of National Security Council Meeting,” 7 April 1976: 1017]. Cette réunion du NSC est aussi abordée dans Years of Renewal_ (Simon and Schuster, 1999 : 1042 de M. Kissinger. Toutefois, il minimise la coopération en matière de sécurité avec l’OLP au Liban.

33- Ignatius, “The Secret History.” On pense que F. Meloy, Robert Waring (conseiller économique de l’ambassade) et leur chauffeur, Zuheir Moghrabi, ont été assassinés par un groupe dissident du FPLP.

34- “Question and Answer Session with the President,” (Séance de questions au président) 20 June, 1976, Gerald R. Ford Presidential Library.

35- James M. Markham, “Peace Force in Beirut,” (Force de maintien de la paix à Beyrouth) _New York Times_ 22 June 1976.

36- Seeyle à Kissinger, “Possible Silver Lining in Connection with Current Lebanese Situation,” (Possible lueur d’espoir en relation avec la situation actuelle au Liban) 14 July 1976; Pickering à Kissinger, “Proposal for US Support of PLO-led Palestinian State,”(Proposition pour un soutien états-unien à un état palestinien dirigé par l’OLP) 24 July 1976; Newlin à Kissinger, “Suggestion US Advocate Palestinian State on West Bank,” (Suggestion pour que les Etats-Unis recommandent un état palestinien en Cisjordanie) 4 August 1976.

37- Voir Sayigh, 395-401.

38- _FRUS,_ “Memorandum of Conversation,” 22 June, 1976: 1036-1037.

39- Ibid.

40- _FRUS,_ “Memorandum of Conversation,” 7 August, 1976: 1059-1060.

41- _FRUS,_ Bush à Kissinger, 7 September, 1976: 1066.

42- Quandt, 178-240.

43- [Keating à Kissinger, “Israel Assess its Image Abroad,” (Israël évalue sa réputation à l’étranger) 13 January 1975]

44- Murphy à Kissinger, “Palestine National Council Plans Meeting Within Next Two-Four Months,” (Le Conseil National palestinien doit se réunir au cours des deux prochains mois) 2 December 1976.

45- Arafat and the Journey of the Palestinian Revolution: An interview with Shafiq al-Hout,” (Y. Arafat et le chemin de la révolution palestinienne : interview avec Shafiq al-Hout)_ Journal of Palestine Studies_ Vol. 39 (1) Autumn 2009: 50.

46- Murphy à Kissinger, “PLO Preparatory Committee to Meet December 30 to Discuss Enlarged PNC,” ( Le comité préparatoire d l’OLP doit se réunir le 30 décembre pour discuter d’un CNP élargi) 27 December 1976; Newlin à Kissinger, “West Bank Participation at Palestinian National Council,” ( Participation de la Cisjordanie au Comité National Palestinien) 30 December 1976.

* Osamah Khalil est conseiller en politique, cofondateur et ancien co-directeur d’Al-Shabaka. Il est professeur adjoint en histoire des États-Unis et du Moyen-Orient à l’Université de Syracuse.

3 septembre 2013 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine – MJB