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Les « Forces de sécurité » de l’Autorité Palestinienne : la sécurité de qui ?

Alaa TartirParler de la « coopération » israélienne et palestinienne … revient à utiliser au moins un terme inadapté. Ce n’est pas simplement parce que « le résultat de la coopération entre un éléphant et une mouche n’est pas difficile à prévoir », comme Chomsky l’écrit si bien … mais parce que dans le cadre d’Oslo, la « coopération » est souvent très peu différente de l’occupation et de la domination qui l’a précédée. La « coopération », dans ce contexte, est avant tout une formule édulcorée et acceptable internationalement qui obscurcit plutôt que d’éclairer la nature des relations israélo-palestiniennes – Jan Selby, 2003.

J’applaudis la coordination continue de la sécurité de l’Autorité palestinienne avec Israël. Ils s’entendent incroyablement bien. J’ai eu des réunions et lors de ces réunions, j’ai vraiment été très impressionné et quelque peu surpris de voir à quel point ils s’entendent bien. Ils travaillent ensemble magnifiquement – Donald Trump, 2017.

Résumé

Dès le début, les responsables des services de sécurité de l’Autorité palestinienne (PA) n’ont pas protégé les Palestiniens de la source principale de leur insécurité : l’occupation militaire israélienne. Ils n’ont pas non plus permis aux Palestiniens de résister à cette occupation. Au lieu de cela, l’AP a contribué à une situation où la lutte palestinienne pour la liberté a elle-même été criminalisée. Plutôt que de reconnaître la résistance comme une réponse naturelle à une oppression institutionnalisée, l’AP, en tandem avec Israël et la communauté internationale, caractérise la résistance comme une « insurrection » ou une « instabilité ». Cette rhétorique, qui favorise la sécurité des Israéliens aux dépens de celle des Palestiniens, fait écho au discours dominant sur la « guerre contre le terrorisme » et criminalise toutes les formes de résistance. [1]

Cette dynamique remonte aux Accords d’Oslo de 1993, mais elle a été propulsée en avant au cours de la dernière décennie grâce à l’évolution de l’AP en tant qu’État totalement dépendant des donateurs et qui défend les politiques néolibérales. La réforme du secteur de la sécurité axée sur les donateurs a été la pierre angulaire du projet de construction de l’État post-2007 de l’AP. L’efficacité accrue des forces de sécurité de l’AP grâce à l’investissement massif des donateurs a mis en place des moyens supplémentaires pour protéger l’occupant israélien, créant ainsi des espaces « sécurisés » dans lesquels celui-ci peut se mouvoir librement dans l’exécution de son projet colonial.

Un tel développement ne peut avoir que deux résultats: une collaboration « accrue » avec la puissance occupante d’une manière qui renforce un statu quo destructeur, et une plus grande violation de la sécurité et des droits nationaux des Palestiniens par leur propre gouvernement et les forces de sécurité nationales.

L’article qui suit analyse l’évolution et la « réforme » des forces de sécurité palestiniennes depuis la création de l’AP, puis examine la coordination sécuritaire israélo-palestinienne et ses effets néfastes sur la capacité palestinienne à résister aux forces d’occupation israéliennes aussi bien que sur les libertés fondamentales. Il se concentre sur les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et non sur la situation à Gaza, laquelle nécessite une recherche et une analyse distinctes. Il se termine par des recommandations politiques visant à redéfinir les missions des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et à revoir fondamentalement leurs structures afin qu’elles puissent vraiment servir à protéger leur propres concitoyens.

L’ascension des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne

L’évolution des forces de sécurité de l’AP peut être découpée en trois phases: les Accords d’Oslo (1993-1999), la Deuxième Intifada (2000-2006) et le projet de renforcement de l’État de l’AP après 2007.

Les Accords d’Oslo ont été caractérisés par deux projets parallèles mais contradictoires : la construction de l’État et la libération nationale. Le premier projet impliquait la construction d’institutions étatiques et d’une bureaucratie (bientôt pléthorique) sous occupation, tandis que le second visait à poursuivre le programme révolutionnaire d’autodétermination qui avait été adopté par l’OLP.

La forte contradiction entre ces deux entreprises s’était déjà manifestée sous le règne du défunt président Yasser Arafat. Le style de gouvernance personnalisée d’Arafat et son réseau complexe de corruption et de parrainage signifiaient que l’évolution des forces de sécurité de l’AP, dès son avènement, ne serait ni inclusive ni transparente. Au contraire, ces forces étaient incrustées de népotisme et utilisées comme outil pour faire face aux menaces aux adversaires d’Oslo et pour contrôler la population. De plus, elles ont également solidifié les accords naissants de « paix ». Les 9000 recrues de la « forte force de police » imaginées dans l’Arrangement du Caire de 1994 étaient passées au nombre de 50 000 en 1999.

Cette prolifération de forces de sécurité – toutes s’espionnant les unes les autres, comme l’a expliqué Edward Said – a eu de graves conséquences pour les Palestiniens. Les structures politiques mises en place par l’équipe d’Arafat et axées sur la sécurité ont nourri l’autoritarisme et bloqué les mécanismes de responsabilisation dans le système politique palestinien. Cela a entraîné un manque de légitimité et plus d’insécurité pour les Palestiniens. Au fur et à mesure que les services de sécurité augmentaient en nombre et en institutions, les Palestiniens restaient mal protégés et la corruption et le mécénat au sein de ces services devenaient endémiques. L’approche « diviser pour régner » a ouvert la voie à la future fragmentation palestinienne.

Au cours de la deuxième Intifada, Israël a détruit l’infrastructure de sécurité de l’AP parce que celle-ci avait participé au soulèvement. Un vide de sécurité s’en est suivi dans lequel les acteurs opposés à l’AP se sont engouffrés, avec des résultats mitigés pour les Palestiniens. Cette concurrence exacerbée intra-palestinienne a conduit les donateurs externes, l’AP et Israël à se préoccuper encore plus de la construction d’un secteur de sécurité fort et dominant. En juin 2002, l’AP a annoncé son plan de réforme de 100 jours. En 2003, la Feuille de route exigeait qu’un « appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne reconstruit et recentré » affronte « tous ceux qui sont impliqués dans le terrorisme » et démantèle les « capacités et infrastructures terroristes ». Ces forces ont donc été formées pour combattre le « terrorisme », appréhender les suspects, rendre l’incitation [à la résistance] illégale, ramasser toutes les armes non-autorisées. L’AP s’engageait à fournir à Israël une liste des recrues de la police palestinienne et à rendre compte devant les États-Unis des progrès réalisés.

Par conséquent, la réforme de la sécurité palestinienne « est restée … un processus contrôlé par l’extérieur, conduit par les intérêts de sécurité nationale d’Israël et des États-Unis, et caractérisé par une indépendance très forte vis-à-vis de la société palestinienne ». Le groupe international des donateurs a mené cette réforme en 2005 grâce à la création du Bureau de coordination de l’Union européenne pour le soutien à la police palestinienne (EUPOL COPPS) et grâce au Coordonnateur de la sécurité des États-Unis (USSC). Cette situation perdure aujourd’hui, sous la forme d’une stratégie « une seule arme à feu, une seule loi, une seule autorité » par laquelle le monopole de l’AP sur la force et la violence est assuré.

Le projet d’édification de l’État post-2007 dans le cadre de l’AP visait, principalement avec l’aide d’EUPOL COPPS et USSC, de réinventer les forces de sécurité de l’AP par des moyens techniques, y compris la formation et l’acquisition d’armes. Il a également visé à redistribuer les rapports de forces politiquement en concurrençant le Hamas et sa branche armée, en reprenant en main les militants alliés au Fatah par la cooptation et l’amnistie, en réprimant les délinquants et en lançant des campagnes de sécurité, en particulier à Naplouse et Jénine.

Ces forces ont été rapidement connues sous le nom de forces de Dayton en référence à Keith Dayton, le lieutenant-général des États-Unis qui a mené le processus de « professionnalisation et modernisation » de l’institution militaire de l’AP. Les organisations locales et internationales de défense des Droits de l’homme ont accusé ces forces « nouvelle mouture » de violer les droits de l’homme et de supprimer les libertés.

La phase la plus récente a renforcé la prédominance des intérêts sécuritaires israéliens aux dépens de ceux des Palestiniens. Le désarmement et la criminalisation ont entravé la résistance populaire contre l’occupation, y compris les manifestations pacifiques et les rassemblements, les protestations contre les violations des Droits de l’homme par Israël et le militantisme en milieu étudiant. Aujourd’hui, les forces de sécurité de l’AP protègent en grande partie la sécurité de l’occupant et non pas celle des occupés. En bref, la sécurité des Palestiniens est menacée parce que leur propre leadership joue le rôle de sous-traitant en les réprimant. Le programme de réforme de la sécurité post-2007 a contrarié la lutte nationale des Palestiniens, leur mouvement de résistance et leur sécurité quotidienne, et a étouffé le fonctionnement même de la politique palestinienne.

La coordination sécuritaire comme outil de domination

Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise de coordination de la sécurité, il est utile de noter que le secteur de la sécurité palestinien emploie environ la moitié de tous les fonctionnaires, représente près d’un milliard de dollars du budget de l’AP et reçoit environ 30% de l’aide internationale totale versée aux Palestiniens. Le secteur de la sécurité consomme plus dans le budget de l’AP que les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’agriculture combinés. Il est actuellement composé de 83 276 employés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dont 312 généraux de brigade, 232 rendant des comptes à l’AP et 80 au Hamas. En comparaison, l’armée américaine dans sa totalité compte 410 généraux de brigade. Le ratio entre le personnel de sécurité et la population est aussi élevé que 1 pour 48. C’est l’un des plus élevés au monde.

La collaboration en matière de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne a atteint les objectifs fixés dans les Accords d’Oslo consistant à institutionnaliser les accords de sécurité et à lancer un processus de paix qui est étroitement contrôlé par le secteur de la sécurité, afin de permettre à Israël de réaliser ses ambitions coloniales tout en prétendant poursuivre la paix.

Ce processus de « sécurisation de la paix » se manifeste de plusieurs façons, dont:
-l’arrestation par les forces de sécurité palestiniennes des suspects palestiniens recherchés par Israël (comme dans le cas récent de Basil Al-‘Araj qui a été arrêté et libéré par l’AP uniquement pour être poursuivi et finalement assassiné par les Israéliens)
-la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons
-le partage des informations entre les forces de défense israéliennes (FDI) et les forces de sécurité de l’AP
-une politique de « porte tournante » entre les prisons israéliennes et palestiniennes à travers lesquelles les militants palestiniens font des allers-retours pour les mêmes infractions
-et la tenue régulière de réunions, ateliers et formations israélo-palestiniennes.

Bien que l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas ait menacé de suspendre la coordination répressive, il l’a présentée en même temps comme un « intérêt national palestinien » et une doctrine « sacrée« . Les activités des forces de sécurité de l’AP et les manœuvres politiques d’Abbas ont naturellement créé un profond vide de confiance entre le peuple palestinien et l’Autorité.

En effet, plusieurs enquêtes au fil des ans ont montré que la majorité des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (entre 60% et 80%) s’opposent à la coordination de la sécurité avec Israël. Et dans une enquête réalisée par le Centre palestinien pour la politique et les sondages de mars 2017, les deux tiers des répondants ont demandé la démission d’Abbas, 73% exprimant la conviction qu’Abbas n’est pas sérieux dans sa menace de suspendre la coordination répressive avec Israël.

Dans un sondage réalisé pour l’Agence Maan News en 2010, 78% des personnes ayant répondu ont déclaré être persuadées que les forces de sécurité de l’AP sont engagées dans la surveillance, le suivi des activités et l’intervention dans la vie privée des individus. Enfin, selon Vizualizing Palestine, 67% des Palestiniens de la Cisjordanie ont dit avoir le sentiment de vivre dans un système antidémocratique où les libertés se dégradent, en grande partie du fait des services de sécurité.

Les perceptions négatives de l’opinion publique sur la coordination sécuritaire sont corroborées par des expériences vécues – dont les élites sont souvent épargnées – ainsi que par la rhétorique officielle et la divulgation du contenu des Palestine Papers. Par exemple, le général étatsunien Keith Dayton faisait remarquer en 2009 que des officiers supérieurs des Forces israéliennes de défense (IDF) lui avaient demandé, au sujet des forces palestiniennes de sécurité qu’il entraînait : « Combien de ces nouveaux Palestiniens pouvez-vous générer, et à quelle vitesse ? » Il avait dit aussi qu’un haut fonctionnaire palestinien s’était adressé à une classe de diplômés de ces « nouveaux Palestiniens » en Jordanie en disant : « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à combattre Israël (…), mais plutôt pour apprendre à maintenir la loi et l’ordre, à respecter le droit de tous nos citoyens et mettre en œuvre l’Etat de droit afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël. » En 2013, dans un discours devant le Parlement européen, le président israélien Shimon Peres déclarait « Une force palestinienne de sécurité a été formée. Vous et les Américains l’avait entrainée. Et maintenant nous travaillons ensemble à prévenir le terrorisme et le crime. »

Alors que la coordination sécuritaire entre Israël et l’AP a été scellée depuis les Accords d’Oslo, le statu quo n’est pas une conclusion abandonnée. Cependant, le changement sera difficile à réaliser car le système a créé un segment de la société palestinienne qui cherchera à le maintenir. Ce segment est composé non seulement du personnel de sécurité en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, mais aussi des Palestiniens qui profitent des dispositifs institutionnels et d’un réseau de collaboration et de domination. Le statu quo leur est bénéfique et la « stabilité » est leur mantra. Ils s’engagent à adopter une approche qui privilégie les élites politiques, économiques et sécuritaires, et ils n’ont aucun intérêt à inverser les règles du jeu.

Tout essai d’arrêter la coordination sécuritaire aurait donc des conséquences réelles pour l’AP et sa direction. Pourtant, la pérennisation du statu quo est destructive pour la majorité des Palestiniens vivant sous occupation israélienne et pour le peuple palestinien dans son ensemble. Avec l’anéantissement de la capacité à corriger les actes politiques répréhensibles et à tenir les élites pour responsables, il est vraisemblable que le « business as usual » continuera. Si des mesures ne sont pas prises – et rapidement, la coordination sécurité restera un trait déterminant de la réalité biaisée qui favorise l’occupant.

Réinventer la doctrine et l’implantation de la sécurité de l’AP

L’ancrage de l’establishment sécuritaire de l’AP requiert des interventions politiques à de multiples niveaux, de la correction de la rhétorique biaisée à l’établissement de mécanismes de responsabilisation. Les recommandations suivantes, adressées aux différentes parties prenantes, proposent une refonte des opérations et des structures des forces de sécurité de l’AP.

L’Autorité palestinienne

L’AP doit écouter le peuple palestinien et respecter ses vœux et aspirations, y compris dans le domaine sécuritaire ; sinon l’écart de légitimité et de confiance augmentera considérablement. Il n’y a jamais eu de système politique palestinien global, mais une direction plus réactive, plus représentative et plus responsable garantirait que la sécurité des Palestiniens, plutôt que celle de leur occupant et colonisateur, soit une préoccupation centrale. Un secteur sécuritaire authentique, comme l’a argumenté Tariq Dana, sonnerait la fin de « l’accent sur la police interne connue sous le nom de ‘Doctrine Dayton’ » et d’ « un programme qui exige que la responsabilité et la justice soient mises en place. »

Comme l’a développé Hani Al-Masri, cela nécessitera des étapes progressives mais fermes pour finir par geler ou suspendre la coordination sécuritaire, dont : mettre un terme à l’interventionnisme de l’appareil sécuritaire palestinien dans les questions politiques ; réduire les dotations sécuritaires dans le budget annuel ; démanteler des parties de l’appareil de sécurité et restructurer le reste, en mettant l’accent sur le professionnalisme, le patriotisme et l’absence de népotisme politique et donner instruction à l’appareil sécuritaire de résister aux raids israéliens dans la Zone A.

Bien que l’AP continue de soutenir que les dispositions sécuritaires actuelles et la division du travail servent la solution à deux Etats, la colonisation israélienne incessante de la terre palestinienne signifie que l’AP et son gouvernement doivent réexaminer leur fonction. La menace imminente d’annexion doit pousser l’AP à agir avant que son rôle de sous-traitant de l’occupation israélienne ne se consolide.

La société civile palestinienne

Il faut que les organisations de la société civile palestinienne, en particulier les organisations de défense des droits de l’homme, créent des coalitions plus efficaces et intensifient leurs initiatives pour que l’AP et ses responsables politiques et de sécurité rendent compte de leurs violations des droits de l’homme. En l’absence d’institutions qui agissent en tant que contre-pouvoirs, une pression qui aille au-delà de l’écriture et de la publication de rapports (bien que ce soit en soi un acte important) est une nécessité impérieuse. En d’autres termes, il faut que les organisations de la société civile palestinienne développent des actions pratiques qui s’attaquent aux violations continues des droits de l’homme par l’AP.

Ces acteurs de la société civile, dont les institutions universitaires, les intellectuels et les groupes de réflexion, doivent également répondre au discours incorrect de l’AP, dans lequel la résistance palestinienne est présentée comme une insurrection criminelle ou de l’instabilité. Il faut aussi contrer les acteurs israéliens et internationaux qui utilisent ce type de discours. La société civile doit embrasser et rendre opérationnelle la résistance plutôt que de la voir criminalisée, et elle doit la considérer comme une manière de vivre globale sous occupation et en exil. La résistance comme mode de vie peut aider à inverser la manière dont l’élite politique et sécuritaire la dépeint actuellement. La résistance peut alors garantir la restauration des valeurs fondamentales et des idées qui permettent aux Palestiniens de s’engager collectivement dans la réalisation de leurs droits.

Les acteurs extérieurs, en particulier les organismes de sécurité EUPOL COPPS et USSC, doivent faire l’objet d’une évaluation minutieuse de la part de la société civile, tant en Palestine que dans leur pays d’origine. Ils ne peuvent pas continuer à dominer le domaine de la sécurité sans responsabilisation ni transparence. En faisant la promotion de la primauté du droit dans un contexte autoritaire, ces organes contribuent à la « professionnalisation » de pratiques autoritaires en (ab)usant d’un cadre de bonne gouvernance. Prétendre que leur mandat est « technique » leur permet de se soustraire aux résultats très politiques de leurs opérations et de leurs interventions. Après une décennie d’opérations, il est temps de mener une évaluation indépendante sous conduite palestinienne de ces organes et de s’en servir comme d’un mécanisme de reddition de comptes pour réformer ces anciens « réformateurs » et convenir de la marche à suivre.

Les donateurs et l’industrie des donateurs

Dans un contexte hautement dépendant de l’aide, la suprématie attribuée à la sécurisation et à la militarisation s’étend au domaine du développement. Les décideurs des pays donateurs et les Palestiniens qui facilitent les programmes des donateurs doivent aborder la façon dont « l’aide sécurisée » a transformé un mouvement de libération en sous-traitant du colonisateur et a abouti à des tendances autoritaires qui favorisent l’establishment sécuritaire au détriment d’autres secteurs tels que la santé, l’éducation et l’agriculture, ainsi qu’aux dépens de la démocratie.

De plus, en Palestine, l’aide et le développement priorisant la sécurisation n’ont pas seulement échoué à s’occuper de la pauvreté, du chômage et de l’autonomisation, mais ils ont également créé une nouvelle insécurité et une nouvelle illégitimité. Les planificateurs de développement doivent reconnaître que ces modèles ne seront jamais inversés à moins que la population et non l’establishment sécuritaire, ne conduisent les actions et constituent le point de référence constant.

A la base, toutes ces actions sont le devoir du peuple palestinien, surtout lorsque les décideurs ne représentent ni lui, ni ses aspirations. La société palestinienne doit s’opposer aux outils utilisés pour réprimer sa mobilisation et s’organiser afin d’assurer la réalisation de ses droits fondamentaux. L’initiative menée par des jeunes indépendants, « Mettre fin à la coordination sécuritaire », qui est née à la suite de l’assassinat de Basil Al-Araj en mars 2017, représente un exemple de cette mobilisation. Dans leur appel à action, les jeunes déclaraient :

« Notre peuple a trop longtemps lutté pour que nous restions passifs pendant que des dirigeants répressifs troquent notre oppression et notre dépossession pour leur bénéfice personnel. Cela fait bientôt 30 ans que les Accords d’Oslo ont transformé ce qui restait de notre pays en prison en ciel ouvert administrée par des fonctionnaires de l’AP non représentatifs qui ont été recrutés pour être la première ligne de défense de nos colonisateurs. Le régime d’Oslo ne nous représente pas. Il est maintenant temps de nous réunir et de reconstruire notre lutte collective pour la libération de la Palestine. »

Si cette résistance organisée peut continuer et croître, la pression exercée par le peuple peut changer la trajectoire de la coordination sécuritaire PA-Israël, rendant les Palestiniens mieux équipés pour travailler à l’autodétermination et à la réalisation des droits de l’homme.

Notes

Al-Shabaka publie tous ses contenus en anglais et en arabe (lire le texte en arabe ici). Pour le lire en italien, cliquez ici.
Al-Shabaka est reconnaissant aux efforts des défenseurs des droits de l’homme pour traduire ses articles mais n’est pas responsable de toute modification du sens.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève. Consultez son site Internet et il peut être suivi sur Twitter @alaatartir.

Articles du même auteur.

16 mai 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




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En Palestine, Donald Trump est « persona non grata »

Ma’an News – Les Palestiniens appellent à un « Jour de colère » pour protester contre la visite de Trump dans les territoires occupés.

Les factions palestiniennes dans la ville de Ramallah en Cisjordanie ont demandé au peuple palestinien de participer à un « Jour de colère » mardi, lors de la visite prévue par le président américain Donald Trump dans le territoire palestinien sous occupation.

Trump a quitté les États-Unis pour son premier voyage à l’étranger le 19 mai, arrivant en Arabie Saoudite samedi. Il devrait arriver en Israël lundi, pour rencontrer le président israélien Reuven Rivlin et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem.

Le lendemain, Trump rencontrera l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas dans la ville de Bethléem en Cisjordanie, puis s’arrêtera dans Jérusalem-Est pour visiter l’église du Saint-Sépulcre et le mur des « lamentations » [mur ouest] – devenant ainsi le premier président américain en exercice à visiter le site religieux qui se trouve à côté de la mosquée d’Al-Aqsa.

Trump a d’abord rencontré Abbas à Washington plus tôt ce mois-ci, après Netanyahu en février.

Dans un communiqué publié samedi intitulé: « Un appel à être unis et aux côtés de nos courageux prisonniers », les organisations islamistes et nationalistes basées à Ramallah ont exhorté leurs concitoyens à se joindre aux rassemblements pour exprimer leur rejet d’une reprise des pourparlers de paix entre l’Autorité palestinienne et Israël sous le parrainage américain.

La déclaration appellait à une grève de trois heures dimanche de 11 heures à 12 heures, et à une grève générale lundi dans la Cisjordanie occupée, la bande de Gaza assiégée et Israël, pour coïncider avec la visite de Trump.

Les membres du Comité de suivi supérieur pour les citoyens arabes d’Israël [Higher Follow-up Committee for Arab Citizens] ont fait connaître leur soutien aux grèves, initialement proposé par le Comité national palestinien mis en place pour soutenir la grève de la faim de masse dans les prisons israéliennes qui est entrée dans son 34e jour samedi.

Le Comité de la grève de la faim a également demandé aux militants dans les villages et les zones rurales de la Cisjordanie de continuer à bloquer les routes, en particulier pour les véhicules des colons israéliens, afin d’exprimer leur solidarité avec les grévistes de la faim.

Des manifestations populaires exigeant qu’Israël réponde aux demandes des grévistes de la faim ont données de violents affrontements avec les forces israéliennes ce vendredi. La grève a commencé il y a plus d’un mois.

Les signataires de la déclaration ont également souligné qu’ils s’opposaient au parti pris des États-Unis avec l’occupation israélienne, car un nombre croissant de Palestiniens ont exprimé leur désillusion face aux négociations de paix orchestrées par les administrations américaines consécutives qui ont simultanément fournis des dizaines de milliards de dollars d’aides militaires à Israël.

Les plans de Trump pour sa première visite diplomatique à l’étranger ont été préparés au milieu de la confusion et des controverses qui caractérisent sa présidence.

Des rapports sont parus la semaine dernière disant que le conseiller de sécurité nationale de Trump, HR McMaster, a refusé deux fois de dire si le mur de l’Ouest faisait partie d’Israël, tandis que les diplomates américains au consulat américain à Jérusalem-Est ont déclaré aux représentants du bureau de Netanyahou que le mur de l’Ouest faisait partie de la Cisjordanie occupée. Ils ont également refusé d’organiser des entretiens avec des représentants israéliens sur les arrangements pour la visite prévue de Trump sur le site.

Lors d’une visite en Israël lundi, l’ambassadeur des États-Unis en Israël choisi par Trump, le « pro-colons » David Friedman, a choisi le mur de l’ouest comme premier arrêt, rencontrant ensuite le Premier ministre israélien qui a appelé Jérusalem « la capitale éternelle du peuple juif » tout en saluant Friedman.

Pendant ce temps, vendredi, la Maison Blanche a diffusé une vidéo faisant connaître l’itinéraire de Trump et qui montrait une carte d’Israël dépourvue des territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est et les hauteurs du Golan. ***

Alors qu’il occupait ces territoires depuis 1967, Israël a étendu la loi israélienne aux hauteurs du Golan, mais sans revendiquer de souveraineté en Cisjordanie – bien que de nombreux députés israéliens d’extrême-droite continuent de défendre l’annexion de la Cisjordanie et considèrent les colonies illégales construites sur des terres palestiniennes comme une partie d’Israël.

La carte a mis en colère les responsables israéliens et a probablement également aliéné les Palestiniens pour avoir inscrit le passage de Trump à Jérusalem-Ouest et en Cisjordanie occupée sous la rubrique « Israël ».

La visite du président des États-Unis survient après que Trump ait fourni aux Russes des informations qu’Israël avait fournies aux États-Unis en secret, soulevant l’indignation des responsables du renseignement israélien.

Trump est resté largement insaisissable en ce qui concerne ses politiques par rapport à Israël et à la Palestine, car il a exprimé dans le passé son soutien à l’entreprise coloniale et illégale d’Israël au détriment des territoires palestiniens, tout en faisant des déclarations critiques contre les colonies peu de temps après son intronisation.

Trump a exprimé à plusieurs reprises son désir de conclure un accord de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne et a affirmé que l’adoption d’un accord de paix « n’est pas aussi difficile que les gens l’ont pensé au fil des ans ». ***

Le gouvernement israélien est censé avoir bloqué stratégiquement, jusqu’à la prise de fonctions de Trump, une législation qui renforce l’expansion des colonies israéliennes, en raison de la conviction parmi les dirigeants israéliens que leur politique raciste et réactionnaire serait plus facilement à mettre en œuvre sous une présidence Trump. Mais la nature imprévisible du président américain a laissé les autorités israéliennes d’occupation et les dirigeants palestiniens indécis quant à sa position réelle sur le conflit.

20 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




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Au 35e jour, la grève de la faim des prisonniers palestiniens ne cesse de s’étendre

Ma’an NewsLe 35e jour, 220 prisonniers palestiniens rejoignent la grève de la faim de masse.

Les dirigeants palestiniens ont prévenu les médias de « rester prudents » au sujet des informations sur des négociations présumées entre des responsables israéliens et palestiniens pour parvenir à un accord pour mettre fin à une grève de la faim de masse qui est entrée dans son 35ème jour dimanche, alors que des centaines de prisonniers se joignaient au mouvement et refusaient tout aliment en signe de protestation contre les conditions de vie imposées dans les prisons israéliennes.

Les prisonniers en grève de la faim appellent à la fin du refus de visites familiales, au droit de poursuivre des études supérieures, à l’accès aux soins et traitements médicaux appropriés, et à la fin de l’isolement cellulaire et de la détention administrative – un emprisonnement sans inculpation ni procès et sans limite de durée – parmi d’autres revendications pour le respect de leurs droits fondamentaux.

Rumeurs de négociations israélo-palestiniennes pour mettre fin à la grève de la faim

Le Comité des médias formé pour soutenir les grévistes de la faim a publié une déclaration dimanche insistant sur le fait que la presse fasse preuve de circonspection lors de la publication d’informations sur des négociations entre prisonniers et les autorités israéliennes, en particulier lorsque les rapports proviennent des médias israéliens.

Des rapports ont émergé la semaine dernière dans les médias israéliens selon quoi les responsables de la sécurité palestinienne et les responsables de l’agence de sécurité interne d’Israël, le Shin Bet, tentaient de parvenir à un accord qui mettrait fin à la grève de la faim.

La version hébraïque du journal israélien Haaretz a rapporté dimanche que les responsables du Service pénitentiaire israélien (IPS) ont parlé avec des grévistes palestiniens de la faim afin de parvenir à un accord pour mettre fin à la grève. Le rapport citait un responsable de l’IPS disant qu’un « compromis avec les prisonniers en grève de la faim pourrait être trouvé dans les prochains jours », mais il a refusé de qualifier les pourparlers de négociations.

Selon l’officiel, une question centrale portait sur la demande des prisonniers de visites familiales plus fréquentes, et le même officiel aurait noté que l’IPS était disposé à augmenter légèrement le nombre de visites familiales accordées aux prisonniers palestiniens afin de parvenir à un accord.

Un porte-parole d’IPS a déclaré à Ma’an qu’il n’avait aucune information sur un tel accord entre les responsables de l’administration pénitentiaire et les prisonniers.

Cependant, selon le comité, les grévistes de la faim palestiniens ont constamment refusé d’accepter des négociations sans la présence des dirigeants de la grève, notamment le responsable du Fatah, Marwan Barghouthi, qui est resté en isolement cellulaire depuis le début de la grève en avril.

Les prisonniers grévistes de la faim ont déjà déclaré que les tentatives des officiels israéliens d’engager des négociations sans les dirigeants de la grève n’étaient que « de fausses et futiles négociations visant à faire cesser la grève de la faim en échange de promesses creuses ».

Les grévistes de la faim affiliés au DFLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine) continuent de refuser de s’alimenter, tandis qu’ils sont de plus en plus nombreux à se joindre au mouvement.

Le comité a également signalé que Fadwa Barghouthi, l’épouse de Marwan Barghouthi, a déclaré que 220 prisonniers palestiniens de diverses factions politiques se sont joints à la grève dimanche.

Le porte-parole des prisonniers proches ou appartenant au DFLP, Jifara Jawda, a confirmé à Muhammad Dwikat, un membre du comité central du DFLP, que la majorité des Palestiniens affiliés au DFLP dans les prisons israéliennes poursuivent leur grève depuis le premier jour, le 17 avril.

Dwikat a souligné dans une déclaration qu’après avoir visité le gréviste de la faim affilié au DFLP, Wajdi Jawda, il a appris qu’au début de la grève Jawda a été immédiatement transféré en isolement cellulaire – comme cela a été fait pour de nombreux grévistes de la faim – dans la prison israélienne de Jalama. Il a ensuite été transféré en cellule d’isolement dans la prison d’Ayalon, dans le centre d’Israël, et transféré une fois de plus à la prison d’Eshel à Beersheba, dans le sud d’Israël, où il est resté en isolement cellulaire.

Dwikat a également noté que la santé du gréviste de la faim Samer Issawi, connu parmi les Palestiniens pour avoir mené une des plus longues grèves de la faim dans l’histoire des prisonniers, s’est détériorée depuis le début de mai, puisque IPS l’a depuis transféré à la clinique pénitentiaire de la prison de Ramla.

Une équipe du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a également pu visiter le prisonnier gréviste Saed Yihya Dwikat, âgé de 19 ans, du village de Beita à Naplouse, a déclaré Jawda à Dwikat lors de sa visite. Saed est détenu dans les prisons israéliennes depuis trois ans pour son affiliation au DFLP. Le CICR a informé sa famille que la santé de leur fils a continué à se détériorer, selon le communiqué.

Dans le même temps, le responsable du Comité palestinien des affaires des prisonniers, Issa Qaraqe, a déclaré dans un communiqué que le CICR devait « prendre une position officielle » en ce qui concerne la santé des grévistes de la faim et devrait « conduire des efforts pour protéger les prisonniers et surveiller le traitement infligé aux prisonniers par Israël. »

Qaraqe a exigé que le CICR « s’active au plus vite » pour exercer une pression sur l’IPS et forcer ses responsables à « traiter les grévistes de la faim selon les normes du droit humanitaire ».

Multiplication des manifestations de solidarité avec les grévistes de la faim

Le comité a déclaré une grève de tous les commerces ce dimanche dans l’ensemble du territoire palestinien occupé et d’Israël de 11 heures à 14 heures en solidarité avec les grévistes de la faim, ajoutant que tous les secteurs y participeraient, à l’exception de ceux liés aux secteurs de l’éducation et de la santé.

Une grève générale devrait avoir lieu lundi pour coïncider avec l’arrivée du président américain Donald Trump en Israël, les dirigeants palestiniens invitant également à un « Jour de colère » mardi lors de sa visite prévue avec Abbas à Bethléem.

En outre, Asad Abd al-Rahman, membre du Comité exécutif de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), a déclaré qu’il suivrait un jeûne de solidarité de trois jours à compter de samedi après-midi en appui aux grévistes de la faim.

Il a déclaré qu’il respecterait sa décision pendant trois jours consécutifs conformément à son état de santé, mais en disant : « je sais que mon humble participation ne peut pas égaler le niveau des sacrifices endurés par les prisonniers ».

21 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Archives : Info-Palestine.eu

Les États-Unis et leurs alliés des monarchies du Golfe préparent une guerre d’agression contre la résistance libanaise

Abdel Bari AtwanLes États-Unis et leurs alliés arabes concoctent actuellement des plans pour étouffer financièrement le mouvement Hezbollah [résistance libanaise] en prélude à une éventuelle action militaire.

La guerre dirigée par les États-Unis contre l’État islamique sous la bannière de la lutte contre le terrorisme peut être considérée par beaucoup, en particulier par les membres arabes de la coalition qui se sentent menacés, comme légitime. Mais à notre avis, cette ressemble de plus en plus à une couverture ou à un écran de fumée pour ouvrir la voie ou donner une légitimité à une autre guerre : celle qui vise à éliminer la résistance à Israël dans la région et plus précisément le mouvement libanais du Hezbollah.

La guerre des États-Unis pour la reconquête du Koweït en 1991 a été menée dans le même but. Un piège a été mis au point, après une planification minutieuse et une répartition précise des rôles, pour le président irakien Saddam Hussein. L’objectif était de le pousser à entrer au Koweït afin de disposer d’un prétexte pour détruire l’Irak, briser son progrès scientifique et sa force militaire, et miner son rôle régional.

Il n’est pas exagéré de dire que la guerre par procuration contre la Syrie a un objectif similaire, non seulement détruire et fragmenter la Syrie comme adversaire d’Israël, mais aussi attirer un Hezbollah réticent dans le conflit et ainsi diminuer son énorme popularité et la place acquise dans les cœurs de dizaines ou de centaines de millions d’Arabes après ses deux grandes victoires contre Israël : d’abord, quand il a réussi à libérer le sud du Liban de l’occupation israélienne en 2000 après des années d’une implacable résistance, et encore en juillet 2006 quand il a lutté vaillamment et sans reculer d’un pas dans une résistance épique face à une attaque israélienne qui devait l’anéantir.

La plupart des démarches actuellement menées dans la région par les États-Unis – y compris la prochaine visite de Donald Trump à Riyad et les exercices militaires Eager Lion en Jordanie – ont un seul et même objectif : préparer une guerre totale contre le Hezbollah. Cela comprend l’assèchement de ses ressources financières et la criminalisation de l’organisation, de même que Saddam Hussein a été criminalisé et le mouvement de résistance palestinien avant lui : d’abord à la grande époque de l’OLP et de ses factions, puis après l’apparition du Hamas, du Jihad islamique et d’autres groupes qui continuent à se battre contre Israël.

L’Occident a divers problèmes avec l’Iran, et les ambitions nucléaires du pays sont parmi les plus importants. Mais il est possible de vivre avec, et même de contenir ces ambitions par divers moyens. Cependant, le péché impardonnable de l’Iran aux yeux de l’Occident est de soutenir le Hezbollah au Liban et de l’avoir aider à se transformer en une formidable force militaire qui constitue une véritable dissuasion et une menace pour Israël au moment où les États arabes capitulent en rase campagne. Beaucoup ont cessé de se référer à Israël comme à un ennemi et ont commencé à ériger des ponts de coopération et de normalisation avec cette entité en la traitant comme un allié régional stratégique.

Le Hezbollah a franchi toutes les lignes rouges américaines et israéliennes en développant de grandes ressources en missiles (100 000 selon certaines estimations), ainsi que des compétences au combat dont sont privées la plupart des armées de la région – y compris l’armée israélienne – en combinant les caractéristiques des armées conventionnelles et une expertise dans la guérilla. De plus, quatre ans de combats en Syrie ont encore renforcé, développé et modernisé ces compétences.

Des rapports sont parus ces derniers jours d’une réunion à huis clos et non divulguée à Washington impliquant un certain nombre de pays du Golfe et des États arabes visant à convenir d’une stratégie pour faire face au Hezbollah dans la période à venir. Les participants comprenaient l’Arabie saoudite et la Jordanie, le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis. L’objectif était de préparer les deux sommets multilatéraux (avec les dirigeants arabes/musulmans et les dirigeants du Golfe respectivement) auxquels Trump participera à Riyad.

Les rapports qui ont suivi cette réunion indiquent que le plan conjoint arabo-occidental pour s’attaquer au Hezbollah inclut l’imposition de sanctions financières aux membres de l’organisation, à ses partisans et ses sympathisants à travers le monde, en particulier les expatriés libanais en Afrique et en Europe qui offrent un soutien financier au parti ou aux institutions affiliés ou qui lui sont proches. Cela impliquera des mesures pour surveiller les transferts de fonds et annihiler toutes les sources de financement externes du parti afin de créer des difficultés pour ses dirigeants dans le financement de ses structures politiques et militaires et de ses vastes institutions et activités sociales.

La guerre contre les groupes jihadistes radicaux tels que le Front Al-Nusra et l’État islamique (IS) est en train d’arriver à son terme. Al-Nusra est assiégée à Idlib, au centre de Damas et dans quelques enclaves dans les régions rurales d’Alep. Le récent accord d’Astana a délégué la tâche de liquider Al-Nusra aux factions soi-disant modérées de l’opposition syrienne soutenues par les États-Unis, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. En ce qui concerne l’IS, il a perdu l’essentiel de la ville de Mossoul, et l’offensive pour conquérir Al-Raqqa par les « Forces démocratiques syriennes kurdes » (SDF) soutenues par les États-Unis est maintenant imminente et débutera dès que des stocks suffisants de chars, de véhicules blindés et de missiles auront été livrés par les États-Unis à ces forces.

En d’autres termes, la destruction des groupes « islamistes » désignés internationalement comme organisations terroristes ouvrira la porte à la guerre la plus importante, celle contre le Hezbollah, non seulement en Syrie, mais aussi au Liban. Cela commencera par une guerre économique et aboutira à une offensive militaire – comme dans le cas des guerres contre l’Irak.

Ce scénario qui est mis en œuvre par étapes contre le Hezbollah (et, par extension, contre l’Iran) aura-t-il le même succès que celui contre l’Irak – et avant cela contre la présence palestinienne au Liban, qui a pris fin avec l’invasion israélienne de 1982 ? Il est difficile de donner une réponse catégorique… On peut dire cependant que les circonstances ont changé, et Israël a également changé. Le Hezbollah est le pivot d’une structure régionale et confessionnelle, et a l’appui ouvert et total de l’Iran, et de l’Irak à un degré moindre. Toute guerre contre cette organisation ne sera pas une promenade. Si le scénario de 1991 a réussi en Irak, cela s’explique avant tout par la complicité et la trahison arabes, ainsi que par la disparition de l’Union soviétique qui a laissé les États-Unis disposer d’une hégémonie incontestée dans le monde.

Les guerres qui se déroulent actuellement dans la région et les conspirations qui se font jour sont toutes dans le but de renforcer la sécurité et la stabilité d’Israël, et de maintenir son pouvoir militaire et sa suprématie. Il est ironique que cela se produise à l’époque du centenaire de l’infâme Déclaration de Balfour et des accords Sykes-Picot. Car la tâche actuellement entreprise vise à consolider la présence sioniste en Palestine et dans la région comme stipulé dans cette Déclaration, tout en démembrant les États dont la création est issue pour une part de ces accords.

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

Articles du même auteur.

18 mai 2017 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Alaa Badarneh/MaanImages

Prisonniers palestiniens grévistes de la faim : « Seule la mort stoppera ce mouvement »

Ma’an News – Les quelque 1300 prisonniers palestiniens en grève de la faim ont continué à être transférés entre les prisons israéliennes et leurs hôpitaux de fortune, alors que leur état de santé continué à se détériorer.

Ils sont entrés dans le 33e jour de leur grève de masse vendredi, alors que des affrontements ont éclaté entre les forces israéliennes d’occupation à travers la Cisjordanie occupée et la bande de Gaza et les manifestants rassemblés pour soutenir des grévistes de la faim.

Déportations en masse

Le Comité des médias créé pour appuyer la grève de la faim a indiqué que le Service pénitentiaire israélien (IPS) a continué de déporter des grévistes palestiniens de la faim entre les prisons israéliennes, un grand nombre d’entre eux étant transférés des prisons situées dans le sud d’Israël vers le nord.

Tous les prisonniers en grève de la faim dans la prison israélienne de Nafha, où 400 grévistes de la faim sont détenus – le plus grand groupe de grévistes de la faim dans toutes les prisons – ont été déportés vers la prison d’Hadarim et de la prison de Shatta vers celle de Gilboa, a déclaré le comité.

Des rapports antérieurs du comité ont fait savoir que tous les prisonniers qui ont participé à la grève de la faim de masse ont déjà été transférés dans la prison de Beersheba, dans la prison de Shatta et dans celle de Ramla, respectivement au sud, nord et centre d’Israël [au sud d’Israël [Palestine de 1948]] – qui ont tous des hôpitaux de fortune installés dans les locaux des prisons et mis en place au début de la grève. Ces sites pourraient bien servir à imposer une alimentation forcée aux grévistes [technique du « gavage« ].

Selon le comité, des dizaines de grévistes de la faim en plus ont été transférés dans les hôpitaux de fortune des prisons, rejoignant des dizaines d’autres grévistes de la faim dont les conditions de santé se sont détériorées. Le comité a confirmé que le responsable du Front populaire pour la libération de la Palestine (PFLP), Ahmad Saadat, et le journaliste affilié au PFLP, Muhammad al-Qiq, ont également été transférés vers des services médicaux à l’intérieur des prisons.

Chantage aux soins

Le comité a aussi déclaré jeudi que les médecins israéliens dans les cliniques de terrain auraient proposé des soins médicaux aux prisonniers seulement en échange de la fin de leurs grèves de la faim – une offre que les prisonniers ont refusée.

Un avocat du comité a visité la prison israélienne d’Ashkelon où il a déclaré que les conditions de santé des prisonniers grévistes s’aggravent « jour après jour » et que beaucoup d’entre eux ont perdu plus de 20 kgs.

L’avocat a également noté que de nombreux prisonniers palestiniens malades poursuivent leur grève de la faim en dépit de leur faiblesse, y compris Othman Abi-Kharj, Yaser Abu Turki et Ibrahim Abu Mustafa, qui sont détenus dans la prison d’Ashkelon.

Dans une déclaration distincte, vendredi, le comité a signalé que l’avocat du comité, Mutaz Shqirat, a pu visiter le gréviste de la faim Mansour Shrem jeudi soir. Shrem était détenu en isolement dans la prison de Petah Tikva en Israël [Palestine de 1948].

Shqirat a déclaré que les responsables de l’IPS ont traité les avocats qui ont visité les grévistes de la faim d’une manière « humiliante » et leur ont imposé de nombreux contrôles avant de leur permettre de rencontrer les prisonniers pendant un court laps de temps. Shqirat a confirmé qu’il n’a pu rencontrer Shrem que quelques minutes après avoir subi un grand nombre de contrôles.

Shqirat a déclaré que Shrem avait perdu 18 kilos et souffrait d’épuisement et avait du mal à bouger. Shrem a expliqué à Shqirat que les médecins israéliens sont rarement présents dans les cliniques des prisons, malgré les graves problèmes de santé des grévistes de la faim.

Shqirat a aussi noté qu’il y a actuellement 80 Palestiniens en grève de la faim dans la prison de Petah Tikva.

Le comité a rappelé que « de nombreux détenus » ont annoncé qu’ils avaient arrêté de boire de l’eau en raison du refus d’Israël de négocier avec les prisonniers, ajoutant que la grève « est entré dans une étape critique ».

Selon le comité, les grévistes palestiniens de la faim ont répété aux avocats que « la mort est la seule chose qui peut arrêter ce mouvement ».

Lundi, des rapports sont parus dans les médias israéliens disant que des responsables de la sécurité palestinienne et de l’agence de sécurité intérieure israélienne, le Shin Bet, tentaient de parvenir à un accord qui mettrait fin à la grève de la faim.

Dans le même temps, le prisonnier de la faim Karim Yunis, le prisonnier palestinien le plus ancien, a insisté sur le fait que toute négociation légitime doit inclure les dirigeants de la grève, tels que le dirigeant du Fatah emprisonné Marwan Barghouthi, et a rejeté les tentatives signalées par les renseignements israéliens comme des « négociations fausses et futiles visant à casser La grève de la faim en échange de promesses vides ».

Affrontements entre forces d’occupation et manifestants palestiniens

Des affrontements ont éclaté avec des forces israéliennes d’occupation en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza sous blocus ce vendredi lors de manifestations organisées en appui à la grève de la faim. Les forces israéliennes d’occupation ont arrêté et blessé plusieurs Palestiniens, dont certains ont été blessés par des tirs à balles réelles.

Les affrontements sont survenus un jour après un assassinat commis par un colon israélien près du village de Huila, dans la région de Naplouse, qui a tué un Palestinien de 23 ans en tirant sur une manifestation de soutien aux grévistes.

Les prisonniers en grève de la faim revendiquent la fin du refus de visites familiales, le droit de poursuivre des études supérieures, de disposer de soins et traitements médicaux appropriés, et la fin de l’isolement cellulaire et de la détention administrative – un emprisonnement sans inculpation ni procès et sans limite de temps – parmi d’autres demandes pour le respect de leurs droits fondamentaux.

19 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : Jehan AlFarra/Middle East Monitor

La nouvelle guerre d’agression culturelle d’Israël

Richard FalkMon livre Palestine’s Horizon : Towards a Just Peace est sorti il y a quelques semaines chez Pluto en Grande Bretagne. J’étais alors à Londres et en Écosse pour une série de conférences universitaires dans le cadre du lancement de ce livre. Il se trouve que sa sortie ait coïncidé avec la publication d’un rapport que j’ai co-écrit avec Virginia Tilley à la demande de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (CESAO), donnant à mes apparitions publiques une notoriété qu’elles n’auraient pas eu autrement. La conclusion du rapport disait que les preuves relatives aux pratiques israéliennes vis-à-vis du peuple palestinien relevaient de « l‘apartheid », tel que défini par le droit international.

Il y eut une forte contre-attaque de la part de militants sionistes menaçant de causer des troubles. Ces menaces ont dû être suffisamment intimidantes pour les administrations universitaires, si bien que mes conférences à la University of East London et à la Middlesex University furent annulées pour raisons de « santé et sécurité. »

Ces décisions ont peut-être été en partie prises par les autorités administratives sachant qu’une conférence que j’avais donnée auparavant à la LES (London School of Economics) avait en effet été passablement perturbée pendant la phase d’échange, à tel point que le personnel de sécurité de l’université avait dû faire sortir deux personnes du public qui criaient des noms d’oiseaux, avaient déployé un drapeau israélien, s’étaient levées et avaient refusé de s’asseoir à la demande polie du modérateur.

Au cours de toutes ces années où j’ai pris la parole en public sur divers sujets partout dans le monde, il ne m’était jamais arrivé qu’une conférence soit annulée, bien que des pressions similaires aient assez fréquemment été exercées sur les administrations universitaires, mais généralement du genre menace de représailles financières si on me permettait de parler.

Ce qui s’est passé en Grande Bretagne s’inscrit dans un effort de plus en plus violent de la part de militants pro-Israël pour empêcher tout débat en se livrant à un comportement perturbateur, mettant en péril la sécurité, et en diffamant les orateurs considérés comme critiques d’Israël, les qualifiant « d’antisémites, » et dans mon cas personnel de « juif se haïssant soi-même, » voire de juif qui a le dégoût de soi.

De retour aux États-Unis, j’ai été confronté à une nouvelle tactique. Les mêmes personnes qui avaient causé des perturbations à Londres, de toute évidence avec des camarades dans le même état d’esprit, ont écrits des commentaires de mon livre violemment désobligeants sur le site web d’Amazon aux États-Unis et au Royaume-Uni, lui attribuant la plus basse note possible. Ceci inquiéta mon éditeur qui fit remarquer que la façon dont un livre est évalué sur Amazon influence directement les ventes.

J’ai mis un message sur ma page Facebook disant que mon livre faisait l’objet d’attaques de cette nature, encourageant mes amis de Facebook à envoyer des commentaires, ce qui eut pour effet de relever temporairement mes appréciations. A leur tour les ultra-sionistes reprirent du service en envoyant des attaques d’une ligne ou deux qui ne faisaient nullement l’effort d’argumenter sur le contenu du livre. De ce point de vue, il y avait une différence qualitative car les commentaires positifs étaient plus sérieux et substantiels.

Cela a été une nouvelle sorte d’expérience négative pour moi. Bien que j’aie publié de nombreux livres au cours de cette ère numérique je n’en n’avais jamais auparavant vu aucun attaqué de la sorte en ligne, dans le but évident de décourager les acheteurs potentiels et de me dénigrer en tant qu‘auteur. En fait, cette campagne constitue une version innovante d’autodafé numérique, et bien que ce ne soit pas visuellement aussi spectaculaire qu’un brasier ses intentions vindicatives sont les mêmes.

Ces deux expériences, les annulations londoniennes et le harcèlement sur Amazon, m’ont amené à réfléchir plus largement à ce qui se passait. Plus importants, et de loin, que mes mésaventures, ce sont des efforts résolus et bien financés pour punir l’ONU, coupable d’efforts pour attirer l’attention sur les violations des droits de l’homme et du droit international par Israël, pour criminaliser la participation à la campagne BDS, et redéfinir et élargir l’antisémitisme, si bien que son désaveu et sa prévention soient étendus à l’antisionisme et même à la critique analytique et universitaire des politiques et pratiques d’Israël, et c’est ce qui fait que je me trouve inclus dans cette sphère d’opprobre en expansion.

Israël sévit contre des ONG humanitaires à l’intérieur de ses propres frontières, refusant l’entrée du pays aux partisans du BDS, et même allant jusqu’à interdire à des touristes étrangers de se rendre en Cisjordanie et à Gaza. Manifestant une unité remarquable les 100 sénateurs états-uniens sans exception ont récemment surmonté l’atmosphère polarisée de Washington en se joignant à l’envoi d’une lettre arrogante au nouveau secrétaire général de l’ONU, António Guterres, exigeant une approche plus amicale, plus « azurante » de l’ONU à l’égard d’Israël, promettant des mesures de rétorsion financières si leurs vues scandaleuses restaient ignorées.

Les plus ardents et plus puissants soutiens d’Israël transforment le débat sur la politique à l’égard d’Israël/Palestine en une guerre d’agression culturelle. Ce nouveau type de guerre a été lancé avec les encouragements et le soutien du gouvernement israélien, et a reçu le soutien idéologique de groupes de pression extrémistes, tels que UN Watch, GO Monitor, AIPAC, et une foule d’autres. Cette guerre culturelle est mise en œuvre au niveau de la rue par des militants incendiaires qui ont recours à des formes de violence symboliques.

Il ne faudrait pas sous-estimer les effets néfastes de cette entreprise sur la liberté d’expression universitaire et la liberté de pensée dans une société démocratique. Des précédents très négatifs se forment dans plusieurs pays occidentaux. Des gouvernements importants collaborent avec des extrémistes pour clore tout débat constructif sur une question politique délicate qui affecte la vie et le bien-être d’un peuple depuis longtemps opprimé.

Il y a deux autres aspects à ces évolutions qui méritent réflexion :

(1) depuis ces dernières années Israël perd la Guerre de Légitimité menée par les Palestiniens, que les think tanks israéliens appellent « le projet de délégitimation, » et ce dénigrement de l’ONU et les diffamations personnelles sont des tentatives désespérées d’un adversaire vaincu sur le plan de la dimension morale et juridique de la bataille pour les droits des Palestiniens. Dans les faits, le gouvernement israélien et ses groupes de soutien ont abandonné tout effort pour répondre sur le fond, et concentrent leurs dernières munitions sur les messagers porteurs de témoignages, et font ce qu’ils peuvent pour saper l’autorité et les capacités de l’ONU afin de discréditer toute initiative concrète

(2) tandis que ce spectacle lamentable pompe l’oxygène des réactions d’une juste indignation, l’attention est détournée du calvaire prolongé, imposé depuis longtemps au peuple Palestinien du fait des politiques et pratiques illégales d’Israël, ainsi que de ses crimes contre l’humanité, sous la forme de l’apartheid, la punition collective, le nettoyage ethnique, et de nombreuses autres. Le véritable scandale institutionnel n’est pas que l’ONU fasse une fixation sur Israël mais plutôt qu’elle soit empêchée de prendre des mesures susceptibles d’exercer des pressions suffisantes sur Israël pour entraîner le démantèlement des structures d’apartheid sur lesquelles il s’appuie pour soumettre, déplacer, et déposséder le peuple palestinien depuis plus de 70 ans, et ceci sans fin en vue.

* Richard Falk est professeur émérite, détenteur de la chaire Albert G Milbank de droit international à l’université de Princeton et chercheur à Orfalea Center of Global Studies. Il a aussi été
rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme palestiniens.
Pour consulter son blog.

7 mai 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




Photo : Jaclynn Ashly/Al Jazeera

Nakba: « Le chagrin et la douleur consument toujours les cœurs des Palestiniens »

Jaclynn Ashly & Soud HefawiUn aïeul palestinien raconte comment la création d’Israël a détruit sa vie en même temps que son village, il y a près de 70 ans.

Bethléhem, occupée, Cisjordanie – Abd al-Qader al-Lahham se souvient du délicieux goût des fruits, des collines couvertes d’oliviers, des bouillonnantes sources d’eau fraîche, et des moutons, des vaches et des chameaux qui paissaient jusqu’au coucher de soleil, sur sa terre, dans le village palestinien maintenant détruit de Beit Itab à Jérusalem.

Lahham a maintenant 97 ans et il est le plus ancien résident du camp de réfugiés de Dheisheh. Sa vie, dans le labyrinthe de béton du plus grand camp de réfugiés palestinien de Bethléem, est tout le contraire de la vie pastorale dont il jouissait autrefois, avant l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. Les Palestiniens ont donné le nom de Nakba ou catastrophe, à ces douloureux événements.

« C’est dans mon village que j’ai été le plus heureux », dit Lahham à Al Jazeera. « La nuit, je rêve de ce temps-là ».

Lahham possédait environ 100 Dunams (25 acres) de terre à Beit Itab. À ce jour, il détient toujours un titre officiel de propriété.

« Nous mangions ce que nous cultivions. Notre terre nous fournissait tout ce dont nous avions besoin. La vie était belle en ce temps-là », raconte-t-il.

Aujourd’hui, ses journées se passent en allers et retours à la mosquée du camp où il va cinq fois par jour, en marchant lentement dans les rues étroites aux maisons couvertes des noms et des portraits peints des Palestiniens tués par les forces israéliennes.

En 1948, Lahham, alors âgé de 28 ans, gardait ses moutons dans un village voisin lorsque le bruit des bombes a interrompu sa soirée tranquille. En traversant le village, il a vu les habitants s’enfuir de chez eux, chassés par les milices sionistes qui envahissaient la région. Dans son village, il ne restait plus personne, sa famille et les autres villageois avaient déjà dû s’enfuir, alors Lahham a continué sa route avec ses moutons jusqu’au village d’Al-Khader, dans la région de Bethléem.

Il a fallu trois jours à Lahham pour retrouver sa famille cachée dans une mosquée du village d’Artas. La famille a loué une maison à Artas pendant un certain temps, puis, un jour, Lahham a pris sa hache et ses outils et il est parti à Bethléem. Il a construit deux maisons sur une colline qui allait devenir le camp de réfugiés de Dheisheh.

« Notre vie a été amère », confie Lahham, en montrant les ruines des deux maisons qu’il avait construites des dizaines d’années auparavant. « On n’avait rien à manger, pas le plus petit morceau de pain. Il faisait si froid à Bethléem que beaucoup de gens sont partis dans un camp de réfugiés de Jéricho [Aqabat Jaber], où quatre à cinq familles vivaient déjà dans une tente. Les gens vivaient dans la misère aussi là-bas. »

Photo : Soud Hefawi/Al Jazeera

Lahham visite les ruines des maisons qu’il a construites avant que le camp de réfugiés de Dheisheh ne soit créé – Photo : Soud Hefawi/Al Jazeera

Après la guerre de 1948, les Nations Unies ont commencé à installer les Palestiniens déplacés dans la partie ouest de la colline. Un représentant de l’ONU a donné une tente et 7 dollars à Lahham et sa famille et leur a promis une chambre dans le nouveau camp de réfugiés, mais Lahham a refusé.

Mais, à force d’élargir le camp, l’ONU est bientôt arrivée à l’endroit où habitait Lahham. Au cours de cette période, certaines familles palestiniennes en étaient réduites à découper les auvents, ou d’autres parties colorées non indispensables des tentes, pour faire des robes à leurs filles et leurs femmes; d’autres ramassaient des herbes autour du camp pour les vendre.

L’ONU a finalement fourni à Lahham et à sa famille une chambre dans le camp et a continué à construire à l’est de la colline. Au moins 3000 réfugiés palestiniens se sont installés dans le camp après sa construction. Le camp abrite aujourd’hui environ 15000 habitants, selon l’ONU.

Photo : Jaclynn Ashly/Al Jazeera

Lahham est le dernier membre de la famille à avoir vécu dans leur village, Beit Itab – Photo : Jaclynn Ashly/Al Jazeera

Les quelques 750 000 Palestiniens qui ont été chassés de leurs terres en 1948 croyaient qu’ils pourraient bientôt retourner chez eux et que leur installation dans les camps de réfugiés était seulement provisoire.

« Quand on a subi une pareille épreuve, on espère pouvoir un jour tout oublier. Mais je ne pourrai jamais oublier ce qui s’est passé. Le chagrin et la douleur me mangent toujours le cœur », avoue Lahham.

Le petit-fils de Lahham, Hisham, aujourd’hui âgé de 27 ans, avait 18 ans lorsqu’il est allé à Beit Itab pour la première fois.

« J’avais l’impression que mon village était très très loin du camp où nous vivons maintenant. Je croyais que ce serait comme d’aller en Europe », a déclaré Hisham à Al Jazeera. Mais en réalité, Beit Itab n’est qu’à une heure de route de la ville de Bethléem.

Hisham explique alors que son grand-père n’avait jamais cessé de lui répéter que le camp de réfugiés de Dheisheh n’était pas, et ne serait jamais, sa vraie maison, que la maison de la famille se trouvait loin des bâtiments où s’entasse la population du camp, loin des soldats israéliens et de la violence qui caractérise les 50 ans d’occupation de la Cisjordanie.

Leur maison était un endroit où les légumes poussaient sans avoir besoin d’être arrosés, où l’air frais et léger nourrissait l’esprit et où les moutons pouvaient paître librement.

« Quand j’ai vu mon village, je me suis Immédiatement senti chez moi. Je n’avais jamais ressenti cela dans le camp », a dit Hisham.

Hisham a ajouté qu’il avait trouvé Beit Itab, en parti détruit par les Israéliens, exactement comme son grand-père le lui avait décrit, avec ses maison de pierre en ruines et les figuiers et les orangers plantés par son grand-père et son oncle. Grâce aux souvenirs de son grand-père, il a même été capable de localiser les restes de l’ancienne maison familiale.

« Quand je me suis perdu dans le village, j’ai appelé mon grand-père. Il m’a tout décrit comme s’il ne l’avait jamais quitté. »

Mais Saleh Abd al-Jawad, professeur d’histoire et de science politique à l’Université de Birzeit, a dit à Al Jazeera que le sort de Beit Itab était assez exceptionnel.

« Si certains villages n’ont été que partiellement détruits, la plupart des 418 à 530 villages ont été complètement rasés par les Israéliens qui ont planté de la forêt à leur place » a expliqué Jawad. « Même les anciens qui y ont vécu seraient incapables de dire à quoi leurs villages ressemblent maintenant. »

Hisham n’a pas de souvenirs personnels du village où vivait son grand-père à opposer à la vie que sa famille mène aujourd’hui, « mais », dit-il, « je crois que si nous étions de retour dans notre village, nous serions plus heureux … Tout est laid dans le camp et tout était beau dans notre village. »

Selon Jawad, ces récits qui font partie de de la tradition orale palestinienne apportent un certain réconfort aux réfugiés dont la vie dans les camps est très dure.

« Grâce à leurs grands-parents, les jeunes générations de Palestiniens comprennent qu’ils ont eu une vie très différente avant d’être chassés de leurs terres » dit-il. « Ils comparent ce passé heureux avec leur misère actuelle dans les camps ».

Le grand-père d’Hisham est le dernier membre de la famille à avoir des souvenirs personnels de leur village, mais Hisham est bien déterminé à transmettre ce qu’il sait aux générations futures.

« Avec mon grand-père, nous perdrons une partie importante de notre histoire », a confié Hisham. « Je ne pourrais pas raconter comme lui les histoires qu’il racontait. Mais de même que nous nous transmettons l’histoire de la Palestine de génération en génération, de même je transmettrai ce qu’il m’a dit de l’histoire de notre famille à mes enfants. »

15 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : MaanImages

Muataz Hussein Hilal Bani Shamsa, 23 ans, assassiné par un colon israélien

Ma’an NewsUn colon israélien tue un jeune Palestinien après avoir ouvert le feu sur une manifestation de de solidarité avec les grévistes de la faim à Naplouse.

Un Palestinien a été tué et un autre a été blessé après qu’un colons israélien soit sorti de sa voiture et ait ouvert le feu sur un groupe de manifestants palestiniens près du village de Huwwara dans le district du nord de la Cisjordanie occupée, à Naplouse, ce jeudi après-midi.

Le ministère palestinien de la Santé a confirmé que Muataz Hussein Hilal Bani Shamsa, âgé de 23 ans et originaire du village de Beita près de Naplouse, a succombé à ses blessures peu de temps après avoir été touché par balles lors des affrontements qui ont éclaté après une marche de soutien aux prisonniers palestiniens grévistes de la faim.

La manifestation se déroulait dans la rue principale près de Huwaara, partagée par les habitants palestiniens et les colons israéliens illégaux, lesquels résident en Cisjordanie en violation du droit international.

Des témoins ont déclaré à Ma’an qu’un colon israélien a ouvert le feu sur la foule des manifestants palestiniens, touchant Shamsa à la tête et le tuant.

Le journaliste palestinien Majdi Eshtayya, qui selon le quotidien israélien Haaretz est un photographe de l’Associated Press, a également été blessé par les balles tirées par le colon et a été transféré à l’hôpital Rafidiya où les médecins ont décrit ses blessures comme modérées.

Le responsable des services d’urgence du Croissant-Rouge palestinien, Ahmad Jibreel, a confirmé à Ma’an qu’un colon israélien est sorti de son véhicule et a ouvert le feu sur les Palestiniens « de façon indiscriminée », notant que le colon avait ouvert le feu en direct sur les manifestants, en même temps que des affrontements avaient lieu avec les forces israéliennes d’occupation qui tiraient des grenades lacrymogènes vers les manifestants.

Jibreel a ajouté que le colon avait percuté une ambulance du Croissant-Rouge avec sa voiture après les tirs, alors que l’ambulance se rendait vers l’endroit où Shamsa avait été abattu. Le colon a renversé trois Palestiniens avec son véhicule, a déclaré Jibreel, ajoutant que les trois Palestiniens avaient subi des blessures mineures.

Shamsa est le 23ème Palestinien à être assassiné par les forces d’occupation et les colons israéliens depuis le début de 2017. Sept Israéliens ont été tués par des Palestiniens durant la même période.

Mercredi, un colon israélien a ouvert le feu sur groupe de militants palestiniens à Ramallah qui avaient fermé une section d’une autoroute pour exprimer leur soutien à la grève de la faim de masse en cours, qui est entrée à son 32ème jour jeudi.

Ibrahim Rasem Hamed, âgé de 19 ans, a été blessé par les tirs et a subi des blessures modérées, selon Haaretz.

Après les tirs mortels de ce jeudi à Huwwara, le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov a publié une déclaration, disant qu’il condamnait l’attaque et que « cet incident déplorable devait faire l’objet d’une enquête rapide et approfondie et que tous les suspects impliqués devaient être poursuivis. »

Malgré l’appel de Mladenov à une enquête rapide sur ces tirs, des militants palestiniens et des groupes de défense des droits de l’homme accusent depuis longtemps Israël de favoriser une « culture d’impunité » pour les colons israéliens et les soldats qui commettent des actes de violence contre des Palestiniens.

En mars, l’ONG israélienne Yesh Din a révélé que les autorités israéliennes ont présenté des actes d’accusation dans seulement 8,2% des cas où des colons israéliens ont commis des crimes contre de Palestiniens en Cisjordanie occupée au cours des trois dernières années.

Entre 500 000 et 600 000 Israéliens vivent dans des colonies juives en Jérusalem-Est occupée et en Cisjordanie, en violation du droit international, des annonces d’expansion des colonies plus tôt cette année suscitant la condamnation de la communauté internationale.

Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 107 cas d’attaques par des colons ont été signalés en 2016 contre des Palestiniens et leurs propriétés en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

18 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : Ahmad Al-Bazz/ActiveStills

Israël déporte tous les grévistes de la faim dans 3 prisons

Ma’an News – Le responsable du Comité palestinien des affaires de prisonniers, Issa Qaraqe, a publié un communiqué mercredi soir en déclarant que tous les prisonniers palestiniens grévistes de la faim – estimés à environ 1300 – ont été déportés dans trois prisons israéliennes « en raison de leur proximité avec des hôpitaux israéliens ».

Qaraqe a déclaré que tous les prisonniers participant à la massive grève de la faim de la « Liberté et la Dignité », qui est entré dans son 31ème jour mercredi, ont été transférés depuis plusieurs dizaines de prisons israéliennes et sont concentrés dans la prison de Beersheba, dans la prison de Shatta et dans celle de Ramla, respectivement au sud, nord et centre d’Israël [au sud d’Israël [Palestine de 1948]] – qui ont tous des hôpitaux de fortune installés dans les locaux des prisons et mis en place au début de la grève.

« Cette étape révèle la gravité de l’état de de santé des grévistes de la faim », a déclaré Qaraqe.

Un porte-parole du Service pénitentiaire israélien (IPS) a cependant déclaré à Ma’an que seuls les prisonniers en grève de la faim dans les prisons de Ketziot et Nafha dans le désert du Néguev avaient été transférés dans la prison de Beersheba « afin d’être plus proches du centre d’Israël, dans le cas où ils doivent être traités dans un hôpital. »

Lorsqu’on leur a demandé si les prisonniers étaient traités dans des hôpitaux civils, le porte-parole a déclaré que les prisonniers étaient actuellement traités dans les hôpitaux de fortune à l’intérieur des prisons, mais qu’ils seraient transférés dans un hôpital civil si nécessaire et sur recommandation des médecins.

Depuis le début de la grève de la faim, les autorités israéliennes d’occupation ont mis en place des hôpitaux de fortune pour les prisonniers palestiniens, a confirmé le ministre israélien de la Sécurité publique.

Cette initiative a soulevé l’inquiétude que les grévistes de la faim, qui subissent ces derniers jours de graves détériorations de leur état de santé, seront soumis en masse à l’alimentation forcée – en violation des normes internationales de l’éthique médicale et du droit international qui considèrent cette pratique comme inhumaine et même une forme de torture.

Une déclaration publiée mardi par le Comité des médias créé pour appuyer la grève, a averti que les détenus en grève sont « entrés dans un état de santé critique », marqués par des vomissements chroniques, une altération de la vision, des évanouissements et une perte de poids moyenne de 20 kilos.

Les prisonniers en grève de la faim se voient également interdire de recevoir des visites familiales et sont soumis à des transferts continuels et arbitraires entre les prisons dans le but de briser leur mouvement de protestation.

Lundi, l’IPS a déplacé 36 prisonniers en grève de la faim dans la prison d’Ofer vers un soi-disant hôpital de campagne dans la prison d’Hadarim, selon le Comité des médias.

Le comité a réitéré ses inquiétudes lundi sur les cliniques sur le terrain en disant que « dans ces cliniques, le rôle des médecins s’apparente au rôle des geôliers qui offrent toutes sortes d’aliments aux détenus malades et négocient un traitement médical en échange de la fin de leur mouvement », a déclaré le Comité, dénonçant ces hôpitaux de terrain comme inaptes et mal équipés pour fournir des soins médicaux, et être simplement des moyens supplémentaires pour inciter les détenus à cesser leur grève.

Les participants à la grève ont refusé de prendre toute nourriture ainsi que des vitamines depuis le début de la grève le 17 avril, ne consommant qu’un mélange de sel et d’eau comme moyen de subsistance.

Les prisonniers frappant la faim appellent à la fin du refus de visites familiales, du droit de poursuivre des études supérieures, des soins et traitements médicaux appropriés, et la fin de l’isolement cellulaire et de la détention administrative – emprisonnement sans inculpation ni procès – parmi d’autres demandes Pour les droits fondamentaux.

17 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Le retour des réfugiés en Palestine est réalisable et juste

Asa WinstanleyLundi (15/05) est le jour où les Palestiniens commémorent le 69ième anniversaire de la Nakba, le nettoyage ethnique des Palestiniens par les milices sionistes avant, pendant et après la fondation d’Israël en 1948.

Cette nouvelle infographie de Visualizing Palestine montre de manière frappante combien de villages palestiniens furent violemment vidés par les précurseurs de l’armée israélienne en 1948.

Entre 1947 et 1949, plus de 750 000 Palestiniens furent expulsés de force par les milices sionistes créant ainsi l’état d’Israël majoritairement juif et effaçant littéralement la Palestine de la carte.

En violation de toutes de toutes les normes du droit international et des résolutions de l’ONU, depuis des décennies Israël empêchent activement ces réfugiés et leurs descendants de retourner chez eux.

D’après l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine, ces derniers sont maintenant au nombre de cinq millions et vivent dans des camps de réfugiés dans la Palestine historique et dans les pays environnants. Il existe partout dans le monde des communautés de la diaspora palestinienne.

Racisme israélien

Les lois israéliennes, dont un récent rapport historique de l’ONU constatent qu’elles correspondent à la définition internationale de l’apartheid, bloquent le retour des réfugiés palestiniens pour une seule raison : ils ne sont pas juifs.

L’importance de cette nouvelle infographie réside dans le fait qu’elle illustre que le retour serait parfaitement possible dans la pratique.

De nombreuses maisons palestiniennes vidées par les milices sionistes – surtout dans les villes – furent volées et données aux nouveaux venus juifs.

La résidence à Jérusalem du chef du bureau du New York Times, par exemple, se trouve sur la propriété où a grandi la célèbre auteure palestinienne Ghada Karmi. Son roman autobiographique acclamé, « A la recherche de Fatima », relate comment alors enfant elle a dû fuir avec sa famille dans l’ombre des massacres perpétrés par les milices sionistes.

Cependant, comme le montre le graphique ci-dessous, la très grande majorité des 536 villes et villages que les Palestiniens ont fui, ou d’où ils ont été expulsés sont toujours vides à ce jour.

Villes/villages dépeuplés selon l’organisation des districts du Mandat britannique. La taille de chacun est relative à la population de 1948. « Jamais reconstruit » fait référence à la zone bâtie originelle du village. L’emplacement précis de certaines communautés du district de Beersheba n’est pas connu, mais il est présumé non-bâti étant donné que la région est faiblement peuplée.


LE RETOUR EST POSSIBLE – Status des 536 villages palestiniens dépeuplés par Israël

La carte s’appuie sur le travail du géographe palestinien chevronné Salman Abu Sitta, dont les recherches sur des décennies démontrent que le retour des Palestiniens est faisable, ainsi que juste.

M. Abu Sitta contribue occasionnellement à The Electronic Intifada.

Comme nous approchons du 70ième anniversaire de la Nakba l’an prochain, souvenez-vous que rien n’empêche les réfugiés palestiniens de revenir de leur exil forcé si ce n’est le racisme israélien.

En 1948, l’Assemblée Générale de L’ONU a déclaré que les « réfugiés » palestiniens « désirant rentrer chez eux et vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire le plus tôt possible ». Aujourd’hui, Israël refuse systématiquement aux Palestiniens d’exercer leur droit au retour, pourtant les sites où se trouvait leur maison sont en grande partie vides. Rien n’a été reconstruit sur 77% des anciennes villes et anciens villages palestiniens en Israël.

Asa Winstanley * Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press. Voir son site web.

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15 mai 2017 – The Electronic Intifada – Traduction: Chronique de Palestine – MJB