Ramzy Baroud

Une approche arabe commune pour combattre la violence

Ramzy BaroudLa seule façon de lutter contre le « terrorisme » dans la région est de construire une vision commune qui transcende le tribalisme et le sectarisme.

À peine six semaines après les attaques mortelles du 11 septembre 2001, le Congrès des États-Unis a adopté une loi épouvantable, le Patriot Act des États-Unis, qui a confié au gouvernement américain sous la conduite du président George W. Bush, un large mandat pour réduire les libertés civiles et conduire des programmes de surveillance à l’encontre du public américain.

Cela a été fait au nom de la « guerre contre le terrorisme » menée par l’Amérique. Toujours ébranlé par les contrecoups d’une attaque qui a coûté la vie à des milliers d’entre eux, les Américains, volontairement ou involontairement, ont consenti à ces mesures draconiennes.

Mais les choses ne s’en sont pas arrêtées là. Cette loi a été ensuite mise à jour, devenant ce qui a été appelé le Patriot Act II, décrit par l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) comme «une autre initiative glaçante des autorités avec une diminution accrue des contrôles et des équilibres constitutionnels sur l’application de la loi».

Avec le temps et une incessante propagande médiatique, les lois américaines qui prétendaient lutter contre le terrorisme ont été acceptées par les citoyens américains comme un mal nécessaire, où la liberté personnelle doit être sacrifiée sur l’autel de la sécurité nationale.

Non seulement les attentats du 11 septembre n’ont suscité aucun débat national sur la politique étrangère des Etats-Unis, mais la «guerre contre le terrorisme» à l’échelle mondiale a relancé les aventures militaires américaines et, sans surprise, la réaction violente qui va de pair avec ces interventions.

Pour que le «terrorisme» soit utile en tant qu’opportunité politique, il a été transformé d’un phénomène rationnel qui mérite d’être étudié et confronté d’une manière saine et judicieuse, en un épouvantail à brandir chaque fois qu’il est nécessaire de justifier des politiques inavouées et de promouvoir des programmes de guerre.

La manipulation autour du terme de «terrorisme» a rapidement dépassé les limites des discours politiques et médiatiques américains pour s’imposer malheureusement dans d’autres contextes politiques, en Europe, au Moyen-Orient et ailleurs.

En réalité, le terrorisme n’est plus défini comme «l’utilisation de la violence ou de la menace de violence, en particulier contre les civils dans la poursuite d’objectifs politiques, religieux ou idéologiques». Il s’est transformé en tout autre chose.

C’est ce que souhaitaient les États-Unis, Israël, la France, la Grande-Bretagne, l’Égypte et d’autres gouvernements arabes autoritaires afin de justifier leurs guerres et l’oppression à grande échelle de leurs nations. Ils pratiquent souvent directement ou indirectement le terrorisme par le biais du financement ou de la tolérance d’une violence qui sert leurs objectifs.

Le discours sur le terrorisme a été réduit à un tel point qu’il y a peu ou pas d’espace dans les médias dominants pour toute autre opinion de la façon de le combattre. Ceux qui contestent la définition dominante sont exclus en tant que «sympathisants terroristes et anti-américains».

C’est l’attitude qui prévaut, bien qu’il soit aujourd’hui évident que les guerres, les interventions étrangères et l’occupation militaire ont servi d’instigations majeures à la violence.

Le travail de recherche mené à l’Université de Chicago par Robert Pape, fondateur du «Projet de Chicago sur la sécurité et le terrorisme», a examiné tous les attentats-suicides de 1980 à 2003. Sa conclusion était des plus révélatrices : la religion a peu à voir avec cette violence.

Qu’en est-il, au juste ?

Selon Pape:

« Ce que 95% de toutes les attaques suicidaires ont en commun, depuis 1980, n’est pas une religion, mais une motivation stratégique spécifique pour répondre à une intervention militaire, souvent plus précisément une occupation militaire d’un territoire que les terroristes considèrent comme leur patrie ou auquel ils attachent une grande valeur. Du Liban et de la Cisjordanie dans les années 80 et 90, en Irak et en Afghanistan, et à travers les attentats suicides de Paris que nous venons de voir ces derniers jours, l’intervention militaire – et spécifiquement lorsque cette intervention militaire occupe un territoire – est ce qui suscite l’attaque-suicide plus que toute autre chose ».

De telles conclusions – basées sur l’examen de 4600 attaques-suicides – n’ont eu aucune influence sur la politique étrangère des États-Unis.

Dans un récent article publié sur Al-Jazeera, Andrew Mitrovica « nous a rappelé les mots de Jeremy Corbyn, premier dirigeant du Parti travailliste britannique. Corbyn était l’un de ceux qui ont, avec courage, défié l’horrible rôle joué par son pays dans la guerre en Irak à partir de mars 2003.

En effet, un mois avant cette guerre, en février 2003, Corbyn avait déclaré qu’une guerre contre l’Irak « déclencherait une spirale de conflit, de haine, de misère, de désespoir qui alimentera les guerres, les conflits, le terrorisme, la dépression, et la misère des générations futures ».

« La façon de nous libérer du fléau de la guerre est de nous libérer du fléau de l’injustice, de la pauvreté et de la misère », avait déclaré à Corbyn, alors député travailliste, devant une foule d’un million de personnes réunies à Hyde Park à Londres pour protester contre la guerre imminente.

Dans une sinistre alliance avec George W. Bush, Tony Blair, Premier ministre britannique à l’époque, n’en a pas tenu compte, et pas plus que d’autres appels. Une alliance principalement américaine et britannique a largement détruit l’Irak dans une guerre génocidaire qui a entraîné la mort de millions de personnes et la déstabilisation de toute la région du Moyen-Orient jusqu’à ce jour.


Enemy of Enemies: The Rise of ISIL (Part 1)

Voguant sur la vague de peur et d’insécurité qui a frappé récemment la Grande-Bretagne après les attaques mortelles à Manchester et à Westminster, le Premier ministre Theresa May a promis de « déchirer » les lois sur les Droits de l’homme pour faciliter la lutte du gouvernement contre le terrorisme.

Quiconque n’est pas d’accord est automatiquement traité «d’amoureux du terrorisme» ou quelque chose d’approchant, ce dont Corbyn a récemment été accusé.

Hélas, pour l’instant, le terrorisme doit rester précisément ce dont les pouvoirs dominants ont besoin pour atteindre leurs objectifs militaires, politiques et stratégiques, chez eux et à l’étranger.

Comme s’il était gouverné par des intérêts économiques, le terrorisme est devenu un épouvantail commode, utilisé sans aucune gêne dans les litiges politiques et régionaux, pour exclure un dirigeant, isoler un pays ou déclencher une guerre. Dans tous les cas, aucune preuve n’est requise, aucune preuve n’est nécessaire.

Israël a déjà perfectionné l’exploitation du terme pour faire oublier son occupation militaire illégale et ses terribles violences contre les Palestiniens. À l’instar des États-Unis, il lance l’accusation contre quiconque ou toute entité qui conteste le comportement d’Israël ou les violations du droit international.

A présent, les pays arabes utilisent le terme ad nauseam. Beaucoup de ceux qui ont utilisé la terreur contre leur propre peuple, ou financé le terrorisme ailleurs, n’hésitent pas à accuser d’autres personnes de terrorisme.

De façon tout à fait attendue, l’invasion de l’Irak, qui a été vendue comme un moyen de lutter contre le terrorisme, a entraîné toute une série de phénomènes violents dont la présence destructrice se fait sentir en grande partie en Syrie mais aussi dans d’autres pays de la région et du monde.

Beaucoup veulent isoler ces événements violents afin de dissimuler les liens évidents entre la violence d’aujourd’hui et les guerres illégales d’hier.

Ne pas voir de tels liens, cependant, n’est pas seulement intellectuellement condamnable mais c’est aussi dangereux. Comment résoudre un problème sans en traiter les racines ?

Le Washington Post, parmi d’autres sources d’information dominantes, a parlé de la nécessité d’examiner les racines de l’État islamique, mais pas nécessairement comme un moyen d’accepter une quelconque responsabilité morale.

« Le profil connu des djihadistes étrangers obscurcit souvent les racines de l’État islamique dans l’histoire sanglante de l’Irak, ses excès brutaux étant autant un symptôme qu’une cause des malheurs du pays », a écrit Liz Sly en 2015.

D’autres écrivains ont partagé ce point de vue, mais une grande partie du discours visait simplement à relier la brutalité de l’État islamique et le régime Baath sous Saddam Hussein.

Depuis lors, cette discussion a peu servi à résoudre les problèmes actuels en les plaçant dans un contexte historique récent.

Mais les Arabes ne peuvent attendre un éveil moral de l’Occident. À en juger par une longue histoire constellée de colonialisme, d’exploitation et d’absence de remords, cette attente risquerait d’être bien longue.

Alors que les États-Unis et leurs alliés occidentaux doivent avoir le courage d’affronter leur propre responsabilité dans la région, le monde arabe doit construire une vision partagée qui dépasse le déplorable tribalisme sectaire, facile à manipuler et à tromper.

Cette vision partagée ne manque pas en raison d’une pénurie d’intellectuels, mais parce que ces intellectuels ont été cooptés ou marginalisés.

La région qui a donné naissance à des personnalités comme Michel Aflaq, George Habash, Rached al-Ghannouchi, Edward Said et beaucoup d’autres, a systématiquement muselé ses intellectuels.

Les visionnaires arabes ont été cooptés par les fonds exubérants alloués à la propagande sectaire, ou ont été réduits au silence par la peur de représailles, ou sont simplement incapables d’articuler une vision collective qui transcende leurs sectes, leurs religions ou toute autre allégeance politique.

Ce vide créé par l’absence d’intellectuels arabes a été rempli par des voix extrémistes qui défendent sans relâche un avenir génocidaire pour tous.

Il y a eu des moments où les intellectuels arabes se sont battus pour articuler un discours unifié – une combinaison d’idéologies nationalistes, socialistes et islamiques qui ont eu un impact formidable sur l’individu et le collectif arabes.

Mais aujourd’hui, il existe un vide intellectuel grandissant qui a permis à des organisations comme l’État islamique, al-Qaïda et d’autres de remplir le vide avec leurs objectifs.

Certes, leurs projets sont sombres et horribles, mais ce sont des résultats rationnels à un moment où les sociétés arabes vivent dans le désespoir, quand les interventions étrangères sont en cours, et quand aucun mouvement intellectuel local n’existe qui puisse offrir aux nations arabes une vision vers un avenir sans tyrannie et sans occupation étrangère.

Même lorsque l’État islamique sera vaincu sur le terrain, son idéologie ne disparaîtra pas. Elle va se métamorphoser car l’État islamique est lui-même le résultat d’une mutation de diverses autres idéologies extrémistes.

Pourtant, seuls les Arabes sont capables de vaincre l’État islamique et ses semblables, par la formulation d’une vraie vision qui repose sur l’unité et qui soit inspirée par leur quête de la liberté.

L’alternative serait que l’intervention étrangère et l’extrémisme, se nourrissant l’un l’autre, ne s’étendent, ne se transforment et ne détruisent les chances d’une paix et d’une stabilité mondiales possibles.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

22 juin 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Haidi Motola ActiveStills

Pourquoi les Israéliens doivent perturber l’occupation

Miko PeledL’un des aspects les plus inquiétants de la réalité en Palestine c’est sa normalité.

Il est devenu normal de voir des Palestiniens se faire assassiner, même des enfants. Les visages de jeunes Palestiniens apparaissent quotidiennement sur les réseaux sociaux, ceux de garçons et filles, sur lesquelles des soldats ont tiré, faussement accusés d’avoir tenté de poignarder un soldat.

Il est devenu normal de voir des soldats israéliens lancer de l’eau puante et des gaz lacrymogènes, des tireurs d’élite tirer à balles réelles sur des manifestants non armés qui réclament la terre qui fut la leur et la liberté qu’ils n’ont jamais eue.

Et il est devenu normal pour nous de prendre part au débat stérile et sans fin sur la question de savoir si c’est de la violence quand des Palestiniens lancent des pierres sur les soldats israéliens armés qui envahissent leur maison, ou si le sionisme – qui a produit cette violence – est une idéologie raciste. Et pendant tout ce temps la souffrance et l’oppression de millions de Palestiniens se poursuivent quasiment sans répit.

Ce n’est un secret pour personne que les Israéliens et les Palestiniens vivent deux réalités différentes.

Même lorsque nous, Israéliens privilégiés, allons au village de Nabi Saleh le vendredi pour participer à la manifestation hebdomadaire, à la fin de la journée nous sommes libres de quitter le village, de quitter l’occupation et de retourner dans notre sphère propre, sécurisée et bien pavée. Contrairement aux Palestiniens que nous laissons derrière nous notre maison ne sera pas prise d’assaut, nos routes ne seront pas barrées et nos enfants ne devront pas se cacher pendant des jours voire des semaines de peur de se prendre une balle, d’être arrêtés et torturés.

Nous rentrons chez nous en sueur et fatigués, couverts de gaz lacrymogène et d’eau puante, et nous avons le sentiment d’avoir fait notre part. Mais qu’avons-nous fait ? Quel est le rôle des militants israéliens privilégiés dans la résistance et pourquoi accomplissons-nous si peu de choses ?

Premièrement il nous faut reconnaître qu’il est question de résistance et nous demander si nous sommes prêts à y prendre part.

Un vendredi ordinaire il peut y avoir environ une dizaine de manifestants israéliens, que ce soit à Nabi Saleh ou Bilin, actuellement les deux principaux lieux de manifestation du vendredi en Cisjordanie occupée. Certains Israéliens marchent à l’arrière d’autres devant.

Rien de plus que des ombres ?

Certains aiment dire qu’ils ne font que collecter des infos/preuves. La plupart, tels des ombres, ne semblent pas savoir où est leur place et ne veulent pas intervenir. Peu affrontent les forces israéliennes. Donc la question qui se pose est celle-ci, qu’accomplissons-nous?

Si nous n’utilisons pas notre privilège pour pousser le bouchon et affronter les autorités israéliennes, alors nous ne sommes rien de plus que des ombres.

La dernière fois que je me suis rendu à Nabi Saleh c’était le 26 mai, exactement deux semaines après que Saba Abu Ubaid, 23 ans, y a été tué par les forces israéliennes au cours d’une manifestation.

La manifestation du 26 a démarré, comme toujours, avec des gens qui descendent la colline venant de la mosquée après la prière de midi, portant des drapeaux et scandant des slogans. Il y avait environ 30 à 40 personnes (bien que dans les accusations qui allaient être portées contre moi , la police israélienne prétendit qu’il y avait 200 manifestants), principalement des Palestiniens et quelques habitués israéliens et des étrangers.

Quelques minutes plus tard, nous étions face aux forces israéliennes qui nous ont donné l’ordre de nous disperser.

Par où commencer pour décrire ces actes scandaleux ? Des soldats armés jusqu’aux dents en terre occupée disant aux gens dont ils ont envahi le village qu’ils doivent se disperser. Mais en Palestine, ceci est normal donc il y a peu d’indignation.

« Tirez leur dans les jambes »

Puis, les brutalités habituelles ont commencé, suivies de tirs de gaz lacrymogène, d’eau puante, et assez rapidement de balles réelles. Etant donné ce qui s’était passé, pas plus tard que deux semaines auparavant, la vue des tireurs d’élite se mettant en position et mettant en joue les gamins sur les collines suscita de graves inquiétudes. J’entendis quelqu’un que son badge identifiait comme Raja Keyes donner l’ordre aux tireurs d’élite de« tirez leur dans les jambes. »

Les habitants de Nabi Saleh se sont alors assis devant les tireurs d’élite pour leur bloquer la vue. Puis ce fut plus de gaz lacrymogènes, plus d’eau puante et plus de tireurs d’élite.

Keyes était à côté de moi quand il se dirigea vers un groupe de femmes et d’enfants qui regardaient les événements du bord de la route et, avec le sourire aux lèvres, leur lança une grenade lacrymogène. L’une des mères remonta un dénivelé en courant pour interférer avec les tireurs d’élite et fut bousculée par les soldats. Je me précipitai dans sa direction, contournai un jeune soldat qui essayait de m’arrêter et lorsque j’arrivai à sa hauteur ils sont venus m’attraper.

Quatre ou cinq agents, dont Keyes m’agrippaient fortement. Les agents appartenaient au Magav – bien que souvent décrit comme « police des frontières, » Magav est une unité de l’armée israélienne.

Dès lors, les agents avaient de bonnes raisons de ne pas apprécier ma présence et voulaient me faire dégager.

Les photos et vidéos de mon arrestation se sont retrouvées sur les réseaux sociaux, il suffit donc de dire qu’ils ne se sont pas montrés tendres et je ne me suis pas laisser faire. (On peut voir mon arrestation à environ 12 :10 de la vidéo des évènements de la journée ci-dessous, réalisée par le militant palestinien Bilal Tamimi.)

Après mon arrestation, Keyes s’est présenté à moi officiellement en tant que « commandant militaire » et m’a demandé ma pièce d’identité, que je n’avais pas sur moi.

Plus tard, lorsque j’ai été emmené dans le véhicule blindé, il était assis à l’avant et je lui ai dit qu’il usurpait le titre de «commandant» et qu’il ne dirigeait pas une « unité militaire » mais plutôt un gang de brutes armées.

Mais il ne s’agit pas de moi, ni de quelque militant individuel. Il s’agit du rôle que nous Israéliens pouvons jouer, qui est unique parce que la loi israélienne nous apporte une protection dont ne jouissent pas les Palestiniens et les militants internationaux.

Notre rôle n’est pas de jouer aux spectateurs objectifs ou de documenter les évènements, ni de faire du suivisme. Nous pouvons nous opposer aux commandants et aux soldats et perturber leur travail. De fait, l’un des commentaires que font les commandants en permanence c’est que nous « perturbons leur travail, et serons arrêtés en conséquence. »

Ma réponse est que c’est précisément l’objectif ! Pourquoi venir manifester si nous les laissons faire ? Quand nous nous faisons arrêter nous sommes toujours accusés d’entrave à agents en service, même lorsque ce n’est pas le cas, mais c’est exactement ce que nous devons faire.

Sur la voie rapide 443 – parfois connue sous de nom de « voie de l’apartheid » – il y a un panneau en hébreu qui dit : « Par ordre du Général en chef, il est interdit aux Israéliens de pénétrer dans les villages se trouvant le long de cette route. » Quand des militants se rendent dans ces villages, ils contreviennent à cet ordre. Néanmoins, la protection que notre identité israélienne nous apporte peut être utilisée pour perturber le cours normal de l’occupation partout.

Les Israéliens, même ceux qui sont dévoués, bien intentionnés, en font bien trop peu et nous n’utilisons que trop peu notre privilège pour dénoncer et combattre l’injustice infligée aux Palestiniens. La plupart des militants Israéliens ne veulent même pas appeler au refus de servir dans l’armée israélienne parce qu’ils considèrent que c’est trop radical.

Personne n’aime être arrêté , surtout lorsque cela veut dire passer une nuit ou deux en prison, partager une pièce enfumée sans ventilation avec pour seule compagnie celle de cafards et de criminels à deux balles qui détestent les militants encore plus qu’ils ne détestent les Arabes.

S’il nous appartient de contribuer à renverser l’injustice, et si nous voulons un jour voir la fin de l’oppression de plus de la moitié de ceux avec qui nous vivons, alors nous devons utiliser notre privilège et agir afin de mettre un terme à la normalité et à l’oppression.

Miko Peled est l’auteur de The General’s Son: Journey of an Israeli in Palestine. (Le fils du général : Voyage d’un Israélien en Palestine)

Articles du même auteur.

12 juin 2017 – The electronicintifada – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




Photo : Artists for Palestine

Comment la culture pourrait contribuer à mettre fin aux divisions palestiniennes

Asmaa al-GhoulÀ la lumière de la situation économique actuelle dans les territoires palestiniens, la culture et l’art sont devenus un luxe.

Alors que les conditions économiques qui affligent la bande de Gaza continuent de se détériorer, la culture est devenue le moindre des besoins quotidiens de la société. Des activités telles que regarder une pièce de théâtre ou écouter des poèmes ne figurent plus sur la liste des priorités des Gazaouis à un moment où le chômage augmente de jour en jour et l’économie est au bord du gouffre.

Le nombre d’activités culturelles a diminué en raison de l’augmentation du nombre de séminaires et de conférences sur les questions politiques et les droits de l’homme organisés par les organisations de la société civile et gouvernementales. À cela s’ajoute le soutien croissant aux projets de secours et d’urgence au lieu d’activités liées à l’art et à la culture.

Les statistiques contenues dans le plan stratégique culturel pour la période 2011 – 2013, publié par le ministère de la Culture à Ramallah, montrent qu’une part d’à peine 0,003 % du budget général de l’Autorité palestinienne (AP) a été allouée aux affaires culturelles à travers les territoires palestiniens, y compris Gaza.

Mohamed al-Bouji, auteur et professeur de critique littéraire à l’université al-Azhar, estime que la bande de Gaza ne reçoit pas assez de soutien de la part des autorités à Gaza et à Ramallah. Selon lui, les écrivains dans la bande de Gaza sont invisibles dans la mesure où ils publient rarement des livres ou participent rarement à des activités culturelles, que ce soit à Gaza ou à l’étranger.

« Il est dommage que les discussions liées à la culture et aux activités culturelles soient devenues une sorte de luxe, a indiqué Bouji à Al-Monitor. Alors que le blocus s’intensifie et que la fracture politique s’accroît, les sujets culturels ne sont plus importants et cessent d’être essentiels. »

Malgré cette détérioration des conditions culturelles, le ministère de la Culture à Ramallah a soutenu récemment des initiatives culturelles. Le 8 janvier, le Fonds culturel palestinien du ministère de la Culture a approuvé trois accords visant à soutenir des projets culturels et techniques à Gaza.

Le premier accord a été signé avec l’artiste Mohamed Harb pour soutenir financièrement un projet cinématographique, le second avec l’artiste Ibrahim al-Awadhi pour créer une galerie d’art à Gaza, tandis que le troisième a pour but de mener à bien le projet de film « Gaza Graph » du réalisateur Yousef Nateel.

« C’est ma première expérience avec le ministère », a indiqué Harb à Al-Monitor, ajoutant qu’il s’agissait pour lui d’une occasion de raviver la scène culturelle et artistique à Gaza.

Le projet se compose d’une formation et d’ateliers de production de courts métrages consacrés à 20 jeunes hommes et femmes, qui seront sélectionnés à l’issue d’entretiens et qui raconteront leur histoire dans un film de sept minutes, a-t-il expliqué. « Le projet a pour objectif de découvrir ceux qui ont du talent cinématographique », a-t-il déclaré.

Nateel a déclaré à Al-Monitor que c’était avec l’aide d’une équipe de photographes et de chercheurs qu’il avait réussi à recueillir le soutien du ministère pour produire son film.

Son documentaire aborde l’histoire de la photographie dans la ville de Gaza, a-t-il précisé : « J’ai eu cette idée en 2012 et j’essaie depuis lors d’obtenir le soutien nécessaire. » Il a expliqué que la subvention du ministère de la Culture, qu’il n’a pas divulguée, est envoyée par versements partiels en fonction des étapes du film ou de l’achèvement du projet.

Le ministère reste en contact avec les personnes qui ont des projets à mener à bien afin de s’assurer que toutes les étapes du projet sont réalisées sans obstacles. Au moment de l’achèvement du projet, les personnes en charge de ce dernier auront reçu le montant convenu.

« Notre rôle est d’activer la coopération avec les différentes institutions culturelles palestiniennes afin d’unifier l’activité culturelle en soutenant des festivals, des séminaires et les divers programmes culturels à Gaza et en Cisjordanie », a déclaré à Al-Monitor Ihab Bseiso, ministre de la Culture et président de l’organisme de gestion des fonds culturels.

Lui-même poète originaire de la ville de Gaza, le ministre a poursuivi : « Gaza a toujours fait partie de nos intérêts dans tous les domaines au ministère de la Culture ». Il a souligné que la scène culturelle ne pouvait être complète dès lors qu’il manquait une partie géographique de la Palestine. Malgré la tragédie de la division, la bande de Gaza est présente dans la scène culturelle palestinienne « pour défier l’occupation et ceux qui tentent de perturber les activités culturelles qui contribuent à la sauvegarde de l’identité nationale ».

Bseiso a en outre souligné l’importance du fait de soutenir la créativité individuelle palestinienne partout où elle se trouvait. « Ce n’est un secret pour personne que les politiques d’occupation israéliennes visent à effacer l’identité culturelle palestinienne et à falsifier la conscience historique et culturelle. Ainsi, notre rôle en tant qu’institutions intellectuelles et culturelles est de faire face à ces politiques en soutenant des initiatives sérieuses et des créations qualitatives qui reflètent la profondeur, l’histoire et le poids de la culture palestinienne », a-t-il déclaré.

Selon le Bureau central palestinien des statistiques, environ 1 200 activités culturelles ont été menées dans la bande de Gaza en 2015 sur 8679 activités effectuées dans l’ensemble de la Palestine, alors que le nombre de centres culturels opérant en Palestine s’élevait à 596, dont 81 dans la bande de Gaza.

Bseiso, qui a repris le portefeuille du ministère de la Culture début 2016, a indiqué que le nombre d’activités culturelles avait augmenté à Gaza, avant d’ajouter que le nombre de centres culturels était logique, étant donné qu’il y a 11 provinces en Cisjordanie et quatre dans la bande de Gaza.

Le plan culturel stratégique 2014–2016 publié par le ministère à Ramallah avait mentionné plusieurs obstacles auxquels les activités culturelles sont confrontées, à savoir la scission entre la Cisjordanie et Gaza, les risques auxquels l’économie palestinienne fait face, la croissance économique plus lente en Cisjordanie et à Gaza, le changement qui s’ensuit quant aux priorités des soutiens de famille et des innovateurs, ainsi que le printemps arabe, qui a déplacé le soutien arabe et international de la Palestine vers d’autres régions confrontées actuellement à des défis, comme la Syrie.

Dans les plans stratégiques publiés tous les trois ans par le ministère à Ramallah, il a été convenu que les pratiques israéliennes séparaient la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem et les terres de 1948, ce qui affecte ainsi le mouvement culturel palestinien et l’empêche de bénéficier d’un environnement favorable et stimulant. La créativité dans la production culturelle palestinienne est alors devenue l’exception plutôt que la règle.

Malgré la frustration, des institutions culturelles telles que la A.M. Qattan Foundation et le Conservatoire national de musique Edward Saïd sont parvenues à tourner la page de la division palestinienne pour créer une atmosphère de créativité et de compétition culturelle unifiée au niveau de la narration, de la poésie et de la musique. Cependant, le ministère de la Culture n’a pas encore unifié son site Web : celui qu’il gère à Gaza est différent du site Web cisjordanien en ce qui concerne les activités, l’approche et le groupe cible. On pourrait même dire que ce sont deux sites Web qui ciblent deux États différents.

A1 * Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Articles de la même auteure.

9 mars 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Valentin B.




Photo : Nations Unies

Israël en guerre ouverte contre les Nations Unies

Ramzy BaroudL’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, Nikki Haley, semble défendre une seule et unique cause : Israël.

Quand Haley parle d’Israël, sa langue n’est pas seulement émotive ni adaptée aux contraintes d’une occasion spécifique. Au contraire, ses mots sont résolus, cohérents et correspondent à un plan d’action tout à fait clair.

Avec Haley, le gouvernement israélien d’ultra-droite de Benjamin Netanyahu s’est rapidement saisi de cette occasion unique de rejeter les Nations Unies et toute tentative de critiquer l’occupation israélienne.

Contrairement aux anciens ambassadeurs de l’ONU qui ont fortement soutenu Israël, Haley s’abstient de tout langage codé ou toute tentative, même médiocre, de paraître équilibrée. En mars dernier, elle a déclaré devant une foule de 18 000 partisans du lobby israélien, à la conférence annuelle de l’AIPAC, qu’il s’agissait d’une ère nouvelle pour les relations américano-israéliennes.

« Je porte des talons. Ce n’est pas pour une question de mode », a-t-elle déclaré à la foule qui était ravie par son discours. « C’est parce que si je vois quelque chose qui ne va pas, je vais les lancer tous les deux. »

Le nouveau shérif/ambassadeur de Trump a condamné la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a fortement critiqué les colonies illégales d’Israël. Tout en étant dans ses derniers jours en fonction, l’administration Obama n’a pas voté pour la résolution, mais n’a pas non plus opposé de veto, ce qui a donné lieu à un précédent qui n’avait pas été vu depuis de nombreuses années.

L’abstention des États-Unis, selon Haley, était comme si «le pays entier avait pris un coup de pied dans le ventre».

Ce qui a mis Israël particulièrement en colère contre la dernière initiative d’Obama à l’ONU, c’est le fait qu’il a violé une tradition qui s’est imposée depuis de nombreuses années, notamment depuis le mandat de John Negroponte comme ambassadeur des États-Unis à l’ONU lors du premier mandat de George W. Bush.

Ce qui était depuis connu sous le nom de « doctrine Negroponte » était une politique américaine déclarée selon laquelle Washington s’opposerait à toute résolution qui critiquerait Israël et ne condamnerait pas les Palestiniens dans le même temps.

Mais Israël, et non les Palestiniens, est la puissance occupante qui refuse d’honorer des dizaines de résolutions de l’ONU et divers traités et lois internationaux. En prenant cette décision et pour assurer sa mise en œuvre, les États-Unis ont réussi à faire de l’ONU une institution «qui ne compte pas».

Cela signifiait également que les États-Unis, à l’écart de l’ONU, auraient un contrôle total sur la gestion du Moyen-Orient, mais surtout de la situation en Palestine.

Cependant, sous Trump, même le « processus de paix » dirigé par les États-Unis et devenu autonome est devenu obsolète.

C’est la que se situe la véritable crise morale, mais aussi politique, de la doctrine Haley, car elle va au-delà de Negroponte en faisant taire toute critique d’Israël aux Nations Unies, afin de mettre définitivement l’ONU – donc le droit international – à l’écart de toute résolution du conflit.

Lors d’une conférence au Conseil des droits de l’homme, basée à Genève et composée de 47 pays membres, Haley a déclaré que son pays «examinait sa participation » dans le conseil. Elle a affirmé qu’Israël est le « seul pays en permanence inscrit sur l’agenda de l’organisme », une déclaration inexacte qui est souvent éructée par Israël avec peu de rapport avec la vérité.

Si Haley avait lu le rapport sur la 35e session du Conseil des droits de l’homme, elle aurait compris que l’organisme de défense des droits a examiné de nombreuses questions concernant les droits des femmes et leur autonomisation, les mariages forcés et les violations des droits de l’homme dans de nombreux pays.

Mais si l’on se souvient qu’Israël a récemment « célébré » 50 ans d’occupation des Palestiniens, Haley ne devrait pas être surprise qu’Israël soit également un sujet inscrit à l’ordre du jour. En fait, tout pays qui a occupé et opprimé un autre pendant aussi longtemps devrait rester en tête de l’agenda international.

À la suite de son discours dans lequel elle a ridiculisé et menacé les États membres de l’ONU à Genève, elle s’est rendue en Israël pour souligner davantage l’insistance de son pays à contester la communauté internationale pour le plus grand bien d’Israël.

En même temps que le célèbre expert propagandiste Danny Danon, ambassadeur d’Israël à l’ONU, Haley a visité la ligne de séparation israélienne avec Gaza, montrant une sympathie pour les communautés israéliennes supposées assiégées – alors que de l’autre côté, près de deux millions de Palestiniens à Gaza sont restés piégés dans Gaza depuis plus d’une décennie, sur un territoire minuscules et derrière de redoutables clôtures.

S’exprimant à Jérusalem le 7 juin, Haley a déclaré: « Je n’ai jamais accepté les intimidateurs et l’ONU a intimidé Israël depuis trop longtemps et nous ne laisserons plus rien passer », ajoutant que « c’est un nouveau jour pour Israël aux Nations Unies. »

En acceptant de vivre dans la pseudo-réalité d’Israël, où les intimidateurs se plaignent d’être intimidés, les États-Unis vont de plus en plus loin de tout consensus international sur les droits de l’homme et le droit international. Cela devient encore plus évident et dangereux lorsque l’on considère la décision de l’administration Donald Trump de se retirer des accords de Paris sur le réchauffement climatique.

Trump a soutenu que sa décision était avantageuse pour les entreprises américaines. Même si l’on est d’accord avec une telle affirmation – qui reste non prouvée – la nouvelle doctrine de Haley sur Israël et l’ONU, en revanche, ne peut guère être avantageuse pour les États-Unis à court ou à long terme. Cela dégrade simplement la position des États-Unis et dépasse même les normes de crédibilité les plus faibles pratiquées dans les administrations précédentes.

Pire encore, inspirés et motivés par le chèque en blanc de Haley, les dirigeants israéliens avancent maintenant pour éliminer physiquement l’ONU de l’occupation israélienne de la Palestine. Deux événements alarmants ont eu lieu sur ce front :

L’un a eu lieu au début du mois de mai, lorsque le ministre de la Culture et du Sport, Miri Regev, a demandé officiellement au cabinet israélien de fermer le siège de l’ONU à Jérusalem, pour punir l’UNESCO pour avoir réaffirmé la position internationale sur le statut de l’occupation illégale d’Israël à Jérusalem-Est.

Le seconde a eu lieu plus tôt ce mois-ci, lorsque Netanyahou a demandé à Haley de fermer l’UNRWA, l’organisme de l’ONU responsable du sort de cinq millions de réfugiés palestiniens.

Selon Netanyahu, l’UNRWA « perpétue » les problèmes de réfugiés. Cependant, le problème des réfugiés n’est pas l’UNRWA en soi, mais le fait qu’Israël refuse d’honorer la Résolution 194 des Nations Unies concernant leur retour et leur indemnisation.

Ces développements, et plus encore, sont tous des résultats de la doctrine de Haley. Son arrivée à l’ONU a déclenché une jubilation haineuse américano-israélienne, qui non seulement vise les États membres de l’ONU, mais aussi le droit international et tout ce que les Nations Unies ont défendu depuis des décennies.

Les États-Unis ont plutôt aveuglément soutenu Israël à l’ONU tout au long des années. Haley semble adopter une position entièrement israélienne, sans aucune considération pour les alliés de son pays ou les répercussions éventuelles dans le rejet du seul organe international devant servir de plate-forme pour l’engagement international et la résolution des conflits.

Haley semble vraiment se considérer comme le nouveau shérif de la ville, qui « balancera ses talons aiguilles » avant de frapper les intimidateurs avec des balles et de s’éloigner dans le coucher du soleil en compagnie de Netanyahu. Cependant, avec un énorme vide de leadership et aucune règle pour guider la communauté internationale dans la résolution d’un conflit vieux de 70 ans, les pratiques de cowboy de Haley sont susceptibles de nuire encore plus à une région déjà ensanglantée.

Depuis la doctrine Negroponte de 2002, des milliers de Palestiniens et des centaines d’Israéliens ont été tués dans une occupation qui semble ne pas connaître de fin. Un plus grand désengagement du droit international entraînera très vraisemblablement encore plus de souffrances.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

19 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Khaled Meshaal - Photo : Archives

Khaled Meshaal parle de la résistance et de la nouvelle charte du mouvement Hamas

TRT World – Nous avons interrogé l’ancien premier dirigeant du Hamas, Khaled Meshaal, sur la nouvelle charte du groupe politique, qui préconise que les Palestiniens résistent contre les sionistes et non contre les Juifs. Il revient également sur ses anciennes responsabilités à la tête du mouvement.

La cause palestinienne pour un État est en crise. Le processus de paix qui a offert un certain espoir de progrès dans les années 1990 a implosé, avec Israël annexant de plus en plus de terres pour les colonies et construisant de plus en plus de murs qui semblent condamner les perspectives d’une solution à deux États – ou toute autre solution.

Khaled Meshaal est l’ancien responsable du bureau politique du mouvement du Hamas, le groupe politique palestinien qui contrôle la bande de Gaza. Son rival, le Fatah, contrôle la Cisjordanie, sur des lignes de séparation tracées suite à une brutale guerre civile palestinienne après que le Hamas ait remporté les élections en 2006. Les critiques de Fatah disent qu’il s’est fait le complice de l’occupation israélienne en Cisjordanie, réprimant la dissidence politique et exécutant les ordres du gouvernement israélien.

Dans une longue entrevue avec Imran Garda de TRT World, Meshaal décrit sa vision de l’avenir de la résistance palestinienne face à la domination israélienne, et revient sur la signification de la charte réformée du Hamas dans sa relation à Israël et dans un éventuel processus de paix.


Crossing the Line: Khaled Meshaal

Imran Garda : Le Hamas change-t-il ? Puisqu’il y a une nouvelle charte…

Khaled Meshaal: le Hamas change, il évolue. Comme tout organisme vivant, il a de la vitalité, il se régénère, a sa propre personnalité et un avenir. C’est normal et nous en sommes fiers. Ce que le Hamas présente, c’est un document qui n’est pas une charte. La première charte du Hamas datait de 1988, et maintenant nous avons un document daté de 2017. Cela reflète l’évolution naturelle de la pensée politique et des réalisations du Hamas. Dans le document politique, il présente un modèle équilibré, créatif et authentique : comment résister et adhérer aux droits des peuples et aux idéaux nationalistes, lesquels ne compromettent ni ne mettent en jeu des principes tout en restant ouverts à l’environnement régional et international. Connaître les lois du conflit, comment gérer un conflit, quand avancer et quand se replier…

IG : Qu’est-ce que vous regrettez le plus dans l’époque où vous étiez premier dirigeant ?

KM: Je n’ai aucune nostalgie. Parce que je n’ai rien fait si ce n’est servir ma cause et servir mon peuple. Nous ne sommes pas adeptes d’une violence sans discernement, nous croyons en la résistance. Nous n’avons fait que résister sur le terrain à l’occupation israélienne. Nous ne sommes pas entrés en conflit avec les autres, nous n’avons pas négligé les principes et les droits de notre peuple. Je ne regrette rien. Cela ne signifie pas que nous ne nous sommes pas trompés – si vous regardez les détails, bien sûr. Nous avons pris des décisions et elles n’ont peut-être pas toujours été les meilleures. En outre, dans les détails, il y a des succès et des échecs, la majorité des décisions étaient bonnes et certaines étaient mauvaises. Mais en général, en ce qui concerne les stratégies et les tactiques, je ne pense pas que nous avons commis des erreurs. Au contraire, nous avons réussi et offert un modèle unique et productif par la grâce de Dieu.

IG:Le cœur de la charte de 1988 semble suggérer que les Musulmans et les Juifs sont en conflit. Elle semble également suggérer qu’il n’y aura aucun compromis sur le terrain. Le noyau de la nouvelle charte semble suggérer une reconnaissance implicite d’Israël. Elle dit: « Nous ne combattons pas les Juifs, nous combattons les sionistes ». Il y a une énorme différence entre les deux formulations.

KM: Le vocabulaire de la charte originale reflète les premiers moments du Hamas et l’environnement de l’Intifada, la dureté de l’occupation, et comme vous vous souvenez des pratiques israéliennes de briser les os [des manifestants]. Donc, les expressions dans la charte étaient des réponses émotionnelles et ne comportaient pas beaucoup de formulations politiques. Mais cela reflète les sentiments de la nation palestinienne et ses émotions naturelles face à l’occupation.

Ce nouveau document a le même esprit mais s’exprime d’une manière plus équilibrée, plus posée et plus directe. Mais sincèrement, en ce qui concerne la question de la guerre contre les occupants, notre philosophie n’a pas changé depuis le début. Nous ne combattons pas les Israéliens en raison de leur religion. Nous luttons contre ceux qui occupent nos terres. Si des Musulmans occupait notre pays, nous les combattrions. Si c’était des Chrétiens, nous les combattrions. S’ils sont juifs, nous les combattons. La base de la résistance est l’occupation, et non les différences religieuses.

C’est la Palestine. La Terre Sainte. La terre bénie. Le pays des prophètes et des messagers. La terre des croyances abrahamiques. Naturellement, la coexistence et le pardon sont un principe général et font partie de cette terre, comme le Hamas fait partie de cet environnement et de cette terre.

Le document est limpide, il dit exprime clairement l’illégitimité de l’occupation, notre revendication de toute la Palestine, de Jérusalem, du droit de retour et de la résistance – ce sont des principes clairs.

Le vocabulaire de l’article 20 concernant les frontières de 1967 était également très clair. Il s’agit d’un projet basé sur l’établissement d’un État sur les frontières du 4 juin 1967, dont la capitale est à Jérusalem. Ce projet comprend également le droit au retour accordé aux peuples déplacés de force et aux réfugiés, sur les terres dont ils ont été chassés. Il s’agit d’une initiative nationale qui est partagée avec d’autres, afin de faciliter notre réconciliation nationale, afin que nous puissions travailler ensemble pour résister à l’occupation mais sans compromettre nos droits et nos principes nationaux, et sans reconnaître Israël.


Palestine’s Hamas to ease stance on Israel

IG : Un seul acteur impose l’occupation. C’est Israël. Mais deux acteurs imposent le siège de Gaza – c’est Israël et l’Égypte, deux pays. Est-ce la raison pour laquelle le Hamas doit se rapprocher de l’Égypte?

KM: Depuis sa fondation, le Hamas a voulu maintenir une relation forte avec l’Égypte. Et avec toutes les nations arabes et musulmanes. Et pour s’ouvrir au monde. Parce que la question palestinienne est liée aux courants régionaux et internationaux ainsi qu’à la Ummah [la communauté musulmane]. Et avoir une relation avec l’Égypte, en tant que plus grand pays arabe d’une part, et le fait qu’elle partage une frontière avec la Palestine et Gaza, est naturel. Nous sommes ceux qui ont développé une relation avec l’Égypte dans les années 80 et 90, et cela fait partie de la philosophie du Hamas en ce qui concerne la gestion des relations.

Aujourd’hui, notre peuple à Gaza souffre sous dix ans de blocus. Un blocus injuste. Et Gaza paye le prix pour résister et ne succomber à la volonté d’Israël d’une part, et d’autre part pour notre victoire aux élections en 2006. Celui qui a voté pour le Hamas a été puni et assiégé. Même ceux qui ont voté pour nous en Cisjordanie se débattent sous l’occupation, les colonies et la répression des services de sécurité [de l’Autorité palestinienne].

Nous luttons donc contre ce blocus, mais notre relation avec l’Égypte n’est pas seulement liée au blocus. Elle est lié à une philosophie politique par rapport à des acteurs régionaux importants, avec tous les pays musulmans et les peuples à l’intérieur de ces pays, ainsi que les gouvernements et les organisations. Je ne doute pas que l’Égypte est un acteur clé pour lever le siège imposé à Gaza et ouvrir le passage frontalier. C’est pourquoi nous avons travaillé dur pour maintenir notre relation ouverte avec l’Égypte, nous y rendre et parvenir à un accord grâce auquel ils ouvriront la frontière et lèveront le blocus dont Israël est responsable.

IG : Vous êtes allé en Afrique du Sud en octobre 2015. La solution de l’Afrique du Sud est quelque chose que les gens évoquent pour la Palestine. Ils parlent d’un seul État, « d’un homme une voix ». Les Blancs n’ont pas été expulsés, il y avait une solution politique. Est-ce quelque chose que vous voudriez pour la Palestine: où les Juifs, les Musulmans, les Chrétiens pourront tous vivre sous un seul et même État démocratique comme des citoyens égaux, sans qu’il y ait une solution à deux États ?

KM: Bien sûr, je suis vraiment fier de ma visite en Afrique du Sud et de la grande population de l’Afrique du Sud qui a donné un exemple à l’échelle mondiale de la volonté d’un peuple de libérer un pays de l’occupation ou d’un système raciste.

La leçon est dans l’essence du problème. Quelle est cette essence ? Vous pouvez l’appeler une solution d’État unique ou tout autre nom que vous souhaitez. Ce n’est pas ce qui était important en Afrique du Sud. L’important, c’est que la situation atteigne un point où les droits des peuples autochtones d’Afrique du Sud ont été appliqués ou non. Je crois que les dirigeants du système raciste en Afrique du Sud, à ce moment-clé de l’histoire, à la fin du XXe siècle, ont réalisé que leur projet avait atteint une impasse. La communauté internationale a retiré toute la couverture dont ils profitaient auparavant. Pour cette raison, une solution était possible. Ce n’est pas la situation pour la cause palestinienne aujourd’hui…

Israël, d’une part, estime qu’il a un avantage militaire, malheureusement dans toute la région. Et puis il y a une communauté internationale qui le protège. Elle le protège avec des veto. Soutenant [Israël] avec des armes, avec des décisions politiques, avec de l’argent pour son économie. Donc, je ne pense pas qu’il faille succomber à la logique du moment et que les droits du peuple palestinien sont sur le point d’être reconnus. Tant qu’Israël pense de cette façon, et que la communauté internationale ne se retire pas de ce projet qui atteindra obligatoirement une impasse, alors parler d’une solution à deux États ou à un seul est inutile.

IG : En plus de blâmer Israël et l’Égypte, beaucoup de gens reprochent au Hamas la situation dans Gaza. Quel est votre message pour vos concitoyens qui vivent une vie vraiment difficile à Gaza sous le blocus, et sans perspectives économiques ?

KM: Bien sûr, nos cœurs et nos esprits sont avec notre peuple à Gaza qui souffre de ce blocus et de son impact sur la vie quotidienne. Sur les traitements médicaux, l’éducation, les voyages et l’électricité… Bien sûr, c’est une souffrance sévère. Mais je voudrais dire à toutes ces personnes chères que leurs frères et sœurs en Cisjordanie souffrent de l’occupation et des colonies, et ceux à l’étranger et en exil souffrent aussi. Nous vivons sous occupation, et nous luttons avec cet occupant cruel et tout le monde se bat à différents degrés. La grande question est de savoir si le Hamas essaie de mettre fin à ce blocus et si cela peut mettre fin à ces pénuries d’électricité et à d’autres problèmes ? Nous obtenons des résultats. Cependant, il existe une différence entre passer par des canaux rationnels pour résoudre ces problèmes ou suivre un programme que d’autres voudraient que nous suivions.

17 juin 2017 – TRTWorld – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : archives - fplp.ps

Muhammad Allan, à nouveau emprisonné et en grève de la faim depuis 10 jours

Ma’an NewsLe bien connu prisonnier palestinien en grève de la faim, Muhammad Allan, a été transféré en isolement solitaire samedi, a déclaré Samidoun, un réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens.

Samidoun a cité le groupe de défense des droits des prisonniers Muhjat al-Quds, en disant qu’Allan, kidnappé par les forces israéliennes le 8 juin et qui a commencé sa grève de la faim ce même jour, a été transféré samedi du centre de détention de Jalama à la prison de Megiddo où il aurait été placé en isolement cellulaire.

La porte-parole du Service pénitentiaire israélien (IPS) Hana Herbst n’a pas directement confirmé à Ma’an le transfert d’Allan.

Cependant, Herbst a déclaré que la grève de la faim constituait « une violation disciplinaire en prison et était traitée en conséquence », ajoutant que IPS « transfère les détenus régulièrement en fonction de la gestion et des décisions opérationnelles ».

Les transferts arbitraires entre les prisons sont une tactique commune de l’IPS pour casser la résistance chez les prisonniers palestiniens.

Allan, un avocat du village d’Einabus, dans la région de Naplouse, au nord de l’occupation de la Cisjordanie occupée, a été libéré de prison en novembre 2015 après une période d’un an de détention administrative – la politique d’internement largement condamnée d’Israël sans inculpation ni procès, et sans limite de temps. Il avait mené une grève de la faim de 66 jours pour protester contre sa détention.

Un tribunal militaire israélien a accusé jeudi M. Allan d’avoir « d’incitation » [à la résistance] sur les médias sociaux, amenant ainsi son père à dire au site de nouvelles d’Al Quds que les forces israéliennes « ont détenu son fils pour se venger de lui depuis le jour de sa sortie de la détention administrative« .

Les forces israéliennes ont kidnappé au moins 400 Palestiniens en moins d’un an pour leur activité sur les médias sociaux, et 400 autres ont été détenus pour la même raison par l’Autorité palestinienne dans le cadre de sa politique de coordination répressive largement condamnée avec Israël, a rapporté le quotidien israélien Haaretz.

Les autorités israéliennes ont justifié leur répression sur l’activité des médias sociaux palestiniens, arguant qu’une vague de troubles qui a commencé en octobre 2015 a été provoquée par l’incitation [à la résistance] en ligne, bien que les Palestiniens aient plutôt souligné comme motif d’actes de violence, la frustration et le désespoir provoqués par l’occupation vieille de 50 ans par Israël du territoire palestinien et l’absence d’horizon politique.

La suppression de la liberté d’expression palestinienne au cours des derniers mois a également vu les librairies fermées, tandis que des militants, des journalistes, des romanciers et des poètes ont été emprisonnés.

La grève de la faim d’Allan intervient à la suite d’une grève de la faim de 40 jours menée par des centaines de prisonniers palestiniens pour dénoncer la violation de leurs droits humains fondamentaux dans les prisons israéliennes.

Bien les responsables palestiniens et les dirigeants de la grève de la faim aient déclaré une victoire, IPS a nié à maintes reprises avoir négocié avec les prisonniers ou accédé à la moindre de leurs demandes.

18 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Auteur : Jean-Pierre Bouché - Photo couverture : Joss Dray

Palestine : Plus d’un siècle de dépossession

Jean-Pierre Bouché – Histoire abrégée de la colonisation, du nettoyage ethnique et de l’apartheid.

J’avais l’impression d’avoir une montagne devant les yeux…
Et pourtant, elle pleurait.
J’en ai vu des gens pleurer, j’en ai vu
des larmes. Larmes d’émotion et de tristesse,
de désespoir et de supplication. Larmes
du refus impuissant, de la colère désarmée.
Larmes de fatigue et de faim. Larmes
d’amour. Mais les larmes d’Oum-Saad,
jamais je n’en ai vu de semblables.
Elles viennent comme jaillit la source,
du plus profond de la terre, attendue
de toute éternité. Elles viennent comme
un sabre sort de son fourreau : sans bruit…
Et puis elles s’arrêtent, tout près de l’œil,
l’œil qui cependant n’a rien perdu
de sa noblesse. Elles n’ont pas coulé.
De ma vie je n’ai vu quelqu’un pleurer ainsi.

“Oum-Saad la matrice”, in Des hommes dans le soleil,
Ghassan Kanafani (éd. Sindbad, 1977, traduction de Michel Seurat)

Cette brochure est née d’un constat : La situation en Israël-Palestine fait souvent la Une des médias. Pourtant l’histoire plus que centenaire de la colonisation de la Palestine est mal connue du grand public, même du public conscient des malheurs du peuple palestinien. Elle est surtout mal connue des jeunes qui ne reçoivent rien de solide à l’école.

Photo : Joss Dray

Photo : Joss Dray

L’information ne manque pas, surtout en arabe et en anglais, mais ceci ne remplace pas l’utilité d’informer de cette histoire de manière très accessible, même sous une forme nécessairement abrégée. Aussi, après une petite brochure artisanale diffusée de 2005 à 2013, voici un récit augmenté.

De nombreuses références permettent d’en enrichir la lecture. Les citations en français ont été reprises telles quelles, celles en anglais ont été traduites par mes soins.

La rédaction de cette brochure a été guidée par le souci de choisir les événements essentiels et d’en présenter les motifs. Elle ne fait par conséquent aucun empreint au discours sioniste, connu sous le nom de hasbara, qui n’a qu’un but apologétique et cherche avant tout à justifier ce que le colonialisme israélien a d’injustifiable.

Je remercie les personnes qui ont porté collectivement ce projet, en premier lieu Armand Caspar, fondateur des éditions Scribest, qui a pris à cœur d’en être l’éditeur. Annie McStrawick, Omar Slaouti et Pierre Stambul ont proposé de nombreuses et précieuses remarques et corrections. Enfin le travail d’Edwige Benoît est allé bien au-delà d’un simple maquettage. Cependant les choix effectués finalement sont les miens.

Jean-Pierre Bouché, avril 2016

L’auteur, Jean-­Pierre Bouché, est engagé pour la Palestine depuis la réinva­sion des villes palestiniennes en 2002. Il a coordonné la traduction française du livre de Ben White, Être palestinien en Israël (La Guillotine, 2015).

Auteur : Jean-Pierre Bouché
Éditeurs : SCRIBEST – Récit Présent
72+4 pages en quadrichromie, 85 citations, 19 cartes, 51 références.
Photo de couverture : Joss Dray


Port gratuit pour les commandes des associations.

————————————————-

Un guide utile pour connaître la vérité
« Pour comprendre la catastrophe actuelle en Palestine et parvenir à un avenir pacifique et juste pour tous les habitants de ce qui est maintenant Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza, il faut comprendre l’histoire du mouvement sioniste et de son colonialisme de peuplement. Cette brochure est un guide utile et un point de départ pour quiconque veut connaître la vérité. »
Ali Abunimah – Palestinien, Ali Abunimah a fondé et édite l’Electronic Intifada (Chicago). Il a publié One Country: A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse et The Battle for Justice in Palestine.

Comprendre l’essentiel du désastre
« La richesse de ce livret réside dans les nombreuses citations et documents d’époque qui, alliés à une brève analyse historique, permettent au lecteur de comprendre l’essentiel du désastre causé en Palestine depuis près de deux siècles par les idéologies impérialiste et sioniste. »
Céline Lebrun – Étudiante chercheuse de l’université Paris-Sorbonne, membre du mouvement BDS en France et en Égypte, Céline Lebrun a codirigé la rédaction du livre « Israël, un État d’apartheid ?« 

Histoire, mémoire et dignité
« La propagande sioniste fonctionne sur des idées simples : «Nous rentrons après 2000 ans d’exil» ; la Palestine était «une terre sans peuple pour un peuple sans terre»; «En 1948, les Arabes sont partis d’eux-mêmes»; «Après ce qu’ils ont subi, ils ont bien le droit à un pays»… Il est indispensable de raconter la vérité historique. C’est ce que fait ce livre, nombreux documents à l’appui. »
Pierre StambulCoprésident de l’Union juive française pour la paix, Pierre Stambul a publié Israël-Palestine : du refus d’être complice à l’engagement et Le Sionisme en questions.




Photo : ActiveStills.org

Au bout de 10 ans de blocus, Gaza atteint un point de rupture humanitaire et politique

Chloé BenoistAlors que la bande de Gaza vient de passer la barre des 10 ans du siège israélien de la petite enclave palestinienne, jeudi, la situation humanitaire continue à préoccuper les groupes de défense des droits humains, qui ne cessent de dénoncer les « conditions de vie les plus inhumaines du monde moderne. »

Gaza, qui a souvent été comparée à une « prison à ciel ouvert » pour ses 1,9 million d’habitants entassés dans 365 kilomètres carrés, vient de subir une décennie d’isolement et de privations, aggravée par trois agressions militaires israéliennes dévastatrices et une persistante lutte politique entre deux factions palestiniennes.

La décision récente de l’Autorité palestinienne (PA) de demander à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza a fait craindre que la situation à Gaza n’atteigne rapidement un niveau de dégradation politique et humanitaire aux conséquences imprévisibles.

Une décennie de restrictions épouvantables

Six mois après qu’Israël a évacué ses colonies illégales dans la bande de Gaza, le mouvement du Hamas a remporté des élections législatives palestiniennes en janvier 2006 avec une victoire écrasante : il a remporté 74 sièges au Conseil législatif palestinien (PLC), tandis que le Fatah, le parti de l’AP au pouvoir, n’en remportait que 45.

Ce « tsunami » comme le Fatah l’a appelé, n’a pas enchanté les responsables du Fatah, et les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont aggravées d’autant plus que les israéliens et les Etatsuniens ont décidé d’imposer des sanctions économiques à l’AP, parce qu’ils considéraient le Hamas comme un groupe terroriste.

Les tensions ont abouti à la bataille de Gaza entre le 10 juin et le 15 juin 2007, au cours de laquelle le Hamas a pris le plein contrôle de la côte. Israël a réagi en imposant le blocus militaire total de Gaza.

Depuis 10 ans, les autorités israéliennes restreignent sévèrement la liberté de circulation des Gazaouis, exigeant que tous les Palestiniens – y compris les malades en traitement, les hommes d’affaires et les hommes âgés qui veulent aller prier – aient un permis pour entrer ou sortir des territoires occupés à travers le checkpoint d’Erez.

L’Égypte, le seul autre pays qui partage une frontière avec Gaza, a également intensifié le blocus depuis qu’Abd al-Fattah al-Sisi a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en 2013 et est devenu président.

La plupart des Gazaouis ne peuvent ni sortir de l’enclave côtière assiégée ni y entrer, parfois pendant des mois d’affilée, parce que les autorités égyptiennes n’ouvrent que sporadiquement le poste frontière de Rafah. Selon les Nations Unies, il n’a été ouvert que 44 jours en 2016, et 21 jours en 2015.

L’Égypte a récemment tenté de faire pression sur le gouvernement de Gaza pour qu’il coopère avec ses violentes opérations de «contre-terrorisme» en échange de la fourniture d’électricité dont Gaza a un besoin impérieux.

Israël a également maintenu des restrictions draconiennes sur l’approvisionnement de l’enclave assiégée, arguant que des matériaux de construction comme le ciment pouvaient être utilisés par le Hamas et d’autres groupes de résistance palestinienne à des fins militaires.

Les dossiers du ministère israélien de la Défense publiés en 2012 ont également révélé que les autorités israéliennes ont aussi limité l’entrée de la nourriture dans Gaza ; selon l’ONG juridique Gisha, des produits tels que la cardamome, le chocolat et les chips étaient interdits d’importation dans Gaza en 2010. De plus, le secteur agricole de Gaza a beaucoup souffert des « zones tampons » créées par Israël à la fois sur terre et en mer ; les agriculteurs palestiniens risquent leur vie lorsqu’ils s’approchent trop près de la clôture de la frontière et les pêcheurs lorsqu’ils s’éloignent de la petite « zone de pêche délimitée » (par Israël) au large de la bande de Gaza.

Le profond impact de trois guerres

Israël a inlassablement tenté d’écraser la résistance palestinienne dans la bande de Gaza pendant toutes ces années, en prétendant que les roquettes sporadiquement tirées de la petite enclave palestinienne, ou que les tunnels construits entre Gaza et Israël ou l’Égypte justifiaient ses mesures punitives contre Gaza.


A Fish Out of Water: Gaza’s First Fisherwoman

Alors que les tunnels entre Gaza et Israël sont utilisés par des groupes de la résistance pour attaquer Israël, les tunnels vers l’Égypte sont utilisés par le Hamas comme une source de revenus et d’armes et aussi pour faire rentrer des produits de première nécessité pour les Gazaouis, comme de la nourriture, des médicaments et des matériaux de constructions indispensables.

Le blocage déjà rigoureux a vu son impact multiplié par plusieurs attaques militaires israéliennes de grande envergure sur Gaza pendant ces dix ans ; des groupes de défense des droits humains ont accusé Israël d’un usage disproportionné de la force qui s’apparente à des crimes de guerre.

Pendant l’opération « Plomb durci », une guerre de trois semaines qui a commencé à la fin de décembre 2008 et s’est terminée en janvier 2009, 1 391 Palestiniens ont été tués – dont 926 civils – et plus de 5 000 ont été blessés, selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR). Dans le même temps, 13 Israéliens ont été tués – quatre d’entre eux par un feu ami – et 518 ont été blessés. En novembre 2012, les frappes militaires israéliennes d’une durée d’une semaine connues sous le nom de « Opération Pilier de Défense » ont tué 160 Palestiniens tués et fait 1 000 blessés, selon le PCHR, tandis que, selon le gouvernement israélien, 6 Israéliens ont été tués et 229 blessés.

Le conflit le plus dévastateur, toutefois, a eu lieu à l’été 2014, lorsqu’une guerre de sept semaines a coûté la vie à 2 310 Palestiniens, 70% d’entre eux des civils selon le ministère de la Santé de Gaza, et en a blessé plus de 10 500 autres. Pendant ce temps, 72 Israéliens, dont 67 soldats, ont été tués et 555 blessés.

Le Hamas n’a pas revendiqué d’attaques de roquette depuis que le cessez-le-feu a été déclaré après la guerre de 2014 et il a même essayé d’empêcher les plus petits groupes de lancer des roquettes. Les officiels israéliens ont néanmoins accusé le Hamas de « préparer » une autre guerre avec Israël et ont mené des opérations de représailles sur toute la bande de Gaza –par des  » target= »_blank »>frappes aériennes en 2016 et plus tôt dans l’année notamment. Les autorités israéliennes tiennent le Hamas pour responsable de toutes les attaques contre des cibles israéliennes en provenance de la bande de Gaza.

Une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver

Les trois offensives israéliennes ont causé des dégâts considérables à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie et à l’infrastructure médicale de Gaza et ont détruit des milliers de maisons dont La reconstruction a été sérieusement bloquée par les limitations israéliennes imposées à l’importation de matériaux, ainsi que par les retards dans le règlement de l’aide internationale. En août 2016, environ 50% des bâtiments qui ont été complètement détruits pendant la guerre dévastatrice de 2014 attendaient encore d’être reconstruits, et un rapport de l’ONU d’avril 2016 estimait que 75 000 Palestiniens étaient encore sans abri presque deux ans après la dernière guerre.

Souffrant d’un taux de chômage de 44 %, un des plus élevés du monde, environ 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU a averti que la bande de Gaza pourrait devenir « invivable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour améliorer la situation, mais les développements récents font craindre que la détérioration du niveau de vie puisse se produire beaucoup plus vite que prévu.

Alors que Gaza lutte depuis des années avec des pénuries d’électricité du fait de l’accès limité aux carburants et des infrastructures dégradées, la seule centrale électrique de Gaza a fermé en avril, parce que les responsables de l’électricité de Gaza disent qu’ils ne peuvent pas payer la taxe imposée par l’AP sur le carburant diesel, qui a doublé le coût d’exploitation de la centrale.

En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre. Et la décision d’Israël de limiter l’alimentation en électricité de Gaza à la demande de l’AP qui accuse le Hamas de ne pas lui transférer l’argent des taxes, pourrait encore réduire de moitié l’accès à l’électricité.

Un groupe de 16 organisations de la société civile a exhorté mercredi les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision de restreindre la fourniture d’électricité à Gaza, affirmant que la décision n’avait « pas de rapport avec les besoins concrets de sécurité » et qu’elle était « de nature politique », et que, par conséquent elle violait le droit international.

« Israël ne peut prétendre être un simple fournisseur de services répondant de manière neutre à la demande d’un client. Compte-tenu de son contrôle absolu sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a le devoir, en tant que force d’occupation, de faire en sorte que ses habitants aient une vie normale », ont déclaré ces organisations.

« Les dommages que causeraient aux Israéliens et aux Palestiniens de la région dans son ensemble une escalade des hostilités, sont beaucoup plus importants que le bénéfice (politique ou autre) qui peut être retiré de la mise en œuvre d’une telle décision. » L’accès aux soins de santé a été fortement affecté par le blocus, les pénuries d’électricité et les compressions budgétaires de l’AP, et la vie de centaines de malades est en danger.

« Le secteur de la santé ne peut fournir que des soins élémentaires – les hôpitaux sont obligés d’annuler certaines opérations et de réduire l’intendance et ils dépendent des Nations Unies pour le carburant nécessaires aux générateurs de secours », a dit, jeudi, Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Lynk a ajouté que, du fait que les stations de traitement de l’eau de Gaza fonctionnent à environ de 15 % de leur capacité en raison de la pénurie d’électricité, les eaux usées se déversent dans la mer Méditerranée, et l’accès à l’eau potable à Gaza devient de plus en plus rare.

Lynk a également indiqué que le prix des denrées de première nécessité, comme la nourriture, augmentait, tandis que l’augmentation des coupures d’électricité obligeait les entreprises à fermer ou à réduire les heures de travail, entraînant encore plus de chômage.

Les rivalités politiques palestiniennes perdurent

Au cours de la décennie, la rivalité entre le Hamas et le Fatah a persisté sans relâche, et les récentes décisions de l’Autorité palestinienne ont encore aggravé les difficiles conditions de vie à Gaza.

Les tensions n’ont fait que s’intensifier au cours des derniers mois à cause de la crise de l’électricité à Gaza; dans les deux camps, en Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des soupçons d’arrestations politiques; l’AP a réduit les salaires des fonctionnaires de Gaza; et des élections locales ont été tenues en Cisjordanie, malgré le boycott du Hamas et d’autres partis.

Durant sa décennie au pouvoir à Gaza, le Hamas a été accusé de violations des droits de l’homme, notamment pour l’utilisation de la peine de mort contre les personnes accusées de « collaboration » avec Israël et sa répression des voix dissidentes.

Le journal d’information israélien Ynet a rapporté mercredi que l’AP, dans une déclaration sur les 10 ans de blocus, avait accusé le Hamas d’être responsable de la situation à Gaza.

« La deuxième Nakba qui a frappé notre peuple », disait la déclaration, en faisant référence au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. « Le Hamas a transformé Gaza en un enfer intolérable. »


Gaza: Energy shortage adds to plight of residents

Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU, a dit qu’Israël, l’AP et le Hamas avaient tous « une responsabilité directe dans la crise », et il les a exhortés à agir tous pour le bien-être des résidents de Gaza. 

« Je les invite à mettre de côté leur différend, à se montrer à la hauteur de leurs obligations juridiques et politiques, et à s’assurer que les besoins en électricité de la population soient pleinement satisfaits et que les besoins immédiats en matière d’infrastructures indispensables soient pris en compte, » a-t-il déclaré.

« Maintenir Gaza économiquement paralysé et socialement isolé engendre obligatoirement une grande détresse humanitaire et aboutira à un autre conflit dans un proche avenir », a ajouté Lynk. « Les droits de chacun à la liberté et à la sécurité doivent être respectés pour que la paix règne ».

Alors que le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper a qualifié mercredi la crise qui s’aggrave sans cesse à Gaza de « conflit palestinien interne » les associations de défense des droits humains en rendent largement responsables le siège et le blocus israéliens.

L’ONG israélienne B’Tselem a accusé le blocus de jeter Gaza « dans les affres d’une catastrophe humanitaire », ajoutant qu’Israël « contraint les résidents de Gaza à vivre dans une pauvreté extrême et dans des conditions inhumaines sans précédent dans le monde moderne. » Et B’Tselem a ajouté : «  Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, si cela avait été le cas, Israël aurait probablement envoyé une mission d’aide humanitaire. Au lieu de cela, la réalité à Gaza est l’œuvre d’Israël, le résultat d’une décennie de décisions politiques brutales. »

* Chloé Benoist est une journaliste française ayant vécu au Liban de 2011 à 2016. Elle vit et travaille actuellement en Cisjordanie occupée. Elle y couvre l’actualité politique, mais écrit aussi sur des sujets économiques, sociaux et culturels.

15 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : MaanImages

Abbas censure 11 sites Internet d’opposition

Ma’an NewsAu moins 11 sites palestiniens d’information – tous proches du Hamas ou de Muhammad Dahlan, le rival politique de l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas – ont été bloqués en Cisjordanie occupée.

Des officiels de l’Autorité palestinienne (AP) ont osé prétendre que les sites ne sont pas fermés en raison de leurs affiliations politiques.

Al Jazeera a signalé que les sites ont été fermés suite à une directive du procureur de l’AP, Ahmed Barak.

Tous les sites Web ciblés sont basés en dehors de la Cisjordanie, a déclaré Al Jazeera, citant une source anonyme qui a parlé à l’agence de presse turque Anadolu jeudi.

La source, un employé d’un fournisseur de services Internet basée à Ramallah (ISP), aurait déclaré à Andalou que le FSI avait été informé jeudi d’une décision de Barakat de bloquer 11 sites palestiniens.

Parmi les sites Web bloqués se trouvaient le Centre d’information palestinien et l’Agence de presse Shehab – affiliée au Hamas – et la « Voix du Fatah », « connue pour être proche de Muhammad Dahlan », a déclaré Al Jazeera.

Selon Al Jazeera, Iyad al-Qarra, rédacteur en chef de « Palestine », un média affilié au Hamas, a confirmé que le site Web du journal avait été bloqué en Cisjordanie, ce qui selon lui « fait partie d’une politique incessante de suppression de la liberté des médias palestiniens », a-t-il déclaré sur son compte Facebook personnel.


Hamas/Fatah : une réconciliation est-elle encore possible ?

« Nos collègues ayant une expertise technique essayent actuellement de contourner l’interdiction, car notre journal, à travers son site Web, a des dizaines de milliers de lecteurs à travers la Cisjordanie », a déclaré Al-Qarra.

Toujours le jeudi, selon Al Jazeera, le site de presse pro-Dahlan « Amad » a publié un communiqué disant ne plus pouvoir être lu depuis la Cisjordanie.

Pendant ce temps, un haut fonctionnaire de l’AP a prétendu à Ma’an jeudi que les sites Web étaient bloqués en raison d’un certain nombre de cas instruits contre eux pour avoir signalé de fausses informations et être « contraires à l’éthique ».

L’officiel a accusé les sites Web de faux et de diffamation.

L’AP dirigée par le Fatah a été vivement critiqué par plusieurs partis d’opposition politique, en particulier le Hamas, pour pratiquer la censure sur les réseaux, pour sa coordination répressive avec Israël et les campagnes d’arrestations à motivation politique.

Plus tôt cette semaine, le Hamas a publié une déclaration disant que l’AP a kidnappé quatre Palestiniens, dont deux étudiants, un avocat et un enseignant, tous pour leur affiliation au mouvement Hamas.

16 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : MEE/Mohammed Asad

L’objectif d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie saoudite est de liquider la cause palestinienne

Jonathan CookNetanyahu est impatient de capitaliser sur la crise pour liquider la question palestinienne et isoler le Hamas, disent les analystes.

Nazareth – Israël cherche à exploiter le fossé entre un bloc d’États arabes menés par l’Arabie Saoudite et le Qatar pour faire progresser ses intérêts stratégiques dans la région, à la fois contre le mouvement palestinien Hamas et contre l’Iran, selon les analystes israéliens.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte ont coupé leurs liens avec le Qatar il y a plus d’une semaine, l’accusant de soutenir le « terrorisme » et d’être trop proche de l’Iran. La visite du président américain Donald Trump dans la région le mois dernier semble avoir stimulé la campagne contre Doha.

Cette semaine, Israël a ajouté de l’huile sur le feu en émettant ses propres menaces contre le Qatar.

Le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a promis de fermer le bureau d’Al Jazeera à Jérusalem, ce qui équivaudrait à occulter sa couverture d’Israël et des territoires palestiniens occupés. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait consulté les services de sécurité israéliens sur la façon de justifier la décision.

Les analystes ont déclaré qu’Israël avait été encouragé dans sa posture agressive par les récentes décisions de l’Arabie saoudite et de la Jordanie de fermer leurs propres bureaux d’Al-Jazeera.

Selon Lieberman, les intérêts israéliens « se chevauchent » avec ceux des États arabes sur la question d’Al Jazeera. Le canal d’informations, a-t-il dit, était « une machine d’incitation. Une pure propagande, de la pire espèce, du style de l’Allemagne nazie ».

Mais Lieberman et Netanyahu ont également saisi le moment pour mettre en exergue d’autres intérêts communs entre Israël et l’Arabie Saoudite. Israël a rejoint Riyad en accusant le Qatar de supporter le « terrorisme » avant tout dans le but d’affaiblir l’Iran et le Hamas, les adversaires régionaux les plus gênants d’Israël, ont observé les analystes.

Le Qatar a dépensé des centaines de millions de dollars dans des projets d’infrastructure dans la bande de Gaza pour atténuer une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver, provoquée par un blocage israélien vieux d’une décennie et une série d’attaques militaires.

Jusqu’à présent, l’aide avait été acheminée à Gaza avec le consentement tacite d’Israël, a déclaré Yossi Alpher, analyste israélien et assistante d’Ehud Barak lorsqu’il était Premier ministre d’Israël au début de la Deuxième Intifada.

Mais depuis que Trump est entré à la Maison Blanche, le gouvernement israélien est apparu plus disposé que jamais à serrer les vis sur le Hamas, a déclaré Alpher à Al Jazeera. « Israël estime que le Hamas est maintenant trop faible et isolé pour pouvoir répliquer ».

Le gouvernement de Doha a également entretenu des relations diplomatiques avec l’Iran, avec lequel le Qatar partage un vaste champ de gaz.

Israël accuse Téhéran de parrainer le « terrorisme » contre lui, y compris en armant le Hezbollah, un mouvement de la résistance libanaise à sa frontière nord. Les opérations du Hezbollah ont forcé Israël à retirer ses forces d’occupation du sud du Liban en 2000.

Quand au pouvoir saoudien, il s’oppose à l’influence de la Fraternité musulmane dans la région, dont le Hamas fait partie.

Alors que la crise avec le Qatar a éclaté la semaine dernière, Lieberman a déclaré au parlement israélien: « Même les États arabes comprennent que le risque pour cette région n’est pas Israël, mais plutôt le terrorisme. C’est l’occasion de collaborer ».

Netanyahu a fait écho à son ministre de la Défense, affirmant que les États arabes « nous considèrent comme un partenaire et non comme un ennemi ».

En particulier, Netanyahou est impatient de capitaliser sur la crise afin d’éviter d’être entraîné dans de nouvelles discussions de paix par l’administration Trump. Souligner le « terrorisme » palestinienne – et l’ingérence iranienne est un moyen éprouvé de lever toute pression diplomatique.

« La stratégie d’Israël est de marginaliser la question palestinienne », a déclaré Jeff Halper, analyste israélien de la politique étrangère, à Al Jazeera. « Les signaux de l’Arabie saoudite sont qu’ils sont prêts à normaliser les relations avec Israël, même si le problème palestinien reste sans réponse ».

Il a déclaré également qu’Israël espérait que l’alliance émergente avec Riyad allait prendre le pas sur l’initiative de paix saoudienne de 2002, ce qui gênait Israël en proposant une solution régionale pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

« Israël va maintenant tenter de rediriger l’attention sur d’autres questions, de l’Iran à la question énergétique et aux armes. Tout ce qu’il faudra pour faire disparaître la question palestinienne », selon Halper.

Les plans concoctés entre Israël, l’Arabie saoudite et les États-Unis ont été révélés par une enquête d’Al Jazeera cette semaine. Il a révélé que 10 législateurs américains, financés par des groupes de pression d’Israël, avaient récemment présenté un projet de loi au Congrès menaçant le Qatar de sanctions américaines si celui-ci appuyait le « terrorisme » palestinien.

Le projet de loi exige que Doha mette fin à son « soutien financier et militaire » à la bande de Gaza, dirigée par le Hamas. La position des législateurs américains s’harmonise étroitement avec les intérêts d’Israël et de l’Égypte, qui participent tous deux au blocus de Gaza.


Qu’impliquela crise du Qatar pour le Hamas ?

Israël souhaite un Hamas affaibli à Gaza faible, ainsi qu’Autorité palestinienne isolée en Cisjordanie occupée. Le Caire, quant à lui, veut que le Hamas soit à l’écart de l’organisation sœur des Frères musulmans, que les dirigeants militaires égyptiens ont chassée du pouvoir lors d’un coup d’état militaire en 2013.

De manière tout à fait notable, L’Arabie saoudite a commencé à faire la même demande au Qatar, en l’appelant à cesser de financer le Hamas et les Frères musulmans. C’est la première fois que les Saoudiens adoptent publiquement la définition israélienne du Hamas en tant qu’organisation « terroriste » plutôt que mouvement légitime de résistance.

L’investissement continu de Doha dans la reconstruction des maisons et des routes détruites par les attaques répétées d’Israël, est aujourd’hui en jeu. Un tel soutien s’est avéré une ligne de survie pour la petite enclave assiégée.

Au cours des dernières années, le Qatar a également servi de base à la direction en exil du Hamas, peu d’autres pays étant prêts à l’héberger.

Halper a déclaré aussi que la direction israélienne espérait que la faille entre les pays du Golfe intensifierait l’isolement du Hamas. « Israël sera heureux si cette crise laisse le Hamas encore plus isolé dans la région », a-t-il déclaré. En plus d’essayer de limiter les activités humanitaires du Qatar à Gaza, Israël aide l’Autorité palestinienne à affaiblir ses rivaux du Hamas.

L’électricité dans l’enclave n’est délivrée plus que quelques heures par jour après que le président de l’AP, Mahmoud Abbas, ait refusé de contribuer au paiement de l’énergie fournie par Israël à Gaza. Abbas a également gravement amputer les salaires de plusieurs milliers d’employés de l’AP.

Ofer Zalzberg, analyste israélien auprès de l’International Crisis Group, un groupe de réflexion sur les conflits basé à Washington et à Bruxelles, a déclaré que Netanyahu et Abbas profitent du nouveau climat politique à Washington. Selon lui, « le message de Trump et Riyadh est: ‘Maintenant, vous devez choisir. Êtes-vous avec les méchants ou les bons?’ Netanyahu comprend que Trump s’est imposé comme juge et juré. »

En équilibrant les relations avec divers États de la région, y compris l’Iran, la politique du Qatar était considérée comme « trop grise » pour le goût de Trump et de Riyad, a observé Zalzberg.

Halper a déclaré de son côté que Israël avait des impulsions contradictoires à l’égard de Gaza. Il voulait que la situation humanitaire soit contrôlée pour éviter de déclencher une autre série de combats avec le Hamas. Mais il craignait aussi que le Hamas puisse profiter de toute aide pour reconstituer ses armements et construire ce que Israël qualifie de « tunnels terroristes« .

Les tunnels ont été un problème majeur pour Israël lorsque ses troupes ont envahi Gaza lors de l’opération Protective Edge en 2014, et ils ont permis aux combattants du Hamas de lancer des attaques surprise.

Neve Gordon, un professeur de politique à l’Université Ben Gurion à Beersheva, a déclaré que les efforts visant à casser les liens de Qatar avec le Hamas pousseraient le Hamas dans les bras de Téhéran.

« Sans l’aide du Qatar, le Hamas doit se tourner vers l’Iran« , a-t-il déclaré à Al Jazeera. « Du point de vue d’Israël, cela crée une situation plus claire, en dépeignant le Hamas et l’Iran comme des visages différents du même « terrorisme ».

Ben Caspit, un journaliste israélien, a récemment cité des sources de sécurité israéliennes disant que Trump avait adopté l’approche de Netanyahu sur l’Iran, en le considérant pays comme « la tête du serpent et la source du terrorisme régional ».

Le but ultime de Netanyahu, a déclaré Gordon, est d’obliger les Américains à invalider un accord nucléaire signé par Barack Obama en 2015. Le gouvernement israélien et l’Arabie saoudite s’étaient vigoureusement opposé à cet accord. Netanyahou craint que si l’Iran développe une bombe nucléaire, il rivaliserait avec l’arsenal nucléaire israélien et réduirait gravement l’influence régionale de l’état sioniste.

L’Arabie saoudite craint également qu’un Iran disposant de l’arme nucléaire ne compromette son influence.

Au lieu de cela, Netanyahu et les Saoudiens préfèrent que l’Iran soit soumis à de lourdes sanctions, avec toujours présente une menace d’attaque militaire.

Jonathan Cook * Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.

Articles du même auteur.

15 juin 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah