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Le prisonnier Hassan Showka en grève de la faim depuis 12 jours

Farah NajjarLa santé du gréviste de la faim palestinien Hassan Showka se « détériore ».

Selon son père, la santé d’un prisonnier palestinien se « détériore rapidement » auu douzième jour (22 octobre) de sa grève de la faim.

Hassan Showka, de la ville occupée de Bethléem en Cisjordanie, a été kidnappé le 29 septembre, et incarcéré sans inculpation pour une deuxième fois consécutive. Il est en détention administrative à la prison d’Ofer en Israël.

« Il n’a pas le droit de visite familiale, nous ne pouvons donc pas le voir, mais nous sommes en contact avec son avocat, qui peut le voir de temps en temps », nous a déclaré son père, Hassanein Showka, âgé de 57 ans.

Hassan, âgé de 29 ans, a été privé du droit de voir les membres de sa famille, y compris son tout-petit garçon.

La détention administrative est une procédure qui permet à Israël d’incarcérer des Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza sans inculpation ni jugement, pour des périodes indéfiniment renouvelables pouvant aller chaque fois jusqu’à six mois. Les autorités israéliennes utilisent cette procédure depuis plus de 50 ans, sur la base d’accusations conservées secrètes.

« Les avocats qui parviennent à le voir [Hassan] nous décrivent son état actuel, mais la plupart du temps nous ne sommes pas sûrs que la photo soit révélatrice à 100% – habituellement ils veulent nous épargner trop de peine », a déclaré Hassanein.

« Ils ne veulent pas qu’on s’inquiète pour lui, mais on sait qu’il est malade. »

Plus tôt cette année, Hassan a fait une autre grève de la faim pour protester contre son précédent mandat de détention administrative, a déclaré son père. Il a été arrêté à nouveau quelques jours plus tard.

Aujourd’hui, il y a environ 600 détenus administratifs dans les prisons israéliennes, dont 16 enfants.

« La détention administrative est un vrai problème, nous essayons de comprendre pourquoi, quel est le but de son arrestation, mais nous sommes toujours en train de nous interroger et nous n’avons pas reçu d’explication sérieuse », a déclaré Hassanein. « Depuis le jour où ils l’ont pris et jusqu’à aujourd’hui, nous sommes tous dans un état de confusion … C’est notre fils et il nous est si cher. »

Les grèves de la faim ont traditionnellement été utilisées comme un moyen de faire pression sur Israël pour qu’il améliore les conditions de vie dans les prisons et pour défendre les droits fondamentaux des prisonniers, dont les visites.

Privation des droits

Lundi, Mousa Soufan, un détenu diagnostiqué avec un cancer avancé du poumon, prévoyait de commencer une grève de la faim illimitée pour protester contre la négligence médicale dans les prisons israéliennes, ont rapporté les médias locaux.

En vertu du droit international, Israël est obligé de garantir le bon état de santé des prisonniers sous sa garde.

Amina al-Taweel, porte-parole du Centre d’études sur les prisonniers palestiniens basé à Hébron, a déclaré à Al Jazeera que les personnes en détention administrative sont traitées de la même manière que les prisonniers inculpés.

« Les droits dont ils sont privés, y compris les soins de santé, les droits de visite et leurs conditions de vie générales sont identiques à ceux des prisonniers qui font face à des accusations », a déclaré Taweel. « Mais ceux qui font la grève de la faim font face à des conséquences particulièrement dangereuses ».

Plus tôt cette année, 1 500 prisonniers palestiniens ont entamé une grève de la faim de 40 jours pour obtenir de meilleures conditions d’incarcération.

Cette grève a été la plus longue grève de la faim dans l’histoire du mouvement des prisonniers. Ils ont survécu en prenant du sel et de l’eau, et finalement ils ont réussi à imposer plus de droits de visite et l’accès aux cabines téléphoniques.

Addameer, un groupe de défense des droits des prisonniers basé à Ramallah, a déclaré à Al Jazeera que les conditions dans la prison d’Ofer – qui contient principalement des détenus administratifs – sont désastreuses, avec des cellules surpeuplées pouvant souvent accueillir jusqu’à six personnes à la fois.

Il y a aussi « des infections d’insectes et de rats », a déclaré Dawoud Yusef, le coordinateur d’Addameer.

« La punition collective est courante, où le service pénitentiaire israélien impose des hausses de prix à la cantine, dépouille les prisonniers de leurs visites bimensuelles, et refuse les traitements médicaux », a-t-il dit. « L’isolement cellulaire est courant … Ils sont enfermés dans leur cellule 23 heures par jour, la plupart du temps sans lumière extérieure, et sont souvent enchaînés pendant une heure à l’extérieur. »

Cette année, le nombre d’arrestations a augmenté pour la première fois depuis des années. Au cours des mois d’été, plus de 1000 Palestiniens ont été enlevés à la suite à la crise d’Al-Aqsa à Jérusalem-Est occupée, qui a éclaté en juillet après que trois citoyens palestiniens d’Israël aient tué deux gardes israéliens. Les assaillants avaient également été abattus.

22 octobre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine




Ramzy Baroud annonce la sortie de son nouveau livre : « The Last Earth: A Palestinian Story »

Ramzy Baroud« La dernière terre : une histoire palestinienne » est un défi sans concession à l’approche traditionnelle de l’histoire dans laquelle les Palestiniens, pour leur majorité des réfugiés, sont les véritables protagonistes.

THE LAST EARTH – Sortie prévue le 20 février 2018 – Commandez le livre dès à présent !

« Ce livre émouvant et perspicace est un voyage au cœur des maux de l’occupation et de la colonisation subis par les Palestiniens et tel que vécu sur le terrain. Il permet aux gens eux-mêmes de raconter en toute authenticité et dans toutes leur complexité leurs aspirations, leurs souffrances et leurs luttes. Ramzy Baroud sait écouter, contextualiser et faire ressentir une inhumanité qui dure depuis trop longtemps et que de tels ouvrages contribueront à abolir. »- Ilan Pappe

THE LAST EARTH est un récit hors de toute fiction de l’histoire palestinienne moderne. C’est une interprétation unique de l’histoire du peuple – un compte rendu de la façon dont les événements historiques majeurs en Palestine et au Moyen-Orient ont touché les gens du peuple, et comment ceux-ci, dans leur ténacité, et en dépit de la dépossession subie, représentent une force qui détermine l’histoire.

Associant la discipline universitaire « Histoire d’en bas » et un style littéraire raffiné, cette collection de récits remet en question la perception dans laquelle les Palestiniens – principalement des réfugiés – seraient dans l’incapacité de façonner leur propre histoire, et elle s’oppose à la tentative des historiens et institutions sionistes de remplacer le récit historique palestinien par le récit sioniste.

« J’ai écrit plusieurs livres sur la Palestine, la plupart d’entre eux consacrés à trouver une approche alternative à la transmission de l’histoire palestinienne », a déclaré Ramzy Baroud. « Ce livre est l’aboutissement d’efforts antérieurs et il a été inspiré par mon travail de recherche dans le cadre de mon doctorat – sous l’autorité du professeur Ilan Pappe à l’Université d’Exeter – sur l’histoire populaire », a-t-il ajouté.

« Dans tous ces efforts, j’ai été contraint par le besoin pressant de déplacer la centralité du récit palestinien d’une perspective israélienne à une perspective palestinienne, en particulier celle qui refuse le récit élitiste typique et se concentre plutôt sur le récit du point de vue des Palestiniens ordinaires, dénués de ressources, défavorisés et de la classe des travailleurs. »

Il remet ainsi en question le récit à la fois académique et populaire sur les événements tragiques et criminels qui composent l’histoire palestinienne. Dans un ouvrage à la fois beau et bouleversant, Baroud maîtrise magistralement les dimensions du temps séparant les générations, allant de la Nakba (la catastrophe palestinienne qui a marqué la naissance brutale de l’État israélien) à la destruction du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk en Syrie, puis de la fuite de Yarmouk détruit vers l’Europe.

Les neuf chapitres de son ouvrage nous font connaître des personnages complexes dont les histoires se chevauchent, se renvoyant l’écho retentissant de leur profonde expérience collective. Chaque chapitre, lu individuellement, est comme la synthèse de l’expérience de toute une génération. Lu dans son intégralité, le livre raconte l’histoire d’un peuple dont l’histoire ne peut être réduite à une suite de conflits, mais est brodée et déchirée par des émotions humaines complexes, des espoirs, des rêves, des luttes et des priorités qui s’affranchissent de considérations politiques et militaires et de rivalités idéologiques.

Le Dr Ramzy Baroud participera à diverses conférences pour promouvoir son livre et la cause des réfugiés palestiniens. Si vous souhaitez l’accueillir dans votre ville, institution universitaire ou toute autre plateforme communautaire, veuillez contacter Romana Rubeo: info@ramzybaroud.netwww.ramzybaroud.net

A1 * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

THE LAST EARTH – Sortie prévue le 20 février 2018 – Commandez le livre dès à présent !

Seattle/Londres, 4 octobre 2017 – Transmis par l’auteur




Photo : Archives Info-Palestine.eu

Trois questions qui peuvent faire dérailler l’accord Fatah-Hamas

Adnan Abu AmerLes pourparlers de la semaine dernière entre le Fatah et le Hamas pour la mise en place d’un gouvernement d’unité ont poussé les Palestiniens à un optimisme modéré sur le fait que cette fois les négociations pourraient aboutir.

Malgré le ton positif de la déclaration publiée après la réunion au Caire le 10 octobre, il reste un certain nombre de questions difficiles à négocier qui pourraient entraver le succès des efforts de réconciliation. Les deux parties doivent encore décider qui contrôlera Gaza à l’avenir, ce qu’il adviendra de la branche militaire du Hamas et ce qui se passera avec les employés du gouvernement de Gaza.

L’administration de Gaza

Le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007 après avoir affronté et expulsé le Fatah, qui avait alors refusé de reconnaître sa victoire aux élections de 2006. Par la suite, le Hamas a dû mettre en place ses propres mécanismes et organes pour administrer la bande de Gaza.

Actuellement, le Hamas domine tous les aspects de la vie à Gaza. Il contrôle l’éducation, administre les soins de santé et les hôpitaux, perçoit les impôts des entreprises et des ménages, assure la sécurité et gère les passages frontaliers avec l’Égypte et Israël.

LIRE EGALEMENT : Qu’est-ce qui se cache derrière l’accord Hamas-Fatah ?

En d’autres termes, au cours des 10 dernières années, le Hamas a mis en place un appareil d’État à part entière, distinct de l’Autorité palestinienne (AP). Alors qu’arrivera-t-il à toutes ses institutions? Vont-elles disparaître du jour au lendemain, pour être remplacées par des autorités relevant du chef de l’AP à Ramallah ? Le démantèlement sera-t-il traité progressivement ou y aura-t-il un transfert en bloc du contrôle de Gaza ? Qu’adviendra-t-il des loyalistes du Hamas au sein de ces institutions ?

Il est clair que l’absence d’une vision détaillée de la façon de procéder à l’unification créera le chaos, avec de multiples tentatives de traiter des problèmes individuels. Sans un cadre défini et convenu par les responsables des deux camps, les tentatives d’unification peuvent facilement échouer.

Les armes de la résistance

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a déclaré à plusieurs reprises que l’objectif final de la réconciliation est d’établir le contrôle administratif total de l’AP sur Gaza. Début octobre, il a déclaré que sur les terres palestiniennes, il devait y avoir « une autorité, une loi et une sécurité ».

En outre, le fait que les puissances américaines, israéliennes et régionales aient levé leurs objections à cette réconciliation – chacune pour leurs propres raisons – ne doit pas être interprété comme impliquant qu’elles resteront indéfiniment silencieuses sur les stocks d’armes à Gaza. Ces armes appartiennent à diverses branches de la résistance, notamment le Hamas, le Jihad islamique, le Front démocratique pour la libération de la Palestine et les Comités de résistance populaire.

Le Hamas pour sa part a annoncé, et continue d’affirmer, que l’avenir de sa branche armée n’est pas soumis aux négociations de réconciliation et qu’il n’acceptera pas de la sacrifier pour consolider le gouvernement de réconciliation à Gaza. Cela faisait partie d’un certain nombre d’autres déclarations du Hamas visant à rassurer ses cadres, qui ont assuré beaucoup sacrifices pour constituer ces dépôts d’armes.

Reconnaissant à quel point ce problème est problématique pour le Hamas, l’AP et les Égyptiens – les parrains de la réconciliation – ont laissé entendre qu’ils laisseraient la discussion de cette question pour un stade ultérieur des négociations, de peur de tomber dans une impasse.

Mais que se passera-t-il si et quand le ministre palestinien de l’Intérieur arrivera à Gaza pour mettre en place la même coordination répressive avec Israël que celle actuellement en place en Cisjordanie ? Le Hamas va-t-il tolérer cela ?

La coordination de la répressive que l’Autorité palestinienne voudra transférer à Gaza en y établissant son gouvernement pourrait signifier que les véhicules militaires israéliens entreraient à volonté dans le territoire, même si ce n’était que dans la périphérie. Et cela signifierait que la sécurité palestinienne devrait informer ses homologues israéliens de toute violation de la sécurité des frontières. La sécurité israélienne informerait son homologue palestinien de tous les ateliers de fabrication d’armes à Gaza, qui devraient être démantelés et leurs membres arrêtés.

Tous ces événements prévus et imprévus sont des scénarios de cauchemar pour le Hamas. Le mouvement y est-il préparé ou espère-t-il les reporter indéfiniment?

Si en effet l’Autorité palestinienne prend en charge la sécurité à Gaza, elle devra également prendre le relais du Hamas pour traiter les incursions israéliennes à la frontière de Gaza, les attaques aériennes israéliennes et le harcèlement des pêcheurs de Gaza par la marine israélienne. Pendant longtemps, ces problèmes ont embarrassé le Hamas parce qu’il n’était pas capable de les traiter, ce qui causait un mécontentement croissant parmi les habitants du territoire assiégé.

Le salaire des employés de Gaza

Le dernier problème qui pourrait potentiellement faire dérailler l’accord d’unité est le sort de près de 50 000 employés dans les institutions dominées par le Hamas à Gaza. Ces employés sont les soutiens d’environ un quart de million de personnes à Gaza. Ce sont eux qui ont assumé le fardeau de l’administration de Gaza au cours des 10 dernières années et ils seront hostiles à toute altération de leurs fonctions administratives ou à la réduction de leurs salaires.

LIRE EGALEMENT : L’accord Fatah-Hamas est-il « gagnant gagnant » ?

Le Hamas a été catégorique lors des négociations précédentes pour que la sécurité d’emploi soit garantie pour ces employés et que ces derniers soient traités comme des égaux des employés de l’AP. Il est bien connu qu’un certain nombre d’efforts de réconciliation et de négociation ont buté sur le fait que l’AP refusait de reconnaître ces employés.

Il y a des rumeurs selon lesquelles des comités seraient formés pour examiner la question de ces employés et pour établir les priorités du gouvernement par rapport à leurs besoins. Cependant, on ne sait pas si la sécurité de leurs emplois est quelque chose d’envisagé.

Alors, qui sera le garant des employés de Gaza et qui assurera leurs salaires si un accord est trouvé sur leur statut ?

La réalité sur le terrain exige que des compromis soient trouvés et que les deux parties soient suffisamment sérieuses pour renoncer aux intérêts partisans et aux considérations d’organisation afin de remettre sur les rails un projet national palestinien, qui ne réussira pas tant que le spectre de la division le hantera.

* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé en Histoire de la question palestinienne, sécurité nationale, sciences politiques et civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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21 octobre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine




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Palestine occupée : transformer des bus en salles de torture

Shahrazad OdehLa mosquée al-Asqa de Jérusalem – l’un des sites les plus saints de l’Islam – a été l’objet de beaucoup d’attention durant l’été quand Israël a interdit aux fidèles palestiniens de venir y prier.

Certains actes particulièrement brutaux [de la part des forces israéliennes d’occupation] dans cette même période n’ont toutefois pas été signalés par les médias internationaux.

Grâce à mon travail en tant qu’avocate au sein du Comité public contre la torture en Israël, j’ai recueilli des témoignages de victimes d’un de ces incidents.

Le 27 juillet, la police israélienne a effectué une descente dans le composé d’al-Aqsa, vers 22h. C’était peu de temps après que les autorités israéliennes eurent retiré les détecteurs de métaux et les caméras qu’elles avaient placés à l’entrée du complexe.

Le raid, qui n’était pas le premier à al-Aqsa ce jour-là, apparaissait comme une vengeance de la police sur les Palestiniens qui avaient résisté avec succès aux interdictions d’accès à la mosquée, dans une campagne de désobéissance civile longue de deux semaines.

Quelques instants après avoir appelé tout le monde à évacuer la mosquée, les policiers ont tiré des balles en caoutchouc sur les fidèles pacifiques, en blessant plusieurs. Environ 120 Palestiniens ont été arrêtés, et aucun d’entre eux n’a résisté à leur arrestation.

Une équipe médicale palestinienne avait prodigué des soins à un fidèle dans la mosquée avant le raid, et elle s’est retrouvée à devoir aider les victimes du raid, dont un homme blessé par une balle en acier recouverte de caoutchouc. ***

L’un des membres de l’équipe médicale a déclaré qu’un officier de police israélien connu sous le nom de Shlomi « s’est dirigé vers nous et a dit à ses hommes : ‘Ce ne sont pas des paramédicaux, ce sont tous des menteurs, prenez leurs gilets et b…-les' ».

La police a dépouillé le personnel médical de leurs tenues, les a groupés avec les fidèles et les a poussés dans un coin avec les mains en l’air.

La police a ensuite forcé tous les prisonniers à se mettre à terre. Beaucoup ont été battus par des policiers qui portaient des gants renforcés et avec des matraques.

Entravés

Les détenus avaient les mains liées derrière le dos avec des câbles en plastique. Enchaînés et impuissants, les détenus ont été forcés de s’agenouiller, certains ayant reçu l’ordre d’incliner la tête entre leurs jambes.

« Ils m’ont pointé du doigt, je me suis dirigé vers eux, une policière m’a attrapé par les mains, tandis qu’un autre policier m’a donné un coup de pied dans le dos et je suis tombé par terre », a déclaré un détenu.

« Ils retenaient mes mains derrière mon dos et l’un d’eux a sauté sur moi, a marché sur ma hanche, a tiré mes mains plus loin en arrière et m’a menotté. Je lui ai dit: « C’est très serré, je ne suis qu’un humain. » L’officier a dit: « C’est serré ? » Et il a resserré les manchettes en plastique jusqu’à ce que je saigne.

Les détenus ont été divisés en deux groupes et contraints de marcher pieds nus depuis la mosquée jusqu’à la porte du Maroc – une entrée dans la vieille ville de Jérusalem.

Certains ont été forcés de marcher avec la tête baissée; d’autres ont été obligés de s’incliner à un angle de 90 degrés en marchant. À la porte, certains ont été à nouveau forcés à s’agenouiller tandis que d’autres subissaient une fouille complète au corps.

Tout cela a eu lieu alors que les spectateurs israéliens se moquaient de nous, filmaient et photographiaient.

Le premier groupe de détenus a été transféré dans des véhicules de police. Le deuxième groupe, une centaine de détenus, a été forcé de monter dans un autobus de la société israélienne de transport public Egged.

Une fois chargés dans l’autobus, les détenus ont été forcés de s’asseoir, les mains derrière le dos. Un jeune homme a dit avoir éprouvé tout d’abord un sentiment de soulagement: « j’étais enfin assis sur une chaise parce que mes pieds me faisaient terriblement souffrir. Ils étaient piétinés par les policiers et je marchais pieds nus depuis l’arrestation. Je n’étais plus capable de bouger, mes pieds étaient enflés. »

Le jeune homme ajouta rapidement qu’il n’avait « pas le droit de se sentir soulagé ». Il lui fut rapidement demandé de courber la tête entre ses genoux.

« Mon dos allait craquer »

Alors qu’il dans cette position, les policiers ont jeté un autre détenu sur son dos et ceux des trois détenus placés à côté de lui. Trois autres détenus ont ensuite été empilés sur eux, formant une sorte de pyramide humaine.

« Ils ont jeté une personne lourde sur nous quatre, » raconte le jeune homme. « Je sentais que mon dos allait craquer. »

D’autres détenus ont dûécarter leurs jambes pour que deux détenus puissent être placés sur chaque jambe. Dans certains cas, un autre détenu a été placé sur le sol entre les jambes des autres détenus et face à leurs organes génitaux.

Le reste des détenus a été forcé de s’asseoir sur le sol du couloir de l’autobus.

Le niveau de violence policière était tel que les détenus craignaient pour leur vie.

« J’ai vu la mort dans leurs yeux [de la police] », a déclaré une autre victime.

« Je n’ai pas peur facilement », a déclaré un autre jeune homme, âgé de 22 ans. « Mais cette nuit-là, j’étais sûr qu’ils allaient nous tuer, nous tous. J’avais tellement peur que j’ai presque uriné dans mon pantalon. »

Les témoignages de ces prisonniers et de quelques autres ont constitué la base d’une plainte déposée par le Comité public contre la torture en Israël, au nom de 10 Palestiniens placés dans ce bus. La plainte a été déposée auprès de l’unité d’enquête de la police israélienne à la fin août.

Le bus transportant les détenus a été amené au dit Complexe russe, un centre d’interrogatoire synonyme de torture.

Agression

Certains détenus ont révélé d’autres violences policières à leur égard dans le centre. Un adolescent, qui souffrait visiblement, figurait parmi les agressés.

La plupart des détenus ont été libérés du Complexe russe après une heure ou deux. D’autres, cependant, n’ont pas été libérés avant le jour suivant.

Chaque membre du groupe était lié jusqu’au jour suivant avec un autre homme pendant sa détention. Ils devaient s’accompagner même lors de l’utilisation des toilettes.

Les hommes qui étaient enchaînés devaient dormir par terre.

L’un des détenus a été frappé à la tête par la police pendant le raid. Même s’il était visiblement en train de saigner, il n’a reçu aucun traitement médical avant sa détention – moment où il a été emmené dans une ambulance.

Les détenus avec qui j’ai parlé ont tous signalé qu’ils avaient les poignets enflés et qu’ils saignaient en raison des serrages imposés.

Cet incident n’était pas la première fois qu’Israël réquisitionne des véhicules de transport public pour des opérations militaires ou policières.

En 1992, Israël a utilisé des bus Egged pour déporter plus de 400 Palestiniens – les yeux bandés – de la Cisjordanie occupée et de Gaza vers le sud du Liban.

L’utilisation abusive des bus par les forces d’occupation israéliennes est symptomatique d’un problème plus important. Depuis sa création, Israël a délibérément réquisitionné des biens publics ou civils et les a transformés en zones militaires fermées. La saisie sur ce mode de grandes étendues de la Cisjordanie a permis à Israël d’étendre ses colonies.

Israël refuse de séparer ce qui est militaire de ce qui est civil. L’armée israélienne gère des bases et des bureaux dans les universités; les soldats transportent leurs armes dans les transports publics.

En s’imposant violemment dans presque tous les aspects de la vie palestinienne, Israël a pu attaquer impunément les lieux de culte, et même les bus ont été transformés en cellules de prison.

* Sharazad Odeh est avocate palestinienne des droits de l’homme et chercheuse en droit et en genre. Elle travaille comme avocate auprès de Kayan Feminist Organization et occupe divers postes de recherche à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Les opinions exprimées dans cet article sont les siennes.

10 octobre 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine




Ramzy Baroud

L’homme blanc tue et le coupable est l’homme de couleur

Ramzy BaroudJe redoute les aéroports américains. A partir du moment où j’y suis jusqu’à celui où j’en sors, je me sens pris au piège par mes propres peurs générées par d’innombrables expériences de profilage racial, d’interrogatoires prolongées et de suspicions sans fondement.

Je n’ai rien fait qui mérite que je sois incriminé. Certes, j’ai été très critique envers les gouvernements américains successifs pour leurs politiques étrangères criminelles et leurs guerres immorales à l’étranger, ainsi que pour l’injustice sociale et l’inégalité économique dévastatrices dans ce pays. Mais quel sens y aurait-il, ou simplement d’utilité, à être un intellectuel ou un journaliste si l’on ferme les yeux sur l’injustice ?

La première fois que j’ai été détenu pendant des heures, c’était à l’aéroport JFK en 2003. La crainte des terroristes supposés se cacher partout, était à son maximum. Comme on pouvait s’y attendre, les musulmans étaient accusés, payant le prix d’aventures militaires injustifiées au Moyen-Orient et du terrorisme et de la violence qui en résultaient partout ailleurs.

« Qu’avez-vous contre notre président? » m’a demandé un grand officier avec une casquette noire de base-ball sur la tête, comme si ma critique des guerres de George W. Bush en Irak et en Afghanistan était une violation des lois les plus sacrées des États-Unis. Il ne s’attendait pas à une réponse et continuait à fouiller dans mes affaires dans une petite pièce mal éclairée.

Peu après, j’ai été détenu à l’aéroport de Seattle-Tacoma. Les agents mal informés ont trouvé un reçu dans mes sacs sur lequel on pouvait lire : « Restaurant Halal ». Un officier a essayé d’expliquer que mon choix culinaire reflétait mes croyances religieuses extrémistes. Je lui ai rétorqué que sa logique mettrait en accusation la moitié de la ville de Londres en raison de la prolifération de restaurants halal et kebab là-bas.

Mais le harcèlement n’a jamais cessé. En fait, il s’est aggravé, devenant progressivement routinier. Les bons Américains sont invités à rester vigilants : « Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose », leur rappelle-t-on constamment.

Le message sous-jacent semble toujours indiquer que les hommes et les femmes de la peau foncée, habituellement les musulmans, se comportent de manière « suspecte », comme parler l’arabe, ou prononcer la formule « inch’Allah ».

Selon la logique ci-dessus, même le racisme flagrant reste impuni. De nombreux récits de Musulmans jetés hors des avions, souvent à coups de pied et avec des cris, deviennent quelque chose de normal.

Lorsque l’an dernier, Khairuldeen Makhzoomi, âgé de 26 ans, a été expulsé d’un vol des Southwest Airlines pour avoir parlé arabe au téléphone, l’agent qui l’a escorté l’a réprimandé pour avoir utilisé sa langue maternelle en public dans « le climat politique actuel ».

Plus récemment, Anila Dualatzai a été expulsée de force, sans aucune retenue, d’un avion qui allait à Los Angeles.

Son avocat a décrit son épreuve dans une interview avec le Washington Post. Elle a été « profilée, abusée, interrogée, détenue et soumise à de faux témoignages et au traumatisme d’une honte publique violente et raciste précisément parce qu’elle est une femme, une personne de couleur et une musulmane ».

Rien de tout cela est nouveau. C’est devenu la norme depuis de nombreuses années dans un pays qui se permet constamment de réprimander d’autres nations pour leur manque de respect des droits de l’homme et les mauvais traitements infligés aux minorités.

Les récits d’abus des musulmans américains sont nombreux et en constante augmentation. Seuls certains d’entre eux deviennent des nouvelles, à cause de la pure inhumanité ou l’absurdité qu’ils révèlent. En 2015, Ahmed Mohamed, âgé de 14 ans, a été arrêté et conduit dans un commissariat avec des menottes aux poignets alors qu’il transportait une horloge artisanale à l’école pour la montrer fièrement à ses professeurs. Au lieu de cela, ils l’ont signalé à la police pour avoir « fabriqué une bombe ».

Cette hystérie anti-musulmane, stimulée par une peur encouragée par les médias, est précisément le type de délire verbal grâce auquel un président opportuniste et populiste comme Donald Trump se présente comme le protecteur de la nation. Ses efforts sans relâche pour empêcher les citoyens des pays musulmans de voyager aux États-Unis ne font qu’alimenter cette peur irrationnelle et distraire tout le monde des problèmes réels qui continuent d’affliger le pays.

La rhétorique anti-musulmane de Trump a été répandue pendant des années, surtout après qu’il ait concouru pour la nomination présidentielle au Parti républicain. Plus sa popularité augmentait, plus sa propagande anti-musulmane devenait exécrable. Dans un de ses communiqués publié en décembre 2015, il appelait à un « fermeture totale et complète » des frontières américaines « jusqu’à ce que les représentants de notre pays puissent comprendre ce qui se passe ».

Il se plaignait de la prétendue « grande haine des musulmans envers les Américains ».

« Sans même consulter différentes données de sondages, il est évident pour chacun que la haine est au-delà de la compréhension », a-t-il dit.

Mais un coup d’œil rapide sur les données de sondage pourrait surprendre Trump, qui dans tous les cas n’a jamais guère tenu compte des faits.

Newsweek a rendu compte de statistiques rassemblées pour la première fois par Mother Jones, montrant que les hommes blancs ont commis la plupart des massacres du pays. Depuis 1982, « la majorité des fusillades de masse – 54% – ont été commises par des hommes blancs », révèlent les chiffres.

Stephen Paddock, l’homme blanc de 64 ans qui a massacré 58 personnes et en a blessé des centaines d’autres au Harvest Music Festival de Las Vegas le 1er octobre, n’a été qu’un élément dans une liste de plus en plus longue.

D’innombrables responsables gouvernementaux et journalistes ont tenté de comprendre pourquoi Paddock avait commis un acte aussi haineux, comme si la violence des Blancs était un phénomène rare dans un pays prétendument menacé par les Noirs, les Mexicains et les musulmans.

Certains ont sombré dans des nouvelles bassesses, essayant de relier le Paddock malade mental au Moyen-Orient – comme si une telle connexion pouvait offrir la seule explication rationnelle à son acte monstrueux.

« Les enquêteurs restent perplexes quant aux motifs de Paddock, mais ont dit qu’il a visité la région controversée (du Moyen-Orient) lors d’une croisière », a rapporté l’Independent. Qu’il ait également voyagé sur 11 autres croisières avec de nombreuses destinations et de nombreux arrêts semblait un fait superflu…

Pourtant, la vérité est que le profil de l’homme blanc est des plus violents aux États-Unis, selon des données irréfutables.

« Les hommes blancs commettent des fusillades de masse d’une façon qui défie l’entendement », écrit John Haltiwanger dans Newsweek.

Les recherches menées par Eric Madfis de l’Université de Washington ont révélé en 2014 qu’aux États-Unis, « les hétérosexuels de race blanche, à l’adolescence et à l’âge mûr, commettent des meurtres de masse … en nombre disproportionnellement élevé par rapport à leur nombre. » Il a attribué cette conclusion au « sentiment blanc d’avoir tous les droits » et à « la masculinité hétérosexuelle », entre autres raisons.

Pourtant, l’intégralité de la race, du sexe et de la religion ne sont pas tenue pour autant pour suspecte. Les hommes blancs chrétiens ne sont pas traînés hors des avions ou interrogés pendant des heures dans les aéroports sur le type de nourriture qu’ils mangent et les idées politiques qu’ils défendent.

Plus tôt cette année, deux policiers m’ont ciblé dans une foule à l’aéroport de Seattle. Ils semblaient savoir qui j’étais. Ils m’ont demandé de les suivre et j’ai obtempéré. Être un Arabe rend souvent sa citoyenneté américaine presque sans importance.

Dans une arrière-salle, on m’a posé de nombreuses questions sur mes opinions politiques, mes idées, mes écrits, mes enfants, mes amis et mes défunts parents palestiniens.

Pendant ce temps, un agent a pris mon sac et tous mes papiers, y compris les reçus, les cartes de visite, et plus encore. Je n’ai pas protesté. Je suis tellement habitué à ce traitement et à des questions sans fin que je réponds pour la forme de la meilleure façon possible.

Le fait que je sois un citoyen américain, qui ait fait des études supérieures, acheté une maison, élevé honorablement une famille, payé ses impôts, obéi à la loi et contribué à la société de multiples façons, ne suffit pas à m’exclure de la catégorie des « hommes basanés ».

Je reste un Arabe, un musulman et un dissident, tous des péchés impardonnables dans la nouvelle Amérique qui s’impose rapidement.

Certes, le sentiment anti-arabe et musulman aux États-Unis existe depuis des générations, mais il a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies. Les Arabes et les musulmans sont devenus des boucs émissaires faciles pour toutes les expériences américaines ratées de guerres et de violences à l’extérieur.

Peu importe que depuis le 11 septembre 2001, les risques d’être tués par le terrorisme sont de 1 sur 110 000 000, un nombre extrêmement négligeable par rapport à la probabilité de mourir du diabète, par exemple, ou d’une attaque de requins…

Le « terrorisme », d’un phénomène violent nécessitant un débat national et des politiques sensées pour le combattre, est devenu un croque-mitaine qui met tout le monde en conformité et divise les gens entre les dociles et les obéissants d’une part, et les « radicaux » et suspects de l’autre.

Mais blâmer les musulmans pour le déclin de l’empire américain est aussi inutile que malhonnête.

Les Arabes et les musulmans ne sont pas responsables de la mort du « rêve américain » – à condition que celui-ci ait jamais existé – ni de l’élection de Donald Trump, ni de la corruption généralisée et des pratiques de type mafieux des élites dirigeantes et des partis politiques américains.

Ce ne sont pas les Arabes et les musulmans qui ont trompé les États-Unis pour envahir l’Irak et l’Afghanistan, où des millions d’Arabes et de musulmans ont perdu la vie en raison de l’aventurisme militaire – hors de tout contrôle – des États-Unis.

En fait, les Arabes et les Musulmans sont de loin les plus grandes victimes du terrorisme, que ce soit la terreur parrainée par l’État ou celle de groupes désespérés et tout à fait condamnables comme l’État islamique d’Irak et du Levant (ISIL) et Al-Qaïda.

Étouffer tous les problèmes urgents et mettre l’accent sur la poursuite, la diabolisation et l’humiliation des hommes et des femmes à la peau brune n’est certainement pas la solution aux bouleversements économiques, politiques et de politique étrangère que les élites dirigeantes américaines ont imposés à leur pays.

Un tel comportement illégal et antidémocratique peut nourrir encore un certain temps l’hystérie anti-musulmane et donner à Trump du combustible pour s’attaquer à des hommes et des femmes innocents. Mais sur le long terme, cela fera beaucoup de mal au pays, endommagera ses institutions démocratiques et contribuera à une culture de la violence mise en pratique par des hommes blancs passionnés d’armes à feu et vidant leurs chargeurs sur des innocents.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

Articles du même auteur.

16 octobre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Abed Zagout

Le conflit s’intensifie entre le Hamas et les salafistes de Gaza

Hamza Abu EltarabeshLes affiches collées à l’extérieur de la maison de Nidal al-Jaafari à Rafah, au sud de Gaza, racontent son histoire.

La plupart d’entre elles ont été postées pour le mariage du jeune homme de 29 ans et portent des messages de félicitation. Le mariage remonte à l’année dernière, et elles sont un peu défraîchies. Il y a maintenant, à côté d’elles, de nouvelles affiches avec la photo de Nidal en uniforme, souriant et posant avec son fusil. Celles-là parlent de sa mort.

Nidal, un membre des Brigades Qassam, la branche militaire du Hamas, a été tué le 17 août dans un attentat-suicide près de la frontière de Gaza avec l’Égypte.

A l’époque, l’attentat a été attribué au groupe État islamique. C’était le dernier épisode de violence résultant de la rivalité meurtrière qui oppose, depuis une dizaine d’année, le parti islamiste qui contrôle les affaires intérieures de Gaza aux militants salafistes de l’enclave côtière et au-delà.

On parlait aussi, à l’époque, de la mise en œuvre d’un accord entre le Hamas et l’Égypte pour améliorer les relations et alléger le blocus égyptien de la bande côtière. L’accord, qui porte sur les mesures que le Hamas doit prendre pour empêcher l’infiltration des Salafistes vers et hors du Sinaï – où le mécontentement contre la domination du Caire s’est transformé en une véritable insurrection au cours des quatre dernières années, – a été renforcé par l’accord d’unité préliminaire entre le Fatah et le Hamas, élaboré avec la médiation de l’Égypte et annoncé le 12 octobre.

C’était précisément une de ces infiltrations que tentaient d’empêcher Nidal et son équipe, dont son neveu, Salem al- Jaafari, 26 ans. Ils ont attrapé l’un des deux hommes équipés d’armes légères à l’entrée d’un petit tunnel près de la frontière. L’homme a déclenché sa ceinture explosive et il a tué Nidal et lui-même. Salem a été blessé.

L’autre infiltré avait été appréhendé et désarmé quelques instants plus tôt, comme l’a expliqué Salem à Riziq al-Jaafari, 36 ans, le frère aîné de Nidal, administrateur au Collège Dar al-Nahdah à Rafah.

« J’espère que [le Hamas] frappera durement ces extrémistes et les chassera de Gaza », a déclaré Riziq, visiblement très en colère, à the Electronic Intifada.

La répression

La riposte du Hamas a été immédiate. Le lendemain de l’incident, les forces de sécurité du Hamas, aidées par les Brigades Qassam, ont lancé une opération de répression des groupes salafistes à Gaza, en se concentrant sur les villes méridionales de Rafah et Khan Younis.

Les bureaux de deux groupes salafistes opérant à Gaza – l’État islamique de Gaza, considéré comme affilié à l’État islamique, et l’Armée de l’Islam, considérée comme proche d’Al-Qaïda – ont été fermés et plusieurs de leurs membres arrêtés.

Ahmad Abu Naji, un officier du service de la sécurité intérieure de Gaza, a confirmé que l’opération comprenait également des raids sur des maisons et des camps d’entraînement affiliés à des militants salafistes. Il a dit que des dizaines de personnes avaient été arrêtées, en particulier dans le quartier de Tal al-Sultan à Rafah, où habitait Mustafa Kullab, le terroriste qui a commis l’attentat-suicide.

« Tous ceux qui étaient proches de lui ou qui venaient chez lui ont été arrêtés », a déclaré Abu Naji à The Electronic Intifada.

Eyad al-Buzom, le porte-parole du ministère de l’Intérieur de Gaza, a déclaré que les autorités ne toléreraient pas que quelque groupe que ce soit menace la sécurité à Gaza.

« Nous ne laisserons personne nuire à la sécurité de la bande de Gaza, ni de la frontière [avec l’Égypte] ».

La répression s’est poursuivie en octobre. Au début du mois, alors qu’il s’apprêtait à envoyer une délégation aux pourparlers de réconciliation au Caire, le Hamas a arrêté Nour Issa et trois autres personnes à Rafah. Issa est soupçonné d’être un haut-commandant d’une milice salafiste affiliée à l’État islamique. Selon le ministère de l’Intérieur de Gaza, il s’est battu en Libye et était recherché depuis plus d’un an.

Tensions mortelles

L’attentat du mois d’août a déchaîné les Brigades Qassam du Hamas contre l’État islamique de Gaza, dans la continuation du conflit qui oppose le Hamas aux Salafistes depuis août 2009.

A l’époque, plus de 20 personnes avaient été tuées dans des affrontements entre les Brigades Qassam et les membres armés d’un groupe salafiste, lorsqu’Abd al-Latif Musa avait proclamé un califat islamique à Gaza et avait reproché au Hamas de ne pas appliquer la loi islamique.

Les tensions entre le Hamas et les salafistes de Gaza – qui se monteraient à plusieurs centaines – durent depuis lors, et donnent lieu à des accrochages occasionnels. En 2011, après l’enlèvement et le meurtre d’un militant italien, le Hamas a fait une descente chez les militants salafistes soupçonnés d’implication qui a abouti à la mort de deux d’entre eux et à l’arrestation de quatre autres.

Tous les quatre ont été reconnus coupables d’avoir participé au meurtre de Vittorio Arrigoni. Deux ont été condamnés à la prison à vie, une peine qui a ensuite été commuée à 15 ans. L’un d’entre eux, Mahmoud al-Salfiti, s’est ensuite échappé de Gaza avant d’être tué en Irak en combattant avec l’État islamique. Les deux autres ont reçu des peines de 10 ans et d’un an.

En 2015, une série d’attentats à la bombe à Gaza a déclenché une autre répression.

La lutte semble devoir se poursuivre, voire s’accentuer, parce que le Hamas tente d’améliorer ses relations avec Le Caire pour maintenir l’ouverture du passage frontalier de Rafah. Les relations entre Gaza et l’Égypte se sont grandement détériorées quand Abdulfattah al-Sissi a évincé en 2013 Muhammad Morsi, le président démocratiquement élu, puis interdit son parti, les Frères musulmans, et enfin déclaré que le Hamas était un groupe terroriste.

Le coup d’État a intensifié les tensions dans le Sinaï, où le conflit larvé entre le gouvernement et les tribus locales s’est transformé en une véritable insurrection qui a amené des groupes salafistes du Sinaï à faire allégeance à l’État islamique en 2014.

Par le passé, Le Caire a accusé le Hamas d’abriter des salafistes qui fuyaient le Sinaï. Le Hamas a toujours nié et, dans le cadre de l’amélioration des relations, un tribunal égyptien est revenu, en 2015, sur la décision précédente de considérer le Hamas comme un groupe terroriste. Le Hamas de son côté s’est mis à lutter contre les infiltrations d’hommes et d’armes vers et hors de Gaza. En juin, le Hamas a également entrepris de maintenir une zone tampon le long de sa frontière avec l’Égypte.

Le drame d’août doit être analysé à la lumière de ce contexte.

Selon Thabit al-Amour, un analyste politique qui commente l’actualité sur Palestine Today TV, les accords entre le Hamas et le Caire sont entrés dans une « phase sérieuse ».

« Cet attentat-suicide est le résultat de la détermination du Hamas de bloquer les mouvements clandestins de Gaza vers le Sinaï et vice versa », a déclaré al-Amour. « Gaza fait plus d’efforts pour contrôler les arrivées et les départs depuis la bande de Gaza vers le Sinaï et pour fermer le passage à l’État islamique depuis le Sinaï, ce qui a limité ses mouvements et l’a peut-être affaibli. En conséquence, l’État islamique a dû activer une de ses cellules dormantes à Gaza ».

Le désespoir engendre l’extrémisme

Certains voient également la main d’Israël dans ces développements.

Akram Attalla, analyste politique et chroniqueur au journal al-Ayyam, pense qu’Israël finance l’État islamique au Sinaï pour saper l’autorité du Hamas.

« Israël est conscient que les Palestiniens se sont adaptés aux divisions qui les séparent et au siège de Gaza », a-t-il déclaré à The Electronic Intifada. « Par conséquent, Israël tente de créer des groupes qui peuvent nuire au Hamas ».

Omar Jaara, expert pour les affaires israéliennes et conférencier à l’Université nationale An-Najah en Cisjordanie, est d’accord avec cette analyse. Pour lui aussi, l’État islamique est un « outil contrôlé par Israël pour maintenir l’instabilité » à la frontière avec l’Égypte. La menace croissante que l’EI fait peser sur l’Égypte, a-t-il ajouté, est un « joker » qu’Israël peut utiliser contre le Hamas.

Ahmed Yousef, qui conseillait Ismail Haniyeh quand il était premier ministre à Gaza, a supplié Le Caire de comprendre que c’est l’isolement et le désespoir qui sont largement à l’origine de cet extrémisme à Gaza. Alléger le blocus de Gaza est essentiel si l’on veut stabiliser la situation et cela servirait les intérêts des Égyptiens comme des Palestiniens.

Et Mahmoud al-Ajrami, spécialiste de la sécurité et conférencier à l’Université de Palestine à Gaza, a déclaré que l’attentat-suicide avait pour objectif de contrecarrer le rapprochement entre le Hamas et l’Égypte.

« Ceux qui ont fait cela veulent empêcher l’ouverture du passage de Rafah », a-t-il dit.

Les militants salafistes de Gaza sont difficiles à interviewer. Les geôliers du Hamas ne permettent pas souvent de parler à ceux qui sont en prison. En ce qui me concerne, j’ai réussi à obtenir la permission de parler à certains prisonniers, mais ils ont refusé de répondre à mes questions.

J’ai réussi à parler au téléphone avec un militant salafiste autoproclamé qui a déclaré allégeance à l’État islamique. Il a dit s’appeler Abu Abdallah al-Maqdisi – ce qu’il m’a été impossible de vérifier. Il a dit qu’il avait quitté Gaza pour le Sinaï en 2014 après l’attaque meurtrière d’Israël au cours de cet été-là.

Il a accusé le Hamas d’avoir abandonné la loi islamique et expliqué que la cause de l’opposition salafiste au Hamas était « son rapprochement avec les chiites » – une référence aux relations du Hamas avec l’Iran. Tout en soulignant que les salafistes ne voulaient pas importer leur combat à Gaza, il a lancé cet avertissement : « Si quelqu’un se met en travers de notre route, nous lui ferons ce que Mustafa [Kullab] a fait au Hamas. »

L’histoire de deux voisins

Après l’attentat-suicide, la famille Kullab a fait une déclaration pour condamner ce que leur fils avait fait et a refusé d’organiser ses funérailles. Elle a également appelé les autorités à réprimer « d’une main de fer » les extrémistes qui menacent la sécurité intérieure.

Depuis, la famille a refusé de parler aux médias, et la visite que j’ai rendue au quartier de Tal al-Sultan s’est révélée infructueuse. Certains voisins, la plupart du temps s’exprimant sous couvert d’anonymat, se rappelaient de Mustafa Kullab – qui avait 20 quand il est mort – comme quelqu’un d’introverti; d’autres comme quelqu’un qui aimait s’amuser et sortir. La plupart des hommes d’un groupe qui discutait de l’incident d’août ont soutenu que le Hamas devrait mettre la main sur tous les extrémistes et les éliminer. L’un a prôné la prudence et l’empathie, suggérant que les jeunes hommes comme Kullab étaient victimes d’un lavage de cerveau.

Un autre, Muhammed Abu Salem, qui répare du matériel électronique dans un magasin local, a décrit Kullab comme « quelqu’un de pas compliqué et qui avait bon cœur ».

« Il allait de la mosquée à chez lui et vice versa. C’est tout. Nous ne nous attendions pas à ce qu’il fasse une chose pareille, il a été endoctriné, c’est sûr. »

Il n’y a que 10 minutes à pied de la maison de la famille Kullab à celle de de la famille al-Jaafari dans le quartier de Shaburah. Là, on se souvient de Nidal comme du « garçon aux yeux de couleur » à cause de ses yeux verts. Sa femme, Suzan – enceinte à l’époque et qui a depuis donné naissance à leur fils – était trop malheureuse pour parler aux journalistes. Cependant, son père, Abd al-Rahman Abu Habib, a parlé à The Electronic Intifada de leur dernière rencontre, le jour de son assassinat.

« Nidal avait appelé pour nous dire qu’il viendrait pour le dessert. Mais il n’a pas pu finir sa part de gâteau, on l’a appelé, il nous a dit de la garder, qu’il allait revenir tout de suite ».

Le petit-fils d’Abou Habib devait s’appeler Firas mais, à la place, on lui a donné le nom de son père, Nidal.

* Hamza Abu Eltarabesh est écrivain et journaliste indépendant à Gaza.

13 octobre 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : Archives Info-Palestine.eu

USA & ISRAËL : deux États surpuissants en perdition

Daniel VanhoveLa situation au Moyen-Orient n’a de cesse d’évoluer fortement ces dernières décennies. Sous le fallacieux prétexte des attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush a lancé sa guerre « contre le terrorisme » avec l’objectif annoncé d’un remodelage de la région en fonction des intérêts israéliens, courroie de transmission de ceux des USA.

Sauf que cette stratégie, malgré un nombre inadmissible de victimes civiles et d’infrastructures dévastées, se révèle être un échec cuisant pour les deux administrations, tant américaine qu’israélienne. Seul gagnant : le lobby des armes.

L’Afghanistan puis l’Irak, la Libye puis la Syrie et maintenant le Yémen, sans oublier le Liban et la Palestine se sont révélés plus résistants que les plus illuminés des stratèges des deux puissances meurtrières que sont les USA et Israël l’avaient imaginé, et ces derniers sont désormais pointés du doigt par de plus en plus de citoyens mais aussi d’ONG comme étant des États hors-la-loi. Et si les chancelleries alliées de ces deux Etats n’osent encore parler de la sorte, de nombreux diplomates n’en pensent pas moins et des voix commencent à s’élever pour prendre quelque distance par rapport aux accords actuels.

La guerre en Syrie a probablement terminé d’achever la désastreuse image que ces deux Etats tentaient péniblement de sauver aux yeux du monde, tant les agissements de l’un comme de l’autre ont révélé les accointances et les complicités des USA avec les terroristes de Daesh et d’Israël avec ceux d’Al Nosra ou autrement dit d’al Qaeda rebaptisé pour la cause.

Dans les deux cas, ces États ont consacré depuis des décennies des sommes astronomiques à leurs sordides opérations de guerre pour ce « remodelage », pensant en ressortir vainqueurs avec l’idée de se rembourser par le pétrole et le gaz convoités dans ces pays dévastés. C’était sans compter sur les capacités de résistance de ces nations détruites qui, malgré les traumatismes encaissés, ont trouvé la force et le courage de s’organiser avec l’aide d’alliés solides et fiables pour contrer les plans machiavéliques des deux gouvernements prédateurs en question.

Et aujourd’hui, le bilan est catastrophique pour ces deux États voyous : non seulement ils ont échoué sur tous les fronts, que ce soit par leurs agressions directes ou par celles confiées à des mercenaires de pays tiers, mais en plus, par leur entêtement aveugle attestant in fine de leur incompétence, ils se sont mis la quasi-totalité des autres États à dos en refusant de certifier ce vendredi soir 13 octobre par la voix du président Trump, l’accord négocié pendant douze années (!) sur le programme nucléaire iranien, le PGAC (Plan global d’action commun ou Accord Iran & 5+1). Par une loi votée au congrès, tous les 90 jours, le président des USA doit certifier cet Accord.

Les autres pays signataires (Russie + Chine + Grande-Bretagne + France + Allemagne ainsi que l’UE) ont suivi de près les contrôles stricts et réguliers effectués par l’AIEA (Agence internationale pour l’énergie nucléaire) dont son chef Y. Amano a assuré de la conformité, ainsi que les rapports qui en émanaient confirmant systématiquement le respect de tous les points de l’Accord par l’Iran.

Mais, obsédés par leur plan de « remodelage du Moyen-Orient » à leurs seuls avantages, ces deux États voyous n’ont eu de cesse de dénoncer les termes et l’esprit du PGAC pour tenter de le faire annuler par les autres États signataires, ce qu’heureusement ceux-ci ont refusé. Résultat : les USA et Israël sont plus isolés que jamais ; l’Europe envisage même de se rapprocher (enfin !) des positions russes et chinoises ; et l’Iran annonce que désormais, les USA risquent d’être considérés comme État terroriste et prie dès lors ceux-ci de démanteler les bases militaires qui se trouvent à portée de ses missiles balistiques de défense jusqu’à 2 000 km autour de ses frontières.

Pour enfoncer le clou et tenter de détourner l’attention, les USA cherchent un mauvais prétexte pour intervenir militairement en Corée du Nord, la menaçant toujours par la voix de son président, de la détruire totalement ; et Israël semble vouloir intervenir soit au Liban sous prétexte que le Hezbollah serait devenu membre à part entière du gouvernement libanais, soit à Gaza sous prétexte que le Hamas et le Fatah ont signé un accord de réunification que l’occupant sioniste a tout fait pour torpiller et refuse de reconnaître dans la mesure ou le Hamas est considéré comme « organisation terroriste ».

Dans les deux dossiers, et cela semble marquer un tournant dans l’habituel atlantisme européen, l’UE semble s’opposer à ces interventions et étonnamment même l’OTAN vient de déclarer qu’elle ne voulait pas s’engager militairement aux côtés des USA pour attaquer la Corée du Nord.

Dans tous les cas, ces deux redoutables puissances militaires vivent encore sur les acquis de leur passé ne réalisant pas que les pays visés ont pris le temps pour se réorganiser, s’armer, nouer des alliances redoutables et devenir ainsi des forces de résistance aguerries au point de pouvoir contester les vues hégémoniques de ce funeste tandem USA – Israël. Pour preuves, ceux-ci reculent sur plusieurs fronts. Tant en Syrie qu’en Irak. Et plusieurs haut-gradés de l’armée israélienne ainsi que des analystes et stratèges extérieurs ont prévenu le gouvernement de Tel-Aviv que Tsahal n’avait pas les capacités de contrer la montée en puissance du Hezbollah ni peut-être même du Hamas, et certainement pas de l’Iran. Et qu’il était suicidaire d’imaginer pouvoir faire face à plusieurs fronts simultanément… sans compter qu’en cas de conflit initié par l’entité sioniste contre le Hezbollah, le Hamas ne resterait pas les bras croisés et la Syrie ainsi que l’Iran non plus. Ce qui mettrait assurément l’administration israélienne devant une guerre à multiples fronts, impossible à gérer, d’autant que les défections au sein de Tsahal sont de plus en plus nombreuses sans parler des suicides qui connaissent une courbe ascendante !

De même, les USA reculent sur les différents terrains d’opération où ils se sont lancés, que ce soit en Irak, en Syrie voire en Afghanistan où les Talibans contrôlent le pays en-dehors d’un périmètre restreint autour de Kaboul. Dernière idée morbide de ces deux alliés foireux : pousser à la création d’un État kurde pour fractionner l’intégrité territoriale des États irakien, syrien, turc et iranien sur lesquels les 35 millions de kurdes sont établis et en faire un « Kurdistan » totalement indépendant. Les guerres sont donc vraiment devenues une drogue dure pour ces administrations qui semblent se repaître des cadavres des populations précaires.

Quel piteux tableau après tant d’années de conflits sanglants et meurtriers ayant dévasté les infrastructures et les familles de pays ancestraux ! Et quel piteux bilan moral pour ces deux Etats qui bénéficiaient pourtant d’un soutien populaire incomparable pendant tant d’années. Au bénéfice de la Russie et de la Chine qui apparaissent de plus en plus pour des nations qui temporisent et ne sont pas animés par les mêmes intentions belliqueuses que les deux puissances criminelles en cause.

En termes de « remodelage du Moyen-Orient » on ne peut nier qu’il soit en cours, mais assurément pas selon les plans perfides du répugnant tandem USA – Israël et des quelques pays complices qui ont eu la faiblesse d’y adhérer. L’équilibre des relations internationales est manifestement en train de changer. Espérons que l’UE ne se trompera pas d’alliés comme c’est arrivé si souvent ces dernières années, en se rappelant ce que je ne cesse de souligner : à terme, c’est toujours la géographie qui a le dernier mot, au détriment de l’histoire. Nous faisons partie de ce qui s’appelle l’Eurasie… sachons nous en souvenir et en tirer les leçons qui s’imposent.

a1* Daniel Vanhove est Observateur civil et membre du Mouvement Citoyen. Il a publié aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire : Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 et La Démocratie mensonge – 2008

Articles du même auteur.

16 octobre 2017 – Transmis par l’auteur.




Photo : Archives Info-palestine.eu

Lannemezan, 21 octobre : Manifestation pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah

Campagne Free Georges Abdallah – Rassemblement le samedi 21 octobre à 14h devant la Gare de Lannemezan, puis départ à pied jusqu’aux portes du Centre pénitentiaire, pour exprimer haut et fort notre protestation et notre solidarité.

Source : Free Georges Abdallah

Il est de nos luttes, nous sommes de son combat.

La solidarité avec Georges Abdallah a un prix, n’hésitez pas à nous soutenir en participant à ce POT COMMUN. Et, évidemment, tout don même modeste est le bienvenu !

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Le cas de Georges Ibrahim Abdallah n’est pas « une question humanitaire »

Info-Palestine.eu – lundi 26 mars 2012 – Joseph Abdallah – Al-Akhbar

Le Premier Ministre Libanais Najib Mikati a le mérite d’avoir soulevé le cas de Georges Ibrahim Abdallah avec les autorités Françaises durant son dernier voyage en France plus tôt ce mois-ci.

La famille d’Abdallah et ceux qui font campagne pour sa libération (dont des organisations libanaise, arabes et européennes), voient cette initiative comme un pas en avant important.

Depuis 28 ans (le temps qu’Abdallah, qui a maintenant 61 ans, a passé en prison) nous avons essayé en vain d’obtenir que l’État Libanais reconnaissance que ce citoyen libanais est libanais. Depuis que l’ancien premier ministre Salim qu’Al-Hoss nous avait reçus alors qu’il était en fonction en 1991, aucun chef de gouvernement n’avait même accepté d’entendre parler du cas de ce citoyen libanais. Et aucun président libanais ne l’avait accepté jusqu’à aujourd’hui.

Mais notre satisfaction est gâchée par un souci concernant les implications de l’expression « question humanitaire, » que le premier ministre – qui doit être néanmoins remercié – a utilisé en appelant à la libération d’Abdallah. Nous aurions souhaité qu’il ait à la place basé son approche sur la lettre envoyée par le député britannique Simon Abi-Ramia au ministre des affaires étrangères libanais, laquelle incluait un aperçu juridique du cas d’Abdallah. Il aurait pu également baser sa position sur celle adoptée par l’ancien Ministre des affaires étrangères français Roland Dumas, sur les opinions exprimées par l’avocat Jacques Verges, ou sur les déclarations publiques récentes d’Yves Bonnet évoquant une « vengeance » de l’État français.

Bonnet est l’ancien directeur du Service des renseignements français, la DST, qui a supervisé l’arrestation de George. Il devait ce mercredi soumettre son témoignage, à sa propre demande, devant la justice française au sujet des injustices dont ce citoyen Libanais a été la victime et des abus commis par l’État français.

Nous sommes gênés par l’expression : « c’est une question humanitaire, » parce que si tel était le cas, celui d’un prisonnier dans ses 60 ans qui a perdu quasiment la moitié de sa vie derrière des barreaux, cela implique que sa libération serait un acte de compassion ou de charité.

Il n’y a aucun mal à laisser George terminer ses jours chez lui.

Le droit de résister

Le cas de George pourrait être considéré comme « humanitaire » dans un sens différent – parce qu’il se rapporte aux Droits de l’homme tels que gravés dans la charte des nations Unies. Nous espérons que c’est ce que le premier ministre souhaitait faire.
Ces droits incluent celui pour un citoyen de n’importe quel pays dans le monde, de résister à l’agression contre sa patrie par tous les moyens à sa disposition. Ce droit s’étend à Abdallah, dont le pays est resté sans État depuis 1976 en raison d’une guerre civile déclenchée par des agressions sionistes répétées – culminant avec l’invasion et l’occupation de Beyrouth – avec la participation active de pays européens et des États-Unis.

Abdallah s’était engagé dans la politique et la résistance, en conformité avec ces droits. Ce sont les autorités françaises qui ont violé les Droits de l’homme, si l’on considère la façon dont elles l’ont arrêté et l’ont condamné, et l’ont gardé en prison jusqu’à ce jour.

Abdallah ne s’est attaqué ni à la France ni aux Français. Il n’a pas transformé la France en champ de bataille. Il est allé en France en tant que résistant. Il est allé là-bas à la poursuite d’agents de l’entité sioniste et des États-Unis, les deux principaux agresseurs de son pays, en l’absence d’un Etat libanais que leur agression avait détruit. Il est allé en France parce que c’était déjà un champ de bataille où des patriotes arabes et palestiniens ont été traqués et abattus, et que ce pays envoyait des mercenaires et des saboteurs français dans diverses régions du monde, y compris au Liban.

Photo : Marwan Tahtah

Photo : Marwan Tahtah

Les politiques agressives contre le Liban – européennes en général et sioniste en particulier – et la façon dont la France y a contribué ont donné naissance au phénomène d’Abdallah. Ces politiques avaient déjà produit beaucoup d’hommes comme Abdallah – comme Wadie Haddad et al-Naccache – et ont continué après lui.

Ces politiques ont donné naissance à ce qui était appelé « les opérations étrangères, » dans lesquelles la plupart des organisations palestiniennes ont été impliquées, avec beaucoup d’autres mouvements de libération nationale. Ceux faussement catalogués comme « terroristes » agissaient en conformité avec leurs droits en tant qu’hommes. Le cas d’Abdallah est un cas de résistance nationale légitime.

Manipulation et fabrication

Abdallah a été arrêté en France en 1984, jugé deux fois et par la suite condamné en 1987 à une peine d’emprisonnement à vie, malgré le fait que il n’y avait aucune preuve matérielle contre lui.

Il y a eu manipulation flagrante du processus juridique par les agences de sécurité françaises. Ceci a commencé par la corruption de l’homme de l’avocat Jean Paul Mazurier, un membre de l’équipe de défense d’Abdallah, qui a livré un faux témoignage sous la pression des services français de renseignement. Il l’a plus tard admis de lui-même, comme cela est rapporté dans le livre de Laurent Gally, L’Agent noir et il a été ensuite expulsé de l’Union des avocats de France.

Les manipulations et les fabrications délibérées de l’Etat français à l’encontre d’Abdallah sont maintenant connues de tous. Elles ont été ouvertement discutée par les personnes clé qui sont impliquées.

Cela a été franchement reconnu par Alain Marsaud, le procureur français responsable de l’anti-terrorisme pendant les années 1980, dans son livre sorti en 2002 : Avant que nous oubliions tout.

Bonnet a à plusieurs reprises traité de la question dans la presse et à la télévision françaises au cours des deux dernières années. Il a dit ressentir une culpabilité personnelle pour l’injustice faite à Abdallah, en critiquant l’Etat français pour son comportement, et il a demandé à soumettre son témoignage aux autorités judiciaires.

Est-ce que ce n’est pas en relation avec les Droits de l’homme, faisant de cette question un cas « humanitaire » ? C’est un cas où les autorités françaises ont trafiqué les résultats d’un procès.

Lorsque, malgré ces manipulations, la libération conditionnelle d’Abdallah a été approuvée par une Cour en novembre 2003, les autorités Françaises s’y sont opposées. Elles se sont pliées à une injonction des États-Unis qui prétendait qu’il était trop dangereux de le libérer.

Un communiqué des États-Unis destiné aux autorités Françaises maintenait qu’Abdallah était un personnage clé dans une organisation terroriste libanaise soutenue par la Syrie qui projetait d’assassiner des officiels européens et américains. Ce même communiqué affirmait qu’il s’engagerait vraisemblablement dans le terrorisme s’il était libéré, et qu’il pourrait s’attaquer à des responsables politiques libanais qui s’opposent à la domination syrienne.

Cette exigence américaine a été appuyée par un rapport des services français du renseignement estimant que la libération d’Abdallah serait « un facteur de déstabilisation » pour le Liban.

En conséquence, en janvier 2004, une autre Cour a invalidé la décision préalablement prise d’une liberté conditionnelle en faveur d’Abdallah, qui aurait permis sa libération mais tout en lui interdisant de revenir sur le territoire français.

Interférence des États-Unis

L’interférence des États-Unis dans les décisions de tribunaux français et leurs menaces contre les autorités françaises, ne comptent-elles pas dans ce cas « humanitaire » ?

Le 6 février 2007, Abdallah a déposé une nouvelle demande de liberté conditionnelle. Mais le 9 mars, le Département d’État américain a envoyé une nouvelle injonction au gouvernement français, disant : « Le Gouvernement des Etats-Unis fait connaître sa forte opposition à la possibilité d’une liberté conditionnelle en faveur d’Abdallah suite aux démarches en cours devant le Tribunal de Grande Instance à Paris. »

La réaction des autorités françaises dans le cas d’Abdallah a peu de ressemblance avec celle exprimée par le Premier ministre Francois Fillon en réponse à la sollicitation de Mikati : que c’était la prérogative du système judiciaire Français !

Dans leur livre publié en 2003, Les masques du terrorisme, les auteurs Patrice de Meritens et Charles Villeneuve font état d’une conversation, après qu’Abdallah ait été arrêté, entre le directeur de la CIA, William Casey, et le responsable des questions de sécurité français, Robert Pandraud.

Lors d’un dîner qu’il avait organisé, Pandraud a eu droit une tirade furieuse de Casey. Celui-ci exigeait une condamnation à la prison à perpétuité pour Abdallah, disant que les Etats-Unis n’accepteraient rien de moins, et il menaça de lourdes conséquences diplomatiques si la France n’obtempérait pas.

Pandraud a apparemment répondu qu’il pouvait offrir aux Etats-Unis quelque chose de mieux : Abdallah pouvait être libéré et renvoyé au Moyen-Orient. La France garderait sa trace et informerait les Etats-Unis de son lieu d’habitation, lesquels pourraient ensuite facilement utiliser leurs ressources et leurs réseaux pour l’éliminer. Cette possibilité aurait ensuite été oubliée.

Ceci pourrait-il se produire maintenant ?

Est-ce cela la justice française ?

* Joseph Abdallah est le frère George Ibrahim Abdallah

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France : acharnement politico-judiciaire contre Georges Ibrahim Abdallah

Info-Palestine.eu – vendredi 5 avril 2013 – Al-Akhbar

La plus haute cour d’appel en France a annulé une décision de libérer Georges Abdallah, âgé de 62 ans et incarcéré dans les prisons françaises depuis 29 ans, qualifiant la demande du prisonnier libanais pour sa libération conditionnelle « d’irrecevable » pour des raisons juridiques.

Photo : Marwan Tahtah

15 février 2012 – Manifestation devant l’ambassade de France à Beyrouth, en soutien à George Ibrahim Abdallah – Photo : Marwan Tahtah

Il lui avait été accordé une libération conditionnelle le 21 novembre 2012, mais le parquet s’était empressé de faire appel de la décision, et le gouvernement français s’était immédiatement aligné sur l’exigence des États-Unis et d’Israël de bloquer la libération de Georges Ibrahim.

« Nous ne pensons pas qu’il devrait être libéré et nous poursuivons nos consultations avec le gouvernement français à ce sujet, » a déclaré en janvier dernier la porte-parole du département d’État américain, Victoria Nuland. « Nous avons de sérieuses préoccupations qu’il puisse revenir sur le champ de bataille ».

Le ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls, a obtempéré et refusé de signer l’ordre d’extradition d’Abdallah, le matin même de sa libération anticipée en janvier, provoquant des manifestations et des sit-in à travers le Liban.

Abdallah a été condamné à la prison à vie sur son implication présumée dans la mort de deux diplomates, un assistant d’un militaire américain et un israélien en 1982. Le tribunal n’avait pas en mesure de prouver l’accusation, et Georges Ibrahim avait finalement été emprisonné pour usage de faux passeport.

La cour de cassation de France, la plus haute cour d’appel, a statué contre la libération d’Abdallah, sous le prétexte que son extradition ne permettrait pas une surveillance électronique d’un an après sa mise en liberté conditionnelle. Son expulsion était une condition sine qua non de sa mise en liberté conditionnelle.

Le document détaillant les délibérations et la décision du tribunal ne fait aucune référence aux accusations d’origine pour justifier son maintien en détention.

Mais les militants libanais disent qu’il y a encore de l’espoir, et sont dans l’attente d’une audition devant le Tribunal d’application des peines (TAP), où ils espèrent remettre en cause la décision de la cour de cassation. Cependant, il est difficile de savoir si la décision de jeudi peut être contestée.

« Selon la justice française, un cas comme celui-ci ne peut être contesté, » a déclaré à Al-Akhbar le frère du prisonnier, Joseph Abdallah.

Des dizaines de militants se sont rassemblés devant l’ambassade française pour protester contre la décision de jeudi, poursuivant des mois de manifestations et de sit-in pour exiger la libération de Georges Abdallah.




Abdel Bari Atwan

Temps difficiles pour les Kurdes irakiens

Abdel Bari AtwanLa crise dans laquelle Barzani a plongé son peuple était à la fois prévisible et évitable.

Le président de la région du Kurdistan irakien, Masoud Barzani, a peut-être sauvé son poste de leader en insistant pour aller de l’avant avec le référendum sur l’indépendance, lequel a grandement accru sa popularité. Mais il a également placé les Kurdes dans une situation difficile, aggravant leur isolement régional et international et mettant d’accord leurs ennemis.

Tous ceux qui ont assisté à la conférence de presse conjointe des présidents de la Turquie et de l’Iran après leur rencontre pour discuter de la situation la semaine dernière, n’auront pas manqué d’en déduire que des temps difficiles attendent le Kurdistan irakien. La relative prospérité et la sécurité dont jouit la région depuis 14 ans sont sur le point de s’évaporer et la menace de plus en plus de guerres pourrait ramener ce peuple encore une fois dans les montagnes et les ravins.

Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani ont tous deux souligné que leurs pays n’accepteraient jamais la fragmentation de la région et ont insisté sur le maintien de l’intégrité territoriale de l’Irak et de la Syrie comme pierre angulaire de la stabilité au Moyen-Orient. Ils ont également pris des décisions importantes pour renforcer les relations économiques bilatérales.

Erdogan est allé plus loin, en avertissant que le nord de l’Irak ferait face à l’isolement dans le sillage du référendum illégal, et en jurant de rompre tous les contacts avec les autorités régionales et de ne parler qu’au gouvernement irakien central à Bagdad. « De quel genre de référendum est-il question ? » il s’est moqué « , « alors que ni [ce référendum] ni ses résultats ne sont reconnus par personne sauf un seul État (Israël) et qu’il a été géré par le Mossad ? »

Les Kurdes, et Barzani en particulier, avaient parié sur la faiblesse du lien turc dans la chaîne. Ils étaient également confiants que leurs alliés israéliens, compte tenu de leur influence au sein de l’administration américaine et du Congrès, parviendraient à contrecarrer l’opposition américaine au référendum et à la sécession du Kurdistan irakien. Ces attentes ont été formulées par Barzani dans des réunions à huis clos. Il a dit prévoir des réactions hostiles au référendum ainsi qu’un blocus imposé à la région, mais il était également certain que la situation changerait au fil du temps, que le monde n’accepterait pas un blocus imposé aux Kurdes, et qu’avec un peu de patience, la victoire pourrait s’imposer.

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Mais cette prédiction a peut-être été hâtive, révélant une certaine naïveté et/ou une incompréhension dans le manque de sérieux et le mauvais timing de l’initiative de Barzani.

Les Iraniens, informés et intelligents, savent que l’économie turque est la grande faiblesse d’Erdogan. Ils ont donc décidé de compenser la perte de 10 milliards de dollars de commerce avec le Kurdistan irakien en ouvrant trois nouveaux points de passage entre l’Iran et la Turquie afin d’encourager le commerce bilatéral, en prévoyant l’ouverture d’un oléoduc qui acheminera directement du pétrole vers les ports turcs sans avoir à traverser Irbil, assurant ainsi le triplement du commerce bilatéral jusqu’à 30 milliards de dollars, et en quelques années seulement.

Barzani avait peut-être prévu cela aussi. Mais avec son obstination et son refus d’écouter les recommandations de ses alliés pour remettre à plus tard le référendum, il y avait deux développements majeurs auxquels il ne s’attendait pas, ou qu’il avait peut-être avoir prédit mais sans apprécier leur pleine signification :

Premièrement, les unités des forces de mobilisation populaire irakiennes, qui ont envahi le dernier bastion de l’État islamique à al-Haweija, l’utilisent maintenant comme plate-forme de départ pour la récupération de la ville de Kirkouk détenue par les Kurdes et les champs de pétrole environnants. Ces forces pourraient éventuellement partir de là pour avancer dans la région du Kurdistan proprement dite et sa capitale, Irbil. Les peshmergas kurdes seraient incapables de soutenir un assaut concerté le long de l’ensemble des frontières longues et sinueuses de la région.

Deuxièmement, les divisions se sont multipliées sur le front intérieur kurde, avec une opposition croissante contre le pouvoir de Barzani, notamment à Suleimaniya, la capitale du district oriental de la région kurde et le bastion de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), tenu par l’Union Patriotique du kurdistan [UPK], plus proche de Téhéran, de l’ancien président irakien Jalal Talabani et ex-rival de l’Union Démocratique du Kurdistan [UDK] de Barzani. La semaine dernière, la veuve de Talabani et membre du Politburo de l’UPK, Hero Ibrahim, a lancé une attaque féroce contre Barzani. Elle a rejeté sa décision d’établir un conseil politique pour donner une suite au résultat du référendum et l’a accusé d’aliéner inconsidérément les pays voisins ainsi que la Russie, la Chine, les États-Unis et les pays européens en refusant de tenir compte de leurs appels. Elle a prévenu que les peuples de la région auront à payer le prix des actions de Barzani et elle s’est opposée ouvertement à ce qu’il reste président de la région kurde.

La Turquie détient la clé du succès ou de l’échec de tout État kurde indépendant. Si elle s’unit à l’Iran contre un tel État, ni Israël ni les États-Unis ne lui serviront à rien. Et entre-temps, Barzani a poussé le Premier ministre irakien Haidar al-Abadi à contrecœur dans les bras de l’Iran.

Certes, il y a ceux du nord de l’Irak qui affirment que les Kurdes ont déjà connu la faim et la privation, qu’ils se sont habitués à de telles tribulations au cours des décennies où ils vivaient comme combattants dans les montagnes – leurs seuls vrais amis et protecteurs – et qu’ils étaient prêts à revenir à cette vie si nécessaire. Mais pourquoi devraient-ils faire face à tous ces dangers et à toutes ces souffrances ? La jeune génération n’a pas partagé les expériences de ses aînés. Elle s’est habitué à la prospérité et a des aspirations différentes. Elle n’a pas à supporter les conséquences des décisions prises par un leadership qui ne pense qu’à maintenir son emprise sur le pouvoir et à se placer au-dessus des intérêts du peuple kurde.

Erdogan, Rohani et Abadi sont unis contre les Kurdes et leur référendum, et demandent son annulation avant que tout dialogue sur la fin du blocus ne puisse commencer. La Turquie, l’Irak et l’Iran craignent pour leur intégrité territoriale et leur unité nationale et, avec la Syrie, sont tout à fait capables d’étouffer et de paralyser la région du Kurdistan irakien.

Il y a une théorie selon laquelle la plus grande erreur commise par l’État Islamique [EI] et son chef Abu-Bakr al-Baghdadi était d’avoir voulu marcher sur Irbil après la prise de Mossoul en 2014. Ses forces étaient à seulement 40 kilomètres de la ville lorsque les Américains et les Iraniens sont intervenus pour arrêter son avance. Si l’EI s’était dirigé vers Bagdad, il aurait peut-être capturé la capitale, l’armée irakienne étant dans tel état de désarroi complet à l’époque – et Irbil importait plus aux États-Unis et à l’Europe que Bagdad.

Ironiquement, l’Iran a joué un rôle majeur dans l’arrêt de l’offensive de l’EI sur le terrain, alors que le rôle américain était limité aux bombardements aériens. Les peshmergas ont reçu des armes et des équipements iraniens après avoir reculé avant d’avancer à nouveau sur les forces de l’EI. On peut se demander si l’Iran aurait agi de même s’il avait eu connaissance de ces plans de sécession…

Barzani aurait pu exercer le pouvoir à Bagdad par des moyens démocratiques ou devenir un faiseur de roi s’il s’était joint aux autres forces opposées au précédent gouvernement irakien, à sa corruption et à son sectarisme. Mais, tout comme ce gouvernement, il a adopté une approche sectaire, ethnocentrique et séparatiste. Maintenant, il risque de perdre Bagdad et Irbil.

Nous ne savons pas comment les choses vont se développer dans les semaines ou les mois à venir, mais deux choses doivent être notées : premièrement, le Kurdistan n’est pas Barzani, et Barzani n’est pas le Kurdistan. Deuxièmement, si Irbil n’a pas été envahi par l’EI en 2014, la ville ne sera peut-être pas aussi chanceuse si elle est soumise à un blocus et à une offensive conjointe de la part des Forces de mobilisation populaire irakiennes et des Brigade iraniennes al-Qods.

Les Kurdes ont besoin de comprendre qu’Israël et les régimes arabes qui sont tacitement alliés avec eux veulent seulement les exploiter pour affaiblir, déstabiliser et perturber leurs voisins. Les motifs de ces supposés amis devraient être examinés de près, et leur influence ne devrait pas être surestimée. Ceux qui n’ont pas réussi à vaincre le Hezbollah au Liban ou le Hamas à Gaza ne pourront pas vaincre l’Iran, la Turquie, l’Irak et la Syrie réunis.

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

Articles du même auteur.

7 octobre 2017 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Al-Jazeera/Mersiha Gadzo

Les Palestiniens à Israël : « Jamais nous ne quitterons Jérusalem ! »

Mersiha GadzoMazen Jabari se dirigeait vers le Centre culturel Yabous à Jérusalem-Est occupée pour tenir une conférence à la mosquée al-Aqsa, quand il a reçu un appel téléphonique lui conseillant de ne pas s’y rendre.

« La police israélienne a pris d’assaut la place, et ils cherchent … à vous parler », s’est entendu dire Jabari, chercheur à l’ONG de la Société d’études arabes.

La police et les services de renseignement israéliens sont arrivés une heure avant le début de la conférence d’al-Aqsa – qui avait pour but d’organiser un débat sur la garde du site sacré par la Jordanie – et ont ordonné à la directrice du centre, Rania Elias, d’annuler l’événement, prétendant qu’il était organisé par l’organisation « terroriste » Hamas [résistance palestinienne].

« Cela n’a rien à voir avec le Hamas ou un quelconque parti politique », a déclaré Elias à Al Jazeera. « Ces travaux de recherche sont présentés dans les journaux, sur les médias sociaux, à la télévision, etc., et sont discutés ouvertement. »

Jabari estime que l’événement a été annulé parce que les autorités israéliennes ne voulaient pas que certaines informations soient diffusées au public. « Les deux gouvernements [d’Israël et de la Jordanie] n’avaient aucun intérêt à ce que ce type d’information soit discuté devant le public palestinien à Jérusalem en juillet », a-t-il expliqué, faisant référence aux larges manifestations contre les mesures de contrôle de l’occupant à Al-Aqsa.

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L’interdiction de la conférence au centre Yabous n’est en aucun cas un phénomène isolé.

Selon la Coalition Civique pour les Droits des Palestiniens (CCPRJ), basée à Jérusalem, cela fait partie des tentatives à plus grande échelle d’Israël de judaïser la ville. Depuis 2001, le groupe a constaté que les autorités israéliennes d’occupation ont temporairement ou définitivement fermé au moins 35 institutions publiques et ONG palestiniennes à Jérusalem-Est occupée.

Parmi elles se trouve le groupe de réflexion de la Maison d’Orient, qui a servi de siège à l’Organisation de libération de la Palestine dans les années 80 et 90; le Théâtre National Palestinien; la Chambre de commerce de Jérusalem; la Chambre de commerce agricole et industrielle; la Société d’études arabes; le Conseil supérieur du tourisme; et le Centre des petits projets de l’Union européenne.

La Maison d’Orient a été forcée de fermer ses locaux à Jérusalem-Est occupée en 2001 et les autorités israéliennes ont renouvelé la fermeture tous les six mois, poussant le groupe de réflexion à déplacer ses bureaux dans le quartier de Beit Hanina. La Société d’études arabes et la Chambre de commerce de Jérusalem ont également été contraintes de déménager.

Les groupes de défense des droits de l’homme ont condamné la fermeture des institutions palestiniennes comme étant une violation du droit international et comme une tentative d’étouffer le développement politique, social, culturel et économique palestinien dans Jérusalem-Est occupée.

« Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a critiqué à plusieurs reprises la législation antiterroriste israélienne pour le flou des définitions, l’ambiguïté du langage et des accusations », a déclaré le CCPRJ dans un communiqué.

« C’est une politique de persécution systématique menée contre la société palestinienne qui continue de résister à la multitude de lois, de politiques et de mesures arbitraires et discriminatoires avec lesquelles Israël cherche à annexer de manière permanente la ville palestinienne occupée, et à la transformer en une zone majoritairement israélo-juive. »

Les syndicats du secteur de la santé n’ont pas été épargnés. En 2015, la police israélienne et les services de renseignement ont ordonné à l’Union palestinienne de la santé de fermer sa représentation à Jérusalem pendant une année, citant l’Ordonnance de 1948 sur la « prévention du terrorisme » d’Israël qui permet à l’armée de « fermer tout lieu desservant une organisation terroriste ou ses membres … un lieu d’action, de rencontre, de propagande ou de stockage ».

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«Pour toute fermeture, ils utilisent cette excuse de sécurité … Habituellement, ils ne donnent jamais d’explications ni de détails, ils n’accusent jamais personne en particulier », a déclaré Zakaria Odeh, directeur du CCPRJ, soulignant que ces mesures « font pression sur les habitants de la ville en fermant les institutions qui apportent de différentes manières un soutien à la population ».

L’Union palestinienne de la santé fournit des services de santé aux enfants et aux jeunes Palestiniens. Depuis 1990, cette institution gère un programme de santé dans plus de 60 écoles, offrant des examens médicaux et d’autres services aux étudiants.

« [Les organisations qui travaillent] dans l’éducation, la culture, le tourisme, la santé – assurent elles-mêmes le travail du gouvernement [palestinien]. Elles protègent les Palestiniens dans la ville, elles protègent l’identité palestinienne et préservent notre existence ici. [Les autorités israéliennes d’occupation] ne veulent pas voir cela », a déclaré Elias.

Les ONG sont chargées de fournir des services aux Palestiniens de Jérusalem-Est occupée puisque, dans le cadre des accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne n’est pas autorisée à opérer à Jérusalem.

En plus de l’incident qui concerne la conférence de Jabari, les autorités israéliennes ont ciblé le Centre culturel Yabous à plusieurs reprises.

En 2014, le Centre d’Al-Qods pour le Conseil Juridique avait prévu dans ses locaux un débat ouvert sur les services publics, mais les autorités israéliennes ont interdit la conférence, prétextant qu’elle était organisé par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), un parti qu’Israël considère comme un groupe « terroriste » [résistance palestinienne].

Le festival annuel de littérature de Yabous a été fermé en 2009, et quelques années plus tard, une session sur le printemps arabe a également été interdite.

« Les fermetures sont imposées afin que les gens se sentent désespérés face à la situation qui les entoure », a déclaré Elias, soulignant que la situation des institutions palestiniennes n’a jamais été aussi précaire.

Depuis le début de 2017, ces institutions subissent également des pressions financières, a-t-elle déclaré. Des dizaines d’organisations palestiniennes à Jérusalem-Est occupée – dont la Cour d’Art palestinienne Yabous et al-Hoash – ont reçu des appels téléphoniques d’une banque locale, les informant qu’ils devaient fermer leurs comptes, a déclaré l’avocat Mazen Qupty qui représente al-Hoash.

« Chaque jour, il devient de plus en plus difficile de respirer dans cette ville. [Les Israéliens] ne sont jamais à court d’imagination pour toutes leurs règles et règlements qui vous rendent très difficile de rester ici », a déclaré Elias. « Je dis toujours que nous travaillons à Jérusalem pour verser [aux Israéliens] de l’argent. Il est étonnant de voir combien ils demandent entre l’impôt foncier, l’assurance et tout ce système qu’ils ont mis en place à Jérusalem et qui rend notre vie ici si difficile à affronter ».

L’été dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est engagé à adopter un autre projet de loi visant à limiter le financement étranger des ONG en Israël.

Yabous, ainsi que la Société d’études arabes, reçoit une grande partie de son financement de l’étranger, y compris du Programme des Nations Unies pour le développement et de l’Union Européenne.

Malgré les obstacles, Jabari et Elias disent qu’ils continueront à faire leur travail, Jabari prévoyant d’organiser un autre événement à un autre endroit à l’avenir pour présenter son document de recherche sur al-Aqsa.

« Au contraire, cela nous encouragera à travailler plus, cela nous donnera plus de force et d’énergie », a déclaré Elias. « Nous ne quittons pas Jérusalem, nous restons, et peu importe ce qu’ils font. »

14 octobre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine