Lois anti-BDS : la Hasbara à l’offensive en Italie

Ramzy Baroud & Romana RubeoUne proposition de loi au Parlement italien est en projet dans le but de criminaliser le boycott d’Israël. Dans le passé, une telle initiative aurait été impensable.

Hélas, l’Italie, un pays qui avait des sympathies historiques pour la cause palestinienne, a changé sa politique de manière dramatique ces dernières années. Le plus surprenant, cependant, est que la gauche est pressée de complaire à Israël, au détriment des droits des Palestiniens.

La triste réalité est la suivante : l’Italie s’installe pour de bon dans le camp israélien. Cela ne concerne pas seulement l’alignement politique mais aussi la reconfiguration du discours. Les priorités israéliennes, telles qu’énoncées dans la hasbara sioniste (propagande officielle), font désormais partie de notre lexique quotidien des médias et de la politique en Italie. En résumé, le programme sioniste fait désormais partie intégrante du programme politique italien.

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L’anti-fascisme, l’opposition à l’occupation militaire et le passé révolutionnaire de l’Italie sont jetés aux orties par des politiciens concentrés sur leurs propres intérêts et devenus de plus en plus dépendants des pressions d’un lobby pro-israélien en plein essor.

Réécrire l’histoire

Au cours de la ainsi-nommée « Première République » (de 1948 à 1992), l’Italie était considérée comme le pays d’Europe occidentale le plus réceptif à la lutte des Palestiniens, non seulement en raison du sentiment généralisé de solidarité des Italiens mais aussi à cause de l’environnement politique à cette période.

Les dirigeants italiens étaient alors parfaitement conscients de la position unique du pays dans l’espace méditerranéen. Tout en souhaitant faire preuve de loyauté envers l’Alliance atlantique, ils avaient également établi de bonnes relations avec le monde arabe. Maintenir cet équilibre n’était pas toujours facile et cela est maintenant perçu comme des « choix radicaux » aujourd’hui désavoués et critiqués.

La tendance pro-israélienne est active depuis des années. Dans une interview célèbre avec le journal israélien Yediot Aharonot en 2008, l’ex-président italien Francesco Cossiga déclarait : « Chers Juifs italiens, nous vous avons vendus ».
Cossiga se référait au « Lodo Moro », un accord officieux qui aurait été signé dans les années 1970 par le Premier ministre italien Aldo Moro et les dirigeants du Front populaire de libération de la Palestine (PLFP). Ses termes auraient permis au groupe palestinien du FPLP de coordonner ses actions sur l’ensemble du territoire, en échange de maintenir l’Italie à l’écart de son champ d’opération.

Le « Lodo Moro » est souvent exploité dans la hasbara israélienne pour mettre en évidence les prétendus échecs de l’Italie dans le passé et pour continuer à associer les Palestiniens au terrorisme.

Dans la même interview, Cossiga allait encore plus loin en associant le groupe palestinien au massacre de Bologne, un attentat terroriste qui a dévasté la gare de Bologne en 1980, tuant 85 personnes. Les paroles de Cossiga ont peut-être comblé d’aise Israël, mais elles étaient sans fondement. L’attaque était l’œuvre d’une organisation néo-fasciste italienne.

Malheureusement, ces allégations absurdes n’étaient pas uniques. C’était représentatif du changement général d’attitude envers la Palestine et Israël, qui repose largement sur une réécriture de l’histoire.

Alors et maintenant

En 1974, le gouvernement italien a soutenu la participation du dirigeant palestinien, Yasser Arafat, à l’Assemblée générale des Nations Unies. En 1980, il s’est engagé à respecter la Déclaration de Venise de la CEE, qui reconnaissait le « droit à l’autodétermination » des Palestiniens et qui, selon toute vraisemblance, s’opposait fortement à Israël et aux États-Unis.

Tout au long des années 1980, l’attitude du gouvernement italien était ouvertement pro-palestinienne, ce qui conduisait souvent à des affrontements diplomatiques avec Israël et ses sponsors américains, en particulier lors de la ainsi-nommée crise de Sigonella en 1985.

Lors d’un discours devant le Parlement italien, le Premier ministre socialiste, Bettino Craxi était allé jusqu’à défendre le droit des Palestiniens à la lutte armée.

En 1982, le président italien Sandro Pertini a longuement évoqué l’horreur du massacre de Sabra et Chatila dans son traditionnel discours de fin d’année à la Nation.

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Alors que les forces politiques de centre-gauche soutenaient la Palestine pour maintenir de bonnes relations avec les pays arabes, celles de la gauche étaient avant tout motivées par la lutte anti-impérialiste qui avait alors un grand écho dans les cercles intellectuels italiens.

Mais les choses ont changé car l’Italie vit maintenant dans son « âge post-idéologique », où la morale et les idées sont flexibles et peuvent être remodelées selon les besoins pour se conformer aux intérêts politiques.

Aujourd’hui, les partis de gauche ne ressentent pas le besoin de défendre les nations opprimées. Ils sont trop redevables aux diktats de la mondialisation et sont donc poussés par des programmes égoïstes qui, naturellement, les rapprochent des États-Unis et d’Israël.

Alors que la politique néo-libérale a ravagé une grande partie de l’Europe toutes ces dernières années, l’Italie a prouvé qu’elle n’était en rien une exception.

En octobre 2016, l’Italie s’est abstenue lors du vote sur la résolution de l’UNESCO condamnant l’occupation israélienne de la Jérusalem-Est palestinienne.

Même ce geste en demi-teinte a irrité Israël, amenant l’ambassadeur israélien en Italie à protester. Le Premier ministre italien a rapidement réagi et s’est empressé de rassurer Israël.

Matteo Renzi a alors durement critiqué la proposition de l’UNESCO. « Il n’est pas possible de continuer avec ces résolutions à l’ONU et à l’UNESCO qui visent à attaquer Israël », a-t-il dit.

Un an plus tôt, Renzi avait officiellement réaffirmé l’engagement de l’Italie envers Israël à la Knesset israélienne, déclarant: « Les partisans de boycotts ‘stupides’ trahissent leur propre avenir ».

Lors de son discours inaugural, l’actuel président italien Sergio Mattarella a évoqué la « menace du terrorisme international » en évoquant l’attaque perpétrée devant la Grande Synagogue à Rome en 1982. Ses paroles « ont profondément touché les Juifs italiens », selon le Jerusalem Post, le journal de la droite israélienne.

Influence sioniste croissante

Les groupes sionistes tentent constamment d’influencer l’opinion publique italienne. Leur stratégie repose sur deux piliers : infuser le sens de la victimisation d’Israël (comme l’image du pauvre petit Israël luttant pour sa survie parmi une multitude d’Arabes et de musulmans) et accuser d’antisémitisme quiconque conteste le discours israélien.

Les instruments de la hasbara fonctionnent, car la politique italienne et même la culture (à travers les médias) s’identifient de plus en plus avec Israël. Pire encore, le sentiment pro-israélien est maintenant complètement accepté parmi les partis politiques de gauche.

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Selon Ugo Giannangeli, un avocat criminel éminent qui a consacré de nombreuses années à la défense des droits des Palestiniens, le Parlement italien travaille sur plusieurs lois, dans le seul but de gagner l’approbation d’Israël. L’une de ces initiatives est le projet de loi 2043 (loi anti-discrimination), qui devrait être appelée « Loi Anti-BDS« . Les signataires comparent le boycott d’Israël à un « antisémitisme déguisé ».

Parmi les signataires figure Emma Fattorini, membre du Parti Démocrate Italien et également membre du « Comité pour la protection et la promotion des droits de l’homme ». Les droits des Palestiniens, bien sûr, ne concernent pas Fattorini pour le moment car ils n’apparaissent nulle part dans son programme des « droits de l’homme »…

Un autre signataire est Paolo Corsini, qui a abandonné le Parti démocrate et est passé au parti de gauche MDP-Articolo 1. Corsini était également le rapporteur de l’accord entre l’Italie et Israël sur la sécurité publique, déjà ratifié par le Parlement italien. L’accord renforce les relations entre les deux pays de manière plus efficace, en échange du partage par Israël d’informations sur les questions d’ordre public et les moyens de contrôler les manifestations de masse.

Seules quelques voix se sont élevées contre la subordination politique et culturelle de l’Italie à Israël. L’homme politique italien Massimo D’Alema, également ancien ministre des Affaires étrangères, a critiqué l’évolution de la politique italienne. Dans une interview avec le Huffington Post, il a critiqué l’Italie et l’Europe pour leur volonté de plaire aux dirigeants israéliens. Il a appelé la gauche à reprendre son rôle historique de soutien au peuple palestinien.

Il y a ici une leçon pour les militants et les politiciens progressistes qui peut être tirée de l’expérience italienne: la solidarité avec la Palestine commence chez soi, en s’opposant fermement aux efforts visant à criminaliser la campagne BDS, tout en contrecarrant la hasbara israélienne qui chaque jour pénètre un peu plus la société.

* Romana Rubeo est traductrice freelance et vit en Italie. Elle est titulaire d’une maîtrise en langues et littératures étrangères et spécialisée en traduction audiovisuelle et journalistique. Passionnée de lecture, elle s’intéresse à la musique, à la politique et à la géopolitique.

Articles de la même auteure.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

Articles du même auteur.

17 novembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Dessin : Carlos Latuff

100 ans après Balfour, la campagne BDS est notre riposte!

Omar BarghoutiBalfour a déclenché une tragédie nationale pour le peuple palestinien, mais avec la campagne BDS, nous ripostons.

Lorsque les milices sionistes ont chassé ma grand-mère, Rasmiyyah et sa famille à Safad sous la menace des armes à feu durant la Nakba de 1948, le processus de colonisation qui a été enclenché par la Déclaration Balfour et qui a abouti à un nettoyage ethnique est devenu une tragédie pour le peuple autochtone de Palestine. C’est devenu une question personnelle.

J’ai hérité de ma défunte grand-mère sa passion pour la dignité humaine et sa ténacité à se battre pour la justice. C’est donc tout naturellement que, dans le débat actuel sur l’héritage de Balfour, j’ai choisi de me concentrer sur les deux.

À son centenaire, de nombreux analystes débattent de ce que signifiait réellement la Déclaration Balfour et se demandent s’il était légal que l’empire britannique en 1917, offre aux colons juifs-européens un « foyer national » en Palestine « sans tenir compte à la fois de la présence et la majorité indigène », comme l’a dit Edward Said.

Ce qui manque largement au débat, au-delà des demandes justifiées d’excuses britanniques et de réparations, c’est l’impératif d’agir maintenant pour mettre un terme à la Nakba palestinienne en cours en mettant fin à la complicité non seulement du Royaume-Uni, mais surtout des États-Unis et d’autres puissances occidentales dans le maintien d’un système d’injustice qui a prévalu pendant une centaine d’années. En armant Israël, en le protégeant contre les sanctions des Nations Unies, et en le traitant comme un État au-dessus du droit international, ces puissances renforcent l’inhumanité incontestable inhérente à l’héritage de Balfour.

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Certains peuvent s’opposer à ce que le projet sioniste soutenu par les Britanniques en Palestine soit considéré comme un cas de colonisation de peuplement, mais même les dirigeants sionistes de droite influents étaient tout à fait honnêtes à ce sujet. En 1923, par exemple, Ze’ev Jabotinsky écrivait : « Chaque population indigène dans le monde résiste aux colons tant qu’elle a le moindre espoir de pouvoir se débarrasser du danger d’être colonisée… La colonisation sioniste doit soit s’arrêter, ou bien avancer indépendamment de la population autochtone. »

Jabotinsky faisait la promotion d’un « mur de fer » sioniste pour dominer la population indigène, en partie en colonisant nos esprits par le désespoir. Aujourd’hui, Israël, soutenu par les États-Unis et l’Union européenne, construit des murs de béton et utilise une violence extrême pour écraser notre espoir et inscrire dans notre conscience collective qu’il est futile de résister à son hégémonie coloniale.

La première étape de la décolonisation et de la guérison pour nous Palestiniens, alors, doit être d’exorciser le désespoir que nous avons intériorisé pendant des décennies de brutal régime militaire israélien et de déni de nos droits humains fondamentaux. Nous devons nous investir dans un processus profond de décolonisation de nos esprits, par une dose d’espoir saine et réaliste.

Le mouvement mondial de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions (BDS) mené par les Palestiniens, pour la liberté, la justice et l’égalité est aujourd’hui une source majeure d’espoir pour les Palestiniens.

En plus de relier la lutte palestinienne aux luttes pour la justice raciale, indigène, économique, sexuelle, sociale et climatique, la campagne BDS exerce des pressions non-violentes sur les institutions, les entreprises et les gouvernements impliqués dans le soutien aux violations des droits humains par Israël. Un récent sondage de la BBC montre qu’Israël est devenu l’un des États les moins populaires au monde.

Inspiré par le mouvement des droits civiques américains et le mouvement anti-apartheid sud-africain, le BDS a été lancé en 2005 par la plus large coalition de la société civile palestinienne. Il appelle à mettre fin à l’occupation israélienne de 1967, à mettre fin à sa discrimination raciale légalisée, qui répond à la définition américaine de l’apartheid, et à respecter le droit des réfugiés palestiniens tel que stipulé par les Nations Unies, de retourner dans leurs foyers et sur leurs terres.

Réalisant l’espoir que nourrit le BDS et le fait que l’impact du mouvement grandisse parmi les principaux fonds de pension, syndicats, gouvernements étudiants, associations académiques, mouvements sociaux, artistes et, dans une certaine mesure, Hollywood, les groupes de pression israéliens ont recours à des mesures désespérées et sans doute illégales pour étouffer le mouvement.

Par exemple, il y a quelques semaines, la ville de Dickinson, au Texas, a mis en place une législation anti-BDS en conditionnant l’aide humanitaire après les ouragans, à la promesse de ne pas boycotter Israël ou ses colonies illégales. L’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a condamné cela comme « une violation flagrante du premier amendement, rappelant les serments de loyauté de l’ère McCarthy … »

L’ACLU a également déposé une plainte au niveau fédéral arguant d’une loi anti-BDS du Kansas – exigeant que tous les entrepreneurs d’état certifient qu’ils ne boycottent pas Israël – qui viole le premier amendement de la Constitution des États-Unis.

Loin de protéger son impunité, la pression d’Israël pour une législation anticonstitutionnelle anti-BDS au niveau de l’État et au Congrès lui aliène le courant dominant libéral. Cela peut expliquer en partie pourquoi près de la moitié des Américains soutiennent des sanctions contre Israël pour mettre fin à son occupation, selon un sondage de 2016.

Un scandale récemment révélé lié à la guerre secrète d’Israël contre BDS ne fera qu’exacerber cette aliénation. Israël a embauché un grand cabinet d’avocats pour intimider et faire taire les activistes du BDS en Amérique du Nord, en Europe et au-delà, selon les médias israéliens. L’avocat israélien au centre de cette révélation, a averti qu’Israël pouvait franchir des « lignes criminelles ».

Si la loi israélienne contre BDS est vaincue devant la Cour suprême des États-Unis, cela pourrait inaugurer une nouvelle ère de responsabilité pour Israël.

Balfour doit se retourner dans sa tombe alors que les indigènes dont il a rejeté avec arrogance les prétentions pour lui hors de propos, commencent à changer la donne grâce à la solidarité internationale des gens de conscience.

J’ai promis à ma grand-mère que je n’abandonnerai jamais cette mission de défense des droits de l’homme tant que la justice et la dignité ne prévaudront pas. Je ne briserai pas cette promesse.

* Omar Barghouti est cofondateur du mouvement BDS et de la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël. Il est l’auteur de Boycott, Désinvestissement, Sanctions: la lutte mondiale pour les droits palestiniens. (Éditions La Fabrique).

2 novembre 2017 – Newsweek – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Gaza - Juillet/Août 2014

Crimes israéliens : la France lave plus blanc !

Ali AbunimahLa France s’active à aider Israël à blanchir ses crimes.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement français a condamné l’expansion rapide des colonies dans le territoire palestinien occupé par Israël, qualifiant ses actions « d’illégales en vertu du droit international ».

Mais comme des déclarations similaires d’autres gouvernements européens, ce n’était que des mots.

La vraie politique de la France est d’offrir à Israël son soutien et des récompenses sans aucune condition, quels que soient les crimes qu’il commet.

Un bon exemple en est le festival de propagande de la Saison France-Israël 2018 organisé par l’Institut Français, la branche culturelle internationale du gouvernement français, en collaboration avec Israël.

Accuser les Palestiniens

Selon l’Institut français : « La Saison France-Israël 2018 marquera une nouvelle et importante étape dans les relations entre les deux pays. Elle mettra à l’honneur, dans tous les domaines de la création, les liens étroits et de haut niveau qui existent déjà, tout en traçant des lignes d’horizon pour l’avenir.  »

Avec des événements de grande ampleur en France et en Israël, l’initiative vise à présenter « l’image des deux pays […] à travers des formes et des expressions des plus contemporaines ».

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Le principal co-organisateur israélien du festival est Emmanuel Halperin, un présentateur de télévision et ancien diplomate qui a fait la promotion de la propagande anti-palestinienne.

Halperin a déclaré l’année dernière que les Palestiniens cherchent la « destruction d’Israël » grâce à une « stratégie très perverse ». Selon Halperin, les Palestiniens veulent « laisser la situation pourrir » afin de soumettre Israël à la pression internationale.

Il a également affirmé que les Palestiniens voulaient qu’Israël maintienne son siège brutal de Gaza imposé depuis dix ans afin de « ternir l’image d’Israël dans la communauté internationale ».

Effacer la Nakba

Le choix de 2018 pour ce festival de propagande ne peut être une coïncidence. L’année prochaine marque le 70e anniversaire de la Nakba, le nettoyage ethnique des Palestiniens par les milices sionistes afin d’établir l’État israélien sur les ruines de la société palestinienne.

La semaine dernière, des militants de BDS France, un groupe soutenant la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, se sont rassemblés devant le siège de l’Institut français à Paris pour « dénoncer la scandaleuse opération de propagande France-Israël 2018 visant à renforcer les relations entre la France et l’apartheid régime. »

« Nous ne nous laissons pas berner par des appels au dialogue quand ils concernent un État qui utilise la culture dans le but politique de restaurer son image internationale », a déclaré BDS France. « La culture ne peut jamais blanchir Israël de ses crimes, persécutions et discriminations, que ce soit contre les populations de Gaza et de Cisjordanie, les Palestiniens vivant en Israël ou les réfugiés ».

Des élus menacés

Pendant ce temps, la campagne de répression menée par les autorités françaises contre les citoyens qui militent pour demander des comptes à Israël se poursuit.

Plus tôt ce mois-ci, la police a convoqué quatre élus municipaux de la ville d’Ivry, dont le maire, pour enquêter sur les déclarations qu’ils ont faites en faveur du boycott des biens issus des colonies israéliennes.

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Les déclarations ont été faites lors d’un débat l’an dernier, lorsque le conseil de cette municipalité de la banlieue parisienne a voté à une large majorité pour demander au gouvernement français de mettre fin à la répression à l’encontre du mouvement BDS, et qu’il interdise l’importation des biens produits dans les colonies.

La plainte de la police a été déposée par le BNVCA, un groupe de pression israélien qui se fait passer pour une organisation antiraciste.

La résolution de la ville est conforme à un consensus international croissant sur le fait que le commerce des biens issus de la colonisation devrait être interdit.

Mais maintenant, les responsables d’Ivry pourraient être accusés de « provocation publique à la discrimination » simplement pour avoir été dans le sens de ce consensus selon lequel Israël devrait être obligé de respecter le droit international.

Philippe Bouyssou, un des responsables visés par la plainte, a qualifié l’intervention policière « d’attaque intolérable à la liberté d’expression ».

Au cours de sa campagne électorale au début de cette année, le président Macron a promis que, s’il était élu, il poursuivrait la campagne de répression de son prédécesseur contre le mouvement BDS.

Contrairement à l’enthousiasme manifesté par la France pour la promotion des intérêts d’Israël, elle est restée silencieuse pendant deux mois entiers au sujet de la détention par Israël, sans inculpation ni jugement, de Salah Hamouri, un défenseur des droits humains de nationalité palestino-française.

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

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31 octobre 2017 – The Electronic Intifada – Traduction: Chronique de Palestine




Le combat à venir : 13 questions sur les origines et les objectifs du BDS et sur la guerre menée contre lui

Ramzy BaroudBDS signifie « Boycott, Désinvestissement et Sanctions ». Le Mouvement BDS est le résultat de plusieurs événements qui ont modelé la lutte nationale palestinienne et la solidarité internationale avec le peuple palestinien après le deuxième soulèvement (Intifada) en 2000.

En s’appuyant sur une longue tradition de désobéissance civile et de résistance populaire renforcée par l’augmentation de la solidarité internationale avec la lutte palestinienne qui est apparue clairement à la Conférence mondiale contre le racisme à Durban en Afrique du Sud en 2001, les Palestiniens sont passés à l’action.

En 2004, la campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) a appelé au boycott du gouvernement israélien et des institutions académiques qui contribuaient directement à l’occupation militaire et à la repression du peuple palestinien. Cela a été suivi en 2005 par un vaste appel au boycott lancé par 170 organisations de la société civile palestinienne.

Quel est l’intérêt d’un boycott universitaire ?

Ce boycott a permis aux Palestiniens de faire valoir leur point de vue devant des instances médiatiques, académiques et culturelles internationales. Grâce à leur mobilisation et à leurs efforts continus depuis 2004, de nombreuses universités, syndicats d’enseignants, groupes d’étudiants et artistes du monde entier soutiennent le BDS et expriment leur sympathie pour le Mouvement.

Pourquoi le BDS est-il important ?

Comme il n’y a pas de mécanisme international ayant pour objectif de mettre fin à l’occupation israélienne des terres palestiniennes et que le droit international, tel qu’exprimé dans des dizaines de résolutions des Nations Unies, n’est pas appliqué, le BDS s’est avéré être le seul moyen de fortifier la solidarité international avec le peuple palestinien, d’exercer des pressions, et d’exiger qu’Israël et ceux qui financent ou facilitent de quelque manière que ce soit l’occupation israélienne de la Palestine rendent des comptes.

Le BDS est-il un mouvement palestinien ou international ?

L’appel au BDS est issu de la société palestinienne. C’est un point très important, car personne n’a le droit de représenter la lutte palestinienne à part les Palestiniens eux-mêmes.

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Cependant, le Mouvement BDS lui-même – bien que centré sur les priorités palestiniennes – est une plateforme internationale inclusive. Fondé sur des valeurs humanistes, le BDS a pour objectif d’alerter l’opinion publique mondiale et d’appeler au respect du droit international et humanitaire pour que la paix et la justice règnent en Palestine et en Israël.

Le BDS a-t-il des précédents historiques ?

Le boycott était au cœur de la lutte sud-africaine qui a fini par vaincre l’apartheid dans ce pays. Les racines de ce mouvement en Afrique du Sud remontent aux années 1950 et 1960, et même avant. Cependant, il s’est intensifié au cours des années 1980, provoquant enfin l’effondrement du régime d’apartheid en 1991.

Ce boycott avait eu de nombreux précédents dans l’histoire. Parmi les plus notables, il y a le Boston Tea Party, qui protestait contre les impôts iniques du Parlement britannique, le boycott des bus de Montgomery en 1955 (qui a marqué le début du mouvement des droits civiques dirigé par Martin Luther King Jr.) et la marche du sel menée par Mohandas Gandhi en 1930 (qui a initié la campagne de désobéissance civile qui a été un facteur majeur de L’indépendance de l’Inde en 1947.)

Tous ces exemples sont des exemples décisifs de mouvements populaires qui utilisent la pression économique pour mettre fin à la domination d’un groupe par un autre. Le BDS n’est pas différent.

Quelles sont les principales revendications de BDS ?

Le mouvement BDS a trois exigences principales. A savoir:

– Mettre fin à l’occupation illégale et à la colonisation de toutes les terres arabes par Israël, et démanteler le mur de l’apartheid.

– Reconnaître les droits fondamentaux, y compris celui de l’égalité pleine et entière, des citoyens arabo-palestiniens d’Israël.

– Respecter et promouvoir le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leurs maisons et à récupérer leurs biens, comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.

Qui soutient le BDS ?

Le Mouvement BDS est l’expression collective de la volonté et des aspirations du peuple palestinien. Ce sont elles qui constituent la colonne vertébrale de ce mouvement populaire décentralisé.

De plus, le BDS est soutenu par les gens du monde entier qui ont une conscience, qu’ils soient des particuliers ou des représentants d’institutions religieuses, d’institutions académiques, de syndicats de travailleurs, d’organisations professionnelles, de groupes d’étudiants et d’autres organisations.

Quel est le principal argument des Israéliens contre le BDS ?

En assimilant toute critique d’Israël et de son gouvernement de droite à de l’antisémitisme, les partisans israéliens accusent volontiers le BDS d’être un mouvement antisémite.

Par exemple, la Ligue anti-diffamation pro-israélienne (ADL) fonde une telle accusation sur l’idée que « de nombreuses personnes impliquées dans les campagnes BDS sont motivées par leur opposition à l’existence même d’Israël en tant qu’État juif ».

Pourquoi Israël et ses partisans défigurent-ils le Mouvement et ses objectifs ?

Ce qui précède n’est qu’un exemple parmi d’autres de tout ce que disent ceux qui veulent discréditer le Mouvement BDS. Ces allégations sont également destinées à semer la confusion pour détourner l’attention du débat en cours. Au lieu de discuter honnêtement des demandes de justice et de liberté palestiniennes soutenues par la communauté internationale, les militants anti-BDS bottent en touche en accusant leurs opposants d’antisémitisme.

Mais BDS est-il antisémite ?

Absolument pas. En fait, c’est tout le contraire. Le Mouvement BDS s’oppose à la suprématie de quelque groupe racial que ce soit et à la domination de quelque religion que ce soit sur les autres. En tant que tel, le BDS est un défi pour le système juridique israélien qui, lui, privilégie les citoyens juifs et discrimine les musulmans palestiniens et les chrétiens.

Le BDS sape-t-il le « processus de paix » ?

Le « processus de paix », qui s’est déroulé largement en dehors du cadre du droit international, a été un échec retentissant.

Les discussions qui ont commencé à Madrid en 1991, suivies par les Accords de paix d’Oslo en 1993, le Protocole de Paris en 1994, le Protocole d’Hébron en 1997, Wye River en 1998, Camp David en 2002, et d’autres accords et arrangements n’ont permis qu’une seule chose: la consolidation de l’occupation israélienne, avec le triplement du nombre de colons juifs illégaux et l’extension considérable du réseau de colonies israéliennes illégales dans les territoires occupés.

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Depuis, plusieurs guerres ont été lancées contre les Palestiniens, surtout à Gaza, tuant des milliers de personnes et en mutilant des milliers d’autres. Comme il n’y a aucune pression sérieuse sur Israël à cause du soutien étasunien d’Israël à l’ONU, aucun Israélien n’a jamais été tenu responsable de ce que les enquêteurs de l’ONU ont qualifié à plusieurs reprises de crimes de guerre contre les Palestiniens.

Dans les premiers mois de son premier mandat, l’ancien président américain Barack Obama, a tenté de ranimer le « processus de paix » défunt, mais il a été confronté au refus israélien de geler la construction de colonies illégales. Finalement, les pourparlers ont avorté et ils n’ont toujours pas repris.

La souffrance des Palestiniens qui ne fait qu’augmenter depuis le début de l’occupation israélienne en 1967est maintenant à son comble. Gaza est assiégée depuis une dizaine d’années. Jérusalem-Est occupée est complètement coupée du reste des villes palestiniennes et la Cisjordanie est divisée en différentes zones – zone A, B et C – toutes controlees à des degrés divers par l’armée israélienne.

Que font les Israéliens et leurs soutiens pour s’opposer au BDS ?

Le gouvernement israélien a parrainé plusieurs conférences visant à développer une stratégie pour discréditer le BDS et ralentir son développement. Il a également travaillé avec ses partisans en Amérique du Nord et en Europe pour faire pression sur les gouvernements afin qu’ils condamnent et interdisent les activités de BDS et le boycott d’Israël en général.

Ces efforts ont abouti le 23 mars 2017 au projet de loi S720 du Sénat qui, s’il est adopté dans sa forme actuelle, fera du boycott d’Israël un acte illégal passible d’une peine d’emprisonnement et d’une lourde amende.

Pendant ce temps, Israël a déjà promulgué des lois interdisant l’entrée des partisans étrangers du BDS dans le pays. Ceci s’applique également aux partisans juifs du BDS.

Qu’est-ce que le Mouvement BDS a réussi à obtenir jusqu’à présent ?

Les hauts responsables du gouvernement israélien perçoivent le BDS comme leur plus grande menace. C’est la première fois depuis longtemps que cette forme d’action non violente de défense des droits civils préoccupe autant l’élite politique israélienne.

L’énorme campagne en cours pour combattre et discréditer le BDS témoigne du pouvoir et de la détermination de ce mouvement impulsé par la société civile. Les Palestiniens sont déterminés à obtenir leur liberté comme l’Afrique du Sud a réussi à vaincre l’apartheid grâce à la double pression de la résistance intérieure et de la campagne mondiale de boycott.

De plus, le BDS contribue à mettre la question de la Palestine au centre des débats. Il semble que plus Israël s’efforce de contrecarrer le boycott, plus cela donne de la visibilité aux partisans du BDS dans les médias et auprès du grand public. Les médias sociaux jouent un grand rôle dans ce processus.

Pourquoi y a-t-il autant de gens qui rejoignent le BDS ?

Le BDS se développe parce que les gens pensent que c’est une obligation morale et légale de soutenir les opprimés et de faire pression sur ceux qui violent le droit international pour qu’ils mettent fin à leurs pratiques iniques.

Martin Luther King Jr. a écrit dans sa cellule de la prison de Birmingham : « L’injustice partout est une menace pour la justice partout. »

Guidé par ces principes moraux, le BDS offre une plateforme à tous ceux qui veulent manifester leur solidarité au peuple palestinien dans sa lutte de 70 ans pour la liberté, la justice et les droits humains.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

Articles du même auteur.

4 octobre 2017 – RamzyBaroud.net – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




L’ONU doit prendre exemple sur le mouvement BDS

Rima NajjarParmi les décisions scandaleuses défiant le droit international, le parti Habayit Hayehud d’Israël vient d’approuver un projet d’annexion du reste du territoire palestinien occupé « en facilitant le départ des résidents palestiniens ou en leur permettant de rester mais dépourvus du droit de vote.

Ce n’est en aucun cas un dénouement surprenant, ni simplement l’écho de l’influence des factions soi-disant de droite ou extrémistes représentées dans ce gouvernement israélien. C’est l’articulation explicite de l’idéologie sioniste de la suprématie juive inadmissible sur laquelle est fondé l’état juif.

Israël contrôle maintenant toute la Palestine historique. Il est armé jusqu’aux dents, y compris d’armes nucléaires parce que le seul moyen pour lui d’exister en tant état juif c’est de continuer à déposséder, opprimer, discriminer les Palestiniens – ceux qui parviennent encore à conserver leur biens, en les repoussant dans des enclaves de plus en plus petites ou en les déplaçant à l’intérieur d’Israël, tout en maintenant hors de Palestine six millions de réfugiés et d’exilés et dans le même temps en important des juifs pour qu’ils « s’établissent » (euphémisme pour « coloniser ») en Palestine.

Le débat publique sur Israël aujourd’hui aborde finalement des questions qui touchent au cœur même de la légitimité d’Israël, son idéologie sioniste et sa constitution en tant qu’état juif et, par extension, des questions centrales à la libération de la Palestine.

De plus, il existe tout un ensemble de lois internationales destinées à freiner et réguler les activités criminelles des états telles que celles manifestées par Israël, dont la liste des violations de ces lois est longue.

Et pourtant, lorsqu’il s’agit d’Israël, les États-Unis et leurs alliés continuent de trouver impossible d’obliger Israël à rendre des comptes sur la base des lois qu’ils ont eux-mêmes promulguées.

Peu de gens savent que l’application du droit humanitaire international est inscrite dans la section 3.6.3.1 du manuel Law of War (Droit de la guerre) du ministère de la défense états-unien. C’est ce qu’on appelle le principe de la « règle d’or » : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse ».

« Qui que ce soit (ami ou ennemi) qui viole le droit ou quelle que soit la disposition spécifique enfreinte n’a pas nécessairement de pertinence, » a écrit Tripp Zanetis. Toute violation porte atteinte à l’adhésion par la communauté internationale au droit et ceci a un impact direct sur la sécurité et le bien-être de nos forces militaires. »

L’organisation des Nations Unis a été fondée après la deuxième guerre mondiale en tant qu’organisation inter-gouvernementale pour résoudre les conflits internationaux, « pour préserver les générations suivantes du fléau de la guerre, » « pour réaffirmer la foi dans les droits de l’homme fondamentaux, » « pour pratiquer la tolérance et vivre ensemble en paix en bons voisins, » « pour garantir, par l’acceptation de principes et l’institution de méthodes, que la force armée ne soit pas utilisée, sauf dans l’intérêt commun. »

Mais malheureusement, sous la bannière de la paix, l’ONU a contribué à créer des injustices et des conflits, parce qu’elle est essentiellement dirigée en tant qu’organisation politique. Israël en est un bon exemple.

« La naissance d’Israël est couramment présentée comme une création des Nations Unies, que le monde approuvait, et que l’establishment gouvernemental états-unien soutenait. Toutes ces hypothèses sont manifestement erronées.

En réalité, alors que l’Assemblée Générale de l’ONU recommanda la création d’un état juif sur une partie de la Palestine, cette recommandation n’était pas contraignante et ne fut jamais mise en œuvre par le Conseil de Sécurité.

Par ailleurs, l’Assemblée générale n’adopta cette résolution qu’après que les partisans d’Israël eurent menacé et soudoyé de nombreux pays afin d’obtenir les deux-tiers des suffrages requis. »

Après la deuxième guerre mondiale, lorsque de plus en plus de pays furent décolonisés (la colonisation juive de la Palestine est la seule colonie active qui reste dans le monde aujourd’hui), 80 anciennes colonies adhérèrent à l’ONU (voir l’ONU et la décolonisation), la remodelant.

Toutefois, la structure du pouvoir à l’intérieur de l’ONU va à l’encontre d’une démocratisation. En tant que membres permanents du Conseil de Sécurité, la Chine, la France, la Fédération de Russie, le Royaume Uni, et les États-Unis font usage de leur droit de veto pour préserver leurs intérêts de politique étrangère, soit individuellement ou collectivement, et ils contrôlent l’ordre international.

Mais comment les États-Unis ont-ils fait usage de leur droit de veto au cours de l’histoire ?

« Les États-Unis n’ont exercé leur droit de veto pour la première fois qu’en 1970, contre une résolution concernant la Rhodésie du sud, le Zimbabwe actuel. Depuis lors, ils l’ont utilisé à 79 reprises, dont plus de 40 en rapport avec des questions concernant le Moyen-Orient.

Dans la majorité des cas il s’agissait de résolutions qui critiquaient le gouvernement israélien ou ne condamnaient pas les factions armées palestiniennes dans les mêmes termes qu’utilisés pour Israël.

La dernière fois qu’ils ont utilisé leur veto c’était pour bloquer une résolution qui aurait qualifié l’activité de colonisation israélienne en territoire palestinien d’ « illégale » et exigé l’arrêt de toute activité de ce type.

Les cinq plus grandes puissances ont obtenu leur siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU après la deuxième guerre mondiale parce que c’était des « grandes puissances parmi des alliés victorieux et acteurs prépondérants dans les relations internationales. Ils ont pris une part active dans les négociations menant à l’adoption de la Charte de l’ONU qui a établi l’organisation.

Depuis lors, rien a changé (à savoir les vainqueurs se partagent le butin), en dépit des propos retentissants de la Charte de l’ONU.

Ces pays contribuent aussi de manière significative au financement du système onusien, les Etats-Unis, en tant que seule superpuissance, menant la danse. Pour réformer le système, il faudrait rien de moins qu’une révolution.

Ou vous pouvez essayer d’y être admis, comme y aspire le Japon.

« Contrairement à la Chine, le Japon n’est pas membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et n’apprécie pas de contribuer beaucoup plus que la Chine et la Russie au financement de l’organisation, en dépit du fait que la Chine et la Russie jouissent d’une bien plus grande influence grâce à leur statut de membre permanent et du droit de véto qui va de pair. (Et grief supplémentaire pour le Japon, c’est Beijing qui est le plus grand adversaire à l’octroi d’un siège permanent à son rival régional.) »

En attendant, le plan de 2017 en quatre point proposé par la Chine sur la Palestine/Israël mettant l’accent sur l’économie « mine les efforts palestiniens pour changer le statu quo ». Toutefois, il n’est pas encore clair s’il s’agit « d’un changement fondamental sur une nouvelle voie qui remet en cause l’hégémonie états-unienne et la passivité européenne ? Ou si la Chine poursuit simplement ses propres intérêts économiques sous prétexte d’œuvrer pour la paix ? »

Il est vrai que ce que l’ONU et ses organes subsidiaires (PNUD, UNESCO, UNICEF, UNRWA et UNSCOP, pour n’en citer que quelques uns) ont « rédigé comme résolutions » et publié sur Israël/Palestine depuis la Résolution de l’Assemblée Générale sur la partition de la Palestine (1947) – Conciliation, statut de Jérusalem et Droit au retour (1948), Régime international permanent pour Jérusalem (1949), résolution du Conseil de Sécurité sur les principes d’une paix juste et durable au Moyen-Orient (1967, 1973), etc – remplit des tomes et des tomes.

Mais actuellement tous ces écrits restent lettre morte, comme l’atteste le sort réservé au rapport commandé par la Commission Sociale et Économique pour l’Asie Occidentale (CSEAO) qui conclut qu’Israël pratique un régime d’apartheid qui opprime et domine le peuple palestinien dans son ensemble. La décision prise par le secrétaire général de l’ONU de retirer ce rapport « souligne la criminalisation de l’ONU. »

Il est plus que temps que l’ONU prenne exemple sur le mouvement populaire mondial de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) d’Israël et fasse appliquer ces résolutions et rapports par le biais de sanctions à l’encontre d’Israël.

* Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée.

21 septembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




José-Luis Moraguès - Photo : BZ

Une interview de José-Luis Moraguès : « Le BDS s’oppose radicalement au sionisme et à sa vision raciste du monde »

José-Luis Moraguès – BDS34 – José-Luis Moraguès est militant antiraciste, un des porte parole de la Campagne BDS France–Montpellier, et un des animateurs de la Coalition contre Agrexco qui a remporté la première victoire de boycott contre le géant colonial Agrexco-Carmel. Il répond ici à nos questions.

CP : Chronique de Palestine : Peux-tu dire quelques mots sur l’historique de la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) : ses fondateurs, ses enjeux, ses moyens d’action ?

José-Luis Moraguès : La campagne BDS, de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, a été lancée par la société civile palestinienne en juillet 2005. Cette initiative était dès le début très importante car elle a réussi à rassembler plus de 170 organisations palestiniennes qui regroupent tous les courants politiques, syndicaux, ONG, ainsi que les courants religieux. Donc c’est quelque chose de vraiment représentatif du point de vue du nombre et représentatif aussi du point de vue de la composition, puisque dans ces associations sont représentées – ce qui est fondamental – les trois composantes du peuple palestinien qui a éclaté en trois parties avec la création de l’État d’Israël, à savoir : les Palestiniens sous la colonisation qui vivent en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, les Palestiniens réfugiés qui représentent plus de 60% des Palestiniens dont une grande partie est à l’étranger, et les Palestiniens d’Israël qui eux sont restés dans ce qui est aujourd’hui Israël et qui sont complètement discriminés.

Donc cet appel est un événement marquant, fondamental. Pourtant, il n’a pas été repris tout de suite par le mouvement de solidarité. Il aura fallu attendre la guerre israélienne contre Gaza de l’hiver 2008-2009. Au sortir de cette guerre – qui a tué plus de 1400 Palestiniens, dans leur large majorité des civils avec parmi eux plus de 300 enfants, et fait plus de 5500 blessés – l’appel BDS et les actions de boycott sont apparues comme un prolongement tout à fait bienvenu des manifestations de rue et parfaitement adapté pour enfin sanctionner Israël. En effet, l’appel adressé aux sociétés civiles et aux personnes de conscience, leur demande d’engager des actions non-violentes et de larges boycotts jusqu’à ce qu’Israël reconnaisse le droit des Palestiniens à l’autodétermination et respecte le droit international.

L’on retrouve évidemment les trois composantes du peuple palestinien dans les trois principales revendications de cet appel BDS lancé par les Palestiniens, qui sont : la fin de la colonisation, le retour des réfugiés et l’égalité absolue pour les Palestiniens d’Israël. Quant aux moyens d’action, qui sont déterminés par les Palestiniens ce sont :
– le Boycott, c’est-à-dire ne pas acheter de produits israéliens, cesser tout commerce avec les entreprises israéliennes et boycotter les initiatives dans tous les domaines : universitaires, sportifs, culturels, scientifiques, économiques et bien sûr politiques
– le Désinvestissement, de façon à ce que les entreprises françaises ou étrangères qui investissent en Israël retirent leurs fonds, rompent leurs contrats et cessent leur activité dans l’État d’Israël
– et enfin les Sanctions, c’est-à-dire que les institutions à tous les niveaux – municipal, régional, national, européen, au niveau des Nations Unies – appliquent des sanctions contre Israël pour toutes ses violations du droit international.

Du point de vue palestinien c’est donc un Appel qui répond aux situations spécifiques de chaque composante du peuple palestinien, qui reconstruit son unité et qui en rupture avec la logique d’Oslo, abandonne la normalisation et les marchandages de portions de territoire pour prendre comme objectif l’auto-détermination du peuple palestinien. Pour le mouvement de solidarité c’est un Appel qui s’adresse aux sociétés civiles, qui leur demande de passer à l’action non-violente, en ciblant directement les intérêts de l’État d’Israël et leurs représentations selon trois moyens d’actions : le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions.

CP : Comment la campagne BDS s’est-elle développée à Montpellier ?

JLM : A Montpellier, juste après la guerre contre Gaza de l’hiver 2008-2009, en février, nous étions une quinzaine de personnes qui voulions entrer dans Gaza pour témoigner de ce qui s’y était passé, mais nous sommes restés bloqués douze jours à Al-Arish, à la frontière côté égyptien, sans pouvoir entrer dans Gaza. C’est au retour de cette mission que nous avons créé le comité BDS34, un des premiers comités à s’être mis en place et que nous avons immédiatement engagé des actions de boycott dans les magasins contre la présence de produits israéliens.

Photo : JLM

Action dans les magasins Auchan, septembre 2014 – Photo : JLM

En mai 2009, à l’initiative de ce comité, nous avons lancé la « Coalition contre Agrexco » qui était la première entreprise israélienne de fruits et légumes, et juste après nous avons participé à la création de la Campagne BDS France au mois de juin de la même année. Nous avons donc participé au déploiement de la coalition contre Agrexco qui a, et c’est important de le souligner, remporté au bout de deux ans et demi la première grande victoire de boycott contre une entreprise israélienne, puisque Agrexco, après avoir fait faillite, a été liquidé par le tribunal de Tel Aviv en septembre 2009.

Après la campagne contre Agrexco, notre comité à bien sûr adhéré à la campagne BDS France au niveau national, et nous avons développé dans ce cadre diverses campagnes, en particulier contre Mehadrin le principal exportateur de fruits et légumes israélien qui a remplacé Agrexco. Les actions ont été menées en particulier chez Carrefour, quelques-unes chez Auchan mais nous avons concentré nos tirs sur un Géant Casino qui après plusieurs années d’interventions a pratiquement cessé la vente des fruits et légumes israéliens à l’occasion d’un changement de directeur avec qui nous avons pu discuter du problème.
Depuis deux ans nous menons campagne contre Mehadrin chez LIDL dans le cadre d’une campagne nationale de BDS France.

Nous avons également développé des actions dont certaines victorieuse sur le terrain culturel à propos du festival du Cinéma Méditerranéen (CINEMED). Pendant des années ce festival officiellement sponsorisé par le consulat d’Israël à Marseille déroulait le tapis rouge pour le consul d’Israël. Nous avons fait plusieurs actions de distribution de tracts avec banderoles, panneaux et prises de parole à l’entrée du festival mais aussi des interventions directes dans les salles de cinémas, dont une très importante en 2014 où nous étions une soixantaine de personnes à avoir, si je puis dire, «envahi l’écran» pour expliquer notre action et dénoncer la présence du consul israélien. Depuis 2015 le consul ne s’invite plus au festival et Israël n’est plus dans la liste des sponsors officiels de ce festival. Nous sommes ravis de constater que les organisateurs ont compris qu’accepter la présence d’un représentant de l’État d’Israël et le soutien de cet État, sous couvert de la culture, ici le cinéma, revenait à blanchir la politique israélienne de colonisation et d’apartheid, alors que les organisateurs eux-mêmes et ils l’ont dit, n’étaient pas d’accord avec cette politique.

De la même manière, le Festival International Montpellier Danse invitait systématiquement le consul israélien. Nous avons fait plusieurs interventions, allant même jusqu’à passer par les toits pour jeter des tracts et déployer des drapeaux palestiniens au dessus du spectacle en plein air, et nous avons eu le plaisir de constater en 2017, là aussi, l’absence du consul israélien et noté qu’Israël ne sponsorisait plus ce festival. On espère que cette décision est définitive.

Et enfin, il y a une campagne spécifique à Montpellier, car c’est le seul endroit en Europe où les sionistes – pour reprendre le nom qu’ils se donnent eux-mêmes dans leurs déclarations – organisent ce qu’ils nomment «la journée de Jérusalem». En juin, depuis 39 ans, ils commémorent la « réunification de Jérusalem ». Il s’agit en fait de la prise de Jérusalem en 1967 par Moshé Dayan à la tête de l’armée israélienne et de la décision de la Knesset un mois plus tard qui décrète Jérusalem « capitale une et indivisible d’Israël ». Et bien, nous avons ce scandale vivant à Montpellier – où la municipalité, depuis 39 ans, prête gratuitement un parc municipal avec tout le matériel nécessaire et où défilent les élus des exécutifs de la Région, du Département, de la Ville et de la Métropole qui tous sponsorisent l’événement avec l’argent des contribuables. Tous sont présents ou représentés pour participer à une fête coloniale qui commémore, aux côtés du consul d’Israël un fait colonial condamné par l’ONU : Jérusalem capitale d’Israël, et tous se lèvent comme un seul homme pour saluer le drapeau israélien au son de l’hymne israélien.

Photo : JLM

Action pour dénoncer « la Journée de Jérusalem » à Montpellier, juin 2015 – Photo : JLM

Depuis 2010, avec BDS nous avons lancé une pétition, organisé des conférences, et chaque année une manifestation à l’entrée du parc où se déroule la fête sous haute surveillance policière. En 2015 nous avons obtenu un premier résultat puisque la mairie a fait payer la location du parc et du matériel aux organisateurs, et en juin 2017 la « journée » habituelle n’a pas eu lieu, l’événement ne s’est tenu qu’en soirée, sans affichage public, sur inscription et dans un palais des sports (dont il faudra vérifier la facturation). 2018 nous dira si enfin le contenu colonial de cette fête a été abandonné au profit d’une fête culturelle et cultuelle juive « normale » à laquelle nous aurions plaisir à aller. Mais nous restons vigilants et continuerons les actions si ce n’était pas le cas.

CP : Israël craint manifestement cette campagne BDS et considère comme tout à fait stratégique de la contrecarrer. Comment se déclinent les attaques anti-BDS en France et quels sont leurs effets ?

JLM : Le mouvement de solidarité avec la Palestine a toujours été en butte aux attaques des relais de l’État d’Israël en France, notamment de la part du CRIF, par exemple. Ce n’est donc pas la première fois qu’il y a des plaintes ou des procès pour antisémitisme auprès de gens absolument insoupçonnables, comme Daniel Mermet, l’animateur de l’émission radiodiffusée «Là-bas si j’y suis», Pascal Boniface, le directeur de l’Institut de Relations Internationales ou encore le dessinateur Siné. Donc à ce titre, le BDS a été depuis sa création, attaqué et traité d’antisémite.

Mais la caractéristique principale de ces attaques était que jusque ici, c’étaient les officines sionistes en France qui s’emparaient de ce genre de campagnes et en étaient les seules actrices. Or depuis qu’Israël a déclaré que BDS était une menace stratégique pour son existence on assiste au niveau international à l’intervention directe de l’État d’Israël auprès des États et leurs gouvernements via tous les canaux officiels et officieux. Tout est fait pour interdire l’expression de BDS, ses manifestations, conférences etc. En France l’ambassadeur d’Israël s’est même autorisé à demander publiquement l’interdiction de certaines conférences dans les universités à l’occasion de la Semaine Internationale contre l’Apartheid. Et ça c’est nouveau.

Dès 2010, sous N. Sarkozy, la circulaire Alliot-Marie incitait les parquets à déclencher des poursuites pour la moindre action BDS. Mais c’est surtout à partir de 2013-2014 que la pression gouvernementale israélienne s’est exercée directement, après la déclaration de guerre officielle d’Israël contre BDS.

C’est ainsi que l’on a entendu en France, par exemple François Hollande déclarer en 2014 lors de la guerre israélienne contre Gaza, que Israël «avait le droit de se défendre», ce qui était un encouragement direct aux crimes en train d’être commis. Que dans la foulée, l’État français a interdit, l’été 2014, des manifestations de solidarité avec la Palestine à Paris et dans d’autres villes dont Montpellier. C’est la raison pour laquelle à Montpellier, nous avons occupé fin juillet 2014, le local de la Fédération Départementale du Parti Socialiste, lequel a immédiatement porté plainte contre deux porte parole de notre Comité.

Photo : JLM

Occupation du siège du Parti socialiste à Montpellier, juillet 2014 – Photo : JLM

En octobre 2014 la police est allée jusqu’à attaquer et détruire notre chapiteau BDS sur la place centrale de la ville de Montpellier. Au même moment, Manuel Valls, reprenant le slogan du CRIF, a publiquement déclaré à plusieurs reprises que «l’antisionisme est la première étape de l’antisémitisme ». Plus récemment, à Paris, à l’instigation de la maire Anne Hidalgo, le Conseil de la ville a adopté un vœu en février dernier condamnant les appels au boycott et a menacé de priver de subventions les ONG qui soutiennent BDS. Et enfin, le nouveau président de la république M. Macron, a déclaré à B. Netanyahu qu’il avait invité en France : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».

Ces initiatives sont tout à fait visibles au niveau international, et pas seulement en France. Aux États-Unis cela atteint des niveaux très élevés, en Grande-Bretagne également où ont été organisés des opérations de désinformation contre Jeremy Corbyn et plusieurs membres de son parti – le Labour – qui ont été attaqués pour leurs positions pro-palestiniennes. Dans l ‘État d’Espagne, où plus de 50 municipalités, dont Barcelone, ont osé prendre des mesures contre les produits israéliens et décréter des «zones libres d’apartheid», il y a eu également des pressions pour faire voter (sans succès) aux Cortès des mesures contre le BDS.

Voilà la caractéristique de cette offensive récente contre le BDS : alors qu’en France par exemple, l’image d’Israël est en chute libre et que les lobbies sionistes sont déconsidérés du fait de leurs accusations permanentes, excessives et infondées, c’est désormais le gouvernement et ses institutions qui reprennent à leur compte la défense d’Israël et la campagne israélienne anti-BDS. D’où les mesures et la nature des attaques politiques, juridiques et policières contre BDS.

CP : Comment expliquer cet engagement des États auprès d’Israël et contre le BDS ?

JLM : Le soutien à Israël est une constante de la politique de l’Union Européenne. Israël est le seul pays non européen à bénéficier de la plupart des avantages économiques, universitaires et culturels réservés aux seuls membres de l’UE sans en avoir les contraintes ni en payer les contreparties. Sans doute est-il ainsi récompensé de son rôle de poste avancé de l’impérialisme occidental au Moyen Orient. Les critiques de l’UE à l’égard des violations israéliennes du droit international et des droits humains ne s’expriment que sous la pression de l’opinion internationale, face aux massacres et aux exactions répétées d’Israël, et elles ne se concrétisent jamais en sanctions réelles.

Mais au sein de l’UE, certains pays, dont la France en particulier, ont franchi un cap en s’attaquant directement au BDS. On a toujours considéré que le soutien à Israël était en France le produit de trois forces : le poids de la culpabilité d’avoir collaboré à la déportation des juifs et donc à leur génocide, le poids des lobbies sionistes nombreux et particulièrement actifs en France du fait même de cette collaboration et enfin, l’alignement progressif de la France sur les positions étatsuniennes (Atlantisme).

Mais ce qui se passe aujourd’hui et qui surdétermine l’ensemble est d’une toute autre nature. Il s’agit de l’adhésion revendiquée au paradigme de la guerre contre le terrorisme islamiste et de sa mise en œuvre offensive. Le paradigme de la guerre contre le « terrorisme islamiste » extérieur et intérieur, préconisé avant même le 11 septembre par les néo-conservateurs israéliens, était l’apanage de l’État d’Israël supposé menacé à l’extérieur par l’Iran, qualifié d’État terroriste et supposé menacé de l’intérieur par le « terrorisme palestinien ».

Le socialiste François Hollande restera dans l’Histoire comme le président qui en un seul mandat a instauré et verrouillé l’application de ce paradigme. C’est lui qui a mené le plus grand nombre de guerres soi disant contre le terrorisme en Afrique et au Moyen Orient et c’est lui qui également a imposé et pérennisé l’état d’urgence sur le plan intérieur, déclarant à tout bout de champ avec son premier ministre M. Valls : « Nous sommes en guerre ».

Photo : JLM

Action au magasin Carrefour, août 2014 – Photo : JLM

Pourtant tout le monde sait que la colonisation de peuplement israélienne repose sur un système d’apartheid. Nos dirigeants le savent parfaitement, même les dirigeants étatsuniens le savent ! John Kerry l’a dit ouvertement et un rapport conséquent de l’ONU l’a constaté. Chacun sait aussi que dans cet apartheid et donc dans ce système raciste, les arabes sont considérés comme la race inférieure, d’ailleurs les sionistes ne disent pas : « les Palestiniens » ils disent : « les Arabes ». Comment expliquer que « nos démocraties occidentales » parfaitement informées de tout ceci continuent, comme si de rien n’était, d’entretenir des relations « normales » et même privilégiées avec Israël, un État d’apartheid, un État raciste ? Et comment se fait-il qu’elles aient endossé aussi facilement le paradigme de la lutte contre le terrorisme islamiste qui est fondé sur le racisme et l’islamophobie ? La seule explication c’est qu’au fond, nos démocraties occidentales partagent cette vision d’un monde hiérarchisé, dont la hiérarchie est commandée par l’idée qu’il y a des êtres supérieurs et d’autres inférieurs, des civilisations, des cultures (occidentales) supérieures et d’autres inférieures.

Le courant politique décolonial qui nous vient d’Amérique Latine et qui développe en France l’antiracisme politique analyse très clairement les manifestations de ce qu’il nomme après le sociologue péruvien Anibal Quijano : « la colonialité du pouvoir », c’est à dire une structuration raciste des rapports sociaux directement issue des rapports coloniaux fabriqués par l’occident et qui a pris le relai du pouvoir colonial « classique » au moment de la disparition des institutions coloniales proprement dites. [1]

Le mouvement BDS s’oppose frontalement et radicalement à l’apartheid, au sionisme et donc à cette vision du monde raciste dans laquelle la race est l’élément discriminant de base. De ce fait le BDS est un véritable danger pour les tenants de la prétendue guerre contre le terrorisme. D’où les attaques qu’il subit de la part d’Israël et de nos gouvernements successifs…

CP : Justement, comment ces attaques se déclinent-elles dans les autres régions, et ici à Montpellier en particulier ?

JLM : Le fait que le gouvernement et tous les courants politiques du gouvernement, avec le Parti socialiste en tête, s’impliquent totalement dans la solidarité avec Israël, a eu pour effet la multiplication des procès. Cela s’est traduit par des pressions et des interventions auprès de l’appareil de la justice. La plupart des procès – à l’exclusion du premier qui a eu lieu à Bordeaux où une personne avait apposé des auto-collants sur des produits israéliens – ce qui est considéré comme une « dégradation légère » – tous les procès qui ont eu lieu s’appliquaient à des personnes qui distribuaient des tracts devant des magasins. C’étaient pourtant des actions tout à fait pacifiques et non-violentes.

Le moment culminant de cette vague de procès pour distribution de tracts devant des grandes surfaces commerciales, a été l’arrêt de la Cour de Cassation confirmant une condamnation, en invoquant l’argument selon lequel le boycott était une forme de discrimination à l’égard des agriculteurs [israéliens] c’est-à-dire un groupe de personnes appartenant à l’État d’Israël. Il s’agissait donc, selon ce raisonnement, d’une discrimination à caractère antisémite !… Ainsi 12 militants de Mulhouse ont été condamnés à un total de 32 000€ pour ce motif totalement infondé ! Ils ont fait appel devant la Cour de Justice Européenne.
Il y a des procès toujours en cours. Par exemple à Metz, le collectif BDS57 avait envoyé une lettre aux pharmaciens pour dénoncer la politique de Teva, une entreprise israélienne de médicaments fabriquant des produits génériques. Le président du Collectif BDS57 est poursuivi par TEVA pour le simple fait d’avoir envoyé cette lettre. Alors que les juges avaient décidé la prescription en première instance. Comme dans de nombreux cas c’est le parquet qui a fait appel, rejoint par les officines sionistes habituelles. Le jugement en appel a été fixé au 5 octobre 2017.

A Toulouse des militants qui avaient distribué des tracts à plus de 100 mètres d’un magasin pour dénoncer le fait d’avoir été agressés par une officine sioniste, la LDJ (Ligue de Défense Juive, organisation d’extrême-droite) lors d’une précédente distribution de tracts, se sont vus eux aussi attaqués et condamnés. Non pas pour discrimination raciale mais pour entrave à l’exercice du commerce … Et ils ont été condamnés chacun à une amende de près de 1000 euros. Antérieurement et plus près d’ici, il y a eu à Perpignan également des militants poursuivis et condamnés, mais qui ont gagné en appel.

CP : Et à Montpellier ?

JLM : Par le nombre d’actions menées et les terrains couverts, par la nature offensive des actions strictement non-violentes, par les cibles choisies et le nombre de militants-tes participant aux actions, par le développement du comité et son influence, le comité BDS France–Montpellier est un comité très actif de la Campagne BDS France. A ce titre il a concentré sur lui de nombreuses attaques au point qu’il n’est pas exagéré de dire qu’il a été et reste un laboratoire de la « guerre » menée contre BDS par Israël et ses alliés du gouvernement en France.

Profitant d’une plainte déposée contre deux porte parole du Comité BDS Montpellier [2], la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme) s’est portée partie civile au procès et a développé une campagne offensive durant plus d’un an contre BDS Montpellier. C’était habile, car même si la LICRA est bien connue pour son soutien à Israël, elle n’est pas publiquement sioniste comme le CRIF par exemple. N’empêche qu’elle a mené pendant plus d’un an et jusqu’à la fin du procès contre nos deux porte parole qui ont été relaxés en appel, une intense campagne de lobbying allant même jusqu’à rassembler régionalement à Montpellier les officines sionistes (CRIF etc…) dans une manifestation de près de 200 personnes au mois de mai 2015 contre BDS Montpellier.

Nulle part en France on a vu une telle offensive. La LICRA et ses amis ont exigé des pouvoirs publics (Préfecture et Mairie) l’interdiction de toute manifestation et expression publique du comité BDS Montpellier et surtout l’interdiction de ses stands place de la Comédie au centre ville où passent des milliers de personnes. Et ils ont partiellement obtenu satisfaction ! Alors que depuis près de 10 ans les maires successifs de Montpellier toléraient sans demande d’autorisation les stands BDS avec chapiteau, l’actuel maire de Montpellier interdit depuis mai 2015 les stands BDS sans autorisation, et a systématiquement opposé un refus aux demandes d’autorisations. Alors même que les stands de nombreuses associations étaient tolérés sans problème… Le ciblage contre BDS était clair et il persiste.

Photo : JLM

Action au magasin Lidl, mars 2016 – Photo : JLM

Mais nous avons refusé de nous plier à cette atteinte à la liberté d’expression du BDS et nous avons continué et continuons à tenir nos stands. Après plusieurs interventions de la police municipale qui a tenté de nous faire partir et nous a dressé des procès-verbaux (avec audition par la police) pour occupation illégale de l’espace public, le 17 octobre 2015 la police nationale a attaqué et détruit notre chapiteau place de la Comédie, sous les huées des passants qui se sont portés à notre secours et le 31 octobre suivant, la préfecture est allée jusqu’à nous interdire une manifestation de soutien à la Palestine, fait rarissime et extrêmement grave contre lequel nous avons déposé une plainte au Tribunal Administratif.

Malgré toutes ces intimidations nous n’avons cessé d’être présents Place de la Comédie sous des formes diverses et nous avons organisé à trois reprises, avec une quinzaine d’organisations solidaires de BDS, des « Occupy Comédie » de la place de la Comédie. Chaque organisation amène sa table et expose son matériel d’information, diffuse ses tracts etc… imposant ainsi collectivement la liberté d’expression pour BDS bien sûr, mais aussi pour l’ensemble du mouvement social et associatif.

Par la suite un de nos porte parole a été convoqué à la police et auditionné pour avoir porté le tee shirt de la Campagne BDS France sur lequel est écrit : Boycott Israël Apartheid. C’est dire que les intimidations n’ont pas cessé.

C’est dans ce contexte d’intimidations répétées contre notre comité que l’entreprise Lidl, chez qui nous avons mené de nombreuses actions, a déposé une série de plaintes contre nous. En effet, une campagne BDS nationale a été lancée en 2016 contre l’entreprise israélienne Mehadrin chez Lidl qui commercialise nombre de ses productions (fruits et légumes). Localement, nous avons mené plus de 25 actions en l’espace d’un an, avec un travail sur les quartiers, des campagnes d’affichage, pour dénoncer la présence de ces produits et demander à Lidl de cesser de commercer avec cette entreprise. Nous avons aussi occupé la direction régionale de cette entreprise à Lunel pour obtenir un rendez-vous avec la direction afin de protester contre la présence des produits israéliens. Rendez-vous que nous avons obtenu grâce à l’occupation. C’était donc une campagne non-violente, nationale et locale, construite et offensive.

Lidl a déposé contre nous un total de huit plaintes et nous avons été quatre militants à être auditionnés par la police à deux reprises en 2016 et 2017. En mai dernier l’avocat du BNVCA [[Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme]] (qui a plaidé dans le procès contre nos deux porte parole) a tenté une provocation dans un magasin lors d’une action BDS. Il a porté plainte contre l’un de nos porte parole pour soit disant : « menaces sur avocat » alors même que c’est lui que la sécurité du magasin a raccompagné à la sortie tellement il criait et s’excitait contre nous. Ça nous a valu une nouvelle convocation et audition par la police…

CP : Au final quel bilan tirez-vous de ces attaques contre BDS et contre votre comité en particulier ?

JLM : La première attaque est venue du Parti Socialiste qui a porté une plainte nominative contre deux de nos porte parole alors que l’occupation de leur locaux était une action politique, collective, co-organisée et revendiquée par BDS Montpellier, le MIB et le NPA. Quand à peine quinze jours après la plainte du PS, la LDH a porté ses accusations absurdes de négationnisme et d’antisémitisme contre nos deux camarades, nous avons immédiatement compris qu’il s’agissait d’une offensive contre le comité BDS de Montpellier et contre le BDS en général. En effet la LDH 34 (Hérault) argumentait en disant que notre « antisionisme radical était un dérapage vers l’antisémitisme ». De fait, elle reprenait presque mot pour mot les propos du premier ministre socialiste M. Valls qui entonnait déjà avec le CRIF : « L’antisionisme est synonyme de l’antisémitisme » et nous savons bien que dans la LDH il y a un courant PS très influent. A ce moment là nous avons compris que le but des plaintes était, à travers nos deux camarades, de faire passer notre comité pour antisémite et ainsi salir également le BDS tout entier par la même occasion.

Alors nous avons décidé que la meilleure façon de prouver l’innocence de nos deux camarades et faire échouer la manœuvre était d’intensifier nos actions BDS et de nous développer. Nous avons donc mis en place un plan de travail audacieux et l’avons suivi. 2015 et 2016 ont été des années extrêmement productives de notre comité. Aussi quand l’offensive de la LICRA a commencé en avril 2015, nous étions déjà en ordre de bataille et dans l’action. La nature d’atteinte à la liberté d’expression des attaques gouvernementales (la préfecture) et municipales (la mairie) ont suscité un courant de sympathie parmi nos amis dont certains s’étaient éloignés du fait du procès et des accusations portées par la LDH. Le résultat du procès a balayé les doutes des hésitants et porté un coup considérable aux parties civiles. Seul le BNVCA poursuit sans succès ses plaintes.

A ce jour nous considérons que nos analyses étaient justes, en particulier sur la nature coloniale du PS et de ses amis, que la riposte aux attaques (LICRA, État et municipalité) par l’action et l’élargissement du soutien à BDS étaient le bon choix et nous gardons le cap !

CP : Quels sont aujourd’hui les enjeux de la campagne BDS en France ? Quelles sont ses perspectives ? Quelles suggestions ou recommandations pourraient être faites ?

Dans un mouvement hétéroclite comme la Campagne BDS France (une cinquantaine d’organisations nationales et un peu plus de cinquante comités de villes) les approches et les réactions sont diverses, il faut toutes les respecter car les histoires et les contextes sont différents. C’est à chacun de faire ses expériences et les preuves de la justesse de ses positions par les faits et les résultats obtenus. Les procès, la décision de la Cour de Cassation ont fait l’effet d’une douche froide. C’est une réaction normale et temporaire car quelque soit le niveau de répression, l’Histoire montre que la résistance et la lutte sont toujours possibles.

Je m’en tiendrai à notre expérience locale pour dire que l’enjeu fondamental c’est la poursuite des actions de terrain dans le cadre de campagne construites en vue de créer un rapport de force progressif, des campagnes suivies avec cibles restreintes et objectifs précis avec une exigence de résultats. Les résultats, on le sait, sont aussi conditionnés par le nombre qui permet le développement, l’extension et l’amplification de notre activité et donc par l’adhésion de nouvelles forces militantes. C’est ce cercle vertueux qu’il nous faut entretenir.

Photo : JLM

Place de la Comédie à Montpellier – Manifestation de solidarité avec les prisonniers palestiniens grévistes de la faim, mai 2017 – Photo : JLM

Quand nous discutons avec les personnes sur les stands et lors des distributions de tracts, comment leur donnons-nous l’envie de nous rejoindre ? En leur parlant des actions qu’on mène, de comment ils pourraient y participer et progressivement en devenir des acteurs et même des organisateurs. Les jeunes – et ils ont raison – veulent transformer la réalité et combattre les injustices par l’action, sur le terrain.

Se poser la question du développement de BDS France, c’est à dire du recrutement de nouveaux militants, est donc un enjeu vital immédiat et à long terme.

Bien sûr il reste encore de nombreuses associations, syndicats et partis avec qui il faut discuter pour les inviter à adhérer à la Campagne BDS France, c’est indispensable et d’un réel soutien politique, mais ce sont des adhésions par « le sommet », peut-être quelques militants et militantes de ces organisations viendront rejoindre les rangs des comités de villes mais dans le contexte d’offensive libérale et de démobilisation que nous traversons, les militants organisés sont saturés de travail et à de rares exceptions, peu disponibles pour s’investir à fond dans BDS. Et donc l’essentiel du potentiel des forces militantes est ailleurs, il est chez les inorganisés que nous rencontrons dans le travail à la base, dans l’action de terrain.

Et là, il nous faut être attentif aux recommandations du BNC appuyées par plusieurs interventions d’O. Barghouti. Que nous disent-ils ? Ils nous disent que de par la colonisation de peuplement, l’apartheid et le génocide progressif de Gaza les Palestiniens sont partie intégrante des populations les plus opprimées au monde et en particulier celles qui subissent le racisme, et que c’est vers elles que nous devons nous tourner, à la fois pour les soutenir mais aussi pour les amener au BDS car elles sont à même de mieux comprendre et se sentir partie prenante des aspirations des Palestiniens.

Le Comité BDS Montpellier est composée depuis sa création d’une majorité de personnes, jeunes pour la plupart, des quartiers populaires et de l’immigration coloniale, c’est un héritage de la CCIPPP34 d’avant BDS et de l’histoire de notre comité. Les personnes qui s’arrêtent à notre stand place de la Comédie, qui nous aident financièrement, qui signent nos pétitions, qui prennent contact avec nous, qui viennent à nos réunions et participent aux actions, sont dans leur écrasante majorité des hommes et des femmes, jeunes, issus-ues des quartiers populaires. Je l’ai déjà dit, c’est pareil dans les grandes manifestations de solidarité, les quartiers représentent plus de 80% des manifestants.

A quoi tient cette sensibilité particulière à la cause palestinienne ? Le plus fréquemment les plus jeunes ont entendu parler de ce problème en famille par les parents, mais dans ce cas c’est souvent sous l’angle des malheurs et des souffrances subies par les Palestiniens. Le fait d’être arabes et musulmans est évidemment une porte d’entrée culturelle et cultuelle qui facilite aussi le rapprochement et l’intérêt pour la Palestine. Bien sûr ces facteurs sont actifs chez les jeunes qui nous approchent mais l’expérience me fait dire que le facteur déterminant qui les fait se sentir proche des Palestiniens c’est le fait de partager avec eux une même réalité : la réalité d’un racisme d’État et de ses méfaits quotidiens dans tous les domaines de la vie. Les réseaux sociaux offrent aujourd’hui profusion d’images de la réalité concrète vécue par les Palestiniens et même si la colonisation et l’occupation militaire sont sans aucune mesure d’une violence létale bien plus élevée en Palestine, il n’empêche que les incessants contrôles d’identité au faciès, les brimades et humiliations de la police, les traques de la BAC, les crimes policiers, l’immunité policière et les emprisonnements pour faits mineurs facilitent les identifications avec les Palestiniens. [3]

Pour son développement, le mouvement BDS a besoin de ces forces, de ces jeunes (et moins jeunes) « racisés » [4] des quartiers populaires car ils connaissent de l’intérieur le racisme et l’injustice structurelle du système. Ils amènent avec eux leur énergie, la colère, la révolte et le courage nécessaires pour se battre mais aussi l’affirmation d’une dignité revendiquée. Ils font preuve d’une grande clairvoyance face aux injustices, au colonialisme et au paternalisme et leur exigence de justice est d’une intransigeance salutaire pour garder le cap. Cette exigence de justice pour la cause palestinienne est d’autant plus forte qu’elle est portée par l’exigence de justice pour eux-mêmes. En combattant le racisme colonial et l’apartheid qui sévissent en Palestine, ils s’inscrivent ici dans un front de lutte contre la colonialité du pouvoir, c’est à dire contre le racisme d’État et un capitalisme mondial qui sont les formes contemporaines structurelles de la suite de l’histoire coloniale, qui a marqué l’histoire de leurs parents et de l’immigration en général.

Ces militants et militantes, car il y a souvent plus de jeunes filles et jeunes femmes que de jeunes hommes, co-fondateurs du comité, ont incontestablement transformé les pratiques de solidarité à la Palestine antérieures à BDS.

Ils et elles ont su imprimer un rythme élevé d’activité, des modalités audacieuses d’interventions, une volonté opiniâtre de gagner – on lâche rien ! – un partage enthousiaste et vivant de la cause palestinienne et une énergie communicative qui attire les nouveaux militants-tes. Bref, ils et elles ont fait la Campagne BDS France-Montpellier, ils et elles en sont la « marque de fabrique », son style et sa signature.

Donc, oui, je crois en effet que ces forces ont un rôle primordial à jouer dans le BDS, mais bien évidemment il faut tenir compte des contextes et s’adresser sans exclusive à tous les courants et toutes les composantes de la société civile en France.

Notes :

[1] Selon A. Quijano la « Colonialité du pouvoir » est le modèle d’un pouvoir global caractérisé par un système de domination colonial occidental, fondé sur l’idée de race et d’un mode d’exploitation capitaliste ouvert sur le marché mondial qui apparaît avec la découverte de l’Amérique …

[2] Plainte injustifiée et irresponsable déposée par la LDH (Ligue des droits de l’Homme) en octobre 2014, suivie par le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les peuples) à laquelle se sont portées partie civiles les officines sionistes : BNVCA (Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme), France-Israël et Avocats sans Frontières. Le procès a duré 2 ans et demi au terme duquel malgré le contexte des attentats et le climat d’islamophobie, nos deux camarades, Saadia et Husein, ont été relaxés par la Cour d’Appel.

[3] Ceci n’est pas un scoop ! ça fait plus de vingt ans que le MIB dénonce et combat la « gestion coloniale des quartiers » ! Que le courant politique des quartiers populaires et de l’immigration qui anime aujourd’hui le courant décolonial et l’antiracisme politique développe ces thèses au sein du courant de solidarité à la Palestine ; il était majoritairement présent à la création de la CCIPPP, présent aussi à la création de BDS, il a impulsé et animé les grandes manifestations de soutien contre la série d’offensives israéliennes en Cisjordanie et Gaza depuis 2002 à aujourd’hui, et participe activement aux campagnes de soutien de G. Ibrahim Abdallah etc.

[4] Les « racisés-ées » sont les personnes qui sont la cible d’un dispositif d’assignation sociale spécifique, socialement construit qui discrimine les « non blancs » dans la continuité des rapports coloniaux.

3 octobre 2017 – Propos recueillis par Chronique de Palestine




Ramzy Baroud

Le crime récompensé : Israël va-t-il devenir membre du Conseil de sécurité de l’ONU ?

Ramzy BaroudIsraël veut maintenant un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU). Quelle ironie !

Depuis qu’il s’est élevé sur les ruines des villes et des villages palestiniens en 1948, Israël a eu une relation des plus cahoteuses avec le plus grand organisme international au monde.

Il a toujours cherché désespérément à être légitimé par l’ONU, tout en faisant son possible pour délégitimer l’ONU.

À la suite d’une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (UNHRC) condamnant, en mars 2014, les violations israéliennes des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a accusé l’ONU d’être « inepte ». Il a promis de « continuer à dévoiler et à dénoncer » « l’hypocrisie » de l’ONU.

Pendant toutes ces années, les dirigeants israéliens et les responsables gouvernementaux se sont évertués à miner l’ONU et ses divers organismes et, avec le soutien inconditionnel de Washington, ont ignoré les nombreuses résolutions de l’ONU sur l’occupation illégale de la Palestine.

Dans une certaine mesure, la stratégie israélienne de se servir de l’ONU tout en la vilipendant – a fonctionné. Grâce aux veto américains qui ont bloqué tous les efforts de l’ONU pour contraindre Israël à mettre fin à son occupation militaire et à ses violations des droits de l’homme, Israël pouvait se dispenser de se conformer au droit international.

Mais deux événements majeurs ont forcé un Israël à revoir sa stratégie.

Tout d’abord, en décembre 2016, au lieu de mettre leur veto à une résolution de l’ONU qui condamnait les activités des colonies illégales d’Israël dans les territoires palestiniens occupés, les États-Unis se sont abstenus.

En rompant avec leur longue habitude de protéger Israël contre toute censure internationale, Washington a révélé la fragilité de son allégeance apparemment inconditionnelle à Tel Aviv.

Deuxièmement, la montée en puissance du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) dirigé par les Palestiniens est en passe de changer la dynamique de la politique internationale concernant l’occupation israélienne.

Le mouvement, qui a commencé comme un appel de la société civile palestinienne pour qu’Israël soit obligé de rendre des comptes pour ses violations des droits humains palestiniens, est devenu rapidement un mouvement mondial. Des centaines de groupes locaux du BDS se sont créés dans le monde, avec la participation d’artistes, d’académiciens, de syndicalistes et d’élus.

En quelques années, le BDS est devenu un puissant moyen de pression pour dénoncer l’occupation israélienne et exiger que justice soit rendue au peuple palestinien.

Le Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU s’y est rapidement joint, en déclarant son intention de publier une liste des noms des entreprises qu’il faut boycotter parce qu’elles opèrent dans des colonies israéliennes illégales.

Les efforts de cette organisation de défense des droits humains ont été assortis de multiples condamnations des violations israéliennes des droits de l’homme documentées par l’agence culturelle de l’ONU, l’UNESCO.

Cela signifie que les organes de l’ONU où il n’y a pas de droit de veto sont de plus en plus capables de s’opposer au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les actions du Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU et de l’UNESCO ont provoqué, en réaction, une puissante campagne israélo-américaine visant à les discréditer.

LIRE EGALEMENT : Israël en guerre ouverte contre les Nations Unies

Depuis l’avènement de l’administration de Donald Trump, Washington mène avec l’aide de son ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, une guerre contre l’ONU en l’intimidant et en le menaçant de lui couper les vivres.

L’UNESCO a maintenu sa position malgré la réduction de son financement. Et le CDH a décidé de publier la liste des entreprises opérant dans les colonies en dépit des menaces américaines de sortir de l’organisation des droits de l’homme.

Selon la chaîne de TV d’Israël, Channel 2, la liste comprend Coca-Cola, TripAdvisor, Airbnb, Priceline et Caterpillar. Elle comprend également des entreprises nationales israéliennes et deux grandes banques.

Les officiels israéliens sont furieux. La vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, a affirmé que « l’ONU joue avec le feu », et a ajouté qu’une telle initiative entraînerait une perte supplémentaire du budget de l’ONU.

Elle a même déclaré que les États-Unis et Israël travaillaient ensemble pour entamer une « révolution » au Conseil des droits de l’homme par le biais d’un « plan d’action » commun.

Les signes de cette étrange « révolution » sont déjà apparents. En plus d’étouffer financièrement les organes de l’ONU, Israël fait pression sur les pays du Sud qui manifestent traditionnellement leur solidarité avec les Palestiniens en raison de leur histoire commune d’oppression étrangère et de luttes anti-coloniales.

Netanyahou vient juste de conclure un voyage en Amérique latine, le premier d’un premier ministre israélien. Dans la dernière étape de son voyage au Mexique, il a offert de « développer l’Amérique centrale ».

Le prix à payer pour les pays d’Amérique latine est évidemment de soutenir l’occupation israélienne de la Palestine et fermer les yeux sur ses violations des droits de l’homme en Palestine.

L’ironie qui, heureusement, n’a pas échappé à tout le monde, c’est que, en janvier dernier, Netanyahu a déclaré soutenir le projet de Trump de construire un mur le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique et de forcer le Mexique à le payer.

On peut douter qu’Israël réussisse à mettre l’Amérique latine dan son camp, surtout si l’on songe à son habitude délétère de soutenir des régimes fascistes et de subvertir la démocratie.

LIRE EGALEMENT : En invitant Netanyahu, les dirigeants africains célèbreront le racisme, le colonialisme et l’apartheid

L’offensive de charme du premier ministre israélien devait inclure une visite au Togo en octobre pour assister au Sommet israélo-africain. Grâce aux efforts de l’Afrique du Sud, du Maroc, entre autres pays, le sommet a finalement dû être annulé parce que plus de la moitié des pays africains envisageaient de le boycotter.

Ce revers diplomatique a dû beaucoup embarrasser Tel-Aviv car Netanyahou avait fait de la diplomatie africaine le pilier dans sa politique étrangère. En juin dernier, il est allé en Ouganda, au Kenya, en Éthiopie, en Tanzanie et au Rwanda. Il était accompagné d’une grande délégation de dirigeants d’entreprises. En juin dernier, il a promis aux dirigeants africains au sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Libéria de leur fournir une technologie agricole qui réduirait la sécheresse et la pénurie alimentaire.

Le prix à payer ? Selon l’Agence Africaine de Presse, « la technologie israélienne résoudrait les problèmes les plus urgents d’Afrique… aussi longtemps que les pays africains s’opposeront aux résolutions de l’ONU qui critiquent l’occupation israélienne de la Palestine ».

Tel-Aviv n’a pas réussi à manipuler tous les dirigeants africains.

Mais la tactique israélienne devient plus claire et plus audacieuse. Tel Aviv a pour but de miner le soutien aux Palestiniens à l’Assemblée générale des Nations Unies et de saboter le travail des organes de l’ONU qui ne sont pas soumis au pouvoir américain.

Il veut également s’assurer un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. On pense que, avec le soutien de Haley aux Nations Unies, une telle chose n’est pas impossible.

En plus des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qui ont le droit de veto, dix pays membres sont élus pour deux ans. L’offensive de charme d’Israël en Amérique latine, en Afrique et en Asie a pour objectif d’obtenir le nombre de voix nécessaires pour avoir un siège pour le mandat 2019-2020.

Le vote aura lieu l’année prochaine, et Israël se présentera contre l’Allemagne et la Belgique. Le désir d’Israël d’améliorer son statut à l’ONU peut également se lire comme l’aveu que l’attitude hostile de Tel-Aviv a échoué.

Toutefois, si Israël obtient ce siège, il s’en servira pour renforcer son occupation de la Palestine au lieu de respecter le droit international. Il est vraiment regrettable que les Arabes et l’Autorité palestinienne se rendent compte de tout ça aussi tardivement.

Israël complote dans ce but depuis des années – depuis 2005 sous la direction d’Ariel Sharon – pourtant, l’AP a attendu aujourd’hui pour demander à la Ligue arabe d’empêcher Israël d’obtenir ce poste influent.

Actuellement, les Palestiniens comptent sur le soutien dont le peuple palestinien a toujours bénéficié de la part de beaucoup de pays du monde, en particulier des pays du Sud.

La plupart de ces nations ont connu la colonisation et l’occupation militaire, et elles ont du mener leurs propres luttes de libération meurtrières et douloureuses. Elles ne devraient pas laisser siéger à l’ONU un régime colonialiste qui bafoue le droit international tout en prêchant au monde entier la démocratie et les droits de l’homme.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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20 septembre 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : ActiveStills.org/ Omar Sameer

Déclaration Balfour : marquer avec la campagne BDS un siècle d’une mortelle injustice

Malia BouattiaA l’approche du centenaire de la Déclaration de Balfour, les militants pro-palestiniens doivent s’activer plus que jamais pour renforcer le soutien aux Palestiniens, écrit Malia Bouattia.

Ce sera bientôt l’anniversaire des 100 ans de la Déclaration de Balfour.

La déclaration faite par le gouvernement britannique pendant la Première Guerre mondiale, approuvait «l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif». Elle déclarait également que « rien ne doit être fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives existantes en Palestine » – réduisant la population palestinienne indigène à une « population non juive » d’un simple coup de crayon. Un siècle plus tard, il ne peut pas être plus clair que la dernière partie de la déclaration a été totalement négligée.

La semaine dernière, Israël a été condamné pour la détérioration des conditions de vie des Palestiniens à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza dans un nouveau rapport de l’ONU. Le texte énumère parmi les violations : le vol de ressources naturelles, le chômage élevé et une économie palestinienne affaiblie tout au long d’une occupation de 50 ans.

« Pour le peuple palestinien, il s’agissait de cinq décennies de développement, de potentiel humain supprimés et de déni du droit humain fondamental au développement, sans fin en vue », indique le rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) .

Plus tôt cette année, une sous-secrétaire générale aux Nations Unies a été contraint de démissionner pour un rapport accusant l’État israélien de « régime d’apartheid qui opprime et domine le peuple palestinien dans son ensemble ».

Ces rapports mettent en évidence les violations du droit international et des droits humains fondamentaux pour lesquels les Palestiniens se battent depuis longtemps. Le deuxième rapport a même appelé les gouvernements internationaux à « soutenir les activités de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions (BDS) et de répondre positivement aux appels à de telles initiatives ».

Cet appel à la solidarité a été lancé en 2005 par un consortium de 170 syndicats palestiniens et d’autres organisations politiques, dont des réseaux de réfugiés, des organisations de femmes, des associations professionnelles, des comités de résistance populaire et d’autres organismes de la société civile palestinienne.

Les exigences sont claires:

1) Mettre fin à l’occupation et la colonisation par Israël des terres arabes, et démanteler le mur.

2) Reconnaître les droits fondamentaux des citoyens palestiniens d’Israël à une égalité totale, ainsi que le respect, la protection et la promotion des droits des réfugiés palestiniens pour retourner dans leurs foyers et recouvrer leurs biens, conformément à la Résolution 194 de l’ONU.

Les campagnes BDS ont bénéficié d’un soutien à l’échelle mondiale depuis qu’elles ont commencé à appliquer les tactiques de la lutte contre l’apartheid sud-africain. Le gouvernement du Royaume-Uni a néanmoins tenté constamment de limiter ces développements, allant même jusqu’à vouloir interdire aux mairies locales de décider d’un boycott.

Ces tentatives témoignent de la longue tradition de complicité de l’État britannique dans l’expropriation et l’oppression du peuple palestinien, qui a commencé par la Déclaration de Balfour. En dépit de la continuation de l’annexion des terres palestiniennes, de la plus grande population de réfugiés au monde, du siège de Gaza, de l’extension continue des colonies illégales et des nombreuses lois ciblant spécifiquement les citoyens palestiniens en Israël, notre gouvernement continue de défendre Israël et a même facilité l’accès d’Israël aux fourniture d’armes.

Dans ce contexte, il n’est peut-être pas surprenant que ce même gouvernement refuse activement de reconnaître, encore moins, s’excuse pour la Déclaration de Balfour. Au lieu de cela, nos dirigeants sont parmi ceux qui célèbrent cette partie de l’histoire. Au bout de cent ans, les politiciens britanniques célèbrent le rôle du Royaume-Uni qui a jeté les bases d’un des conflits les plus durables au monde, et du déplacement forcé et de la dépossession de millions personnes.

Pour ces raisons, il nous appartient de construire un centenaire alternatif – celui qui, pour l’avenir, reconnaît les fautes du passé et se tourne vers la justice et la libération. La solidarité que nous impulsons grâce au soutien continu et à la mise en œuvre du BDS dans nos conseils locaux, les syndicats d’étudiants, les universités, les collèges, les lieux de travail et les syndicats est cruciale. Le centenaire de la déclaration de Balfour est une occasion importante de multiplier nos efforts et de faire savoir clairement que nous condamnons les crimes de nos dirigeants – historiques et contemporains.

L’opposition à notre mouvement au Royaume-Uni est forte – depuis des institutions officielles jusqu’au gouvernement. Plusieurs événements BDS ont été menacés ou annulés, alors que des campagnes de dénigrement ont été lancées contre des militants pro-palestiniens […].

Les efforts menés par l’État pour réduire la solidarité se développent car l’élan se construit également à l’échelle mondiale. Les rapports eux-mêmes en sont une claire indication.

Que les institutions et les organismes aussi importants que l’ONU comparent de plus en plus le traitement israélien des Palestiniens aux politiques d’apartheid, montre les effets du mouvement populaire dirigé par les Palestiniens. Alors que nous avons subi beaucoup d’agressions lors de la Semaine de l’apartheid israélien à travers les campus et les communautés locales, de la part du Parlement et de la Charity Commission, sa signification ne fait que se renforcer.

Marquons ce centenaire en mettant en avant 100 ans de dépossession coloniale, d’expulsion et d’oppression contre le peuple de Palestine et en construisant une résistance populaire. Avec comme slogan et un seul plan d’action : le boycott, le désinvestissement, les sanctions.

* Malia Bouattia est une militante, ancienne présidente du Syndicat national des étudiants et cofondatrice de Students not Suspects/Educators not Informants Network. elle peut être suivie sur @MaliaBouattia.

18 septembre 2017 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : archives Info-Palestine

Israël privé de sommet africain !

Ali AbunimahUn sommet israélien et africain de haut niveau prévu pour le mois prochain a été annulé suite à une opposition croissante des gouvernements africains.

Le Jerusalem Post a rapporté lundi que le sommet, qui devait se tenir dans la capitale togolaise de Lomé, « a été annulé à la suite de menaces de boycott par un certain nombre de pays et suite à la pression exercé contre l’événement par les Palestiniens et certains pays arabes ».

Le ministère israélien des Affaires étrangères a annoncé que le sommet avait été « reporté », mais, comme l’a noté le journal, sans donner aucune date alternative.

De plus, les Israel i24 News a fait référence à une préoccupation pour l’instabilité politique au Togo, où les forces de sécurité ont tenté de réprimer violemment les manifestations contre les 50 ans de règne par la famille du président autocratique de cet État de l’Afrique de l’Ouest, Faure Gnassingbé.

Le sommet devait être un couronnement dans l’offensive de charme du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en Afrique.

Les organisateurs avaient annoncé qu’il y aurait deux douzaines de chefs d’États, 150 entreprises israéliennes et même des officiels de pays qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël.

Mais l’offensive israélienne n’est pas restée sans résistance.

L’Afrique du Sud avait indiqué le mois dernier qu’elle boycotterait le sommet et encouragerait d’autres gouvernements à faire de même.

Le Soudan, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie avaient également décidé de boycotter le sommet.

En juin, le roi Mohammad VI du Maroc a boycotté un sommet du groupement régional ouest africain (CEDEAO) tenu au Liberia parce que Netanyahu y avait été invité.

Alimenter la violence et les atrocités en Afrique

Le site officiel du sommet confirme qu’il est « reporté ».

Ce sommet avait pour objectif de promouvoir le commerce entre les États africains et Israël, dont l’image, conformément aux thèmes récurrents de propagande, est vendue sous le label de « nation start-up » et de pionnière des technologies de gestion de l’eau.

Mais Israël est également présenté comme « le leader mondial dans les domaines de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme », offrant « un bilan validé [sur le terrain] ans la fourniture d’une telle expertise à ses pays partenaires dans le monde entier ».

En d’autres termes, Israël vend des armes et des technologies répressives testées sur des Palestiniens pendant des décennies d’occupation militaire. Le sommet aurait essentiellement servi à vendre des armes israéliennes.

Elbit Systems, le premier fabricant d’armes d’Israël, a récemment annoncé des bénéfices en hausse, en partie à cause des exportations plus importantes vers l’Afrique.

Le « bilan » d’Israël dans la participation aux crimes et aux violations des droits de l’homme s’étend déjà sur l’ensemble du continent.

Israël a continué à alimenter la violence et les atrocités en Afrique en fournissant des armes utilisées dans les conflits au Soudan du Sud et au Burundi, et en envoyant des armes au Rwanda avant le génocide de 1994 – un rôle qu’Israël a cherché à dissimuler.

Israël a maintenu des liens étroits avec l’apartheid Afrique du Sud. Tel Aviv était le principal fournisseur d’armes du régime suprématiste blanc lorsque Pretoria était sous un embargo international contraignant.

Les militants en Afrique du Sud< se sont réjouis de l'annulation du sommet, félicitant les États qui ont décidé le boycott. "Nos gouvernements doivent continuer à résister à toutes les tentatives israéliennes d'influencer, corrompre ou affaiblir notre solidarité avec les Palestiniens", a déclaré BDS Afrique du Sud, un groupe qui appuie la campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions pour les droits des Palestiniens.

« Les Palestiniens sont un peuple qui nous a soutenus pendant les jours les plus sombres de l’apartheid, alors qu’Israël – nous nous en souvenons douloureusement – fournissait des armes au gouvernement de l’apartheid ».

BDS Afrique du Sud a également cité les politiques raciste impulsés par l’État israélien contre les migrants et les réfugiés africains, comme autre raison supplémentaire de résister aux efforts d’Israël pour une normalisation des relations.

Quête de légitimité

La volonté d’Israël d’améliorer les liens avec les États africains est liée à ses efforts pour gagner une légitimité et un soutien aux Nations Unies. Le Times of Israel a rapporté dimanche que les diplomates de l’Autorité palestinienne s’activent contre une tentative d’Israël d’être élu au Conseil de sécurité.

L’initiative diplomatique arabe s’applique à convaincre les États africains à ne pas soutenir la candidature israélienne.

Le sommet prévu du Togo illustre également la complicité des entreprises avec Israël. L’un des sponsors officiels du sommet est Brussels Airlines, une filiale de la compagnie allemande Lufthansa. En soutenant le sommet, la compagnie aérienne appuie de fait les efforts d’Israël pour vendre plus d’armes en Afrique.

La Lufthansa a récemment été dénoncée pour sa collusion avec les actions israéliennes pour interdire tout soutien aux droits des Palestiniens, en refusant l’embarquement en juillet de militants américains qui faisaient partie d’une délégation interreligieuse.

Le rabbin Alissa Wise, l’un des membres refoulés de la délégation, a conclu que l’action était probablement le résultat de la surveillance israélienne des courriers électroniques des militants pour contrecarrer le mouvement non-violent de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS).

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

Articles du même auteur.

11 septembre 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine




Photo: Oren Ziv/Activestills.org

Israël et les États-Unis sont « moralement répugnants » en voulant protéger les entreprises qui profitent de l’occupation

Ma’an NewsDes rapports sont parus cette semaine révélant que l’administration Trump fait de son mieux avec le gouvernement israélien pour entraver la publication par les Nations Unies d’une « liste noire » des entreprises travaillant dans les colonies illégales d’Israël dans les territoires palestiniens occupés.

En réponse, Hanane Ashrawi, membre du Comité exécutif de l’OLP, a publié une déclaration mercredi traitant les initiatives américaines et israéliennes à l’ONU de « moralement répugnantes ».

La tentative « expose la complicité des entreprises israéliennes et internationales dans l’occupation militaire israélienne et la colonisation des terres palestiniennes », a déclaré Ashrawi. « Ceci est une indication claire de l’impunité permanente d’Israël et de son sentiment d’avoir tous les droits et privilèges ».

L’année dernière, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution pour appuyer la création d’une base de données de toutes les entreprises qui réalisent des affaires dans des colonies israéliennes [toutes illégales au regard du droit international] en Cisjordanie occupée, suscitant une vive opposition des États-Unis et d’Israël.

Selon The Washington Post, certaines des sociétés américaines figurant sur la liste sont Caterpillar, TripAdvisor, Priceline.com, Airbnb, entre autres.

Le Washington Post a également signalé que Zeid Raad al-Hussein, le haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, avait déclaré que l’ONU avait l’intention de publier la liste d’ici la fin de cette année.

La base de données devrait également être mise à jour chaque année pour prendre en compte les changements dans les politiques des entreprises faisant des affaires avec les colonies israéliennes, ou pour y inclure de nouvelles entreprises.

Ashrawi a souligné dans sa déclaration que les activités de colonisation par Israël constituaient un « crime de guerre » et étaient en violation directe du droit international et de plusieurs résolutions de l’ONU.

« Toute entreprise qui choisit de faire des affaires dans les colonies devient complice du crime et est donc soumise à la responsabilité judiciaire », a-t-elle ajouté, disant aussi que c’est le droit des individus, des compagnies et des entreprises d’être « informées, comme les consommateurs ou les investisseurs – surtout quand une grave injustice de cette proportion est en jeu. »

« La suppression de la vérité perpétue l’impunité israélienne et donne à Israël une licence évidente pour poursuivre ses politiques constantes de vol de terre et d’annexion rampante en Palestine », a ajouté Ashrawi.

Le Washington Post a rapporté que Israël et les États-Unis avaient tenté sans succès de bloquer le financement de la base de données, tandis que l’ambassadeur d’Israël, Danny Danon, avait qualifié la publication de la liste de l’ONU « d’expression de l’antisémitisme moderne ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a également condamné l’établissement de la liste, affirmant qu’elle cible injustement Israël et notant que cela faisait partie de la campagne de Boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS), qui vise les entreprises qui profitent de l’occupation israélienne du territoire palestinien, et qui s’appuie sur les traditions du mouvement de boycott non violent contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Israël et les États-Unis se sont fermement opposés à toute initiative qui pourrait donner du poids au mouvement BDS, et ils ont souvent affirmé que tout soutien à un boycott contre Israël était de l’antisémitisme.

Israël a poussé plus loin son offensive contre le mouvement BDS ces derniers mois, notamment en adoptant la loi anti-BDS, qui interdit d’entrer dans le pays aux personnes étrangères ayant ouvertement appelé à un boycott d’Israël.

La répression israélienne sur le mouvement BDS a également vu plusieurs militants juifs se voir refuser l’entrée en Israël.

En outre, Israël a condamné systématiquement l’ONU pour ce qu’elle considère comme sa position anti-israélienne, car de nombreuses résolutions ont été adoptées ces derniers mois, condamnant l’occupation de la Cisjordanie par Israël depuis plus d’un demi-siècle – y compris Jérusalem-Est – et son implacable entreprise de colonisation qui a totalement démembré le territoire palestinien.

Cependant, les Palestiniens et les militants du mouvement de solidarité ont depuis longtemps souligné que les mouvements non-violents, qui s’expriment à la fois dans les activités BDS et dans l’activité de sensibilisation à l’échelle internationale, sont l’un des derniers espaces possibles pour défier l’occupation israélienne, alors que les forces israéliennes ont bloqué les mouvements populaires dans les territoires palestiniens, laissant de nombreux Palestiniens avec un espoir des plus réduits dans l’avenir.

24 août 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine