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Comment Israël établit ses listes noires des militants BDS

Asa WinstanleyLes militants pour les droits de l’homme contestent les listes noires israéliennes des partisans du mouvement boycott, désinvestissement et sanctions, ou BDS.

L’avocat Eitay Mack et plusieurs autres militants israéliens ont déposé une demande d’accès à l’information auprès du tribunal de district de Jérusalem la semaine dernière, pour exiger que les deux services gouvernementaux révèlent comment ils créent les listes noires. Elles sont utilisées pour empêcher les militants BDS venant de l’étranger d’entrer dans les territoires contrôlés par Israël, dont la Cisjordanie occupée.

L’action en justice survient après que les ministères ont rejeté une demande d’accès à l’information déposée par Mack le mois dernier.

Étonnamment, ils ont justifié le refus en invoquant la « vie privée » des militants BDS. Dans un courriel envoyé à The Electronic Intifada, Mack appelait ce motif « un nouveau record mondial du cynisme et de l’hypocrisie. »

Il a expliqué qu’à moins que les autorités israéliennes n’admettent qu’elles « recueillent illégalement des données personnelles sur des militants ou groupes internationaux en utilisant, par exemple, des logiciels de surveillance et d’espionnage intrusifs, » la divulgation n’entraînerait aucune violation de la vie privée.

La demande d’accès à l’information a été envoyée au ministère de l’Intérieur et au Service de la population et de l’immigration le mois dernier, après que la presse a rapporté que cinq membres d’une délégation interreligieuse états-unienne avaient été interdits d’entrée en Israël à cause de leur soutien au BDS.

Le rabbin Alissa Wise a dit à The Electronic Intifada que le personnel de bord de la Lufthansa avait lu une liste noire de gens de leur délégation qui ne seraient pas autorisés à se rendre à Tel Aviv.

Piratage des courriels

Un employé de la compagnie aérienne a dit à Wise et à quatre autres personnes que le gouvernement israélien avait insisté pour qu’ils ne soient pas admis à bord.

Israël a auparavant refoulé des personnes qu’il accuse de soutenir le mouvement BDS.

Mais en mars, il a officialisé la mesure par une nouvelle loi qu’il n’a pas tardé à mettre en œuvre.

Wise, directrice adjointe du groupe pro-BDS Jewish Voice for Peace a également déclaré à The Electronic Intifada que la liste noire que la Lufthansa leur a lue incluait deux personnes qui avaient annulé leur participation à la délégation plusieurs mois auparavant et qui n’avaient jamais acheté de billets pour le vol.

Selon Wise, la seule façon dont Israël a pu se procurer ces deux noms fut par des moyens illicites, comme hacker ou intercepter les courriels du groupe.

Dans un courriel envoyé à The Electronic Intifada, Mack a dit que la requête d’accès à l’information demande aux ministères israéliens de révéler « les critères et les procédures » qu’ils utilisent pour ajouter des gens à ces listes noires, ainsi que la façon dont ils transfèrent ces listes aux autorités à l’extérieur d’Israël.

Lire la requête dans son intégralité, ici et la pétition déposée au tribunal ici (documents en hébreu).

Le lendemain de l’interdiction d’entrée de Wise et de ses collègues, le quotidien de Tel Aviv Haaretz a rapporté que le ministère de l’Intérieur et celui des Affaires stratégiques ont publié un communiqué confirmant qu’ils étaient à l’origine de l’interdiction.

« Ce sont des militants importants qui plaident continuellement pour le boycott, » ont dit les ministères.

Le ministère des Affaires stratégiques est celui qui est en charge de la « guerre » d’Israël contre le mouvement BDS.

«Le front»

En septembre 2016, Mack et ses collègues ont déposé une requête en accès aux informations similaire, demandant au ministère des Affaires stratégiques et au ministère de l’Intérieur de révéler quels groupes et individus étrangers ils soutenaient pour contrecarrer le mouvement BDS.

Mais en juin, les deux ministères ont répondu qu’ils n’avaient aucune relation de travail avec des entités étrangères – une affirmation que Mack considère peu crédible et qui semble contredite par d’autres déclarations.

En juillet, le parlement israélien a adopté en première lecture une nouvelle loi rédigée par le ministère des Affaires stratégiques, qui l’exonérera des lois sur la liberté d’information, au motif que BDS est « un front comme un autre. »

L’interdiction de Wise et de ses collèges marque la première occasion connue où une liste noire israélienne a été transmise à un autre pays en vertu de la nouvelle loi anti-BDS. Elle marque également la première occasion connue où une personne juive est interdite d’entrée, en vertu de la nouvelle loi.

La délégation avait prévu d’atterrir à Tel Aviv, après une escale en Allemagne. Mais le personnel de Lufthansa à l’aéroport international Dulles, près de Washington DC, avait déjà reçu d’Israël la liste noire.

Selon Mack, bien que cette affaire implique des citoyens états-uniens et une compagnie allemande, « il existe un risque que l’État d’Israël ait également transmis des « listes noires » à des Etats non démocratiques qui persécutent les militants pour les droits de l’homme et d’opposition. »

Elle cite comme précédent le soutien passé d’Israël aux régimes oppressifs en Amérique Latine et en Afrique.

Rivalités

Le ministère des Affaires stratégiques a été fondé en 2006 et a été initialement centré sur l’Iran, conduisant la campagne parfois clandestine d’Israël contre le programme de ce pays dans le domaine de l’énergie nucléaire.

En octobre 2015, maintenant dirigé par Gilad Erdan, membre du Likud du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le ministère s’est tourné vers la campagne BDS.

Cette réaffectation de pouvoir et de fonds a entraîné des tensions avec d’autres ministères, qui seraient jaloux d’être marginalisés par Netanyahu. Erdan est un allié de longue date de Netanyahu à qui il a servi de conseiller auprès du bureau du Premier ministre dans les années 1990.

Selon le journaliste d’investigation du journal Haaretz, Uri Blau, le «cabinet de sécurité» d’Israël a confié au ministère des affaires stratégiques la responsabilité de «guider, coordonner et intégrer» les activités des ministres, du gouvernement et des «entités civiles en Israël et à l’étranger» dans le cadre de «la lutte contre les tentatives de délégitimer Israël et contre le mouvement de boycott».

En mai 2016, un rapport gouvernemental israélien a critiqué le retrait par Netanyahu des pouvoirs et des financements anti-BDS au détriment du ministère des Affaires étrangères.

Le ministère des affaires stratégiques «ne disposent pas des avantages inhérents au ministère des Affaires étrangères, dont … [son] accès immédiat au champ de bataille et sa collaboration avec des groupes et organisations sympathisants à l’étranger», dit le rapport.

La diffusion d’informations pourrait «nuire à la bataille»

En septembre 2016, une fuite vers Haaretz a mis en lumière les profondeurs de la dispute entre les deux ministères.

Un câble de l’ambassade d’Israël à Londres au ministère des Affaires étrangères se serait plaint du ministère d’Erdan.

Il les accusait d’avoir utilisé des organisations juives britanniques dans le dos de l’ambassade, d’une manière qui pourrait les mettre en infraction avec le droit britannique.

Justifiant la nouvelle loi qui exempte son ministère de l’accès libre à l’information, Erdan a fait référence au mois dernier à des «entités à travers le monde» qui lutte contre le BDS et qui «ne veulent pas exposer leurs liens avec l’État».

Il a expliqué que «la plupart des actions du ministère ne viennent pas du ministère» directement, mais par l’intermédiaire de groupes à l’avant-garde. «Nous devons protéger les informations dont la diffusion pourrait nuire à la bataille», a-t-il insisté.

Israël est connu pour opérer dans le monde entier par le biais d’organisations qui prétendent défendre les «droits civils» ou par le biais de groupes politiques.

Les exemples incluent l’organisation «juridique» liée au Mossad, Shurat HaDin, qui attaque les groupes de solidarité palestiniens avec des actions en justice. Au Royaume-Uni, l’ambassade d’Israël entretient des liens étroits avec les Travaillistes Amis d’Israël et le Mouvement Travailliste juif. L’Union des étudiants juifs a également reçu des fonds de l’ambassade, selon l’enquête d’Al Jazeera sur le lobby israélien plus tôt cette année.

Selon Blau, «le ministère consacre des dizaines de millions de shekels aux efforts de coopération avec la Fédération syndicale de la Histadrut, l’Agence juive et diverses organisations non gouvernementales pour former des représentants du ‘véritable visage pluraliste d’Israël’ dans divers forums».

Cette stratégie consistant à utiliser des organisations apparemment libérales ou progressistes comme moyen d’améliorer l’image d’Israël est dans la ligne d’un rapport secret que The Electronic Intifada s’est procuré en avril.

Groupes à l’avant-garde

Le rapport, commandité par le groupe de réflexion israélien Reut Institute et le groupe de lobby pro-israélien The Anti-Defamation League, recommandait une approche à «large couverture» dans laquelle «des groupes libéraux et progressistes pro-israéliens» seront déployés pour s’engager dans des «critiques légères d’Israël.»

Le rapport soutenait que «la communauté pro-israélienne doit être unie dans cette lutte» et «bénéficier de sa diversité».

Le rapport a été approuvé par le directeur général du ministère anti-BDS d’Erdan.

En août 2015, l’agence israélienne de renseignement militaire Aman a révélé à Haaretz qu’elle avait créé un «département de délégitimation» pour espionner les militants BDS à l’étranger.

Est-ce cette agence qui a fourni l’information qui a fait que le rabbin Wise et ses amis ont été empêchés par les autorités d’occupation d’entrer en Palestine ?

Selon Mack, l’établissement de listes noires de militants internationaux pourrait «être utilisée pour l’établissement tenu secret de ‘listes noires’ des militants israéliens des droits de l’homme qui sont en contact avec eux».

Lorsque Aman a révélé à Haaretz qu’il était question de «surveiller» les militants BDS dans le monde entier, il a souligné «qu’il ne collectait pas d’informations sur les citoyens israéliens. C’est le travail du Shin Bet» – la police secrète d’Israël.

En mars, il a été révélé qu’Erdan voulait commencer à mettre en place une «base de données» de citoyens israéliens qui soutiennent la campagne BDS. Mais le procureur général et d’autres officiels israéliens ont accusé son ministère d’outrepasser ses droits.

Si le ministère d’Erdan utilise ces listes noires pour «surveiller» activement les militants israéliens, il semble qu’il soit en violation même de la loi israélienne.

Asa Winstanley * Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press. Voir son site web.

Articles du même auteur.

14 août 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




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États-Unis : la guerre contre la campagne BDS est une guerre contre la liberté d’expression

Ramzy BaroudIl y a quelque chose d’immoral qui se produit à Washington D.C, et ses conséquences peuvent être graves pour beaucoup de monde et en particulier pour la santé de la démocratie américaine.

Le gouvernement américain déclare la guerre au mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) palestinien. L’offensive anti-BDS est en cours depuis plusieurs années, mais surtout depuis 2014.

Depuis, 11 États américains ont adopté et promulgué une loi visant à criminaliser le mouvement soutenu par la société civile et qui vise à faire pression sur Israël pour mettre fin à son occupation de la Palestine.

Washington mène maintenant la lutte, légitimant ainsi le comportement antidémocratique des États au niveau individuel. Si les efforts du gouvernement des États-Unis réussissent, une démocratie américaine déjà en difficulté tombera encore un peu plus bas, et de nombreuses personnes pourraient être punies pour avoir fait le choix d’agir en fonction de leurs valeurs politiques et morales.

Le projet de loi 720 du Sénat (S.720), également connu sous le nom de Loi sur le boycott anti-israélien, a été largement rédigé par le puissant et notoire lobby pro-israélien à Washington, le Comité israélien des affaires publiques d’Israël (AIPAC).

Selon son propre « Agenda de lobbying 2017 », l’AIPAC a fait de l’adoption du projet de loi sa priorité absolue.

Le Congrès des États-Unis se plie aux intérêts israéliens et par sa « main-mise » sur les élus, l’AIPAC prend le pas les électeurs américains.

Ainsi, il n’était pas surprenant de voir 43 sénateurs et 234 représentants de la Chambre soutenir le projet de loi, qui a été présenté pour la première fois en mars.

Bien que le Congrès ait habituellement soutenu Israël et condamné les Palestiniens – ainsi que tout responsable politique ou entité qui ait osé reconnaître les droits des Palestiniens – le Congrès va cette fois encore plus loin et met en péril les droits fondamentaux de ses propres électeurs.

Le Premier amendement à la Constitution des États-Unis a été le pilier de la défense du droit des individus à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, « le droit des gens de se réunir pacifiquement et de demander au gouvernement de corriger les griefs ». Ce droit, Cependant, a souvent été remis en cause lorsqu’il s’applique à Israël. Le Centre pour les droits constitutionnels se réfère à ce fait comme à « l’exception palestinienne ».

Le projet S.720, cependant, s’il est adopté, consolidera le nouveau statut américain, celui d’une « démocratie qui régresse », par opposition à une nation disposant d’une pleine démocratie qui légifère et applique toutes les lois équitablement et de manière égale pour tous ses citoyens. La loi transformerait en « félonie » pour les Américains le fait de soutenir le boycott d’Israël.

La punition de ceux qui enfreignent la loi proposée ira de 250 000 dollars à 1 million, et/ou à 20 ans de prison.

Le projet de loi a déjà eu de nombreux effets sur de nombreux groupes dans le pays, en particulier parmi les militants afro-américains qui luttent contre le racisme institutionnalisé. Si le projet de loi devient la loi, ce précédent deviendra alors la norme, et les dissidents se retrouveront devant les tribunaux pour leurs simples opinions.

En ce qui concerne Israël, le Congrès américain est uni. Les législateurs républicains et démocratiques agissent souvent de manière contraire aux intérêts de leur propre pays, juste pour plaire au gouvernement israélien. Ce n’est pas un secret.

Cependant, le danger réel est que de telles lois aillent au-delà de l’allégeance aveugle traditionnelle à Israël, le gouvernement punissant alors les personnes et les organisations pour les choix qu’elles font, les valeurs qu’elles défendent ou pour une simple demande d’informations sur un problème qu’elles pourraient juger préoccupant.

Le 17 juillet, l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a publié une lettre demandant aux législateurs qui ont signé la version du projet de loi soumise au Sénat de reconsidérer leur décision.

« Le projet de loi punirait les entreprises et les particuliers, en se fondant uniquement sur leur point de vue. Une telle condamnation est en violation directe du premier amendement », a déclaré l’ACLU.

Une seule personne, jusqu’à présent, aurait reconsidéré son soutien, la sénatrice démocrate de New York Kirsten Gillibrand. Elle a demandé que son nom soit retiré de la liste des co-signataires.

La réaction de l’AIPAC a été immédiate, appelant son armée de partisans à faire pression sur la sénatrice pour qu’elle remette son nom sur la liste et « réaffirme son engagement à lutter contre la délégitimation internationale d’Israël ».

Pourtant il y a quelque chose de positif dans tout cela. Pendant de nombreuses années, on a perçu à tort que l’exigence israélienne du soutien américain contre les Palestiniens et les Arabes n’était, en aucun cas, celle d’un pays étranger s’immisçant ou entravant le système politique des États-Unis ou compromettant la démocratie américaine.

Mais aujourd’hui, la loi anti-BDS est la plus flagrante de ces interventions, car elle touche au Premier amendement, le fondement même de la démocratie américaine, en instrumentalisant les législateurs américains pour mener à bien ce terrible objectif.

Ce projet de loi met Israël en pleine lumière, ainsi que ses hordes de partisans au Congrès. De plus, il présente aux défenseurs des droits de l’homme l’opportunité de défendre la campagne BDS, ce qui revient à défendre les droits du peuple palestinien comme les droits de tous les Américains. Ce serait la première fois depuis de nombreuses années que la lutte pour les droits des Palestiniens pourra être débattue ouvertement et contextualisée d’une manière qui fera comprendre à la plupart des Américains que cela concerne leur vie quotidienne.

En fait, c’était l’un des objectifs du BDS, dès le départ. Alors que le boycott et la délégitimation de l’occupation militaire israélienne sur les Palestiniens sont au cœur du mouvement soutenu par la société civile, le BDS vise également à susciter un débat urgent sur Israël et la Palestine.

Bien que ce ne soit pas son objectif, le Congrès rend cela très possible.

Le projet de loi et les initiatives législatives aux États-Unis – et en Europe – sont également une source d’espoir en ce sens que tout cela ramène aux événements mêmes qui ont précédé la disparition du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Les gouvernements américains et britanniques en particulier s’opposaient au mouvement de libération sud-africain, condamnaient le boycott et ont soutenu jusqu’au bout le régime raciste et autoritaire de P. W. Botha. L’ancien président américain Ronald Reagan voyait Nelson Mandela comme un terroriste. Mandela a dû attendre 2008 pour être retiré de la liste américaine du terrorisme.

Il est clair que les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël étaient les partisans les plus ardents de l’apartheid en Afrique du Sud.

Maintenant, c’est comme si l’histoire se répétait. La version israélienne de l’apartheid se bat pour une légitimité et refuse de céder d’un seul pas. Elle veut coloniser toute la Palestine, maltraiter ses habitants et violer le droit international sans tolérer un seul mot de condamnation, qu’il vienne d’un individu ou d’une organisation.

Le gouvernement des États-Unis n’a pas non plus beaucoup changé. Il continue de soutenir la forme israélienne de l’apartheid, tout en rendant sans honte hommage à l’héritage de Mandela et à sa lutte anti-apartheid.

Bien que le nouveau chapitre de la lutte anti-apartheid a pour nom « la Palestine », les États-Unis et ses partisans occidentaux continuent de répéter les mêmes politiques qu’ils ont pratiquées à l’encontre du peuple sud-africain.

En ce qui concerne les véritables défenseurs des droits de l’homme, indépendamment de leur race, leur religion ou leur citoyenneté, c’est leur moment ! Aucun changement significatif ne se produira sans que les peuples ne soient unis dans la lutte et les sacrifices.

Dans un de ses discours, l’abolitionniste américain et ancien esclave Frédéric Douglassdéclarait : « Le pouvoir ne concède rien sans y être obligé. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais ».

Le Congrès des États-Unis, avec l’aide de l’AIPAC, criminalise cette exigence de justice.

Les Américains ne devraient pas tolérer cela, et si ce n’est pour le bien des Palestiniens, que soit au moins pour le leur.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

9 août 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




États-Unis : projet de loi pour emprisonner jusqu’à 20 ans les partisans du boycott d’Israël

Philippe WeissDans un récent article sur le site Mondoweiss, le journaliste Philip Weiss examine la loi anti-boycott d’Israël qui punirait ceux qui boycottent Israël d’une amende civile minimum de 250 000 $ (environ 214 000 €) et d’une sanction pénale maximum de 250 000 $ et 20 ans de prison. La législation est parrainée, et par les conservateurs, et par les libéraux.

Mondoweiss, fondé par Weiss en 2006, explique sur son site qu’il « a grandi au sein de la communauté juive progressiste ». Dans son article, Weiss commente un article sur Intercept, de Glenn Greenwald et Ryan Grim, sur la législation.

Weiss déclare que le lobby pro-Israël est responsable de la législation et il indique que ce sont les sionistes juifs, pas les sionistes chrétiens, qui sont les principaux maîtres d’œuvre de la question.

Il écrit : « En fin de compte, c’est l’histoire de la lutte, à l’intérieur de la vie juive, sur le sionisme et le soutien à Israël. Je crois que nous gagnerons cette lutte, et que cette législation nous aidera. La législation va choquer de nombreux juifs attachés aux libertés civiles. L’histoire d’Intercept obligera les législateurs à réécrire la législation ».

Weiss rapporte qu’ « il y a un an, Stephanie Schriock d’Emily’s List, et JJ Goldberg de Forward, évoquaient le niveau ‘gigantesque’ et ‘choquant’ de la dépendance du Parti démocrate à l’égard de la richesse juive pour les contributions de campagne ».

Voici un extrait de l’article de Weiss :

« Un projet de loi qui fait un crime fédéral du soutien au BDS envoie des ondes de choc à travers la communauté progressiste

« … Ce projet de loi est l’œuvre du lobby pro-Israël. Il a été rédigé par l’un des principaux groupes de soutien d’Israël, l’AIPAC – ‘une des plus puissantes, et des plus pernicieuses forces de lobbying dans le pays’, comme l’écrit Intercept. Greenwald et Grim soulèvent la question de l’intérêt du peuple américain :

« ‘Dans quel sens concevable est-il bénéfique pour les Américains de les transformer en criminels pour le crime de s’engager dans un activisme politique en signe de protestation contre le gouvernement d’une nation étrangère ?’

« Je répondrai à cette question franchement en expliquant que le projet de loi porte sur la présence du lobby pro-Israël au sein du Parti démocrate, et par conséquent, sur le rôle des juifs sionistes conservateurs au sein du Parti démocrate. Les efforts de beaucoup tendant à prétendre qu’au lobby pro-Israël ce sont aussi des chrétiens évangéliques (voir l’article récent de Paul Pillar sur Loblog) est une pure supercherie s’agissant du Parti démocrate. Les chrétiens évangéliques ne disent pas à Shumer et à Gillibrand comment voter sur la recherche pour les cellules souches ou l’avortement, et ils ne leur disent pas davantage comment voter sur Israël. Non, mais la communauté juive organisée le fait.

« Les juifs plus âgés ont tendance à être d’immenses partisans idéologiques d’Israël. Ben Cardin va dans les synagogues et dit aux autres juifs anciens que l’État palestinien est « anti-américain ». Shumer l’a appelé le ‘Schomer’ ou gardien d’Israël et il dit qu’il existe un intérêt juif à soutenir Israël. Il y a un an, Stephanie Schriock, d’Emily’s List et JJ Goldberg de Forward évoquaient le niveau ‘gigantesque’ et ‘choquant’ de la dépendance du Parti démocrate à l’égard de la richesse juive pour les contributions de campagne.

« En fin de compte, c’est l’histoire de la lutte à l’intérieur de la vie juive pour le sionisme et le soutien à Israël. Je crois que nous gagnerons cette lutte, et que cette législation nous aidera. La législation va choquer de nombreux juifs attachés aux libertés civiles. L’histoire d’Intercept obligera les législateurs à réécrire la législation.

« Et, le plus important : une coalition diverse de démocrates attachés aux droits de l’homme sont furieux devant cette législation et s’organisent contre le rôle de l’AIPAC dans le Parti. Appelez-les la branche Keith Ellison, la branche Sanders – de jeunes juifs, jeunes Latinos, des Noirs, des femmes (et de nombreux chrétiens) -, ils veulent plus de politique progressiste sur Israël et beaucoup d’entre eux soutiennent le BDS. Bernie Sanders n’a pas assisté à la conférence de l’AIPAC en 2016, parce que sa base s’oppose à de telles élucubrations, et cette base se bat pour le cœur du Parti.

« Enfin, rappelez-vous cette histoire et la déclaration franche de soutien à une nation étrangère par les législateurs la prochaine fois que vous entendez parler d’une influence insidieuse de la Russie sur notre politique. Comme le souligne Intercept, ‘parmi ceux qui coparrainent le projet de loi, il y a plusieurs politiciens devenus des célébrités politiques en se positionnant comme les leaders médiatiques de la résistance anti-Trump, dont trois membres de la Chambre de Californie devenus des héros chez les démocrates et des sujets de prédilection dans le circuit câblé d’informations : Ted Lieu, Adam Schiff et Eric Swalwell’ ».

(http://mondoweiss.net/2017/07/shockwaves-progressive-community/)

Adam Schiff mérite une mention spéciale, comme me l’a indiqué David Bromwich. « Il fait partie de la vingtaine de démocrates obéissants qui co-parrainent le projet de loi. Schiff jouit d’une excellente réputation dans les milieux libéraux, mais il a voté pour la guerre en Iraq, il a soutenu l’intervention saoudienne au Yémen, il a dit que l’assassinat de Kadhafi était ‘une fin pour le premier chapitre d’une nouvelle révolution populaire’ et il approuvé le bombardement de Trump sur la Syrie. En politique étrangère, il croit à la sagesse conventionnelle de la Guerre froide et de la guerre contre le terrorisme, c’est tout ; mais son opinion a pris une importance énorme depuis qu’il est maintenant accepté régulièrement comme l’autorité exceptionnelle du Parti sur la Russie. Il connaît la Russie aussi bien que l’Irak et la Libye. »

22 juillet 2017 – IsraelPalestineNews – Traduction : JPP pour les Amis de Jayyous




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Pourquoi l’Union Européenne finance-t-elle les tortionnaires israéliens ?

Ali AbunimahL’Union européenne doit arrêter de financer illégalement les tortionnaires israéliens, affirme un important groupe d’experts juridiques internationaux.

Selon eux, le programme LAW-TRAIN viole les règles de l’UE et le droit international parce que l’un des participants, le ministère israélien de la sécurité publique, « est responsable ou complice de torture, d’autres crimes contre l’humanité et de crimes de guerre ».

LAW-TRAIN a commencé en mai 2015 avec l’objectif ostensible d’harmoniser et de partager les techniques d’interrogatoire entre les pays impliqués afin de faire face aux nouveaux défis de la criminalité transnationale.

Il est financé par un programme de recherche de l’UE appelé Horizon 2020, qui a également investi des millions de dollars dans l’industrie de l’armement israélien.

Une utilisation extensive de la torture

LAW-TRAIN compte dans ses partenaires l’Université israélienne Bar-Ilan, le ministère israélien de la Sécurité publique, l’Université catholique belge de Louvain, le ministère belge de la justice, la police paramilitaire de la Garde civile espagnole et la police roumaine. Son conseil consultatif comprend Cornelia Geldermans, un procureur des Pays-Bas.

Le Portugal en faisait partie au début, mais il s’est retiré l’année dernière à cause de l’opposition croissante de son opinion populaire au rôle d’Israël dans ce programme de l’UE.

LAW-TRAIN doit se clore en avril 2018 et la moitié de son budget de près de 6 millions de dollars ira aux participants israéliens.

« L’utilisation de la torture dans les interrogatoires israéliens a été largement documentée dans la presse internationale et israélienne, et confirmée par des enquêteurs internationaux et par les interrogateurs israéliens eux-mêmes », a déclaré Michel Waelbroeck, auteur du rapport juridique et membre de l’Institut de droit international. « En juin 2016, le Comité des Nations Unies contre la torture a dénoncé l’usage de la torture par Israël, et ses techniques illégales et abusives lors des interrogatoires de sa police et de son personnel pénitentiaire ».

Le rapport est signé de 25 juristes et d’experts internationaux, y compris par les anciens enquêteurs des Nations Unies sur les droits humains, Richard Falk et John Dugard, et Laurens Jan Brinkhorst, ancien vice-Premier ministre néerlandais et ancien directeur général de la Commission européenne.

Israël a un bilan bien documenté de torture, y compris à l’encontre des enfants, et a systématiquement négligé d’enquêter sur les plaintes d’abus.

Un financement illégal

En février, des centaines d’universitaires et d’artistes belges ont exhorté leur gouvernement à mettre fin à son soutien à LAW-TRAIN, et des questions ont été posées sur le projet au Parlement européen.

Les organisations de défense des droits humains de Palestine, de Belgique et d’Espagne ont également écrit aux responsables de l’UE pour exprimer leur inquiétude à propos de leur soutien aux entités israéliennes engagées dans la torture.

Devant l’intensification de l’opposition à LAW-TRAIN, la Commission européenne, la bureaucratie exécutive de l’UE, a commandé une évaluation à un « groupe d’experts indépendants » qui a conclu que le programme faisait preuve d’« un bon voire même d’un excellent respect » des lois de l’UE, y compris de la Charte européenne des droits fondamentaux.

Mais les experts juridiques disent que l’évaluation a ignoré les réglementations clés de l’UE qui interdisent le financement des personnes ou organisations qui commettent de « graves fautes professionnelles » comme la torture.

Les experts juridiques concluent donc que, comme le ministère israélien de la sécurité publique est « coupable de violations graves et continues » de l’interdiction européenne et internationale de la torture, le financement de l’UE est illégal.

Mais, bien loin de prendre des mesures pour qu’Israël soit obligé de rendre des comptes sur les tortures dont il se rend coupable, Carlos Moedas, le chef de la recherche de l’UE, s’est rendu récemment en Israël pour célébrer sa participation à Horizon 2020.

La protestation en France

Alors que les principaux responsables de l’UE renforcent leurs liens avec le régime d’occupation, d’apartheid et de colonialisme israélien contre les Palestiniens, les citoyens européens continuent de réclamer qu’il soit mis fin à pareille complicité.

Des militants de BDS France ont manifesté samedi à l’extérieur du pavillon du fabricant d’armes israélien Elbit Systems au Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace.

On peut voir sur la vidéo les manifestants se coucher au sol comme autant de cadavres pendant que d’autres tiennent une bannière dénonçant le fait qu’Israël teste ses armes sur les Palestiniens.

Les manifestants appelaient à un embargo sur les armes, à la fin de la coopération militaire avec Israël et au soutien de la campagne de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions.

Elbit est un important fabricant des drones qu’Israël a utilisés pour assassiner des civils palestiniens. L’entreprise a été chargée par l’administration Obama de fournir des technologies de surveillance pour la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Elbit a aussi reçu énormément d’argent de l’Union européenne.

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

Articles du même auteur.

27 juin 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




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BDS : Amnesty International appelle publiquement au boycott des colonies israéliennes

Ma’an NewsAprès cinquante ans d’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est, l’ONG Amnesty International a annoncé mercredi qu’elle lançait une campagne pour convaincre la communauté internationale de mettre en œuvre un boycott complet contre les colonies israéliennes illégales à travers le territoire palestinien occupé.

« Une des tragédies des 50 ans de violations incessantes liées à l’occupation, est que le monde s’est habitué au choc de l’oppression et de l’humiliation auxquels les Palestiniens font face dans leur vie quotidienne dans les territoires occupés », a déclaré le secrétaire général d’Amnesty International, Salil Shetty.

« Les États qui continuent d’aider les colonies à se développer économiquement sapent de façon flagrante leurs obligations internationales et les politiques qu’ils ont promis de respecter », a ajouté M. Shetty. « Cinquante ans plus tard, la simple condamnation de l’expansion des colonies israéliennes ne suffit pas. Il est temps que les États prennent des mesures concrètes et au niveau international pour stopper le financement des colonies qui violent elles-mêmes de manière flagrante le droit international et constituent des crimes de guerre ».

Luttant contre l’impunité pratiquement totale d’Israël pour ses crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis depuis 1967, Shetty a appelé les États étrangers à imposer une « interdiction internationale des produits des colonies, un embargo massif sur les armes destinées à Israël et aux groupes armés palestiniens », ainsi pour que soient diligentées des enquêtes par la Cour pénale internationale sur des crimes commis dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

Depuis 1967, Israël a été accusé d’avoir commis des violations majeures des droits de l’homme et du droit humanitaire dans le territoire palestinien occupé, avec entre autres l’utilisation excessive et mortelle de la violence, le déplacement forcé, le blocus de la bande de Gaza, les restrictions injustifiées aux mouvements, et l’expansion des colonies, toutes illégales au regard du droit international.

« Israël a clairement affirmé que le maintien et l’expansion des colonies [sur les terres palestiniennes] sont prioritaires par rapport au respect du droit international. Il est temps pour le monde d’envoyer un message clair qu’il ne tolérera plus le mépris flagrant des autorités israéliennes pour le droit international », a déclaré Shetty. « En interdisant les biens des colonies et en mettant en place des lois et des réglementations qui empêchent les entreprises d’opérer dans les colonies israéliennes, les gouvernements du monde entier ont la possibilité de faire une réelle différence dans la vie de millions de Palestiniens qui ont subi des décennies d’injustice, d’indignité et de discrimination ».

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, Saeb Erekat, a salué mercredi la campagne de boycott d’Amnesty, affirmant que « l’entreprise de colonisation israélienne nie le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination ».

« Cela a été une demande palestinienne de longue date à la communauté internationale », a déclaré Erekat dans un communiqué. « Le monde ne devrait pas continuer à tolérer cela. La responsabilisation est le seul moyen de mettre fin à l’occupation et d’obtenir une paix juste et durable pour les Israéliens et les Palestiniens ».

Le 5 juin, a été commémoré par les Palestiniens comme la « Naksa« , ce qui signifie le « revers », marquant l’invasion et l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et des Hauteurs du Golan qui ont commencé le 5 juin 1967 pendant la Guerre des Six Jours, expulsant de chez eux quelque 300 000 Palestiniens, ainsi que des milliers de Syriens.

Bien que l’Autorité palestinienne et la communauté internationale ne reconnaissent pas la légalité de l’occupation de Jérusalem-Est, de Gaza et de Cisjordanie depuis 1967, de nombreux Palestiniens considèrent que toute la Palestine historique a été occupée depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Un nombre croissant de militants ont critiqué une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, la considérant comme insoutenable et peu susceptible d’apporter une paix durable compte tenu du contexte politique existant, proposant plutôt un État binational avec des droits égaux pour les Israéliens et les Palestiniens.

La nouvelle campagne d’Amnesty représente une impulsion importante pour le mouvement de Boycott, de Désinvestissement et de Sanctions (BDS), qui a été fondé en 2005 par toute une frange de la société civile palestinienne en tant que mouvement pacifique pour imposer les droits des Palestiniens conformément au droit international, et grâce à des stratégies de boycott des produits israéliens et institutions culturelles israéliennes, le désinvestissement des sociétés complices de violations des Palestiniens et la mise en place de sanctions étatiques contre le gouvernement israélien.

Les militants de la campagne BDS visent les entreprises qui supportent l’occupation illégale d’Israël de la Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et encouragent le boycott généralisé des produits israéliens afin de faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il mette fin à l’occupation – qui dure depuis un demi-siècle – de la Cisjordanie et Jérusalem-Est, et mette fin au siège israélien long d’une décennie et imposé à la bande de Gaza.

À mesure que le soutien au mouvement BDS a augmenté, le gouvernement israélien a introduit des politiques anti-BDS, y compris l’adoption d’une loi en mars interdisant l’entrée en Israël aux étrangers qui ont ouvertement exprimé leur soutien au BDS.

7 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Dessin : Carlos Latuff

France : Macron est « au doigt et à l’œil » avec le lobby pro-israélien

Ali AbunimahMacron rejette un des ses candidats aux élections parlementaires suite aux pressions du lobby pro-israélien.

Le lobby israélien en France semble avoir un droit de veto sur qui peut se présenter ou non comme candidat aux élections parlementaires pour le compte du parti du nouveau président Emmanuel Macron.

Les médias français ont rapporté vendredi que l’organisation « En Marche! » de Macron avait retiré un de ses candidats aux élections de l’Assemblée nationale en juin.

Ceci s’est produit après que les groupes de pression israéliens français de la LICRA et du CRIF aient exigé que le candidat Christian Gerin – un producteur de télévision – soit retiré de la liste des candidats pour avoir envoyé ce qu’ils ont prétendu être des tweets antisémites et pour avoir exprimé son soutien du mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

« La séparation du CRIF et de l’État »

L’un des tweets de Gerin faisait savoir son soutien à la campagne BDS. Un autre à la fin du mois de février appelait à la « séparation du CRIF et de l’État ».

Le CRIF est une organisation communautaire juive ainsi qu’un groupe majeur du lobby pro-israélien. Le tweet de Gerin faisait référence au gala annuel de CRIF la même nuit.

« C’est antisémite parce que derrière le terme ‘CRIF’, c’est ‘les Juifs’ qui est est sous-entendu », a déclaré le président du CRIF, Francis Kalifat, au journal Le Parisien.

Mais on ne peut nier que le CRIF fonctionne en France comme l’AIPAC aux États-Unis – comme lobby principal pour Israël et ses objectifs.

Comme l’a souligné le journal Le Figaro en février, le dîner annuel de CRIF a pris une importance croissante dans la politique française au cours des dernières années, et cette année, s’y sont retrouvés plusieurs candidats à l’élection présidentielle, y compris celui qui a emporté le gros lot.

La critique du rôle extraordinaire que le dîner du CRIF a pris dans la politique française a été exprimée par des figures connues.

« Le CRIF ne représente plus personne et ne fonctionne pas de manière démocratique », a déclaré à Figaro Phillippe Karsenty, adjoint au maire de Neuilly-sur-Seine et une personnalité bien connue dans la communauté juive. « Le CRIF a cessé d’être le représentant des juifs face aux politiques et est devenu le représentant des politiques face aux Juifs » (Karsenty est célèbre pour avoir inventé que la télévision française avait fabriqué les images du meurtre du petit garçon palestinien Muhammad al-Durra en 2000 dans Gaza).

L’écrivain Alain Finkielkraut a comparé le CRIF à un tribunal où « des membres du gouvernement français comparaissent devant un procureur communautaire ».

En 2012, François Bayrou, un avocat connu et ancien candidat à la présidence qui, cette année, a soutenu Macron, a refusé une invitation à se rendre au dîner CRIF.

« J’ai réfléchi beaucoup pendant de nombreuses années et je suis arrivé à la conclusion que je ne devrais plus participer à ces rassemblements communautaires », a expliqué M. Bayrou. « Je pense que la France est une, que ses citoyens sont avant tout des citoyens avant qu’ils ne soient juifs, catholiques, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées ».

Bayrou exprimait une version classique de la laïcité républicaine républicaine.

L’AIPAC français

Le plus important, c’est que l’un des premiers rôles du CRIF – comme l’a signalé souvent The Intifada électronique – est de s’attaquer au mouvement pour les droits des Palestiniens.

Le président sortant François Hollande et son ancien premier ministre, Manuel Valls, ont utilisé leurs apparitions CRIF pour exprimer leur ferme soutien à Israël et attaquer la campagne BDS.

Au podium du CRIF l’année dernière, Valls a promis de nouvelles mesures de répression contre les militants pro-Palestine.

(Dans un tweet de 2013 dénoncé par la LICRA, Gerin a qualifié Valls de « viscéralement sioniste, raciste et islamophobe ».)

Quand le CRIF fait des avances au FN

En 2015, Hollande a profité de son discours au CRIF pour qualifier d’antisémites les critiques d’Israël et de son idéologie d’État, le sionisme.

Dans son dernier discours au CRIF en tant que président en février, Hollande se vantait que « la France a combattu le mouvement BDS sans faiblesse ».

Il a également prétendu – sur la base de son interprétation d’une décision du tribunal qui est en cours d’appel devant la Cour européenne des droits de l’homme – que la France est le seul pays à avoir interdit les appels à boycotter des biens israéliens.

Bien que Marine Le Pen n’ait jamais été invitée à un dîner CRIF, le président du CRIF, Roger Cukierman, en a surpris plus d’un en 2015 lorsqu’il a déclaré que le leader du Front national notoirement antisémite, anti-musulmane et raciste était « personnellement au-delà des critiques ». Le Pen a renvoyé le compliment avec des louanges pour Israël et des attaques contre le mouvement BDS.

Protéger sa capacité de nuisance

Compte tenu du rôle très controversé que le CRIF joue dans la politique française, il devrait être possible de critiquer son rôle politique sans être accusé d’antisémitisme.

Et il est également facile de comprendre pourquoi le CRIF veut que ses critiques soient traités d’anti-sémites quand il a un intérêt manifeste à protéger son influence politique croissante.

Dans un autre tweet mis en exergue par la LICRA, Gerin a partagé une déclaration de l’Association France Palestine Solidarité.

La déclaration avertissait que l’attaque par camion de juillet 2016 qui a tué des dizaines de personnes à Nice ne devrait pas être exploitée politiquement par Israël et ses partisans. La déclaration est venue en réponse à des appels de certains politiciens qui comparaient les Palestiniens à l’État islamique et exhortaient la France à emboîter le pas à Israël comme modèle de lutte contre le terrorisme.

Les dirigeants israéliens ont toujours voulu exploité cet type de violence ces dernières années pour exhorter les juifs français à quitter leur pays. Des dirigeants français avaient dénoncé ces appels.

Même le chef de la LICRA a demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’arrêter de demander aux Juifs de quitter l’Europe après ces attaques.

Mais la LICRA a néanmoins exigé que Macron retire la candidature de Gerin et a déclaré qu’elle pourrait envoyer ses tweets aux procureurs.

La LICRA n’a pas noté que Gerin a également émis des félicitations pour Israël. En 2013, il a écrit que le documentaire The Gatekeepers, dans lequel les anciens chefs de renseignement israéliens critiquent la politique de leur pays, « est une leçon de démocratie qui est à mettre au crédit d’Israël ».

D’autres candidats sont visés

Selon Le Parisien, le CRIF et la LICRA vont maintenant prendre en chasse un autre candidat parlementaire de Macron, qu’ils accusent d’appuyer la campagne BDS.

Dans un tweeter maintenant supprimé, William Tchamaha a inclus un lien vers un information traitant de la critique par l’ONU d’une nouvelle loi israélienne visant à faciliter le vol de terres palestiniennes.

Tchamaha, un conseiller pédagogique de lycée, aurait également qualifié Israël d' »État hors-la-loi qui désavouait le droit international » et exhortait le boycott des produits israéliens.

Le CRIF devrait enquêter sur les opinions de plus de candidats dans le parti de Macron et a promis d’être « vigilant ».

Le message clair que le lobby israélien de France envoie à tous les novices en politique qui soutiennent le nouveau président est que toute critique d’Israël leur coûtera cher.

Quant à Macron, il a déjà condamné avec force la campagne BDS et a promis de poursuivre la politique de répression de Hollande contre le militantisme pro-palestinien.

Le nouveau président a peut-être promis aux électeurs français une rupture avec l’ancienne façon de faire de la politique, mais quand il s’agit des exigences d’Israël et de son lobby, « plus ça change, plus c’est la même chose ».

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

Articles du même auteur.

12 mai 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : archives

L’accord gazier israélo-européen sous le feu des critiques

Ylenia GostoliLa souffrance des Palestiniens qui vivent sous l’occupation va encore augmenter du fait de l’expansion de l’industrie israélienne du gaz.

Ramallah – Un accord de pipeline israélo-européen ayant pour but de faire d’Israël un important exportateur d’énergie en Méditerranée fait l’objet de critiques de la part des Palestiniens. Ces critiques sont encore exacerbées par le fait que la bande de Gaza assiégée souffre d’une crise d’énergie endémique qui paralyse son économie.

Shahan Jabarin, le directeur général d’Al-Haq, a déclaré à Al Jazeera : « L’accord de pipeline entre Israël, l’Italie, Chypre et la Grèce bénéficiera non seulement aux entreprises qui profitent directement de l’occupation du territoire palestinien mais il permettra à Israël de s’assurer de l’approbation tacite de l’Europe pour accentuer son « blocus maritime » des côtes palestiniennes, et prolonger le conflit armé international qui sévit dans les eaux territoriales de la bande de Gaza. L’expansion de l’industrie israélienne du gaz engendrera une oppression accrue des Palestiniens soumis à l’occupation israélienne. »

Les ministres d’Israël, de la Grèce, de l’Italie et de Chypre, ainsi que le Commissaire de l’Union européenne pour l’action climatique et l’énergie, ont signé une déclaration commune, ce mois-ci, pour construire un pipeline qui amènerait le gaz naturel récemment découvert, depuis Israël et Chypre vers L’Italie et le marché européen par l’intermédiaire de la Grèce.

Le pipeline, que Yuval Steinitz, le ministre israélien de l’Énergie, a décrit comme « le pipeline sous-marin le plus long et le plus profond du monde », devrait être opérationnel d’ici 2025.

Steinitz a salué le projet comme « le début d’une merveilleuse amitié entre quatre pays méditerranéens », et Miguel Arias Canete, le Commissaire de l’UE pour l’action climatique et l’énergie, a noté: « Nous soutenons fermement le développement de cette région et de ces pays d’une manière générale mais aussi parce que ce sont de futurs fournisseurs de gaz ».

Canete a dit qu’il ne pouvait pas prendre d’ « engagements formels », mais il a indiqué qu’il espérait que le projet respecterait toutes les conditions requises pour recevoir des fonds via le mécanisme pour l’interconnexion en Europe de l’UE, un programme qui soutient le développement d’infrastructures transeuropéennes et qui a déjà financé les études de viabilité technique et commerciale du projet.

Qualifié de « projet d’intérêt général » par l’UE, le pipeline a été vendu comme le moyen de pallier à la dépendance actuelle du bloc occidental à l’énergie russe et à l’épuisement des réserves de la mer du Nord. Mais les analystes ne sont pas sûrs que ce gaz sera en mesure concurrencer le gaz russe, ni que le projet attirera les investisseurs, du fait des coûts élevés des infrastructures conjugués à la baisse des prix du gaz.

Selon Brenda Shaffer, un membre du conseil d’administration du Atlantic Council Global Energy Centre, l’accord est l’expression d’objectifs politiques communs aux quatre pays, qui ne se traduiront pas nécessairement en décisions d’investissement de la part des entreprises commerciales.

« Les intérêts et les objectifs des entreprises peuvent être très éloignés des considérations politiques », a déclaré Shaffer à Al Jazeera. « À ce stade, le projet proposé a surtout une finalité politique, c’est loin d’être une réalité commerciale, et il n’est pas certain que la tendance actuelle de la demande de gaz du sud de l’Europe justifie commercialement un projet supplémentaire d’approvisionnement en gaz ».

Elio Ruggeri, directeur général d’IGI Poseidon, la société qui supervise le développement du projet et dont les partenaires incluent la société italienne Edison et la société d’état DEPA de Grèce, a dit à Al Jazeera que le pipeline atteindrait environ 3500 km de long et coûterait 5,2 milliards d’euros (5,6 milliards de dollars) jusqu’en Grèce, et 6,2 milliards d’euros pour arriver en Italie. Les ultimes décisions d’investissement seraient prises en 2020, selon Ruggeri.

Le pipeline transporterait le gaz de l’immense champ gazier israélien, Leviathan, dont la découverte en 2010 a fait d’Israël un acteur majeur de la région en matière d’énergie. On estime que Leviathan contient environ 238 milliards de mètres cubes de gaz. Noble Energy, basé au Texas, détient 39,7% du champ, tandis que Delek Drilling et Avner Oil Exploration, toutes deux filiales du groupe israélien Delek, en détiennent chacune 22,7%. La société israélienne Ratio Oil en détient 15 %. Il y a un conflit sur les frontières maritimes, et le Liban affirme que Leviathan se trouve en partie dans les eaux libanaises.

Le premier pays qui a signé l’accord pour acheter le gaz de Leviathan est la Jordanie. Le pays a conclu un accord de gaz de 10 milliards de dollars avec Israël l’année dernière, au titre duquel Israël fournira 8,5 millions de mètres cubes de gaz à son voisin pendant 15 ans. L’accord a déclenché une vague de protestations populaires en Jordanie parce que les gens considèrent que cet accord augmentera la dépendance jordanienne à Israël et financera l’occupation israélienne des
territoires palestiniens.

« Il est impossible d’isoler géographiquement les champs de gaz d’Israël et de faire comme si cela n’avait rien à voir avec le conflit palestien », a déclaré à Al Jazeera Susan Power, une experte en droit, qui a rédigé, en 2015, un rapport intitulé Annexing Energy publié par Al Haq, une association palestinienne des droits humains.

« En 2011, Noble Energy, l’exploitant principal du champ Leviathan, a extrait unilatéralement le gaz d’un champ de gaz palestinien/israélien commun sans l’autorisation palestinienne exigée par le droit international coutumier et les Accords d’Oslo », a-t-elle déclaré, ajoutant que Noble Energy possède également une installation de stockage de gaz, le Mari-B, située à 13 miles marins de la bande de Gaza et reliée par pipeline à Tamar, un champ plus petit que la firme exploite au large de la côte de Haïfa.

« Israël se livre à des opérations maritimes brutales et illégales pour protéger les plates-formes gazières de Noble Energy au large de la bande de Gaza, en attaquant, blessant et tuant des pêcheurs palestiniens qui pêchent à proximité de la zone des six miles nautiques d’eaux territoriales palestiniennes qu’Israël a fermée illégalement », a-t-elle ajouté.

Pendant tout ce temps, Gaza souffre d’une crise de l’électricité et de l’énergie qui s’est encore aggravée au début de l’année. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre les coupures d’électricité qui sont passées de huit heures à 12 à 18 heures. Le rapport d’Al Haq conclut que si les Palestiniens étaient autorisés à exploiter leurs propres ressources, par exemple le champ gazier qui se situe près du champ Gaza Marine, non seulement leurs besoins énergétiques seraient couverts, mais ils seraient économiquement autosuffisants et libérés des humiliantes chaînes de l’aide internationale

La seule centrale électrique en fonctionnement avec le gaz a fermé la semaine dernière, ce qui laisse Gaza avec seulement six heures d’électricité par jour et qui met en danger les services publics essentiels dont les hôpitaux. Le carburant qui avait été acheté, avec l’aide qatarie et turque, pour régler la crise de ce début d’année aggravée par un conflit sur la taxe sur les carburants entre l’autorité de l’électricité à Gaza et l’Autorité palestinienne, est épuisé.

L’accord d’exploitation de Leviathan au profit de Noble Energy et Delek a également fait l’objet d’une enquête antitrust, et d’une action judiciaire auprès de la Cour suprême d’Israël. Les opposants soutiennent que les deux sociétés auraient trop de contrôle sur les réserves de gaz du pays et que l’accord n’est pas dans l’intérêt des consommateurs mais des grandes entreprises.

À l’époque, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait défendu l’accord en mettant en avant des considérations géopolitiques et en disant que c’était un investissement pour la sécurité du pays. Depuis la découverte du Leviathan, Israël s’est engagé à négocier des accords d’exportation avec la Turquie et l’Égypte. Ce dernier pays est maintenant inondé de gaz, lui aussi, depuis la découverte en 2015, d’un champ gazier super-géant, Zohr.

« La capacité d’exporter du gaz nous met davantage à l’abri des pressions internationales. Nous ne voulons pas être vulnérables aux boycotts », a dit Netanyahu.

Ylenia Gostoli * Ylenia Gostoli est journaliste freelance basée à Jérusalem et ses articles sont régulièrement publiés sur al-Jazeera


Articles de la même auteure.

23 avril 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Manifestation BDS à Gijón, 2012 - Archives

La municipalité de Barcelone refuse toute complicité avec le système israélien d’apartheid

Mouvement espagnol de solidarité avec la Palestine – Déclaration des groupes de solidarité en Espagne avec la Palestine sur la décision historique du conseil municipal de Barcelone en faveur des droits des Palestiniens.

Barcelone a franchi un pas important en devenant une ville hors apartheid

Avec le soutien des groupes Barcelona en Comú, Partit Socialista de Catalunya, Candidatura d’Unitat Popular et Esquerra Republicana de Catalunya, le Conseil municipal de Barcelone a aujourd’hui tenu une session en session plénière qui a promulgué l’inclusion de clauses dans les contrats pour assurer le respect des Droits de l’homme, en particulier avec les entreprises qui sont liées à l’occupation israélienne en Palestine. La déclaration exhorte également le Gouvernement de la Catalogne à créer un Centre d’étude et d’évaluation de l’impact des entreprises catalanes à l’étranger.

La déclaration reconnaît la légitimité des campagnes et initiatives non violentes promues par la société civile palestinienne et internationale pour défendre les droits de l’homme et le droit international humanitaire en Palestine. Grâce à ce vote, le conseil municipal de Barcelone met fin à la complicité de la ville avec les violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme par l’occupation colonisatrice et expansionniste de l’État d’Israël dans les territoires palestiniens occupés, et il reconnaît le droit au BDS.

Cette décision arrive dans une période d’agression israélienne croissante, dans une impunité totale, contre le peuple palestinien et le mouvement international non-violent BDS. D’autres preuves de cette impunité sont le rapport de la Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale (CESAO) qui a dénoncé le système d’apartheid qu’Israël impose à la population palestinienne et a donc appelé à l’appui du Boycott, du Désinvestissement et des Sanctions, comme cela a été utilisé contre l’apartheid Afrique du Sud.

Rima Jalaf, directrice de la CESAO, a par la suite démissionné après avoir subi une pression interne pour retirer le rapport. Ce n’est pas une coïncidence qu’il y ait dans ce contexte une campagne de diffamation et de criminalisation du mouvement BDS non violent, comme en témoigne le harcèlement du militant des droits de l’homme Omar Barghouti, récemment arrêté et interrogé pendant plusieurs heures par les autorités israéliennes.

Rafeef Ziadah, membre du secrétaire international du Comité national palestinien du BDS, déclare: « Nous saluons la municipalité de Barcelone et accueillons chaleureusement cet important pas en avant pour le mouvement mondial BDS dirigé par les Palestiniens pour la liberté, la justice et l’égalité. Après 50 ans d’occupation militaire israélienne de Gaza et de Cisjordanie, avec Jérusalem-Est, et des décennies de son régime d’apartheid et de colonialisme, les gens de conscience du monde entier se joignent au mouvement de BDS en pleine croissance en appui aux droits stipulés du peuple palestinien, tels que stipulés par les Nations Unies.

La reconnaissance par la municipalité de Barcelone du droit de défendre les droits des Palestiniens par la tactique non violente de la campagne BDS n’est pas seulement un triomphe de la liberté d’expression et des droits démocratiques. C’est également un indicateur clair de la reconnaissance généralisée du BDS en tant que mouvement unificateur, inspirant et antiraciste enraciné dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et qui soutient le principe fondamental selon lequel les Palestiniens doivent bénéficier des mêmes droits que le reste L’humanité ».

Nous célébrons cette victoire parce que nous estimons qu’il s’agit d’un grand pas en avant pour sensibiliser le gouvernement local à la défense des droits de l’homme et à la rupture de la complicité qui renforce intrinsèquement l’apartheid et l’occupation de la Palestine. Cette résolution est une reconnaissance institutionnelle des exigences de la société civile visant par la lutte non violente – telle qu’elle est pratiquée par le mouvement BDS – à mettre fin à la complicité dans les violations du droit international.

Nous espérons que cette résolution créera un précédent à Barcelone afin que la ville continue à devenir un espace libre d’apartheid israélien, comme cela s’est déjà produit dans 70 autorités locales dans toute l’Espagne, et prenne la tête de la défense de la liberté et de la dignité des peuples.

19 avril 2017 – BDS – Traduction : Chronique de Palestine




Omar Barghouti - Photo: Capture vidéo

Une nouvelle phase de la guerre contre la campagne BDS: Israël emprisonne Omar Barghouti

Ramzy BaroudL’État israélien a violé le droit international plus que n’importe quel autre pays, mais il a rarement, voire jamais, été tenu pour responsable de ses crimes et de ses violations du droit.

Les intenses campagnes de relations publiques d’Israël à destination de ses partenaires et des médias occidentaux toujours bien disposés, conjuguées aux implacables pressions exercées par ses puissants lobbies à Washington, à Londres, à Paris et ailleurs, ont donné des résultats surprenants.

Pendant un moment, il a semblé qu’Israël était capable de maintenir son occupation et de refuser indéfiniment leurs droits aux Palestiniens, tout en se proclamant « seule démocratie au Moyen-Orient ».

Ceux qui ont osé défier ce paradigme à travers la résistance en Palestine ont été éliminés ou emprisonnés; ceux qui ont contesté Israël dans les arènes publiques n’importe où dans le monde ont été vilipendés comme « antisémites » ou « juifs ayant la haine d’eux-mêmes« .

Les choses semblaient aller très bien pour Israël. Avec l’aide financière et militaire des Etats-Unis, la taille, la population et l’économie des colonies illégales ont augmenté à un rythme rapide. Les partenaires commerciaux d’Israël semblaient inconscients du fait que les produits des colonies étaient fabriqués ou cultivés sur des terres palestiniennes volées et occupées illégalement.

En effet, durant longtemps l’occupation a paru très rentable, subissant très peu de censure ou de pression.

Tout ce que les dirigeants israéliens avaient à faire était de se conformer au scénario suivant : les Palestiniens sont des terroristes, nous n’avons pas de partenaire pour la paix, Israël est une démocratie, nos guerres sont toutes menées en légitime défense, etc… Les médias ont repris ces mensonges à l’unisson. Les Palestiniens, les opprimés, les occupés et les rejetés étaient dûment diabolisés. Ceux qui savaient la vérité sur la situation ont pris des risques en disant leur opinion – et en ont subi les conséquences – soit sont restés silencieux.

Mais comme le dit le proverbe: «Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps et certaines personnes tout le temps, mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps».

La justice pour les Palestiniens, qui paraissait autrefois comme une «cause perdue», a revenue comme une exigence forte lors de la deuxième Intifada palestinienne (soulèvement) en 2000.

La sensibilisation croissante impulsée par le militantisme dévoué de nombreux intellectuels, journalistes et étudiants a vu l’arrivée de milliers de militants internationaux en Palestine dans le cadre du Mouvement international de solidarité (ISM).

Des universitaires, des artistes, des étudiants, des responsables religieux et des gens de tous horizons sont venus en Palestine et s’en sont retournés vers toutes les parties du globe, en utilisant tous les moyens disponibles pour diffuser un seul et unique message dans leurs nombreuses communautés.

Ce fut ce militantisme de base qui a pour partie produit le succès du mouvement Boycott, Divestment and Sanctions (BDS).

Mis en place en 2005, BDS est un appel lancé par des organisations de la société civile palestinienne aux citoyens du monde entier pour participer à la dénonciation des crimes israéliens et pour exiger des comptes au gouvernement, à l’armée et aux entreprises israéliennes qui tirent leurs profits de l’assujettissement des Palestiniens.

Avec ces larges réseaux en constante extension déjà en place, BDS s’est propagé rapidement et a pris le gouvernement israélien par surprise.

Au cours de la dernière décennie, la campagne BDS s’est révélée résistante et ingénieuse, ouvrant de nombreux nouveaux canaux et plateformes pour forcer le débat sur Israël, son occupation, les droits des Palestiniens et la responsabilité morale pour ceux qui soutiennent ou ignorent ses violations des droits de l’homme.

Ce qui inquiète le plus [le gouvernement israélien] à propos de la campagne BDS, est ce qu’il appelle la tentative du mouvement de « délégitimer » Israël.

Depuis sa création, Israël a tout fait pour paraître légitime. Mais il est difficile d’obtenir une légitimité sans respecter les règles requises pour cela. Israël veut la gagner sur tous les tableaux : en maintenant sa profitable occupation, en testant son arsenal militaire dernier-cri, en emprisonnant et en torturant, en assiégeant et en assassinant tout en recevant des félicitations internationales.

À l’aide de menaces, d’intimidation, de coupure de fonds, les États-Unis et Israël ont travaillé dur mais en vain, pour faire taire les critiques d’Israël, le principal allié des États-Unis au Moyen-Orient.

Il y a quelques jours à peine, un rapport des Nations Unies disait clairement qu’Israël avait établi un « régime d’apartheid« . Bien que l’auteure du rapport, Rima Khalaf a dû démissionner suite aux pressions, il est maintenant impossible de « forcer le génie à rentrer dans sa bouteille ».

Progressivement, BDS est devenue l’incubateur d’une grande partie de la condamnation internationale d’Israël. Son impact a rapidement touché des artistes qui ont alors refusé de se produire en Israël, puis les entreprises ont commencé à fermer leurs représentations en Israël, suivies par des églises et des universités qui se sont extraites de l’économie israélienne. Avec le temps, Israël s’est trouvé confronté à un défi unique et formidable.

Alors, que doit faire Israël ?

Ignorer la campagne BDS s’est avéré dangereux et coûteux. Mais lutter contre cette même campagne est comme lancer un caillou contre la société civile. Plus problématique pour lui, plus Israël essaie de bloquer le travail des militants BDS, plus il accorde de légitimité le mouvement, lui offrant de nouvelles plateformes pour faire progresser ses idées, avec plus de couverture médiatique et plus de débats sur la place publique.

En mars 2016, une grande conférence a réuni des représentants du gouvernement israélien, des dirigeants de l’opposition, des experts des médias, des intellectuels (?) et même des vedettes de la télévision venues d’Israël, des États-Unis et d’autres pays.

La conférence a été organisée par l’une des plus grandes sociétés de médias d’Israël, Yediot Achronot.

C’était une rare démonstration d’unité dans la politique israélienne, des centaines d’Israéliens influents et leurs partisans essayant de forger une stratégie visant à vaincre la campagne BDS.

De nombreuses idées ont été mises sur la table.

Le ministre israélien de l’Intérieur, Aryeh Dery, a menacé de faire révoquer le droit de résidence d’Omar Barghouti, cofondateur de BDS et l’une de ses voix les plus efficaces.

Le ministre du Renseignement et de l’Énergie Atomique, Israël Katz, a appelé aux « éliminations civiles ciblée » des dirigeants BDS, visant en particulier Barghouti.

Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, a souhaité que les militants BDS « paient le prix ».

La guerre contre la campagne BDS avait officiellement commencé, bien que les prémisses de cette bataille avaient déjà eu lieu.

Le gouvernement britannique a annoncé au début de l’année qu’il était illégal de « refuser d’acheter des biens et des services auprès de sociétés impliquées dans le commerce des armes, les combustibles fossiles, les produits du tabac ou les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée ».

Le même mois, le Canada a adopté une motion qui criminalise la campagne BDS.

Quelque mois plus tôt, le Sénat américain a adopté la Loi sur la sensibilisation à l’antisémitisme, biaisant la définition de l’antisémitisme pour y inclure les critiques d’Israël sur les campus américains, dont beaucoup ont répondu positivement à l’appel lancé par BDS.

Pour finir, le Royaume-Uni a adopté une définition similaire qui fait délibérément la confusion entre les crimes de haine anti-juifs et les critiques légitimes d’Israël.

Plus récemment, Israël a adopté une loi qui interdit l’entrée en Israël aux personnes accusées de soutenir le mouvement BDS. Considérant que l’entrée en Israël est le seul moyen d’accéder aux territoires palestiniens occupés, l’interdiction israélienne vise à interdire les témoignages qui ont établi le lien entre les Palestiniens et le mouvement mondial de solidarité.

L’offensive anti-BDS a finalement abouti à la détention et à l’interrogatoire d’Omar Barghouti lui-même.

Le 19 mars, les autorités fiscales israéliennes ont arrêté Barghouti et l’ont accusé d’évasion fiscale.

Ce faisant, Israël a révélé la nature de la prochaine étape de sa lutte, utilisant des tactiques basées sur des accusations fantaisistes et apparemment apolitiques pour ne pas avoir à révéler la nature politique de ses initiatives.

Israël croit donc pouvoir vaincre la campagne BDS grâce à la censure, aux interdictions de voyage et aux intimidations.

Cependant, la guerre israélienne contre la campagne BDS est destinée à l’échec, et la conséquence directe de cet échec sera que cette campagne pour le boycott continuera de prospérer.

Israël a maintenu la société civile mondiale dans l’obscurité pendant des décennies, vendant une version trompeuse de la réalité. Mais à l’ère des médias numériques et du militantisme mondialisé, l’ancienne stratégie ne fonctionnera plus.

Indépendamment du cas de Barghouti, le mouvement BDS ne s’affaiblira pas. C’est un mouvement décentralisé avec des réseaux locaux, régionaux, nationaux et mondiaux couvrant des centaines de villes à travers le monde.

Immobiliser un individu, ou cent, ne modifiera pas le mouvement BDS en pleine ascension.

Israël va bientôt se rendre compte que sa guerre contre le BDS, la liberté de parole et d’expression, est vouée à l’échec. Il s’agit d’une tentative futile et vaine de museler une communauté mondiale qui agit maintenant à l’unisson de Cape Town en Afrique du Sud, à Uppsala en Suède.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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30 mars 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : ActiveStills

Apartheid israélien : la faute morale des Nations-Unis

Lawrence DavidsonLe 15 mars 2017, la Commission économique et sociale des Nations-Unies pour l’Asie occidentale (CESAO) a publié un rapport sur les pratiques et les politiques israéliennes à l’égard des Palestiniens.

Utilisant le droit international comme critère de comparaison, le rapport est arrivé à la « conclusion définitive » que : « Israël est coupable de pratiques d’apartheid ». Le terme Apartheid n’a pas été utilisé dans le rapport simplement de manière « péjorative ». Il a été utilisé, dans son acception légale, en tant que terme approprié pour décrire des faits fondés sur des preuves.

Les protestations immédiates des États-Unis et d’Israël ont été si véhémentes que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans un acte de forfaiture morale, a ordonné le retrait du rapport. La responsable de la CESAO, la diplomate jordanienne Rima Khalaf, a décidé qu’elle ne pouvait pas, en conscience, accepter cela, et elle lui a donc présenté sa démission.

La couverture médiatique

Le premier article du New York Times sur l’incident ne s’est pas vraiment intéressé à l’exactitude des données contenues dans le rapport. Cela aurait pourtant au moins permis aux les lecteurs du Times de s’informer sur les conditions réelles de vie des Palestiniens sous la domination israélienne. A la place, l’article remet en question le rapport et les personnes impliquées dans sa rédaction. Par exemple, le NYT nous dit que « le rapport a provoqué l’indignation d’Israël et des États-Unis ». Il cite les paroles de l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations-Unies, Nikki R. Haley : « Lorsque quelqu’un publie un rapport mensonger et diffamatoire au nom de l’ONU, il est normal que cette personne démissionne. » Il n’est nulle part fait mention dans l’article du NYT que l’accusation de Mme Haley selon laquelle le rapport est mensonger, est elle-même mensongère. Un autre article du NYT est à peine plus honnête.

Le NYT a bien mentionné, toutefois, que, parmi les auteurs du rapport, il y avait Richard Falk, l’ancien enquêteur des droits de l’homme de l’ONU. Falk a servi pendant six ans comme Rapporteur Spécial des États-Unis pour les Territoires Occupés. Selon le NYT, sa présence a dû « irriter de nombreux soutiens d’Israël qui le considèrent comme un antisémite ». Il y a quelque chose de troublant lorsqu’un journal qui prétend représenter l’incarnation du journalisme professionnel, relaie de telles insultes sans en faire une analyse correcte. Richard Falk, qui est juif, a derrière lui un parcours sans faute, tant au niveau de ses états de services académiques que publics. Sa réputation d’honnêteté et de dévouement à la cause des droits de l’homme en fait une expression vivante des plus belles valeurs juives. Il a donc tout à fait le droit de dire : « J’ai été diffamé dans ces tentatives de discréditer le rapport – une étude qui « tente de son mieux d’examiner les preuves et d’analyser la loi applicable de manière professionnelle. »

Le comportement d’Israël

Quand on analyse objectivement le comportement d’Israël, il est difficile de nier la réalité brutale de ses pratiques officiellement tolérées.

Le 17 mars 2017, au moment même du retrait forcé du rapport de la CESAO, le Département d’État américain a publié un rapport sur « les graves violations commises contre les enfants palestiniens vivant sous occupation militaire israélienne ». Ce rapport faisait partie du rapport annuel du Département sur « Les pratiques en matière de droits de l’homme dans le monde ». Parmi les problèmes cités figuraient la pratique israélienne de la détention illégale, les aveux forcés, et le recours excessif à la force, y compris la torture et les meurtres.

Habituellement, ces rapports annuels sur les droits humains sont rendus publics par le Secrétaire d’État. Cette année, Rex Tillerson, qui occupe actuellement ce poste, n’était nulle part en vue. Et, bien sûr, le président Trump n’a consacré aucun de ses fameux tmettre les Nations-Unies en failliteweets au comportement barbare d’Israël.

Plus tôt dans l’année, le 8 février 2017, on a appris que « Israël a interdit l’entrée des gaz anesthésiants dans la bande de Gaza. » Il y a environ 200 patients à Gaza en attente de soins chirurgicaux ; certains d’entre eux vont mourir à cause de l’interdiction d’Israël.

Une semaine plus tard, le 14 février 2017, on a appris que des responsables israéliens faisaient chanter des patients palestiniens qui demandaient l’autorisation d’entrer en Israël pour recevoir des soins médicaux indispensables. Un jeune de Gaza, âgé de 17 ans, souffrant de cardiopathie congénitale et ayant besoin d’un remplacement valvulaire cardiaque « a été explicitement informé que [pour quitter la bande de Gaza] et être opéré, il devrait coopérer avec les forces de sécurité et espionner pour le compte d’Israël. » Il a refusé, et il est mort peu après. Cette tactique israélienne n’est ni exceptionnelle, ni nouvelle.

Du chantage et encore du chantage

Les Nations-Unis se sont rendues coupable d’une faute morale en retirant le rapport de la CESAO parce que le Secrétaire général Guterres a décidé d’entériner un déni de réalité – la réalité de la pratique de l’apartheid en Israël.

Et aussi sans doute parce que, entre deux réalités, Guterres a privilégié celle de sa survie financière menacée par la promesse américaine à peine voilée de mettre les Nations-Unies en faillite. C’est bien sûr du chantage. Il est intéressant de noter que le chantage à l’argent exercé par les États-Unis sur l’ONU fait écho à celui exercé par le lobby sioniste dans les couloirs du Congrès.

Il est évident que les Nations Unies, sans parler des politiciens américains, ont besoin de diversifier leurs sources de revenus. Ma femme Janet a suggéré une fois que les Nations Unies se voient accorder le droit d’exploiter et tirer profit de toutes les ressources sous-marines. Ce n’est pas une mauvaise idée. De même, les politiciens étasuniens doivent accepter ou être obligés de faire appel à des fonds gouvernementaux pour leur campagne au lieu d’être contraints à se vendre au plus offrant.

Cependant, ces changements ne seront pas pour tout de suite. Telles que les choses se présentent aujourd’hui, la réalité en Palestine est ce que les Américains et les Israéliens décident qu’elle est, parce que les politiciens et les dirigeants internationaux ne peuvent littéralement pas se permettre de s’opposer à leur vision corrompue de la situation.

* Lawrence Davidson est professeur d’histoire à L’Université de West Chester à West Chester, PA.



24 mars 2017 – CounterPunch – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet