Photo : archives/PressTV

Combien de temps Gaza pourra-elle survivre sans eau ?

Rasha Abou JalalVILLE DE GAZA, Bande de Gaza – La crise de l’eau, due aux coupures de courant de plus de 20 heures par jour qui sont devenues la règle, a poussé les habitants de la Bande de Gaza à creuser des puits sans autorisation, ignorant les conséquences quant aux sérieuses menaces qui pèsent sur les déjà rares réserves aquifères.

À la demande du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Israël a réduit le 19 juin la fourniture d’électricité à Gaza, passant de 120 mégawatts à 48 mégawatts, avec pour conséquence la crise actuelle autour de l’eau.

Omar Hamid, à la tête d’une famille de neuf personnes, a expliqué à Al-monitor, « la municipalité livre de l’eau dans les foyers pendant seulement deux heures tous les deux ou trois jours. Ce n’est pas suffisant pour répondre aux besoins de base minimum d’une famille. »

« Il n’y a aucune énergie pour faire fonctionner les pompes et remplir nos réservoirs d’eau. Gaza vit avec à peine quatre heures d’électricité par jour. En outre, ce créneau très limité ne coïncide pas souvent avec les heures d’approvisionnement de l’eau provenant des divers puits municipaux vers les habitations. »

Comme d’autres habitants, Hamid est contraint d’acheter de l’eau à un prix très élevé auprès de stations locales privées pour remplir le réservoir de sa maison. « Le remplissage d’un réservoir d’eau de 1000 litres par une station locale privée coûte 25 shekels (environ 7 $), tandis que la municipalité offre la même quantité pour 1 shekel (0.28 $), » explique-t-il.

Pour garantir ses besoins en eau sans devoir payer ce prix élevé, Hayat Al-Najar, mère d’un foyer de six enfants, stocke l’eau municipale pendant les heures d’approvisionnement, utilisant n’importe quels récipients disponibles tels que baignoires, bouteilles de jus de fruit vides ou d’autres ustensiles. Elle utilise l’eau ainsi stockée pour effectuer les tâches ménagères, ménage, lessive, vaisselle.


La crise de l’eau à Gaza

Voici ce qu’elle relate à Al-moniteur, « Notre approvisionnement en eau couvre à peine nos besoins essentiels. Mes enfants auraient besoin de prendre des douches tous les jours avec cet été chaud, mais pour économiser l’eau, je peux seulement me permettre de les doucher une fois par semaine. »

Pour avoir accès à l’eau, certains citoyens, particulièrement les propriétaires d’immeubles, ont commencé à creuser des puits sans autorisation pour pomper de l’eau dans la nappe aquifère, dont le niveau est déjà tendu, a expliqué Al-Banna Mazen, le vice-président de l’Autorité palestinienne.

« La nappe de Gaza est surexploitée avec environ de 150 millions de mètres cubes par an. Autour de 220 millions de mètres cubes sont prélevés chaque année, mais l’eau de pluie ne réapprovisionne qu’à hauteur de 70 millions de mètres cubes par an ».

Banna explique aussi qu’il y a autour de 10 000 puits à travers la Bande de Gaza, incluant 300 puits municipaux, 2 700 puits agricoles et 7 000 puits non autorisés.

Creuser un puits privé coûte environ 2000 $, dit Maher Abu Juba, un ouvrier du bâtiment qui creuse des puits pour des particuliers. « Malgré ce coût élevé, les citoyens comptent de plus en plus sur les puits privés, en partageant leur coût avec des voisins, comme seul moyen pour surmonter la crise chronique de l’eau.

Banna dit qu’il y a trois ans, l’administration a empêché les citoyens de forer des puits non autorisés, leur offrant de préserver ainsi les réserves souterraines.

L’administration de l’eau  » voulait combler les puits creusés par les citoyens, mais aujourd’hui elle ferme les yeux sur le forage de puits et même octroie des autorisations à certains d’entre eux en échange de 5000 shekels [environ 1,400 $] au vu de la crise d’électricité permanente ».

Ahmed Hillis, directeur du Département de Sensibilisation Environnementale au sein de l’Administration Palestinienne chargée de la Qualité de l’Environnement, a déclaré à Al-monitor, « les puits privés non autorisés ont des conséquences désastreuses sur l’aquifère de Gaza. La plupart de ces puits ne sont ni surveillés ni contrôlés par des autorités spécialisées. L’eau souterraine stockée dans l’aquifère est prélevée de manière incontrôlée. »

« La sur-extraction de l’aquifère pour alimenter les puits a conduit à l’intrusion d’eau de mer dans la nappe, avec pour conséquence une haute salinité de l’eau souterraine de Gaza, dont 97 % sont impropres à la consommation. »

Hillis reproche aux collectivités locales de Gaza d’accorder des autorisations pour creuser des puits depuis 2014 sans prendre en considération leur impact négatif sur la réserve d’eau souterraine.

Selon Banna, la meilleure solution à la crise de l’eau est d’une part de résoudre la crise de l’électricité et d’autre part de mettre en œuvre davantage de projets de désalinisation de l’eau de mer pour la rendre potable, à l’image de l’usine de dessalement d’eau de mer financée par l’Union européenne et inaugurée en janvier dans le sud de la Bande de Gaza. L’usine fournit de l’eau à 75 000 personnes.

Cependant, il ajoute que la plupart des projets de dessalement d’eau de mer sont gelés au vu de la situation politique dans la Bande de Gaza assiégée et de la division politique entre Gaza et la Cisjordanie depuis 2007.

A1 * Rasha Abou Jalal est écrivain et journaliste à Gaza, spécialisée dans les nouvelles politiques, les questions humanitaires et sociales liées à l’actualité.


Articles de la même auteure.

6 août 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Nadya




Photo : Abed Rahim Khatib/Flash90

Comment Gaza a été réduit à une enclave invivable

Michael LynkComment peut-on vivre dans un endroit où on a l’électricité seulement quelques heures par jour, et l’eau seulement huit heures tous les quatre jours ?

Gaza et Tel Aviv se trouvent à seulement 75 kilomètres l’une de l’autre. Les deux villes partagent le même sol sablonneux et les mêmes étés brûlants du Levant. Mais les similitudes s’arrêtent là. Si on prenait la nuit une image satellite de la Méditerranée orientale on verrait sur Tel Aviv un flamboiement de lumière incandescente, et seulement quelques petites lumières pâles, un peu plus loin, sur le rivage de Gaza.

Gaza arrive dans son troisième mois de la restriction, imposée de l’extérieur, de son accès déjà insuffisant à l’électricité.

L’enclave de deux millions de personnes nécessiterait normalement environ 450 mégawatts (MW) d’électricité par jour pour avoir de l’électricité 24 heures sur 24. Cependant, au cours de la dernière décennie, du fait du rigoureux blocus israélien de Gaza, sa fourniture d’énergie est passée à quelque 200 MW, ce qui a entraîné des pannes de courant continuelles. Mais au cours des derniers mois, selon l’organisation israélienne des droits humains Gisha, la fourniture d’électricité de Gaza a varié chaque jour entre 140 MW et 70 MW, rallongeant d’autant les pannes et les souffrances de la population.

La première cause de la pénurie d’électricité réside dans le différend entre l’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas sur la taxation des carburants. Cela a incité l’Autorité palestinienne à demander à Israël de réduire les 120 MW qu’il vendait quotidiennement à Gaza, à environ 70 MW, et Israël l’a fait.


Gaza est dans un cycle récessif, et plus rapide que prévu

Une deuxième source d’électricité de Gaza est l’unique centrale électrique de Gaza, qui ne peut produire que 50-55MW par jour (et seulement, quand il est possible d’importer du carburant d’Egypte). La centrale électrique a été gravement endommagée par les bombardements israéliens en 2006 et à nouveau en 2014, et Israël a limité l’entrée de pièces de rechange à Gaza. Si l’usine était entièrement opérationnelle, elle pourrait produire environ 140 MW.

La troisième source d’approvisionnement en électricité de Gaza provient de l’Égypte, qui fournit environ 28MW par jour, avec actuellement beaucoup de coupures. Et la quatrième source est constituée de panneaux solaires individuels et de générateurs que seuls les plus aisés peuvent s’offrir.

Les conséquences sociales de cette terrible pénurie d’électricité sont graves. Les ménages sans générateurs ou sans panneaux solaires – la grande majorité des Gazaouis – ont entre 4 et 6 heures d’électricité par jour dans le meilleur des cas, suivies de 12 à 16 heures de coupure. Les hôpitaux sont obligés d’avoir d’énormes générateurs et de rationner l’électricité. Les commerces et les entreprises sont obligés de fermer. Plus de 100 millions de litres d’eaux usées non traitées se déversent quotidiennement dans la Méditerranée, polluent les plages et les lieux de pêche. Il faut acheter la nourriture au jour le jour et la consommer rapidement. Le service Internet – le seul lien de presque tous les Gazaouis avec le monde extérieur – est sporadique. Et il y a peu d’électricité disponible pour la climatisation et les ventilateurs permettant de lutter contre la chaleur étouffante de l’été.

Le contexte de la pénurie à Gaza

L’équipe de pays des Nations Unies (UNCT) dans le territoire palestinien occupé a récemment publié un rapport sans concession, sur l’impact humanitaire des 10 ans de blocus israélien de Gaza et des divisions politiques internes des Palestiniens. Ses conclusions sont terribles : l’appauvrissement de Gaza est entièrement dû à des décisions humaines, et non à des causes naturelles.

L’année 2007 a été le début de la fin pour Gaza. En juillet de cette année-là, Israël a imposé un blocus total à la bande de Gaza en déclarant qu’elle était une « entité ennemie ». La vie avant 2007 à Gaza était déjà très difficile, mais depuis elle est devenue catastrophique et sans espoir. Gaza, dont on a pu dire autrefois qu’elle était la future « Singapour du Moyen-Orient », est devenue le symbole de la misère la plus horrible.

Selon le rapport de l’ONU, entre 2006 et 2016, le produit intérieur brut (PIB) de Gaza par habitant a diminué de 5,3 %, alors qu’il a progressé de 48,5 % en Cisjordanie occupée. En 2004, 30% de la population vivait déjà sous le seuil de la pauvreté et il y en a 40% aujourd’hui. Gaza souffre de l’un des taux de chômage les plus élevés au monde, soit 41% fin 2016. Plus de 60 % des Gazaouis qui ont entre 20 et24 ans sont sans travail et le taux de chômage des femmes a augmenté de 35% à 64% entre 2006 et 2016. En 2017, plus de 60% de la population dépend partiellement ou totalement de l’aide humanitaire. Selon d’autres rapports, la violence sexiste, les divorces, les suicides et la consommation de drogues sont en augmentation régulière.

Les secteurs économiques traditionnels de Gaza se détériorent. L’agriculture, l’exploitation forestière, la pêche et la production industrielle sont tous en déclin et la principale source de croissance provient, tragiquement, de la reconstruction des quartiers détruits lors des trois agressions israéliennes des neuf dernières années.

Israël contrôle tout ce qui rentre et sort de Gaza ; le nombre moyen de camions de marchandises sortant de Gaza au cours des cinq premiers mois de 2017, n’est même pas le tiers de ce qu’il était au cours du premier semestre de 2007. « La dégringolade économique de Gaza au cours de la dernière décennie », indique le rapport de l’ONU, « est le signe incontestable du recul du développement de la bande de Gaza. »

La situation de l’eau potable à Gaza est désespérée. La surexploitation destructrice de l’aquifère côtier a provoqué des irruptions d’eau de mer, et 96 % des eaux souterraines sont maintenant impropres à la consommation humaine.

La moitié de la population a accès à l’eau pendant seulement huit heures tous les quatre jours et 30 % des habitants ont de l’eau pendant huit heures tous les trois jours. L’eau des camions citernes est 15-20 fois plus chère que l’eau du réseau, et elle n’est pas de bonne qualité. Comme pour tous les produits rares, ce sont les pauvres et les personnes en état de faiblesse qui sont les plus touchés. Un nouvel accord sur l’eau entre Israël et l’Autorité palestinienne, annoncé récemment, pourrait soulager un peu la population, mais pour bien, il faudrait que Gaza parvienne à l’autosuffisance grâce à des usines de désalinisation et à une production d’électricité sécurisées.

Le rapport de l’ONU rappelle au monde entier qu’Israël demeure la puissance occupante à Gaza, car il contrôle ses frontières terrestres, maritimes et aériennes, même s’il n’a plus de « bottes au sol ». En tant que tel, il a l’obligation juridique d’assurer la santé, la dignité et le bien-être de la population. Le rapport souligne en particulier, que « les nombreuses restrictions imposées par Israël à la fois sur les mouvements des personnes et sur les biens entrant et sortant de Gaza violent toute une série de droits humains élémentaires tels que le droit à la liberté de mouvement et … le droit à la santé, à l’éducation, à un travail, à un niveau de vie décent et à une vie de famille ». Les autres acteurs qui sont responsables de Gaza – le Hamas, l’Autorité palestinienne et l’Égypte – ont également le devoir légal de respecter les standards humanitaires et les droits humains, ce qui n’a pas toujours été le cas au cours des dernières années.

En 2012, l’ONU a publié un rapport intitulé « Gaza en 2020 : pourra-t-on encore y vivre ? » (PDF). Ce rapport était inquiétant, mais le dernier rapport de l’ONU est désespérant. Il conclut que Gaza, en cinq ans, a été victime d’une « spirale descendante de développement », qui a enfermé les habitants de Gaza dans un cercle vicieux de crise humanitaire et de dépendance perpétuelle à l’aide humanitaire. »

Il ne reste que trois ans avant 2020, et le rapport souligne que, s’il n’est pas mis fin à la situation actuelle, Gaza deviendra encore « plus isolée et plus désespérée » avec le risque de conflits encore plus dévastateurs et d’une économie encore plus exsangue. Si rien n’est fait, il vaut mieux cesser de nourrir l’espoir d’une réconciliation politique entre les Palestiniens et d’une paix durable entre Israël et la Palestine. Alors, est-ce que les images satellites de la nuit à Gaza montreront bientôt quelques lumières?

* Michael Lynk est le rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967. Il a été nommé en 2016. Il enseigne également à la Faculté de droit de l’université de Western Ontario (London, Ontario, Canada)

24 juillet 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : Al-Jazeera

Quatre questions au Ministre de la santé de Gaza

Une interview du Docteur Bassem NaïmLe docteur Bassem Naïm a repris la fonction de Ministre de la santé qu’il occupait déjà il y a dix ans à Gaza. C’est l’occasion de faire un bilan et aussi de pousser un cri d’alarme. L’interview a eu lieu le 9 juillet 2017.

Christophe Oberlin *: Pouvez-vous vous présenter ?

Bassem Naïm : J’ai 55 ans. Après des études de médecine en Allemagne débutées en 1982, j’ai été diplômé en chirurgie générale en Jordanie puis chirurgien à Gaza pendant dix ans, de 1996 à 2006, puis Ministre de la santé de 2006 à 2012. J’ai ensuite été pendant deux ans et demi Conseiller pour les affaires internationales. J’ai quitté le gouvernement lorsque s’est constitué un gouvernement d’union nationale. Depuis mars 2017 je suis à nouveau en charge de la santé, des affaires sociales et de l’environnement.

Christophe Oberlin : Si vous comparez le niveau de la santé publique lorsque vous étiez ministre il y a 10 ans et maintenant quels sont les points noirs et les aspects positifs ?

Bassem Naïm : Le point négatif le plus important est lié au siège. En principe nous avons un bon système de santé dont la mise en place a coûté des milliards de dollars, infrastructure, formation des médecins et du personnel paramédical, formation continue… Nous avons aussi un personnel très impliqué qui aime son métier, au service de la famille et de la population. Il y a dix ans, sans l’investissement de son personnel le secteur santé aurait implosé. Mais à cause du siège, le résultat n’atteint pas ce que nous attendons.

Nous avons néanmoins été capables d’envoyer plus de 150 médecins compléter leur formation en Égypte, en Jordanie, au Qatar, en Turquie, au Soudan et certains aussi en Europe. Ils sont revenus et ceci a eu un impact très positif. Nous avons aussi été très fortement soutenu par la venue régulière d’une expertise étrangère dans le cadre de services très spécifiques. Et ceci a été l’occasion d’un grand progrès : cardiologie, chirurgie cardiaque, urologie, chirurgie des nerfs périphériques. Nous avons aussi beaucoup progressé dans la collecte des données et dans leur analyse, dans le système d’évaluation. Nous avons aussi fait de grands progrès dans la transparence des financements et le contrôle de la corruption.

Malgré le siège nous avons été capables d’augmenter le nombre de lits d’hospitalisation, le nombre de membres du personnel, le nombre et la qualité des services, l’offre de soins en général. En 2006 je crois que nous n’avions qu’un seul scanner aujourd’hui nous en avons plusieurs dizaines, des I.R.M. le cathétérisme cardiaque etc. La chose la plus importante, nous avons été capables de maintenir le système de santé primaire. La couverture vaccinale, par exemple, est de de 99,6 %, comparable à celle de certains pays européens.

Christophe Oberlin : On sait que Ramallah approvisionne Gaza par des donations régulières de médicaments, de matériel à usage unique, d’équipements etc. Constatez-vous aujourd’hui des modifications ?

Bassem Naïm : L’Autorité Palestinienne avant 2006 était basée à Gaza, elle est maintenant à Ramallah et responsable de la totalité du territoire palestinien. Avant 2006 l’Autorité Palestinienne fournissait tout ce qui était nécessaire au système de santé, y compris le personnel, dans une proportion de 40 % pour Gaza et 60 % pour la Cisjordanie. À partir de 2006 elle a restreint progressivement les relations avec Gaza. Ainsi à partir de 2007 aucun nouvel employé n’a été recruté par l’intermédiaire de Ramallah. Ils ont payé beaucoup d’entre eux à condition qu’ils quittent leur travail et restent à la maison. Et nous parlons ici de milliers de fonctionnaires de l’administration et en particulier du secteur de santé. Ils touchent leur salaire maintenant depuis plus de 10 ans sans travailler.

Plus récemment, depuis le début 2017 une action très agressive a été entreprise à l’encontre de Gaza. L’approvisionnement de Gaza en fioul nécessaire à l’unique centrale de production d’électricité a été stoppé. Gaza n’a plus que trois à quatre heures d’électricité par jour.

Les dotations ont été réduites dans tous les secteurs, incluant les médicaments, le matériel jetable, et même le lait pour les nouveau-nés ! L’interruption est totale depuis le début du mois de mars. À cause de ces restrictions des milliers de patients doivent être transférées en Cisjordanie, à Jérusalem, en Israël parfois, en Égypte, pour être traités. Nous envoyons ordinairement les demandes de transfert à Ramallah pour accord de financement. Et ensuite nous envoyons la demande aux Israéliens pour l’accord de leurs services de sécurité. Habituellement cela prenait du temps, des semaines avant d’avoir le permis israélien. Beaucoup de patients sont morts en attendant ce permis.

Aujourd’hui même nous ne recevons plus aucun support financier de Ramallah et nous avons plus de 2500 patients en attente. Nous avons documenté le décès de douzaines de patients en attente, y compris des enfants, des patients atteints de cancer. Au cours de ces derniers jours Ramallah a décidé d’envoyer des milliers d’employés du secteur de l’éducation et de la santé en retraite anticipée. Hier il y a eu un nouveau paquet de 6145 mises en retraite anticipée dans les deux secteurs de la santé et de l’éducation.

Nous parlons ici des employés qui reçoivent leur salaire de Ramallah, dépendant du ministère de la santé il y en a 3500. Toute personne qui a plus de 50 ans, ou a travaillé plus de 20 ans : ils envoient en retraite des gens relativement jeunes, 45 ans parfois, les plus expérimentés des médecins, des infirmières et des techniciens. Ils sont menacés : s’ils continuent à travailler leur revenu sera coupé complètement.

Christophe Oberlin : Pendant la guerre de 2014 vous avez envoyé un appel depuis Gaza à la suite de l’attaque de l’hôpital de rééducation el Wafa qui a finalement été complètement détruit par les bombardements. Quelle est la situation aujourd’hui, l’hôpital a-t-il été reconstruit, qu’en est-il du personnel, des médecins des kinésithérapeutes et finalement des patients ?

Bassem Naïm : Cet hôpital était le seul hôpital spécialisé en rééducation de la bande de Gaza. Les patients étaient des victimes de guerre, des blessés crâniens ou médullaires. C’était l’un des meilleurs hôpitaux de la région, qui répondait à un besoin très important. Cet hôpital a été détruit en 2014 en dépit de tous les appels, de toutes les interventions comme celle de la Croix-Rouge Internationale. Maintenant nous avons loué un petit bâtiment dans le centre de Gaza mais avec une capacité réduite et des services limités.

L’Hôpital el Wafa avait fait l’objet de millions de dollars d’investissements, non seulement dans l’équipement, le matériel, des piscines de rééducation, différentes pièces pour différents types de rééducation. Ce que nous avons aujourd’hui est beaucoup plus simple, une rééducation courante, avec un personnel limité. La possibilité d’y placer des patients a été réduite car le coût de cette structure, privée, est élevé. Il y avait par le passé une importante aide humanitaire en provenance des pays arabes et d’autres pays étrangers, qui a chuté de manière dramatique.

Aucun des patients n’est en mesure de payer son hospitalisation, environ 100 $ par jour. Ce n’est à la portée d’aucun habitant de Gaza, même relativement riche. Les durées d’hospitalisation sont souvent longues : un mois, six mois, voire davantage. Ce n’est pas facile pour les familles de prendre certains patients très lourds à la maison. C’est un dilemme, même pour moi comme Ministre de la santé. Que faire ? Ils ne peuvent pas être renvoyés à la maison et nous ne pourrons pas payer pendant des années.

J’espère que nous allons pouvoir trouver des donateurs ou des fondations qui pourraient soutenir l’hôpital el Wafa et lui redonner le rôle qu’il a tenu par le passé.

* Professeur de médecine à l’université Denis Diderot à Paris et chirurgien spécialisé dans la microchirurgie et la chirurgie de la main, Christophe Oberlin dirige régulièrement des missions chirurgicales en Palestine et particulièrement dans la bande de Gaza où il a effectué de très nombreux séjours. Il a écrit plusieurs ouvrages dont « Le chemin de la Cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale ».

27 juillet 2017 – Mediapart




Photo : Al-Shabakah

Analyse : Gaza s’enfonce dans une crise politique et humanitaire

Haidar Eid & Ayah AbubasheerAu-delà de la souffrance humaine, la situation qui prévaut aujourd’hui dans Gaza exacerbe la fragmentation politique et affaiblit sans aucun doute la lutte palestinienne pour l’autodétermination et la liberté.

Les acteurs politiques des Territoires Palestiniens sous Occupation (TPO) et de la région se repositionnent après l’apparition toute récente d’une coalition entre le Hamas et Muhammad Dahlan, l’ancien responsable du Fatah à Gaza et ennemi de longue date du Hamas, ainsi que des sanctions imposées au Qatar par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte. Les Palestiniens de Gaza attendent avec anxiété de voir comment ces changements politiques importants pour la bande de Gaza affecteront leur vie quotidienne.

Les Gazaouis craignent de mauvaises surprises, et à juste titre. La perte probable du Qatar en tant que bailleur de fonds et allié, ainsi que la poursuite tout à fait certaine des mesures de punition collective infligées à Gaza par l’Autorité palestinienne (AP) entraînent des conditions de vie encore plus misérables.

Cela peut être difficile à imaginer après dix ans d’un blocus israélien brutal, ponctué d’assauts militaires qui ont tué ou blessé des milliers de civils et laissé des infrastructures dévastées. Mais la récente crise de l’électricité a montré comment les conditions peuvent malgré tout aller de pire à pire. Alors que nous publions cet article, Gaza est presque totalement sans électricité. Au-delà de la souffrance humaine, cette situation exacerbe la fragmentation politique et affaiblit sans aucun doute la lutte palestinienne pour l’autodétermination et la liberté.

Dans les deux réflexions ci-dessous, les analystes politiques d’Al-Shabaka, Haidar Eid et Ayah Abubasheer, tous deux basés à Gaza, examinent les ramifications politiques de la crise du Qatar à Gaza, en particulier les tentatives désespérées du Hamas de conserver son autorité dans le territoire en utilisant son rapprochement récent avec Dahlan. Ils racontent également comment les vies quotidiennes sont affectées. Leur conclusion ? L’avenir de Gaza n’a peut-être jamais été plus sombre.

Le directeur du programme Al-Shabaka, Alaa Tartir, a été le facilitateur de la table ronde.

Haidar Eid

Il existe un consensus dans la bande de Gaza sur le fait l’enclave connaît le début d’une ère marquée par des mesures punitives sans précédent imposées par l’AP soutenue par le Fatah. Cette période a commencé en mars, lorsque le Hamas a formé un comité pour administrer Gaza. Menacée par l’initiative, l’AP a riposté en suspendant ou en réduisant les salaires des employés du gouvernement domiciliés à Gaza, en bloquant les allocations pour l’électricité, les médicaments et les soins de santé, supprimant les pensions des prisonniers libérés, et refusant d’envoyer les malades de Gaza pour un traitement en Cisjordanie et dans les hôpitaux israéliens. La semaine dernière, l’AP a obligé plus de 6000 employés de Gaza, dont la plupart travaillent dans les secteurs de l’éducation et de la santé, à prendre leur retraite anticipée.

Ces décisions ont été prises au nom du «peuple palestinien» ou du «projet national palestinien», mais sans participation de quiconque en dehors de l’AP, laquelle justifie les mesures comme un moyen de «pousser le Hamas vers la réconciliation» et faisant valoir que «le projet national est plus important que les besoins des citoyens.»

En réponse, le Hamas s’est tourné vers l’Égypte et son archi-ennemi Muhammad Dahlan, mais pas avant d’essayer d’influer l’administration américaine pour pouvoir jouer un rôle dans le «processus de paix» en adoptant la solution à deux États grâce à des modifications dans sa charte. Le refus des États-Unis a permis au Hamas de s’associer à un régime qui a mené une campagne violente contre son organisation-mère, la Fraternité musulmane.

Pourtant, le partenariat Hamas-Égypte n’est pas tout à fait surprenant, car il survient après le gel de la résistance par le Hamas, en échange du maintien de son autorité.

Il est impossible de comprendre ces développements sans considérer ceux qui se déroulent ailleurs dans le monde arabe, en particulier dans le Golfe. La crise récente entre le Qatar et certains autres membres du Conseil de coopération du Golfe (GCC) a affecté Gaza et, par extension, la cause palestinienne, en la plaçant encore plus bas sur la liste de priorités des leaders internationaux et arabes.

En outre, le Qatar fournit une aide humanitaire à la Palestine. Bien que celui-ci n’adopte pas une position politique claire – sans réellement contester les politiques d’occupation et d’apartheid et le colonialisme israélien – la perte possible du Qatar en tant qu’allié met le Hamas dans un position plus vulnérable.

Ces développements se produisent également au milieu de la volonté de l’administration américaine de consolider la normalisation arabe avec Israël sans imposer au préalable les droits fondamentaux minimaux pour le peuple palestinien, tels que garantis par le droit international.

Le Hamas est donc à la merci d’Israël, des États-Unis et de l’AP, et essaie désespérément de maintenir son pouvoir sur la bande de Gaza. Cela semble conduire le Hamas à favoriser des politiques qui peuvent l’aider sur le court terme, mais qui sur le long terme serviront à maintenir un statu quo qui finira par l’affaiblir. Oraib Rantawi, par exemple, soutient que le Hamas envisage de rejoindre un nouveau camp proche du Quartet arabe (Égypte, Jordanie, Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis) et que Muhammad Dahlan est son guide dans cette voie.

Compte tenu de l’intransigeance de l’Autorité palestinienne et des mesures prises contre Gaza, ainsi que du document divulgué qui définit « l’accord national pour renforcer la confiance » entre le Hamas et Dahlan, l’option restante disponible pour le Hamas semble être de s’ouvrir à l’Égypte et à ses alliés. Pourtant, étant donné que Dahlan est persona non grata dans l’AP en raison de conflits au sein du Fatah, la pression de l’AP sur Gaza devrait augmenter.

La concurrence entre l’AP et le Hamas pour consolider les relations avec les camps arabes soutenus par les États-Unis sera féroce et cela se déroulera sous le slogan de «préserver le projet national» et de «protéger la résistance». Cependant, les deux mouvements n’ont pas de stratégie claire pour traiter les problèmes plus importants et urgents, tels que la construction et l’extension des colonies, le nettoyage ethnique de Jérusalem et la promulgation de lois racistes contre les Palestiniens de 1948 – tous ces éléments étant absents du discours des deux factions au pouvoir.

À court terme, toutes les autres forces politiques, en particulier celles qui ont une influence dans l’élaboration des politiques de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), comme le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), doit faire pression sur le Fatah pour annuler toutes les mesures punitives infligées à la bande de Gaza.

À plus long terme, une approche est nécessaire qui souligne l’illégalité du blocus de Gaza en tant que forme de punition collective. Cette approche doit demander des comptes à Israël, mais aussi tenir les dirigeants palestiniens pour responsables. En fin de compte, Gaza doit être contextualisée dans la plus question palestinienne à grande échelle : son droit au retour pour ses 1,5 million de réfugiés et son droit à l’autodétermination sont sanctionnés par le droit international et ils doivent être appliqués grâce au respect du droit.

Ayah Abubasheer

Le Qatar a été un important donateur de la bande de Gaza depuis que le Hamas a remporté les élections de 2006. Il a particulièrement réagi face aux destructions à grande échelle qu’Israël a infligées à Gaza lors de ses nombreuses offensives. En 2012, le Qatar a mis en place son Comité de Reconstruction de Gaza et a mené à bien des projets majeurs, dont le revêtement des principales routes, des projets agricoles et la construction de la ville de Sheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, un quartier résidentiel de plus de 3000 logements pour les familles palestiniennes qui ont perdu leurs maisons dans l’attaque israélienne de 2014.

Ces projets ont permis à un nombre important de Gazaouis de travailler, une aubaine, si ce n’est une goutte d’eau dans la mer, du chômage rampant dans la bande, qui s’élève à environ 42% chez les adultes et à 60% dans la tranche de 15 à 29 ans. L’aide au Qatar a donc eu un effet positif sur la population de Gaza, qui vit dans des conditions désastreuses sous le blocus illégal d’Israël.

Il y a encore quelques semaines, l’envoyé spécial du Qatar à Gaza, Muhammad al-Amadi, déclarait que « la bande de Gaza allait au pire ». Les habitants de Gaza ont été choqués par le commentaire, car cela laissait prévoir une détérioration encore plus grande dans leur vie quotidienne. Accompagnant les commentaires d’al-Amadi, des fuites médiatiques ont révélé que le Qatar avait demandé aux dirigeants du Hamas à Doha de quitter le pays.

Peu de temps après, la crise du Qatar a éclaté, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – les partenaires d’Israël dans le Golfe – ainsi que Bahreïn et l’Égypte, ont exigé que le Qatar accepte un certain nombre de diktats ou subisse un blocage diplomatique et commercial. L’une de ces demandes était que le Qatar stoppe son soutien au Hamas.

Les habitants de Gaza continuent de payer un prix très lourds pour ces manœuvres politiques. Et si cela ne suffisait pas de lutter avec la violence et les privations induites par les Israéliens ainsi qu’avec la perte probable du soutien du Qatar, l’Autorité palestinienne (AP) et son chef, Mahmoud Abbas, infligent également des sanctions collectives à Gaza.

Bien que la bande utilise quatre sources d’énergie séparées, elle reçoit seulement 30% de ses besoins énergétiques. Le 12 juin, le gouvernement du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a réduit les approvisionnements en électricité, ce qui a laissé deux millions de personnes avec seulement quatre heures d’électricité chaque jour. Le 20 juin, Israël a répondu à la demande d’Abbas pour que l’approvisionnement en électricité soit encore réduit, rabaissant la fourniture d’électricité à seulement deux heures par jour. Avec ces mesures punitives venues de l’Autorité palestinienne, ainsi que sa récente réduction des salaires des employés de Gaza de 30 à 70%, Abbas espère que la population épuisée se révoltera contre le Hamas.

Ce résultat ne semble guère probable. Beaucoup de jeunes hommes rejoignent l’aile militaire du Hamas, les Brigades Al-Qassam, mais pas en raison de croyances politiques ou idéologiques, mais parce qu’ils sont désespérés de gagner leur vie. Cela a coïncidé avec les efforts des mosquées pour mobiliser les Gazaouis vers une réaffirmation des doctrines conservatrices islamiques et les préceptes d’une vie pieuse. Par exemple, le Hamas a fait savoir qu’une femme ne devrait pas accompagner un homme ami en public sans être accompagnée d’un parent masculin. Dans le même temps, la prostitution augmente, aussi en raison du désespoir de trouver des ressources, avec de graves conséquences sociales pour les femmes et leurs familles.

Le taux de suicides et la consommation de drogues ont également augmenté. Les conflits domestiques, qu’il s’agisse de tribunaux officiels ou de systèmes judiciaires informels (mukhtars), se comptent par centaines. Selon le Conseil judiciaire suprême de la charia à Gaza, le taux de divorce, autrefois à peine de deux pour cent, est maintenant à près de 40 pour cent. Dans un parallèle ironique, les sites de rencontre de Gaza ciblent les veuves pour les hommes qui cherchent une deuxième ou une troisième épouse. De plus, et dans l’irrespect de la loi palestinienne sur la protection de l’enfance, les enfants mendient dans les rues de Gaza.

Il est essentiel de différencier ceux qui souffrent – le peuple de Gaza – et le Hamas, ainsi que la cause palestinienne de ces dirigeants politiques illégitimes, lorsqu’on considère le rôle qu’un acteur régional ou international pourrait tenir pour changer la réalité de Gaza en contestant les politiques illégales d’Israël.

Malheureusement, l’histoire ainsi que le présent montrent que l’occupation et les droits de l’homme ne font pas partie des priorités des acteurs politiques, en particulier d’Israël. En effet, l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak a récemment remarqué que les Israéliens «n’ont aucun remord à propos de [la réalité actuelle de l’occupation]». Avec le soutien du Qatar qui pourrait disparaître, les Gazaouis perdront l’aide d’un de leurs quelques partisans.

Pourtant, même si Gaza continue de recevoir de l’aide – qu’il s’agisse du Qatar, de la Turquie, des Émirats arabes unis, ou même de l’Iran – et si l’Égypte ouvre plus régulièrement le passage de Rafah en échange du non-engagement de Gaza dans des groupes militants armés dans le Sinaï, ce support restera toujours conditionnel et restreint. Cette aide, d’avance compromise, est ce que nous à Gaza, sommes obligés d’espérer en remplacement de notre brutale réalité.

A1 * Haiddar Eid est écrivain et professeur de littérature postcoloniale à l’université Al-Aqsa à Gaza, après avoir enseigné dans plusieurs universités à l’étranger. Vétéran dans le mouvement des droits nationaux palestiniens, c’est un commentateur politique indépendant, auteur de nombreux articles sur la situation en Palestine.

Articles du même auteur.

* Ayah Abubasheer est analyste politique à Al-Shabaka. Elle est titulaire d’une maîtrise en politique internationale de la London School of Economics and Political Science (LSE). Elle publie également sur The Electronic Intifada, Palestine Chronicle, Mondoweiss et Middle East Eye.

13 juillet 2017 – Al-Shabakah – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Ramzy Baroud

« Game of Thrones » à Gaza : comment mieux défaire la résistance à l’occupation…

Ramzy BaroudLes rumeurs sur un retour du dirigeant en exil Mohammed Dahlan, font partie d’un plan archestré par Israël pour étouffer la résistance dans le territoire sous blocus.

À en juger par sa taille, la bande de Gaza pourrait être trop petite pour être importante dans les intrigues régionales en cours impliquant Israël, les États-Unis, la Turquie, l’Égypte et les pays du CCG. Cependant, la bande côtière de 365 km carrés, qui est sous le siège israélien et égyptien depuis plus de 10 ans, dépasse largement sa taille dans le jeu politique en cours impliquant les joueurs les plus puissants de la région…

Le « jeu » a de nombreux joueurs, tous motivés par l’intérêt personnel et leur capacité à durer dans le temps. Israël a eu la main haute jusqu’ici, en observant les alliances émerger et d’autres se défaire, en manipulant les différents paramètres comme bon lui semble et en s’assurant que le résultat soit toujours en sa faveur.

Mais qu’est-ce que Israël veut vraiment ?

Peu de temps après que le mouvement du Hamas ait remporté les élections palestiniennes en 2006, Israël a imposé un siège à Gaza. Le siège est depuis resté en place et s’est renforcé au point de devenir le statu quo. Dov Weisglass, un des principaux conseillers israéliens du Premier ministre Ehud Olmert, avait il y a 10 ans, exposé comme suit les motifs d’Israël derrière le siège : « L’idée est de soumettre les Palestiniens à un régime, mais pas de les faire mourir de faim ».

Cette citation unique, ignorée par beaucoup dans les médias occidentaux dominants, illustre la cruauté avec laquelle Israël traite les Palestiniens. Pourtant, il y a plus d’une expression dans la perversité israélienne.

Tout d’abord, le régime de famine de Weisglass est en vigueur depuis, avec peu de moyens pour remédier aux souffrances des Palestiniens à Gaza.

Deuxièmement, avec le temps, le siège israélien est également devenu un blocus égyptien, ce qui rend le pays arabe le plus peuplé complice du plan israélien de domination des Palestiniens.

Troisièmement, l’Autorité palestinienne à Ramallah a appris non seulement à coexister avec le siège israélien à Gaza, mais aussi à en bénéficier.

L’autorité de Cisjordanie est contrôlée par le mouvement du Fatah, crédité du lancement de la révolte palestinienne il y a plusieurs décennies. Mais les temps ont changé. Le mouvement, dominé par un leader vieillissant, Muhammad Abbas, vit une lutte de pouvoir dans ses rangs, tout en faisant son maximum pour que ses rivaux du Hamas soient affaiblis, isolés et discrédités.

La part égyptienne du siège ne peut pas être sous-estimée. Depuis son avènement au pouvoir suite à un coup d’état militaire le 3 juillet 2013 contre un gouvernement élu, le général – maintenant président – Abdul Fatah al-Sisi a rapidement renforcé l’isolement de la bande de Gaza et par extension, du mouvement Hamas.

Le coup de force de Sisi a réussi, de façon décisive et violente, à renverser un gouvernement dominé par les Frères musulmans au Caire, mais pas ses affiliés palestiniens à Gaza.

Le Hamas, largement considéré comme la branche palestinienne de la Fraternité musulmane, domine toujours dans la bande assiégée, malgré les tentatives israéliennes résolues de le détruire ainsi que tout ce qui ressemble à de la résistance. Trois guerres majeures (2008-9, 2012 et 2014) ont tué des milliers de Palestiniens, y compris des centaines de combattants et de responsables du Hamas, mais l’équilibre politique est resté fermement dans les mains du Hamas.

Avec le temps, le siège israélien est devenu égyptien, avec l’approbation tacite des dirigeants palestiniens en Cisjordanie et avec l’approbation arabe également. Certains gouvernements arabes du Golfe, qui voulaient assurer la disparition complète de la Fraternité, ont vu dans la survie du Hamas une menace.

Maintenant, alors qu’il est dans sa onzième année, le siège est devenu un investissement partagé et à long-terme israélo-palestino-arabe

Pourtant, ce n’est pas seulement une question de politique ou d’idéologie.

À la suite de diverses révoltes populaires dans plusieurs pays arabes, les régimes arabes sans mandat démocratique ont rapidement écrasé la dissidence, peu importe combien elle ait pu être inoffensive. Les blogueurs ont été traînés dans les prisons, les poètes étaient emprisonnés, des militants pacifiques ont été assassinés, des milliers ont disparu dans des purges massives… Tout cela pour assurer que les soulèvements ne se reproduisent pas.

Pendant ce temps, Israël a continué à avancer sans entrave avec ses vols de terres et son expansion coloniale juive. Grâce à la « coordination de la sécurité » entre Israël et l’Autorité palestinienne pour réprimer les Palestiniens dissidents, le plan israélien d’annexer la majeure partie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se déroule sans trop d’obstacles.

Sauf, bien sûr, avec l’obstacle de Gaza… qui symbolise une sorte de résistance qui ne pouvait être éliminée, ni par la famine, ni l’emprisonnement de fait, ni la puissance de feu. Près de 5000 Palestiniens ont été tués à Gaza au cours des trois offensives majeures d’Israël contre le territoire assiégé. Pourtant, bien qu’une grande partie de Gaza ait été détruite à la suite des guerres mortelles d’Israël, l’esprit de la résistance est resté fort et a finalement ravivé la résistance des Palestiniens en Cisjordanie.

En fait, malgré toutes les tentatives visant à créer deux entités politiques séparées en Cisjordanie et à Gaza, les Palestiniens dans les deux secteurs continuent d’être liés par leur résistance.

Israël, néanmoins, a réussi. Bien qu’il ne puisse pas vaincre Gaza, il a réussi à faire du siège de Gaza une affaire arabe.

La région arabe connaît des changements rapides ces dernières années, avec trois guerres civiles en Syrie, en Libye et au Yémen, et avec une propagation du militantisme et du « terrorisme » qui a atteint presque tous les pays arabes.

L’incertitude politique aux États-Unis suite à l’élection de Donald Trump a cependant offert une occasion rare à certains régimes arabes embourbés dans les difficultés.

Même avant la victoire électorale inattendue de Trump, les États-Unis étaient en train de redéfinir leur domination dans le monde arabe et leur projet de « pivot pour l’Asie » attestait déjà d’une perte de leadership et d’influence dans la région.

L’arrivée au pouvoir de Trump, cependant, a redistribué les cartes comme jamais auparavant. Washington, qui a gouverné le Moyen-Orient en s’appuyant sur des doctrines clairement définies, semble n’avoir aucune doctrine si ce n’est des décisions impulsives prises par un président obsédé par l’usage de Twitter.

Cette relative mise en retrait des États-Unis offrait le genre d’espace politique qui devait être comblé par ceux qui voulaient contrôler la région. Avec Israël restant au sommet de la pyramide, une alliance impliquant l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite a commencé à se mettre en place avec la domination comme objectif, tout en détruisant certains ennemis, en isolant d’autres et en manipulant le reste.

Selon cette nouvelle « vision », le Hamas, qui ne pouvait être vaincu par la force brute, pouvait être ramené au niveau d’une force politique de second rang, grâce à une alliance avec Mohammed Dahlan.

Jadis, Dahlan avait été l’homme fort de Gaza, commandant 10 branches de sécurité, torturant les résistants et contrôlant le territoire d’une manière cohérente avec les intérêts de son parti, le Fatah, mais aussi selon les diktats israéliens.

Quelques mois après avoir remporté les élections, le Hamas a déjoué un coup d’État fomenté par Dahlan et depuis lors, il contrôle le territoire à lui seul. C’est alors que le siège israélien est devenu total.

Dahlan a fui en Cisjordanie et une lutte de pouvoir au sein de Fatah a mené à son expulsion par Abbas, qui l’a également accusé d’une tentative de coup d’État en 2011.

En 2012, Dahlan s’est installé définitivement aux Émirats Arabes Unis (EAU).

Après le coup d’État égyptien en 2013, Dahlan et Sisi avaient quelque chose en commun : au départ la volonté d’abattre le Hamas, puis finalement de coopérer avec lui.

Alors que les pays arabes commençaient à combler le vide laissé par la politique étrangère des États-Unis, l’intrigue commença à se dérouler comme jamais auparavant.

Abbas a rapidement perdu la faveur du Caire et Dahlan est devenu l’homme fort du Fatah, en ce qui concerne l’Égypte.

Le péché d’Abbas est son refus d’unir ses forces avec Dahlan, dans le but ultime de vaincre le Hamas.

Parallèlement, Abbas et le Hamas ne parvenant pas à une entente minimale, l’ex-président palestinien reste confiné en Cisjordanie, essayant désespérément de trouver de nouveaux canaux pour rester pertinent politiquement.

Le « plan Dahlan » a alors émergé. Un document divulgué, largement répandu dans les médias israéliens et d’autres, a révélé que Dahlan et le Hamas ont négocié le retour de l’ancien homme fort à Gaza, pour y diriger un gouvernement en échange d’une levée partielle du siège par l’Égypte.

Selon ce plan, le Hamas garderait le contrôle du ministère de l’Intérieur et ne désarmerait pas, mais, comme le dit Zvi Bar’el de Haaretz, au moins Israël, « aurait un partenaire à Gaza qui soutient la réconciliation ».

Accablé par cette initiative inattendue, Abbas essaie maintenant de rendre la vie encore plus difficile aux Palestiniens de Gaza dans l’espoir d’exercer plus de pression sur le Hamas pour mettre fin à son partenariat possible avec Dahlan.

Il y a quelques mois, Abbas réduisait les salaires pour des milliers d’employés, dont beaucoup étaient fidèles au Fatah et à Dahlan en particulier.

Plus récemment, l’Autorité palestinienne a refusé de payer une grande partie de l’électricité fournie par Israël à Gaza, ce qui a conduit le gouvernement israélien à commander encore plus de coupures d’électricité à la bande.

La souffrance des Palestiniens à Gaza a maintenant fortement empiré.

Le chômage dans la bande est déjà parmi les plus élevés au monde, actuellement estimé à 44%. Ceux qui sont employés ont toujours du mal à survivre. Quatre-vint pourcents de tous les Gazaouis dépendent de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU avait prévenu que Gaza serait inhabitable d’ici à 2020.

Un rapport de la Croix-Rouge en mai dernier a mis en garde contre une autre « crise imminente » dans le secteur de la santé publique, en raison du manque d’électricité.

La crise de l’énergie s’est étendue de l’approvisionnement en électricité au gaz de cuisson.

À la suite de la réduction d’énergie la plus récente qui a débuté le 11 juin, les ménages gazaouis reçoivent maintenant deux à trois heures d’électricité chaque jour, et même pas à des heures fixes.

Magdalena Mughrabi, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, a sonné l’alarme le 14 juin quand elle a prévenu que « le dernier coup de force risque de transformer une situation déjà désastreuse en catastrophe humanitaire ».

Il est consternant d’imaginer que les « leaders » palestiniens soient réellement impliqués dans le resserrement ou la manipulation du blocus pour obtenir des concessions politiques les uns des autres.

Alors qu’Israël a tout intérêt à maintenir la division palestinienne, les Palestiniens sont aveuglés par des intérêts personnels pitoyables et un « contrôle » sans signification réelle sur des terres occupées.

Entre le rejet israélien des appels internationaux pour mettre fin au siège et les jeux de pouvoir pathétiques entre Palestiniens, les Gazaouis sont laissés seuls, incapables de se déplacer librement ou de vivre même selon les normes de vie les plus élémentaires.

Le taux de suicide dans la bande assiégée est à tout moment élevé, et le désespoir est considéré comme la principale raison à l’origine de ce phénomène alarmant.

À défaut de dominer totalement Gaza, Israël a réussi à écarter sa responsabilité dans la souffrance des Palestiniens en impliquant des mains palestiniennes et arabes, chacune jouant un rôle dans un jeu de politique qui ne respecte ni les droits de l’homme, ni la vie, ni la dignité.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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6 juillet 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : ActiveStills

Pousser Gaza au suicide

Ramzy BaroudEn 2015, l’ONU avait prévenu que Gaza serait inhabitable d’ici 2020. À ce moment-là, tous les aspects de la vie dans Gaza abondaient dans ce sens, et la situation depuis n’a fait que s’aggraver, écrit Ramzy Baroud.

Mohammed Abed est un chauffeur de taxi de 28 ans du village de Qarara, près de la ville de Khan Younis dans la bande de Gaza. Il est édenté…

Le manque de soins médicaux et le mauvais travail du dentiste lui ont coûté toutes ses dents, qui se sont gâtés et sont tombés à un très jeune âge. Sa situation financière désastreuse l’a empêché de bénéficier de prothèses dentaires. Sa communauté a finalement lancé une souscription, recueillant les quelques centaines de dollars nécessaires pour que Mohammed puisse enfin manger.

Mohammed n’est pas au chômage. Il travaille dix heures, parfois plus, tous les jours. Le vieux taxi qu’il conduit entre Khan Younis et la ville de Gaza appartient à quelqu’un d’autre. Le salaire journalier de Mohammed varie de 20 à 25 shekels, soit environ 6 dollars.

Élever une famille avec quatre enfants avec un revenu si mince rendait impossible à Mohammed de penser à des dépenses apparemment accessoires, comme la réparation de ses dents ou l’acquisition de prothèses dentaires.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Mohammed a malgré tout plutôt de la chance.

Le chômage à Gaza est parmi les plus élevés au monde, et il est actuellement estimé à 44%. Ceux qui sont « employés », comme Mohammed, ont toujours du mal à survivre. L’aide humanitaire est vitale pour 80% des Gazaouis.

En 2015, l’ONU avait tiré la sonnette d’alarme, disant que Gaza serait inhabitable à l’horizon 2020. À ce moment-là, tous les aspects de la vie dans Gaza abondaient dans ce sens : le manque d’approvisionnement en électricité, l’eau polluée, la saisie par l’armée israélienne d’une grande partie des terres arables de la bande de Gaza, les fortes restrictions dans la mobilité des pêcheurs, pour ne citer que ces points.

Le siège militaire israélien sur Gaza dure maintenant depuis plus de 10 ans et la situation continue de se détériorer.

Un rapport de la Croix-Rouge en mai dernier a mis en garde contre une autre « crise imminente » dans le secteur de la santé publique, en raison du manque d’électricité.

La crise de l’énergie s’est étendue de l’approvisionnement en électricité jusqu’au gaz utilisé pour la cuisson des aliments.

En février dernier, Israël a réduit la moitié de la fourniture de gaz de cuisson au territoire assiégé.

« Les stations-service distributrices de gaz ont cessé d’accepter les bouteilles de gaz vides en retour parce que leurs réservoirs sont vides », a déclaré Mahmoud Shawa, président de l’Association des propriétaires de pétrole et de gaz de la bande de Gaza. Il a qualifié la situation de « très critique ».

Il y a trois mois, l’Autorité palestinienne contrôlée par Mahmoud Abbas à Ramallah a décidé de réduire les salaires de dizaines de milliers de ses employés dans la bande de Gaza.

L’argent fourni par l’AP jouait un rôle essentiel dans le maintien à flot de l’économie de Gaza en difficulté. Avec la plupart des employés recevant une moitié ou moins de leurs salaires, l’économie de Gaza qui fonctionnait déjà sous perfusion est tout simplement en train de mourir.

« H » est un professeur d’université et son épouse, « S », est médecin. Ce couple de classe moyenne qui a cinq enfants a vécu une vie assez confortable dans le territoire assiégé, même pendant les premières années du blocus. Maintenant, ils me disent compter leur argent très attentivement afin d’éviter le sort de la plupart des Gazaouis.

Le salaire de « S » provient de Ramallah. Elle ne reçoit aujourd’hui que 350 de dollars sur ce qui était autrefois une rémunération beaucoup plus élevée. « H » ne dépend pas pour son salaire de l’autorité de Cisjordanie, mais son salaire a de toute façon été réduit de moitié, puisque la plupart des étudiants sont maintenant trop pauvres pour assurer leurs frais de scolarité.

Mu’in, qui vit dans le camp de réfugiés de Nuseirat, est dans une situation bien pire. Enseignant à la retraite, avec une pension qui atteint à peine 200 dollars par mois, Mu’in essaie d’assurer la nourriture sur la table. Avec ses quatre fils adultes sans emploi et une femme se remettant d’un accident vasculaire cérébral et pouvant à peine marcher, Mu’in vit principalement de la charité.

Sans accès à la Cisjordanie en raison du siège israélien, et avec de sévères restrictions sur les déplacements à travers la frontière de Rafah vers l’Égypte, Gaza vit ses jours les plus sombres. Littéralement… À partir du 11 juin, Israël a commencé à réduire l’approvisionnement en électricité de la bande appauvrie, conformément à la demande de l’Autorité palestinienne d’Abbas.


Gaza: la crise de l’énergie s’aggrave alors que l’AP demande à l’occupant israélien de réduire la livraison d’électricité

Les résultats sont dévastateurs. Les ménages de Gaza reçoivent maintenant 2 à 3 heures d’électricité par jour, et même pas à heures fixes.

« S » m’a dit que sa famille est constamment en alerte. « Lorsque l’électricité arrive à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, nous sommes tous à nous activer », a-t-elle déclaré. « Toutes les batteries doivent être chargées aussi rapidement que possible et le linge doit être lavé, même à 3 heures du matin ».

Mais les Gazaouis sont des survivants. Ils ont surmonté tant de difficultés depuis des années que, d’une certaine façon, ils ont survécu. Mais les patients atteints de cancer ne peuvent pas rester en vie par leur simple force de caractère.

Rania, qui vit dans la ville de Gaza, est une mère de trois enfants. Elle se bat contre le cancer du sein depuis un an. Sans chimiothérapie disponible dans les hôpitaux de Gaza qui ne fonctionnent plus guère, elle a entrepris le dur voyage de Gaza jusqu’à Jérusalem chaque fois qu’elle avait besoin de suivre cette procédure vitale.

Cela était encore possible jusqu’à ce que Israël ait décidé de ne plus délivrer de nouveaux permis aux patients de Gaza en phase terminale. Certains d’entre eux sont morts alors qu’ils étaient en attente d’un permis et d’autres – comme Rania – qui espèrent encore un miracle avant que le cancer ne se propage dans le reste de leur corps.

Mais Israël et l’Égypte ne sont pas les seuls coupables. L’Autorité palestinienne à Ramallah utilise le siège comme d’un moyen de pression sur ses rivaux du Hamas, qui depuis dix ans gèrent du mieux qu’ils peuvent la bande assiégée.

D’autre part, le Hamas aurait cherché un partenariat avec son ancien ennemi, Mohammed Dahlan, pour soulager le siège de Gaza par l’intermédiaire de l’Égypte et en échange de sa nomination comme responsable d’un comité chargé des affaires extérieures de Gaza.

Dahlan est un ennemi juré d’Abbas, les deux se battant depuis des années pour la direction du Fatah.

Les demandes faites à Israël par Abbas de faire pression sur Gaza par la réduction de l’électricité, ainsi que ses réductions de salaire antérieures, sont destinées à dissuader le Hamas de faire alliance avec Dahlan.

Les Palestiniens de Gaza souffrent. En réalité, ils sont en train de mourir.

Il est consternant d’imaginer que les « leaders » palestiniens soient réellement impliqués dans le resserrement ou la manipulation du blocus pour obtenir des concessions politiques les uns des autres.

Alors qu’Israël a tout intérêt à maintenir la division palestinienne, celle-ci lui permettant de poursuivre sans entraves sa propre politique de colonisation illégale en Cisjordanie et à Jérusalem. Les Palestiniens sont aveuglés par des intérêts personnels pitoyables et un « contrôle » sans signification réelle sur des terres occupées.

Dans cette lutte politique, les gens comme Mohammed, « H », « S » et Rania malade du cancer, ainsi que leurs deux millions de concitoyens semblent sans importance.

Magdalena Mughrabi, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, a sonné l’alarme le 14 juin quand elle a prévenu que « le dernier coup de force risque de transformer une situation déjà désastreuse en catastrophe humanitaire ».

« Depuis 10 ans, le siège a privé illégalement les Palestiniens à Gaza de leurs droits et de leurs nécessités les plus élémentaires. Sous le fardeau du blocus illégal et de trois conflits armés, l’économie a fortement régressé et les conditions humanitaires se sont considérablement détériorées « , a-t-elle déclaré. ***

Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch pour la région, a rejeté l’idée que la réduction des approvisionnements en électricité des Israéliens à Gaza est faite conformément à la demande de l’Autorité palestinienne.

« Israël contrôle les frontières, l’espace aérien, les eaux de Gaza. Donc Israël a une obligation qui va au-delà de la simple réponse aux demandes des autorités palestiniennes », a déclaré Shakir.

Entre le rejet israélien des appels internationaux pour mettre fin au siège et les jeux de pouvoir pathétiques entre Palestiniens, les Gazaouis sont laissés seuls, incapables de se déplacer librement ou de vivre même selon les normes de vie les plus élémentaires.

Fatima, une mère de 52 ans de Rafah, m’a assuré qu’elle avait essayé de se tuer il y a quelques jours, et que ce sont ses enfants qui l’ont empêchée de se servir de son couteau.

Quand j’ai dit à Fatima qu’elle avait encore tant d’années à vivre, elle a eu un rire nerveux et n’a rien répondu.

Le taux de suicide dans la bande assiégée est à tout moment élevé, et le désespoir est considéré comme la principale raison à l’origine de ce phénomène alarmant.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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28 juin 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : http://alresalah.ps

Le nouveau chef du Hamas Yahya Al-Sinwar, confronté à une alliance tripartite

Saleh Al-NaamiLes choses s’éclaircissent et ne nécessitent guère d’analyse complémentaire. La crise de l’électricité qui a dernièrement été exacerbée dans la Bande de Gaza n’était pas une étape passagère due à des considérations économiques de la part de l’Autorité Palestinienne.

Ce n’était pas non plus le résultat d’options politiques de la direction de l’AP ni le désir du président Mahmoud Abbas de mettre les choses au point avec le Hamas. La réalité c’est que ce fut la mise en œuvre d’une stratégie israélienne visant à réduire la marge de manœuvre de la nouvelle direction du Hamas dans la Bande de Gaza afin de dissuader le mouvement d’entreprendre une nouvelle confrontation militaire. M. Abbas et le chef du régime en place au Caire, Abdel Fattah Al-Sisi, ont tenu les rôles principaux dans cette stratégie, bien qu’ils n’aient joué aucun rôle dans son élaboration.

Cet article ne reflète pas mon opinion personnelle ; c’est une traduction d’un reportage paru dans le numéro de vendredi du magazine Israeli Defence qui examinait les raisons de la réduction de l’approvisionnement en électricité dans la Bande de Gaza et son objectif. D’après le magazine, Israël suppose que le passé militaire du nouveau dirigeant du Hamas dans la Bande de Gaza, Yahya Al-Sinwar, et la nature « intransigeante » de ses positions politiques et idéologiques peuvent l’amener à envisager une confrontation militaire avec Israël en réaction au siège du territoire et à la détérioration de sa situation économique. Ainsi, la manœuvre tripartite mise en place par Tel Aviv et exécutée avec la coopération de MM. Abbas et Al-Sisi a été conçue pour dissuader le Hamas de débuter un nouveau conflit.

Selon Israeli Defence, la stratégie tripartite a été élaborée dans l’idée d’essayer d’amener les masses palestiniennes de Gaza à exercer une pression sur M. Al-Sinwar, envoyant le message à la direction du Hamas que le peuple pourrait se retourner contre elle. Cet objectif pourrait être atteint en aggravant encore plus la situation économique par des coupures supplémentaires d’électricité. Israël présumait que M. Al-Sinwar devra alors prendre en compte l’intérêt de la population, de telle sorte qu’il doive mettre dans la balance les options militaires du Hamas et l’opinion publique.

L’article explique comment MM Al-Sisi, Netanyahou et Abbas ont coopéré afin de mettre ce plan en œuvre progressivement. Le but était de faire craindre au Hamas l’éventualité d’une désobéissance civile. Israël est passé à l’acte et a réduit la fourniture d’électricité à Gaza, tandis que le Caire annonçait sa propre intention d’en faire autant au cas où le Hamas ne prenait pas d’engagements en matière de sécurité, notamment à la frontière entre Gaza et le Nord Sinaï. Quant à M. Abbas, il a fait part à Israël de son intention d’arrêter de payer la facture d’électricité, ce qui en pratique signifierait la fin totale de la fourniture d’électricité à Gaza par Israël.

D’après le magazine la manœuvre visait à utiliser la crise de l’électricité pour modifier l’équilibre et épuiser le crédit politique et diplomatique de la direction du Hamas, et éroder son pouvoir au niveau régional. Une délégation du Hamas s’est rendue en Égypte pour tenter de résoudre le problème et se mettre d’accord sur une solution avec M. Al-Sisi. Ce travail d’approche avec le Caire laisse à penser que la direction du mouvement n’est pas intéressée par un nouveau conflit militaire avec Israël.

Initialement, d’après Israeli Defence, le Hamas aurait tenté de réagir aux actions israéliennes par des menaces militaires et en laissant entendre qu’il entamerait une confrontation. Israël riposta en démontrant qu’il était prêt au combat. Le magazine avance qu’Israël réussit à tromper le Hamas en annonçant le rappel de forces réserves sous le prétexte de faire face aux défis du Hezbollah sur le front nord, alors que le réel objectif est de les utiliser contre le Hamas à Gaza au cas où M. Al-Sinwar décidait de lancer quelque chose. Des sources officielles à Tel Aviv auraient confirmé que l’option « escalade » avait été mise au placard pour l’instant parce que le Hamas a montré son désir de contrôler la situation par le biais de démarches politiques.

Ceci a amené M. Netanyahou à revenir sur des déclarations faites par ses ministres sur l’intention d’Israël d’intensifier la crise de l’électricité ; il pense que l’objectif de l’action tripartite a déjà été atteint.

Ceci apporte la preuve que l’aggravation de la crise de l’électricité dans la Bande de Gaza était, en fait, un vaste stratagème géopolitique complet pour exploiter les difficultés du peuple palestinien tout en pariant cyniquement sur le sens du devoir et de la responsabilité que la direction du Hamas ressent à son égard. Il est facile de comprendre qu’Israël puisse se comporter de la sorte envers Gaza et utilise la souffrance du peuple pour servir son propre intérêt. Mais ce qui est plus difficile à comprendre, cependant, c’est pourquoi Mahmoud Abbas, l’AP et M. Al-Sisi se prêtent à ce jeu alors qu’il ne sert que les intérêts de Tel Aviv. Il est clair que MM Abbas et Al-Sisi ne sont que des pions utilisés par M. Netanyahou pour maîtriser M. Al-Sinwar.

Alors qu’Israël continue d’imposer des faits sur le terrain en étendant ses colonies illégales dans toute la Cisjordanie occupée et Jérusalem, et que M. Netanyahou annonce que la Cisjordanie restera pour toujours sous souveraineté israélienne, personne ne s’attendait à ce que l’Autorité Palestinienne et le gouvernement égyptien prêtent main forte au premier ministre israélien dans ses manigances contre les Palestiniens. L’AP et le Caire lui ont fourni la marge de manœuvre nécessaire, et ont protégé Israël d’une nouvelle confrontation militaire.

* Saleh al-Naami est un réfugié palestinien qui vit dans le camp d’al-Maghazi dans le centre de la Cisjordanie. Il est titulaire d’une maîtrise en études politiques à l’Université de Jérusalem, et il prépare actuellement un doctorat. Consultez ici son site.

22 juin 2017 – Middle East Monitor – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




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L’Union Européenne se lave les mains du drame qui se déroule à Gaza

Ali AbunimahAu bout de 10 ans de blocus israélien, les conditions de vie des deux millions de Palestiniens piégés dans la bande de Gaza sont, à tous égards, pires que jamais.

Au bout de 10 ans de blocus israélien, les conditions de vie des deux millions de Palestiniens piégés dans la bande de Gaza sont, à tous égards, pires que jamais.

Le blocus israélien, selon le groupe des droits de l’homme B’Tselem, oblige les résidents de Gaza « à vivre dans une pauvreté abjecte dans des conditions inhumaines sans égales dans le monde moderne ».

Mais l’Union européenne, qui se targue pourtant d’être le champion de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme, se lave les mains du sort des habitants de Gaza.

Après quatre jours de réduction progressive d’électricité, Israël en est arrivé maintenant à réduire de 60 % l’électricité qu’il fournit à la bande de Gaza.

Comme à cela s’ajoutent les coupures habituelles, la plupart des ménages ne disposent que d’environ quatre heures d’électricité par jour.

Comme de nombreux organismes internationaux le clament, le territoire est en pleine crise humanitaire.

À la mi-mai, le Comité international de la Croix-Rouge a déclaré que Gaza était au bord de l’effondrement systémique du fait que les salles d’opération, les systèmes d’eau et d’assainissement avaient cessé de fonctionner.

Déjà, le principal hôpital de la ville de Gaza a réduit ses opérations chirurgicales d’un tiers et, comme l’effet du blocus est exacerbé par la crise de l’électricité, le territoire est inondé par les eaux usées.

La cruauté de l’Autorité Palestinienne

Israël se cache derrière l’Autorité palestinienne, qui a demandé à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de Gaza, dans le cadre des efforts du chef de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas pour saper le Hamas qui régit l’intérieur de Gaza.

L’approvisionnement en carburant pour la seule centrale électrique de Gaza a cessé en avril, ce qui a transformé une grave pénurie chronique d’électricité en une catastrophe imminente. Les autorités de Gaza ont maintenant réussi à obtenir quelques jours d’approvisionnement en carburant depuis l’Égypte – malgré les efforts de l’AP pour empêcher l’Égypte de donner ce bref sursis à Gaza.

La cruelle campagne de l’Autorité palestinienne contre le peuple de Gaza comprend également la réduction des approvisionnements en médicaments sur le territoire. En conséquence, plus de 300 patients atteints de mucoviscidose sont en danger mortel et 90 % des patients cancéreux ne reçoivent plus un traitement complet, entre autres menaces imminentes à la vie et à la santé, selon l’association Médecins pour les droits de l’homme – Israël.

L’UE est un élément-clé du problème

Mais comme de nombreux groupes de défense des droits de l’homme l’ont souligné, Israël ne peut pas échapper à sa responsabilité.

Israël reste la puissance occupante à Gaza. Il a seul le pouvoir de mettre immédiatement fin à la souffrance de ses habitants et il a l’obligation légale de le faire en vertu de la Quatrième Convention de Genève.

Israël agit cependant en toute impunité, car il est soutenu par des puissances mondiales, en particulier par l’Union européenne, son plus grand partenaire commercial.

Cela fait plusieurs jours, que l’Intifada électronique demande au Service d’action extérieure de l’Union européenne, le ministère des Affaires étrangères de l’UE, de commenter la situation à Gaza et d’expliquer ce que fait l’UE pour obtenir d’Israël qu’il recommence à fournir de l’électricité à Gaza.

Mardi, Maja Kocijancic, le porte-parole du chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a confirmé qu’elle avait reçu la demande de The Electronic Intifada et elle a promis « de s’informer des derniers développements » et « de revenir vers vous le plus vite possible ».

Mais deux jours de plus ont passé et la date butoir de jeudi après-midi est arrivée dans un silence total de l’UE, malgré nos rappels fréquents à Kocijancic et à ses collègues.

Qui ne dit mot consent…

L’UE accorde à Israël toutes sortes de concessions commerciales et d’avantages financiers en vertu de leur soi-disant Accord d’association.

Cet accord précise que les relations entre l’UE et Israël « doivent reposer sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques », une assertion considérée comme « un élément essentiel » de l’accord.

Des dizaines de membres du Parlement européen ont exhorté Mogherini à suspendre l’accord – à la lumière des violations répétées et flagrantes d’Israël des droits des Palestiniens.

Mais au lieu de cela, l’UE semble déterminée à récompenser Israël.

Un indicateur fiable de ce parti pris est le flot régulier de tweets que le Bureau de représentation de l’UE à Tel-Aviv, envoie, sur son compte officiel, pour célébrer le « partenariat » de l’UE avec Israël, y compris des programmes de « recherche » qui financent l’industrie militaire israélienne.

Cette semaine même, alors que les conditions à Gaza se détérioraient, l’UE a vanté sa coopération militaire avec Israël sur de soi-disant « défis partagés ».

Qui plus est, le Service d’action extérieure de l’UE ne s’est pas fendu d’un seul tweet sur Gaza depuis 2015.

La récente intensification de la crise à Gaza dure depuis avril et elle a suscité de nombreuses inquiétudes qu’elle pourrait conduire à une nouvelle guerre.

Le silence de l’UE ne peut donc pas être dû à une méconnaissance des faits.

On ne peut que le considérer comme un soutien tacite à l’intensification du blocage contre Gaza et une acceptation implicite des souffrances qu’Israël inflige sciemment à une population épuisée et traumatisée par une décennie d’isolement et d’agressions militaires israéliennes répétées.

L’Union européenne est bien en train d’approfondir son partenariat avec Israël.

C’est un partenariat dans le crime.

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

Articles du même auteur.

22 juin 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : Artists for Palestine

Comment la culture pourrait contribuer à mettre fin aux divisions palestiniennes

Asmaa al-GhoulÀ la lumière de la situation économique actuelle dans les territoires palestiniens, la culture et l’art sont devenus un luxe.

Alors que les conditions économiques qui affligent la bande de Gaza continuent de se détériorer, la culture est devenue le moindre des besoins quotidiens de la société. Des activités telles que regarder une pièce de théâtre ou écouter des poèmes ne figurent plus sur la liste des priorités des Gazaouis à un moment où le chômage augmente de jour en jour et l’économie est au bord du gouffre.

Le nombre d’activités culturelles a diminué en raison de l’augmentation du nombre de séminaires et de conférences sur les questions politiques et les droits de l’homme organisés par les organisations de la société civile et gouvernementales. À cela s’ajoute le soutien croissant aux projets de secours et d’urgence au lieu d’activités liées à l’art et à la culture.

Les statistiques contenues dans le plan stratégique culturel pour la période 2011 – 2013, publié par le ministère de la Culture à Ramallah, montrent qu’une part d’à peine 0,003 % du budget général de l’Autorité palestinienne (AP) a été allouée aux affaires culturelles à travers les territoires palestiniens, y compris Gaza.

Mohamed al-Bouji, auteur et professeur de critique littéraire à l’université al-Azhar, estime que la bande de Gaza ne reçoit pas assez de soutien de la part des autorités à Gaza et à Ramallah. Selon lui, les écrivains dans la bande de Gaza sont invisibles dans la mesure où ils publient rarement des livres ou participent rarement à des activités culturelles, que ce soit à Gaza ou à l’étranger.

« Il est dommage que les discussions liées à la culture et aux activités culturelles soient devenues une sorte de luxe, a indiqué Bouji à Al-Monitor. Alors que le blocus s’intensifie et que la fracture politique s’accroît, les sujets culturels ne sont plus importants et cessent d’être essentiels. »

Malgré cette détérioration des conditions culturelles, le ministère de la Culture à Ramallah a soutenu récemment des initiatives culturelles. Le 8 janvier, le Fonds culturel palestinien du ministère de la Culture a approuvé trois accords visant à soutenir des projets culturels et techniques à Gaza.

Le premier accord a été signé avec l’artiste Mohamed Harb pour soutenir financièrement un projet cinématographique, le second avec l’artiste Ibrahim al-Awadhi pour créer une galerie d’art à Gaza, tandis que le troisième a pour but de mener à bien le projet de film « Gaza Graph » du réalisateur Yousef Nateel.

« C’est ma première expérience avec le ministère », a indiqué Harb à Al-Monitor, ajoutant qu’il s’agissait pour lui d’une occasion de raviver la scène culturelle et artistique à Gaza.

Le projet se compose d’une formation et d’ateliers de production de courts métrages consacrés à 20 jeunes hommes et femmes, qui seront sélectionnés à l’issue d’entretiens et qui raconteront leur histoire dans un film de sept minutes, a-t-il expliqué. « Le projet a pour objectif de découvrir ceux qui ont du talent cinématographique », a-t-il déclaré.

Nateel a déclaré à Al-Monitor que c’était avec l’aide d’une équipe de photographes et de chercheurs qu’il avait réussi à recueillir le soutien du ministère pour produire son film.

Son documentaire aborde l’histoire de la photographie dans la ville de Gaza, a-t-il précisé : « J’ai eu cette idée en 2012 et j’essaie depuis lors d’obtenir le soutien nécessaire. » Il a expliqué que la subvention du ministère de la Culture, qu’il n’a pas divulguée, est envoyée par versements partiels en fonction des étapes du film ou de l’achèvement du projet.

Le ministère reste en contact avec les personnes qui ont des projets à mener à bien afin de s’assurer que toutes les étapes du projet sont réalisées sans obstacles. Au moment de l’achèvement du projet, les personnes en charge de ce dernier auront reçu le montant convenu.

« Notre rôle est d’activer la coopération avec les différentes institutions culturelles palestiniennes afin d’unifier l’activité culturelle en soutenant des festivals, des séminaires et les divers programmes culturels à Gaza et en Cisjordanie », a déclaré à Al-Monitor Ihab Bseiso, ministre de la Culture et président de l’organisme de gestion des fonds culturels.

Lui-même poète originaire de la ville de Gaza, le ministre a poursuivi : « Gaza a toujours fait partie de nos intérêts dans tous les domaines au ministère de la Culture ». Il a souligné que la scène culturelle ne pouvait être complète dès lors qu’il manquait une partie géographique de la Palestine. Malgré la tragédie de la division, la bande de Gaza est présente dans la scène culturelle palestinienne « pour défier l’occupation et ceux qui tentent de perturber les activités culturelles qui contribuent à la sauvegarde de l’identité nationale ».

Bseiso a en outre souligné l’importance du fait de soutenir la créativité individuelle palestinienne partout où elle se trouvait. « Ce n’est un secret pour personne que les politiques d’occupation israéliennes visent à effacer l’identité culturelle palestinienne et à falsifier la conscience historique et culturelle. Ainsi, notre rôle en tant qu’institutions intellectuelles et culturelles est de faire face à ces politiques en soutenant des initiatives sérieuses et des créations qualitatives qui reflètent la profondeur, l’histoire et le poids de la culture palestinienne », a-t-il déclaré.

Selon le Bureau central palestinien des statistiques, environ 1 200 activités culturelles ont été menées dans la bande de Gaza en 2015 sur 8679 activités effectuées dans l’ensemble de la Palestine, alors que le nombre de centres culturels opérant en Palestine s’élevait à 596, dont 81 dans la bande de Gaza.

Bseiso, qui a repris le portefeuille du ministère de la Culture début 2016, a indiqué que le nombre d’activités culturelles avait augmenté à Gaza, avant d’ajouter que le nombre de centres culturels était logique, étant donné qu’il y a 11 provinces en Cisjordanie et quatre dans la bande de Gaza.

Le plan culturel stratégique 2014–2016 publié par le ministère à Ramallah avait mentionné plusieurs obstacles auxquels les activités culturelles sont confrontées, à savoir la scission entre la Cisjordanie et Gaza, les risques auxquels l’économie palestinienne fait face, la croissance économique plus lente en Cisjordanie et à Gaza, le changement qui s’ensuit quant aux priorités des soutiens de famille et des innovateurs, ainsi que le printemps arabe, qui a déplacé le soutien arabe et international de la Palestine vers d’autres régions confrontées actuellement à des défis, comme la Syrie.

Dans les plans stratégiques publiés tous les trois ans par le ministère à Ramallah, il a été convenu que les pratiques israéliennes séparaient la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem et les terres de 1948, ce qui affecte ainsi le mouvement culturel palestinien et l’empêche de bénéficier d’un environnement favorable et stimulant. La créativité dans la production culturelle palestinienne est alors devenue l’exception plutôt que la règle.

Malgré la frustration, des institutions culturelles telles que la A.M. Qattan Foundation et le Conservatoire national de musique Edward Saïd sont parvenues à tourner la page de la division palestinienne pour créer une atmosphère de créativité et de compétition culturelle unifiée au niveau de la narration, de la poésie et de la musique. Cependant, le ministère de la Culture n’a pas encore unifié son site Web : celui qu’il gère à Gaza est différent du site Web cisjordanien en ce qui concerne les activités, l’approche et le groupe cible. On pourrait même dire que ce sont deux sites Web qui ciblent deux États différents.

A1 * Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

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9 mars 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Valentin B.




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Au bout de 10 ans de blocus, Gaza atteint un point de rupture humanitaire et politique

Chloé BenoistAlors que la bande de Gaza vient de passer la barre des 10 ans du siège israélien de la petite enclave palestinienne, jeudi, la situation humanitaire continue à préoccuper les groupes de défense des droits humains, qui ne cessent de dénoncer les « conditions de vie les plus inhumaines du monde moderne. »

Gaza, qui a souvent été comparée à une « prison à ciel ouvert » pour ses 1,9 million d’habitants entassés dans 365 kilomètres carrés, vient de subir une décennie d’isolement et de privations, aggravée par trois agressions militaires israéliennes dévastatrices et une persistante lutte politique entre deux factions palestiniennes.

La décision récente de l’Autorité palestinienne (PA) de demander à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza a fait craindre que la situation à Gaza n’atteigne rapidement un niveau de dégradation politique et humanitaire aux conséquences imprévisibles.

Une décennie de restrictions épouvantables

Six mois après qu’Israël a évacué ses colonies illégales dans la bande de Gaza, le mouvement du Hamas a remporté des élections législatives palestiniennes en janvier 2006 avec une victoire écrasante : il a remporté 74 sièges au Conseil législatif palestinien (PLC), tandis que le Fatah, le parti de l’AP au pouvoir, n’en remportait que 45.

Ce « tsunami » comme le Fatah l’a appelé, n’a pas enchanté les responsables du Fatah, et les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont aggravées d’autant plus que les israéliens et les Etatsuniens ont décidé d’imposer des sanctions économiques à l’AP, parce qu’ils considéraient le Hamas comme un groupe terroriste.

Les tensions ont abouti à la bataille de Gaza entre le 10 juin et le 15 juin 2007, au cours de laquelle le Hamas a pris le plein contrôle de la côte. Israël a réagi en imposant le blocus militaire total de Gaza.

Depuis 10 ans, les autorités israéliennes restreignent sévèrement la liberté de circulation des Gazaouis, exigeant que tous les Palestiniens – y compris les malades en traitement, les hommes d’affaires et les hommes âgés qui veulent aller prier – aient un permis pour entrer ou sortir des territoires occupés à travers le checkpoint d’Erez.

L’Égypte, le seul autre pays qui partage une frontière avec Gaza, a également intensifié le blocus depuis qu’Abd al-Fattah al-Sisi a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en 2013 et est devenu président.

La plupart des Gazaouis ne peuvent ni sortir de l’enclave côtière assiégée ni y entrer, parfois pendant des mois d’affilée, parce que les autorités égyptiennes n’ouvrent que sporadiquement le poste frontière de Rafah. Selon les Nations Unies, il n’a été ouvert que 44 jours en 2016, et 21 jours en 2015.

L’Égypte a récemment tenté de faire pression sur le gouvernement de Gaza pour qu’il coopère avec ses violentes opérations de «contre-terrorisme» en échange de la fourniture d’électricité dont Gaza a un besoin impérieux.

Israël a également maintenu des restrictions draconiennes sur l’approvisionnement de l’enclave assiégée, arguant que des matériaux de construction comme le ciment pouvaient être utilisés par le Hamas et d’autres groupes de résistance palestinienne à des fins militaires.

Les dossiers du ministère israélien de la Défense publiés en 2012 ont également révélé que les autorités israéliennes ont aussi limité l’entrée de la nourriture dans Gaza ; selon l’ONG juridique Gisha, des produits tels que la cardamome, le chocolat et les chips étaient interdits d’importation dans Gaza en 2010. De plus, le secteur agricole de Gaza a beaucoup souffert des « zones tampons » créées par Israël à la fois sur terre et en mer ; les agriculteurs palestiniens risquent leur vie lorsqu’ils s’approchent trop près de la clôture de la frontière et les pêcheurs lorsqu’ils s’éloignent de la petite « zone de pêche délimitée » (par Israël) au large de la bande de Gaza.

Le profond impact de trois guerres

Israël a inlassablement tenté d’écraser la résistance palestinienne dans la bande de Gaza pendant toutes ces années, en prétendant que les roquettes sporadiquement tirées de la petite enclave palestinienne, ou que les tunnels construits entre Gaza et Israël ou l’Égypte justifiaient ses mesures punitives contre Gaza.


A Fish Out of Water: Gaza’s First Fisherwoman

Alors que les tunnels entre Gaza et Israël sont utilisés par des groupes de la résistance pour attaquer Israël, les tunnels vers l’Égypte sont utilisés par le Hamas comme une source de revenus et d’armes et aussi pour faire rentrer des produits de première nécessité pour les Gazaouis, comme de la nourriture, des médicaments et des matériaux de constructions indispensables.

Le blocage déjà rigoureux a vu son impact multiplié par plusieurs attaques militaires israéliennes de grande envergure sur Gaza pendant ces dix ans ; des groupes de défense des droits humains ont accusé Israël d’un usage disproportionné de la force qui s’apparente à des crimes de guerre.

Pendant l’opération « Plomb durci », une guerre de trois semaines qui a commencé à la fin de décembre 2008 et s’est terminée en janvier 2009, 1 391 Palestiniens ont été tués – dont 926 civils – et plus de 5 000 ont été blessés, selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR). Dans le même temps, 13 Israéliens ont été tués – quatre d’entre eux par un feu ami – et 518 ont été blessés. En novembre 2012, les frappes militaires israéliennes d’une durée d’une semaine connues sous le nom de « Opération Pilier de Défense » ont tué 160 Palestiniens tués et fait 1 000 blessés, selon le PCHR, tandis que, selon le gouvernement israélien, 6 Israéliens ont été tués et 229 blessés.

Le conflit le plus dévastateur, toutefois, a eu lieu à l’été 2014, lorsqu’une guerre de sept semaines a coûté la vie à 2 310 Palestiniens, 70% d’entre eux des civils selon le ministère de la Santé de Gaza, et en a blessé plus de 10 500 autres. Pendant ce temps, 72 Israéliens, dont 67 soldats, ont été tués et 555 blessés.

Le Hamas n’a pas revendiqué d’attaques de roquette depuis que le cessez-le-feu a été déclaré après la guerre de 2014 et il a même essayé d’empêcher les plus petits groupes de lancer des roquettes. Les officiels israéliens ont néanmoins accusé le Hamas de « préparer » une autre guerre avec Israël et ont mené des opérations de représailles sur toute la bande de Gaza –par des  » target= »_blank »>frappes aériennes en 2016 et plus tôt dans l’année notamment. Les autorités israéliennes tiennent le Hamas pour responsable de toutes les attaques contre des cibles israéliennes en provenance de la bande de Gaza.

Une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver

Les trois offensives israéliennes ont causé des dégâts considérables à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie et à l’infrastructure médicale de Gaza et ont détruit des milliers de maisons dont La reconstruction a été sérieusement bloquée par les limitations israéliennes imposées à l’importation de matériaux, ainsi que par les retards dans le règlement de l’aide internationale. En août 2016, environ 50% des bâtiments qui ont été complètement détruits pendant la guerre dévastatrice de 2014 attendaient encore d’être reconstruits, et un rapport de l’ONU d’avril 2016 estimait que 75 000 Palestiniens étaient encore sans abri presque deux ans après la dernière guerre.

Souffrant d’un taux de chômage de 44 %, un des plus élevés du monde, environ 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU a averti que la bande de Gaza pourrait devenir « invivable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour améliorer la situation, mais les développements récents font craindre que la détérioration du niveau de vie puisse se produire beaucoup plus vite que prévu.

Alors que Gaza lutte depuis des années avec des pénuries d’électricité du fait de l’accès limité aux carburants et des infrastructures dégradées, la seule centrale électrique de Gaza a fermé en avril, parce que les responsables de l’électricité de Gaza disent qu’ils ne peuvent pas payer la taxe imposée par l’AP sur le carburant diesel, qui a doublé le coût d’exploitation de la centrale.

En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre. Et la décision d’Israël de limiter l’alimentation en électricité de Gaza à la demande de l’AP qui accuse le Hamas de ne pas lui transférer l’argent des taxes, pourrait encore réduire de moitié l’accès à l’électricité.

Un groupe de 16 organisations de la société civile a exhorté mercredi les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision de restreindre la fourniture d’électricité à Gaza, affirmant que la décision n’avait « pas de rapport avec les besoins concrets de sécurité » et qu’elle était « de nature politique », et que, par conséquent elle violait le droit international.

« Israël ne peut prétendre être un simple fournisseur de services répondant de manière neutre à la demande d’un client. Compte-tenu de son contrôle absolu sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a le devoir, en tant que force d’occupation, de faire en sorte que ses habitants aient une vie normale », ont déclaré ces organisations.

« Les dommages que causeraient aux Israéliens et aux Palestiniens de la région dans son ensemble une escalade des hostilités, sont beaucoup plus importants que le bénéfice (politique ou autre) qui peut être retiré de la mise en œuvre d’une telle décision. » L’accès aux soins de santé a été fortement affecté par le blocus, les pénuries d’électricité et les compressions budgétaires de l’AP, et la vie de centaines de malades est en danger.

« Le secteur de la santé ne peut fournir que des soins élémentaires – les hôpitaux sont obligés d’annuler certaines opérations et de réduire l’intendance et ils dépendent des Nations Unies pour le carburant nécessaires aux générateurs de secours », a dit, jeudi, Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Lynk a ajouté que, du fait que les stations de traitement de l’eau de Gaza fonctionnent à environ de 15 % de leur capacité en raison de la pénurie d’électricité, les eaux usées se déversent dans la mer Méditerranée, et l’accès à l’eau potable à Gaza devient de plus en plus rare.

Lynk a également indiqué que le prix des denrées de première nécessité, comme la nourriture, augmentait, tandis que l’augmentation des coupures d’électricité obligeait les entreprises à fermer ou à réduire les heures de travail, entraînant encore plus de chômage.

Les rivalités politiques palestiniennes perdurent

Au cours de la décennie, la rivalité entre le Hamas et le Fatah a persisté sans relâche, et les récentes décisions de l’Autorité palestinienne ont encore aggravé les difficiles conditions de vie à Gaza.

Les tensions n’ont fait que s’intensifier au cours des derniers mois à cause de la crise de l’électricité à Gaza; dans les deux camps, en Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des soupçons d’arrestations politiques; l’AP a réduit les salaires des fonctionnaires de Gaza; et des élections locales ont été tenues en Cisjordanie, malgré le boycott du Hamas et d’autres partis.

Durant sa décennie au pouvoir à Gaza, le Hamas a été accusé de violations des droits de l’homme, notamment pour l’utilisation de la peine de mort contre les personnes accusées de « collaboration » avec Israël et sa répression des voix dissidentes.

Le journal d’information israélien Ynet a rapporté mercredi que l’AP, dans une déclaration sur les 10 ans de blocus, avait accusé le Hamas d’être responsable de la situation à Gaza.

« La deuxième Nakba qui a frappé notre peuple », disait la déclaration, en faisant référence au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. « Le Hamas a transformé Gaza en un enfer intolérable. »


Gaza: Energy shortage adds to plight of residents

Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU, a dit qu’Israël, l’AP et le Hamas avaient tous « une responsabilité directe dans la crise », et il les a exhortés à agir tous pour le bien-être des résidents de Gaza. 

« Je les invite à mettre de côté leur différend, à se montrer à la hauteur de leurs obligations juridiques et politiques, et à s’assurer que les besoins en électricité de la population soient pleinement satisfaits et que les besoins immédiats en matière d’infrastructures indispensables soient pris en compte, » a-t-il déclaré.

« Maintenir Gaza économiquement paralysé et socialement isolé engendre obligatoirement une grande détresse humanitaire et aboutira à un autre conflit dans un proche avenir », a ajouté Lynk. « Les droits de chacun à la liberté et à la sécurité doivent être respectés pour que la paix règne ».

Alors que le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper a qualifié mercredi la crise qui s’aggrave sans cesse à Gaza de « conflit palestinien interne » les associations de défense des droits humains en rendent largement responsables le siège et le blocus israéliens.

L’ONG israélienne B’Tselem a accusé le blocus de jeter Gaza « dans les affres d’une catastrophe humanitaire », ajoutant qu’Israël « contraint les résidents de Gaza à vivre dans une pauvreté extrême et dans des conditions inhumaines sans précédent dans le monde moderne. » Et B’Tselem a ajouté : «  Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, si cela avait été le cas, Israël aurait probablement envoyé une mission d’aide humanitaire. Au lieu de cela, la réalité à Gaza est l’œuvre d’Israël, le résultat d’une décennie de décisions politiques brutales. »

* Chloé Benoist est une journaliste française ayant vécu au Liban de 2011 à 2016. Elle vit et travaille actuellement en Cisjordanie occupée. Elle y couvre l’actualité politique, mais écrit aussi sur des sujets économiques, sociaux et culturels.

15 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet