Photo : archives - fplp.ps

Muhammad Allan, à nouveau emprisonné et en grève de la faim depuis 10 jours

Ma’an NewsLe bien connu prisonnier palestinien en grève de la faim, Muhammad Allan, a été transféré en isolement solitaire samedi, a déclaré Samidoun, un réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens.

Samidoun a cité le groupe de défense des droits des prisonniers Muhjat al-Quds, en disant qu’Allan, kidnappé par les forces israéliennes le 8 juin et qui a commencé sa grève de la faim ce même jour, a été transféré samedi du centre de détention de Jalama à la prison de Megiddo où il aurait été placé en isolement cellulaire.

La porte-parole du Service pénitentiaire israélien (IPS) Hana Herbst n’a pas directement confirmé à Ma’an le transfert d’Allan.

Cependant, Herbst a déclaré que la grève de la faim constituait « une violation disciplinaire en prison et était traitée en conséquence », ajoutant que IPS « transfère les détenus régulièrement en fonction de la gestion et des décisions opérationnelles ».

Les transferts arbitraires entre les prisons sont une tactique commune de l’IPS pour casser la résistance chez les prisonniers palestiniens.

Allan, un avocat du village d’Einabus, dans la région de Naplouse, au nord de l’occupation de la Cisjordanie occupée, a été libéré de prison en novembre 2015 après une période d’un an de détention administrative – la politique d’internement largement condamnée d’Israël sans inculpation ni procès, et sans limite de temps. Il avait mené une grève de la faim de 66 jours pour protester contre sa détention.

Un tribunal militaire israélien a accusé jeudi M. Allan d’avoir « d’incitation » [à la résistance] sur les médias sociaux, amenant ainsi son père à dire au site de nouvelles d’Al Quds que les forces israéliennes « ont détenu son fils pour se venger de lui depuis le jour de sa sortie de la détention administrative« .

Les forces israéliennes ont kidnappé au moins 400 Palestiniens en moins d’un an pour leur activité sur les médias sociaux, et 400 autres ont été détenus pour la même raison par l’Autorité palestinienne dans le cadre de sa politique de coordination répressive largement condamnée avec Israël, a rapporté le quotidien israélien Haaretz.

Les autorités israéliennes ont justifié leur répression sur l’activité des médias sociaux palestiniens, arguant qu’une vague de troubles qui a commencé en octobre 2015 a été provoquée par l’incitation [à la résistance] en ligne, bien que les Palestiniens aient plutôt souligné comme motif d’actes de violence, la frustration et le désespoir provoqués par l’occupation vieille de 50 ans par Israël du territoire palestinien et l’absence d’horizon politique.

La suppression de la liberté d’expression palestinienne au cours des derniers mois a également vu les librairies fermées, tandis que des militants, des journalistes, des romanciers et des poètes ont été emprisonnés.

La grève de la faim d’Allan intervient à la suite d’une grève de la faim de 40 jours menée par des centaines de prisonniers palestiniens pour dénoncer la violation de leurs droits humains fondamentaux dans les prisons israéliennes.

Bien les responsables palestiniens et les dirigeants de la grève de la faim aient déclaré une victoire, IPS a nié à maintes reprises avoir négocié avec les prisonniers ou accédé à la moindre de leurs demandes.

18 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : Activestills.org

Grève de la faim : Quand la nourriture est plus que de la nourriture

Stanley L CohenQu’est-ce que les grèves de Bobby Sands, Nelson Mandela et des prisonniers palestiniens ont en commun ?

Dans les différentes prisons du monde où l’on parle les différentes langues des cruels despotes qui exercent impitoyablement leur pouvoir, à l’aube, les prisonniers politiques sont appelés à sortir de l’isolement de leurs cellules pour se tenir debout dans le couloir pour que leurs geôliers puissent s’assurer qu’ils ne se sont pas échappés magiquement pendant la nuit. Ces prisonniers ont préféré leurs principes à la liberté.

chaque collectif, dont les membres n’ont souvent de visage que pour les autres membres du groupe, est devenu un flambeau en luttant pour sa dignité personnelle en même temps que pour la justice pour tous ; Ils sont les symboles d’une quête de liberté ancestrale à travers la résistance et le sacrifice.

De Bobby Sands aux grévistes palestiniens en passant par Nelson Mandela, la marche est régulière et continuelle. Elle tire sa force d’une résistance aussi immémoriale que la tyrannie elle-même.

Qui se souvient aujourd’hui d’Emmeline et de Christabel Pankhurst ? Dans l’Angleterre du début du 20e siècle, ces suffragettes pionnières et leurs nombreuses sœurs ont été emprisonnées à maintes reprises pour un motif aussi léger que le rejet du patriarcat. Une fois en prison, beaucoup ont dit non à la nourriture pendant que leurs geôliers disaient oui à la torture. La suffragette Mary Leigh a raconté son expérience des effets de l’alimentation forcée dans un compte rendu éloquent :

« Plusieurs personnes sont arrivées et m’ont forcée à m’asseoir sur une chaise inclinée vers l’arrière. Il y avait environ dix personnes autour de moi. Le docteur m’a ensuite forcée à ouvrir la bouche en forme de poche et m’a tenue pendant qu’une gardienne me versait un liquide dans la bouche ; c’était du lait et de l’eau-de-vie.

Après m’en avoir donné une quantité suffisante à ses yeux, il m’a aspergée d’eau de Cologne et les gardiennes m’ont ensuite emmenée dans une autre cellule au premier étage.

Les gardiennes m’ont obligée à me coucher sur un lit (dans la cellule) et deux médecins sont arrivés. Pendant qu’on me tenait, ils m’ont inséré un tube dans le nez. Il avait deux mètres de long, et il y avait un entonnoir au bout; Il y avait quelques centimètres de tube en verre au milieu pour voir si le liquide passait.

Le tube a été enfoncé dans ma narine gauche et droite alternativement. J’ai eu très mal pendant tout le processus, une douleur à la fois physique et mentale.

Un médecin insérait le tube tout au fond de ma narine pendant que les gardiennes me tenaient ; ils ont dû voir que je souffrais, car l’autre médecin est intervenu (la gardienne en chef et deux autres gardiennes étaient en larmes) et ils se sont arrêtés et ont recommencé à me nourrir à la cuillère. Puis ils m’ont à nouveau aspergée d’eau de Cologne. »

Les grèves de la faim en Afrique du Sud

Robben Island, près de Cape Town en Afrique du Sud, est la prison du pays où le niveau de sécurité est le plus élevé, et elle est utilisée depuis la fin du 17ème siècle pour isoler les prisonniers politiques. Au milieu des années 1740, Sayed Abdurahman Moturu (l’un des premiers imams du Cap) a été exilé là-bas après avoir mené la résistance initiale contre la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il est mort là, dix ans plus tard, et sa pierre tombale est devenue un sanctuaire auquel les prisonniers politiques musulmans vont rendre hommage avant de quitter l’île.


Inside Story: Is force-feeding a form of torture?

Robben Island a accueilli un véritable Who’s Who de la résistance politique pendant la révolution qui a finalement renversé l’apartheid sud-africain. Mandela y a passé 18 de ses 27 ans de prison.

Un mois après la libération de Mandela le 11 février 1990, les centaines de prisonniers politiques qui y étaient encore, y compris des membres du Congrès national africain (ANC), son rival, le Congrès panafricaniste, et le Mouvement de la conscience noire ont entamé la grève de la faim en exigeant la libération sous amnistie générale des personnes officiellement qualifiées de prisonniers politiques.

L’amnistie avait été refusée aux grévistes de la faim en raison de la tactique qu’ils avaient adoptée contre l’apartheid. La grève de la faim était leur façon de s’opposer à ce que le gouvernement considérait comme une résistance « acceptable ».

Dans un énoncé de principe politique qui circulait secrètement dans l’île, les grévistes de la faim ont défini ainsi les prisonniers politiques : « Tous les hommes incarcérés qui se sont engagés de diverses façons dans la lutte contre le système de l’apartheid ». Peu de temps après, la plupart de ces grévistes de la faim ont été libérés.

« Ils étaient incroyablement déterminés »

Les grèves de la faim ne se terminent pas souvent par la fête mais plutôt par la mort. Nulle part, ce sacrifice ultime n’a été plus spectaculaire que dans l’histoire assez récente de la résistance républicaine à la tyrannie britannique.

À partir de 1972, puis en 1980, et à nouveau en 1981, les républicains irlandais ont refusé la nourriture par douzaines en risquant leur vie pour obtenir, entre autres, le statut de prisonnier de guerre, le droit de porter leurs propres vêtements et la liberté d’association. Quand la dernière grève de la faim a pris fin, sept membres de l’IRA provisoire et trois de l’Armée de libération nationale de l’Irlande étaient morts dans la prison de Long Kesh ou dans celle de Maze.

Bien que le nom de Bobby Sands, qui est mort moins d’un mois après avoir été élu membre du Parlement, soit devenu synonyme de grève de la faim, dix autres prisonniers politiques ont sacrifié leur vie dans la prison de Maze et 61 personnes supplémentaires ont perdu la vie pendant les émeutes qui ont eu lieu à l’extérieur de la prison pendant les grèves de la faim.

Voici le témoignage d’un gardien de prison obligé de reconnaître la détermination et l’esprit de sacrifice des grévistes : «Au début, on les considérait comme des animaux. Leurs cellules puaient horriblement. Nos estomacs se retournaient quand on en approchait et on n’arrivait pas à comprendre comment ils pouvaient vivre dans une telle saleté. Mais petit à petit on s’est mis à ressentir du respect pour ceux qui faisaient la grève de la faim. »

Les prisonniers palestiniens: le fer de lance de la lutte nationale

Pour beaucoup, la résistance est plus qu’un simple choix, c’est un attachement impérieux à des principes qui n’ont pas de prix. L’illustration la plus puissante en est donnée par les prisonniers politiques palestiniens qui, par milliers, ont mené, et beaucoup en sont morts, des campagnes de grèves de la faim illimitées pour obtenir justice derrière le « masque » des murs des prisons.

Les prisonniers politiques palestiniens sont depuis longtemps le fer de lance de la lutte nationale pour affronter et déchirer le linceul de l’apartheid israélien.

Hier, la dernière grève de la faim palestinienne a pris fin après des négociations. Les grévistes ont exigé le respect de toute une série de droits humains et politiques fondamentaux, y compris la fin de la détention administrative, la fin de l’isolement carcéral, la fin de la détention à l’extérieur des territoires occupés, davantage de visites familiales et la possibilité de poursuivre des études supérieures.

Dans les jours qui ont précédé la fin de la grève de la faim, plus de 1 800 prisonniers politiques en Israël, y compris des centaines de détenus sans charges, ont enduré 40 jours de jeûne.

Selon le quotidien israélien Ha’aretz, 60 prisonniers ont été emmenés à l’hôpital parce que leur état de santé s’était détérioré, et 592 dans les infirmeries des prisons pour être mis sous observation.

Durant la grève, la Palestine a explosé car les familles et les amis des grévistes de la faim ainsi que ceux qui partagent leur lutte nationale sont sortis dans les rues. Beaucoup ont été blessés, et quelques-uns ont été abattus par des tirs israéliens.

Des manifestations de soutien aux grévistes de la faim ont été organisées dans des dizaines de pays à travers le monde par des militants, des étudiants, des syndicalistes, des leaders religieux et des parlementaires.

Plus d’une douzaine de dirigeants politiques et de personnalités publiques sud-africaines ont entrepris un jeûne de solidarité de 24 heures, y compris la vice-ministre Nomaindia Mfeketo – qui a été elle-même détenue à plusieurs reprises dans les années 1980 pour activisme anti-gouvernemental.

Les grèves de la faim font partie du paysage politique palestinien

Au fil des ans, elles ont joué un rôle central dans la lutte contre un état despotique alimenté et soutenu par la détention arbitraire souvent illimitée, et des conditions inhumaines ponctuées d’authentiques tortures qui ont causé la mort d’au moins 72 prisonniers politiques depuis 1967.

Allant d’acte de défiance de court terme dans les prisons isolées, aux grèves de la faim de milliers de prisonniers qui se répandaient à toute vitesse à travers le Goulag israélien, ces actes de courage et de résistance politiques se multiplient depuis environ 50 ans.

Les grèves de la faim qui ont commencé en 1969 par une grève de la faim spontanée de courte durée dans deux prisons, ont atteint leur paroxysme en 1992, lorsque quelque 7 000 prisonniers ont cessé de manger pendant plus de deux semaines.

Les prisonniers politiques palestiniens ont mené plusieurs grèves de la faim de masse : 3 000 prisonniers ont fait la grève de la faim pendant 20 jours en 1987, 4 000 pendant 18 jours en 2004 et 2 000 pendant un mois en 2012. En 2014, lors de la plus longue grève de la faim à ce jour, plusieurs centaines de prisonniers ont refusé de manger pendant environ 63 jours. Au cours de cette grève, 70 ont été hospitalisés et sont ensuite retournés en prison.

En 1970, le gréviste de la faim Abdul Qader Abu al -Fahm n’a pas eu autant de chance. Ni Rasem Halawah et Ali Jafari en 1980. Ces trois grévistes de la faim sont morts suite à des procédures d’alimentation forcée.

Bien que les grévistes de la faim aient aussi contesté un large éventail d’abus dans leurs conditions d’emprisonnement au cours des années – y compris les traitements arbitraires, l’isolement carcéral, des conditions de détention insalubres, les interdictions de visites familiales, la mauvaise qualité des soins médicaux et le refus de répondre aux besoins sanitaires des femmes prisonnières – l’objectif principal et constant de ces grèves de la faim a toujours été d’obtenir la fin du système de détention administrative.

Dans le cadre de cette pratique, des centaines de milliers de prisonniers palestiniens sont détenus, souvent pendant des années, sans aucunes charges et sans pouvoir bénéficier des procédures judiciaires civiles, en violation flagrante du droit international humanitaire en vigueur.

En 2011, le professeur et auteur renommé Ahmad Qatamesh qui a été à nouveau arrêté il y a quelques jours et qui a passé plus de huit ans en prison suite au renouvellement sans fin de sa détention administrative, a exprimé, lors d’une comparution devant un tribunal militaire, ce que des générations de détenus palestiniens ont ressenti : « Vous détruisez ma vie et je veux savoir pourquoi. Je suis un être humain intelligent et instruit, et qui sait ce qu’il veut, et je veux savoir pourquoi je suis en prison. La justice militaire parle de son professionnalisme mais je n’ai aucuns droits? »

La détention administrative est une détention sans les garanties légales de charges formelles ou de procès. Lorsqu’elle est indéfiniment prolongée ou renouvelée, elle constitue un traitement ou plutôt un châtiment cruel et dégradant. C’est le sceau du système de « sécurité » draconien, mis en place en 1967 pour étouffer la résistance politique dans les territoires occupés.

On a estimé qu’habituellement, trois à quatre mille « prisonniers de sécurité » étaient détenus arbitrairement, ou exécutaient, dans les prisons israéliennes, des peines dans des conditions beaucoup plus dures que celles imposées aux « prisonniers criminels ».


What’s behind Palestinian prisoners’ hunger strike? – Inside Story

De même, à tout moment donné, des centaines de ces « prisonniers de sécurité » sont détenus en vertu de décrets purement administratifs, sans qu’Israël ait la moindre intention de jamais les amener devant la justice pour une infraction pénale, ce qui représente une violation de leur droits fondamental à un procès équitable.

Le droit à la liberté est un des principes fondamentaux des droits de l’homme et une détention arbitraire prolongée constitue une violation fondamentale du droit international. L’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule que :

1. Chacun a droit à la liberté et à la sécurité individuelle. Personne ne sera soumis à une arrestation ou à une détention arbitraire. Personne ne doit être privé de sa liberté, sauf pour les motifs légaux et conformément aux procédures établies par la loi.

2. Quiconque est arrêté doit être informé, au moment de l’arrestation, des motifs de son arrestation et doit être informé rapidement de toute accusation portée contre lui.

4. Quiconque est privé de sa liberté par une arrestation ou une détention a le droit d’engager une procédure devant un tribunal afin que cette juridiction puisse décider sans délai de la légalité de sa détention et ordonner sa libération si la détention n’est pas légale.

Les dispositions du Pacte ne sont pas absolues et offrent une certaine souplesse dans des circonstances limitées et bien définies, ce qui permet aux Etats de suspendre temporairement leurs engagements. Cependant, cette mesure d’exception n’a pas été mise en place pour servir de prétexte à un état pour échapper à ses obligations en se déclarant en état d’urgence perpétuel. Pourtant, c’est précisément ce qu’Israël fait depuis sa création.

Pour comprendre la détermination des grévistes palestiniens de la faim, il faut faire un retour historique sur ceux qui ont été envahis par un état brutal qui ne voit aucune limite à son pouvoir ou à ses abus.

Israël voit tous ceux qui résistent à son pouvoir comme des combattants ennemis, que ce soit des enfants de 10 ans qui refusent de s’arrêter lorsqu’on le leur ordonne ou des vieillards de 80 ans qui portent le corps de leurs petits-enfants assassinés aux cimetières des martyrs qui parsèment désormais toute la Palestine occupée.

La marche inébranlable des Palestiniens

En Israël, les détenus palestiniens peuvent être interrogés pendant 75 jours d’affilé et on peut leur refuser l’accès à un avocat pendant 60 jours. Le pays est connu pour avoir fait, tout au long de son histoire, un usage brutal de toutes les méthodes possibles et imaginables d’interrogatoire des prisonniers politiques, en dehors de la présence d’un avocat.

Avant que ce ne soit interdit, en 1999, par la Haute Cour de justice, les agents israéliens utilisaient systématiquement des méthodes d’interrogatoire qui s’apparentaient véritablement à de la torture. Par exemple, les détenus étaient privés de sommeil, ou maintenus attachés dans des positions douloureuses ; on portait le son de la musique à un niveau insupportable ou on leur couvrait la tête d’un sac sale et on les exposait à une chaleur ou à un froid extrêmes.

Ils étaient souvent attachés à une chaise basse inclinée vers l’avant, les mains étroitement menottées. D’autres fois, on les forçait à se tenir debout, les mains attachées et levées en l’air, ou à se coucher sur le dos sur un haut tabouret avec le corps qui retombait en arrière, ou à rester accroupis avec les mains attachées derrière le dos.

Si le tribunal a interdit certaines de ces pratiques, il a toutefois permis aux agents de continuer à utiliser les « pressions physiques » sur les détenus selon le principe du scénario de la « bombe à retardement* », c’est-à-dire en fonction des « nécessités ».

On nous a dit, en mai 2007, que les agents avaient continué à s’appuyer sur cet imprimatur judiciaire pour administrer des tortures légales dans seulement un « petit » pourcentage de cas. Cependant, selon les prisonniers politiques palestiniens les conditions d’isolement et d’interrogatoire se sont maintenues, à peu de choses près, comme si elles n’avaient pas été déclarées illégales, il y a près de 20 ans.

Par exemple, beaucoup de prisonniers affirment qu’ils sont maintenus à l’isolement dans de minuscules cellules sans fenêtres, complètement isolés de leur environnement. D’autres ont expliqué qu’on les avait soumis à des températures extrêmes et privés de sommeil. Les conditions d’hygiène sont abominables, entre autre parce que les autorités pénitentiaires ne laissent pas souvent les détenus se doucher, changer de vêtements ou même utiliser du papier hygiénique. La nourriture est insuffisante et de mauvaise qualité, et les détenus maigrissent pendant leur détention.

Dans la salle d’interrogatoire, les prisonniers sont forcés de rester assis dans une chaise sans bouger pendant des heures d’affilé et même des jours. Les interrogateurs leur crient dessus et les persécutent, menaçant souvent de faire du mal à leurs proches. Ils subissent même encore parfois des violences physiques.

En avril 2017, il y avait 6 300 prisonniers politiques palestiniens, dont 300 enfants, 61 femmes et 13 membres du Conseil législatif palestinien, enfermés dans les geôles israéliennes. En outre, 500 détenus sans charges et sans jugement languissent à leurs côté, sans avoir la moindre idée de la raison pour laquelle on les a privés de liberté. Presque tous ces détenus sont emprisonnés à l’intérieur des frontières d’Israël, ce qui est une violation du droit international qui interdit le transfert de détenus palestiniens en dehors du territoire occupé.

Ces prisonniers politiques continuent leur marche sans faiblir depuis 50 ans. En décembre 2012, le bureau du Premier ministre Salam Fayyad a signalé que, depuis 1967, 800 000 Palestiniens – environ 20% de la population totale et 40% de la population masculine – avaient été emprisonnés par Israël à moment donné.

Selon les estimations palestiniennes, 70% des familles palestiniennes ont eu un ou plusieurs membres de la famille condamnés à des peines de prison dans les prisons israéliennes du fait de leur lutte contre l’occupation.

Bien que la dernière grève de la faim palestinienne ait pris fin, les conditions qui l’ont déclenchée restent inchangées, ce qui permet de dire qu’il y aura d’autres grèves de la faim pour dénoncer le système de justice israélien qui considère la détention illimitée et la torture comme les piliers de sa pratique brutale d’apartheid et d’occupation.

La marche vers la liberté sera sans doute longue et difficile. Elle est pleine de dangers et exige du peuple occupé une grande créativité et une forte détermination dans sa résistance, aussi bien dans la rue que dans les prisons. Les Palestiniens savent qu’ils n’ont pas d’autre choix.

Note :

[1] Scénario de la bombe à retardement

Stanley L. Cohen * Stanley L Cohen est un avocat et militant des droits de l’homme, spécialisé sur le Moyen-Orient et l’Afrique.



Article du même auteur.

30 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : Mohammed Asad/MEE

Palestine : Grève de la faim/Gaza, les deux faces d’une même médaille

Richard Falk En même temps que se déroulait le drame de la prison, Gaza subissait un approfondissement de sa crise prolongée qu’Israël manipule cruellement pour maintenir la population civile de presque deux millions au bord de la famine et dans la crainte permanente d’une offensive militaire.

La grève de la faim palestinienne de protestation contre les conditions de détention dans les prisons israéliennes a été suspendue le 27 mai au bout de 40 jours, à un moment où la santé d’un millier de grévistes se détériorait gravement. La plupart était alors hospitalisés, et la période sacré du Ramadan sur le point de commencer créant une continuité entre le jeûne diurne des fidèles et la protestation désespérée des grévistes antérieure. Le plus saisissant, peut-être, concernant cet acte extraordinaire de grève de la faim prolongée, massivement suivie, c’est qu’il a été considéré peu digne d’intérêt par les médias mondiaux et même les Nations Unies, qui ironiquement sont régulièrement accusées par les diplomates et les médias occidentaux d’être indûment préoccupées par les actes répréhensibles d’Israël.

Il faut reconnaître que recourir à une grève de la faim collective est une forme de résistance politique des plus éprouvantes, généralement provoquée par une brutalité prolongée, exigeant de la part des participants du courage et la volonté d’endurer de rudes épreuves, et de soumettre leur volonté au test le plus dur que la vie puisse offrir. Continuer de se priver de nourriture pendant 40 jours est à la fois potentiellement mortel et héroïque, un engagement jamais pris à la légère.

Avec Bobby Sands à leur tête, dix prisonniers de l’IRA, grévistes de la faim ont en 1981 poursuivi leur grève jusqu’à la mort. Le monde captivé a suivi, jour après jour, le déroulement de cet extraordinaire spectacle d’une mort auto-infligée. Sans ouvertement reconnaitre ce qui se déroulait sous leur yeux, les dirigeants politiques endurcis de Londres ont silencieusement pris acte du défit moral auquel ils étaient confrontés, modifiant brusquement leurs tactiques, et commencèrent à chercher un compromis politique pour l’Irlande du Nord d’une façon qui aurait été impensable sans cette grève.

Les Palestiniens ne peuvent nourrir de tels espoirs, à court terme du moins. Israël brouille délibérément les défis moraux et politiques ancrés en publiant des vidéos montrant le dirigeant de la grève, Marwan Barghouti, supposé prendre des ‘collations’ en secret. Le fait que cette accusation soit démentie par sa famille proche et son avocat n’est qu’occasionnellement rapporté par les médias mondiaux, et seulement comme un détail qui ne réduit pas l’impact du discrédit jeté sur l’authenticité de la grève. Que ce soit vrai ou non, Israël a réussi à détourner l’attention de la grève, et se garde bien de faire quoi que ce soit de significatif pour améliorer les conditions de détention, et encore moins de prendre des mesures pour mettre fin aux graves sévices exercés sur le peuple palestinien au cours d’une période d’une durée incroyable de 70 ans et sans fin en vue. Les autorités pénitentiaires ont immédiatement eu recours à des mesures punitives pour supplicier les prisonniers grévistes de la faim. Une telle réaction souligne le refus d’Israël ‘démocratique’ de traiter avec respect les formes non-violentes de résistance des Palestiniens.

En même temps que se déroulait le drame de la prison, Gaza subissait un approfondissement de sa crise prolongée qu’Israël manipule cruellement pour maintenir la population civile de presque deux millions au bord de la famine et dans la crainte permanente d’une offensive militaire. Le nombre de calories nécessaires à la survie est soi-disant utilisé comme point de repère par les autorités israéliennes pour restreindre le flux d’aliments vers Gaza. Et comme cela semble insuffisant pour imposer le niveau de contrôle draconien recherché par Israël, trois attaques massives et d’innombrables incursions depuis la fin de 2008 ont infligé de lourdes pertes à la population civile de Gaza et causé d’énormes dégâts, désastres cumulés pour cette population captive, pauvre et totalement vulnérable. Dans un tel contexte, que le Hamas riposte avec les armes dont il dispose, même si aléatoires est tout à fait prévisible même si c’est en contravention avec le droit humanitaire international.

Un éminent intellectuel résident de Gaza, Haider Eid, a récemment écrit du front de la criminalité israélienne ininterrompue et flagrante une dépêche poignante intitulée « De Gaza et l’horreur du blocus ». M. Eid termine son essai sur ces lignes dérangeantes :

« Nous comprenons parfaitement que la rétention délibérée de nourriture ou des moyens de la produire sous quelque forme que ce soit est encore une autre stratégie d’occupation, de colonisation et d’apartheid mise en oeuvre par Israël en Palestine et par conséquent, devrait être considérée comme une anomalie, et même un pogrom ! Mais ce que nous à Gaza ne pouvons concevoir c’est : pourquoi laisse-t-on faire ? »

En ce début de Ramadan, Haider Eid exhorte le monde à s’opposer ce qu’il appelle un ‘génocide progressif ‘ « en répondant à l’appel du BDS lancé par la société civile palestinienne. »

Il est tout à fait révélateur que M. Eid s’adresse à la société civile plutôt qu’à l’Autorité palestinienne chargée de représenter le peuple palestinien sur la scène internationale ou qu’il n’en appelle pas à relancer ‘le processus de paix’ qui s’est prolongé pendant vingt ans dans le Cadre des pourparlers d’Oslo, et qu’il ne s’adresse pas plus à l’ONU qui a accepté d’endosser la responsabilité après que la Grande Bretagne eut renoncé à son mandat sur la Palestine à la fin de la deuxième guerre mondiale. Ces modes conventionnels de résolution des conflits ont tous échoué, tout en aggravant constamment la situation du peuple palestinien et en nourrissant l’ambition du mouvement sioniste d’atteindre son ambition d’expansion territoriale.

Et au-delà, M. Eid remarque que l’autorité dont jouit le BDS vient d’un appel palestinien faisant autorité auquel les peuples du monde sont priés de répondre. S’affranchir ainsi d’une délégation de pouvoir intergouvernementale venue d’en haut et accepter la délégation de pouvoir confiée par un peuple victime et ses représentants authentiques incarne l’espoir palestinien d’un avenir plus humain, et de la réalisation à terme de leurs droits longtemps déniés.

Il convient de lier dans notre imaginaire moral les épreuves que vivent les détenus des prisons israéliennes à celles du peuple de Gaza, sans oublier cette réalité fondamentale inclusive – le peuple palestinien dans son ensemble, quelle que soit la situation particulière de chacune de ses entités, est la victime d’une structure israélienne de domination et de discrimination sous une forme qui constitue l’apartheid et sous différentes formes de captivité.

Il semble que la grève de la faim n’ait pas incité Israël à satisfaire bon nombre des revendications des grévistes concernant de meilleures conditions de détention. Ce qu’elle a réussi à faire c’est rappeler aux Palestiniens et au monde les dons de dirigeant consentis par Marwan Barghouti, et à sensibiliser la population palestinienne à l’impératif moral et politique d’entretenir la résistance et de la manifester plutôt que de céder au désespoir, à la passivité et la soumission. Des Israéliens et certains de leur plus fervents partisans parlent ouvertement de déclarer la victoire pour eux mêmes et la défaite pour les Palestiniens. Indépendamment de notre identité ethnique ou religieuse, nous qui vivons en dehors du cercle de l’oppression israélienne devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher tout ce qui prolonge la souffrance injuste des Palestiniens ou l’accepte comme inévitable.

Ce qui est innommable doit devenir infaisable.

* Richard Falk est professeur émérite, détenteur de la chaire Albert G Milbank de droit international à l’université de Princeton et chercheur à Orfalea Center of Global Studies. Il a aussi été rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme palestiniens.
Pour consulter son blog.

29 mai 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




Photo : Anne Paq/Activestills

Les prisonniers politiques palestiniens ont fait reculer Israël

AddameerAprès 40 jours, les prisonniers palestiniens ont suspendu leur grève massive de la faim lancée le 17 avril 2017 et suivie par environ 1500 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons et les centres de détention en Israël.

Les prisonniers avaient une série de revendications, soulignant les besoins fondamentaux et les droits de l’homme, y compris la fin du refus de visites familiales, le droit à des soins de santé et des soins médicaux appropriés, le droit de poursuivre des études supérieures à distance, la fin de l’isolement cellulaire et la fin de la détention administrative (l’emprisonnement sans inculpation ni procès et indéfiniment renouvelable).

Issa Qaraqe, directeur de la Commission des affaires des prisonniers palestiniens, a pris la parole lors d’une conférence de presse le dimanche 28 mai, dans laquelle il a déclaré que « 80% des demandes » des prisonniers ont été satisfaites après la grève.

Qaraqe a rendu compte des principaux éléments convenus entre les prisonniers grévistes et l’administration pénitentiaire israélienne, comme l’a noté l’avocat palestinien Karim Ajwa qui a pu rencontrer dimanche matin l’un des dirigeants de la grève, le prisonnier palestinien Nasser Abu Hmeid :

1. Développer l’accès aux téléphones publics afin de pouvoir communiquer avec les membres de la famille, conformément aux procédures convenues, le dialogue devant se poursuivre sur cette question considérée comme une priorité pour les prisonniers dans toutes les prisons.

2. Un accord a été conclu sur une série de questions concernant les visites familiales. En premier lieu, lever l’interdiction de sécurité appliquée à des centaines de membres de familles de prisonniers palestiniens, mettre fin à la pratique consistant à renvoyer les visiteurs disposant d’un permis et à leur refuser le passage aux barrages militaires, lever une interdiction injustifiée imposée à plus de 140 enfants qui se voyaient interdits par l’administration pénitentiaire de voir leurs parents.

3. Un engagement a été pris de raccourcir le temps entre les visites des prisonniers palestiniens de Gaza, la ramenant à un mois au lieu de deux mois ou plus entre les visites.

4. Un accord a également été conclu sur un certain nombre de problèmes liés aux conditions de visite des familles, y compris en permettant l’introduction de vêtements et de sacs, et de permettre aux détenus de donner ou partager des sucreries avec des enfants et d’autres personnes.

5. Introduire de nouvelles normes pour les visites pour les proches du « deuxième degré », telles que permettre les visites de neveux et nièces pendant l’âge de l’école maternelle et en prévoyant que les prisonniers dont les pères et les mères sont décédés peuvent ajouter un ou deux membres supplémentaires de la famille à leur liste de visites.

6. Fournir une approbation officielle pour le retour de la deuxième visite familiale mensuelle selon le mécanisme convenu entre le Comité international de la Croix-Rouge et l’Autorité palestinienne.

7. Négocier un accord concernant la clinique de la prison de Ramle, de façon à transférer les malades à l’ancienne section de la prison qui a été rénovée et qui est plus grande.

8. Un accord a été conclu sur les questions liées aux conditions de détention des femmes, dont le regroupement de toutes les prisonnières dans la prison de HaSharon, des ajustements à la procédure de visite des membres de la famille, époux et enfants, l’introduction de matériel pour la pratique de l’artisanat, l’amélioration des conditions d’accouchement, et l’établissement d’un système de transport spécial, en place du « bosta« , pour le transfert vers et depuis les tribunaux.

9. Concernant les enfants prisonniers, un certain nombre de questions ont été identifiées pour améliorer les conditions de mise au monde, leur accès à l’éducation et les questions connexes.

10. Un accord a été conclu sur la plupart des problèmes liés aux conditions de vie difficiles dans la prison de Nafha.

11. Sur la question des détenus malades transférés dans la clinique de la prison de Ramle, comme indiqué ci-dessus, renvoyer les prisonniers à la section remise en service avec des conditions humanitaires améliorées, ainsi que présenter un nouveau système pour le déplacement de ces prisonniers avec un mode transport spécifique, les amenant et ramenant directement des tribunaux, plutôt que de les faire transiter à travers de longs points de passage dans le « Bosta ».

12. Distribuer les repas aux prisonniers en transit dans le « Bosta » pendant les transferts, et leur permettre d’utiliser les toilettes pendant ce laps de temps.

13. Approuver l’installation dans chaque service pénitentiaire des « prisonniers de sécurité » palestiniens, d’un coin cuisine pour la préparation de repas et l’introduction d’équipements de cuisine, plutôt que d’être dans les mêmes locaux que les autres prisonniers.

14. Permettre la prise de photos une fois par an avec les parents ou avec un conjoint de prisonnier. En cas de décès du père ou de la mère du prisonnier, la photo pourra être prise avec un frère ou une sœur.

15. Présenter des améliorations à la « cantine » (magasin de la prison), avec des produits de meilleure qualité dont des fruits et des légumes, y compris le molokhiyeh et les épices.

16. Fournir des équipements modernes de sport et de loisirs dans les lieux récréatifs.

17. Résoudre le problème de la surpopulation dans les sections des prisons et résoudre le problème des températures élevées grâce à un système de ventilation et de refroidissement.

18. Fournir des ambulances équipées pour le transport des prisonniers vers les urgences, et qu’elles soient stationnées dans les prisons du Negev, de Ramon et de Nafha, du fait que ces prisons sont éloignées des hôpitaux.

19. Transférer les prisonniers dans des prisons plus près des lieux de résidence de leurs familles.

En plus de l’ensemble de ces points, il y aura un mécanisme pour de nouvelles négociations sur d’autres problèmes. Plus de détails seront fournis lorsque le mouvement des prisonniers et le comité de la grève de la faim publieront leur déclaration sur la nature de l’accord conclu avec le Service pénitentiaire israélien (IPS).

En conclusion, l’association Addameer tient à saluer le mouvement des prisonniers pour sa victoire et pour s’être toujours tenu au premier plan de la lutte palestinienne pour la libération. Addameer exprime sa sincère gratitude à toutes les organisations de défense des droits de l’homme, aux mouvements de base, aux officiels de l’Autorité palestinienne, aux militants de la solidarité locale et internationale qui se sont mobilisés aux côtés des prisonniers en grève de la faim.

28 mai 2017 – Addameer – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : Shahd Absusalama

Comment mon père a survécu à une grève de la faim dans les prisons israéliennes

Shahd AbusalamaUne militante palestinienne évoque la grève de la faim de 33 jours suivie par son père il y a 37 ans.

Environ 1 500 prisonniers politiques palestiniens sont entrés dans leur 39e journée en grève de la faim dans les prisons israéliennes. Les prisonniers réclament certains des droits les plus fondamentaux, comme les visites bimestrielles familiales.
Les prisonniers palestiniens se sont engagés dans des grèves de la faim comme méthode de protestation non violente depuis 1968, après qu’Israël ait occupé les territoires palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza. Certaines grèves ont été des succès tandis que d’autres ont été considérées comme n’ayant pas atteint leurs objectifs.
Ici, la militante et écrivain palestinien Shahd Abusalama revient sur l’expérience de son père qui avait participé à une grève massive de la faim dans une prison israélienne il y a bientôt quatre décennies.
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« Si nous n’avions pas résisté par nos grèves massives de la faim, nous serions comme les esclaves du Moyen Âge », m’a dit mon père Ismail lors d’un appel sur Skype, après que je l’ai forcé à retourner à ses souvenirs de la grève légendaire de 33 jours qu’il a suivie il y a maintenant 37 ans dans la prison de Nafha.

Ses souvenirs m’ont paru émouvants, vivants et limpides compte tenu de la distance dans le temps. Ses yeux étaient fixés au plafond de sa chambre à la maison à Gaza, alors qu’il ne cessait de se gratter le menton comme s’il se représentait très bien tout ce qu’il évoquait. Toute sa gestuelle évoquait l’anxiété qu’il avait refoulée.

En 1980, mon père âgé alors de 27 ans était dans les prisons israéliennes depuis 10 ans, ce qui semblait dérisoire par rapport aux sept peines de prison à vie dont il avait écopé pour son affiliation au groupe du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP).

Il aurait fini sa vie dans les prisons israéliennes, s’il n’avait pas bénéficié de l’échange de prisonniers de 1985.

Il était l’un des 80 prisonniers politiques palestiniens qui avaient été transférés à la prison de Nafha, récemment ouverte, dans le Naqab (Negev). Les conditions d’incarcération étaient extrêmement difficiles.

La prison était située dans le désert – un kilomètre au-dessus du niveau de la mer – « ce qui signifiait qu’il faisait chaud en été et qu’il faisait froid en hiver », a rappelé mon père.

« Nous avions des cellules étroites qui ne voyaient guère le soleil. Chacune avait une fenêtre rectangulaire étroite et partiellement recouverte juste au-dessous du plafond, et une porte métallique avec une petite ouverture contrôlée de l’extérieur par les gardiens de la prison. »

« Chaque cellule, normalement prévue pour deux personnes, comprenait huit prisonniers, et nous n’avions qu’une promenade d’une demi-heure par jour en dehors de ces cellules dans une cour de moins de 400 mètres carrés et recouverte de barbelée. Nous n’étions pas autorisés à marcher en groupes, seulement individuellement ou au plus par deux, et nous ne pouvions que marcher en rond sous l’œil sévère des soldats israéliens ».

Les autorités israéliennes d’occupation ont choisi ces 80 détenus pour les transférer à Nafha parmi les milliers de prisonniers palestiniens. Ces quatre-vingt-là étaient réputés être les détenus les plus tenaces.

Le Service pénitentiaire israélien (IPS) avait supposé que le déplacement des prisonniers pour des raisons « disciplinaires » pourrait briser leur résistance. Les prisonniers eux-mêmes craignaient que la réussite de cette mesure « disciplinaire » ne signifie que « les conquêtes de tous les détenus avant 1980 seraient effacées » et créerait un précédent pour être appliquée à d’autres Palestiniens emprisonnés.

« Alors, dès le premier jour dans la prison de Nafha nous nous sommes rendus compte que nous devions nous préparer à contrecarrer cette mesure oppressive », raconte mon père. « L’alternative était la mort ».

À la veille de la grève, les détenus ont rédigé une liste de revendications et l’ont soumise à l’administration pénitentiaire. La plupart de ces demandes ont été rejetées. « À ce moment-là, nous avons constaté qu’une grève de la faim était notre seul recours », dit-il.

Les prisonniers ont lancé leur grève de la faim le 14 juillet, date à laquelle la prison de la Bastille a été prise d’assaut au début de la révolution française de 1789. C’était l’idée d’Omar al-Qassem, un membre de premier plan du Front démocratique pour la libération de la Palestine (DFLP). Qassem est mort en prison en 1989. Il a été emprisonné par Israël pendant 21 ans.

Les exigences de mon père et de ses camarades étaient très semblables à celles de la grève de la faim ouverte que plus d’un millier de prisonniers palestiniens ont lancé le 17 avril. Ces revendications sont toutes liés aux droits fondamentaux de l’homme qu’Israël a constamment violés.

Les revendications étaient la fin des punitions collectives et individuelles, en particulier l’utilisation de l’isolement cellulaire, le remplacement des matelas en éponge pour dormir par des lits appropriés, des couvertures, des vêtements d’hiver et d’été, des visites familiales deux fois par mois, l’accès à des produits alimentaires dans la cantine de la prison sur un pied d’égalité avec les prisonniers juifs, l’accès aux journaux et aux livres, l’agrandissement des fenêtres des cellules et l’extension à une heure de la promenade quotidienne dans la cour.

Bien que les demandes soient très élémentaires, mon père a souligné combien elles étaient vitales pour quelqu’un enfermé pour toujours dans une cellule et survivant par des moyens rudimentaires.

Photo : Sahad Abusalama

« J’écris cette lettre alors que notre fils Majed dort à côté de moi. L’unique chose qui nous manque est ta présence… », dit une lettre écrite par la femme d’Ismail Abusalama alors que celui-ci était emprisonné – Photo : Sahad Abusalama

Chaque fois que les prisonniers palestiniens ont été en grève de la faim, les autorités israéliennes ont répondu en les punissant collectivement. La grève de la faim de Nafha n’a pas fait exception.

« Après neuf jours de grève, 26 de nos camarades ont été embarqués de force dans une cellule d’acier sur un camion, aspergés de gaz et emmenés dans ce qui semblait être un voyage vers la mort dans un endroit inconnu », a déclaré mon père. Ce lieu a ensuite été identifié comme une prison à Ramla, une ville dans l’Israël actuel [Palestine de 1948].

Le gaz a fait toussé les prisonniers – menottés et les jambes garrottées – tout au long du voyage. Dans Ramla, les Palestiniens « ont été » accueillis « par les gardes de prison israéliens rangés en file des deux côtés et qui les ont tabassés avec des matraques alors qu’ils traversaient [la prison] », a déclaré mon père. Les coups ont continué même lorsque les prisonniers se sont retrouvés avec des uniformes qu’ils ont été obligés d’endosser.

Parmi ces 26 prisonniers, Rasem Halawa, Ali al-Jafari et Isaac Maragha, sont décédés quelques jours plus tard après qu’ils aient été alimentés de force dans la clinique de la prison.

Il y a eu plusieurs tentatives de forcer les 26 prisonniers à « cesser la grève de la faim », a déclaré mon père. « Mais ils [les autorités pénitentiaires israéliennes] n’ont pas réussi avec ces 26 prisonniers ni avec le reste d’entre nous. Nous avons répondu avec plus d’entêtement, jusqu’à ce que nous arrivions à la victoire tant attendue, 33 jours plus tard. »

L’IPS a depuis systématiquement voulu soumettre à l’alimentation forcée les grévistes de la faim palestiniens bien que cette pratique soit interdite par la Haute Cour de justice israélienne. Le ministre israélien de la Sécurité publique, Gilad Erdan, a lancé une campagne pour révoquer lever l’interdiction de l’alimentation forcée pour prévenir de futures grèves de la faim, qu’il a présentées comme « une nouvelle sorte d’attentat-suicide pour menacer l’État d’Israël ».

Certains médecins israéliens ont refusé de se livrer au gavage au motif que ce n’est pas conformes à leur éthique. Israël envisage par conséquent d’embaucher des médecins étrangers pour pratiquer le gavage sur les grévistes de la faim sous prétexte de « protéger » leur vie.

Après 18 jours de refus de nourriture, mon père avait été forcé de choisir entre manger de lui-même ou subir un appareil connu sous le nom de « zonda », un dispositif composé d’un récipient et d’un long tube qui descend du nez ou de la bouche jusqu’à l’estomac.

La « zonda » était sale et « toute erreur amenait un risque de mort », a déclaré mon père. « Il semblait qu’il s’agissait d’un tuyau d’égout pour les eaux usées. Elle a été utilisée successivement sur plusieurs des prisonniers sans être nettoyée. Les gardiens de prison pensaient que c’était un moyen efficace de suffisamment dégoûter les prisonniers pour qu’ils acceptent la nourriture ».

Mon père a résisté à la guerre psychologique, et une infirmière israélienne a été jusqu’à vouloir le nourrir de force pendant que ses mains et ses pieds étaient enchaînés sur une chaise.

Comment mon père et ses camarades ont-ils survécu à leur épreuve ? Ils ont résisté parce qu’ils étaient convaincus que leur « cause est juste » et parce que le soutien qu’ils recevaient du dehors de la prison « a nourri notre détermination », raconte-t-il.

Mon père se tient à présent aux côtés des Palestiniens qui sont en grève de la faim. Chaque jour, il se rend dans une tente à Gaza qui a été érigée en solidarité avec les grévistes de la faim.

La campagne internationale est essentielle pour « donner encore plus de force à la bataille des détenus pour plus de dignité », estime mon père. « La fréquence des grèves de la faim dans les prisons israéliennes est un témoignage de leur désespoir ».

* Shahd Abusalama est une artiste palestinienne, de Gaza . Elle est actuellement inscrite en Master auprès du département consacré aux Médias et au Moyen-Orient à l’Université de Londres. Elle dispose d’un blog : Palestine From my Eyes.

26 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Haidi Motola ActiveStills

Au 41e jour, les prisonniers palestiniens en Israël suspendent leur grève de la faim

Middle East MonitorDes centaines de prisonniers palestiniens ont mis fin à une grève de la faim de 40 jours lancée initialement contre les conditions de vie dans les prisons israéliennes, a déclaré le Service pénitentiaire israélien et un officiel palestinien.

Environ 1100 détenus ont participé à l’une des plus importantes grèves de la faim dans l’histoire des prisonniers palestiniens en Israël. Cette grève avait débuté le 17 avril et a déclenché de nombreux affrontements entre les forces israéliennes les Palestiniens, lors des manifestations en appui des grévistes qui se sont répandues en Cisjordanie et le long de la clôture séparant Israël et Gaza [le territoire sous blocus].

Les détenus en grève de la grève de la faim jusqu’à aujourd’hui, l’ont terminé après des entretiens avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’Autorité palestinienne (AP) pour améliorer certaines des conditions de détention des prisonniers.

Mercredi, le Haut Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al-Hussein, avait exhorté Israël à améliorer les conditions de vie des prisonniers.

Ni le Service pénitentiaire ni l’Autorité palestinienne n’ont divulgué les détails complets de l’accord. Cependant, le Service pénitentiaire israélien a déclaré qu’une deuxième visite familiale mensuelle serait autorisée. Celle-ci avait été supprimée dans le passé.

Qadoura Fares, responsable du Club palestinien de prisonniers et qui agit pour le compte des détenus, a déclaré que certains points de l’accord seraient examinés plus longuement.

« Parmi tous les problèmes, ce qui a été convenu est l’augmentation du nombre de visites et l’amélioration des conditions de détention », a déclaré Fares à Reuters.

La grève a été lancée à l’initiative de Marwan Barghouti, pour protester contre l’isolement cellulaire et la détention sans procès et sans limite de temps [détention administrative], qui a été appliquée à des milliers de prisonniers depuis les années 1980. Cette procédure est héritée de l’époque coloniale britannique et reprise à son compte par l’État sioniste.

Marwan Barghouti, un des principaux responsables du mouvement du Fatah a été emprisonné pour faits de résistance lors de la Deuxième Intifada et condamné en 2004 à cinq peines de prison à vie. Les enquêtes d’opinion mettent en évidence qu’une large majorité de Palestiniens veulent qu’il soit leur prochain président.

Les grèves de la faim sont fréquentes parmi les 6 500 Palestiniens détenus politiques dans les prisons israéliennes.

27 mai 2017 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : MaanImages

40 jours après le début de leur protestation, l’état des prisonniers palestiniens grévistes de la faim inquiète l’ONU

(MEMO, PC, Social Media Le Haut-commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme a exhorté Israël à améliorer les conditions de détention des prisonniers palestiniens, notamment celles des plus de 1500 prisonniers qui ont entamé leur second mois de grève.

Cette grève a répondu à l’appel de Marwan Barghouti, éminent membre du Fatah, de protester contre l’isolement cellulaire, les conditions de détention et la politique israélienne de détention administrative, un emprisonnement sans procès ou accusation et sans limite de durée.

« Je suis particulièrement inquiet d’apprendre que des mesures punitives ont été prises par les autorités israéliennes contre les grévistes de la faim, dont un accès restreint à des avocats et le refus des visites familiales, « a déclaré Zeid Ra’ad Al-Hussein, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

PHOTO: A New York des militants organisent sur TimeSquare une action de solidarité avec les 1500+ grévistes de la faim palestiniens. pic.twitter.com/jRWCCP6hbX [Photo by: Nancy Mansour]

— The IMEU (@theIMEU) May 25, 2017

« Le droit de consulter un avocat est une protection fondamentale du droit international des droits de l’homme qui ne devrait jamais être violé. » a déclaré Zeid. Il a ajouté que la santé de plusieurs centaines des grévistes de la faim s’était « considérablement détériorée ».

Zeid a dit que son bureau avait reçu des informations selon lesquelles le service pénitentiaire israélien avait évacué au moins 60 prisonniers palestiniens grévistes de la faim vers des hôpitaux parce que leur état de santé s’était aggravé. 592 autres avaient récemment été mis en observation dans des infirmeries installées à cet effet dans les prisons, a-t-il ajouté.

Le Comité international de la Croix Rouge (CICR), qui rend visite aux détenus palestiniens, a au début du mois exhorté Israël à autoriser les visites familiales. En vertu du droit international, ces dernières « ne peuvent être limitées que pour des raisons de sécurité, et au cas par cas, mais jamais dans un but purement punitif ou disciplinaire » a-t-il déclaré.

PHOTO : Rasmea Odeh avec un groupe de femmes à Chicago manifestant en solidarité avec les grévistes de la faim palestiniens au 39ième jour de grève de la faim. pic.twitter.com/kfUWA0dfqx

– The IMEU (@theIMEU) May 25, 2017

Le comité a par ailleurs précisé que « Israël détient les Palestiniens sur son territoire – et non en territoire occupé comme l’exige la loi relative à l’occupation ».

25 mai 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – MJB




Photo : Maria Zreik/Activestills.org

Israël somme l’Autorité palestinienne de cesser toute aide financière aux familles des prisonniers

Ahmad MelhemLe Premier ministre israélien a exigé la fin des aides financières aux Palestiniens détenus dans les prisonniers israéliens et à leurs familles, mais jusqu’à maintenant, l’Autorité palestinienne a refusé de se plier aux injonctions.

RAMALLAH, Cisjordanie — En réaction à la grève de la faim illimitée que des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes poursuivent depuis le 17 avril, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a appelé le 22 avril l’Autorité palestinienne à prouver son engagement envers le processus de paix en mettant fin aux allocations financières versées aux prisonniers palestiniens et à leur famille.

Les demandes de Netanyahou vont dans le même sens que la démarche du ministre israélien de la Défense Avigdor Liberman, qui a déclaré le 16 mars que le Fonds national palestinien (FNP) de l’Organisation de libération de la Palestine était une «organisation terroriste» en raison de son « soutien (du FNP) à des éléments responsables d’actes terroristes contre Israël ». Liberman a également condamné la mise à disposition de fonds pour les prisonniers palestiniens qui ont tué des Israéliens. Le 16 mars, l’AP a rejeté la déclaration, évoquant une violation des accords d’Oslo signé entre l’OLP et Israël le 13 septembre 1993.

Le FNP reçoit un budget annuel de 250 millions de dollars du gouvernement palestinien pour mener à bien les tâches relevant de la mission de l’OLP. Le FNP est également responsable de verser des allocations aux prisonniers et à leurs familles dans le cadre de la mission du FNP consistant à « protéger et [à] prendre soin des détenus et de leur famille et [à] soutenir la réhabilitation des prisonniers libérés », qui est comprise dans le budget général du gouvernement.

Plusieurs responsables de l’AP ont confirmé à Al-Monitor que l’AP demeurerait engagée à verser ces fonds au mépris d’Israël.
« Les déclarations de Netanyahou sont complètement rejetées par l’AP », a affirmé Issa Qaraqe, président de la Commission chargée des Affaires des prisonniers (anciennement le ministère des Affaires des prisonniers). « Le président [Mahmoud] Abbas a souligné dans plusieurs discours et rencontres que le soutien aux familles des prisonniers et des martyrs constitue un devoir national, humanitaire et social qui doit toujours être rempli indépendamment des pressions israéliennes et internationales. »
Selon Qaraqe, les déclarations de Netanyahou visent à mettre sous pression et à rançonner politiquement les prisonniers et l’AP. Il a déclaré que pour que l’AP, mettre fin à ces paiements reviendrait à criminaliser la lutte palestinienne contre Israël, ce qui est tout simplement inacceptable.

Les détenus dans les prisons israéliennes reçoivent un financement mensuel du FNP, qui varie en fonction de la période de détention de chaque prisonnier. Une partie de l’argent est directement transférée aux prisonniers afin qu’ils puissent acheter de la nourriture et des vêtements à l’intérieur de la prison, tandis que le reste est envoyé sous forme de versement de sécurité sociale à la famille du prisonnier.

Les Palestiniens sont conscients que les propos de Netanyahou sont principalement politiques et visent à attirer l’attention du président américain Donald Trump et à œuvrer contre l’AP avant sa rencontre avec Abbas à la Maison Blanche, le 3 mai.

« Au milieu de pourparlers au sujet d’un processus politique potentiel soutenu par les États-Unis, Israël essaie d’entacher de ‘terrorism’e la lutte du peuple palestinien à travers la déclaration de Lieberman liée au FNP et l’appel lancé par Netanyahou pour interrompre le versement de fonds aux familles [des prisonniers] » a déclaré à Al-Monitor Wasel Abu Yousef, membre du comité exécutif de l’OLP.

« Les aides versées aux prisonniers et aux martyrs ne doivent pas être ébranlés, car ce sont des gens qui se battent pour la liberté et qui ont passé leur vie dans les cellules de prison de l’occupation », a affirmé Abu Yousef.

« La déclaration de Netanyahou est une tentative visant à rebattre les cartes et à contrecarrer les efforts déployés dans le but de lancer un processus politique, en ajoutant cette condition aux conditions précédentes qui avaient été fixées pour la reprise du processus de paix, a-t-il ajouté. Celles-ci comprennent notamment le refus de mettre un terme aux activités de colonisation en Cisjordanie, l’insistance sur la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif par les Palestiniens et le refus de libérer le quatrième groupe de prisonniers. »

La députée Khalida Jarrar, responsable de la Commission chargée des Affaires des prisonniers au Conseil législatif palestinien, a partagé cet avis, affirmant à Al-Monitor que la rhétorique escalade d’Israël envers les prisonniers était une tentative de Netanyahou visant à « utiliser cela comme une condition israélienne qui doit être respectée avant la reprise du processus de paix. C’est un moyen de contester les conditions palestiniennes qui ont été fixées pour le lancement des négociations. Il s’agit notamment de mettre un terme aux activités de colonisation et d’établir un calendrier pour mettre fin à l’occupation sous l’égide internationale. En procédant de la sorte, les Palestiniens seraient poussés à abandonner toutes leurs conditions en échange de l’abandon par [Israël] de ses conditions et les deux camps iraient à la table de négociation sans conditions préalables. »

Jarrar a exclu la possibilité de voir l’AP interrompre le versement de fonds aux familles des prisonniers : « La question n’est pas seulement financière, mais aussi nationale, car ces prisonniers se sont battus pour la liberté de leur peuple et interrompre le versement de leurs allocations équivaudrait à un désaveu et à un abandon des prisonniers et de leurs familles par le peuple palestinien. »

Pour des centaines de familles qui ont perdu leur unique soutien de famille, ces allocations sont la seule source de revenus.
Ismat Mansour, un ancien prisonnier qui a passé plus de vingt ans dans les prisons israéliennes et qui dirige aujourd’hui le Hebrew Teaching Center à Ramallah, a déclaré à Al-Monitor : « Avant leur détention, une grande partie des prisonniers subvenaient aux besoins de leur famille. Par conséquent, il est du devoir humanitaire, moral et national de l’AP et de la communauté palestinienne de les soutenir. »

Interrogé quant à savoir dans quelle mesure les prisonniers et leurs familles seraient affectés si l’AP acceptait l’exigence de Netanyahou, Mansour a répondu : « La déférence de l’AP serait un revers majeur pour les prisonniers et tous les Palestiniens parce que ce serait une reconnaissance du discours israélien qui nous décrit comme des terroristes. »

« Répondre à la demande de Netanyahou susciterait une forte réaction parmi les prisonniers, leurs familles et la société dans son ensemble et équivaudrait à délégitimer la lutte du peuple palestinien », a-t-il ajouté.

1e mai 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Valentin B.




Photo : ActiveStills

Grève de la faim : des dizaines de prisonniers dans une situation de plus en plus critique !

Ma’an NewsLes service pénitentiaires israéliens (IPS) transfèrent des dizaines de prisonniers en grève de la faim dans des hôpitaux civils et des cliniques à l’intérieur des prisons.

Un certain nombre de prisonniers palestiniens qui sont à leur 36ème journée de grève de la faim de masse, ont été transférés dans des hôpitaux civils tandis que les autorités israéliennes déplaçaient des dizaines de prisonniers dans des cliniques de fortune à l’intérieur des prisons, selon le Comité des médias mis en place pour soutenir les grévistes de la faim.

Quelque 1300 prisonniers en grève de la faim exigent la fin de l’interdiction des visites familiales, le droit de poursuivre des études supérieures, des soins médicaux appropriés et la fin de l’isolement cellulaire et de la détention administrative – un emprisonnement sans inculpation ni procès et indéfiniment renouvelable- parmi d’autres revendications pour leurs droits fondamentaux.

Les prisonniers continuent d’être transférés dans les hôpitaux et cliniques de fortune

Les sites israéliens ont rapporté que le Service pénitentiaire israélien (IPS) a transféré 70 prisonniers grévistes de la faim dans un certain nombre d’hôpitaux civils israéliens en raison d’une « grave détérioration » de leur état de santé.

Ces mêmes sites ont déclaré que les 70 prisonniers ont été transférés dans les hôpitaux Assaf Harofeh, Soroka, Barzilai, Hamek et Beilinson en Israël [Palestine de 1948].

Le comité des médias pour la grève de la faim a également signalé qu’un certain nombre de prisonniers grévistes et détenus dans la prison centrale de Ramla en Israël ont été évacués vers les hôpitaux à l’intérieur d’Israël.

Le comité a cité l’avocat Ehab al-Ghalith, qui a visité les prisonniers Hafith Sharayaa et Mansour Fawaqa, disant que les grévistes de la faim présentaient des « symptômes dangereux », tels que les successives pertes de conscience, des nausées, des vomissements, des douleurs graves aux membres, une pression artérielle basse, une faible fréquence cardiaque et une perte de poids d’au minimum 15 kilogrammes.

Les deux prisonniers ont déclaré à al-Ghalith qu’au moins 72 grévistes de la faim étaient détenus à Ramla dans des « conditions exécrables et désastreuses ».

Dans une déclaration distincte, le Comité des médias a déclaré que les responsables de l’IPS dans la prison d’Ashkelon, dans le sud d’Israël, prévoyaient de déplacer tous les prisonniers grévistes de la faim vers la clinique de fortune dans la prison d’ici la fin de la journée de lundi.

Un avocat du Comité palestinien des affaires de prisonniers a visité lundi des prisonniers grévistes dans la prison d’Ashkelon et a rapporté que les conditions de santé des grévistes de la faim « s’aggravaient »», soulignant qu’un certain nombre d’entre eux ont cessé de boire de l’eau.

L’avocat a cité les prisonniers qui disaient que 45 des 60 prisonniers en grève de la faim se sont « régulièrement évanouis depuis lundi matin », mais ont confirmé que ceux-ci « sont toujours déterminés à poursuivre la grève jusqu’à ce que leurs demandes soient respectées ».

Le comité des médias a souligné que les hôpitaux de fortune mis en place dans les prisons au début de la grève, n’étaient pas bien équipé et ne disposaient pas des commodités de base des hôpitaux civils.

En outre, a ajouté la déclaration, les prisonniers ont déclaré que les médecins qui dirigent les cliniques ont essayé de soumettre les prisonniers « à un chantage » pour mettre fin à leur grève et ont exposé toute une variété d’aliments dans les cliniques de terrain.

Poursuite des rassemblements de solidarité pour soutenir les grévistes de la faim

Dans la ville occupée de Bethléem, au sud de la Cisjordanie, des dizaines de Palestiniens se sont rassemblés à Manger Square, à l’extérieur de l’église de la Nativité, où le président américain Donald Trump devrait passer ce mardi, pour protester contre la visite du président américain tout en exprimant leur solidarité avec les prisonniers en grève de la faim.

« Nous sommes venus vous dire que ceux qui décident du sort du peuple palestinien, ce sont les camps de réfugiés palestinien et non les Américains, la cause des camps est la cause de tous les Palestiniens », a crié un manifestant alors que des dizaines d’autres se rassemblaient autour de lui.

« Le sort de Jérusalem ne peut être décidé par Trump, car Jérusalem est arabe, Jérusalem est palestinienne, et c’est nous qui décidons de son destin, et pas les Américains. Les seuls qui appuient les Palestiniens, ce sont les prisonniers héroïques, ils luttent, ne se battent qu’avec leurs corps », a déclaré l’homme.

Pendant ce temps, à Gaza, des membres du Front démocratique pour la libération de la Palestine (DFLP) à Gaza ont organisé une marche très suivie dans la ville de Gaza, au centre de l’enclave de Gaza, les manifestants portant des banderoles avec des mots d’ordre de soutien aux prisonniers, criant des slogans condamnant le refus d’IPS de négocier avec des prisonniers et le silence de la communauté internationale.

Le responsable du DFLP dans la ville de Gaza, Ahmad Saed, a prononcé un discours devant la foule, appelant la communauté internationale et les institutions juridiques à « cesser de se taire et à sauver la vie des prisonniers en grève de la faim», et appelant aussi les Palestiniens à continuer à participer aux marches de solidarité et aux sit-in.

Fadwa Barghouthi, membre du conseil révolutionnaire du Fatah et épouse de Marwan Barghouthi, le responsable du Fatah qui est à la tête de la grève de la faim, a participé à un rassemblement lundi avec un certain nombre de mères de prisonniers palestiniens en grève, à l’intérieur du mausolée du défunt président palestinien Yasser Arafat.

22 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : ActiveStills

Au 35e jour, la grève de la faim des prisonniers palestiniens ne cesse de s’étendre

Ma’an NewsLe 35e jour, 220 prisonniers palestiniens rejoignent la grève de la faim de masse.

Les dirigeants palestiniens ont prévenu les médias de « rester prudents » au sujet des informations sur des négociations présumées entre des responsables israéliens et palestiniens pour parvenir à un accord pour mettre fin à une grève de la faim de masse qui est entrée dans son 35ème jour dimanche, alors que des centaines de prisonniers se joignaient au mouvement et refusaient tout aliment en signe de protestation contre les conditions de vie imposées dans les prisons israéliennes.

Les prisonniers en grève de la faim appellent à la fin du refus de visites familiales, au droit de poursuivre des études supérieures, à l’accès aux soins et traitements médicaux appropriés, et à la fin de l’isolement cellulaire et de la détention administrative – un emprisonnement sans inculpation ni procès et sans limite de durée – parmi d’autres revendications pour le respect de leurs droits fondamentaux.

Rumeurs de négociations israélo-palestiniennes pour mettre fin à la grève de la faim

Le Comité des médias formé pour soutenir les grévistes de la faim a publié une déclaration dimanche insistant sur le fait que la presse fasse preuve de circonspection lors de la publication d’informations sur des négociations entre prisonniers et les autorités israéliennes, en particulier lorsque les rapports proviennent des médias israéliens.

Des rapports ont émergé la semaine dernière dans les médias israéliens selon quoi les responsables de la sécurité palestinienne et les responsables de l’agence de sécurité interne d’Israël, le Shin Bet, tentaient de parvenir à un accord qui mettrait fin à la grève de la faim.

La version hébraïque du journal israélien Haaretz a rapporté dimanche que les responsables du Service pénitentiaire israélien (IPS) ont parlé avec des grévistes palestiniens de la faim afin de parvenir à un accord pour mettre fin à la grève. Le rapport citait un responsable de l’IPS disant qu’un « compromis avec les prisonniers en grève de la faim pourrait être trouvé dans les prochains jours », mais il a refusé de qualifier les pourparlers de négociations.

Selon l’officiel, une question centrale portait sur la demande des prisonniers de visites familiales plus fréquentes, et le même officiel aurait noté que l’IPS était disposé à augmenter légèrement le nombre de visites familiales accordées aux prisonniers palestiniens afin de parvenir à un accord.

Un porte-parole d’IPS a déclaré à Ma’an qu’il n’avait aucune information sur un tel accord entre les responsables de l’administration pénitentiaire et les prisonniers.

Cependant, selon le comité, les grévistes de la faim palestiniens ont constamment refusé d’accepter des négociations sans la présence des dirigeants de la grève, notamment le responsable du Fatah, Marwan Barghouthi, qui est resté en isolement cellulaire depuis le début de la grève en avril.

Les prisonniers grévistes de la faim ont déjà déclaré que les tentatives des officiels israéliens d’engager des négociations sans les dirigeants de la grève n’étaient que « de fausses et futiles négociations visant à faire cesser la grève de la faim en échange de promesses creuses ».

Les grévistes de la faim affiliés au DFLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine) continuent de refuser de s’alimenter, tandis qu’ils sont de plus en plus nombreux à se joindre au mouvement.

Le comité a également signalé que Fadwa Barghouthi, l’épouse de Marwan Barghouthi, a déclaré que 220 prisonniers palestiniens de diverses factions politiques se sont joints à la grève dimanche.

Le porte-parole des prisonniers proches ou appartenant au DFLP, Jifara Jawda, a confirmé à Muhammad Dwikat, un membre du comité central du DFLP, que la majorité des Palestiniens affiliés au DFLP dans les prisons israéliennes poursuivent leur grève depuis le premier jour, le 17 avril.

Dwikat a souligné dans une déclaration qu’après avoir visité le gréviste de la faim affilié au DFLP, Wajdi Jawda, il a appris qu’au début de la grève Jawda a été immédiatement transféré en isolement cellulaire – comme cela a été fait pour de nombreux grévistes de la faim – dans la prison israélienne de Jalama. Il a ensuite été transféré en cellule d’isolement dans la prison d’Ayalon, dans le centre d’Israël, et transféré une fois de plus à la prison d’Eshel à Beersheba, dans le sud d’Israël, où il est resté en isolement cellulaire.

Dwikat a également noté que la santé du gréviste de la faim Samer Issawi, connu parmi les Palestiniens pour avoir mené une des plus longues grèves de la faim dans l’histoire des prisonniers, s’est détériorée depuis le début de mai, puisque IPS l’a depuis transféré à la clinique pénitentiaire de la prison de Ramla.

Une équipe du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a également pu visiter le prisonnier gréviste Saed Yihya Dwikat, âgé de 19 ans, du village de Beita à Naplouse, a déclaré Jawda à Dwikat lors de sa visite. Saed est détenu dans les prisons israéliennes depuis trois ans pour son affiliation au DFLP. Le CICR a informé sa famille que la santé de leur fils a continué à se détériorer, selon le communiqué.

Dans le même temps, le responsable du Comité palestinien des affaires des prisonniers, Issa Qaraqe, a déclaré dans un communiqué que le CICR devait « prendre une position officielle » en ce qui concerne la santé des grévistes de la faim et devrait « conduire des efforts pour protéger les prisonniers et surveiller le traitement infligé aux prisonniers par Israël. »

Qaraqe a exigé que le CICR « s’active au plus vite » pour exercer une pression sur l’IPS et forcer ses responsables à « traiter les grévistes de la faim selon les normes du droit humanitaire ».

Multiplication des manifestations de solidarité avec les grévistes de la faim

Le comité a déclaré une grève de tous les commerces ce dimanche dans l’ensemble du territoire palestinien occupé et d’Israël de 11 heures à 14 heures en solidarité avec les grévistes de la faim, ajoutant que tous les secteurs y participeraient, à l’exception de ceux liés aux secteurs de l’éducation et de la santé.

Une grève générale devrait avoir lieu lundi pour coïncider avec l’arrivée du président américain Donald Trump en Israël, les dirigeants palestiniens invitant également à un « Jour de colère » mardi lors de sa visite prévue avec Abbas à Bethléem.

En outre, Asad Abd al-Rahman, membre du Comité exécutif de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), a déclaré qu’il suivrait un jeûne de solidarité de trois jours à compter de samedi après-midi en appui aux grévistes de la faim.

Il a déclaré qu’il respecterait sa décision pendant trois jours consécutifs conformément à son état de santé, mais en disant : « je sais que mon humble participation ne peut pas égaler le niveau des sacrifices endurés par les prisonniers ».

21 mai 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine