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Al-Aqsa : la victoire des Palestiniens à Jérusalem est un moment qui fera date

Ramzy BaroudNi le Fatah ni le Hamas n’ont joué de rôle déterminant dans les manifestations de masse organisées en défense de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem.

Les pressions américaines, les inquiétudes européennes ou les habituelles déclarations arabes ne font aucune différence. Les responsables des Nations Unies ont mis en garde contre les sombres scénarios d’escalade dans les violences, mais leurs déclarations étaient purement formelles.

Le mouvement de masse spontané à Jérusalem qui a finalement contrecarré les plans israéliens de transformer le statut d’Al-Aqsa, était purement un mouvement populaire. Malgré le prix élevé de plusieurs morts et de centaines de blessés, il a contesté à la fois le gouvernement israélien et les dirigeants palestiniens.

Israël a bouclé le complexe d’Al-Aqsa le 14 juillet, après une fusillade entre trois Palestiniens armés et des officiers israéliens d’occupation. Le complexe a été rouvert quelques jours plus tard mais les fidèles palestiniens ont refusé d’y pénétrer, car des installations de sécurité, des barrières, des caméras et des détecteurs de métaux y avaient été installés.

Le peuple de Jérusalem a immédiatement compris l’implication de l’action israélienne. Au nom de mesures de sécurité supplémentaires, le gouvernement israélien exploitait la situation pour changer le statut d’Al-Aqsa dans le cadre de ses efforts permanents visant à davantage isoler les Palestiniens et à judaïser la ville illégalement occupée.

L’armée israélienne a occupé Jérusalem-Est en 1967, l’annexant en 1981 au mépris du droit international et malgré l’opposition des Nations Unies.

Depuis 50 ans, Jérusalem a subi des violences quotidiennes. Les Israéliens ont tout fait pour élargir leur présence dans la ville, augmenter le nombre de colons juifs illégaux et séparer Jérusalem du reste des Territoires palestiniens. Mais les Palestiniens, les musulmans et les chrétiens ont toujours résisté.

Le complexe d’Al-Aqsa – également connu sous le nom de Haram Al-Sharif ou du Noble Sanctuaire – est l’élément le plus symbolique de leur lutte. C’est un microcosme du destin de la ville occupée, en fait du destin de l’ensemble de la terre palestinienne.

Le complexe a été administré par le Waqf islamique [Fondation], grâce à un accord israélo-jordanien. Beaucoup d’hommes politiques israéliens dans le parti du Likud et la coalition du gouvernement d’extrême-droite dirigée par Netanyahu, ont essayé de changer cela.

Les Palestiniens comprennent que le sort de leur mosquée et l’avenir de leur ville sont étroitement liés. Pour eux, si Al-Aqsa est perdu, Jérusalem sera alors définitivement conquise.

Cette lutte entre les fidèles palestiniens et l’armée israélienne, se manifeste tous les jours, généralement avec un sommet le vendredi. C’est dans ce jour sacré pour les musulmans que des dizaines de milliers de fidèles affluent à Al-Aqsa pour prier, souvent freinés dans leur élan par de nouvelles normes militaires et règlements de l’armée. Sous le prétexte de la sécurité, les jeunes Palestiniens en particulier ont été empêchés de se rendre à Al-Aqsa.

Mais la lutte pour Jérusalem peut rarement être exprimée dans des chiffres, en nombre de morts et dans des reportages télévisés. C’est la lutte constante des Palestiniens du peuple pour l’espace, l’identité et la préservation de la sacralité de leur terre sainte.

Au cours des deux dernières années, la lutte est montée d’un cran à mesure qu’Israël commençait à étendre ses colonies illégales à Jérusalem-Est et que ses partis d’extrême-droite publiaient une série de lois ciblant les Palestiniens dans la ville. Parmi ces lois se trouve celle qui concerne l’appel à la prière, qui vise à empêcher les mosquées de faire l’appel à la prière de l’aube, comme cela se fait depuis plus d’un millénaire.

Les jeunes Palestiniens, dont la majorité sont nés après les infructueux accords d’Oslo, ne supportent plus que les soldats israéliens contrôlent tous les aspects de leur vie et que leurs dirigeants corrompus soient de plus en plus indignes et hors de tout contrôle.

Cette frustration a s’est exprimée de nombreuses façons : dans la résistance non violente, les nouvelles idées politiques, l’art, la musique, les médias sociaux, mais aussi dans des actes individuels de résistance violente.

Depuis la récente Intifada d’Al-Quds – soulèvement de Jérusalem – qui a commencé en octobre 2015, « quelque 285 Palestiniens sont morts dans des attaques présumées, des manifestations et des raids de l’armée (israélienne) », ont expliqué Farah Najjar et Zena Tahhan. Environ 47 Israéliens ont été tués au cours de la même période.

Mais l’Intifada était en quelque sorte contenue et gérée. Certes, les groupes de défense des droits de l’homme ont protesté contre la mort de nombreux Palestiniens, mais sans grand effet sur le terrain. L’Autorité palestinienne a continué à fonctionner, coupée de la réalité violente à laquelle font face quotidiennement les Palestiniens.

La fusillade du 14 juillet pourrait avoir marqué un autre épisode violent parmi beaucoup d’autres signalés à Jérusalem ces derniers mois. À la suite de ces événements, le discours officiel israélien a totalement fait l’impasse sur l’occupation militaire et s’est concentré plutôt sur la question de la « sécurité » d’Israël menacée par le « terrorisme palestinien ». Les politiciens se sont alors mis en branle pour de nouvelles lois, des propositions et des idées radicales pour exploiter une situation tragique et maintenir le statu quo.

Compte tenu de tout ce qui a été vécu par les Palestiniens, toute analyse politique rationnelle aurait pu conclure que ces derniers perdraient également cette bataille. Les États-Unis soutenant pleinement les mesures israéliennes et la communauté internationale restant totalement apathique, les habitants de Jérusalem semblaient n’avoir guère de chances de leur côté.

Mais une telle approche du conflit, aussi logique puisse-t-elle paraître, se révèle terriblement fausse puisqu’elle néglige la force populaire.

Dans cette dernière confrontation, les Palestiniens de Jérusalem ont gagné, mettant en avant un modèle impressionnant de mobilisation et de solidarité populaire pour tous les Palestiniens. L’armée israélienne a enlevé les barricades et les détecteurs de métaux, poussant Israël au bord d’une crise politique où se mêlaient politiciens en colère, militaires et service de renseignement [Shin Bet].

La victoire du peuple a été une énorme embarras pour Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne à Ramallah. Il a essayé de « prendre en marche le train des protestations » mais a échoué, a rapporté l’Atlantic.

D’autres factions, également, se sont rapidement mobilisées pour capitaliser sur la victoire populaire, mais leurs efforts ont paru artificiels et dépourvus de sincérité.

« Aujourd’hui est une journée de joie, pleine de célébration et de chagrin en même temps – de douleur pour les personnes qui ont perdu la vie et ont été blessées », a déclaré un manifestant aux journalistes, alors que des milliers de fidèles ont pendant près de deux semaines pris d’assaut les portes de Jérusalem armés de leurs tapis de prière, de drapeaux et de chants.

« C’est un mouvement populaire qui n’est contrôlé ni par le Hamas ni par le Fatah, les dirigeants politiques traditionnels des Palestiniens », a déclaré le journaliste Imran Khan à l’extérieur du complexe.

Ce mouvement de base était fait de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. Parmi eux, Zeina Amro, qui a cuisiné tous les jours pour ceux qui se tenaient fermement à l’extérieur du complexe, puis a été blessée par une balle en acier enrobée de caoutchouc tirée à la tête. Mais elle est retournée le lendemain pour exhorter les hommes à tenir bon.

Parmi eux également l’enfant Yousef Sakafi, dont les tâches incluaient de rafraîchir avec de l’eau ceux qui se tenaient des heures durant sous l’implacable soleil, refusant de bouger.

Parmi eux également de nombreux chrétiens palestiniens qui sont venus prier aux côtés de leurs frères musulmans.

Rapportant depuis Jérusalem, les reportages télévisés et les photos des journaux ont montré des foules nombreuses, se tenant debout ou assises, priant ou se déplaçant sous les balles, les bombes sonores et les gaz lacrymogènes.

Mais la foule est composée d’individus, comme Zeina, Yousef et beaucoup d’autres, tous endurcis par leur persévérance à faire face à l’injustice avec leurs seules poitrines, donnant un magnifique exemple de ce que peut être la ténacité humaine.

Bien sûr, plus de violence suivra, car l’occupation israélienne dispose de plus en plus de moyens et est implacable, mais les Palestiniens du peuple n’abandonneront pas le combat. Ils ont pris leur résolution il y a bientôt 70 ans.

L’approche politique classique est incapable d’expliquer comment une nation qui a subi tant de revers peut encore se mobiliser contre une armée et gagner.

Mais le pouvoir du peuple dépasse souvent ce qui est apparemment rationnel. Presque privés de dirigeants, les Palestiniens restent une nation forte, unie par une identité qui repose sur les piliers que sont les droits de l’homme, la résistance et la fermeté.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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2 août 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Nelofer Pazira

L’armée syrienne affrontait l’EI bien longtemps avant que les Américains ne tirent leur premier missile

Robert FiskLes survivants de cette armée et leurs familles vont vouloir que leur sacrifice soit reconnu et même récompensé.

Je n’aime pas les armées. Ce sont des institutions dangereuses. Les soldats ne sont pas des héros juste parce qu’ils se battent. Et je suis fatigué de répéter que ceux qui vivent par l’épée pourraient bien aussi mourir par l’épée. Mais si on compare les 40 000 civils tués à Mossoul par les Américains, les Irakiens et l’EI au cours des douze derniers mois, aux 50 000 civils abattus par les Mongols au XIIIe siècle à Alep – et que l’on se rend compte que l’influence des droits humains sur les aviateurs américains, la brutalité irakienne, et le sadisme de l’EI, n’a permis d’obtenir qu’une diminution de 10 000 morts par rapport aux hordes mongoles – la mort semble parfois avoir perdu son sens.

Sauf quand on connaît les victimes ou leurs familles. J’ai un ami dont la mère a été assassinée à Damas, dans le faubourg de Harasta, au début de la guerre syrienne, un autre dont le beau-frère a été enlevé à l’est de la ville et n’a jamais été retrouvé. J’ai rencontré une petite fille dont la mère et le petit frère ont été abattus par des tueurs d’al-Nosra dans la ville de Jisr al-Shughour, et un Libanais qui croit que son neveu a été pendu dans une prison syrienne. Et puis, ce mois-ci, dans le désert syrien oriental, près du village d’al-Arak, aux cabanes balayées par la poussière, un soldat syrien que je connaissais, a été tué par l’EI.

C’était, bien sûr, un soldat de l’armée du régime syrien. Il était général d’une armée constamment accusée de crimes de guerre par la même nation, les États-Unis, dont les frappes aériennes ont si généreusement contribué au massacre épouvantable de Mossoul. Mais le général Fouad Khadour était un soldat professionnel et il défendait les champs de pétrole de l’est de la Syrie : les joyaux de la couronne de l’économie syrienne. L’EI voulait s’en emparer et c’est pour ça qu’ils ont tué Khadour. La guerre dans le désert n’est pas une guerre sale comme tant des attaques perpétrées en Syrie. Quand j’ai rencontré le général à l’ouest de Palmyre, l’EI venait de conquérir l’ancienne ville romaine et de trancher, en public, la tête des civils, des soldats et des fonctionnaires qui n’avaient pas réussi à fuir.

Un an auparavant, le fils du général, également soldat, avait été tué en se battant à Homs. Fouad Khadour a simplement fait oui de la tête quand je l’ai mentionné. Il voulait parler de la guerre dans les montagnes brûlées par le soleil du sud de Palmyre, où il enseignait à ses soldats à se battre contre les attaques suicides de l’EI, à défendre leurs positions isolées autour de la station de pompage et de transmission électrique où il était basé, et à sauver les pipelines T4 sur la route de Homs. Les Américains, qui proclamaient que l’EI était une force « apocalyptique », se sont moqués de l’armée syrienne qui, selon eux, ne se battait pas contre l’EI. Mais Khadour et ses hommes combattaient l’EI bien avant que les Américains ne tirent de missile, et ils ont appris la seule leçon que les soldats peuvent apprendre lorsqu’ils sont confrontés à un ennemi aussi horrible: ne pas avoir peur.

Khadour a reconnu avoir eu de grosses pertes. Puis il m’a raconté, avec un calme horrifié comment, lors d’une attaque sur un groupe de grottes dans les montagnes, ses soldats avaient trouvé des vêtements de femmes laissés derrière par l’EI. Je ne comprends pas, ai-je dit. « Moi non plus je ne comprenais pas » répondit le général, « puis nous avons réalisé qu’ils appartenaient probablement aux esclaves sexuelles Yezidis que Daesh avaient enlevées en Irak ».

Par la suite, les Syriens, soutenus par de massives attaques aériennes russes contre l’EI, sont revenus à Palmyre et ont repris la ville, et j’ai à nouveau rencontré le général Khadour dans la bicoque en béton, située entre un château Mamelouke du XIIIe siècle et une chaîne de montagnes, qui lui servait de quartier général. Il avait conduit ses soldats dans Palmyre sous de constants tirs de mortier. Beaucoup d’entre eux étaient morts en marchant sur les mines que l’EI avait habilement placées sous des chemins de terre apparemment fréquentés. Khadour avait lui-même été blessé par des éclats de mines, même s’il faisait plus de cas des scorpions qui venaient le piquer la nuit dans sa cabane de béton.

Il était également indigné par les médias. « Une équipe de télévision est venu à Palmyre après la bataille », m’a-t-il dit, « et le journaliste nous a demandé de reconstituer les combats pour pouvoir dire qu’il était là pendant qu’ils avaient lieu ! » Et il secoua la tête tristement. Ce n’était pas une équipe de télévision occidentale, a-t-il ajouté. Il m’a dit que la guerre allait continuer, qu’il y avait encore beaucoup de combats à mener dans le désert. Nous avons pris une photo de lui assis en treillis dans la chaleur du désert près d’un écran de camouflage déchiré. Il avait l’air de bonne humeur, fatigué peut-être, un homme qui avait beaucoup appris sur le désert. Il lui restait exactement un an à vivre.

L’EI est revenu à Palmyre et a été repoussé une fois de plus et quelques mois plus tard, a commencé la grande bataille pour repousser Isis vers l’Euphrate. Je voulais parler à Khadour à nouveau. Il se battait maintenant à l’est de Palmyre dans les collines autour d’al-Arak. Un ami l’a appelé, alors qu’il prenait un bref congé, chez lui, près de Lattakia – oui, c’était un alaouite tandis que la plupart de ses hommes étaient des musulmans sunnites -, pour lui dire que je voulais le voir. Il ne lui restait plus que deux jours à vivre.

L’officier supérieur de Khadour portait le même nom de famille – c’était le général Mohamed Khadour, qui commande toute la région militaire de l’est – bien qu’ils ne soient pas de la même famille. Il m’a emmené dans les collines où Khadour a été tué. Voici ce qu’il m’a dit : « Un collègue et moi-même parlions au téléphone à Fouad là où il était attaqué près du champ [de pétrole] Ramamin et nous sommes allés le voir pour parler de l’opération. Nous l’avons vu sur une colline en train d’organiser ses troupes à al-Arak. Il s’est dirigé vers la route où nous nous étions arrêtés et l’EI tirait des mortiers qui ont atterri près de nous. Ils savaient sur qui ils tiraient. Nous avons donné nos plans à Fouad. J’ai dit que nous devrions évacuer temporairement cette zone. Quand nous sommes remontés dans notre véhicule, Fouad est venu pour nous dire au revoir. Mais juste après notre départ, un réservoir de pétrole a explosé à côté de lui. Nous avons appris qu’il avait été touché à la main. J’ai essayé de l’appeler sur son téléphone et il a essayé de me répondre mais il n’arrivait pas à parler. Je voyais qu’il était en ligne parce que son nom était inscrit sur l’écran de mon téléphone. Ils l’ont amené à l’hôpital, il continuait à dire : « C’est juste ma main » et il était tout à fait conscient. Mais ils ont découvert qu’un éclat d’obus était entré dans son corps et avait transpercé ses poumons. Et puis son état s’est détérioré, sa respiration a commencé à faiblir et, une heure plus tard, il était mort. C’était un héros et un homme très courageux. »

Les ennemis du régime le nieront – car ils maudissent toute l’armée d’Assad – mais le fait est que le général Fouad Khadour est mort en combattant la même idéologie meurtrière que la Russie, l’Amérique et la France et d’innombrables pays Occidentaux considèrent comme leur pire ennemi. Le fait que tant d’armes de l’EI proviennent de l’Occident – comme me l’ont répété aussi bien le général Khadour vivant que le général Khadour mort – donne un tour cruellement ironique à cette histoire. Le tank qui a tiré sur Fouad Khadour était peut-être un tank syrien capturé au début de la guerre – ou un Abrams américain pris par l’EI à Mossoul en 2014 et amené en Syrie comme beaucoup d’autres tanks américains.

Mais la mort de Fouad Khadour signifie autre chose. C’est la perte d’un officier supérieur expérimenté de plus dans une armée qui a perdu environ 74 000 soldats. Il y a en effet beaucoup d’officiers parmi les soldats morts, parce que les commandants de terrain en Syrie sont en première ligne. Un autre officier supérieur a été tué lors d’un cessez-le-feu qui a échoué à Alep il y a deux semaines. J’ai rencontré un colonel syrien à Alep ce mois-ci qui, après mure réflexion, m’a dit que 200 personnes qu’il connaissait personnellement avaient été tuées dans la guerre, la plupart des soldats, et parmi eux son oncle. Les survivants de cette armée et leurs familles – s’ils « gagnent » cette guerre et si une victoire claire est possible quand autant de puissances étrangères sont impliquées, voudront que leur sacrifice soit reconnu et même récompensé.

L’importance de l’armée syrienne augmente chaque jour. Ce n’est plus la force armée corrompue et corruptrice qui a pourri au Liban pendant 29 ans, ni la force armée mal entraînée qui s’est confrontée à l’insurrection, au début, quand ses propres soldats faisaient défection. C’est maintenant l’armée arabe la plus aguerrie du Moyen-Orient, plus que l’armée irakienne qui a beaucoup moins de soldats professionnels.

Et c’est l’armée syrienne qui devra reconstruire la Syrie. Le général Fouad Khadour – et sa mort – font donc partie du futur autant que du passé de la Syrie.

A1 * Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

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27 juillet 2017 – The Independent – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




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Pourquoi la Palestine demeure l’enjeu

John Pilger Ce qui suit est une version abrégée de l’intervention de John Pilger à l’Exposition palestinienne à Londres le 8 juillet 2017. Son film, « Palestine is still the issue », peut être visionné ici.

La première fois que je suis allé en Palestine en tant que jeune journaliste dans les années 1960, j’ai séjourné dans un kibboutz. Les personnes que j’ai rencontrées travaillaient dur, étaient pleines d’entrain et se disaient socialistes. Je les aimais bien.

Un soir au dîner, j’ai demandé qui étaient les silhouettes de gens au loin, au-delà de notre périmètre. Des « Arabes », ont-ils dit, des « nomades ». Les mots avaient presque été crachés. Israël, ont-ils dit, signifiant la Palestine, n’avait été pour la majeure partie que des terres en friche et l’un des grands exploits de l’entreprise sioniste consistait à faire verdir le désert.

Ils m’ont donné comme exemple leur récolte d’oranges Jaffa, exportées vers le reste du monde. Quel triomphe contre les caprices de la nature et le manque de soin de l’humanité.

C’était le premier mensonge. La plupart des orangeraies et des vignobles appartenaient aux Palestiniens qui avaient cultivé le sol et exporté des oranges et des raisins vers l’Europe depuis le dix-huitième siècle. L’ancienne ville palestinienne de Jaffa était connue par ses habitants précédents comme « le lieu des oranges tristes ».

Au kibboutz, le mot « Palestinien » n’était jamais utilisé. J’ai demandé pourquoi. La réponse a été un silence gêné.

Partout dans le monde colonisé, la véritable souveraineté des peuples autochtones est redoutée par ceux qui ne peuvent jamais totalement masquer le fait, et le crime, qu’ils vivent sur des terres volées.

Dénier à ces peuples leur humanité est l’étape suivante – comme le peuple juif ne le sait que trop bien. Profaner leur dignité, leur culture et leur fierté suit aussi logiquement que la violence.

À Ramallah, suite à une invasion de la Cisjordanie par feu Ariel Sharon en 2002, en me rendant au Centre culturel palestinien j’ai traversé des rues de voitures écrasées et de maisons démolies. Jusqu’à ce matin-là, des soldats israéliens y avaient campé.

J’y ai été accueilli par la directrice du centre, la romancière, Liana Badr, dont les manuscrits originaux gisaient au sol dispersés et déchirés. Le disque dur contenant ses œuvres de fiction, et une bibliothèque de pièces de théâtre et de poésies avait été prise par des soldats israéliens. Presque tout avait été brisé, et souillé.

Aucun livre n’a survécu avec toutes ses pages; pas une seule bande maîtresse d’une des meilleures collections de cinéma palestinien.

Les soldats avaient uriné et déféqué sur les planchers, les bureaux, les broderies et les œuvres d’art. Ils avaient maculé les peintures des enfants de matières fécales, et écrit – avec de la merde – « Born to kill » (nés pour tuer).

Liana Badr avait des larmes aux yeux, mais elle gardait la tête haute. Elle a dit: « Nous allons le remettre en état. »

Ce qui rend furieux ceux qui colonisent et occupent, volent, oppriment, vandalisent et souillent, c’est le refus des victimes de se soumettre. Et c’est l’hommage que nous devrions tous rendre aux Palestiniens. Ils refusent de se soumettre. Ils continuent. Ils attendent – jusqu’à ce qu’ils reprennent le combat. Et ils le font même lorsque ceux qui les gouvernent collaborent avec leurs oppresseurs.

En plein bombardement israélien de Gaza en 2014, le journaliste palestinien Mohammed Omer n’a jamais cessé ses reportages. Lui et sa famille étaient éprouvés; il faisait la queue pour de la nourriture et de l’eau qu’il transportait à travers les décombres. Quand je lui téléphonais, je pouvais entendre les bombes à l’extérieur de sa porte. Il a refusé de se soumettre.

Les reportages de Mohammed, accompagnés de photos réalistes, étaient un modèle de journalisme professionnel qui faisait honte aux reportages dociles et veules des médias dits « mainstream » [dominants] en Grande-Bretagne et aux États-Unis. La notion d’objectivité de la BBC – amplifier les mythes et les mensonges de l’autorité, pratique dont elle est fière – est quotidiennement tournée en dérision par des journalistes comme Mohammed Omer.

Depuis plus de 40 ans, j’ai enregistré le refus du peuple de Palestine de se soumettre à leurs oppresseurs: Israël, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Union européenne.

Depuis 2008, la Grande-Bretagne à elle seule a accordé des licences pour l’exportation en Israël d’armes, de missiles, de drones et de fusils de tireur d’élite, d’une valeur de 434 millions de livres sterling.

Ceux qui ont affronté cela, sans armes, ceux qui ont refusé de se soumettre, font partie des Palestiniens que j’ai eu le privilège de connaître:

Mon ami, feu Mohammed Jarella, qui s’est escrimé pour l’agence des Nations Unies, l’UNRWA, en 1967 m’a montré un camp de réfugiés palestinien pour la première fois. C’était une journée d’hiver glaciale et les écoliers tremblaient de froid. « Un jour … » disait-il. « Un jour … »

Mustafa Barghouti, dont l’éloquence reste intacte, qui a décrit la tolérance qui existait en Palestine entre les juifs, les musulmans et les chrétiens jusqu’à ce que, comme il me l’a dit, « les sionistes ont voulu un état aux dépends des Palestiniens ».

Mona El-Farra, médecin à Gaza, dont la passion a été de recueillir de l’argent pour financer des interventions de chirurgie plastique pour les enfants défigurés par des balles israéliennes et des éclats d’obus. Son hôpital a été rasé par les bombes israéliennes en 2014.

Dr. Khalid Dahlan, psychiatre, dont les cliniques pour enfants à Gaza – enfants que la violence israélienne a rendus presque fous – étaient des oasis de civilisation.

Fatima et Nasser, couple dont la maison se trouvait dans un village près de Jérusalem classé « Zone A et B », ce qui signifie qu’il a été proclamé que la terre y était réservée exclusivement aux juifs. Leurs parents y avaient vécu… Leurs grands-parents y avaient vécu. Aujourd’hui, les bulldozers construisent des routes réservées aux juifs, protégés par des lois qui ne s’appliquent qu’aux juifs.

Il était minuit passé quand le travail d’accouchement de leur second enfant a commencé. Le bébé était prématuré, et quand ils sont arrivés à un poste de contrôle avec l’hôpital en vue, le jeune soldat israélien leur a dit qu’ils devaient produire un autre document.

Fatima perdait beaucoup de sang. Le soldat se mit à rire et à imiter ses gémissements et il leur a dit: « Rentrez chez vous ». Le bébé est né là dans un camion. Il était tout bleu de froid et sous peu, n’ayant pu recevoir de soins, il est mort d’hypothermie. Le nom du bébé était Sultan.

Pour les Palestiniens, ce seront des histoires bien connues. La question est la suivante : pourquoi ne le sont-elles pas à Londres, à Washington, à Bruxelles et à Sydney?

En Syrie, une cause progressiste récente – parrainée par George Clooney – recueille des fonds généreux en Grande-Bretagne et aux États-Unis, même si les bénéficiaires, les soi-disant rebelles, sont dominés par des djihadistes fanatiques, produits de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak et de la destruction de la Libye moderne.

Et pourtant, l’occupation la plus longue des temps modernes et la résistance qui lui est opposée ne sont pas reconnues. Lorsque soudainement l’ONU bouge et définit Israël comme un État d’apartheid, comme ce fut le cas cette année, cela suscite l’indignation – non pas envers un État dont la « vocation essentielle » est le racisme, mais envers une commission de l’ONU qui a osé rompre le silence.

« La Palestine » a déclaré Nelson Mandela, « est la plus grande question morale de notre époque ».

Pourquoi cette vérité est-elle étouffée, jour après jour, mois près mois, année après année ?

Concernant Israël, l’État d’apartheid, coupable de crime contre l’humanité et de violation du droit international plus que tout autre état, ceux qui savent et dont le travail consiste à maintenir les pendules à l’heure, ceux-là gardent le silence

Concernant Israël, tant de journalisme se laisse impressionner et contrôler par la pensée unique qui exige le silence sur la Palestine, alors que le journalisme qui se respecte est devenu dissidence: une avant-garde métaphorique.

Un seul mot – « conflit » – permet ce silence. « Le conflit israélo-arabe », entonnent les robots devant leurs téléprompteurs. Quand un journaliste de longue date de la BBC, un homme qui connaît la vérité, parle de « deux récits », la contorsion morale est totale.

Il n’y a pas de conflit, pas deux récits, avec leur articulation morale. Il y a une occupation militaire imposée par une puissance nucléaire soutenue par la plus grande puissance militaire au monde; et il y a une énorme injustice.

Le mot « occupation » peut être interdit, supprimé du dictionnaire. Mais le souvenir de la vérité historique ne peut être interdit: celui de l’expulsion systémique des Palestiniens de leur patrie. « Le Plan D », comme l’appelaient les Israéliens en 1948.

L’historien israélien Benny Morris rapporte comment un des généraux de David Ben-Gourion, premier premier ministre israélien, lui demanda: « Que ferons-nous des Arabes? »

Le premier ministre, écrit Morris, « fit un geste de la main dédaigneux et vigoureux ». « Expulsez-les! », a-t-il répondu.

Soixante-dix ans, plus tard, ce crime est étouffé dans la culture intellectuelle et politique de l’Occident. Ou bien c’est une question discutable, ou simplement controversée. Des journalistes grassement payés et qui acceptent avec enthousiasme les voyages offerts par le gouvernement israélien, son hospitalité et sa flatterie, protestent avec véhémence si leur indépendance est mise en cause. Le terme « idiots utiles » a été inventé pour eux.

En 2011, j’ai été frappé par la facilité avec laquelle l’un des romanciers les plus acclamés de Grande-Bretagne, Ian McEwan, un homme tout irradié des Lumières de la bourgeoisie, a accepté le Prix de Jérusalem de littérature dans l’État d’apartheid.

McEwan serait-il allé à Sun City dans l’Afrique du Sud de l’apartheid ? Ils y remettaient aussi des prix, tous frais payés. M. McEwan a justifié son geste en termes ambigus sur l’indépendance de la « société civile »

La propagande – à la McEwan, avec petite tape symbolique sur les doigts de ses hôtes ravis – est une arme pour les oppresseurs de la Palestine. Comme le sucre, elle s’insinue dans presque tout aujourd’hui.

Comprendre et déconstruire la propagande étatique et culturelle est notre tâche la plus cruciale. On nous emmène de force vers une deuxième guerre froide, dont le but final est de soumettre et de balkaniser la Russie et d’intimider la Chine.

Lorsque Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entretenus en privé pendant plus de deux heures lors de la réunion du G20 à Hambourg, apparemment sur la nécessité de ne pas se faire la guerre mutuellement, les objecteurs les plus virulents étaient ceux qui se font les chantres du libéralisme, comme le journaliste politique sioniste du Guardian.

« Pas étonnant que Poutine était souriant à Hambourg », a écrit Jonathan Freedland. « Il sait qu’il a atteint son objectif principal: il a restauré la faiblesse de l’Amérique. » Signal du mépris pour le Méchant Vlad.

Ces propagandistes n’ont jamais connu la guerre mais ils adorent le jeu de la guerre impériale. Ce que Ian McEwan appelle la « société civile » est devenu une source riche en propagande connexe.

Prenez un terme souvent utilisé par les gardiens de la société civile – « droits de l’homme ». À l’instar d’un autre concept noble, celui de « démocratie », le terme « droits de l’homme » a été presque vidé de son sens et de son objectif.

À l’instar du « processus de paix » et de la « feuille de route », les droits de l’homme en Palestine ont été détournés par les gouvernements occidentaux et les ONG d’entreprises qu’ils financent et qui revendiquent une autorité morale chimérique.

Ainsi, lorsque les gouvernements et les ONG demandent à Israël de « respecter les droits de l’homme » en Palestine, rien ne se passe, car tous savent qu’il n’y a rien à craindre; rien ne changera.

Notez le silence de l’Union européenne, qui satisfait les désirs d’Israël tout en refusant de respecter ses engagements envers le peuple de Gaza – comme maintenir la planche de salut qu’est l‘ouverture du passage frontalier de Rafah : mesure qu’elle a acceptée pour remplir sa part de l’accord en vue de l’arrêt des combats en 2014. L’aménagement d’un port maritime pour Gaza – convenu par Bruxelles en 2014 – a été abandonné.

La commission des Nations Unies dont j’ai parlée, dont le nom complet est Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale, a décrit Israël comme étant, je la cite, « conçu avec pour vocation essentielle » la discrimination raciale.

Des millions de personnes comprennent cela. Ce que les gouvernements de Londres, de Washington, de Bruxelles et de Tel Aviv ne peuvent pas contrôler, c’est que l’humanité au niveau de la rue est en train de changer, peut-être comme jamais auparavant.

Les gens, partout, sont en train de bouger et ont une plus grande conscience, à mon avis, que jamais auparavant. Certains sont déjà en révolte ouverte. L’atrocité de Grenfell Tower à Londres a rassemblé les communautés dans une résistance dynamique quasi nationale.

Grâce à une campagne populaire, le pouvoir judiciaire examine aujourd’hui les preuves en vue d’une éventuelle poursuite de Tony Blair pour crimes de guerre. Même si cela échoue, c’est une évolution cruciale, faisant tomber une nouvelle barrière entre le public et sa prise de conscience de la nature vorace des crimes du pouvoir étatique – le mépris systémique de l’humanité perpétrée en Irak, dans la tour Grenfell, en Palestine. Ce sont les points qui attendent d’être reliés.

Pendant la majeure partie du 21ème siècle, la supercherie du pouvoir d’entreprise se faisant passer pour la démocratie a dépendu de la propagande de l’égarement: reposant en grande partie sur le culte du « moi d’abord » conçu pour désorienter notre faculté de nous soucier des autres, d’agir ensemble, de nous préoccuper de justice sociale et d’internationalisme.

Classe, genre et race ont été séparés de force. Le personnel est devenu le politique et les médias le message. La promotion du privilège bourgeois a été présentée comme une politique « progressiste ». Ce n’était pas le cas. Ça ne l’est jamais. C’est la promotion du privilège et du pouvoir.

Chez les jeunes, l’internationalisme a trouvé un vaste nouveau public. Voyez le soutien à Jeremy Corbyn et la réception réservée au cirque du G20 à Hambourg. En comprenant la vérité et les impératifs de l’internationalisme, et en rejetant le colonialisme, nous comprenons la lutte de la Palestine.

Mandela l’a formulé ainsi: « Nous ne savons que trop bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens ».

Au cœur du Moyen-Orient, il y a l’injustice historique en Palestine. Jusqu’à ce qu’elle soit résolue, et que les Palestiniens aient leur liberté et leur patrie, et qu’Israéliens et Palestiniens soient égaux devant la loi, il n’y aura pas de paix dans la région, et peut-être nulle part ailleurs.

Ce que Mandela disait, c’est que la liberté elle-même est précaire tant que les gouvernements puissants peuvent refuser la justice aux autres, terroriser les autres, emprisonner et tuer les autres, en notre nom. Israël comprend certainement la menace qu’un jour il puisse devoir être normal.

Voilà pourquoi son ambassadeur en Grande-Bretagne est Mark Regev, bien connu des journalistes en tant que propagandiste professionnel, et pourquoi le « grand bluff » des accusations d’antisémitisme, comme le nomma Ilan Pappe, a pu contorsionner le Parti travailliste visant à discréditer Jeremy Corbyn en tant que dirigeant. Le fait est qu’il n’a pas réussi.

Les événements évoluent rapidement maintenant. La remarquable campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) remporte des succès, jour après jour; des villes et des cités, des syndicats et des organisations étudiantes y adhèrent. La tentative du gouvernement britannique de restreindre la liberté des conseils locaux à appliquer le BDS a échoué devant les tribunaux.

Ce ne sont pas des fétus de paille. Lorsque les Palestiniens se lèveront à nouveau, ce qu’ils feront, ils ne réussiront peut-être pas tout de suite, mais ils finiront par le faire si nous comprenons qu’ils sont nous, et que nous sommes eux.

* Militant anti-guerre, John Pilger est aussi un journaliste et réalisateur internationalement connu . Consultez son site internet.


11 juillet 2017 – Counterpunch – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




Photo : Jehan AlFarra/Middle East Monitor

Ethnicité juive, solidarité palestinienne, identité humaine

Richard Falk [Remarque préliminaire : l’entretien suivant avec Abdo Emara, journaliste arabe a été publié en Arabe ; il est republié ici sous une forme légèrement différente. Les modifications effectuées sont d’ordre stylistique ou pour clarifier le propos. Il n’y a pas de changement sur le fond par rapport à mes réponses antérieures. Je pense qu’il vaut la peine de partager ce texte parce que les questions posées par Abdo Emara me le sont souvent au cours de la phase de discussion qui suit les exposés que j’ai fait récemment.]

1. Beaucoup pensent que tous les juifs sont totalement partiaux envers Israël. Comme vous êtes juif, cette idée soulève des questions. Pourquoi soutenez-vous les revendications des Palestiniens ? Et pourquoi êtes-vous persona non grata en Israël alors que vous êtes juif ?

C’est un secret plutôt bien gardé que dès le début du mouvement sioniste il y avait beaucoup de juifs, parmi lesquels des personnes renommées dans leur pays, qui étaient opposés à l’idéologie sioniste, ou la critiquaient vigoureusement, et désapprouvaient la façon dont Israël a été créé et s’est développé par la suite. Après 1948, et plus encore après 1967, les partisans d’Israël, fortement encouragés par les dirigeants sionistes et diplomates israéliens, ont de plus en plus prétendu que le gouvernement israélien parlait au nom de tous les juifs, qu’ils résident ou non en Israël. Si quelqu’un nie ou rejette cette affirmation de représentation universelle, cette personne sera qualifiée d’antisémite par les sionistes/Israéliens ou, tout aussi grave, de juif qui se haït soi-même, voire des deux à la fois.

J’ai de plus en plus soutenu les revendications des Palestiniens sous deux angles, d’une part celui d’un spécialiste en droit international, et d‘autre part celui d’un être humain opposé à l’oppression et à la souffrance d’autrui, que je partage ou non l’origine ethnique ou religieuse des victimes de mauvais traitements. Mes prises de position n’ont rien à voir avec un quelconque sentiment de haine des juifs ou d’aliénation de la communauté juive, ou de quiconque pour des raisons d’appartenance ethnique ou de croyances. L’identité pour moi est davantage liée à notre humanité commune, et induit l’action solidaire avec les victimes de mauvais traitements, et je me préoccupe moins de savoir si ces victimes se trouvent être juives ou non. J’ai puisé sagesse et perspicacité dans les traditions juives, en particulier en prêtant attention aux prophètes bibliques de l’Ancien Testament, mais également au contact des grands textes du bouddhisme, du christianisme et de l’islam. En même temps, certains passages de l’Ancien testament qui semblent recommander et même célébrer des offensives génocidaires contre les anciens ennemies du peuple juif m’horrifient.

2. Comment le prétexte de l’antisémitisme est-il utilisé pour réduire au silence les voix critiques en Israël et dans le monde occidental ? Et quelles sont les institutions les plus influentes qui tentent de faire taire et discréditer les voix d ‘universitaires qui rejettent les politiques répressives d’Israël ?

Il y a une campagne concertée en Europe et en Amérique du Nord, appuyée par des lobbies israéliens et des groupes de pression sionistes extrémistes, pour diffamer les critiques d’Israël en les qualifiant ‘d’antisémites.’ Depuis le génocide nazi surtout, traiter quelqu’un d’antisémite qu’il y ait ou non un motif sérieux à une telle accusation est devenu l’un des moyens de discrédit et de diversion les plus efficaces. Même lorsque les accusations ne font pas taire un critique, comme dans mon cas, elles ont des effets préjudiciables et blessants. Par dessus tout, elles déplacent le débat de la validité du message à la crédibilité du messager. Dans le contexte d’Israël/Palestine cela détourne l’attention du calvaire que vivent les Palestiniens quotidiennement. Ainsi, les allégations d’antisémitisme fonctionnent à la fois comme épée (pour blesser le messager) et bouclier (pour dévier et refreiner la critique et l’opposition).

3. Comment interprétez-vous les politiques égyptiennes envers Gaza depuis le coup d’état du général Sisi ? Comment faire changer ces politiques ? quel est leur statut légal ?

Je vois les politiques égyptiennes envers Gaza depuis le coup d’état du général Sisi de 2013 principalement comme l’expression d’une collaboration renouvelée avec Israël à l’égard de Gaza que vient renforcer la vision du Caire selon laquelle le Hamas est affilié aux Frères musulmans, ennemi numéro un de l’actuel gouvernement égyptien et s’en inspire. Je ne connais pas en détails la politique égyptienne vis-à-vis de Gaza, mais je sais qu’elle impose des restrictions arbitraires et pénibles sur les entrées et sorties.

Les politiques égyptiennes envers Gaza semblent clairement impliquer une complicité avec les pires abus commis par Israël à Gaza, et entraînent une responsabilité pénale potentielle des dirigeants égyptiens et des exécutants. Israël (L’Egypte ?) semble manifestement coupable d’infliger une punition collective à la population civile de Gaza et complice de la mise en œuvre du blocus illégal de Gaza que l’état d’Israël maintient depuis 2007, blocus aux nombreuses conséquences cruelles pour les Palestiniens, y compris ceux qui ont besoin de quitter Gaza pour recevoir des traitements médicaux cruciaux qui peuvent leur sauver la vie.

4. Quelle est votre évaluation du nouveau document de politique du Hamas ?

Je pense que dans ce document le Hamas s’oriente vers l’adoption d’une approche politique de ses relations avec à la fois Israël et l’Egypte. Par approche politique j’entends la volonté d’établir des accords intérimaires à long terme en vue d’une coexistence pacifique avec Israël et une normalisation avec l’Egypte. Le Hamas exprime cette volonté en signifiant qu’il est prêt à accepter l’’établissement d’un état palestinien sur le territoire occupé par Israël depuis la fin de la guerre de 1967. Un tel changement du Hamas ne signifie pas qu’il reconnaisse la légitimité d’Israël en tant qu’état, ni qu’il répudie sa charte de 1988, bien qu’il abandonne la rhétorique anti sémite et semble plus disposé à poursuivre ses objectifs par la voie politique et diplomatique plutôt que par le recours à la lutte armée, sans renoncer en aucune façon au droit à la résistance, y compris la résistance armée.

5. A la lumière du rejet dernièrement par l’ONU du rapport du CESAO, que vous-même avez rédigé, est-il devenu impossible pour les Palestiniens d’obtenir leurs droits légitimes par l’entremise d’organisations internationales ?

La réaction à notre rapport pour le CESAO, « Les Pratiques d’Israël envers le peuple Palestinien et la Question de l’Apartheid, » a en effet révélé un manque d’indépendance et d’objectivité au sein de l’ONU lorsque soumise à une pression géopolitique intense du gouvernement états-unien. Il a semblé évident lorsque le secrétaire général de l’ONU ordonna au CESAO de retirer notre rapport de son site internet, qu’il succombait à la pression exercée par les Etats-Unis, dont l’ambassadeur aux Nations Unies a dénoncé le rapport dés sa sortie sans donner aucune raison, et probablement sans même qu’il ait été lu, et exigea son rejet. Le résultat, bien sûr, fut mitigé.

L’aspect positif c’est que Rima Khalaf, directrice très respectée du CESAO donna sa démission par principe plutôt que de suivre les directives du SG, et la tempête que souleva la publication du rapport fit que le texte a été plus largement lu et s’est avéré bien plus influent qu’il ne l’aurait été s’il avait été traité de façon appropriée. L’aspect négatif c’est qu’il est prouvé que l’ONU est souvent incapable d’agir de manière efficace en soutien au peuple palestinien et à leur long combat pour leurs droits fondamentaux. L’ONU est neutralisée géopolitiquement en tant qu’acteur politique même lorsque Israël défie de façon flagrante et persistante le doit international et sa propre charte.

6. Parlez-nous du Century Deal entre Palestiniens et Israéliens parrainé par Donald Trump ……. Qu’attendez-vous d ‘un tel accord ? Inclura-t-il ce qui est défini comme une « relocalisation » des Palestiniens dans la Bande de Gaza et dans le Sinaï ?

Rien de positif pour le peuple palestinien ne peut sortir des spéculations selon lesquelles M. Trump va bientôt négocier l’accord de paix final. Gérer le statu quo convient parfaitement à Israël, qui pendant ce temps accroît progressivement ses possessions territoriales par le biais des colonies, la construction du mur, ses déclarations sécuritaires et diverses manipulations démographiques. Il manque à la Palestine une direction crédible capable de représenter le peuple palestinien. Ceci reflète en partie la faible crédibilité et le bilan médiocre de l’Autorité Palestinienne et en partie le fossé profond qui sépare le Hamas du Fatah. L’unité palestinienne et une direction crédible sont des prérequis pour qu’une authentique diplomatie puisse reprendre. Il ne faut pas confondre pression géopolitique et véritable diplomatie, la première ne produira pas de paix durable même si l’AP est forcée d’avaler une issue unilatérale favorable à Israël déguisée en solution.

7. Comment Israël considère-t-il l’actuel régime égyptien ? Et à quel point se sentait-il à l’aise avec Mohamed Morsi ?

Israël semble très satisfait de l’actuel gouvernement égyptien, et des politiques poursuivies par le Caire en Egypte même et dans la région. Ceci contraste fortement avec l’aversion à peine voilée pour le gouvernement Morsi et l’anxiété suscitée, et l’inquiétude que l’Egypte de M. Morsi conteste de plus en plus le traitement des Palestiniens par Israël, en particulier à Gaza, et qu’il puisse modifier l’équilibre des forces dans la région au détriment des intérêts d’Israël.

8. Est-ce qu’Israël déteste l’existence de régimes démocratiques dans la région arabe, notamment dans les pays voisins ? Et pourquoi ?

Israël est opposé à l’émergence de démocraties au Moyen-Orient pour plusieurs raisons. La plus évidente c’est que les politiques de gouvernements arabes, un tant soit peu démocratiques, sont plus susceptibles de refléter les sentiments pro-palestiniens de leurs citoyens. De même, des gouvernements arabes qui adhèrent aux valeurs démocratiques sont plus susceptibles de se montrer solidaires de la cause palestinienne. Il est aussi plus facile pour Israël de parvenir à des arrangements pragmatiques avec des dirigeants autoritaires qui rendent peu de comptes à leur propre peuple et qui ont fait preuve d’une propension cynique à sacrifier les Palestiniens pour satisfaire leurs propres intérêts stratégiques nationaux. Ceci s’est révélé on ne peut plus évident dans le type de diplomatie poursuivie par les monarchies du Golfe ces dernières années, absolument évident lors des trois attaques massives de Gaza par Israël au cours de la dernière décennie qui ont dévasté une population civile totalement vulnérable.

9. Pourquoi les groupes de réflexion d’extrême droite, comme le Gatestone Institute et le Middle East Forum, connus pour leur soutien absolu à Israël louent le président Abdel Fattah Al-Sisi. Pourquoi ces organisations l’encensent-elles autant ?

Mes réponses antérieures indiquent clairement que la communauté politique israélienne est satisfaite que l’Egypte soit gouvernée par un dirigeant autoritaire dont la priorité est l’élimination de l’islam politique, représenté en Egypte par les Frères Musulmans. La gouvernance égyptienne à la Sisi, c’est précisément ce qu‘Israël souhaite voir émerger dans toute la région, et sinon, alors la seconde option c’est le chaos prolongé du style de celui qui existe en Syrie, Irak, et au Yémen. En outre, le confessionnalisme renforcé de l’Arabie Saoudite est en adéquation avec l’opinion d’Israël selon laquelle l’Iran représente la plus grande menace, non pas tellement pour sa sécurité, mais pour ses ambitions en matière d’influence régionale.

10. A votre avis quel est le pays arabe qui soutient le plus la cause palestinienne ?

Je dirais qu’aucun des pays arabes ne soutient authentiquement la lutte palestinienne actuellement. Ironiquement, dans la région ce sont des pays non arabes, la Turquie et l’Iran, qui sont le plus solidaires, mais leur soutien est extrêmement limité. Il est désolant d’observer que la dérive de la politique régionale laisse les Palestiniens sans soutien gouvernemental dans le monde arabe, réalité exacerbée par le fait que si les populations de ces pays étaient en mesure de décider des politiques mises en œuvre, les Palestiniens seraient fortement soutenus. De ce point de vue, y compris en Occident, les espoirs des Palestiniens pour l’avenir sont de plus en plus dépendants de l’interaction entre leur propre résistance et un mouvement de solidarité croissant en Europe et en Amérique du Nord. L’ONU et la diplomatie traditionnelle, telle que pratiquée dans le cadre d’Oslo depuis plus de 20 ans, se sont avérées être des impasses lorsqu’il s’agit de protéger les droits des Palestiniens.

* Richard Falk est professeur émérite, détenteur de la chaire Albert G Milbank de droit international à l’université de Princeton et chercheur à Orfalea Center of Global Studies. Il a aussi été rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme palestiniens.
Pour consulter son blog.

24 juin 2017 – zcomm.org – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




Photo : ActiveStills.org

Au bout de 10 ans de blocus, Gaza atteint un point de rupture humanitaire et politique

Chloé BenoistAlors que la bande de Gaza vient de passer la barre des 10 ans du siège israélien de la petite enclave palestinienne, jeudi, la situation humanitaire continue à préoccuper les groupes de défense des droits humains, qui ne cessent de dénoncer les « conditions de vie les plus inhumaines du monde moderne. »

Gaza, qui a souvent été comparée à une « prison à ciel ouvert » pour ses 1,9 million d’habitants entassés dans 365 kilomètres carrés, vient de subir une décennie d’isolement et de privations, aggravée par trois agressions militaires israéliennes dévastatrices et une persistante lutte politique entre deux factions palestiniennes.

La décision récente de l’Autorité palestinienne (PA) de demander à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza a fait craindre que la situation à Gaza n’atteigne rapidement un niveau de dégradation politique et humanitaire aux conséquences imprévisibles.

Une décennie de restrictions épouvantables

Six mois après qu’Israël a évacué ses colonies illégales dans la bande de Gaza, le mouvement du Hamas a remporté des élections législatives palestiniennes en janvier 2006 avec une victoire écrasante : il a remporté 74 sièges au Conseil législatif palestinien (PLC), tandis que le Fatah, le parti de l’AP au pouvoir, n’en remportait que 45.

Ce « tsunami » comme le Fatah l’a appelé, n’a pas enchanté les responsables du Fatah, et les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont aggravées d’autant plus que les israéliens et les Etatsuniens ont décidé d’imposer des sanctions économiques à l’AP, parce qu’ils considéraient le Hamas comme un groupe terroriste.

Les tensions ont abouti à la bataille de Gaza entre le 10 juin et le 15 juin 2007, au cours de laquelle le Hamas a pris le plein contrôle de la côte. Israël a réagi en imposant le blocus militaire total de Gaza.

Depuis 10 ans, les autorités israéliennes restreignent sévèrement la liberté de circulation des Gazaouis, exigeant que tous les Palestiniens – y compris les malades en traitement, les hommes d’affaires et les hommes âgés qui veulent aller prier – aient un permis pour entrer ou sortir des territoires occupés à travers le checkpoint d’Erez.

L’Égypte, le seul autre pays qui partage une frontière avec Gaza, a également intensifié le blocus depuis qu’Abd al-Fattah al-Sisi a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en 2013 et est devenu président.

La plupart des Gazaouis ne peuvent ni sortir de l’enclave côtière assiégée ni y entrer, parfois pendant des mois d’affilée, parce que les autorités égyptiennes n’ouvrent que sporadiquement le poste frontière de Rafah. Selon les Nations Unies, il n’a été ouvert que 44 jours en 2016, et 21 jours en 2015.

L’Égypte a récemment tenté de faire pression sur le gouvernement de Gaza pour qu’il coopère avec ses violentes opérations de «contre-terrorisme» en échange de la fourniture d’électricité dont Gaza a un besoin impérieux.

Israël a également maintenu des restrictions draconiennes sur l’approvisionnement de l’enclave assiégée, arguant que des matériaux de construction comme le ciment pouvaient être utilisés par le Hamas et d’autres groupes de résistance palestinienne à des fins militaires.

Les dossiers du ministère israélien de la Défense publiés en 2012 ont également révélé que les autorités israéliennes ont aussi limité l’entrée de la nourriture dans Gaza ; selon l’ONG juridique Gisha, des produits tels que la cardamome, le chocolat et les chips étaient interdits d’importation dans Gaza en 2010. De plus, le secteur agricole de Gaza a beaucoup souffert des « zones tampons » créées par Israël à la fois sur terre et en mer ; les agriculteurs palestiniens risquent leur vie lorsqu’ils s’approchent trop près de la clôture de la frontière et les pêcheurs lorsqu’ils s’éloignent de la petite « zone de pêche délimitée » (par Israël) au large de la bande de Gaza.

Le profond impact de trois guerres

Israël a inlassablement tenté d’écraser la résistance palestinienne dans la bande de Gaza pendant toutes ces années, en prétendant que les roquettes sporadiquement tirées de la petite enclave palestinienne, ou que les tunnels construits entre Gaza et Israël ou l’Égypte justifiaient ses mesures punitives contre Gaza.


A Fish Out of Water: Gaza’s First Fisherwoman

Alors que les tunnels entre Gaza et Israël sont utilisés par des groupes de la résistance pour attaquer Israël, les tunnels vers l’Égypte sont utilisés par le Hamas comme une source de revenus et d’armes et aussi pour faire rentrer des produits de première nécessité pour les Gazaouis, comme de la nourriture, des médicaments et des matériaux de constructions indispensables.

Le blocage déjà rigoureux a vu son impact multiplié par plusieurs attaques militaires israéliennes de grande envergure sur Gaza pendant ces dix ans ; des groupes de défense des droits humains ont accusé Israël d’un usage disproportionné de la force qui s’apparente à des crimes de guerre.

Pendant l’opération « Plomb durci », une guerre de trois semaines qui a commencé à la fin de décembre 2008 et s’est terminée en janvier 2009, 1 391 Palestiniens ont été tués – dont 926 civils – et plus de 5 000 ont été blessés, selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR). Dans le même temps, 13 Israéliens ont été tués – quatre d’entre eux par un feu ami – et 518 ont été blessés. En novembre 2012, les frappes militaires israéliennes d’une durée d’une semaine connues sous le nom de « Opération Pilier de Défense » ont tué 160 Palestiniens tués et fait 1 000 blessés, selon le PCHR, tandis que, selon le gouvernement israélien, 6 Israéliens ont été tués et 229 blessés.

Le conflit le plus dévastateur, toutefois, a eu lieu à l’été 2014, lorsqu’une guerre de sept semaines a coûté la vie à 2 310 Palestiniens, 70% d’entre eux des civils selon le ministère de la Santé de Gaza, et en a blessé plus de 10 500 autres. Pendant ce temps, 72 Israéliens, dont 67 soldats, ont été tués et 555 blessés.

Le Hamas n’a pas revendiqué d’attaques de roquette depuis que le cessez-le-feu a été déclaré après la guerre de 2014 et il a même essayé d’empêcher les plus petits groupes de lancer des roquettes. Les officiels israéliens ont néanmoins accusé le Hamas de « préparer » une autre guerre avec Israël et ont mené des opérations de représailles sur toute la bande de Gaza –par des  » target= »_blank »>frappes aériennes en 2016 et plus tôt dans l’année notamment. Les autorités israéliennes tiennent le Hamas pour responsable de toutes les attaques contre des cibles israéliennes en provenance de la bande de Gaza.

Une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver

Les trois offensives israéliennes ont causé des dégâts considérables à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie et à l’infrastructure médicale de Gaza et ont détruit des milliers de maisons dont La reconstruction a été sérieusement bloquée par les limitations israéliennes imposées à l’importation de matériaux, ainsi que par les retards dans le règlement de l’aide internationale. En août 2016, environ 50% des bâtiments qui ont été complètement détruits pendant la guerre dévastatrice de 2014 attendaient encore d’être reconstruits, et un rapport de l’ONU d’avril 2016 estimait que 75 000 Palestiniens étaient encore sans abri presque deux ans après la dernière guerre.

Souffrant d’un taux de chômage de 44 %, un des plus élevés du monde, environ 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU a averti que la bande de Gaza pourrait devenir « invivable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour améliorer la situation, mais les développements récents font craindre que la détérioration du niveau de vie puisse se produire beaucoup plus vite que prévu.

Alors que Gaza lutte depuis des années avec des pénuries d’électricité du fait de l’accès limité aux carburants et des infrastructures dégradées, la seule centrale électrique de Gaza a fermé en avril, parce que les responsables de l’électricité de Gaza disent qu’ils ne peuvent pas payer la taxe imposée par l’AP sur le carburant diesel, qui a doublé le coût d’exploitation de la centrale.

En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre. Et la décision d’Israël de limiter l’alimentation en électricité de Gaza à la demande de l’AP qui accuse le Hamas de ne pas lui transférer l’argent des taxes, pourrait encore réduire de moitié l’accès à l’électricité.

Un groupe de 16 organisations de la société civile a exhorté mercredi les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision de restreindre la fourniture d’électricité à Gaza, affirmant que la décision n’avait « pas de rapport avec les besoins concrets de sécurité » et qu’elle était « de nature politique », et que, par conséquent elle violait le droit international.

« Israël ne peut prétendre être un simple fournisseur de services répondant de manière neutre à la demande d’un client. Compte-tenu de son contrôle absolu sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a le devoir, en tant que force d’occupation, de faire en sorte que ses habitants aient une vie normale », ont déclaré ces organisations.

« Les dommages que causeraient aux Israéliens et aux Palestiniens de la région dans son ensemble une escalade des hostilités, sont beaucoup plus importants que le bénéfice (politique ou autre) qui peut être retiré de la mise en œuvre d’une telle décision. » L’accès aux soins de santé a été fortement affecté par le blocus, les pénuries d’électricité et les compressions budgétaires de l’AP, et la vie de centaines de malades est en danger.

« Le secteur de la santé ne peut fournir que des soins élémentaires – les hôpitaux sont obligés d’annuler certaines opérations et de réduire l’intendance et ils dépendent des Nations Unies pour le carburant nécessaires aux générateurs de secours », a dit, jeudi, Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Lynk a ajouté que, du fait que les stations de traitement de l’eau de Gaza fonctionnent à environ de 15 % de leur capacité en raison de la pénurie d’électricité, les eaux usées se déversent dans la mer Méditerranée, et l’accès à l’eau potable à Gaza devient de plus en plus rare.

Lynk a également indiqué que le prix des denrées de première nécessité, comme la nourriture, augmentait, tandis que l’augmentation des coupures d’électricité obligeait les entreprises à fermer ou à réduire les heures de travail, entraînant encore plus de chômage.

Les rivalités politiques palestiniennes perdurent

Au cours de la décennie, la rivalité entre le Hamas et le Fatah a persisté sans relâche, et les récentes décisions de l’Autorité palestinienne ont encore aggravé les difficiles conditions de vie à Gaza.

Les tensions n’ont fait que s’intensifier au cours des derniers mois à cause de la crise de l’électricité à Gaza; dans les deux camps, en Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des soupçons d’arrestations politiques; l’AP a réduit les salaires des fonctionnaires de Gaza; et des élections locales ont été tenues en Cisjordanie, malgré le boycott du Hamas et d’autres partis.

Durant sa décennie au pouvoir à Gaza, le Hamas a été accusé de violations des droits de l’homme, notamment pour l’utilisation de la peine de mort contre les personnes accusées de « collaboration » avec Israël et sa répression des voix dissidentes.

Le journal d’information israélien Ynet a rapporté mercredi que l’AP, dans une déclaration sur les 10 ans de blocus, avait accusé le Hamas d’être responsable de la situation à Gaza.

« La deuxième Nakba qui a frappé notre peuple », disait la déclaration, en faisant référence au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. « Le Hamas a transformé Gaza en un enfer intolérable. »


Gaza: Energy shortage adds to plight of residents

Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU, a dit qu’Israël, l’AP et le Hamas avaient tous « une responsabilité directe dans la crise », et il les a exhortés à agir tous pour le bien-être des résidents de Gaza. 

« Je les invite à mettre de côté leur différend, à se montrer à la hauteur de leurs obligations juridiques et politiques, et à s’assurer que les besoins en électricité de la population soient pleinement satisfaits et que les besoins immédiats en matière d’infrastructures indispensables soient pris en compte, » a-t-il déclaré.

« Maintenir Gaza économiquement paralysé et socialement isolé engendre obligatoirement une grande détresse humanitaire et aboutira à un autre conflit dans un proche avenir », a ajouté Lynk. « Les droits de chacun à la liberté et à la sécurité doivent être respectés pour que la paix règne ».

Alors que le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper a qualifié mercredi la crise qui s’aggrave sans cesse à Gaza de « conflit palestinien interne » les associations de défense des droits humains en rendent largement responsables le siège et le blocus israéliens.

L’ONG israélienne B’Tselem a accusé le blocus de jeter Gaza « dans les affres d’une catastrophe humanitaire », ajoutant qu’Israël « contraint les résidents de Gaza à vivre dans une pauvreté extrême et dans des conditions inhumaines sans précédent dans le monde moderne. » Et B’Tselem a ajouté : «  Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, si cela avait été le cas, Israël aurait probablement envoyé une mission d’aide humanitaire. Au lieu de cela, la réalité à Gaza est l’œuvre d’Israël, le résultat d’une décennie de décisions politiques brutales. »

* Chloé Benoist est une journaliste française ayant vécu au Liban de 2011 à 2016. Elle vit et travaille actuellement en Cisjordanie occupée. Elle y couvre l’actualité politique, mais écrit aussi sur des sujets économiques, sociaux et culturels.

15 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : archives http://alresalah.ps

Les « Forces de sécurité » de l’Autorité Palestinienne : la sécurité de qui ?

Alaa TartirParler de la « coopération » israélienne et palestinienne … revient à utiliser au moins un terme inadapté. Ce n’est pas simplement parce que « le résultat de la coopération entre un éléphant et une mouche n’est pas difficile à prévoir », comme Chomsky l’écrit si bien … mais parce que dans le cadre d’Oslo, la « coopération » est souvent très peu différente de l’occupation et de la domination qui l’ont précédée. La « coopération », dans ce contexte, est avant tout une formule édulcorée et acceptable internationalement qui obscurcit plutôt que d’éclairer la nature des relations israélo-palestiniennes – Jan Selby, 2003.

J’applaudis la coordination continue de la sécurité de l’Autorité palestinienne avec Israël. Ils s’entendent incroyablement bien. J’ai eu des réunions et lors de ces réunions, j’ai vraiment été très impressionné et quelque peu surpris de voir à quel point ils s’entendent bien. Ils travaillent ensemble magnifiquement – Donald Trump, 2017.

Résumé

Dès le début, les responsables des services de sécurité de l’Autorité palestinienne (PA) n’ont pas protégé les Palestiniens de la source principale de leur insécurité : l’occupation militaire israélienne. Ils n’ont pas non plus permis aux Palestiniens de résister à cette occupation. Au lieu de cela, l’AP a contribué à une situation où la lutte palestinienne pour la liberté a elle-même été criminalisée. Plutôt que de reconnaître la résistance comme une réponse naturelle à une oppression institutionnalisée, l’AP, en tandem avec Israël et la communauté internationale, caractérise la résistance comme une « insurrection » ou une « instabilité ». Cette rhétorique, qui favorise la sécurité des Israéliens aux dépens de celle des Palestiniens, fait écho au discours dominant sur la « guerre contre le terrorisme » et criminalise toutes les formes de résistance. [1]

Cette dynamique remonte aux Accords d’Oslo de 1993, mais elle a été propulsée en avant au cours de la dernière décennie grâce à l’évolution de l’AP en tant qu’État totalement dépendant des donateurs et qui défend les politiques néolibérales. La réforme du secteur de la sécurité axée sur les donateurs a été la pierre angulaire du projet de construction de l’État post-2007 de l’AP. L’efficacité accrue des forces de sécurité de l’AP grâce à l’investissement massif des donateurs a mis en place des moyens supplémentaires pour protéger l’occupant israélien, créant ainsi des espaces « sécurisés » dans lesquels celui-ci peut se mouvoir librement dans l’exécution de son projet colonial.

Un tel développement ne peut avoir que deux résultats: une collaboration « accrue » avec la puissance occupante d’une manière qui renforce un statu quo destructeur, et une plus grande violation de la sécurité et des droits nationaux des Palestiniens par leur propre gouvernement et les forces de sécurité nationales.

L’article qui suit analyse l’évolution et la « réforme » des forces de sécurité palestiniennes depuis la création de l’AP, puis examine la coordination sécuritaire israélo-palestinienne et ses effets néfastes sur la capacité palestinienne à résister aux forces d’occupation israéliennes aussi bien que sur les libertés fondamentales. Il se concentre sur les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et non sur la situation à Gaza, laquelle nécessite une recherche et une analyse distinctes. Il se termine par des recommandations politiques visant à redéfinir les missions des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et à revoir fondamentalement leurs structures afin qu’elles puissent vraiment servir à protéger leur propres concitoyens.

L’ascension des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne

L’évolution des forces de sécurité de l’AP peut être découpée en trois phases: les Accords d’Oslo (1993-1999), la Deuxième Intifada (2000-2006) et le projet de renforcement de l’État de l’AP après 2007.

Les Accords d’Oslo ont été caractérisés par deux projets parallèles mais contradictoires : la construction de l’État et la libération nationale. Le premier projet impliquait la construction d’institutions étatiques et d’une bureaucratie (bientôt pléthorique) sous occupation, tandis que le second visait à poursuivre le programme révolutionnaire d’autodétermination qui avait été adopté par l’OLP.

La forte contradiction entre ces deux entreprises s’était déjà manifestée sous le règne du défunt président Yasser Arafat. Le style de gouvernance personnalisée d’Arafat et son réseau complexe de corruption et de parrainage signifiaient que l’évolution des forces de sécurité de l’AP, dès son avènement, ne serait ni inclusive ni transparente. Au contraire, ces forces étaient incrustées de népotisme et utilisées comme outil pour faire face aux menaces aux adversaires d’Oslo et pour contrôler la population. De plus, elles ont également solidifié les accords naissants de « paix ». Les 9000 recrues de la « forte force de police » imaginées dans l’Arrangement du Caire de 1994 étaient passées au nombre de 50 000 en 1999.

Cette prolifération de forces de sécurité – toutes s’espionnant les unes les autres, comme l’a expliqué Edward Said – a eu de graves conséquences pour les Palestiniens. Les structures politiques mises en place par l’équipe d’Arafat et axées sur la sécurité ont nourri l’autoritarisme et bloqué les mécanismes de responsabilisation dans le système politique palestinien. Cela a entraîné un manque de légitimité et plus d’insécurité pour les Palestiniens. Au fur et à mesure que les services de sécurité augmentaient en nombre et en institutions, les Palestiniens restaient mal protégés et la corruption et le mécénat au sein de ces services devenaient endémiques. L’approche « diviser pour régner » a ouvert la voie à la future fragmentation palestinienne.

Au cours de la deuxième Intifada, Israël a détruit l’infrastructure de sécurité de l’AP parce que celle-ci avait participé au soulèvement. Un vide de sécurité s’en est suivi dans lequel les acteurs opposés à l’AP se sont engouffrés, avec des résultats mitigés pour les Palestiniens. Cette concurrence exacerbée intra-palestinienne a conduit les donateurs externes, l’AP et Israël à se préoccuper encore plus de la construction d’un secteur de sécurité fort et dominant. En juin 2002, l’AP a annoncé son plan de réforme de 100 jours. En 2003, la Feuille de route exigeait qu’un « appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne reconstruit et recentré » affronte « tous ceux qui sont impliqués dans le terrorisme » et démantèle les « capacités et infrastructures terroristes ». Ces forces ont donc été formées pour combattre le « terrorisme », appréhender les suspects, rendre l’incitation [à la résistance] illégale, ramasser toutes les armes non-autorisées. L’AP s’engageait à fournir à Israël une liste des recrues de la police palestinienne et à rendre compte devant les États-Unis des progrès réalisés.

Par conséquent, la réforme de la sécurité palestinienne « est restée … un processus contrôlé par l’extérieur, conduit par les intérêts de sécurité nationale d’Israël et des États-Unis, et caractérisé par une indépendance très forte vis-à-vis de la société palestinienne ». Le groupe international des donateurs a mené cette réforme en 2005 grâce à la création du Bureau de coordination de l’Union européenne pour le soutien à la police palestinienne (EUPOL COPPS) et grâce au Coordonnateur de la sécurité des États-Unis (USSC). Cette situation perdure aujourd’hui, sous la forme d’une stratégie « une seule arme à feu, une seule loi, une seule autorité » par laquelle le monopole de l’AP sur la force et la violence est assuré.

Le projet d’édification de l’État post-2007 dans le cadre de l’AP visait, principalement avec l’aide d’EUPOL COPPS et USSC, de réinventer les forces de sécurité de l’AP par des moyens techniques, y compris la formation et l’acquisition d’armes. Il a également visé à redistribuer les rapports de forces politiquement en concurrençant le Hamas et sa branche armée, en reprenant en main les militants alliés au Fatah par la cooptation et l’amnistie, en réprimant les délinquants et en lançant des campagnes de sécurité, en particulier à Naplouse et Jénine.

Ces forces ont été rapidement connues sous le nom de forces de Dayton en référence à Keith Dayton, le lieutenant-général des États-Unis qui a mené le processus de « professionnalisation et modernisation » de l’institution militaire de l’AP. Les organisations locales et internationales de défense des Droits de l’homme ont accusé ces forces « nouvelle mouture » de violer les droits de l’homme et de supprimer les libertés.

La phase la plus récente a renforcé la prédominance des intérêts sécuritaires israéliens aux dépens de ceux des Palestiniens. Le désarmement et la criminalisation ont entravé la résistance populaire contre l’occupation, y compris les manifestations pacifiques et les rassemblements, les protestations contre les violations des Droits de l’homme par Israël et le militantisme en milieu étudiant. Aujourd’hui, les forces de sécurité de l’AP protègent en grande partie la sécurité de l’occupant et non pas celle des occupés. En bref, la sécurité des Palestiniens est menacée parce que leur propre leadership joue le rôle de sous-traitant en les réprimant. Le programme de réforme de la sécurité post-2007 a contrarié la lutte nationale des Palestiniens, leur mouvement de résistance et leur sécurité quotidienne, et a étouffé le fonctionnement même de la politique palestinienne.

La coordination sécuritaire comme outil de domination

Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise de coordination de la sécurité, il est utile de noter que le secteur de la sécurité palestinien emploie environ la moitié de tous les fonctionnaires, représente près d’un milliard de dollars du budget de l’AP et reçoit environ 30% de l’aide internationale totale versée aux Palestiniens. Le secteur de la sécurité consomme plus dans le budget de l’AP que les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’agriculture combinés. Il est actuellement composé de 83 276 employés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dont 312 généraux de brigade, 232 rendant des comptes à l’AP et 80 au Hamas. En comparaison, l’armée américaine dans sa totalité compte 410 généraux de brigade. Le ratio entre le personnel de sécurité et la population est aussi élevé que 1 pour 48. C’est l’un des plus élevés au monde.

La collaboration en matière de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne a atteint les objectifs fixés dans les Accords d’Oslo consistant à institutionnaliser les accords de sécurité et à lancer un processus de paix qui est étroitement contrôlé par le secteur de la sécurité, afin de permettre à Israël de réaliser ses ambitions coloniales tout en prétendant poursuivre la paix.

Ce processus de « sécurisation de la paix » se manifeste de plusieurs façons, dont:
-l’arrestation par les forces de sécurité palestiniennes des suspects palestiniens recherchés par Israël (comme dans le cas récent de Basil Al-‘Araj qui a été arrêté et libéré par l’AP uniquement pour être poursuivi et finalement assassiné par les Israéliens)
-la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons
-le partage des informations entre les forces de défense israéliennes (FDI) et les forces de sécurité de l’AP
-une politique de « porte tournante » entre les prisons israéliennes et palestiniennes à travers lesquelles les militants palestiniens font des allers-retours pour les mêmes infractions
-et la tenue régulière de réunions, ateliers et formations israélo-palestiniennes.

Bien que l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas ait menacé de suspendre la coordination répressive, il l’a présentée en même temps comme un « intérêt national palestinien » et une doctrine « sacrée« . Les activités des forces de sécurité de l’AP et les manœuvres politiques d’Abbas ont naturellement créé un profond vide de confiance entre le peuple palestinien et l’Autorité.

En effet, plusieurs enquêtes au fil des ans ont montré que la majorité des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (entre 60% et 80%) s’opposent à la coordination de la sécurité avec Israël. Et dans une enquête réalisée par le Centre palestinien pour la politique et les sondages de mars 2017, les deux tiers des répondants ont demandé la démission d’Abbas, 73% exprimant la conviction qu’Abbas n’est pas sérieux dans sa menace de suspendre la coordination répressive avec Israël.

Dans un sondage réalisé pour l’Agence Maan News en 2010, 78% des personnes ayant répondu ont déclaré être persuadées que les forces de sécurité de l’AP sont engagées dans la surveillance, le suivi des activités et l’intervention dans la vie privée des individus. Enfin, selon Vizualizing Palestine, 67% des Palestiniens de la Cisjordanie ont dit avoir le sentiment de vivre dans un système antidémocratique où les libertés se dégradent, en grande partie du fait des services de sécurité.

Les perceptions négatives de l’opinion publique sur la coordination sécuritaire sont corroborées par des expériences vécues – dont les élites sont souvent épargnées – ainsi que par la rhétorique officielle et la divulgation du contenu des Palestine Papers. Par exemple, le général étatsunien Keith Dayton faisait remarquer en 2009 que des officiers supérieurs des Forces israéliennes de défense (IDF) lui avaient demandé, au sujet des forces palestiniennes de sécurité qu’il entraînait : « Combien de ces nouveaux Palestiniens pouvez-vous générer, et à quelle vitesse ? » Il avait dit aussi qu’un haut fonctionnaire palestinien s’était adressé à une classe de diplômés de ces « nouveaux Palestiniens » en Jordanie en disant : « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à combattre Israël (…), mais plutôt pour apprendre à maintenir la loi et l’ordre, à respecter le droit de tous nos citoyens et mettre en œuvre l’Etat de droit afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël. » En 2013, dans un discours devant le Parlement européen, le président israélien Shimon Peres déclarait « Une force palestinienne de sécurité a été formée. Vous et les Américains l’avait entrainée. Et maintenant nous travaillons ensemble à prévenir le terrorisme et le crime. »

Alors que la coordination sécuritaire entre Israël et l’AP a été scellée depuis les Accords d’Oslo, le statu quo n’est pas une conclusion abandonnée. Cependant, le changement sera difficile à réaliser car le système a créé un segment de la société palestinienne qui cherchera à le maintenir. Ce segment est composé non seulement du personnel de sécurité en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, mais aussi des Palestiniens qui profitent des dispositifs institutionnels et d’un réseau de collaboration et de domination. Le statu quo leur est bénéfique et la « stabilité » est leur mantra. Ils s’engagent à adopter une approche qui privilégie les élites politiques, économiques et sécuritaires, et ils n’ont aucun intérêt à inverser les règles du jeu.

Tout essai d’arrêter la coordination sécuritaire aurait donc des conséquences réelles pour l’AP et sa direction. Pourtant, la pérennisation du statu quo est destructive pour la majorité des Palestiniens vivant sous occupation israélienne et pour le peuple palestinien dans son ensemble. Avec l’anéantissement de la capacité à corriger les actes politiques répréhensibles et à tenir les élites pour responsables, il est vraisemblable que le « business as usual » continuera. Si des mesures ne sont pas prises – et rapidement, la coordination sécurité restera un trait déterminant de la réalité biaisée qui favorise l’occupant.

Réinventer la doctrine et l’implantation de la sécurité de l’AP

L’ancrage de l’establishment sécuritaire de l’AP requiert des interventions politiques à de multiples niveaux, de la correction de la rhétorique biaisée à l’établissement de mécanismes de responsabilisation. Les recommandations suivantes, adressées aux différentes parties prenantes, proposent une refonte des opérations et des structures des forces de sécurité de l’AP.

L’Autorité palestinienne

L’AP doit écouter le peuple palestinien et respecter ses vœux et aspirations, y compris dans le domaine sécuritaire ; sinon l’écart de légitimité et de confiance augmentera considérablement. Il n’y a jamais eu de système politique palestinien global, mais une direction plus réactive, plus représentative et plus responsable garantirait que la sécurité des Palestiniens, plutôt que celle de leur occupant et colonisateur, soit une préoccupation centrale. Un secteur sécuritaire authentique, comme l’a argumenté Tariq Dana, sonnerait la fin de « l’accent sur la police interne connue sous le nom de ‘Doctrine Dayton’ » et d’ « un programme qui exige que la responsabilité et la justice soient mises en place. »

Comme l’a développé Hani Al-Masri, cela nécessitera des étapes progressives mais fermes pour finir par geler ou suspendre la coordination sécuritaire, dont : mettre un terme à l’interventionnisme de l’appareil sécuritaire palestinien dans les questions politiques ; réduire les dotations sécuritaires dans le budget annuel ; démanteler des parties de l’appareil de sécurité et restructurer le reste, en mettant l’accent sur le professionnalisme, le patriotisme et l’absence de népotisme politique et donner instruction à l’appareil sécuritaire de résister aux raids israéliens dans la Zone A.

Bien que l’AP continue de soutenir que les dispositions sécuritaires actuelles et la division du travail servent la solution à deux Etats, la colonisation israélienne incessante de la terre palestinienne signifie que l’AP et son gouvernement doivent réexaminer leur fonction. La menace imminente d’annexion doit pousser l’AP à agir avant que son rôle de sous-traitant de l’occupation israélienne ne se consolide.

La société civile palestinienne

Il faut que les organisations de la société civile palestinienne, en particulier les organisations de défense des droits de l’homme, créent des coalitions plus efficaces et intensifient leurs initiatives pour que l’AP et ses responsables politiques et de sécurité rendent compte de leurs violations des droits de l’homme. En l’absence d’institutions qui agissent en tant que contre-pouvoirs, une pression qui aille au-delà de l’écriture et de la publication de rapports (bien que ce soit en soi un acte important) est une nécessité impérieuse. En d’autres termes, il faut que les organisations de la société civile palestinienne développent des actions pratiques qui s’attaquent aux violations continues des droits de l’homme par l’AP.

Ces acteurs de la société civile, dont les institutions universitaires, les intellectuels et les groupes de réflexion, doivent également répondre au discours incorrect de l’AP, dans lequel la résistance palestinienne est présentée comme une insurrection criminelle ou de l’instabilité. Il faut aussi contrer les acteurs israéliens et internationaux qui utilisent ce type de discours. La société civile doit embrasser et rendre opérationnelle la résistance plutôt que de la voir criminalisée, et elle doit la considérer comme une manière de vivre globale sous occupation et en exil. La résistance comme mode de vie peut aider à inverser la manière dont l’élite politique et sécuritaire la dépeint actuellement. La résistance peut alors garantir la restauration des valeurs fondamentales et des idées qui permettent aux Palestiniens de s’engager collectivement dans la réalisation de leurs droits.

Les acteurs extérieurs, en particulier les organismes de sécurité EUPOL COPPS et USSC, doivent faire l’objet d’une évaluation minutieuse de la part de la société civile, tant en Palestine que dans leur pays d’origine. Ils ne peuvent pas continuer à dominer le domaine de la sécurité sans responsabilisation ni transparence. En faisant la promotion de la primauté du droit dans un contexte autoritaire, ces organes contribuent à la « professionnalisation » de pratiques autoritaires en (ab)usant d’un cadre de bonne gouvernance. Prétendre que leur mandat est « technique » leur permet de se soustraire aux résultats très politiques de leurs opérations et de leurs interventions. Après une décennie d’opérations, il est temps de mener une évaluation indépendante sous conduite palestinienne de ces organes et de s’en servir comme d’un mécanisme de reddition de comptes pour réformer ces anciens « réformateurs » et convenir de la marche à suivre.

Les donateurs et l’industrie des donateurs

Dans un contexte hautement dépendant de l’aide, la suprématie attribuée à la sécurisation et à la militarisation s’étend au domaine du développement. Les décideurs des pays donateurs et les Palestiniens qui facilitent les programmes des donateurs doivent aborder la façon dont « l’aide sécurisée » a transformé un mouvement de libération en sous-traitant du colonisateur et a abouti à des tendances autoritaires qui favorisent l’establishment sécuritaire au détriment d’autres secteurs tels que la santé, l’éducation et l’agriculture, ainsi qu’aux dépens de la démocratie.

De plus, en Palestine, l’aide et le développement priorisant la sécurisation n’ont pas seulement échoué à s’occuper de la pauvreté, du chômage et de l’autonomisation, mais ils ont également créé une nouvelle insécurité et une nouvelle illégitimité. Les planificateurs de développement doivent reconnaître que ces modèles ne seront jamais inversés à moins que la population et non l’establishment sécuritaire, ne conduisent les actions et constituent le point de référence constant.

A la base, toutes ces actions sont le devoir du peuple palestinien, surtout lorsque les décideurs ne représentent ni lui, ni ses aspirations. La société palestinienne doit s’opposer aux outils utilisés pour réprimer sa mobilisation et s’organiser afin d’assurer la réalisation de ses droits fondamentaux. L’initiative menée par des jeunes indépendants, « Mettre fin à la coordination sécuritaire », qui est née à la suite de l’assassinat de Basil Al-Araj en mars 2017, représente un exemple de cette mobilisation. Dans leur appel à action, les jeunes déclaraient :

« Notre peuple a trop longtemps lutté pour que nous restions passifs pendant que des dirigeants répressifs troquent notre oppression et notre dépossession pour leur bénéfice personnel. Cela fait bientôt 30 ans que les Accords d’Oslo ont transformé ce qui restait de notre pays en prison en ciel ouvert administrée par des fonctionnaires de l’AP non représentatifs qui ont été recrutés pour être la première ligne de défense de nos colonisateurs. Le régime d’Oslo ne nous représente pas. Il est maintenant temps de nous réunir et de reconstruire notre lutte collective pour la libération de la Palestine. »

Si cette résistance organisée peut continuer et croître, la pression exercée par le peuple peut changer la trajectoire de la coordination sécuritaire PA-Israël, rendant les Palestiniens mieux équipés pour travailler à l’autodétermination et à la réalisation des droits de l’homme.

Notes

Al-Shabaka publie tous ses contenus en anglais et en arabe (lire le texte en arabe ici). Pour le lire en italien, cliquez ici.
Al-Shabaka est reconnaissant aux efforts des défenseurs des droits de l’homme pour traduire ses articles mais n’est pas responsable de toute modification du sens.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève. Consultez son site Internet et il peut être suivi sur Twitter @alaatartir.

Articles du même auteur.

16 mai 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




La Charte du mouvement Hamas : version française

Résistance islamiqueUn document sur les principes généraux et les politiques du mouvement Hamas

Au nom d’Allah, le Très Clément, le Très Miséricordieux,
Le mouvement de résistance islamique « Hamas »

Un document sur les principes essentiels et les politiques générales

Qu’Allah, le Seigneur de tous les mondes, soit loué ! Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur Mouhammad, le Maître des Messagers et le Chef des Moujahidins, sur sa famille et tous ses compagnons !

Préambule

La Palestine est la terre du peuple palestinien arabe ; il en est originaire, il ne fait qu’un avec elle, il lui appartient, et c’est à partir de cette appartenance qu’il communique avec le reste du monde.

La Palestine est une terre dont le statut a été renforcé par l’Islam, une foi qui la tient en haute estime, qui lui insuffle son esprit et ses valeurs, et qui pose les bases d’une doctrine qui a pour but de la défendre et de la protéger.

La Palestine est la Cause d’un peuple abandonné par une humanité qui ne respecte pas ses droits, un peuple qui veut qu’on lui rende ce qu’on lui a pris, qui veut voir ses droits garantis au lieu d’être violés, un peuple qui continue de subir sur sa terre l’une des pires espèces d’occupation du monde.

La Palestine est une terre dont on s’est emparé par la force pour mettre en œuvre un projet sioniste, raciste, inhumain et colonial fondé sur une promesse mensongère (la Déclaration Balfour), sur la reconnaissance de l’entité occupante, et sur le fait accompli.

La Palestine symbolise la résistance qui se poursuivra jusqu’à la libération complète, jusqu’à ce que tous les Palestiniens soient revenus y vivre et jusqu’à ce qu’un État vraiment souverain soit établi avec Jérusalem comme capitale.

La Palestine est ce qui fait des Palestiniens de toutes affiliations de véritables partenaires dans la poursuite du sublime objectif de la libération.

La Palestine est l’esprit de la Oummah [la communauté des Croyants] et sa Cause centrale; c’est l’âme de l’humanité et sa conscience vivante.

Ce document est le fruit de délibérations approfondies qui ont abouti à un fort consensus. En tant que mouvement, nous approuvons la vision décrite dans les pages qui suivent, la théorie comme la pratique. C’est une vision qui repose sur des bases solides et sur des principes bien établis. Ce document décrit les objectifs, les étapes et la manière dont l’unité nationale peut se concrétiser. Il précise également notre compréhension commune de la Cause palestinienne, les principes d’action qui présideront à sa promotion, et le cadre de son interprétation.

Le mouvement

1. Le Mouvement de résistance islamique « Hamas » est un mouvement islamisme palestinien de libération nationale et de résistance. Son but est de libérer la Palestine et de s’opposer au projet sioniste. Son cadre de référence est l’Islam qui détermine ses principes, ses objectifs et ses moyens.

La terre de Palestine

2. La Palestine, qui s’étend de la Jordanie, à l’est, jusqu’à la Méditerranée, à l’ouest, et de Ras Al-Naqurah, au nord, jusqu’à Umm Al-Rashrash, au sud, est une unité territoriale indivisible. C’est la terre et la patrie du peuple palestinien. L’expulsion et le bannissement des Palestiniens de leur terre et l’établissement de l’entité sioniste à leur place n’anéantissent pas le droit du peuple palestinien à sa terre toute entière et ne donnent aucun droit à l’usurpateur sioniste.

3. La Palestine est une terre islamique arabe. C’est une terre sacrée et bénie qui a une place spéciale dans le cœur de chaque Arabe et de chaque Musulman.

Le peuple palestinien

4. Les Palestiniens sont les Arabes qui vivaient en Palestine jusqu’en 1947, indépendamment du fait qu’ils en aient été expulsés ou qu’ils y soient restés; et toute personne née d’un père arabe palestinien après cette date, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine, est un Palestinien.

5. L’identité palestinienne est authentique et éternelle; elle se transmet de génération en génération. Les catastrophes qui ont frappé le peuple palestinien du fait de l’occupation sioniste et de sa politique de déplacement de population, ne peuvent pas effacer l’identité du peuple Palestinien, ni la lui dénier. Un(e) Palestinien(e) ne perdra pas son identité ni ses droits nationaux en acquérant une deuxième nationalité.

6. Le peuple palestinien est un seul peuple. Il est composé de tous les Palestiniens, qu’ils vivent en Palestine ou ailleurs, indépendamment de leur religion, leur culture ou leur affiliation politique.

L’Islam et la Palestine

7. La Palestine est au cœur de la Oummah arabe et islamique et elle jouit d’un statut spécial. En Palestine, se trouve Jérusalem qui est bénie par Allah. La Palestine est la Terre Sainte, qu’Allah a bénie pour l’humanité. C’est le premier Qiblah des musulmans et la destination du voyage de nuit du Prophète Mouhammad, que la paix soit avec lui ! C’est là qu’il est monté au ciel. C’est le lieu de naissance de Jésus-Christ, la paix soit avec lui ! Son sol contient les ossements de milliers de Prophètes, de Compagnons et de Moujahidins. Jérusalem – et alentour – est un lieu où vivent et ont vécu des personnes déterminées à défendre la vérité, des personnes qui ne se laissent pas dissuader ou intimider par ceux qui s’opposent à eux ou qui les trahissent, des personnes qui poursuivront leur mission jusqu’à ce que la promesse d’Allah soit accomplie.

8. En vertu de sa voie équilibrée et modérée du juste milieu, l’Islam – pour le Hamas – offre un mode de vie complet et un ordre qui conviennent à toutes les époques et tous les lieux. L’Islam est une religion de paix et de tolérance. Il protège les adeptes des autres croyances et religions qui peuvent pratiquer leur foi en toute sécurité. Le Hamas croit également que la Palestine a toujours été et sera toujours un modèle de coexistence, de tolérance et d’innovation culturelle.

9. Le Hamas croit que le message de l’Islam prône des valeurs de vérité, justice, liberté et dignité, interdit toutes les formes d’injustice et criminalise les oppresseurs indépendamment de leur religion, race, sexe ou nationalité. L’islam est contre toute forme d’extrémisme religieux, ethnique ou sectaire et de fanatisme. C’est une religion qui prône la résistance à l’agression et le soutien des opprimés; elle les encourage à la générosité et à se sacrifier pour défendre leur dignité, leur terre, leur peuple et leurs lieux saints.

Jérusalem

10. Jérusalem est la capitale de la Palestine. Son statut religieux, historique et culturel est fondamental pour les Arabes, les Musulmans et le monde entier. Ses lieux saints islamiques et chrétiens appartiennent exclusivement au peuple palestinien et à la Oummah arabe et islamique. Aucune pierre de Jérusalem ne peut être cédée ou abandonnée. Les mesures prises par les occupants de Jérusalem, comme la judaïsation, la construction de colonies et les faits-accomplis, sont fondamentalement nulles et non avenues.

11. La sainte mosquée Al-Aqsa appartient exclusivement à notre peuple et à notre Oummah, et l’occupation n’a aucun droit sur elle. Les projets, mesures et tentatives de l’occupation pour judaïser Al-Aqsa et la diviser sont nuls, non avenus et illégitimes.

Les réfugiés et le droit au retour

12. La Cause palestinienne dans son essence est la Cause d’un pays occupé et d’un peuple chassé de sa terre. Le droit des réfugiés palestiniens et des Palestiniens déplacés à l‘intérieur du pays de revenir dans les maisons dont ils ont été chassés – ou où on les empêche de revenir – dans les terres occupées soit depuis 1948, soit depuis 1967 (c’est-à-dire dans la Palestine toute entière), est un droit naturel à la fois individuel et collectif. Ce droit est confirmé par toutes les lois divines, ainsi que par les principes fondamentaux des droits de l’homme et du droit international. C’est un droit inaliénable dont personne ne peut faire fi, qu’il soit palestinien, arabe ou international.

13. Le Hamas rejette toutes les tentatives visant à abolir les droits des réfugiés, y compris les tentatives de les installer en dehors de la Palestine à travers les projets de patrie alternative. L’indemnisation des réfugiés palestiniens pour le préjudice qu’ils ont subi du fait de leur bannissement et de l’occupation de leur terre est un droit aussi absolu que leur droit au retour. Ils doivent recevoir une compensation lors de leur retour et cela n’exclut, ni ne restreint, leur droit au retour.

Le projet sioniste

14. Le projet sioniste est un projet raciste, agressif, colonial et expansionniste basé sur l’appropriation violente de ce qui appartient à d’autres; c’est un projet hostile au peuple palestinien et à son aspiration à la liberté, à l’émancipation; un projet hostile au retour des Palestiniens sur leur terre et à leur autodétermination. L’entité israélienne est le terrain d’expérimentation du violent projet sioniste et sa base opérationnelle.

15. Le projet sioniste ne vise pas uniquement le peuple palestinien; c’est l’ennemi de la Oummah arabe et islamique dont il menace gravement la sécurité et les intérêts. Il est également hostile aux aspirations de la Oummah, à son unité, à sa renaissance et à sa libération, et a été la principale source de ses problèmes. Le projet sioniste représente également un grand danger pour la sécurité et la paix internationales et la stabilité de l’humanité toute entière.

16. Le Hamas affirme qu’il s’oppose au projet sioniste, et non pas aux Juifs en raison de leur religion. Le Hamas ne lutte pas contre les Juifs parce qu’ils sont juifs, mais il mène la lutte contre les sionistes qui occupent la Palestine. En réalité, ce sont les sionistes qui assimilent constamment le judaïsme et les Juifs à leur projet colonial et à leur entité illégale.

17. Le Hamas rejette la persécution de tout être humain ou mise en cause de ses droits nationaux, religieux ou communautaires. Le Hamas estime que le problème juif, l’antisémitisme et la persécution des Juifs sont des phénomènes fondamentalement liés à l’histoire européenne et non à l’histoire des Arabes et des Musulmans ou à leur héritage. Le mouvement sioniste, qui a pu avec l’aide des pouvoirs occidentaux occuper la Palestine, est la forme la plus dangereuse de l’occupation colonialiste qui a déjà disparu du reste du monde et doit disparaître de la Palestine.

La position par rapport à l’Occupation et les solutions politiques

18. Les éléments suivants sont considérés comme nuls et non avenus : la Déclaration de Balfour, le document du mandat britannique, la résolution des Nations Unies sur la partition de la Palestine, et toutes les résolutions et les mesures qui en découlent ou s’y apparentent. La création d' »Israël » est entièrement illégale et contrevient aux droits inaliénables du peuple palestinien et va contre sa volonté et la volonté de la Oummah; elle viole également les Droits de l’homme garantis par les conventions internationales, avec en première place le droit à l’autodétermination.

19. Il n’y aura aucune reconnaissance d’une légitimité de l’entité sioniste. Quelle que soit l’ampleur de l’occupation de la terre de Palestine, sont illégitimes la construction de colonies, la judaïsation ou la modification de ses caractéristiques ou falsification des faits. Jamais les droits ne disparaissent.

20. Le Hamas estime qu’aucune partie de la terre de Palestine ne devra faire l’objet de compromis ou de concessions, indépendamment des raisons, des circonstances et des pressions, et peu importe la durée de l’occupation. Le Hamas rejette toute alternative à la libération complète et achevée de la Palestine, du fleuve à la mer. Cependant, sans revenir sur son rejet de l’entité sioniste et sans renoncer à aucun droit palestinien, le Hamas considère la création d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem comme capitale, selon les limites du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des déplacés vers les maisons d’où ils ont été expulsés, comme une formule de consensus national.

21. Le Hamas affirme que les Accords d’Oslo et leurs additifs contreviennent au droit international en ce sens qu’ils génèrent des engagements qui violent les droits inaliénables du peuple palestinien. Par conséquent, le Mouvement rejette ces accords et tout ce qui en découle, avec parmi eux les obligations qui nuisent aux intérêts de notre peuple, en particulier la coordination sécuritaire (collaboration).

22. Le Hamas rejette tous les accords, initiatives et projets de règlement qui visent à saper la cause palestinienne et les droits de notre peuple palestinien. À cet égard, toute position, initiative ou programme politique ne doit en aucun cas violer ces droits, y contrevenir ou les contredire.

23. Le Hamas souligne que le viol des droits du peuple palestinien, le vol de ses terres et son bannissement de sa patrie ne peut pas être appelé paix. Les règlements conclus sur cette base ne conduiront pas à la paix. La résistance et le djihad pour la libération de la Palestine resteront un droit légitime, un devoir et un honneur pour tous les fils et les filles de notre peuple et de notre Oummah.

Résistance et Libération

24. La libération de la Palestine est le devoir du peuple palestinien en particulier et le devoir de la Oummah arabe et islamique en général. C’est aussi une obligation humanitaire telle que requise par les impératifs de la vérité et de la justice. Les agences travaillant pour la Palestine, qu’elles soient nationales, arabes, islamiques ou humanitaires, se complètent et agissent en harmonie, et non pas en conflit les unes avec les autres.

25. Résister à l’occupation avec tous les moyens et méthodes est un droit légitime garanti par les lois divines et par les normes et lois internationales. Au cœur de cela se trouve la résistance armée, qui est considérée comme le
choix stratégique pour la protection des principes et des droits du peuple palestinien.

26. Le Hamas rejette toute tentative de saper la résistance et ses armes. Il affirme également le droit de notre peuple de développer les moyens et outils de résistance. Gérer la résistance, en termes d’escalade ou désescalade, ou en termes de diversification des moyens et des méthodes, fait partie intégrante du processus de gestion du conflit et ne devrait pas se faire au détriment du principe de résistance.

Le système politique palestinien

27. Un véritable État palestinien est un État qui a été libéré. Il n’y a pas d’alternative à un État palestinien totalement souverain sur l’ensemble du territoire national et du sol palestinien, avec Jérusalem comme capitale.

28. Le Hamas croit et adhère à la gestion de ses relations palestiniennes sur la base du pluralisme, de la démocratie, du partenariat national, de l’acceptation de l’autre et du dialogue. L’objectif est de renforcer l’unité des rangs et l’action commune dans le but d’atteindre les objectifs nationaux et de répondre aux aspirations du peuple palestinien.

29. L’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] est un cadre national pour le peuple palestinien à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Elle devrait donc être préservée, développée et reconstruite sur des bases démocratiques afin d’assurer la participation de toutes les composantes et forces du peuple palestinien, d’une manière qui garantisse les droits des Palestiniens.

30. Le Hamas souligne la nécessité de construire des institutions nationales palestiniennes sur des principes démocratiques solides, avec tout d’abord des élections libres et équitables. Une telle procédure devrait être fondée sur un
partenariat national et selon un programme et une stratégie clairs qui respectent les droits, y compris le droit à la résistance, et qui répondent aux aspirations du peuple palestinien.

31. Le Hamas affirme que le rôle de l’Autorité palestinienne devrait être de servir le peuple palestinien et protéger sa sécurité, ses droits et son projet national.

32. Le Hamas souligne la nécessité de maintenir l’indépendance de la prise de décision nationale palestinienne. Les forces extérieures ne devraient pas être autorisées à intervenir. Dans le même temps, le Hamas affirme la responsabilité des Arabes et des Musulmans et leur devoir et rôle dans la libération de la Palestine de l’occupation sioniste.

33. La société palestinienne est enrichie par ses personnes éminentes, ses personnalités, ses dignitaires, ses institutions de la société civile et ses jeunes, étudiants, syndicalistes et groupes de femmes qui travaillent ensemble pour la réalisation des droits nationaux et la construction sociale, poursuivent la résistance et la lutte pour la libération.

34. Le rôle des femmes palestiniennes est fondamental dans le processus de construction du présent et du futur, tout comme il l’a toujours été dans le processus historique palestinien. C’est un rôle central dans le projet de la résistance, de la libération et de la construction du système politique.

La Oummah arabe et islamique

35. Le Hamas croit que la question palestinienne est la cause centrale de la Oummah arabe et islamique.

36. Le Hamas croit en l’unité de la Oummah avec toute sa diversité et ses composantes, et est conscient de la nécessité d’éviter tout ce qui pourrait fragmenter la Oummah et saper son unité.

37. Le Hamas croit en la coopération avec tous les États qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il s’oppose à l’intervention dans les affaires intérieures de n’importe quel pays. Il refuse également d’être attiré dans des disputes et conflits qui existent entre différents pays. Le Hamas adopte la politique de l’ouverture aux différents États du monde, en particulier les États arabes et islamiques. Il s’efforce d’établir des relations équilibrées sur la base d’une combinaison d’une part des exigences de la cause palestinienne et des intérêts des Palestiniens, et d’autre part des intérêts de la Oummah, de sa renaissance et de sa sécurité.

L’aspect humanitaire et international

38. La question palestinienne est celle qui a des répercussions humanitaires et dimensions internationales majeures. Soutenir et appuyer cette Cause est une nécessité humanitaire et civilisationnelle et une question de vérité, justice et respect des valeurs humanitaires communes

39. D’un point de vue juridique et humanitaire, la libération de la Palestine est une action légitime, c’est un acte de légitime défense et l’expression du droit naturel de tous les peuples à l’autodétermination.

40. Dans ses relations avec les nations et les peuples du monde, le Hamas croit en les valeurs de la coopération, de la justice, de la liberté et du respect de la volonté des peuples.

41. Le Hamas se félicite des positions des États, des organisations et des institutions qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il salue les peuples libres du monde qui soutiennent la cause palestinienne. Dans le même
temps, il dénonce le soutien accordé par toute partie à l’entité sioniste ou les tentatives de couvrir ses crimes et agressions contre les Palestiniens, et il appelle à la poursuite des criminels de guerre sionistes.

42. Le Hamas rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur la Oummah arabe et islamique, tout comme il rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur le reste des nations et des peuples du monde. Le Hamas condamne également toute forme de colonialisme, d’occupation, de discrimination, d’oppression et d’agression dans le monde.

Mai 2017 – Hamas.ps – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet & Lotfallah




Photo : Oren Ziv/ActiveStills.org

Les raisons profondes de la révolte des prisonniers

Ramzy BaroudGaza est la plus grande prison à ciel ouvert au monde. La Cisjordanie est également une prison, segmentée en différentes zones, connues sous le nom de zones A, B et C. En fait, tous les Palestiniens sont soumis à des degrés divers de restrictions militaires. À un certain niveau, ils sont tous prisonniers.

Jérusalem-est est coupé de la Cisjordanie et les habitants de la Cisjordanie sont coupés les uns des autres.

Les Palestiniens en Israël sont traités un peu moins mal que leurs frères dans les territoires occupés, mais ils vivent dans des conditions dégradantes par rapport au statut de première classe accordé aux juifs israéliens en vertu de leur appartenance ethnique.

Les Palestiniens suffisamment « chanceux » pour échapper aux menottes et aux chaînes sont de différentes manières toujours pris au piège .

Les réfugiés palestiniens du camp Ein el-Hilweh au Liban, comme des millions de réfugiés palestiniens dans la « diaspora », sont prisonniers dans des camps de réfugiés, portent une identité précaire, sans réelle valeur, ne peuvent voyager et se voient refuser l’accès au travail. Ils languissent dans les camps de réfugiés, attendent que leur vie s’améliore, même légèrement, comme leurs pères et leurs grands-pères l’ont fait avant durant près de soixante-dix années.

C’est pourquoi la question des détenus est une question très sensible pour les Palestiniens. C’est une représentation réelle et métaphorique de tout ce que les Palestiniens ont en commun.

Les protestations qui s’organisent dans les territoires occupés pour soutenir les 1500 grévistes de la faim ne sont pas seulement un acte de « solidarité » avec les hommes et les femmes incarcérés et maltraités qui exigent des améliorations dans leurs conditions de détention.

Malheureusement, la prison est le fait le plus évident de la vie palestinienne; C’est le statu quo, la réalité quotidienne.

Les prisonniers retenus en captivité dans les prisons israéliennes représentent la vie de tous les Palestiniens, piégés derrière les murs, les barrages militaires, dans les camps de réfugiés, à Gaza, dans les cantons de Cisjordanie, dans Jérusalem sous le coup de la ségrégation, attendaient de pouvoir entrer, attendant de pouvoir sortir. Tout simplement, toujours dans l’attente.

Il y a 6500 prisonniers dans les prisons israéliennes. Ce nombre comprend des centaines d’enfants, de femmes, d’élus, de journalistes et de détenus administratifs, lesquels sont détenus sans accusations ni procès, indépendamment de toute procédure régulière. Mais ces chiffres ne donnent qu’une idée limitée de la réalité qui s’est imposée sous l’occupation israélienne depuis 1967.

Selon le groupe des droits des prisonniers Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés sous la domination militaire depuis qu’Israël a commencé son occupation des territoires palestiniens en juin 1967.

Cela représente 40% de l’ensemble de la population masculine des territoires occupés.

Les prisons israéliennes sont des prisons dans des prisons encore plus larges. En période de protestations et de troubles, en particulier lors des soulèvements de 1987-1993 et ​​2000-2005, des centaines de milliers de Palestiniens ont été soumis à des couvre-feux militaires prolongés, parfois des semaines et même des mois.

Sous les couvre-feux militaires, les gens ne sont pas autorisés à quitter leur foyer, avec peu ou pas d’interruptions pour même acheter de la nourriture.

Pas un seul palestinien qui a traversé (ou qui traverse toujours) de telles conditions de vie, n’est étranger à l’expérience de l’emprisonnement.

Mais certains Palestiniens dans cette grande prison ont reçu des cartes de VIP. Ils sont considérés comme des « Palestiniens modérés », ce qui leur a permis d’obtenir des permis spéciaux de l’armée israélienne pour quitter la prison palestinienne et revenir comme ils le souhaitent.

Alors que l’ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat a été enfermé dans son bâtiment à Ramallah pendant des années, jusqu’à sa mort en novembre 2004, le président actuel de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, est libre d’aller où bon lui semble.

Israël peut, parfois, être critique à l’égard d’Abbas, celui-ci s’écarte rarement des limites acceptables fixées par le gouvernement israélien.

C’est pourquoi Abbas est libre tandis que le dirigeant du Fatah, Marwan Barghouti est emprisonné (avec des milliers d’autres).

La grève de la faim des prisonniers a débuté le 17 avril, en commémoration de la « Journée des prisonniers » en Palestine.

Le huitième jour de la grève, alors que la santé de Marwan Barghouti se détériorait, Abbas était au Koweït rencontrant un groupe de chanteurs arabes vêtus d’habits chatoyants.

Les rapports, publiés dans « Safa News Agency » et ailleurs, ont soulevé beaucoup d’attention sur les réseaux sociaux. La tragédie de la double réalité palestinienne est un fait incontournable.

Barghouti est beaucoup plus populaire parmi les partisans du Fatah, l’un des deux plus grands mouvements politiques palestiniens. En fait, il est le dirigeant le plus populaire parmi les Palestiniens, indépendamment de leurs positions idéologiques ou politiques.

Si l’AP s’intéressait vraiment aux prisonniers et au bien-être du chef le plus populaire du Fatah, Abbas se serait occupé à forger une stratégie pour décupler l’énergie des prisonniers aux ventres vides et des millions de personnes qui se sont rassemblées pour les soutenir.

Mais la mobilisation de masse a toujours fait peur à Abbas et et à son Autorité. Elle est bien trop dangereuse pour lui, car l’action populaire remet souvent en cause le statu quo et risquerait d’entraver sa domination, validée par Israël, sur les Palestiniens vivant sous occupation.

Alors que les médias palestiniens ignorent la fracture au sein du Fatah, les médias israéliens l’exploitent à fond, la replaçant dans un contexte politique plus large.

Abbas devrait rencontrer le président américain Donald Trump le 3 mai.

Il veut laisser une bonne impression sur le président impulsif, d’autant plus que Trump diminue l’aide étrangère dans le monde entier mais augmente l’aide américaine à l’AP. Cela suffirait à expliquer le point de vue de l’administration américaine sur Abbas et son appréciation du rôle de son Autorité pour assurer la sécurité d’Israël et conserver la même situation sur le terrain.

Mais tous les partisans du Fatah ne sont pas contents de la soumission d’Abbas. Les jeunes du Mouvement veulent réaffirmer une forte position palestinienne en mobilisant le peuple, alors qu’Abbas veut garder les choses en l’état.

Amos Harel soutient dans Haaretz que la grève de la faim, impulsée par Barghouti lui-même, était une tentative de ce dernier de défier Abbas et « contester le plan de paix de Trump».

Cependant, Trump n’a pas de plan. Il donne carte blanche au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour faire ce qu’il veut. Sa solution est: un État, deux États, selon les deux parties. Mais les deux parties sont loin d’être des puissances égales. Israël a des capacités nucléaires et une puissante armée, alors qu’Abbas a besoin d’une permission pour quitter la Cisjordanie occupée.

Dans cette réalité inégale, seul Israël décide du sort des Palestiniens.

Lors de sa récente visite aux États-Unis, Netanyahu a fait connaître sa vision du futur.

« Israël doit conserver un contrôle primordial de la sécurité sur toute la zone située à l’ouest du Jourdain », a-t-il déclaré.

Dans le journal La Nation, le professeur Rashid Khalidi a exposé le véritable sens de la déclaration de Netanyahu.

En prononçant ces mots, « Netanyahu a dévoilé un projet permanent d’occupation et de colonisation, excluant un État palestinien indépendant et souverain, quelle que soit la fiction ‘d’État’ ou ‘d’autonomie’ souhaitée pour dissimuler cette réalité brutale », écrit-il.

« Le silence subséquent de Trump équivaut à la bénédiction du gouvernement américain pour cette vision grotesque de l’assujettissement perpétuel et de la dépossession pour les Palestiniens ».

Pourquoi les Palestiniens devraient-ils rester silencieux ?

Leur silence ne peut que contribuer à cette réalité grossière, aux circonstances pénibles et présentes, où les Palestiniens sont perpétuellement emprisonnés dans le cadre d’une occupation sans limite dans la durée, tandis que leur « leadership » reçoit à la fois un accord d’approbation d’Israël, et des accolades et des fonds à Washington.

C’est sur cette toile de fond que la grève de la faim devient beaucoup plus urgente que la seule nécessité d’améliorer les conditions des Palestiniens incarcérés.

C’est une révolte au sein du Fatah contre leur direction qui a failli, et une tentative énergique de tous les Palestiniens de démontrer leur capacité à déstabiliser le système « israélo-américain-AP » qui s’est imposé depuis de nombreuses années.

« Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur », a écrit Marwan Barghouti de sa prison le premier jour de la grève de la faim.

En vérité, son message était dirigé vers Abbas et ses copains, autant qu’il était destiné à Israël.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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2 mai 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : Julysa Sosa. Mexique, 2016

Le « sale boulot » d’Israël dans la « guerre sale » au Guatemala

Gabriel SchivoneL’année dernière a été une année chargée pour le système de justice pénale au Guatemala.

Janvier 2016 a vu les arrestations de 18 anciens militaires pour leur implication présumée dans la guerre sale du pays dans les années 1980. En février de l’année dernière, deux ex-soldats ont été condamnés dans un cas d’esclavage sexuel sans précédent et qui concernait la même époque.

Ces procédures judiciaires représentent de nouvelles avancées dans le système judiciaire à la suite du procès et de la condamnation de l’ancien chef de l’État, Efraín Ríos Montt, pour génocide et crimes contre l’humanité. Bien que la Cour constitutionnelle guatémaltèque ait très vite annulé le jugement (qui a été relancé en mars après plusieurs péripéties), un précédent au niveau mondial s’est imposé en tenant des responsables étatiques responsables dans le pays même où leurs crimes ont été commis.

Et en novembre, un juge guatémaltèque a autorisé un procès distinct contre Ríos Montt. L’affaire concerne un massacre commis en 1982 dans le village de Dos Erres.

Ríos Montt a été président de 1982 à 1983, une période marquée par une intense violence étatique contre les peuples indigènes mayas. La violence incluait la destruction de villages entiers avec des déplacements massifs de population.

Les Mayas ont été ciblés à de nombreuses reprises pendant la période de répression qui a commencé en 1954, date à laquelle les États-Unis ont provoqué un coup d’État militaire, et s’est poursuivie jusqu’en 1996. Plus de 200 000 personnes ont été tuées au Guatemala durant cette période, dont 83% étaient des Mayas.

Les crimes commis par l’État guatémaltèque ont été exécutés avec une aide étrangère – en particulier américaine. Mais une partie clé de ces crimes a jusqu’ici échappé à toute mention devant les tribunaux, et c’est Israël.

Servir de relais pour les guerres des États-Unis

Depuis les années 1980 jusqu’à nos jours, le rôle militaire d’Israël au Guatemala demeure un secret de polichinelle, bien documenté mais peu évoqué.

Ríos Montt a déclaré à un journaliste de ABC News que son coup d’État avait été si peu attendu « parce que beaucoup de nos soldats ont été formés par des Israéliens ». En Israël, la presse a indiqué que 300 conseillers israéliens étaient sur le terrain pour entraîner les soldats de Ríos Montt.

Un conseiller israélien au Guatemala à l’époque, le lieutenant-colonel Amatzia Shuali, a déclaré: « Je n’aime pas ce que font les païens avec les armes. Mais ce qui importe, c’est que les juifs en profitent « , comme l’ont raconté Andrew et Leslie Cockburn dans Dangerous Liaison.

Quelques années plus tôt, lorsque les restrictions du Congrès sous l’administration Carter limitaient l’aide militaire américaine au Guatemala en raison des violations des droits de l’homme, les responsables israéliens ont vu là une occasion économique en or d’entrer sur ce marché des technologies militaires.

Yaakov Meridor, alors ministre israélien de l’économie, indiquait au début des années 1980 qu’Israël voulait être un « proxy » (relais) pour les États-Unis dans les pays où ceux-ci avaient décidé de ne pas vendre ouvertement des armes. Meridor avait déclaré: « Nous allons dire aux Américains: Ne nous concurrencez pas à Taïwan, ne rivalisez pas avec nous en Afrique du Sud ni dans les Caraïbes ou dans d’autres endroits où vous ne pouvez pas vendre des armes directement. Laissez-nous faire … Israël sera votre intermédiaire. »

Le programme CBS Evening News avec Dan Rather a tenté d’expliquer la source de l’expertise mondiale d’Israël en notant en 1983 que les armes avancées et les méthodes israéliennes anti-guérilla mises en œuvre au Guatemala « avaient été testées avec succès en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. »

La force de vente d’Israël pour ses armes reposait non seulement sur leur utilisation en Cisjordanie occupée et à Gaza, mais aussi dans la région à plus grande échelle. Le journaliste George Black a indiqué que les milieux militaires guatémaltèques admiraient la performance de l’armée israélienne lors de l’invasion du Liban en 1982. Leurs admirateurs à l’étranger étaient si convaincus que la droite au Guatemala « parlait ouvertement de la ‘palestinisation’ des Indiens mayas rebelles », selon Black.

La coopération militaire entre Israël et le Guatemala remonte aux années 1960. Durant la dictature de Ríos Montt, Israël était devenu le principal fournisseur d’armes, de formation militaire, de technologie de surveillance et d’autres services au Guatemala dans la guerre étatique contre les mouvements urbains de résistance armée et les indigènes Mayas dans les campagnes.

De nombreux Guatémaltèques ont souffert des résultats de cette relation spéciale, et ils n’ont pas manqué de faire le lien entre Israël et leur tragédie nationale.

« Un homme d’une grande intégrité personnelle »

L’un des massacres les plus épouvantables commis pendant cette période a été la destruction du village nommé Dos Erres, du district El Petén. Les soldats – entraînés par le Israéliens – de Ríos Montt ont incendié Dos Erres, après avoir abattu tous ses habitants. Ceux qui ont survécu à l’attaque initiale sur le village ont eu le crâne brisé à coups de marteau. Les cadavres remplissaient le village.

Lors d’une exhumation dans le village, ordonnée par le tribunal, les enquêteurs travaillant pour la Commission de la Vérité des Nations Unies de 1999 ont écrit ce qui suit dans leur rapport médico-légal : « Toutes les preuves balistiques récupérées correspondent à des fragments de balles tirés d’armes à feu et de fusils de marque Galil fabriqués en Israël ».actuelle

Le président américain Ronald Reagan – dont l’administration sera plus tard impliquée dans le scandale de l’Irangate ou « Iran-Contra » pour avoir vendu des armes à l’Iran via Israël dans le but de financer une force paramilitaire visant à renverser le gouvernement marxiste nicaraguayen, – avait rendu visite à Ríos Montt quelques jours avant le massacre.

Reagan fit l’éloge de Ríos Montt, « un homme d’une grande intégrité personnelle » qui « veut améliorer la qualité de vie de tous les guatémaltèques et promouvoir la justice sociale ». Reagan a également assuré le président guatémaltèque que « les États-Unis se sont engagés à soutenir ses efforts pour rétablir la démocratie et s’attaquer aux causes profondes de cette insurrection violente. » À un moment de leur conversation, Reagan aurait embrassé Ríos Montt et dit au président guatémaltèque qu’il se faisait « trop de soucis » sur les droits de l’homme.

En novembre 2016, cependant, la juge Claudette Dominguez a accepté la demande du procureur général guatémaltèque de poursuivre Ríos Montt en tant qu’auteur légalement responsable du massacre de Dos Erres, l’accusant d’homicide aggravé, de crimes contre l’humanité et de génocide.

Parmi les 18 arrêtés cette année se trouvait Benedicto Lucas García, ancien chef d’état-major de l’armée sous la présidence militaire de son frère Romeo Lucas García. Benedicto, qui a été vu par certains de ses soldats comme d’un innovateur de techniques de torture réservées aux enfants, parlait « du soldat israélien [comme] d’un modèle et un exemple pour nous« .

En 1981, Benedicto a dirigé la cérémonie d’inauguration d’une école d’électronique israélienne conçue et financée au Guatemala. Son but était de former les militaires guatémaltèques à l’utilisation des technologies dites de contre-insurrection. Benedicto avait salué l’installation de l’école comme une « étape positive » pour faire accéder le régime guatémaltèque à une « efficacité militaire de classe mondiale grâce aux conseils [d’Israël] et au transfert de la technologie électronique ».

Au cours de sa seule année inaugurale, l’école a permis à la police secrète du régime, le G-2, d’attaquer une trentaine de refuges de l’Organisation Révolutionnaire du Peuple en Armes (ORPA).

Le G-2 a coordonné et mis en œuvre l’assassinat, la « disparition » et la torture des opposants au gouvernement guatémaltèque.

Alors que le pouvoir guatémaltèques a souvent changé de mains à la fois par des coups d’État et des élections, au cours des années 1980, Israël est demeuré la principale source d’armes et de conseils militaires du pays.

Belligérance à la frontière

Le complexe israélien de sécurité militaire étend son ombre jusque sur les Guatémaltèques qui fuient encore les conséquences de la « guerre sale ».

Dans certaines régions de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, comme au Texas, le nombre de migrants venus d’Amérique centrale (mais seulement des pays ravagés par l’intervention américaine, comme le Guatemala, El Salvador, le Honduras) commence à dépasser le nombre du ressortissants mexicains.

Selon les informations communiquées à cet auteur par le bureau médical du comté de Pima en Arizona, de nombreux Guatémaltèques qui ont péri lors de la traversée de ces terres désertiques venaient des communautés mayas les plus durement affectées par le génocide des années 1980 : El Quiché, Huehuetenango, Chimaltenango.

Le sud de l’Arizona a également connu un pic dans la migration indigène guatémaltèque. Des entreprises et des institutions américaines collaborent avec des sociétés de sécurité israéliennes pour renforcer la zone frontalière du sud de l’Arizona.

L’entreprise israélienne d’armes Elbit a remporté un important contrat gouvernemental visant à fournir 52 tours de surveillance dans les régions frontalières désertiques du sud de l’Arizona, à commencer par un programme pilote de sept tours situées à présent parmi les collines et les vallées entourant Nogales, une ville ceinturée par le mur de séparation.

Plus de tours sont prévues pour entourer la Nation Tohono O’odham, la deuxième plus grande réserve de natifs américains aux États-Unis. Déjà, le nombre de forces fédérales occupant des postes permanents sur les terres de Tohono O’odham est le plus important de l’histoire des États-Unis.

Alan Bersin, un haut responsable du Département américain de la Sécurité intérieure, a décrit en 2012 la frontière entre le Guatemala et le Chiapas, au Mexique, comme « maintenant notre frontière sud ». Cette « frontière sud » a été lourdement militarisée pendant les huit années du gouvernement Obama.

Nous pouvons nous attendre à ce que la militarisation se poursuive pendant la présidence de Donald Trump. La rhétorique anti-migrants de Trump pendant sa campagne électorale laisse penser que cette militarisation s’intensifiera.

Pendant la guerre sale, des dizaines de milliers de Guatémaltèques ont fui par-delà la frontière vers le sud du Mexique. Aujourd’hui, Israël aide les autorités mexicaines du Chiapas à mener des activités de « contre-insurrection » visant en grande partie la communauté indigène maya.

Bien que les informations sur la relation du Guatemala avec Israël commencent à circuler, les efforts entreprenants d’Israël dans le pays n’ont jamais diminué. Aujourd’hui, la présence d’Israël au Guatemala est particulièrement marquée dans l’industrie de la sécurité privée qui a proliféré dans les années qui ont suivi le dit processus de paix guatémaltèque au milieu des années 1990.

Ohad Steinhart, un Israélien, installé au Guatemala en ce moment opportun, à l’origine travaillant comme un instructeur en maniement d’armes. Environ deux ans après son transfert de 1994 au Guatemala, il a fondé sa propre entreprise de sécurité, Decision Ejecutiva.

La modeste entreprise de 300 employés de Steinhart est petite si comparée au colossal Golan Group, le plus grand et plus ancien conglomérat de sécurité privée d’Israël au Guatemala.

Fondé par d’anciens officiers des forces spéciales israéliennes, le Groupe Golan a également formé des agents d’immigration du Département de la sécurité intérieure le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Le Groupe Golan a employé des milliers d’agents au Guatemala, dont certains ont été impliqués dans la répression des protestations environnementales et foncières contre les opérations minières par des entreprises canadiennes. La société a été nommée dans un procès en 2014 par six agriculteurs guatémaltèques et un étudiant qui ont tous été blessés par balles, à bout portant, par des agents de sécurité lors d’une manifestation l’année précédente.

L’utilisation par le Guatemala de formateurs et de conseillers militaires israéliens, tout comme dans les années 1980, se poursuit. Les conseillers israéliens ont ces dernières années, contribué à la « remilitarisation » du Guatemala. La journaliste Dawn Paley a rapporté que des formateurs militaires israéliens se sont à nouveau affichés dans une base militaire à Coban, la ville qui abrite des fosses communes datant des années 1980. Jusqu’à présent, les restes de plusieurs centaines de personnes ont été découverts.

Les charniers de Coban ont servi de base juridique aux arrestations en janvier de 14 anciens militaires. En juin dernier, un juge guatémaltèque a statué que les preuves étaient suffisantes pour que huit personnes arrêtées soient jugées. Les arrestations et les procès à venir sont susceptibles d’aller à leur terme.

Les universitaires Milton H. Jamail et Margo Gutierrez ont documenté le commerce israélien d’armes en Amérique centrale, notamment au Guatemala, dans leur livre publié en 1986: It’s No Secret: Israel’s Military Involvement in Latin America. Ils ont écrit le titre de cette façon parce que la majeure partie de l’information dans le livre est extraite de sources de médias traditionnels.

Pour l’instant, le rôle bien documenté d’Israël dans les guerres sales du Guatemala est une question peu abordée. Mais les Guatémaltèques savent mieux que quiconque que le long chemin vers la justice commence par la reconnaissance des crimes passés.

Pourtant, il est difficile de savoir combien de temps s’écoulera avant d’entendre parler d’officiels israéliens convoqués au Guatemala pour être jugés pour le rôle repoussant qu’ils ont joué dans les heures les plus sombres du pays.

20 janvier 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Photo : MSF/Borja Ruiz Rodriguez

2016 : l’année où le monde a décidé d’abandonner les réfugiés

Anealla Safdar & Patrick StricklandLes réfugiés, les groupes de défense des droits de l’homme et les organisations humanitaires disent que l’empathie envers les réfugiés s’effrite, alors même que le nombre des décès en Méditerranée ne cesse d’augmenter.

Le nombre de réfugiés qui se sont noyés dans la Méditerranée cette année est arrivé à un record.

Des milliers de personnes ont perdu la vie en mer lorsqu’elles ont entrepris leur dangereux voyage pour échapper à la guerre, à la pauvreté et à la persécution – souvent les trois en même temps. En 2016, quelque 5000 réfugiés sont morts en traversant la Méditerranée, contre 3300 l’année précédente.

Bref, 2016 a été une année terrible.

Un tout-petit a été le premier réfugié à mourir en Méditerranée au mois de janvier le plus meurtrier. En mars, la route des Balkans a été fermée en permanence, piégeant des dizaines de milliers de demandeurs d’asile en Grèce et réduisant les passages de la mer Égée à un filet. En mai, le Kenya a déclaré qu’il fermerait Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde. En juin, la Grande-Bretagne a voté pour quitter l’Union européenne, grâce en grande partie à une campagne menée par le parti britannique anti-immigration United Kingdom Independence Party, qui a alimenté les craintes sur les réfugiés arrivant dans le pays.

En août, une fuite a révélé que des enfants réfugiés étaient agressés sexuellement dans le camp de Nauru en Australie. Les déportations de réfugiés afghans du Pakistan ont grossi cette année, avec 100 000 rapatriés en septembre seulement. En octobre, l’UE a approuvé un accord visant à expulser un nombre illimité de réfugiés afghans en provenance d’Europe. En novembre, les États-Unis ont voté pour Donald Trump, le candidat républicain à la présidentielle qui s’en est systématiquement pris aux réfugiés pendant sa campagne.

A présent, la crise des réfugiés est souvent traitée en termes d’économie et de sécurité – surtout pendant les périodes électorales – et de plus en plus rarement en termes d’empathie.

Al Jazeera a demandé aux réfugiés, aux organisations de défense des droits humains, aux spécialistes travaillant avec les réfugiés et à ceux qui tentent de rendre les passages dangereux un peu plus sûrs, ce que l’année 2016 signifie pour les réfugiés dans le monde et ce à quoi ils s’attendent en 2017.

Aboud Shalhoub, réfugié syrien en Hollande

[Photo courtesy of Aboud Shalhoub]

[Photo courtesy of Aboud Shalhoub]

« Pour moi, l’année 2016 s’est bien terminée. Je suis en sécurité et en paix avec ma famille en Europe. Nous avons maintenant une vie normale mais des milliers de familles, sans abri, restent bloquées à la frontière.

« Ces gens sont obligés de vivre sous des tentes, dans de mauvaises conditions. C’est dû à certaines décisions politiques qui ont conduit à interdire l’immigration des sans papiers sous toutes ses formes – fermer les frontières, utiliser de la violence, des gaz lacrymogènes et des arrestations – pour arrêter le flot des réfugiés.

« Mais au même moment, nous voyons combien l’Europe et le monde sympathisent avec les réfugiés: ils font campagne pour apporter de la nourriture et des vêtements aux réfugiés sous la bannière de l’aide humanitaire, ils vous donnent de la nourriture et des vêtements, mais tout en nous disant : ‘ne traverser pas les frontières’ ou ‘retourner chez vous’. Pourtant, ce sont nos maisons dévastées par les guerres, la famine ou la violence qui nous ont obligés à quitter nos pays.

« En 2017, j’espère voir quelque chose de vraiment simple : une action réelle pour l’humanité, pas seulement des paroles comme nous l’avons vu jusqu’ici. Je ne parle pas d’ouvrir des frontières et d’appeler à l’immigration, mais de prendre d’autres décisions politiques pour résoudre la crise des réfugiés.

« Nous sommes devenus des réfugiés parce qu’il y a la guerre dans nos pays. Les solutions pour notre crise sont d’arrêter de soutenir les dictatures, d’arrêter de soutenir les groupes qui se battent, cesser d’envoyer des armes et stopper les déplacements forcés. »

Rami, réfugié à Athènes

« Le monde s’est lassé des réfugiés en 2016. Les politiciens ont voulu empêcher les réfugiés de venir. L’islamophobie, avec les problèmes qui sont survenus avec des réfugiés – les fascistes ont utilisé ces choses de façon malhonnête – n’a fait qu’empirer la situation. Certains à gauche se battent jusqu’au bout, parce qu’ils croient en ‘pas de frontières’, et à la solidarité.

L’Europe a dit qu’elle ne voulait plus de musulmans ou de réfugiés, mais beaucoup de gens ont besoin de protection parce que les peuples vivent dans de mauvaises conditions en Syrie ou en Irak. En Syrie, vous avez deux mauvaises options – un […] dictateur ou des islamistes. Quand vous voyez le corps de vos enfants trembler pendant qu’ils dorment parce qu’ils rêvent de mort ou de violence – ce n’est pas normal.

« Si je pouvais dire quelque chose au monde, ce serait : Arrêtez de tuer des gens. Arrêtez la violence. »

Preethi Nallu, éditrice à Refugees Deeply

[Photo courtesy of Preethi Nallu]

[Photo courtesy of Preethi Nallu]

« Les déplacements à l’échelle mondiale se poursuivant à des niveaux record, déclenchés par des raisons inextricablement liées, comme les conflits et le changement climatique, la privation économique et l’apatridie, 2016 a vu remettre en question notre compréhension du terme ‘réfugié’.

« Contre les rapports cacophoniques sur les ‘foules’ qui tentent d’entrer en Europe, nous devons prendre le temps de la réflexion, nous devons faire naître une conscience collective mondiale à l’égard de cette nouvelle ère de migration. C’est la question essentielle de notre époque.

« L’année 2016 a prouvé que la militarisation de la Méditerranée et le renforcement des frontières ne sont pas des solutions durables. Avec la mutation des réseaux de contrebande qui s’étendent jusqu’aux villages du Logar au sud du Sahara, la lutte contre le trafic illicite des migrants n’est pas aussi simple que de tirer à vue sur les contrebandiers, ou ériger de nouvelles barrières.

« Si l’accord entre l’UE et la Turquie a freiné les arrivées en Grèce pour une saison, il s’agit simplement d’un pansement sur une infection. Le nouveau record de l’Italie cette année, avec plus de 171 000 arrivées par mer, est la preuve que ces flux changent simplement d’itinéraire.

« Irrégulier, illégal, clandestin, migrant, réfugié, demandeur d’asile… Au lieu d’user de définitions réductrices, les médias devraient explorer et relier les conditions qui conduisent des millions de personnes à traverser le monde à vouloir franchir des frontières et entreprendre des voyages où ils risquent leur vie.

« En 2017, j’espère que les rapports alarmistes céderont le pas devant une prise de conscience réaliste de ce qui est nécessaire pour intégrer ceux qui sont déjà dans nos communautés. La seule façon d’aller de l’avant est d’explorer des voies pragmatiques pour changer nos systèmes économiques, nos priorités politiques, nos identités sociales et nos niveaux de consommation inégalés qui ont conduit à ce que l’on appelle des échelles de déplacement ‘sans précédent' ».

L’équipe de Médecins Sans Frontières – MSF

Des réfugiés secourus par l'Aquarius le 22 juillet 2016. © MSF

Des réfugiés secourus par l’Aquarius le 22 juillet 2016. © MSF

« En 2016, le monde a échoué de façon catastrophique à secourir des millions de personnes fuyant la guerre, la persécution et le désespoir. Les calculs politiciens et l’égocentrisme l’ont emporté sur les obligations morales et juridiques d’offrir protection et assistance aux personnes dans le besoin. Les pays du monde entier ont mis en œuvre des politiques néfastes en matière de migration et d’asile – augmentant les souffrances des personnes en mouvement en leur refusant systématiquement l’aide humanitaire et toute forme de dignité.

« Comme une maladie contagieuse, des murs, des clôtures et des mesures restrictives aux frontières ont été disséminés dans le monde, avec des conséquences mortelles : 7200 personnes sont mortes aux frontières dont plus de 5 000 dans la mer Méditerranée.

« Les États ont continué à adopter des mesures cyniques pour garder hors de leur vue les gens dans le besoin, signant des accords avec des pays tiers conditionnant l’aide au développement à un programme de contrôle aux frontières. Le traité UE- Turquie est peut-être le plus répréhensible, car il a montré au monde que vous pouvez externaliser la responsabilité d’offrir une protection aux réfugiés tout en limitant dangereusement leur droit de demander l’asile.

« 2017 doit être l’année où l’on choisit d’en revenir à la dignité humaine et à la valeur de la vie humaine. Sinon, le monde continuera à ne pas assurer de protection aux plus vulnérables, imposant plus de souffrance sur ceux qui méritent bien plus que l’indignité dont ils ont été les victimes. »

Alarmphone (réseau de militants fournissant une hotline pour les réfugiés en détresse en mer)

« Les gouvernements européens ont réagi violemment aux mouvements migratoires historiques de 2015, rendant les déplacements de migrants non autorisés plus longs, plus coûteux, plus dangereux et plus mortels … Les lois de Dublin sont remises en vigueur avec force et il faut craindre que les déportations de masse ne soient nombreuses en 2017.

« La mer a été encore plus militarisée, les forces de l’UE formant même les gardes-côtes libyens dans la façon d’intercepter les migrants voulant fuir un lieu déchiré par la guerre.

« Pourtant, les réfugiés continuent de traverser… Cette année, plus de 350 000 personnes sont arrivées en Europe par la mer.

« Nous continuerons d’appuyer ces mouvements de désobéissance civile en 2017. Au cours de l’année à venir, nous lutterons pour rendre les passages par la mer un peu moins dangereux comme nous l’avons fait au cours des deux dernières années, lorsque nous avons assisté plus de 1750 bateaux. Nous sommes déterminés à donner de la voix contre ceux qui manifestent de l’hostilité envers les nouveaux arrivants, qui prêchent la haine et cherchent à nous diviser.

« Nous accueillons ceux qui ont dû risquer leur vie pour trouver une protection dans une nouvelle communauté, transfrontalière accueillante et ouverte, basée sur les principes de la justice mondiale et de la liberté de mouvement pour tous.

« Nous pensons qu’un monde sans frontières est possible, où Frontex et les trafiquants auront alors disparu. »

Ramy Abdu, Président de l’Observatoire Euro-Méditerranéen pour Droits de l’Homme

[Photo courtesy of Ramy Abdu]

[Photo courtesy of Ramy Abdu]

« L’année 2016 était en effet une des pires périodes pour les réfugiés, non seulement avec le plus grand nombre de décès à ce jour mais aussi avec une xénophobie croissante. Cette xénophobie a accru la popularité des politiciens de droite et certains gouvernements construisent des murs coûteux de séparation, cherchant de nouveaux moyens de repousser les réfugiés plutôt que de s’attaquer aux causes profondes et aux implications humanitaires.

De même, le plus ancien groupe de réfugiés « fixés à l’écart » – les Palestiniens – vit depuis des décennies sous occupation, et chaque mesure de son oppression s’est renforcée.

« Cependant, il y a lieu d’être optimiste aussi, avec des enquêtes montrant que la majorité des gens accueillent les réfugiés et appuient de plus en plus les actions pour soutenir les droits des Palestiniens, comme les campagnes de boycotts. Cela montre que les gouvernements et les hommes politiques sont clairement hors de tout contact non seulement avec l’humanité de leurs citoyens, mais aussi avec les avantages à long terme apportés par les immigrants, dont les réfugiés.

« Malheureusement, la situation des réfugiés peut empirer avant que la situation ne s’améliore, selon les résultats de certaines élections à venir. Tant que les puissances extérieures mèneront des guerres par procuration dans des pays comme le Yémen, la Syrie et l’Irak, des actes terroristes continueront à se produire sur leur sol, et les demandeurs d’asile et les immigrants en seront tenus pour responsables.

« Il est de la responsabilité de ceux d’entre nous qui travaillent avec les réfugiés de faire beaucoup plus pour montrer la contribution importante apportée par ces personnes, historiquement et aujourd’hui. »

29 décembre 2016 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah