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Qu’est-ce qui se cache derrière l’accord Hamas-Fatah ?

Ramzy BaroudLe vif intérêt de l’Égypte dans l’arbitrage du conflit entre les factions palestiniennes du Hamas et du Fatah, n’a rien à voir avec une prise de conscience soudaine.

Le Caire a, en fait, joué un rôle tout à fait destructeur en manipulant en sa faveur les divisions inter-palestinienne, tout en gardant verrouillé le passage frontalier de Rafah.

Mais ce qui est sûr, c’est que les dirigeants égyptiens opèrent en coordination étroite avec Israël et les États-Unis. Bien que les déclarations de Tel-Aviv et de Washington restent prudentes en ce qui concerne les pourparlers en cours entre les deux partis palestiniens, leur interprétation n’exclut pas la possibilité d’un souci de faire adhérer le Hamas à un gouvernement d’unité sous la direction de Mahmoud Abbas.

Les commentaires du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au début d’octobre appuient cette affirmation. Selon le Times of Israel, il n’a pas catégoriquement rejeté un gouvernement du Hamas et du Fatah, mais a exigé que « tout futur gouvernement palestinien devra dissoudre l’aile armée de l’organisation terroriste (Hamas), rompre tous les liens avec l’Iran et reconnaître l’État d’Israël. »


Une interview de Ahmad Youssef, analyste et conseiller politique

Le président égyptien, Abdel-Fattah al-Sissi, voudrait aussi voir un Hamas affaibli, un Iran marginalisé et un accord qui ramène l’Égypte au centre de la diplomatie du Moyen-Orient.

Sous les auspices du dictateur égyptien, le rôle autrefois central de l’Égypte dans les affaires de la région s’est évanoui.

Mais la réconciliation entre le Hamas et le Fatah donne à al-Sissi une fenêtre d’opportunité pour redorer l’image de son pays qui a été ternie ces dernières années par des mesures brutales contre l’opposition de son pays et par ses interventions militaires mal inspirées en Libye, au Yémen et ailleurs.

En septembre, en marge de la conférence de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, al-Sisi a rencontré publiquement Netanyahu pour la première fois. La nature exacte de leurs discussions n’a jamais été pleinement révélée, bien que les médias rapportent que le dirigeant égyptien a tenté de convaincre Netanyahu d’accepter un accord d’unité entre le Hamas et le Fatah.

Dans son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies, al-Sisi a également lancé un appel passionné et incongru à la paix. Il a parlé d’une « opportunité » qui doit être saisie pour parvenir à un accord de paix au Moyen-Orient, et il a appelé le président américain Donald Trump à « écrire une nouvelle page de l’histoire de l’humanité » en profitant de cette supposée opportunité.

Il est difficile d’imaginer qu’al-Sisi, dont l’influence sur Israël et les États-Unis est plus que limitée, soit capable de créer, à lui seul, l’environnement politique nécessaire à la réconciliation entre les factions palestiniennes.

Plusieurs tentatives de ce genre ont été faites dans le passé mais ont échoué, notamment en 2011 et en 2014. Dès 2006, l’administration George W. Bush a interdit une telle réconciliation, usant de menaces et en bloquant des fonds pour s’assurer que les Palestiniens restent divisés. L’administration de Barack Obama a suivi, parachevant l’isolement de Gaza et la division palestinienne, tout en soutenant la politique d’Israël.

LIRE EGALEMENT : L’accord Fatah-Hamas est-il « gagnant gagnant » ?

Contrairement aux administrations précédentes, Donald Trump a voulu soulever des espoirs concernant le parrainage d’un accord de paix. Cependant, il a pris dès le début le parti d’Israël, promettant le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et nommant un extrémiste, David Friedman – un ambassadeur du sionisme par excellence – en tant qu’ambassadeur des États-Unis en Israël.

Bien que Trump ait signé en juin dernier un ordre temporaire pour maintenir l’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv – décevant beaucoup de ses fans pro-israéliens – cette décision n’est en rien une indication d’un changement de politique.

« Je veux donner une impulsion pour la paix avant que de penser même à déplacer l’ambassade à Jérusalem », a déclaré Trump dans une interview télévisée récemment. « Si nous pouvons faire la paix entre les Palestiniens et Israël, je pense que cela conduira à une paix ultime au Moyen-Orient, ce qui doit se produire ».

À en juger par les précédents historiques, il est évident qu’Israël et les États-Unis ont donné le feu vert à la réconciliation palestinienne avec un objectif clair en tête. Pour sa part, Israël veut voir le Hamas s’éloigner de l’Iran et abandonner la résistance armée, tandis que les États-Unis veulent relancer leur politique de la région, les intérêts israéliens restant primordiaux.

L’Égypte, bénéficiaire d’une généreuse aide militaire américaine, est le moyen naturel d’inclure la composante « réconciliation Hamas-Fatah » dans la nouvelle stratégie.

Ce qui laisse fortement supposer que des acteurs puissants soutiennent les efforts de réconciliation, c’est la façon fluide dont tout le processus s’est déroulé jusqu’à présent, en contradiction totale avec des années d’efforts infructueux et des accords à répétition sans résultats.

Ce qui apparaissait avant tout comme une autre série futile de pourparlers sous l’égide de l’Égypte, a bientôt produit un premier mémorandum, suivi d’un accord du Hamas pour dissoudre son comité administratif gérant les affaires de Gaza, suivi d’une visite du gouvernement national de consensus à Gaza et enfin d’une approbation des termes de la réconciliation nationale par les deux plus puissants organes du Fatah : le Conseil révolutionnaire et le Comité central.

LIRE EGALEMENT : Fatah et Hamas

Comme le Fatah contrôle l’Autorité Palestinienne (AP), cette dernière recommandation préconisée par Mahmoud Abbas était une étape importante pour faire avancer le processus, alors que le Hamas et le Fatah se préparaient à des pourparlers plus importants au Caire.

Contrairement aux précédents, l’accord d’aujourd’hui permettra au Hamas de participer activement au nouveau gouvernement d’unité. Le haut responsable du Hamas, Salah Bardawil, l’a confirmé dans un communiqué. Cependant, Bardawil a également insisté sur le fait que le Hamas ne déposerait pas ses armes, et que la résistance à Israël n’était pas négociable.

Si l’on laisse de côté le pouvoir des États-Unis, d’Israël et de l’Égypte, ceci est en fait le nœud de la question. Naturellement, les Palestiniens sont désireux de réaliser l’unité nationale, mais cette unité doit être fondée sur des principes qui sont beaucoup plus importants que les intérêts égoïstes des partis politiques.

En outre, parler d’unité sans même aborder les errements du passé et sans s’entendre sur une stratégie nationale de libération dont la résistance est la base, le gouvernement d’union du Hamas et du Fatah se révélera aussi dépourvu de signification que tous les autres gouvernements qui opèrent – et ont opéré – sans réelle souveraineté et disposent au mieux de mandats populaires douteux.

Pire encore, si l’unité est guidée par un soutien tacite des États-Unis, un accord discret israélien et des objectifs égyptiens totalement égoïstes, on peut s’attendre à ce que le résultat soit très éloigné des aspirations réelles du peuple palestinien, lequel reste peu impressionné par l’agitation de ses dirigeants.

Alors qu’Israël a investi des années dans le maintien de la division inter-palestinienne, les factions palestiniennes sont restées obnubilées par des intérêts personnels pitoyables et un « contrôle » sans valeur sur une terre militairement occupée.

Il devrait être clair que tout accord d’unité qui tient compte de l’intérêt des factions aux dépens du bien collectif du peuple palestinien, est une imposture. Même si celle-ci « réussit » au départ, elle échouera sur le plus long terme, puisque la Palestine est plus forte que n’importe quel individu, faction ou puissance régionale à la recherche de la bienveillance d’Israël et de l’argent américain.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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12 octobre 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




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En attendant le successeur de Daech

Ramzy BaroudLa deuxième plus grande ville d’Irak, Mossoul, a été transformée en décombres.

La ville a finalement été conquise, tirée des mains de Daesh après des mois de bombardements impitoyables par la coalition de guerre dirigée par les États-Unis, et après une offensive terrestre massive.

Mais parler de « victoire » est abusif. Mossoul, autrefois le bijou culturel et le modèle de coexistence de l’Irak, est maintenant une « ville de cadavres », comme l’a décrit un journaliste étranger qui parcourait les ruines, tout en tentant de se protéger de la terrible mauvaise odeur.

« Vous avez probablement entendu parler de milliers de personnes tuées… des victimes civiles », a déclaré Murad Gazdiev. « Ce dont vous n’avez probablement pas entendu parler, c’est de l’odeur. C’est nauséabond, répugnant, et c’est partout : l’odeur des corps en putréfaction ».

En fait, l’odeur des corps en train de pourrir se retrouve partout où Daesh a été vaincu. Le groupe qui avait autrefois en 2014 déclaré un Califat – un État islamique – en Irak et en Syrie, et qui avait été laissé librement se développer dans toutes les directions, est en passe d’être vaincu.

Il est légitime de se demander comment un petit groupe, lui-même engendré par d’autres groupes également notoires, a pu déclarer, élargir et faire fobntionner un « État » pendant plusieurs années, dans une région où l’on trouve les armées étrangères, les milices et les services de renseignements les plus puissants du monde.

Mais une telle question ne devrait-elle pas être laissée de côté maintenant que Daesh est finalement mis en déroute, de la façon la plus violente et la plus radicale ?

En fait, c’est sur quoi presque tout le monde semble s’entendre. Même ceux qui sont des rivaux politiques et militaires sont ouvertement unis sur cet objectif.

En plus de la ville de Mossoul en Irak, Daesh a également été vaincu dans sa forteresse de Raqqa, à l’est de la Syrie.

Ceux qui ont par miracle survécu aux batailles de Mossoul et Raqqa sont maintenant encerclés dans Deir ez-Zor, qui promet d’être leur dernière bataille majeure.

En fait, la guerre contre Daesh se déplace déjà vers des zones situées hors des grands centres de population où le groupe militant avait cherché refuge. Les militants de Daesh sont également expulsés de ces régions, comme dans la partie ouest de la région de Qalamoun sur la frontière entre la Syrie et le Liban.


Le Hezbollah s’empare des Monts Arsal, dans le Qalamoun

Même le désert n’est plus un lieu sûr. Le désert de Badiya, s’étendant du centre de la Syrie jusqu’aux frontières de l’Irak et de la Jordanie, est aujourd’hui le lieu de forts combats, centrés sur la ville de Sukhnah.

Brett McGurk, envoyé spécial des États-Unis pour la « Coalition mondiale de lutte contre ISIS », est récemment retourné aux États-Unis après avoir passé quelques jours dans la région. Il a parlé au réseau de télévision de CBS avec une confiance évidente.

Les forces de Daesh « se battent pour leur vie, morceau après morceau », a-t-il déclaré, estimant que le groupe militant avait perdu environ 78% des zones qu’il contrôlait autrefois en Irak depuis son apogée en 2014, et environ 58% de ses territoires en Syrie.

Les officiels et les médias nord-américains font référence aux gains militaires qu’ils attribuent aux forces dirigées par les États-Unis et ignorent tous les autres, alors que les alliés russes font tout le contraire.

Mis à part les nombreuses tragédies humaines associées à ces victoires, aucune des parties impliquées n’a assumé la responsabilité de la montée de Daesh.

Ils doivent assumer cette responsabilité, et non seulement comme une question de responsabilité morale. Si l’on ne comprend pas et si l’on ne s’attaque pas aux raisons de la montée de Daesh, soyons alors certains que sa chute engendrera un autre mouvement avec une vision tout aussi dommageable, désespérante et violente.

Tous ces beaux-parleurs dans les grands médias qui ont prétendu analyser les racines de Daesh, décortiquent imprudemment ses différentes influences idéologiques sans tenir compte de la réalité politique qui a donné naissance au groupe.

Que ce soit Daesh, Al-Qaïda ou tout autre organisation, ces groupes naissent généralement et renaissent dans des lieux qui souffrent de la même maladie chronique : un gouvernement central faible, une invasion étrangère, une occupation militaire et une terreur étatique.

Le terrorisme est le sous-produit de la brutalité et de l’humiliation, quelle qu’en soit la source, mais il est plus prononcé lorsque cette source est étrangère.

Si ces facteurs ne sont pas réellement traités et discutés, il ne peut y avoir de fin du terrorisme.

Ainsi, il ne faut pas être surpris que Daesh se soit formé et ait prospéré dans des pays comme l’Irak, la Syrie, la Libye, et des régions comme le désert du Sinaï. De plus, beaucoup de ceux qui ont répondu à l’appel de Daesh émergent souvent de communautés qui ont terriblement souffert de la cruauté de régimes arabes sans pitié, mais aussi de négligence, de haine et d’aliénation dans les sociétés occidentales.

La raison pour laquelle beaucoup refusent de reconnaître un tel fait – et se battent bec et ongles pour éviter même d’en parler – c’est qu’admettre la moindre responsabilité les rendrait responsables de la création même du terrorisme qu’ils prétendent combattre.

Ceux qui se contentent de critiquer l’islam, une religion qui a été l’un des principaux facteurs de la renaissance culturelle européenne, ne sont pas simplement ignorants et beaucoup d’entre eux obéissent à des objectifs tout à fait condamnables. Mais leur idée absurde de vouloir incriminer la religion est aussi stupide que la « guerre contre le terrorisme » concoctée par George W. Bush.

En gros, les jugements mal avisés ne peuvent que prolonger les conflits.

De plus, toutes ces généralités faciles nous empêchent de voir les liens précis et évidents entre, par exemple, l’avènement d’al-Qaeda en Irak et l’invasion américaine de ce pays, ou entre la montée en puissance d’al-Qaeda sous la direction d’Abu Musab al-Zarqawi et la division sectaire de ce pays sous l’autorité américaine en Irak, à savoir Paul Bremer et ses alliés dans le gouvernement chiite à Bagdad.

Il aurait été clair dès le début que Daesh, aussi notoirement violent qu’il puisse être, était un des symptômes et non une cause. Après tout, Daesh n’a que 3 ans d’existence alors que l’occupation étrangère et la guerre dans la région lui sont antérieures de nombreuses années.

Bien qu’il nous ait déjà été dit – par Daesh lui-même, mais aussi par les médias – que Daesh était là pour rester, il s’est avéré que le groupe n’est qu’une phase temporaire dans un scenario violent fait pour durer, entretenu par l’absence de moralité et de courage intellectuel pour examiner les véritables racines de cette violence.

Il est probable que la victoire sur Daesh sera de courte durée. Le groupe va sûrement développer une nouvelle stratégie de guerre ou connaître une nouvelle mutation. L’histoire nous l’a souvent enseigné.

Il est également probable que ceux qui revendiquent fièrement d’avoir anéanti de façon systématique et efficace le groupe – en même temps que des villes entières – ne s’arrêteront pas un instant pour s’interroger sur ce qu’ils devraient faire pour empêcher un nouveau Daesh de prendre forme.

Curieusement, la « Coalition mondiale dirigée par les États-Unis pour lutter contre ISIS » dispose de la puissance de feu nécessaire pour transformer des villes entières en décombres, mais n’a pas la sagesse de comprendre que la violence débridée ne génère que de nouvelles violences. La terrorisme étatique, les interventions étrangères et l’humiliation collective de nations entières sont tous les ingrédients nécessaires pour répéter le bain de sang.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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29 août 2017 – RamzyBaroud.net – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




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L’armement atomique israélien : un secret de polichinelle et une menace à l’échelle mondiale

Hilary WiseLa connivence avec le programme nucléaire d’Israël, plus que toute autre question, révèle l’ambivalence et l’hypocrisie de l’Occident.

Pendant que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu continue de tempêter et de prendre ses grands airs au sujet de la menace existentielle posée par un Iran détenteur – peut-être, un jour – de l’arme nucléaire, Israël a pris livraison du dernier de ses sous-marins de pointe allemands capables de transporter des ogives nucléaires.

Le coût de ces sous-marins est lourdement subventionné par le contribuable allemand dans le cadre de l’aide militaire constante de l’Allemagne à Israël. Selon les révélations du journal Der Spiegel, Angela Merkel aurait tenté de conditionner la livraison des sous-marins à diverses contraintes, « incluant l’exigence qu’Israël cesse sa politique de colonisation expansionniste et permette l’achèvement d’une station d’épuration située dans la bande de Gaza et partiellement financée par l’Allemagne ». Aucune de ces conditions n’a été remplie, mais la livraison s’est poursuivie.

Le secret le moins bien gardé du monde

Depuis des décennies, l’existence de l’arsenal nucléaire israélien est de notoriété publique, en partie grâce aux informations fournies par Mordechai Vanunu, toujours privé de sa liberté bien qu’il ait déjà purgé une peine de dix-huit ans.

Le Centre d’études pour la non-prolifération a rapporté qu’Israël dispose vraisemblablement de quelque 300 ogives – presque autant que le Royaume-Uni. Cela comprend une gamme d’armes thermonucléaires à portée intercontinentale et des armes tactiques d’artillerie à rayonnement renforcé (« bombes à neutrons »).

Les installations nucléaires israéliennes incluent le réacteur nucléaire de Dimona, situé dans le Néguev et où travaillait Vanunu, les bases de stockage nucléaires situées à Eilabun, près du lac de Tibériade, et le laboratoire national de test d’armes de Soreq, au sud de Tel Aviv.

Israël a toujours refusé de confirmer ou d’infirmer leur existence : c’est ce qu’Avner Cohen, auteur d’Israël et la bombe, appelle une politique du « ne demandez pas, ne dites pas ». Évidemment, aucune inspection de ces installations par l’Autorité internationale de l’énergie atomique n’a été autorisée.

Tant les États-Unis qu’Israël ont intérêt à maintenir la fiction qu’Israël n’est pas une puissance nucléaire (ou que, s’il l’est, les États-Unis n’ont en pas connaissance) : la loi américaine interdit expressément l’aide économique et militaire aux nations qui acquièrent la technologie de l’enrichissement nucléaire à des fins militaires. Il existe cependant une clause dérogatoire stipulant que le président peut autoriser une telle aide dans « l’intérêt vital » des États-Unis.

L’arsenal impressionnant d’Israël comprend des missiles Jericho III, lesquels peuvent transporter des ogives nucléaires et sont également capables d’atteindre quasiment toute l’Europe et une grande partie de l’Asie. Le véhicule de lancement spatial Shavit a une portée d’au moins 4 500 km, et Israël a développé un certain nombre de missiles de croisière, tels le Gabriel 4, un missile de croisière antinavire, et le Popeye Turbo, qui peut être déployé sur des sous-marins.

Les avions de chasse d’Israël, du F-15 au F-16I, sont capables d’opérations de longue portée avec des ogives nucléaires et chimiques. L’apport des sous-marins allemands Dolphin complète la capacité maritime, terrestre et aérienne de ces ogives nucléaires israéliennes.

Le soutien occidental

La réticence d’Israël à informer de ses réelles capacités nucléaires n’a pas été remise en question dans les milieux politiques et les médias occidentaux.

Non seulement peu de questions ont été posées, mais pendant des décennies, les pays occidentaux ont coopéré de façon active au programme nucléaire d’Israël. C’est la France qui a construit le réacteur nucléaire de Dimona dans les années 1950, utilisant l’eau lourde fournie par la Grande-Bretagne, la Norvège et plus tard les États-Unis. Pendant des années, Israël a collaboré étroitement avec le régime sud-africain au développement d’armes nucléaires, et cela jusqu’à la chute de l’apartheid.

L’aide militaire américaine à Israël, d’un montant de 100 milliards de dollars depuis 1962, s’élève désormais à une moyenne de 3 milliards de dollars par an, outre les milliards provenant des ventes d’armes. Cette aide prend en grande partie la forme d’armes conventionnelles telles que des avions de combat et des missiles sol-air ; mais une grande partie de cet armement peut constituer un système de lancement de missiles nucléaires. Par exemple, les récents programmes d’aide ont inclus des missiles à capacité nucléaire Harpoon, lesquels équiperont les sous-marins allemands.

L’acquisition clandestine par Israël de la technologie nucléaire des États-Unis et d’autres pays a fait l’objet de diverses révélations journalistiques. Mais l’étendue de la collusion de ces gouvernements et de leur consentement à ces transferts de technologie ne sera probablement jamais connue.

Ce soutien massif contraste avec l’attitude occidentale vis-à-vis de l’Irak. La simple – et complètement fallacieuse – suggestion que l’Irak possédait des armes de destruction massive a signifié pour ce pays vingt ans de sanctions paralysantes et de bombardements intensifs, aboutissant à une sanglante désintégration politique à laquelle nous assistons encore aujourd’hui.

Israël possède des armes nucléaires et chimiques en abondance, mais n’est absolument pas tenu pour responsable.

Le rêve d’un Moyen-Orient dénucléarisé

Dans un effort visant à enrayer la propagation des armes nucléaires et encourager les États nucléaires à y renoncer, une conférence internationale a lieu tous les cinq ans dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Le TNP a été signé par tous les États du Moyen-Orient (y compris l’Iran), à l’exception d’Israël. La conférence du TNP de 2010 a conclu qu’une conférence régionale devrait avoir lieu en 2012 afin de discuter de la possibilité de faire du Moyen-Orient une région exempte d’armes de destruction massive. Ban Ki Moon a exhorté Israël à y participer.

Ce dernier a sans cesse tergiversé et cette idée de conférence a finalement été mise de côté – même si elle peut être relancée lors des discussions du TNP se tenant cette année, du 27 avril au 22 mai, au siège de l’ONU à New York. Peut-être par exaspération, l’Assemblée générale des Nations unies avait massivement adopté en 2012 une résolution appelant Israël à permettre l’inspection de son programme nucléaire. Ceux qui ont voté contre étaient les suspects habituels : Israël, les États-Unis, le Canada, les Îles Marshall, la Micronésie et Palau.

Qui participe à cette course aux armements ?

L’accord de principe négocié entre les États-Unis et l’Iran sur le programme nucléaire iranien a été chaleureusement accueilli par la communauté internationale, à l’exception des jusqu’au-boutistes sionistes aux États-Unis. Netanyahu, avec ses prédictions de Cassandre, s’est une fois de plus trouvé isolé. Avec une indubitable et inconsciente ironie, il a soulevé le spectre d’un Iran déclenchant une « course aux armements nucléaires » au Moyen-Orient.

Le seul cheval de cette course est, jusqu’à présent, Israël. Il est également l’État le plus belliqueux de la région, ayant à plusieurs reprises attaqué, envahi et occupé ses voisins les plus proches, annexant les territoires de certains et bombardant les territoires d’autres, y compris vraisemblablement l’Iran lui-même. Alors qu’Israël persiste dans cette politique, il est en effet compréhensible que ses voisins puissent souhaiter obtenir leur propre force de dissuasion.

* Hilary Wise est écrivain, universitaire et militante. Elle a également été pendant huit ans journaliste au Palestine News.

28 avril 2015 – Middle East Eye – Traduction : Info-Palestine.eu – Hassina Mechaï




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États-Unis : la guerre contre la campagne BDS est une guerre contre la liberté d’expression

Ramzy BaroudIl y a quelque chose d’immoral qui se produit à Washington D.C, et ses conséquences peuvent être graves pour beaucoup de monde et en particulier pour la santé de la démocratie américaine.

Le gouvernement américain déclare la guerre au mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) palestinien. L’offensive anti-BDS est en cours depuis plusieurs années, mais surtout depuis 2014.

Depuis, 11 États américains ont adopté et promulgué une loi visant à criminaliser le mouvement soutenu par la société civile et qui vise à faire pression sur Israël pour mettre fin à son occupation de la Palestine.

Washington mène maintenant la lutte, légitimant ainsi le comportement antidémocratique des États au niveau individuel. Si les efforts du gouvernement des États-Unis réussissent, une démocratie américaine déjà en difficulté tombera encore un peu plus bas, et de nombreuses personnes pourraient être punies pour avoir fait le choix d’agir en fonction de leurs valeurs politiques et morales.

Le projet de loi 720 du Sénat (S.720), également connu sous le nom de Loi sur le boycott anti-israélien, a été largement rédigé par le puissant et notoire lobby pro-israélien à Washington, le Comité israélien des affaires publiques d’Israël (AIPAC).

Selon son propre « Agenda de lobbying 2017 », l’AIPAC a fait de l’adoption du projet de loi sa priorité absolue.

Le Congrès des États-Unis se plie aux intérêts israéliens et par sa « main-mise » sur les élus, l’AIPAC prend le pas les électeurs américains.

Ainsi, il n’était pas surprenant de voir 43 sénateurs et 234 représentants de la Chambre soutenir le projet de loi, qui a été présenté pour la première fois en mars.

Bien que le Congrès ait habituellement soutenu Israël et condamné les Palestiniens – ainsi que tout responsable politique ou entité qui ait osé reconnaître les droits des Palestiniens – le Congrès va cette fois encore plus loin et met en péril les droits fondamentaux de ses propres électeurs.

Le Premier amendement à la Constitution des États-Unis a été le pilier de la défense du droit des individus à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, « le droit des gens de se réunir pacifiquement et de demander au gouvernement de corriger les griefs ». Ce droit, Cependant, a souvent été remis en cause lorsqu’il s’applique à Israël. Le Centre pour les droits constitutionnels se réfère à ce fait comme à « l’exception palestinienne ».

Le projet S.720, cependant, s’il est adopté, consolidera le nouveau statut américain, celui d’une « démocratie qui régresse », par opposition à une nation disposant d’une pleine démocratie qui légifère et applique toutes les lois équitablement et de manière égale pour tous ses citoyens. La loi transformerait en « félonie » pour les Américains le fait de soutenir le boycott d’Israël.

La punition de ceux qui enfreignent la loi proposée ira de 250 000 dollars à 1 million, et/ou à 20 ans de prison.

Le projet de loi a déjà eu de nombreux effets sur de nombreux groupes dans le pays, en particulier parmi les militants afro-américains qui luttent contre le racisme institutionnalisé. Si le projet de loi devient la loi, ce précédent deviendra alors la norme, et les dissidents se retrouveront devant les tribunaux pour leurs simples opinions.

En ce qui concerne Israël, le Congrès américain est uni. Les législateurs républicains et démocratiques agissent souvent de manière contraire aux intérêts de leur propre pays, juste pour plaire au gouvernement israélien. Ce n’est pas un secret.

Cependant, le danger réel est que de telles lois aillent au-delà de l’allégeance aveugle traditionnelle à Israël, le gouvernement punissant alors les personnes et les organisations pour les choix qu’elles font, les valeurs qu’elles défendent ou pour une simple demande d’informations sur un problème qu’elles pourraient juger préoccupant.

Le 17 juillet, l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a publié une lettre demandant aux législateurs qui ont signé la version du projet de loi soumise au Sénat de reconsidérer leur décision.

« Le projet de loi punirait les entreprises et les particuliers, en se fondant uniquement sur leur point de vue. Une telle condamnation est en violation directe du premier amendement », a déclaré l’ACLU.

Une seule personne, jusqu’à présent, aurait reconsidéré son soutien, la sénatrice démocrate de New York Kirsten Gillibrand. Elle a demandé que son nom soit retiré de la liste des co-signataires.

La réaction de l’AIPAC a été immédiate, appelant son armée de partisans à faire pression sur la sénatrice pour qu’elle remette son nom sur la liste et « réaffirme son engagement à lutter contre la délégitimation internationale d’Israël ».

Pourtant il y a quelque chose de positif dans tout cela. Pendant de nombreuses années, on a perçu à tort que l’exigence israélienne du soutien américain contre les Palestiniens et les Arabes n’était, en aucun cas, celle d’un pays étranger s’immisçant ou entravant le système politique des États-Unis ou compromettant la démocratie américaine.

Mais aujourd’hui, la loi anti-BDS est la plus flagrante de ces interventions, car elle touche au Premier amendement, le fondement même de la démocratie américaine, en instrumentalisant les législateurs américains pour mener à bien ce terrible objectif.

Ce projet de loi met Israël en pleine lumière, ainsi que ses hordes de partisans au Congrès. De plus, il présente aux défenseurs des droits de l’homme l’opportunité de défendre la campagne BDS, ce qui revient à défendre les droits du peuple palestinien comme les droits de tous les Américains. Ce serait la première fois depuis de nombreuses années que la lutte pour les droits des Palestiniens pourra être débattue ouvertement et contextualisée d’une manière qui fera comprendre à la plupart des Américains que cela concerne leur vie quotidienne.

En fait, c’était l’un des objectifs du BDS, dès le départ. Alors que le boycott et la délégitimation de l’occupation militaire israélienne sur les Palestiniens sont au cœur du mouvement soutenu par la société civile, le BDS vise également à susciter un débat urgent sur Israël et la Palestine.

Bien que ce ne soit pas son objectif, le Congrès rend cela très possible.

Le projet de loi et les initiatives législatives aux États-Unis – et en Europe – sont également une source d’espoir en ce sens que tout cela ramène aux événements mêmes qui ont précédé la disparition du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Les gouvernements américains et britanniques en particulier s’opposaient au mouvement de libération sud-africain, condamnaient le boycott et ont soutenu jusqu’au bout le régime raciste et autoritaire de P. W. Botha. L’ancien président américain Ronald Reagan voyait Nelson Mandela comme un terroriste. Mandela a dû attendre 2008 pour être retiré de la liste américaine du terrorisme.

Il est clair que les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël étaient les partisans les plus ardents de l’apartheid en Afrique du Sud.

Maintenant, c’est comme si l’histoire se répétait. La version israélienne de l’apartheid se bat pour une légitimité et refuse de céder d’un seul pas. Elle veut coloniser toute la Palestine, maltraiter ses habitants et violer le droit international sans tolérer un seul mot de condamnation, qu’il vienne d’un individu ou d’une organisation.

Le gouvernement des États-Unis n’a pas non plus beaucoup changé. Il continue de soutenir la forme israélienne de l’apartheid, tout en rendant sans honte hommage à l’héritage de Mandela et à sa lutte anti-apartheid.

Bien que le nouveau chapitre de la lutte anti-apartheid a pour nom « la Palestine », les États-Unis et ses partisans occidentaux continuent de répéter les mêmes politiques qu’ils ont pratiquées à l’encontre du peuple sud-africain.

En ce qui concerne les véritables défenseurs des droits de l’homme, indépendamment de leur race, leur religion ou leur citoyenneté, c’est leur moment ! Aucun changement significatif ne se produira sans que les peuples ne soient unis dans la lutte et les sacrifices.

Dans un de ses discours, l’abolitionniste américain et ancien esclave Frédéric Douglassdéclarait : « Le pouvoir ne concède rien sans y être obligé. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais ».

Le Congrès des États-Unis, avec l’aide de l’AIPAC, criminalise cette exigence de justice.

Les Américains ne devraient pas tolérer cela, et si ce n’est pour le bien des Palestiniens, que soit au moins pour le leur.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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9 août 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




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Al-Aqsa : la victoire des Palestiniens à Jérusalem est un moment qui fera date

Ramzy BaroudNi le Fatah ni le Hamas n’ont joué de rôle déterminant dans les manifestations de masse organisées en défense de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem.

Les pressions américaines, les inquiétudes européennes ou les habituelles déclarations arabes ne font aucune différence. Les responsables des Nations Unies ont mis en garde contre les sombres scénarios d’escalade dans les violences, mais leurs déclarations étaient purement formelles.

Le mouvement de masse spontané à Jérusalem qui a finalement contrecarré les plans israéliens de transformer le statut d’Al-Aqsa, était purement un mouvement populaire. Malgré le prix élevé de plusieurs morts et de centaines de blessés, il a contesté à la fois le gouvernement israélien et les dirigeants palestiniens.

Israël a bouclé le complexe d’Al-Aqsa le 14 juillet, après une fusillade entre trois Palestiniens armés et des officiers israéliens d’occupation. Le complexe a été rouvert quelques jours plus tard mais les fidèles palestiniens ont refusé d’y pénétrer, car des installations de sécurité, des barrières, des caméras et des détecteurs de métaux y avaient été installés.

Le peuple de Jérusalem a immédiatement compris l’implication de l’action israélienne. Au nom de mesures de sécurité supplémentaires, le gouvernement israélien exploitait la situation pour changer le statut d’Al-Aqsa dans le cadre de ses efforts permanents visant à davantage isoler les Palestiniens et à judaïser la ville illégalement occupée.

L’armée israélienne a occupé Jérusalem-Est en 1967, l’annexant en 1981 au mépris du droit international et malgré l’opposition des Nations Unies.

Depuis 50 ans, Jérusalem a subi des violences quotidiennes. Les Israéliens ont tout fait pour élargir leur présence dans la ville, augmenter le nombre de colons juifs illégaux et séparer Jérusalem du reste des Territoires palestiniens. Mais les Palestiniens, les musulmans et les chrétiens ont toujours résisté.

Le complexe d’Al-Aqsa – également connu sous le nom de Haram Al-Sharif ou du Noble Sanctuaire – est l’élément le plus symbolique de leur lutte. C’est un microcosme du destin de la ville occupée, en fait du destin de l’ensemble de la terre palestinienne.

Le complexe a été administré par le Waqf islamique [Fondation], grâce à un accord israélo-jordanien. Beaucoup d’hommes politiques israéliens dans le parti du Likud et la coalition du gouvernement d’extrême-droite dirigée par Netanyahu, ont essayé de changer cela.

Les Palestiniens comprennent que le sort de leur mosquée et l’avenir de leur ville sont étroitement liés. Pour eux, si Al-Aqsa est perdu, Jérusalem sera alors définitivement conquise.

Cette lutte entre les fidèles palestiniens et l’armée israélienne, se manifeste tous les jours, généralement avec un sommet le vendredi. C’est dans ce jour sacré pour les musulmans que des dizaines de milliers de fidèles affluent à Al-Aqsa pour prier, souvent freinés dans leur élan par de nouvelles normes militaires et règlements de l’armée. Sous le prétexte de la sécurité, les jeunes Palestiniens en particulier ont été empêchés de se rendre à Al-Aqsa.

Mais la lutte pour Jérusalem peut rarement être exprimée dans des chiffres, en nombre de morts et dans des reportages télévisés. C’est la lutte constante des Palestiniens du peuple pour l’espace, l’identité et la préservation de la sacralité de leur terre sainte.

Au cours des deux dernières années, la lutte est montée d’un cran à mesure qu’Israël commençait à étendre ses colonies illégales à Jérusalem-Est et que ses partis d’extrême-droite publiaient une série de lois ciblant les Palestiniens dans la ville. Parmi ces lois se trouve celle qui concerne l’appel à la prière, qui vise à empêcher les mosquées de faire l’appel à la prière de l’aube, comme cela se fait depuis plus d’un millénaire.

Les jeunes Palestiniens, dont la majorité sont nés après les infructueux accords d’Oslo, ne supportent plus que les soldats israéliens contrôlent tous les aspects de leur vie et que leurs dirigeants corrompus soient de plus en plus indignes et hors de tout contrôle.

Cette frustration a s’est exprimée de nombreuses façons : dans la résistance non violente, les nouvelles idées politiques, l’art, la musique, les médias sociaux, mais aussi dans des actes individuels de résistance violente.

Depuis la récente Intifada d’Al-Quds – soulèvement de Jérusalem – qui a commencé en octobre 2015, « quelque 285 Palestiniens sont morts dans des attaques présumées, des manifestations et des raids de l’armée (israélienne) », ont expliqué Farah Najjar et Zena Tahhan. Environ 47 Israéliens ont été tués au cours de la même période.

Mais l’Intifada était en quelque sorte contenue et gérée. Certes, les groupes de défense des droits de l’homme ont protesté contre la mort de nombreux Palestiniens, mais sans grand effet sur le terrain. L’Autorité palestinienne a continué à fonctionner, coupée de la réalité violente à laquelle font face quotidiennement les Palestiniens.

La fusillade du 14 juillet pourrait avoir marqué un autre épisode violent parmi beaucoup d’autres signalés à Jérusalem ces derniers mois. À la suite de ces événements, le discours officiel israélien a totalement fait l’impasse sur l’occupation militaire et s’est concentré plutôt sur la question de la « sécurité » d’Israël menacée par le « terrorisme palestinien ». Les politiciens se sont alors mis en branle pour de nouvelles lois, des propositions et des idées radicales pour exploiter une situation tragique et maintenir le statu quo.

Compte tenu de tout ce qui a été vécu par les Palestiniens, toute analyse politique rationnelle aurait pu conclure que ces derniers perdraient également cette bataille. Les États-Unis soutenant pleinement les mesures israéliennes et la communauté internationale restant totalement apathique, les habitants de Jérusalem semblaient n’avoir guère de chances de leur côté.

Mais une telle approche du conflit, aussi logique puisse-t-elle paraître, se révèle terriblement fausse puisqu’elle néglige la force populaire.

Dans cette dernière confrontation, les Palestiniens de Jérusalem ont gagné, mettant en avant un modèle impressionnant de mobilisation et de solidarité populaire pour tous les Palestiniens. L’armée israélienne a enlevé les barricades et les détecteurs de métaux, poussant Israël au bord d’une crise politique où se mêlaient politiciens en colère, militaires et service de renseignement [Shin Bet].

La victoire du peuple a été une énorme embarras pour Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne à Ramallah. Il a essayé de « prendre en marche le train des protestations » mais a échoué, a rapporté l’Atlantic.

D’autres factions, également, se sont rapidement mobilisées pour capitaliser sur la victoire populaire, mais leurs efforts ont paru artificiels et dépourvus de sincérité.

« Aujourd’hui est une journée de joie, pleine de célébration et de chagrin en même temps – de douleur pour les personnes qui ont perdu la vie et ont été blessées », a déclaré un manifestant aux journalistes, alors que des milliers de fidèles ont pendant près de deux semaines pris d’assaut les portes de Jérusalem armés de leurs tapis de prière, de drapeaux et de chants.

« C’est un mouvement populaire qui n’est contrôlé ni par le Hamas ni par le Fatah, les dirigeants politiques traditionnels des Palestiniens », a déclaré le journaliste Imran Khan à l’extérieur du complexe.

Ce mouvement de base était fait de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. Parmi eux, Zeina Amro, qui a cuisiné tous les jours pour ceux qui se tenaient fermement à l’extérieur du complexe, puis a été blessée par une balle en acier enrobée de caoutchouc tirée à la tête. Mais elle est retournée le lendemain pour exhorter les hommes à tenir bon.

Parmi eux également l’enfant Yousef Sakafi, dont les tâches incluaient de rafraîchir avec de l’eau ceux qui se tenaient des heures durant sous l’implacable soleil, refusant de bouger.

Parmi eux également de nombreux chrétiens palestiniens qui sont venus prier aux côtés de leurs frères musulmans.

Rapportant depuis Jérusalem, les reportages télévisés et les photos des journaux ont montré des foules nombreuses, se tenant debout ou assises, priant ou se déplaçant sous les balles, les bombes sonores et les gaz lacrymogènes.

Mais la foule est composée d’individus, comme Zeina, Yousef et beaucoup d’autres, tous endurcis par leur persévérance à faire face à l’injustice avec leurs seules poitrines, donnant un magnifique exemple de ce que peut être la ténacité humaine.

Bien sûr, plus de violence suivra, car l’occupation israélienne dispose de plus en plus de moyens et est implacable, mais les Palestiniens du peuple n’abandonneront pas le combat. Ils ont pris leur résolution il y a bientôt 70 ans.

L’approche politique classique est incapable d’expliquer comment une nation qui a subi tant de revers peut encore se mobiliser contre une armée et gagner.

Mais le pouvoir du peuple dépasse souvent ce qui est apparemment rationnel. Presque privés de dirigeants, les Palestiniens restent une nation forte, unie par une identité qui repose sur les piliers que sont les droits de l’homme, la résistance et la fermeté.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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2 août 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




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Pourquoi la Palestine demeure l’enjeu

John Pilger Ce qui suit est une version abrégée de l’intervention de John Pilger à l’Exposition palestinienne à Londres le 8 juillet 2017. Son film, « Palestine is still the issue », peut être visionné ici.

La première fois que je suis allé en Palestine en tant que jeune journaliste dans les années 1960, j’ai séjourné dans un kibboutz. Les personnes que j’ai rencontrées travaillaient dur, étaient pleines d’entrain et se disaient socialistes. Je les aimais bien.

Un soir au dîner, j’ai demandé qui étaient les silhouettes de gens au loin, au-delà de notre périmètre. Des « Arabes », ont-ils dit, des « nomades ». Les mots avaient presque été crachés. Israël, ont-ils dit, signifiant la Palestine, n’avait été pour la majeure partie que des terres en friche et l’un des grands exploits de l’entreprise sioniste consistait à faire verdir le désert.

Ils m’ont donné comme exemple leur récolte d’oranges Jaffa, exportées vers le reste du monde. Quel triomphe contre les caprices de la nature et le manque de soin de l’humanité.

C’était le premier mensonge. La plupart des orangeraies et des vignobles appartenaient aux Palestiniens qui avaient cultivé le sol et exporté des oranges et des raisins vers l’Europe depuis le dix-huitième siècle. L’ancienne ville palestinienne de Jaffa était connue par ses habitants précédents comme « le lieu des oranges tristes ».

Au kibboutz, le mot « Palestinien » n’était jamais utilisé. J’ai demandé pourquoi. La réponse a été un silence gêné.

Partout dans le monde colonisé, la véritable souveraineté des peuples autochtones est redoutée par ceux qui ne peuvent jamais totalement masquer le fait, et le crime, qu’ils vivent sur des terres volées.

Dénier à ces peuples leur humanité est l’étape suivante – comme le peuple juif ne le sait que trop bien. Profaner leur dignité, leur culture et leur fierté suit aussi logiquement que la violence.

À Ramallah, suite à une invasion de la Cisjordanie par feu Ariel Sharon en 2002, en me rendant au Centre culturel palestinien j’ai traversé des rues de voitures écrasées et de maisons démolies. Jusqu’à ce matin-là, des soldats israéliens y avaient campé.

J’y ai été accueilli par la directrice du centre, la romancière, Liana Badr, dont les manuscrits originaux gisaient au sol dispersés et déchirés. Le disque dur contenant ses œuvres de fiction, et une bibliothèque de pièces de théâtre et de poésies avait été prise par des soldats israéliens. Presque tout avait été brisé, et souillé.

Aucun livre n’a survécu avec toutes ses pages; pas une seule bande maîtresse d’une des meilleures collections de cinéma palestinien.

Les soldats avaient uriné et déféqué sur les planchers, les bureaux, les broderies et les œuvres d’art. Ils avaient maculé les peintures des enfants de matières fécales, et écrit – avec de la merde – « Born to kill » (nés pour tuer).

Liana Badr avait des larmes aux yeux, mais elle gardait la tête haute. Elle a dit: « Nous allons le remettre en état. »

Ce qui rend furieux ceux qui colonisent et occupent, volent, oppriment, vandalisent et souillent, c’est le refus des victimes de se soumettre. Et c’est l’hommage que nous devrions tous rendre aux Palestiniens. Ils refusent de se soumettre. Ils continuent. Ils attendent – jusqu’à ce qu’ils reprennent le combat. Et ils le font même lorsque ceux qui les gouvernent collaborent avec leurs oppresseurs.

En plein bombardement israélien de Gaza en 2014, le journaliste palestinien Mohammed Omer n’a jamais cessé ses reportages. Lui et sa famille étaient éprouvés; il faisait la queue pour de la nourriture et de l’eau qu’il transportait à travers les décombres. Quand je lui téléphonais, je pouvais entendre les bombes à l’extérieur de sa porte. Il a refusé de se soumettre.

Les reportages de Mohammed, accompagnés de photos réalistes, étaient un modèle de journalisme professionnel qui faisait honte aux reportages dociles et veules des médias dits « mainstream » [dominants] en Grande-Bretagne et aux États-Unis. La notion d’objectivité de la BBC – amplifier les mythes et les mensonges de l’autorité, pratique dont elle est fière – est quotidiennement tournée en dérision par des journalistes comme Mohammed Omer.

Depuis plus de 40 ans, j’ai enregistré le refus du peuple de Palestine de se soumettre à leurs oppresseurs: Israël, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Union européenne.

Depuis 2008, la Grande-Bretagne à elle seule a accordé des licences pour l’exportation en Israël d’armes, de missiles, de drones et de fusils de tireur d’élite, d’une valeur de 434 millions de livres sterling.

Ceux qui ont affronté cela, sans armes, ceux qui ont refusé de se soumettre, font partie des Palestiniens que j’ai eu le privilège de connaître:

Mon ami, feu Mohammed Jarella, qui s’est escrimé pour l’agence des Nations Unies, l’UNRWA, en 1967 m’a montré un camp de réfugiés palestinien pour la première fois. C’était une journée d’hiver glaciale et les écoliers tremblaient de froid. « Un jour … » disait-il. « Un jour … »

Mustafa Barghouti, dont l’éloquence reste intacte, qui a décrit la tolérance qui existait en Palestine entre les juifs, les musulmans et les chrétiens jusqu’à ce que, comme il me l’a dit, « les sionistes ont voulu un état aux dépends des Palestiniens ».

Mona El-Farra, médecin à Gaza, dont la passion a été de recueillir de l’argent pour financer des interventions de chirurgie plastique pour les enfants défigurés par des balles israéliennes et des éclats d’obus. Son hôpital a été rasé par les bombes israéliennes en 2014.

Dr. Khalid Dahlan, psychiatre, dont les cliniques pour enfants à Gaza – enfants que la violence israélienne a rendus presque fous – étaient des oasis de civilisation.

Fatima et Nasser, couple dont la maison se trouvait dans un village près de Jérusalem classé « Zone A et B », ce qui signifie qu’il a été proclamé que la terre y était réservée exclusivement aux juifs. Leurs parents y avaient vécu… Leurs grands-parents y avaient vécu. Aujourd’hui, les bulldozers construisent des routes réservées aux juifs, protégés par des lois qui ne s’appliquent qu’aux juifs.

Il était minuit passé quand le travail d’accouchement de leur second enfant a commencé. Le bébé était prématuré, et quand ils sont arrivés à un poste de contrôle avec l’hôpital en vue, le jeune soldat israélien leur a dit qu’ils devaient produire un autre document.

Fatima perdait beaucoup de sang. Le soldat se mit à rire et à imiter ses gémissements et il leur a dit: « Rentrez chez vous ». Le bébé est né là dans un camion. Il était tout bleu de froid et sous peu, n’ayant pu recevoir de soins, il est mort d’hypothermie. Le nom du bébé était Sultan.

Pour les Palestiniens, ce seront des histoires bien connues. La question est la suivante : pourquoi ne le sont-elles pas à Londres, à Washington, à Bruxelles et à Sydney?

En Syrie, une cause progressiste récente – parrainée par George Clooney – recueille des fonds généreux en Grande-Bretagne et aux États-Unis, même si les bénéficiaires, les soi-disant rebelles, sont dominés par des djihadistes fanatiques, produits de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak et de la destruction de la Libye moderne.

Et pourtant, l’occupation la plus longue des temps modernes et la résistance qui lui est opposée ne sont pas reconnues. Lorsque soudainement l’ONU bouge et définit Israël comme un État d’apartheid, comme ce fut le cas cette année, cela suscite l’indignation – non pas envers un État dont la « vocation essentielle » est le racisme, mais envers une commission de l’ONU qui a osé rompre le silence.

« La Palestine » a déclaré Nelson Mandela, « est la plus grande question morale de notre époque ».

Pourquoi cette vérité est-elle étouffée, jour après jour, mois près mois, année après année ?

Concernant Israël, l’État d’apartheid, coupable de crime contre l’humanité et de violation du droit international plus que tout autre état, ceux qui savent et dont le travail consiste à maintenir les pendules à l’heure, ceux-là gardent le silence

Concernant Israël, tant de journalisme se laisse impressionner et contrôler par la pensée unique qui exige le silence sur la Palestine, alors que le journalisme qui se respecte est devenu dissidence: une avant-garde métaphorique.

Un seul mot – « conflit » – permet ce silence. « Le conflit israélo-arabe », entonnent les robots devant leurs téléprompteurs. Quand un journaliste de longue date de la BBC, un homme qui connaît la vérité, parle de « deux récits », la contorsion morale est totale.

Il n’y a pas de conflit, pas deux récits, avec leur articulation morale. Il y a une occupation militaire imposée par une puissance nucléaire soutenue par la plus grande puissance militaire au monde; et il y a une énorme injustice.

Le mot « occupation » peut être interdit, supprimé du dictionnaire. Mais le souvenir de la vérité historique ne peut être interdit: celui de l’expulsion systémique des Palestiniens de leur patrie. « Le Plan D », comme l’appelaient les Israéliens en 1948.

L’historien israélien Benny Morris rapporte comment un des généraux de David Ben-Gourion, premier premier ministre israélien, lui demanda: « Que ferons-nous des Arabes? »

Le premier ministre, écrit Morris, « fit un geste de la main dédaigneux et vigoureux ». « Expulsez-les! », a-t-il répondu.

Soixante-dix ans, plus tard, ce crime est étouffé dans la culture intellectuelle et politique de l’Occident. Ou bien c’est une question discutable, ou simplement controversée. Des journalistes grassement payés et qui acceptent avec enthousiasme les voyages offerts par le gouvernement israélien, son hospitalité et sa flatterie, protestent avec véhémence si leur indépendance est mise en cause. Le terme « idiots utiles » a été inventé pour eux.

En 2011, j’ai été frappé par la facilité avec laquelle l’un des romanciers les plus acclamés de Grande-Bretagne, Ian McEwan, un homme tout irradié des Lumières de la bourgeoisie, a accepté le Prix de Jérusalem de littérature dans l’État d’apartheid.

McEwan serait-il allé à Sun City dans l’Afrique du Sud de l’apartheid ? Ils y remettaient aussi des prix, tous frais payés. M. McEwan a justifié son geste en termes ambigus sur l’indépendance de la « société civile »

La propagande – à la McEwan, avec petite tape symbolique sur les doigts de ses hôtes ravis – est une arme pour les oppresseurs de la Palestine. Comme le sucre, elle s’insinue dans presque tout aujourd’hui.

Comprendre et déconstruire la propagande étatique et culturelle est notre tâche la plus cruciale. On nous emmène de force vers une deuxième guerre froide, dont le but final est de soumettre et de balkaniser la Russie et d’intimider la Chine.

Lorsque Donald Trump et Vladimir Poutine se sont entretenus en privé pendant plus de deux heures lors de la réunion du G20 à Hambourg, apparemment sur la nécessité de ne pas se faire la guerre mutuellement, les objecteurs les plus virulents étaient ceux qui se font les chantres du libéralisme, comme le journaliste politique sioniste du Guardian.

« Pas étonnant que Poutine était souriant à Hambourg », a écrit Jonathan Freedland. « Il sait qu’il a atteint son objectif principal: il a restauré la faiblesse de l’Amérique. » Signal du mépris pour le Méchant Vlad.

Ces propagandistes n’ont jamais connu la guerre mais ils adorent le jeu de la guerre impériale. Ce que Ian McEwan appelle la « société civile » est devenu une source riche en propagande connexe.

Prenez un terme souvent utilisé par les gardiens de la société civile – « droits de l’homme ». À l’instar d’un autre concept noble, celui de « démocratie », le terme « droits de l’homme » a été presque vidé de son sens et de son objectif.

À l’instar du « processus de paix » et de la « feuille de route », les droits de l’homme en Palestine ont été détournés par les gouvernements occidentaux et les ONG d’entreprises qu’ils financent et qui revendiquent une autorité morale chimérique.

Ainsi, lorsque les gouvernements et les ONG demandent à Israël de « respecter les droits de l’homme » en Palestine, rien ne se passe, car tous savent qu’il n’y a rien à craindre; rien ne changera.

Notez le silence de l’Union européenne, qui satisfait les désirs d’Israël tout en refusant de respecter ses engagements envers le peuple de Gaza – comme maintenir la planche de salut qu’est l‘ouverture du passage frontalier de Rafah : mesure qu’elle a acceptée pour remplir sa part de l’accord en vue de l’arrêt des combats en 2014. L’aménagement d’un port maritime pour Gaza – convenu par Bruxelles en 2014 – a été abandonné.

La commission des Nations Unies dont j’ai parlée, dont le nom complet est Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale, a décrit Israël comme étant, je la cite, « conçu avec pour vocation essentielle » la discrimination raciale.

Des millions de personnes comprennent cela. Ce que les gouvernements de Londres, de Washington, de Bruxelles et de Tel Aviv ne peuvent pas contrôler, c’est que l’humanité au niveau de la rue est en train de changer, peut-être comme jamais auparavant.

Les gens, partout, sont en train de bouger et ont une plus grande conscience, à mon avis, que jamais auparavant. Certains sont déjà en révolte ouverte. L’atrocité de Grenfell Tower à Londres a rassemblé les communautés dans une résistance dynamique quasi nationale.

Grâce à une campagne populaire, le pouvoir judiciaire examine aujourd’hui les preuves en vue d’une éventuelle poursuite de Tony Blair pour crimes de guerre. Même si cela échoue, c’est une évolution cruciale, faisant tomber une nouvelle barrière entre le public et sa prise de conscience de la nature vorace des crimes du pouvoir étatique – le mépris systémique de l’humanité perpétrée en Irak, dans la tour Grenfell, en Palestine. Ce sont les points qui attendent d’être reliés.

Pendant la majeure partie du 21ème siècle, la supercherie du pouvoir d’entreprise se faisant passer pour la démocratie a dépendu de la propagande de l’égarement: reposant en grande partie sur le culte du « moi d’abord » conçu pour désorienter notre faculté de nous soucier des autres, d’agir ensemble, de nous préoccuper de justice sociale et d’internationalisme.

Classe, genre et race ont été séparés de force. Le personnel est devenu le politique et les médias le message. La promotion du privilège bourgeois a été présentée comme une politique « progressiste ». Ce n’était pas le cas. Ça ne l’est jamais. C’est la promotion du privilège et du pouvoir.

Chez les jeunes, l’internationalisme a trouvé un vaste nouveau public. Voyez le soutien à Jeremy Corbyn et la réception réservée au cirque du G20 à Hambourg. En comprenant la vérité et les impératifs de l’internationalisme, et en rejetant le colonialisme, nous comprenons la lutte de la Palestine.

Mandela l’a formulé ainsi: « Nous ne savons que trop bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens ».

Au cœur du Moyen-Orient, il y a l’injustice historique en Palestine. Jusqu’à ce qu’elle soit résolue, et que les Palestiniens aient leur liberté et leur patrie, et qu’Israéliens et Palestiniens soient égaux devant la loi, il n’y aura pas de paix dans la région, et peut-être nulle part ailleurs.

Ce que Mandela disait, c’est que la liberté elle-même est précaire tant que les gouvernements puissants peuvent refuser la justice aux autres, terroriser les autres, emprisonner et tuer les autres, en notre nom. Israël comprend certainement la menace qu’un jour il puisse devoir être normal.

Voilà pourquoi son ambassadeur en Grande-Bretagne est Mark Regev, bien connu des journalistes en tant que propagandiste professionnel, et pourquoi le « grand bluff » des accusations d’antisémitisme, comme le nomma Ilan Pappe, a pu contorsionner le Parti travailliste visant à discréditer Jeremy Corbyn en tant que dirigeant. Le fait est qu’il n’a pas réussi.

Les événements évoluent rapidement maintenant. La remarquable campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) remporte des succès, jour après jour; des villes et des cités, des syndicats et des organisations étudiantes y adhèrent. La tentative du gouvernement britannique de restreindre la liberté des conseils locaux à appliquer le BDS a échoué devant les tribunaux.

Ce ne sont pas des fétus de paille. Lorsque les Palestiniens se lèveront à nouveau, ce qu’ils feront, ils ne réussiront peut-être pas tout de suite, mais ils finiront par le faire si nous comprenons qu’ils sont nous, et que nous sommes eux.

* Militant anti-guerre, John Pilger est aussi un journaliste et réalisateur internationalement connu . Consultez son site internet.


11 juillet 2017 – Counterpunch – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




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Au bout de 10 ans de blocus, Gaza atteint un point de rupture humanitaire et politique

Chloé BenoistAlors que la bande de Gaza vient de passer la barre des 10 ans du siège israélien de la petite enclave palestinienne, jeudi, la situation humanitaire continue à préoccuper les groupes de défense des droits humains, qui ne cessent de dénoncer les « conditions de vie les plus inhumaines du monde moderne. »

Gaza, qui a souvent été comparée à une « prison à ciel ouvert » pour ses 1,9 million d’habitants entassés dans 365 kilomètres carrés, vient de subir une décennie d’isolement et de privations, aggravée par trois agressions militaires israéliennes dévastatrices et une persistante lutte politique entre deux factions palestiniennes.

La décision récente de l’Autorité palestinienne (PA) de demander à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza a fait craindre que la situation à Gaza n’atteigne rapidement un niveau de dégradation politique et humanitaire aux conséquences imprévisibles.

Une décennie de restrictions épouvantables

Six mois après qu’Israël a évacué ses colonies illégales dans la bande de Gaza, le mouvement du Hamas a remporté des élections législatives palestiniennes en janvier 2006 avec une victoire écrasante : il a remporté 74 sièges au Conseil législatif palestinien (PLC), tandis que le Fatah, le parti de l’AP au pouvoir, n’en remportait que 45.

Ce « tsunami » comme le Fatah l’a appelé, n’a pas enchanté les responsables du Fatah, et les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont aggravées d’autant plus que les israéliens et les Etatsuniens ont décidé d’imposer des sanctions économiques à l’AP, parce qu’ils considéraient le Hamas comme un groupe terroriste.

Les tensions ont abouti à la bataille de Gaza entre le 10 juin et le 15 juin 2007, au cours de laquelle le Hamas a pris le plein contrôle de la côte. Israël a réagi en imposant le blocus militaire total de Gaza.

Depuis 10 ans, les autorités israéliennes restreignent sévèrement la liberté de circulation des Gazaouis, exigeant que tous les Palestiniens – y compris les malades en traitement, les hommes d’affaires et les hommes âgés qui veulent aller prier – aient un permis pour entrer ou sortir des territoires occupés à travers le checkpoint d’Erez.

L’Égypte, le seul autre pays qui partage une frontière avec Gaza, a également intensifié le blocus depuis qu’Abd al-Fattah al-Sisi a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en 2013 et est devenu président.

La plupart des Gazaouis ne peuvent ni sortir de l’enclave côtière assiégée ni y entrer, parfois pendant des mois d’affilée, parce que les autorités égyptiennes n’ouvrent que sporadiquement le poste frontière de Rafah. Selon les Nations Unies, il n’a été ouvert que 44 jours en 2016, et 21 jours en 2015.

L’Égypte a récemment tenté de faire pression sur le gouvernement de Gaza pour qu’il coopère avec ses violentes opérations de «contre-terrorisme» en échange de la fourniture d’électricité dont Gaza a un besoin impérieux.

Israël a également maintenu des restrictions draconiennes sur l’approvisionnement de l’enclave assiégée, arguant que des matériaux de construction comme le ciment pouvaient être utilisés par le Hamas et d’autres groupes de résistance palestinienne à des fins militaires.

Les dossiers du ministère israélien de la Défense publiés en 2012 ont également révélé que les autorités israéliennes ont aussi limité l’entrée de la nourriture dans Gaza ; selon l’ONG juridique Gisha, des produits tels que la cardamome, le chocolat et les chips étaient interdits d’importation dans Gaza en 2010. De plus, le secteur agricole de Gaza a beaucoup souffert des « zones tampons » créées par Israël à la fois sur terre et en mer ; les agriculteurs palestiniens risquent leur vie lorsqu’ils s’approchent trop près de la clôture de la frontière et les pêcheurs lorsqu’ils s’éloignent de la petite « zone de pêche délimitée » (par Israël) au large de la bande de Gaza.

Le profond impact de trois guerres

Israël a inlassablement tenté d’écraser la résistance palestinienne dans la bande de Gaza pendant toutes ces années, en prétendant que les roquettes sporadiquement tirées de la petite enclave palestinienne, ou que les tunnels construits entre Gaza et Israël ou l’Égypte justifiaient ses mesures punitives contre Gaza.


A Fish Out of Water: Gaza’s First Fisherwoman

Alors que les tunnels entre Gaza et Israël sont utilisés par des groupes de la résistance pour attaquer Israël, les tunnels vers l’Égypte sont utilisés par le Hamas comme une source de revenus et d’armes et aussi pour faire rentrer des produits de première nécessité pour les Gazaouis, comme de la nourriture, des médicaments et des matériaux de constructions indispensables.

Le blocage déjà rigoureux a vu son impact multiplié par plusieurs attaques militaires israéliennes de grande envergure sur Gaza pendant ces dix ans ; des groupes de défense des droits humains ont accusé Israël d’un usage disproportionné de la force qui s’apparente à des crimes de guerre.

Pendant l’opération « Plomb durci », une guerre de trois semaines qui a commencé à la fin de décembre 2008 et s’est terminée en janvier 2009, 1 391 Palestiniens ont été tués – dont 926 civils – et plus de 5 000 ont été blessés, selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR). Dans le même temps, 13 Israéliens ont été tués – quatre d’entre eux par un feu ami – et 518 ont été blessés. En novembre 2012, les frappes militaires israéliennes d’une durée d’une semaine connues sous le nom de « Opération Pilier de Défense » ont tué 160 Palestiniens tués et fait 1 000 blessés, selon le PCHR, tandis que, selon le gouvernement israélien, 6 Israéliens ont été tués et 229 blessés.

Le conflit le plus dévastateur, toutefois, a eu lieu à l’été 2014, lorsqu’une guerre de sept semaines a coûté la vie à 2 310 Palestiniens, 70% d’entre eux des civils selon le ministère de la Santé de Gaza, et en a blessé plus de 10 500 autres. Pendant ce temps, 72 Israéliens, dont 67 soldats, ont été tués et 555 blessés.

Le Hamas n’a pas revendiqué d’attaques de roquette depuis que le cessez-le-feu a été déclaré après la guerre de 2014 et il a même essayé d’empêcher les plus petits groupes de lancer des roquettes. Les officiels israéliens ont néanmoins accusé le Hamas de « préparer » une autre guerre avec Israël et ont mené des opérations de représailles sur toute la bande de Gaza –par des  » target= »_blank »>frappes aériennes en 2016 et plus tôt dans l’année notamment. Les autorités israéliennes tiennent le Hamas pour responsable de toutes les attaques contre des cibles israéliennes en provenance de la bande de Gaza.

Une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver

Les trois offensives israéliennes ont causé des dégâts considérables à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie et à l’infrastructure médicale de Gaza et ont détruit des milliers de maisons dont La reconstruction a été sérieusement bloquée par les limitations israéliennes imposées à l’importation de matériaux, ainsi que par les retards dans le règlement de l’aide internationale. En août 2016, environ 50% des bâtiments qui ont été complètement détruits pendant la guerre dévastatrice de 2014 attendaient encore d’être reconstruits, et un rapport de l’ONU d’avril 2016 estimait que 75 000 Palestiniens étaient encore sans abri presque deux ans après la dernière guerre.

Souffrant d’un taux de chômage de 44 %, un des plus élevés du monde, environ 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU a averti que la bande de Gaza pourrait devenir « invivable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour améliorer la situation, mais les développements récents font craindre que la détérioration du niveau de vie puisse se produire beaucoup plus vite que prévu.

Alors que Gaza lutte depuis des années avec des pénuries d’électricité du fait de l’accès limité aux carburants et des infrastructures dégradées, la seule centrale électrique de Gaza a fermé en avril, parce que les responsables de l’électricité de Gaza disent qu’ils ne peuvent pas payer la taxe imposée par l’AP sur le carburant diesel, qui a doublé le coût d’exploitation de la centrale.

En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre. Et la décision d’Israël de limiter l’alimentation en électricité de Gaza à la demande de l’AP qui accuse le Hamas de ne pas lui transférer l’argent des taxes, pourrait encore réduire de moitié l’accès à l’électricité.

Un groupe de 16 organisations de la société civile a exhorté mercredi les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision de restreindre la fourniture d’électricité à Gaza, affirmant que la décision n’avait « pas de rapport avec les besoins concrets de sécurité » et qu’elle était « de nature politique », et que, par conséquent elle violait le droit international.

« Israël ne peut prétendre être un simple fournisseur de services répondant de manière neutre à la demande d’un client. Compte-tenu de son contrôle absolu sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a le devoir, en tant que force d’occupation, de faire en sorte que ses habitants aient une vie normale », ont déclaré ces organisations.

« Les dommages que causeraient aux Israéliens et aux Palestiniens de la région dans son ensemble une escalade des hostilités, sont beaucoup plus importants que le bénéfice (politique ou autre) qui peut être retiré de la mise en œuvre d’une telle décision. » L’accès aux soins de santé a été fortement affecté par le blocus, les pénuries d’électricité et les compressions budgétaires de l’AP, et la vie de centaines de malades est en danger.

« Le secteur de la santé ne peut fournir que des soins élémentaires – les hôpitaux sont obligés d’annuler certaines opérations et de réduire l’intendance et ils dépendent des Nations Unies pour le carburant nécessaires aux générateurs de secours », a dit, jeudi, Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Lynk a ajouté que, du fait que les stations de traitement de l’eau de Gaza fonctionnent à environ de 15 % de leur capacité en raison de la pénurie d’électricité, les eaux usées se déversent dans la mer Méditerranée, et l’accès à l’eau potable à Gaza devient de plus en plus rare.

Lynk a également indiqué que le prix des denrées de première nécessité, comme la nourriture, augmentait, tandis que l’augmentation des coupures d’électricité obligeait les entreprises à fermer ou à réduire les heures de travail, entraînant encore plus de chômage.

Les rivalités politiques palestiniennes perdurent

Au cours de la décennie, la rivalité entre le Hamas et le Fatah a persisté sans relâche, et les récentes décisions de l’Autorité palestinienne ont encore aggravé les difficiles conditions de vie à Gaza.

Les tensions n’ont fait que s’intensifier au cours des derniers mois à cause de la crise de l’électricité à Gaza; dans les deux camps, en Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des soupçons d’arrestations politiques; l’AP a réduit les salaires des fonctionnaires de Gaza; et des élections locales ont été tenues en Cisjordanie, malgré le boycott du Hamas et d’autres partis.

Durant sa décennie au pouvoir à Gaza, le Hamas a été accusé de violations des droits de l’homme, notamment pour l’utilisation de la peine de mort contre les personnes accusées de « collaboration » avec Israël et sa répression des voix dissidentes.

Le journal d’information israélien Ynet a rapporté mercredi que l’AP, dans une déclaration sur les 10 ans de blocus, avait accusé le Hamas d’être responsable de la situation à Gaza.

« La deuxième Nakba qui a frappé notre peuple », disait la déclaration, en faisant référence au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. « Le Hamas a transformé Gaza en un enfer intolérable. »


Gaza: Energy shortage adds to plight of residents

Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU, a dit qu’Israël, l’AP et le Hamas avaient tous « une responsabilité directe dans la crise », et il les a exhortés à agir tous pour le bien-être des résidents de Gaza. 

« Je les invite à mettre de côté leur différend, à se montrer à la hauteur de leurs obligations juridiques et politiques, et à s’assurer que les besoins en électricité de la population soient pleinement satisfaits et que les besoins immédiats en matière d’infrastructures indispensables soient pris en compte, » a-t-il déclaré.

« Maintenir Gaza économiquement paralysé et socialement isolé engendre obligatoirement une grande détresse humanitaire et aboutira à un autre conflit dans un proche avenir », a ajouté Lynk. « Les droits de chacun à la liberté et à la sécurité doivent être respectés pour que la paix règne ».

Alors que le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper a qualifié mercredi la crise qui s’aggrave sans cesse à Gaza de « conflit palestinien interne » les associations de défense des droits humains en rendent largement responsables le siège et le blocus israéliens.

L’ONG israélienne B’Tselem a accusé le blocus de jeter Gaza « dans les affres d’une catastrophe humanitaire », ajoutant qu’Israël « contraint les résidents de Gaza à vivre dans une pauvreté extrême et dans des conditions inhumaines sans précédent dans le monde moderne. » Et B’Tselem a ajouté : «  Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, si cela avait été le cas, Israël aurait probablement envoyé une mission d’aide humanitaire. Au lieu de cela, la réalité à Gaza est l’œuvre d’Israël, le résultat d’une décennie de décisions politiques brutales. »

* Chloé Benoist est une journaliste française ayant vécu au Liban de 2011 à 2016. Elle vit et travaille actuellement en Cisjordanie occupée. Elle y couvre l’actualité politique, mais écrit aussi sur des sujets économiques, sociaux et culturels.

15 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Photo : archives http://alresalah.ps

Les « Forces de sécurité » de l’Autorité Palestinienne : la sécurité de qui ?

Alaa TartirParler de la « coopération » israélienne et palestinienne … revient à utiliser au moins un terme inadapté. Ce n’est pas simplement parce que « le résultat de la coopération entre un éléphant et une mouche n’est pas difficile à prévoir », comme Chomsky l’écrit si bien … mais parce que dans le cadre d’Oslo, la « coopération » est souvent très peu différente de l’occupation et de la domination qui l’ont précédée. La « coopération », dans ce contexte, est avant tout une formule édulcorée et acceptable internationalement qui obscurcit plutôt que d’éclairer la nature des relations israélo-palestiniennes – Jan Selby, 2003.

J’applaudis la coordination continue de la sécurité de l’Autorité palestinienne avec Israël. Ils s’entendent incroyablement bien. J’ai eu des réunions et lors de ces réunions, j’ai vraiment été très impressionné et quelque peu surpris de voir à quel point ils s’entendent bien. Ils travaillent ensemble magnifiquement – Donald Trump, 2017.

Résumé

Dès le début, les responsables des services de sécurité de l’Autorité palestinienne (PA) n’ont pas protégé les Palestiniens de la source principale de leur insécurité : l’occupation militaire israélienne. Ils n’ont pas non plus permis aux Palestiniens de résister à cette occupation. Au lieu de cela, l’AP a contribué à une situation où la lutte palestinienne pour la liberté a elle-même été criminalisée. Plutôt que de reconnaître la résistance comme une réponse naturelle à une oppression institutionnalisée, l’AP, en tandem avec Israël et la communauté internationale, caractérise la résistance comme une « insurrection » ou une « instabilité ». Cette rhétorique, qui favorise la sécurité des Israéliens aux dépens de celle des Palestiniens, fait écho au discours dominant sur la « guerre contre le terrorisme » et criminalise toutes les formes de résistance. [1]

Cette dynamique remonte aux Accords d’Oslo de 1993, mais elle a été propulsée en avant au cours de la dernière décennie grâce à l’évolution de l’AP en tant qu’État totalement dépendant des donateurs et qui défend les politiques néolibérales. La réforme du secteur de la sécurité axée sur les donateurs a été la pierre angulaire du projet de construction de l’État post-2007 de l’AP. L’efficacité accrue des forces de sécurité de l’AP grâce à l’investissement massif des donateurs a mis en place des moyens supplémentaires pour protéger l’occupant israélien, créant ainsi des espaces « sécurisés » dans lesquels celui-ci peut se mouvoir librement dans l’exécution de son projet colonial.

Un tel développement ne peut avoir que deux résultats: une collaboration « accrue » avec la puissance occupante d’une manière qui renforce un statu quo destructeur, et une plus grande violation de la sécurité et des droits nationaux des Palestiniens par leur propre gouvernement et les forces de sécurité nationales.

L’article qui suit analyse l’évolution et la « réforme » des forces de sécurité palestiniennes depuis la création de l’AP, puis examine la coordination sécuritaire israélo-palestinienne et ses effets néfastes sur la capacité palestinienne à résister aux forces d’occupation israéliennes aussi bien que sur les libertés fondamentales. Il se concentre sur les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et non sur la situation à Gaza, laquelle nécessite une recherche et une analyse distinctes. Il se termine par des recommandations politiques visant à redéfinir les missions des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et à revoir fondamentalement leurs structures afin qu’elles puissent vraiment servir à protéger leur propres concitoyens.

L’ascension des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne

L’évolution des forces de sécurité de l’AP peut être découpée en trois phases: les Accords d’Oslo (1993-1999), la Deuxième Intifada (2000-2006) et le projet de renforcement de l’État de l’AP après 2007.

Les Accords d’Oslo ont été caractérisés par deux projets parallèles mais contradictoires : la construction de l’État et la libération nationale. Le premier projet impliquait la construction d’institutions étatiques et d’une bureaucratie (bientôt pléthorique) sous occupation, tandis que le second visait à poursuivre le programme révolutionnaire d’autodétermination qui avait été adopté par l’OLP.

La forte contradiction entre ces deux entreprises s’était déjà manifestée sous le règne du défunt président Yasser Arafat. Le style de gouvernance personnalisée d’Arafat et son réseau complexe de corruption et de parrainage signifiaient que l’évolution des forces de sécurité de l’AP, dès son avènement, ne serait ni inclusive ni transparente. Au contraire, ces forces étaient incrustées de népotisme et utilisées comme outil pour faire face aux menaces aux adversaires d’Oslo et pour contrôler la population. De plus, elles ont également solidifié les accords naissants de « paix ». Les 9000 recrues de la « forte force de police » imaginées dans l’Arrangement du Caire de 1994 étaient passées au nombre de 50 000 en 1999.

Cette prolifération de forces de sécurité – toutes s’espionnant les unes les autres, comme l’a expliqué Edward Said – a eu de graves conséquences pour les Palestiniens. Les structures politiques mises en place par l’équipe d’Arafat et axées sur la sécurité ont nourri l’autoritarisme et bloqué les mécanismes de responsabilisation dans le système politique palestinien. Cela a entraîné un manque de légitimité et plus d’insécurité pour les Palestiniens. Au fur et à mesure que les services de sécurité augmentaient en nombre et en institutions, les Palestiniens restaient mal protégés et la corruption et le mécénat au sein de ces services devenaient endémiques. L’approche « diviser pour régner » a ouvert la voie à la future fragmentation palestinienne.

Au cours de la deuxième Intifada, Israël a détruit l’infrastructure de sécurité de l’AP parce que celle-ci avait participé au soulèvement. Un vide de sécurité s’en est suivi dans lequel les acteurs opposés à l’AP se sont engouffrés, avec des résultats mitigés pour les Palestiniens. Cette concurrence exacerbée intra-palestinienne a conduit les donateurs externes, l’AP et Israël à se préoccuper encore plus de la construction d’un secteur de sécurité fort et dominant. En juin 2002, l’AP a annoncé son plan de réforme de 100 jours. En 2003, la Feuille de route exigeait qu’un « appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne reconstruit et recentré » affronte « tous ceux qui sont impliqués dans le terrorisme » et démantèle les « capacités et infrastructures terroristes ». Ces forces ont donc été formées pour combattre le « terrorisme », appréhender les suspects, rendre l’incitation [à la résistance] illégale, ramasser toutes les armes non-autorisées. L’AP s’engageait à fournir à Israël une liste des recrues de la police palestinienne et à rendre compte devant les États-Unis des progrès réalisés.

Par conséquent, la réforme de la sécurité palestinienne « est restée … un processus contrôlé par l’extérieur, conduit par les intérêts de sécurité nationale d’Israël et des États-Unis, et caractérisé par une indépendance très forte vis-à-vis de la société palestinienne ». Le groupe international des donateurs a mené cette réforme en 2005 grâce à la création du Bureau de coordination de l’Union européenne pour le soutien à la police palestinienne (EUPOL COPPS) et grâce au Coordonnateur de la sécurité des États-Unis (USSC). Cette situation perdure aujourd’hui, sous la forme d’une stratégie « une seule arme à feu, une seule loi, une seule autorité » par laquelle le monopole de l’AP sur la force et la violence est assuré.

Le projet d’édification de l’État post-2007 dans le cadre de l’AP visait, principalement avec l’aide d’EUPOL COPPS et USSC, de réinventer les forces de sécurité de l’AP par des moyens techniques, y compris la formation et l’acquisition d’armes. Il a également visé à redistribuer les rapports de forces politiquement en concurrençant le Hamas et sa branche armée, en reprenant en main les militants alliés au Fatah par la cooptation et l’amnistie, en réprimant les délinquants et en lançant des campagnes de sécurité, en particulier à Naplouse et Jénine.

Ces forces ont été rapidement connues sous le nom de forces de Dayton en référence à Keith Dayton, le lieutenant-général des États-Unis qui a mené le processus de « professionnalisation et modernisation » de l’institution militaire de l’AP. Les organisations locales et internationales de défense des Droits de l’homme ont accusé ces forces « nouvelle mouture » de violer les droits de l’homme et de supprimer les libertés.

La phase la plus récente a renforcé la prédominance des intérêts sécuritaires israéliens aux dépens de ceux des Palestiniens. Le désarmement et la criminalisation ont entravé la résistance populaire contre l’occupation, y compris les manifestations pacifiques et les rassemblements, les protestations contre les violations des Droits de l’homme par Israël et le militantisme en milieu étudiant. Aujourd’hui, les forces de sécurité de l’AP protègent en grande partie la sécurité de l’occupant et non pas celle des occupés. En bref, la sécurité des Palestiniens est menacée parce que leur propre leadership joue le rôle de sous-traitant en les réprimant. Le programme de réforme de la sécurité post-2007 a contrarié la lutte nationale des Palestiniens, leur mouvement de résistance et leur sécurité quotidienne, et a étouffé le fonctionnement même de la politique palestinienne.

La coordination sécuritaire comme outil de domination

Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise de coordination de la sécurité, il est utile de noter que le secteur de la sécurité palestinien emploie environ la moitié de tous les fonctionnaires, représente près d’un milliard de dollars du budget de l’AP et reçoit environ 30% de l’aide internationale totale versée aux Palestiniens. Le secteur de la sécurité consomme plus dans le budget de l’AP que les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’agriculture combinés. Il est actuellement composé de 83 276 employés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dont 312 généraux de brigade, 232 rendant des comptes à l’AP et 80 au Hamas. En comparaison, l’armée américaine dans sa totalité compte 410 généraux de brigade. Le ratio entre le personnel de sécurité et la population est aussi élevé que 1 pour 48. C’est l’un des plus élevés au monde.

La collaboration en matière de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne a atteint les objectifs fixés dans les Accords d’Oslo consistant à institutionnaliser les accords de sécurité et à lancer un processus de paix qui est étroitement contrôlé par le secteur de la sécurité, afin de permettre à Israël de réaliser ses ambitions coloniales tout en prétendant poursuivre la paix.

Ce processus de « sécurisation de la paix » se manifeste de plusieurs façons, dont:
-l’arrestation par les forces de sécurité palestiniennes des suspects palestiniens recherchés par Israël (comme dans le cas récent de Basil Al-‘Araj qui a été arrêté et libéré par l’AP uniquement pour être poursuivi et finalement assassiné par les Israéliens)
-la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons
-le partage des informations entre les forces de défense israéliennes (FDI) et les forces de sécurité de l’AP
-une politique de « porte tournante » entre les prisons israéliennes et palestiniennes à travers lesquelles les militants palestiniens font des allers-retours pour les mêmes infractions
-et la tenue régulière de réunions, ateliers et formations israélo-palestiniennes.

Bien que l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas ait menacé de suspendre la coordination répressive, il l’a présentée en même temps comme un « intérêt national palestinien » et une doctrine « sacrée« . Les activités des forces de sécurité de l’AP et les manœuvres politiques d’Abbas ont naturellement créé un profond vide de confiance entre le peuple palestinien et l’Autorité.

En effet, plusieurs enquêtes au fil des ans ont montré que la majorité des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (entre 60% et 80%) s’opposent à la coordination de la sécurité avec Israël. Et dans une enquête réalisée par le Centre palestinien pour la politique et les sondages de mars 2017, les deux tiers des répondants ont demandé la démission d’Abbas, 73% exprimant la conviction qu’Abbas n’est pas sérieux dans sa menace de suspendre la coordination répressive avec Israël.

Dans un sondage réalisé pour l’Agence Maan News en 2010, 78% des personnes ayant répondu ont déclaré être persuadées que les forces de sécurité de l’AP sont engagées dans la surveillance, le suivi des activités et l’intervention dans la vie privée des individus. Enfin, selon Vizualizing Palestine, 67% des Palestiniens de la Cisjordanie ont dit avoir le sentiment de vivre dans un système antidémocratique où les libertés se dégradent, en grande partie du fait des services de sécurité.

Les perceptions négatives de l’opinion publique sur la coordination sécuritaire sont corroborées par des expériences vécues – dont les élites sont souvent épargnées – ainsi que par la rhétorique officielle et la divulgation du contenu des Palestine Papers. Par exemple, le général étatsunien Keith Dayton faisait remarquer en 2009 que des officiers supérieurs des Forces israéliennes de défense (IDF) lui avaient demandé, au sujet des forces palestiniennes de sécurité qu’il entraînait : « Combien de ces nouveaux Palestiniens pouvez-vous générer, et à quelle vitesse ? » Il avait dit aussi qu’un haut fonctionnaire palestinien s’était adressé à une classe de diplômés de ces « nouveaux Palestiniens » en Jordanie en disant : « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à combattre Israël (…), mais plutôt pour apprendre à maintenir la loi et l’ordre, à respecter le droit de tous nos citoyens et mettre en œuvre l’Etat de droit afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël. » En 2013, dans un discours devant le Parlement européen, le président israélien Shimon Peres déclarait « Une force palestinienne de sécurité a été formée. Vous et les Américains l’avait entrainée. Et maintenant nous travaillons ensemble à prévenir le terrorisme et le crime. »

Alors que la coordination sécuritaire entre Israël et l’AP a été scellée depuis les Accords d’Oslo, le statu quo n’est pas une conclusion abandonnée. Cependant, le changement sera difficile à réaliser car le système a créé un segment de la société palestinienne qui cherchera à le maintenir. Ce segment est composé non seulement du personnel de sécurité en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, mais aussi des Palestiniens qui profitent des dispositifs institutionnels et d’un réseau de collaboration et de domination. Le statu quo leur est bénéfique et la « stabilité » est leur mantra. Ils s’engagent à adopter une approche qui privilégie les élites politiques, économiques et sécuritaires, et ils n’ont aucun intérêt à inverser les règles du jeu.

Tout essai d’arrêter la coordination sécuritaire aurait donc des conséquences réelles pour l’AP et sa direction. Pourtant, la pérennisation du statu quo est destructive pour la majorité des Palestiniens vivant sous occupation israélienne et pour le peuple palestinien dans son ensemble. Avec l’anéantissement de la capacité à corriger les actes politiques répréhensibles et à tenir les élites pour responsables, il est vraisemblable que le « business as usual » continuera. Si des mesures ne sont pas prises – et rapidement, la coordination sécurité restera un trait déterminant de la réalité biaisée qui favorise l’occupant.

Réinventer la doctrine et l’implantation de la sécurité de l’AP

L’ancrage de l’establishment sécuritaire de l’AP requiert des interventions politiques à de multiples niveaux, de la correction de la rhétorique biaisée à l’établissement de mécanismes de responsabilisation. Les recommandations suivantes, adressées aux différentes parties prenantes, proposent une refonte des opérations et des structures des forces de sécurité de l’AP.

L’Autorité palestinienne

L’AP doit écouter le peuple palestinien et respecter ses vœux et aspirations, y compris dans le domaine sécuritaire ; sinon l’écart de légitimité et de confiance augmentera considérablement. Il n’y a jamais eu de système politique palestinien global, mais une direction plus réactive, plus représentative et plus responsable garantirait que la sécurité des Palestiniens, plutôt que celle de leur occupant et colonisateur, soit une préoccupation centrale. Un secteur sécuritaire authentique, comme l’a argumenté Tariq Dana, sonnerait la fin de « l’accent sur la police interne connue sous le nom de ‘Doctrine Dayton’ » et d’ « un programme qui exige que la responsabilité et la justice soient mises en place. »

Comme l’a développé Hani Al-Masri, cela nécessitera des étapes progressives mais fermes pour finir par geler ou suspendre la coordination sécuritaire, dont : mettre un terme à l’interventionnisme de l’appareil sécuritaire palestinien dans les questions politiques ; réduire les dotations sécuritaires dans le budget annuel ; démanteler des parties de l’appareil de sécurité et restructurer le reste, en mettant l’accent sur le professionnalisme, le patriotisme et l’absence de népotisme politique et donner instruction à l’appareil sécuritaire de résister aux raids israéliens dans la Zone A.

Bien que l’AP continue de soutenir que les dispositions sécuritaires actuelles et la division du travail servent la solution à deux Etats, la colonisation israélienne incessante de la terre palestinienne signifie que l’AP et son gouvernement doivent réexaminer leur fonction. La menace imminente d’annexion doit pousser l’AP à agir avant que son rôle de sous-traitant de l’occupation israélienne ne se consolide.

La société civile palestinienne

Il faut que les organisations de la société civile palestinienne, en particulier les organisations de défense des droits de l’homme, créent des coalitions plus efficaces et intensifient leurs initiatives pour que l’AP et ses responsables politiques et de sécurité rendent compte de leurs violations des droits de l’homme. En l’absence d’institutions qui agissent en tant que contre-pouvoirs, une pression qui aille au-delà de l’écriture et de la publication de rapports (bien que ce soit en soi un acte important) est une nécessité impérieuse. En d’autres termes, il faut que les organisations de la société civile palestinienne développent des actions pratiques qui s’attaquent aux violations continues des droits de l’homme par l’AP.

Ces acteurs de la société civile, dont les institutions universitaires, les intellectuels et les groupes de réflexion, doivent également répondre au discours incorrect de l’AP, dans lequel la résistance palestinienne est présentée comme une insurrection criminelle ou de l’instabilité. Il faut aussi contrer les acteurs israéliens et internationaux qui utilisent ce type de discours. La société civile doit embrasser et rendre opérationnelle la résistance plutôt que de la voir criminalisée, et elle doit la considérer comme une manière de vivre globale sous occupation et en exil. La résistance comme mode de vie peut aider à inverser la manière dont l’élite politique et sécuritaire la dépeint actuellement. La résistance peut alors garantir la restauration des valeurs fondamentales et des idées qui permettent aux Palestiniens de s’engager collectivement dans la réalisation de leurs droits.

Les acteurs extérieurs, en particulier les organismes de sécurité EUPOL COPPS et USSC, doivent faire l’objet d’une évaluation minutieuse de la part de la société civile, tant en Palestine que dans leur pays d’origine. Ils ne peuvent pas continuer à dominer le domaine de la sécurité sans responsabilisation ni transparence. En faisant la promotion de la primauté du droit dans un contexte autoritaire, ces organes contribuent à la « professionnalisation » de pratiques autoritaires en (ab)usant d’un cadre de bonne gouvernance. Prétendre que leur mandat est « technique » leur permet de se soustraire aux résultats très politiques de leurs opérations et de leurs interventions. Après une décennie d’opérations, il est temps de mener une évaluation indépendante sous conduite palestinienne de ces organes et de s’en servir comme d’un mécanisme de reddition de comptes pour réformer ces anciens « réformateurs » et convenir de la marche à suivre.

Les donateurs et l’industrie des donateurs

Dans un contexte hautement dépendant de l’aide, la suprématie attribuée à la sécurisation et à la militarisation s’étend au domaine du développement. Les décideurs des pays donateurs et les Palestiniens qui facilitent les programmes des donateurs doivent aborder la façon dont « l’aide sécurisée » a transformé un mouvement de libération en sous-traitant du colonisateur et a abouti à des tendances autoritaires qui favorisent l’establishment sécuritaire au détriment d’autres secteurs tels que la santé, l’éducation et l’agriculture, ainsi qu’aux dépens de la démocratie.

De plus, en Palestine, l’aide et le développement priorisant la sécurisation n’ont pas seulement échoué à s’occuper de la pauvreté, du chômage et de l’autonomisation, mais ils ont également créé une nouvelle insécurité et une nouvelle illégitimité. Les planificateurs de développement doivent reconnaître que ces modèles ne seront jamais inversés à moins que la population et non l’establishment sécuritaire, ne conduisent les actions et constituent le point de référence constant.

A la base, toutes ces actions sont le devoir du peuple palestinien, surtout lorsque les décideurs ne représentent ni lui, ni ses aspirations. La société palestinienne doit s’opposer aux outils utilisés pour réprimer sa mobilisation et s’organiser afin d’assurer la réalisation de ses droits fondamentaux. L’initiative menée par des jeunes indépendants, « Mettre fin à la coordination sécuritaire », qui est née à la suite de l’assassinat de Basil Al-Araj en mars 2017, représente un exemple de cette mobilisation. Dans leur appel à action, les jeunes déclaraient :

« Notre peuple a trop longtemps lutté pour que nous restions passifs pendant que des dirigeants répressifs troquent notre oppression et notre dépossession pour leur bénéfice personnel. Cela fait bientôt 30 ans que les Accords d’Oslo ont transformé ce qui restait de notre pays en prison en ciel ouvert administrée par des fonctionnaires de l’AP non représentatifs qui ont été recrutés pour être la première ligne de défense de nos colonisateurs. Le régime d’Oslo ne nous représente pas. Il est maintenant temps de nous réunir et de reconstruire notre lutte collective pour la libération de la Palestine. »

Si cette résistance organisée peut continuer et croître, la pression exercée par le peuple peut changer la trajectoire de la coordination sécuritaire PA-Israël, rendant les Palestiniens mieux équipés pour travailler à l’autodétermination et à la réalisation des droits de l’homme.

Notes

Al-Shabaka publie tous ses contenus en anglais et en arabe (lire le texte en arabe ici). Pour le lire en italien, cliquez ici.
Al-Shabaka est reconnaissant aux efforts des défenseurs des droits de l’homme pour traduire ses articles mais n’est pas responsable de toute modification du sens.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève. Consultez son site Internet et il peut être suivi sur Twitter @alaatartir.

Articles du même auteur.

16 mai 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




La Charte du mouvement Hamas : version française

Résistance islamiqueUn document sur les principes généraux et les politiques du mouvement Hamas

Au nom d’Allah, le Très Clément, le Très Miséricordieux,
Le mouvement de résistance islamique « Hamas »

Un document sur les principes essentiels et les politiques générales

Qu’Allah, le Seigneur de tous les mondes, soit loué ! Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur Mouhammad, le Maître des Messagers et le Chef des Moujahidins, sur sa famille et tous ses compagnons !

Préambule

La Palestine est la terre du peuple palestinien arabe ; il en est originaire, il ne fait qu’un avec elle, il lui appartient, et c’est à partir de cette appartenance qu’il communique avec le reste du monde.

La Palestine est une terre dont le statut a été renforcé par l’Islam, une foi qui la tient en haute estime, qui lui insuffle son esprit et ses valeurs, et qui pose les bases d’une doctrine qui a pour but de la défendre et de la protéger.

La Palestine est la Cause d’un peuple abandonné par une humanité qui ne respecte pas ses droits, un peuple qui veut qu’on lui rende ce qu’on lui a pris, qui veut voir ses droits garantis au lieu d’être violés, un peuple qui continue de subir sur sa terre l’une des pires espèces d’occupation du monde.

La Palestine est une terre dont on s’est emparé par la force pour mettre en œuvre un projet sioniste, raciste, inhumain et colonial fondé sur une promesse mensongère (la Déclaration Balfour), sur la reconnaissance de l’entité occupante, et sur le fait accompli.

La Palestine symbolise la résistance qui se poursuivra jusqu’à la libération complète, jusqu’à ce que tous les Palestiniens soient revenus y vivre et jusqu’à ce qu’un État vraiment souverain soit établi avec Jérusalem comme capitale.

La Palestine est ce qui fait des Palestiniens de toutes affiliations de véritables partenaires dans la poursuite du sublime objectif de la libération.

La Palestine est l’esprit de la Oummah [la communauté des Croyants] et sa Cause centrale; c’est l’âme de l’humanité et sa conscience vivante.

Ce document est le fruit de délibérations approfondies qui ont abouti à un fort consensus. En tant que mouvement, nous approuvons la vision décrite dans les pages qui suivent, la théorie comme la pratique. C’est une vision qui repose sur des bases solides et sur des principes bien établis. Ce document décrit les objectifs, les étapes et la manière dont l’unité nationale peut se concrétiser. Il précise également notre compréhension commune de la Cause palestinienne, les principes d’action qui présideront à sa promotion, et le cadre de son interprétation.

Le mouvement

1. Le Mouvement de résistance islamique « Hamas » est un mouvement islamisme palestinien de libération nationale et de résistance. Son but est de libérer la Palestine et de s’opposer au projet sioniste. Son cadre de référence est l’Islam qui détermine ses principes, ses objectifs et ses moyens.

La terre de Palestine

2. La Palestine, qui s’étend de la Jordanie, à l’est, jusqu’à la Méditerranée, à l’ouest, et de Ras Al-Naqurah, au nord, jusqu’à Umm Al-Rashrash, au sud, est une unité territoriale indivisible. C’est la terre et la patrie du peuple palestinien. L’expulsion et le bannissement des Palestiniens de leur terre et l’établissement de l’entité sioniste à leur place n’anéantissent pas le droit du peuple palestinien à sa terre toute entière et ne donnent aucun droit à l’usurpateur sioniste.

3. La Palestine est une terre islamique arabe. C’est une terre sacrée et bénie qui a une place spéciale dans le cœur de chaque Arabe et de chaque Musulman.

Le peuple palestinien

4. Les Palestiniens sont les Arabes qui vivaient en Palestine jusqu’en 1947, indépendamment du fait qu’ils en aient été expulsés ou qu’ils y soient restés; et toute personne née d’un père arabe palestinien après cette date, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine, est un Palestinien.

5. L’identité palestinienne est authentique et éternelle; elle se transmet de génération en génération. Les catastrophes qui ont frappé le peuple palestinien du fait de l’occupation sioniste et de sa politique de déplacement de population, ne peuvent pas effacer l’identité du peuple Palestinien, ni la lui dénier. Un(e) Palestinien(e) ne perdra pas son identité ni ses droits nationaux en acquérant une deuxième nationalité.

6. Le peuple palestinien est un seul peuple. Il est composé de tous les Palestiniens, qu’ils vivent en Palestine ou ailleurs, indépendamment de leur religion, leur culture ou leur affiliation politique.

L’Islam et la Palestine

7. La Palestine est au cœur de la Oummah arabe et islamique et elle jouit d’un statut spécial. En Palestine, se trouve Jérusalem qui est bénie par Allah. La Palestine est la Terre Sainte, qu’Allah a bénie pour l’humanité. C’est le premier Qiblah des musulmans et la destination du voyage de nuit du Prophète Mouhammad, que la paix soit avec lui ! C’est là qu’il est monté au ciel. C’est le lieu de naissance de Jésus-Christ, la paix soit avec lui ! Son sol contient les ossements de milliers de Prophètes, de Compagnons et de Moujahidins. Jérusalem – et alentour – est un lieu où vivent et ont vécu des personnes déterminées à défendre la vérité, des personnes qui ne se laissent pas dissuader ou intimider par ceux qui s’opposent à eux ou qui les trahissent, des personnes qui poursuivront leur mission jusqu’à ce que la promesse d’Allah soit accomplie.

8. En vertu de sa voie équilibrée et modérée du juste milieu, l’Islam – pour le Hamas – offre un mode de vie complet et un ordre qui conviennent à toutes les époques et tous les lieux. L’Islam est une religion de paix et de tolérance. Il protège les adeptes des autres croyances et religions qui peuvent pratiquer leur foi en toute sécurité. Le Hamas croit également que la Palestine a toujours été et sera toujours un modèle de coexistence, de tolérance et d’innovation culturelle.

9. Le Hamas croit que le message de l’Islam prône des valeurs de vérité, justice, liberté et dignité, interdit toutes les formes d’injustice et criminalise les oppresseurs indépendamment de leur religion, race, sexe ou nationalité. L’islam est contre toute forme d’extrémisme religieux, ethnique ou sectaire et de fanatisme. C’est une religion qui prône la résistance à l’agression et le soutien des opprimés; elle les encourage à la générosité et à se sacrifier pour défendre leur dignité, leur terre, leur peuple et leurs lieux saints.

Jérusalem

10. Jérusalem est la capitale de la Palestine. Son statut religieux, historique et culturel est fondamental pour les Arabes, les Musulmans et le monde entier. Ses lieux saints islamiques et chrétiens appartiennent exclusivement au peuple palestinien et à la Oummah arabe et islamique. Aucune pierre de Jérusalem ne peut être cédée ou abandonnée. Les mesures prises par les occupants de Jérusalem, comme la judaïsation, la construction de colonies et les faits-accomplis, sont fondamentalement nulles et non avenues.

11. La sainte mosquée Al-Aqsa appartient exclusivement à notre peuple et à notre Oummah, et l’occupation n’a aucun droit sur elle. Les projets, mesures et tentatives de l’occupation pour judaïser Al-Aqsa et la diviser sont nuls, non avenus et illégitimes.

Les réfugiés et le droit au retour

12. La Cause palestinienne dans son essence est la Cause d’un pays occupé et d’un peuple chassé de sa terre. Le droit des réfugiés palestiniens et des Palestiniens déplacés à l‘intérieur du pays de revenir dans les maisons dont ils ont été chassés – ou où on les empêche de revenir – dans les terres occupées soit depuis 1948, soit depuis 1967 (c’est-à-dire dans la Palestine toute entière), est un droit naturel à la fois individuel et collectif. Ce droit est confirmé par toutes les lois divines, ainsi que par les principes fondamentaux des droits de l’homme et du droit international. C’est un droit inaliénable dont personne ne peut faire fi, qu’il soit palestinien, arabe ou international.

13. Le Hamas rejette toutes les tentatives visant à abolir les droits des réfugiés, y compris les tentatives de les installer en dehors de la Palestine à travers les projets de patrie alternative. L’indemnisation des réfugiés palestiniens pour le préjudice qu’ils ont subi du fait de leur bannissement et de l’occupation de leur terre est un droit aussi absolu que leur droit au retour. Ils doivent recevoir une compensation lors de leur retour et cela n’exclut, ni ne restreint, leur droit au retour.

Le projet sioniste

14. Le projet sioniste est un projet raciste, agressif, colonial et expansionniste basé sur l’appropriation violente de ce qui appartient à d’autres; c’est un projet hostile au peuple palestinien et à son aspiration à la liberté, à l’émancipation; un projet hostile au retour des Palestiniens sur leur terre et à leur autodétermination. L’entité israélienne est le terrain d’expérimentation du violent projet sioniste et sa base opérationnelle.

15. Le projet sioniste ne vise pas uniquement le peuple palestinien; c’est l’ennemi de la Oummah arabe et islamique dont il menace gravement la sécurité et les intérêts. Il est également hostile aux aspirations de la Oummah, à son unité, à sa renaissance et à sa libération, et a été la principale source de ses problèmes. Le projet sioniste représente également un grand danger pour la sécurité et la paix internationales et la stabilité de l’humanité toute entière.

16. Le Hamas affirme qu’il s’oppose au projet sioniste, et non pas aux Juifs en raison de leur religion. Le Hamas ne lutte pas contre les Juifs parce qu’ils sont juifs, mais il mène la lutte contre les sionistes qui occupent la Palestine. En réalité, ce sont les sionistes qui assimilent constamment le judaïsme et les Juifs à leur projet colonial et à leur entité illégale.

17. Le Hamas rejette la persécution de tout être humain ou mise en cause de ses droits nationaux, religieux ou communautaires. Le Hamas estime que le problème juif, l’antisémitisme et la persécution des Juifs sont des phénomènes fondamentalement liés à l’histoire européenne et non à l’histoire des Arabes et des Musulmans ou à leur héritage. Le mouvement sioniste, qui a pu avec l’aide des pouvoirs occidentaux occuper la Palestine, est la forme la plus dangereuse de l’occupation colonialiste qui a déjà disparu du reste du monde et doit disparaître de la Palestine.

La position par rapport à l’Occupation et les solutions politiques

18. Les éléments suivants sont considérés comme nuls et non avenus : la Déclaration de Balfour, le document du mandat britannique, la résolution des Nations Unies sur la partition de la Palestine, et toutes les résolutions et les mesures qui en découlent ou s’y apparentent. La création d' »Israël » est entièrement illégale et contrevient aux droits inaliénables du peuple palestinien et va contre sa volonté et la volonté de la Oummah; elle viole également les Droits de l’homme garantis par les conventions internationales, avec en première place le droit à l’autodétermination.

19. Il n’y aura aucune reconnaissance d’une légitimité de l’entité sioniste. Quelle que soit l’ampleur de l’occupation de la terre de Palestine, sont illégitimes la construction de colonies, la judaïsation ou la modification de ses caractéristiques ou falsification des faits. Jamais les droits ne disparaissent.

20. Le Hamas estime qu’aucune partie de la terre de Palestine ne devra faire l’objet de compromis ou de concessions, indépendamment des raisons, des circonstances et des pressions, et peu importe la durée de l’occupation. Le Hamas rejette toute alternative à la libération complète et achevée de la Palestine, du fleuve à la mer. Cependant, sans revenir sur son rejet de l’entité sioniste et sans renoncer à aucun droit palestinien, le Hamas considère la création d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem comme capitale, selon les limites du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des déplacés vers les maisons d’où ils ont été expulsés, comme une formule de consensus national.

21. Le Hamas affirme que les Accords d’Oslo et leurs additifs contreviennent au droit international en ce sens qu’ils génèrent des engagements qui violent les droits inaliénables du peuple palestinien. Par conséquent, le Mouvement rejette ces accords et tout ce qui en découle, avec parmi eux les obligations qui nuisent aux intérêts de notre peuple, en particulier la coordination sécuritaire (collaboration).

22. Le Hamas rejette tous les accords, initiatives et projets de règlement qui visent à saper la cause palestinienne et les droits de notre peuple palestinien. À cet égard, toute position, initiative ou programme politique ne doit en aucun cas violer ces droits, y contrevenir ou les contredire.

23. Le Hamas souligne que le viol des droits du peuple palestinien, le vol de ses terres et son bannissement de sa patrie ne peut pas être appelé paix. Les règlements conclus sur cette base ne conduiront pas à la paix. La résistance et le djihad pour la libération de la Palestine resteront un droit légitime, un devoir et un honneur pour tous les fils et les filles de notre peuple et de notre Oummah.

Résistance et Libération

24. La libération de la Palestine est le devoir du peuple palestinien en particulier et le devoir de la Oummah arabe et islamique en général. C’est aussi une obligation humanitaire telle que requise par les impératifs de la vérité et de la justice. Les agences travaillant pour la Palestine, qu’elles soient nationales, arabes, islamiques ou humanitaires, se complètent et agissent en harmonie, et non pas en conflit les unes avec les autres.

25. Résister à l’occupation avec tous les moyens et méthodes est un droit légitime garanti par les lois divines et par les normes et lois internationales. Au cœur de cela se trouve la résistance armée, qui est considérée comme le
choix stratégique pour la protection des principes et des droits du peuple palestinien.

26. Le Hamas rejette toute tentative de saper la résistance et ses armes. Il affirme également le droit de notre peuple de développer les moyens et outils de résistance. Gérer la résistance, en termes d’escalade ou désescalade, ou en termes de diversification des moyens et des méthodes, fait partie intégrante du processus de gestion du conflit et ne devrait pas se faire au détriment du principe de résistance.

Le système politique palestinien

27. Un véritable État palestinien est un État qui a été libéré. Il n’y a pas d’alternative à un État palestinien totalement souverain sur l’ensemble du territoire national et du sol palestinien, avec Jérusalem comme capitale.

28. Le Hamas croit et adhère à la gestion de ses relations palestiniennes sur la base du pluralisme, de la démocratie, du partenariat national, de l’acceptation de l’autre et du dialogue. L’objectif est de renforcer l’unité des rangs et l’action commune dans le but d’atteindre les objectifs nationaux et de répondre aux aspirations du peuple palestinien.

29. L’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] est un cadre national pour le peuple palestinien à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Elle devrait donc être préservée, développée et reconstruite sur des bases démocratiques afin d’assurer la participation de toutes les composantes et forces du peuple palestinien, d’une manière qui garantisse les droits des Palestiniens.

30. Le Hamas souligne la nécessité de construire des institutions nationales palestiniennes sur des principes démocratiques solides, avec tout d’abord des élections libres et équitables. Une telle procédure devrait être fondée sur un
partenariat national et selon un programme et une stratégie clairs qui respectent les droits, y compris le droit à la résistance, et qui répondent aux aspirations du peuple palestinien.

31. Le Hamas affirme que le rôle de l’Autorité palestinienne devrait être de servir le peuple palestinien et protéger sa sécurité, ses droits et son projet national.

32. Le Hamas souligne la nécessité de maintenir l’indépendance de la prise de décision nationale palestinienne. Les forces extérieures ne devraient pas être autorisées à intervenir. Dans le même temps, le Hamas affirme la responsabilité des Arabes et des Musulmans et leur devoir et rôle dans la libération de la Palestine de l’occupation sioniste.

33. La société palestinienne est enrichie par ses personnes éminentes, ses personnalités, ses dignitaires, ses institutions de la société civile et ses jeunes, étudiants, syndicalistes et groupes de femmes qui travaillent ensemble pour la réalisation des droits nationaux et la construction sociale, poursuivent la résistance et la lutte pour la libération.

34. Le rôle des femmes palestiniennes est fondamental dans le processus de construction du présent et du futur, tout comme il l’a toujours été dans le processus historique palestinien. C’est un rôle central dans le projet de la résistance, de la libération et de la construction du système politique.

La Oummah arabe et islamique

35. Le Hamas croit que la question palestinienne est la cause centrale de la Oummah arabe et islamique.

36. Le Hamas croit en l’unité de la Oummah avec toute sa diversité et ses composantes, et est conscient de la nécessité d’éviter tout ce qui pourrait fragmenter la Oummah et saper son unité.

37. Le Hamas croit en la coopération avec tous les États qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il s’oppose à l’intervention dans les affaires intérieures de n’importe quel pays. Il refuse également d’être attiré dans des disputes et conflits qui existent entre différents pays. Le Hamas adopte la politique de l’ouverture aux différents États du monde, en particulier les États arabes et islamiques. Il s’efforce d’établir des relations équilibrées sur la base d’une combinaison d’une part des exigences de la cause palestinienne et des intérêts des Palestiniens, et d’autre part des intérêts de la Oummah, de sa renaissance et de sa sécurité.

L’aspect humanitaire et international

38. La question palestinienne est celle qui a des répercussions humanitaires et dimensions internationales majeures. Soutenir et appuyer cette Cause est une nécessité humanitaire et civilisationnelle et une question de vérité, justice et respect des valeurs humanitaires communes

39. D’un point de vue juridique et humanitaire, la libération de la Palestine est une action légitime, c’est un acte de légitime défense et l’expression du droit naturel de tous les peuples à l’autodétermination.

40. Dans ses relations avec les nations et les peuples du monde, le Hamas croit en les valeurs de la coopération, de la justice, de la liberté et du respect de la volonté des peuples.

41. Le Hamas se félicite des positions des États, des organisations et des institutions qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il salue les peuples libres du monde qui soutiennent la cause palestinienne. Dans le même
temps, il dénonce le soutien accordé par toute partie à l’entité sioniste ou les tentatives de couvrir ses crimes et agressions contre les Palestiniens, et il appelle à la poursuite des criminels de guerre sionistes.

42. Le Hamas rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur la Oummah arabe et islamique, tout comme il rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur le reste des nations et des peuples du monde. Le Hamas condamne également toute forme de colonialisme, d’occupation, de discrimination, d’oppression et d’agression dans le monde.

Mai 2017 – Hamas.ps – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet & Lotfallah




Photo : Oren Ziv/ActiveStills.org

Les raisons profondes de la révolte des prisonniers

Ramzy BaroudGaza est la plus grande prison à ciel ouvert au monde. La Cisjordanie est également une prison, segmentée en différentes zones, connues sous le nom de zones A, B et C. En fait, tous les Palestiniens sont soumis à des degrés divers de restrictions militaires. À un certain niveau, ils sont tous prisonniers.

Jérusalem-est est coupé de la Cisjordanie et les habitants de la Cisjordanie sont coupés les uns des autres.

Les Palestiniens en Israël sont traités un peu moins mal que leurs frères dans les territoires occupés, mais ils vivent dans des conditions dégradantes par rapport au statut de première classe accordé aux juifs israéliens en vertu de leur appartenance ethnique.

Les Palestiniens suffisamment « chanceux » pour échapper aux menottes et aux chaînes sont de différentes manières toujours pris au piège .

Les réfugiés palestiniens du camp Ein el-Hilweh au Liban, comme des millions de réfugiés palestiniens dans la « diaspora », sont prisonniers dans des camps de réfugiés, portent une identité précaire, sans réelle valeur, ne peuvent voyager et se voient refuser l’accès au travail. Ils languissent dans les camps de réfugiés, attendent que leur vie s’améliore, même légèrement, comme leurs pères et leurs grands-pères l’ont fait avant durant près de soixante-dix années.

C’est pourquoi la question des détenus est une question très sensible pour les Palestiniens. C’est une représentation réelle et métaphorique de tout ce que les Palestiniens ont en commun.

Les protestations qui s’organisent dans les territoires occupés pour soutenir les 1500 grévistes de la faim ne sont pas seulement un acte de « solidarité » avec les hommes et les femmes incarcérés et maltraités qui exigent des améliorations dans leurs conditions de détention.

Malheureusement, la prison est le fait le plus évident de la vie palestinienne; C’est le statu quo, la réalité quotidienne.

Les prisonniers retenus en captivité dans les prisons israéliennes représentent la vie de tous les Palestiniens, piégés derrière les murs, les barrages militaires, dans les camps de réfugiés, à Gaza, dans les cantons de Cisjordanie, dans Jérusalem sous le coup de la ségrégation, attendaient de pouvoir entrer, attendant de pouvoir sortir. Tout simplement, toujours dans l’attente.

Il y a 6500 prisonniers dans les prisons israéliennes. Ce nombre comprend des centaines d’enfants, de femmes, d’élus, de journalistes et de détenus administratifs, lesquels sont détenus sans accusations ni procès, indépendamment de toute procédure régulière. Mais ces chiffres ne donnent qu’une idée limitée de la réalité qui s’est imposée sous l’occupation israélienne depuis 1967.

Selon le groupe des droits des prisonniers Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés sous la domination militaire depuis qu’Israël a commencé son occupation des territoires palestiniens en juin 1967.

Cela représente 40% de l’ensemble de la population masculine des territoires occupés.

Les prisons israéliennes sont des prisons dans des prisons encore plus larges. En période de protestations et de troubles, en particulier lors des soulèvements de 1987-1993 et ​​2000-2005, des centaines de milliers de Palestiniens ont été soumis à des couvre-feux militaires prolongés, parfois des semaines et même des mois.

Sous les couvre-feux militaires, les gens ne sont pas autorisés à quitter leur foyer, avec peu ou pas d’interruptions pour même acheter de la nourriture.

Pas un seul palestinien qui a traversé (ou qui traverse toujours) de telles conditions de vie, n’est étranger à l’expérience de l’emprisonnement.

Mais certains Palestiniens dans cette grande prison ont reçu des cartes de VIP. Ils sont considérés comme des « Palestiniens modérés », ce qui leur a permis d’obtenir des permis spéciaux de l’armée israélienne pour quitter la prison palestinienne et revenir comme ils le souhaitent.

Alors que l’ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat a été enfermé dans son bâtiment à Ramallah pendant des années, jusqu’à sa mort en novembre 2004, le président actuel de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, est libre d’aller où bon lui semble.

Israël peut, parfois, être critique à l’égard d’Abbas, celui-ci s’écarte rarement des limites acceptables fixées par le gouvernement israélien.

C’est pourquoi Abbas est libre tandis que le dirigeant du Fatah, Marwan Barghouti est emprisonné (avec des milliers d’autres).

La grève de la faim des prisonniers a débuté le 17 avril, en commémoration de la « Journée des prisonniers » en Palestine.

Le huitième jour de la grève, alors que la santé de Marwan Barghouti se détériorait, Abbas était au Koweït rencontrant un groupe de chanteurs arabes vêtus d’habits chatoyants.

Les rapports, publiés dans « Safa News Agency » et ailleurs, ont soulevé beaucoup d’attention sur les réseaux sociaux. La tragédie de la double réalité palestinienne est un fait incontournable.

Barghouti est beaucoup plus populaire parmi les partisans du Fatah, l’un des deux plus grands mouvements politiques palestiniens. En fait, il est le dirigeant le plus populaire parmi les Palestiniens, indépendamment de leurs positions idéologiques ou politiques.

Si l’AP s’intéressait vraiment aux prisonniers et au bien-être du chef le plus populaire du Fatah, Abbas se serait occupé à forger une stratégie pour décupler l’énergie des prisonniers aux ventres vides et des millions de personnes qui se sont rassemblées pour les soutenir.

Mais la mobilisation de masse a toujours fait peur à Abbas et et à son Autorité. Elle est bien trop dangereuse pour lui, car l’action populaire remet souvent en cause le statu quo et risquerait d’entraver sa domination, validée par Israël, sur les Palestiniens vivant sous occupation.

Alors que les médias palestiniens ignorent la fracture au sein du Fatah, les médias israéliens l’exploitent à fond, la replaçant dans un contexte politique plus large.

Abbas devrait rencontrer le président américain Donald Trump le 3 mai.

Il veut laisser une bonne impression sur le président impulsif, d’autant plus que Trump diminue l’aide étrangère dans le monde entier mais augmente l’aide américaine à l’AP. Cela suffirait à expliquer le point de vue de l’administration américaine sur Abbas et son appréciation du rôle de son Autorité pour assurer la sécurité d’Israël et conserver la même situation sur le terrain.

Mais tous les partisans du Fatah ne sont pas contents de la soumission d’Abbas. Les jeunes du Mouvement veulent réaffirmer une forte position palestinienne en mobilisant le peuple, alors qu’Abbas veut garder les choses en l’état.

Amos Harel soutient dans Haaretz que la grève de la faim, impulsée par Barghouti lui-même, était une tentative de ce dernier de défier Abbas et « contester le plan de paix de Trump».

Cependant, Trump n’a pas de plan. Il donne carte blanche au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour faire ce qu’il veut. Sa solution est: un État, deux États, selon les deux parties. Mais les deux parties sont loin d’être des puissances égales. Israël a des capacités nucléaires et une puissante armée, alors qu’Abbas a besoin d’une permission pour quitter la Cisjordanie occupée.

Dans cette réalité inégale, seul Israël décide du sort des Palestiniens.

Lors de sa récente visite aux États-Unis, Netanyahu a fait connaître sa vision du futur.

« Israël doit conserver un contrôle primordial de la sécurité sur toute la zone située à l’ouest du Jourdain », a-t-il déclaré.

Dans le journal La Nation, le professeur Rashid Khalidi a exposé le véritable sens de la déclaration de Netanyahu.

En prononçant ces mots, « Netanyahu a dévoilé un projet permanent d’occupation et de colonisation, excluant un État palestinien indépendant et souverain, quelle que soit la fiction ‘d’État’ ou ‘d’autonomie’ souhaitée pour dissimuler cette réalité brutale », écrit-il.

« Le silence subséquent de Trump équivaut à la bénédiction du gouvernement américain pour cette vision grotesque de l’assujettissement perpétuel et de la dépossession pour les Palestiniens ».

Pourquoi les Palestiniens devraient-ils rester silencieux ?

Leur silence ne peut que contribuer à cette réalité grossière, aux circonstances pénibles et présentes, où les Palestiniens sont perpétuellement emprisonnés dans le cadre d’une occupation sans limite dans la durée, tandis que leur « leadership » reçoit à la fois un accord d’approbation d’Israël, et des accolades et des fonds à Washington.

C’est sur cette toile de fond que la grève de la faim devient beaucoup plus urgente que la seule nécessité d’améliorer les conditions des Palestiniens incarcérés.

C’est une révolte au sein du Fatah contre leur direction qui a failli, et une tentative énergique de tous les Palestiniens de démontrer leur capacité à déstabiliser le système « israélo-américain-AP » qui s’est imposé depuis de nombreuses années.

« Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur », a écrit Marwan Barghouti de sa prison le premier jour de la grève de la faim.

En vérité, son message était dirigé vers Abbas et ses copains, autant qu’il était destiné à Israël.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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2 mai 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah