Photo : Isra al-Namey/Al Jazeera

Réfugiés égyptiens à Gaza : « Nous avons échappé à une mort certaine »

Isra NameyDes centaines de réfugiés fuyant le conflit du Sinaï se sont installés à Gaza, où ils vivent d’aumônes.

Rafah, Gaza – Survivant dans une tente délabrée dans le sud de Gaza, Salman Shigan ne peut pas retourner chez lui de l’autre côté de la frontière avec l’Égypte voisine – parce que sa maison n’existe plus…

« Nous nous sommes échappés de la persécution insupportable et de la mort presque certaine aux mains de l’armée égyptienne, au cours de ce qu’ils appellent les ‘opérations antiterroristes’ contre les groupes djihadistes dans le Sinaï« , déclare à Al Jazeera cet homme de 71 ans.

La maison familiale de Shigan dans le nord du Sinaï a été démolie par l’armée égyptienne en 2015, alors que les soldats s’activaient à vider les zones où des combattants armés auraient été cachés. L’incident a provoqué pour lui une crise cardiaque. Après s’être rétabli partiellement, lui et sa famille – soit 24 enfants et petits-enfants – ont fui vers Gaza à travers un tunnel utilisé par les contrebandiers.

L’armée égyptienne n’a aucunement compensé la famille pour la destruction de sa maison. « Ils nous ont laissé face à un destin inconnu avec nos jeunes enfants … Maintenant, nous vivons dans des conditions abominables et souffrons énormément de manquer des services de base comme l’eau et de l’électricité », raconte Shigan.

La province du Sinaï de l’Égypte a été ravagée par la violence et l’instabilité depuis que les groupes armés ont intensifié les attaques contre l’armée après le renversement de Mohamed Morsi, le premier président démocratiquement élu du pays, en 2013. En réponse, l’armée égyptienne a lancé une campagne militaire massive, qui a entraîné la démolition de centaines de foyers. Pris entre deux feux, des centaines de membres des tribus bédouines ont fui la région pour Gaza.

Le flux de réfugiés du Sinaï a continué dans cette année, beaucoup d’entre eux évoquant comment leurs maisons ont été démolies, leurs proches persécutés et leurs vies détruites. Mais ils ne trouvent pas beaucoup de réconfort dans la bande de Gaza, où un siège israélo-égyptien paralysant a rendu la vie insupportable pour la grande majorité des deux millions d’habitants du territoire.

Adel Abdulrahman, qui joue le rôle de porte-parole des réfugiés égyptiens établis à Gaza, explique à Al Jazeera qu’à ce jour, environ 500 personnes s’étaient installées à Gaza, principalement dans la moitié palestinienne de la ville de Rafah. Ces gens ont subsisté grâce à l’aide de parents ou de dons provenant d’organismes de bienfaisance et humanitaires. Des dizaines de milliers d’autres sont restés au Sinaï.

« La communauté marginalisée des Bédouins du Sinaï est celle qui paie le prix pour [le conflit en cours] », poursuit Abdulrahman. « L’opération égyptienne permanente contre ces combattants ne peut jamais justifier la violation des droits humains des habitants ».

Photo : Isra al-Namey/Al Jazeera

Au moins 500 réfugiés venus d’Égypte se sont installés dans la partie palestinienne de la ville de Rafah – Photo : Isra al-Namey/Al Jazeera

Depuis 2013, dit-il, 30 civils égyptiens ont été tués au Sinaï par l’armée ou les groupes insurgés, et 150 autres ont été blessés.

Aisha Silmi, âgée de 50 ans, est finalement arrivé à Gaza en 2016 après de nombreuses tentatives avortées de franchir la frontière. Après avoir habité pendant trente ans dans la moitié égyptienne de la ville divisée de Rafah, Silmi et sa famille ont été expulsés de leur ville par l’armée égyptienne.

Elle se rappelle le jour où un bataillon égyptien a envahi sa maison, terrorisant ses enfants et leur ordonnant de partir.

« Ils ont placé des explosifs aux coins de ma maison et les ont faits sauter à distance par télécommande, devant mes yeux », raconte Silmi à Al Jazeera. « L’épreuve ne s’est pas arrêtée là-bas, ils ont même commencé à poursuivre frénétiquement deux de mes fils, les accusant d’avoir des liens avec les combattants ».

L’armée égyptienne a finalement arrêté deux de ses enfants et les a violemment battus, avant de les relâcher, déclare-t-elle, ajoutant que sa famille a commencé à se préparer à déménager à Gaza peu de temps après. Ils n’ont pas été indemnisés pour leur maison démolie et ont dû repartir de zéro à Gaza. Silmi dit qu’elle vit dans une inquiétude permanente sur le destin de ses parents restés dans le Sinaï.

« J’ai tellement peur pour eux et ce qui peut leur arriver là-bas », dit-elle. « Tous ceux qui voulaient se réfugier à Gaza n’y sont pas parvenus et, malheureusement, beaucoup sont encore bloqués dans le désert ».

Ziad Sarafandi, responsable des affaires de réfugiés à Gaza, a déclaré à Al Jazeera que les Égyptiens qui avaient fui la frontière avaient terriblement besoin d’aide. Son bureau essayait de les aider en assurant des bourses d’études pour leurs enfants afin qu’ils puissent étudier dans les universités locales, ainsi qu’en se coordonnant avec les Nations Unies pour aider à fournir un soutien de base.

« Ces réfugiés ont cherché refuge à Gaza, qui est principalement constitué de réfugiés », explique Sarafandi. « Malgré les mauvaises conditions ici, il est exclu que nous abandonnions nos frères et sœurs égyptiens ».

Les Égyptiens qui ont traversé la frontière disent qu’ils sont continuellement hantés par ce qu’ils ont perdu, alors qu’ils luttent à présent pour survivre dans le territoire sous blocus.

Mohammed – qui s’exprime devant Al Jazeera sous la condition de l’anonymat, craignant des représailles de l’armée égyptienne – explique qu’il avait été obligé de fuir le Sinaï par crainte d’être tué ou blessé dans le conflit en cours.

« Nous avons échappé à une mort certaine. Après que mon fils ait été capturé par l’armée, puis torturé et ait perdu un de ses yeux, j’ai dit à ma famille que nous ne pouvions continuer à vivre ici un jour de plus », raconte Mohammed. «Nous sommes passés à Gaza à travers les tunnels de contrebande. Mes filles et ma femme ont eu très peur en traversant les tunnels. »

« La guerre est si cruelle … Elle a imprégné l’esprit de mes enfants avec de très mauvais souvenirs et de très mauvaises expériences », ajoute-t-il. « En dépit de notre peine et de ce que nous avons perdu, nous essayons de rester unis et de nous remettre à nouveau sur nos pieds. Mais j’attends le jour où la guerre sera terminée, pour rentrer chez moi et reconstruire ma maison au Sinaï avec ma famille ».

30 juin 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine




Photo : Nakba 1948 - archives

La Nakba n’a pas commencé et ne s’est pas terminée en 1948

Al-JazeeraFaits et chiffres clés sur le nettoyage ethnique de la Palestine.

Chaque année, le 15 mai, les Palestiniens du monde entier, – soit près de 12,4 millions de personnes – marquent la Nakba de 1948, ou « catastrophe », se référant au nettoyage ethnique de la Palestine et à la destruction presque totale de la société palestinienne.

L’expérience palestinienne de la dépossession et de la perte d’une patrie remonte à 69 ans cette année.

Ce jour-là, l’État d’Israël a vu le jour. La création d’Israël a été un processus violent qui a entraîné l’expulsion forcée de centaines de milliers de Palestiniens de leur patrie pour établir un État à majorité juive selon les aspirations du mouvement sioniste.

Entre 1947 et 1949, au moins 750 000 Palestiniens sur une population de 1,9 million ont été transformés en réfugiés, jetés au-delà des frontières de l’État. Les forces sionistes ont conquis par la violence plus de 78% de la Palestine historique, en nettoyant ethniquement et détruisant environ 530 villages et villes et ont tué environ 15 000 Palestiniens dans une série d’atrocités à grande échelle, dont plus de 70 massacres.

Bien que le 15 mai 1948 soit devenu la journée officielle pour commémorer la Nakba, les groupes sionistes armés ont lancé le processus de déplacement forcé des Palestiniens beaucoup plus tôt. En fait, le 15 mai, la moitié du nombre total de réfugiés palestiniens avaient déjà été violemment expulsés de leur pays.

A ce jour, Israël continue d’opprimer et de voler les terres les Palestiniens, quoique d’une manière moins voyante que celle adoptée lors de la Nakba.

Qu’est-ce qui a provoqué la Nakba ?

Les racines de la Nakba découlent de l’émergence du sionisme comme idéologie politique en Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle. L’idéologie repose sur la conviction que les juifs représentent une « nation » – ou une « race » – qui mérite son propre Etat.

À partir de 1882, des milliers de Juifs d’Europe de l’Est et de Russie commencent à s’installer en Palestine, poussés par la persécution et les pogroms antisémites auxquels ils étaient confrontés dans l’Empire russe, et poussés également par l’attrait du sionisme.

En 1896, le journaliste viennois Theodor Herzl a publié une brochure qui a été considérée comme la base idéologique du sionisme politique – Der Judenstaat, ou «L’État juif». Herzl tirait comme conclusion que le remède aux opinions et attaques antisémites vieilles de plusieurs siècles en Europe était la création d’un État juif.

Bien que certains des pionniers du mouvement aient initialement soutenu un État juif en des lieux comme l’Ouganda et l’Argentine, ils ont finalement appelé à la construction d’un État en Palestine sur la base du concept biblique selon quoi la Terre Sainte aurait été « promise » aux Juifs par Dieu.

Dans les années 1880, la communauté des Juifs palestiniens, connue sous le nom de Yishuv, représentait 3% de la population totale. Contrairement aux Juifs sionistes qui arriveront en Palestine plus tard, l’Yishuv d’origine n’aspirait pas à construire un État juif dans la Palestine contemporaine.

Après la dissolution de l’Empire ottoman (1517-1914), les Britanniques ont occupé la Palestine dans le cadre du traité secret de Sykes-Picot de 1916 entre la Grande-Bretagne et la France pour dépecer le Moyen-Orient selon les intérêts impériaux.


Al-Nakba – Épisode 1

En 1917, avant le début du mandat britannique (1920-1947), les Britanniques ont publié la Déclaration de Balfour, promettant d’aider à « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif », promettant ainsi de leur donner un pays qui n’était pas le leur…

Au centre de l’engagement se trouvait Chaim Weizmann, un dirigeant et chimiste sioniste russe vivant en Grande-Bretagne, dont les contributions à l’effort de guerre britannique [1] pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918) lui ont ouvert les portes pour les échelons supérieurs du gouvernement britannique. Weizmann a fait pression pendant plus de deux ans avec l’ancien Premier ministre britannique David Lloyd-George et l’ancien ministre des Affaires étrangères, Arthur Balfour, pour que la Grande-Bretagne s’engage publiquement à construire une patrie pour les Juifs en Palestine.

En accordant leur soutien aux objectifs sionistes en Palestine, les Britanniques espéraient qu’ils pouvaient obtenir la contribution des importantes populations juives aux États-Unis et en Russie pour l’effort allié pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont également cru que la Déclaration de Balfour assurerait leur contrôle sur la Palestine après la guerre.

À partir de 1919, l’immigration sioniste en Palestine, facilitée par les Britanniques, a considérablement augmenté. Weizmann, qui est devenu plus tard le premier président d’Israël, commençait à réaliser son rêve de rendre la Palestine « aussi juive que l’Angleterre est anglaise ».

Entre 1922 et 1935, la population juive est passée de 9% à près de 27% de la population totale, expulsant des dizaines de milliers de fermiers palestiniens de leurs terres tandis que les sionistes achetaient la terre de propriétaires éloignés.

Les premiers intellectuels arabes et palestiniens ont publiquement tiré la sonnette d’alarme dans la presse et dès 1908, sur les motifs du mouvement sioniste. Avec l’arrivée des Nazis au pouvoir en Allemagne, en 1933, 30 000 à 60 000 juifs européens sont arrivés sur les rives de la Palestine entre 1933 et 1936.

En 1936, les Arabes palestiniens ont lancé un soulèvement de masse contre les Britanniques et leur soutien au colonialisme sioniste , connu sous le nom de la Révolte arabe. Les autorités britanniques ont violemment écrasé la révolte, qui a duré jusqu’à 1939. Ils ont détruit au moins 2000 maisons palestiniennes, ont placé 9000 Palestiniens dans des camps de concentration et les ont soumis à des interrogatoires violents, y compris des actes de torture, et expulsé 200 dirigeants nationalistes palestiniens.

A la fin de la révolte, au moins 10% de la population masculine palestinienne avait été soit tuée, soit blessée, soit exilée ou emprisonnée.

Le gouvernement britannique, finalement préoccupé par l’éruption de la violence entre les Palestiniens et les colons sionistes, a tenté de réduire à plusieurs reprises l’immigration des juifs européens. Les lobbyistes sionistes à Londres ont rendu vain leurs efforts.

En 1944, plusieurs groupes armés sionistes ont déclaré la guerre à la Grande-Bretagne pour avoir tenté de limiter l’immigration juive en Palestine à un moment où les Juifs fuyaient les massacres des communautés juives d’Europe [Holocauste]. Les organisations paramilitaires sionistes ont lancé un certain nombre d’attaques contre les Britanniques, dont le plus notable était l’attaque à la bombe du King David Hotel en 1946, où se trouvaient les bureaux administratifs britanniques. Quatre-vingt onze personnes ont été tuées dans l’attaque.

Au début de 1947, le gouvernement britannique a annoncé qu’il abandonnait aux Nations Unies la gestion du chaos qu’il avait généré en Palestine, et a mis fin à son projet colonial. Le 29 novembre 1947, l’ONU a adopté la Résolution 181, recommandant le partage de la Palestine entre deux États, juif et arabe.

À l’époque, les Juifs en Palestine constituaient un tiers de la population et possédaient moins de 6% de la superficie totale. Dans le cadre du plan de partage des Nations Unies, ils se voyaient attribué 55% de la terre, englobant bon nombre des principales villes avec des majorités arabes palestiniennes ainsi que l’important littoral de Haïfa à Jaffa. L’État arabe devait être privé des terres agricoles et des ports maritimes les plus importants, ce qui a amené les Palestiniens à rejeter la proposition.

À la suite de la résolution 181 de l’ONU, une guerre a éclaté entre les Arabes palestiniens et les groupes armés sionistes qui, contrairement aux Palestiniens, avaient acquis un savoir-faire et des armes à profusion aux côtés de la Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les groupes paramilitaires sionistes ont lancé un processus cruel de nettoyage ethnique sous la forme d’attaques à grande échelle visant à expulser massivement les Palestiniens de leurs villes et villages pour construire l’État juif, ce qui a abouti à la Nakba.

Photo : Nakba 1948 - archives

Des Arabes palestiniens quittent la ville portuaire de Jaffa alors que les milices sionistes avancent sur la ville – Photo : Nakba 1948 – archives

Alors que certains idéologues sionistes affirment qu’il n’y a pas de preuve d’un plan directeur systématique pour l’expulsion des Palestiniens pour la création de l’État juif et que leur dépossession était le résultat imprévu de la guerre et de la présence d’une majorité arabe palestinienne dans ce que les dirigeants sionistes voyaient comme leur futur État, la Nakba était l’aboutissement d’un processus tout à fait déterminé.

Pourquoi les Palestiniens commémorent-ils la Nakba le 15 mai ?

Les autorités britanniques d’occupation ont annoncé qu’elles mettraient fin à leur mandat en Palestine à la veille du 15 mai 1948. Huit heures plus tôt, David Ben Gourion, qui est devenu le premier Premier ministre d’Israël, a annoncé à Tel Aviv ce que les dirigeants sionistes ont appelé une déclaration d’indépendance.

Le mandat britannique a pris fin à minuit, et le 15 mai, l’État israélien a vu le jour.

Les Palestiniens ont commémoré d’une manière non officielle leur tragédie nationale de la perte de leur patrie pendant des décennies, mais en 1998, l’ancien président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a déclaré le 15 mai un jour de souvenir national, à l’occasion de la 50e année depuis la Nakba.

Israël célèbre cette même date comme son jour d’indépendance.

Quand le processus de déplacement forcé des Palestiniens a-t-il réellement commencé ?

Bien que le déplacement forcé des Palestiniens de leurs terres par le projet sioniste ait déjà eu lieu pendant le mandat britannique, les déplacements de masse ont débuté lorsque le plan de partage des Nations Unies a été adopté.

En moins de six mois, de décembre 1947 à mi-mai 1948, des groupes armés sionistes ont expulsé environ 440 000 Palestiniens de 220 villages.

Avant le 15 mai, certains des massacres les plus infâmes avaient déjà été commis :
– le massacre de Baldat al-Sheikh le 31 décembre 1947, tuant jusqu’à 70 Palestiniens
– le massacre de Sa’s le 14 février 1948, lorsque 16 maisons ont été explosées et 60 personnes ont perdu la vie
– et le massacre de Deir Yassin le 9 avril 1948, lorsque environ 110 hommes, femmes et enfants palestiniens ont été abattus.

Combien de Palestiniens ont été expulsés de chez eux ?

Avec l’intervention d’unités des armées égyptiennes, libanaises, syriennes, jordaniennes et irakiennes le 15 mai [2], la guerre arabe-israélienne a été lancée et a duré jusqu’en mars 1949.

Au premier semestre de 1949, au moins 750 000 Palestiniens au total ont été expulsés par la force ou s’étaient enfuis à l’extérieur de leur patrie. Les forces sionistes ont commis environ 223 atrocités jusqu’à la fin 1949, y compris des massacres, des attaques telles que des bombardements de maisons, des pillages, la destruction de biens et des villages entiers.

Quelque 150 000 Palestiniens sont restés dans les régions de Palestine qui sont devenues une partie de l’État israélien. Sur ces 150 000 Palestiniens, environ 30 000 à 40 000 personnes ont été déportées à l’intérieur du pays.

Comme pour les 750 000 personnes expulsées au-delà des frontières du nouvel État, Israël a interdit à ces Palestiniens déportés de rentrer chez eux.

Dans les années qui ont suivi la création d’Israël, l’Etat a amplifié son nettoyage ethnique systématique. Bien que des accords d’armistice aient été signés avec l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban en 1949, l’armée israélienne nouvellement constituée a commis plusieurs autres massacres et campagnes de déplacement forcé.

Par exemple, en 1950, les 2.500 résidents palestiniens restants de la ville de Majdal ont été contraints de partir dans la Bande de Gaza, environ 2.000 habitants de Beer el-Sabe ont été expulsés en Cisjordanie et quelques 2.000 résidents de deux villages du nord ont été emmenés en Syrie.

Au milieu des années 1950, la population palestinienne d’Israël comptait environ 195.000 personnes. Entre 1948 et le milieu des années 1950, environ 30.000 personnes, soit 15 pour cent de la population, ont été expulsées à l’extérieur des frontières du nouvel Etat, selon le groupe de défense des droits des réfugiés BADIL.

La Nakba est-elle terminée ?

Alors que le projet sioniste a réalisé son rêve de créer « une patrie juive » en Palestine en 1948, le processus de nettoyage ethnique et de déplacement des Palestiniens n’a jamais cessé.

Pendant la guerre israélo-arabe de 1967, connue sous le nom de Naksa, ce qui signifie « revers », Israël a occupé les territoires palestiniens restants de Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, et il continue de les occuper aujourd’hui. Alors que dans le cadre du plan de partage de l’ONU, 55% ont été alloués à Israël, aujourd’hui il contrôle plus de 85% de la Palestine historique.

Photo : ActiveStills

Le mur d’Apartheid – Photo : ActiveStills

La Naksa a entraîné le déplacement de quelques 430.000 Palestiniens, dont la moitié venaient des régions occupées en 1948 et étaient donc deux fois réfugiés. Comme dans la Nakba, les forces israéliennes ont utilisé des tactiques militaires qui violaient les droits internationaux fondamentaux tels que les attaques contre les civils et l’expulsion. La plupart des réfugiés ont fui vers la Jordanie voisine, d’autres sont partis en Egypte et en Syrie.

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Les plus de trois millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est sont confrontés à des démolitions de maisons, des arrestations arbitraires et des déplacements tandis qu’Israël agrandit les 100 colonies juives et vole les terres palestinienne pour ce faire. La mobilité palestinienne est réduite par les postes de contrôle militaires et le mur de séparation qui entravent leur capacité à circuler librement.

La Bande de Gaza, où vivent deux millions de Palestiniens, est assiégée par Israël depuis plus d’une décennie, avec un contrôle israélien des espaces aérien, maritime et terrestre. La Bande a également subi trois attaques israéliennes qui ont rendu la région quasiment inhabitable.

En Israël, les 1,8 millions de Palestiniens sont une minorité involontaire dans un État pour les juifs. Les groupes de défense des droits ont recensé une cinquantaine de lois qui les discriminent parce qu’ils ne sont pas juifs, comme celles qui criminalisent la commémoration de la Nakba.

Depuis la création d’Israël, aucune nouvelle ville ou cité palestinienne n’a été construire à l’intérieur de ses frontières, à l’inverse des 600 municipalités juives qui ont été développées, selon Adalah, le centre juridique des droits des minorités arabes en Israël.

Depuis 1948, un million de Palestiniens ont été arrêtés par Israël, selon le Bureau central palestinien des statistiques. De plus, quelques 100.000 maisons palestiniennes ont été démolies (à l’exclusion des guerres de la Nakba ou de Gaza), selon BADIL.

Aujourd’hui, il y a environ 7,98 millions de réfugiés palestiniens et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui n’ont pas pu revenir dans leurs maisons et villages d’origine.

Quelques 6,14 millions d’entre eux sont des réfugiés et leurs descendants au-delà des frontières de l’Etat ; beaucoup vivent dans des conditions qui sont parmi les pires, dans plus de 50 camps de réfugiés gérés par l’ONU dans les pays voisins.

Notes

[1] Comme cela est remarquablement expliqué dans l’excellent ouvrage de Lotfallah Soliman Pour une Histoire profane de la Palestine, Weizman a largement œuvré dans la mise au point des gaz de combat utilisés sur les fronts de la guerre de 1914-18. La Déclaration de Balfour serait, selon Soliman, une sorte de « retour d’ascenseur » pour les crimes de guerre auxquels Weizman a largement contribué.

[2] Comme expliqué dans l’ouvrage Résistant en Palestine, de Ramzy Baroud (chapitre 3 : L’expulsion) l’intervention des armées arabes a été assez dérisoire – quand il ne s’agissait pas de collusion pure et simple avec les objectifs sionistes comme dans le cas du corps d’intervention jordanien – à l’exception notable d’un bataillon mené par un officier du nom de Gamal Abdel Nasser. Celui-ci sera ensuite toujours resté extrêmement populaire auprès de la population palestinienne.

Les notes sont des traducteurs.

23 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France




Photo : Jaclynn Ashly/Al Jazeera

Nakba: « Le chagrin et la douleur consument toujours les cœurs des Palestiniens »

Jaclynn Ashly & Soud HefawiUn aïeul palestinien raconte comment la création d’Israël a détruit sa vie en même temps que son village, il y a près de 70 ans.

Bethléhem, occupée, Cisjordanie – Abd al-Qader al-Lahham se souvient du délicieux goût des fruits, des collines couvertes d’oliviers, des bouillonnantes sources d’eau fraîche, et des moutons, des vaches et des chameaux qui paissaient jusqu’au coucher de soleil, sur sa terre, dans le village palestinien maintenant détruit de Beit Itab à Jérusalem.

Lahham a maintenant 97 ans et il est le plus ancien résident du camp de réfugiés de Dheisheh. Sa vie, dans le labyrinthe de béton du plus grand camp de réfugiés palestinien de Bethléem, est tout le contraire de la vie pastorale dont il jouissait autrefois, avant l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. Les Palestiniens ont donné le nom de Nakba ou catastrophe, à ces douloureux événements.

« C’est dans mon village que j’ai été le plus heureux », dit Lahham à Al Jazeera. « La nuit, je rêve de ce temps-là ».

Lahham possédait environ 100 Dunams (25 acres) de terre à Beit Itab. À ce jour, il détient toujours un titre officiel de propriété.

« Nous mangions ce que nous cultivions. Notre terre nous fournissait tout ce dont nous avions besoin. La vie était belle en ce temps-là », raconte-t-il.

Aujourd’hui, ses journées se passent en allers et retours à la mosquée du camp où il va cinq fois par jour, en marchant lentement dans les rues étroites aux maisons couvertes des noms et des portraits peints des Palestiniens tués par les forces israéliennes.

En 1948, Lahham, alors âgé de 28 ans, gardait ses moutons dans un village voisin lorsque le bruit des bombes a interrompu sa soirée tranquille. En traversant le village, il a vu les habitants s’enfuir de chez eux, chassés par les milices sionistes qui envahissaient la région. Dans son village, il ne restait plus personne, sa famille et les autres villageois avaient déjà dû s’enfuir, alors Lahham a continué sa route avec ses moutons jusqu’au village d’Al-Khader, dans la région de Bethléem.

Il a fallu trois jours à Lahham pour retrouver sa famille cachée dans une mosquée du village d’Artas. La famille a loué une maison à Artas pendant un certain temps, puis, un jour, Lahham a pris sa hache et ses outils et il est parti à Bethléem. Il a construit deux maisons sur une colline qui allait devenir le camp de réfugiés de Dheisheh.

« Notre vie a été amère », confie Lahham, en montrant les ruines des deux maisons qu’il avait construites des dizaines d’années auparavant. « On n’avait rien à manger, pas le plus petit morceau de pain. Il faisait si froid à Bethléem que beaucoup de gens sont partis dans un camp de réfugiés de Jéricho [Aqabat Jaber], où quatre à cinq familles vivaient déjà dans une tente. Les gens vivaient dans la misère aussi là-bas. »

Photo : Soud Hefawi/Al Jazeera

Lahham visite les ruines des maisons qu’il a construites avant que le camp de réfugiés de Dheisheh ne soit créé – Photo : Soud Hefawi/Al Jazeera

Après la guerre de 1948, les Nations Unies ont commencé à installer les Palestiniens déplacés dans la partie ouest de la colline. Un représentant de l’ONU a donné une tente et 7 dollars à Lahham et sa famille et leur a promis une chambre dans le nouveau camp de réfugiés, mais Lahham a refusé.

Mais, à force d’élargir le camp, l’ONU est bientôt arrivée à l’endroit où habitait Lahham. Au cours de cette période, certaines familles palestiniennes en étaient réduites à découper les auvents, ou d’autres parties colorées non indispensables des tentes, pour faire des robes à leurs filles et leurs femmes; d’autres ramassaient des herbes autour du camp pour les vendre.

L’ONU a finalement fourni à Lahham et à sa famille une chambre dans le camp et a continué à construire à l’est de la colline. Au moins 3000 réfugiés palestiniens se sont installés dans le camp après sa construction. Le camp abrite aujourd’hui environ 15000 habitants, selon l’ONU.

Photo : Jaclynn Ashly/Al Jazeera

Lahham est le dernier membre de la famille à avoir vécu dans leur village, Beit Itab – Photo : Jaclynn Ashly/Al Jazeera

Les quelques 750 000 Palestiniens qui ont été chassés de leurs terres en 1948 croyaient qu’ils pourraient bientôt retourner chez eux et que leur installation dans les camps de réfugiés était seulement provisoire.

« Quand on a subi une pareille épreuve, on espère pouvoir un jour tout oublier. Mais je ne pourrai jamais oublier ce qui s’est passé. Le chagrin et la douleur me mangent toujours le cœur », avoue Lahham.

Le petit-fils de Lahham, Hisham, aujourd’hui âgé de 27 ans, avait 18 ans lorsqu’il est allé à Beit Itab pour la première fois.

« J’avais l’impression que mon village était très très loin du camp où nous vivons maintenant. Je croyais que ce serait comme d’aller en Europe », a déclaré Hisham à Al Jazeera. Mais en réalité, Beit Itab n’est qu’à une heure de route de la ville de Bethléem.

Hisham explique alors que son grand-père n’avait jamais cessé de lui répéter que le camp de réfugiés de Dheisheh n’était pas, et ne serait jamais, sa vraie maison, que la maison de la famille se trouvait loin des bâtiments où s’entasse la population du camp, loin des soldats israéliens et de la violence qui caractérise les 50 ans d’occupation de la Cisjordanie.

Leur maison était un endroit où les légumes poussaient sans avoir besoin d’être arrosés, où l’air frais et léger nourrissait l’esprit et où les moutons pouvaient paître librement.

« Quand j’ai vu mon village, je me suis Immédiatement senti chez moi. Je n’avais jamais ressenti cela dans le camp », a dit Hisham.

Hisham a ajouté qu’il avait trouvé Beit Itab, en parti détruit par les Israéliens, exactement comme son grand-père le lui avait décrit, avec ses maison de pierre en ruines et les figuiers et les orangers plantés par son grand-père et son oncle. Grâce aux souvenirs de son grand-père, il a même été capable de localiser les restes de l’ancienne maison familiale.

« Quand je me suis perdu dans le village, j’ai appelé mon grand-père. Il m’a tout décrit comme s’il ne l’avait jamais quitté. »

Mais Saleh Abd al-Jawad, professeur d’histoire et de science politique à l’Université de Birzeit, a dit à Al Jazeera que le sort de Beit Itab était assez exceptionnel.

« Si certains villages n’ont été que partiellement détruits, la plupart des 418 à 530 villages ont été complètement rasés par les Israéliens qui ont planté de la forêt à leur place » a expliqué Jawad. « Même les anciens qui y ont vécu seraient incapables de dire à quoi leurs villages ressemblent maintenant. »

Hisham n’a pas de souvenirs personnels du village où vivait son grand-père à opposer à la vie que sa famille mène aujourd’hui, « mais », dit-il, « je crois que si nous étions de retour dans notre village, nous serions plus heureux … Tout est laid dans le camp et tout était beau dans notre village. »

Selon Jawad, ces récits qui font partie de de la tradition orale palestinienne apportent un certain réconfort aux réfugiés dont la vie dans les camps est très dure.

« Grâce à leurs grands-parents, les jeunes générations de Palestiniens comprennent qu’ils ont eu une vie très différente avant d’être chassés de leurs terres » dit-il. « Ils comparent ce passé heureux avec leur misère actuelle dans les camps ».

Le grand-père d’Hisham est le dernier membre de la famille à avoir des souvenirs personnels de leur village, mais Hisham est bien déterminé à transmettre ce qu’il sait aux générations futures.

« Avec mon grand-père, nous perdrons une partie importante de notre histoire », a confié Hisham. « Je ne pourrais pas raconter comme lui les histoires qu’il racontait. Mais de même que nous nous transmettons l’histoire de la Palestine de génération en génération, de même je transmettrai ce qu’il m’a dit de l’histoire de notre famille à mes enfants. »

15 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet




Le retour des réfugiés en Palestine est réalisable et juste

Asa WinstanleyLundi (15/05) est le jour où les Palestiniens commémorent le 69ième anniversaire de la Nakba, le nettoyage ethnique des Palestiniens par les milices sionistes avant, pendant et après la fondation d’Israël en 1948.

Cette nouvelle infographie de Visualizing Palestine montre de manière frappante combien de villages palestiniens furent violemment vidés par les précurseurs de l’armée israélienne en 1948.

Entre 1947 et 1949, plus de 750 000 Palestiniens furent expulsés de force par les milices sionistes créant ainsi l’état d’Israël majoritairement juif et effaçant littéralement la Palestine de la carte.

En violation de toutes de toutes les normes du droit international et des résolutions de l’ONU, depuis des décennies Israël empêchent activement ces réfugiés et leurs descendants de retourner chez eux.

D’après l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine, ces derniers sont maintenant au nombre de cinq millions et vivent dans des camps de réfugiés dans la Palestine historique et dans les pays environnants. Il existe partout dans le monde des communautés de la diaspora palestinienne.

Racisme israélien

Les lois israéliennes, dont un récent rapport historique de l’ONU constatent qu’elles correspondent à la définition internationale de l’apartheid, bloquent le retour des réfugiés palestiniens pour une seule raison : ils ne sont pas juifs.

L’importance de cette nouvelle infographie réside dans le fait qu’elle illustre que le retour serait parfaitement possible dans la pratique.

De nombreuses maisons palestiniennes vidées par les milices sionistes – surtout dans les villes – furent volées et données aux nouveaux venus juifs.

La résidence à Jérusalem du chef du bureau du New York Times, par exemple, se trouve sur la propriété où a grandi la célèbre auteure palestinienne Ghada Karmi. Son roman autobiographique acclamé, « A la recherche de Fatima », relate comment alors enfant elle a dû fuir avec sa famille dans l’ombre des massacres perpétrés par les milices sionistes.

Cependant, comme le montre le graphique ci-dessous, la très grande majorité des 536 villes et villages que les Palestiniens ont fui, ou d’où ils ont été expulsés sont toujours vides à ce jour.

Villes/villages dépeuplés selon l’organisation des districts du Mandat britannique. La taille de chacun est relative à la population de 1948. « Jamais reconstruit » fait référence à la zone bâtie originelle du village. L’emplacement précis de certaines communautés du district de Beersheba n’est pas connu, mais il est présumé non-bâti étant donné que la région est faiblement peuplée.


LE RETOUR EST POSSIBLE – Status des 536 villages palestiniens dépeuplés par Israël

La carte s’appuie sur le travail du géographe palestinien chevronné Salman Abu Sitta, dont les recherches sur des décennies démontrent que le retour des Palestiniens est faisable, ainsi que juste.

M. Abu Sitta contribue occasionnellement à The Electronic Intifada.

Comme nous approchons du 70ième anniversaire de la Nakba l’an prochain, souvenez-vous que rien n’empêche les réfugiés palestiniens de revenir de leur exil forcé si ce n’est le racisme israélien.

En 1948, l’Assemblée Générale de L’ONU a déclaré que les « réfugiés » palestiniens « désirant rentrer chez eux et vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire le plus tôt possible ». Aujourd’hui, Israël refuse systématiquement aux Palestiniens d’exercer leur droit au retour, pourtant les sites où se trouvait leur maison sont en grande partie vides. Rien n’a été reconstruit sur 77% des anciennes villes et anciens villages palestiniens en Israël.

Asa Winstanley * Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press. Voir son site web.

Articles du même auteur.

15 mai 2017 – The Electronic Intifada – Traduction: Chronique de Palestine – MJB




Photo : Oren Ziv ActiveStills

La lourde responsabilité des États-Unis et d’Israël dans la crise des réfugiés en Syrie

Greg ShupakLe second décret du président Donald Trump sur l’immigration interdit aux personnes de six pays dont la population est à majorité musulmane, d’entrer aux États-Unis: l’Iran, le Yémen, la Somalie, le Soudan, la Libye et la Syrie.

La nouvelle ordonnance, prévue pour le 16 mars mais gelée au dernier moment par un juge fédéral, interdit aux voyageurs de ces six pays d’entrer aux États-Unis pour une durée de 90 jours et de 120 jours pour les réfugiés. Certaines dérogations pourraient être appliquées.

Le New York Times et le Washington Post ont dénoncé le nouveau décret. Le New York Times l’appelait le « Muslim Ban Lite » [version « allégée »], en référence à la première ordonnance exécutoire sur l’immigration émise par Trump en janvier.

Pourtant, aucun des journaux ne mentionne le rôle que les États-Unis ont joué dans la création de ces flux de réfugiés.

Le cas syrien est particulièrement emblématique, parce qu’il constitue la grande crise de réfugiés au monde, et aussi en raison du rôle clé joué par les États-Unis et certains de ses alliés comme Israël, dans cette catastrophe qui a longtemps été effacée de la conscience américaine.

En effet, le mensonge selon lequel les États-Unis n’ont pas réussi à « faire quelque chose » en Syrie est remarquablement répandu. Cette approche perpétue le mythe que les Américains sont innocents dans la catastrophe syrienne. Les États-Unis, Israël et d’autres composantes régionales de l’empire américain ont alimenté le conflit en faisant dérailler les négociations, en imposant des sanctions, en bombardant le pays et en armant, finançant et formant des combattants, y compris des bandes de tueurs sectaires.

Comme l’a écrit le chercheur Bassam Haddad: « Le gouvernement [syrien] – avec une aide importante de ses alliés régionaux et internationaux – a brutalisé la population syrienne depuis 2011. Ce fait, cependant, n’efface pas le fait que ses opposants régionaux et internationaux contribuent de manière significative à ce chaos ».

Il détaille un consensus entre l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les États-Unis « autour de l’idée que la Syrie et ses alliés devaient être abattus parce qu’ils entravent la domination de la région par ces mêmes pays et leurs alliés, notamment Israël. »

« Ces puissances se sont presque bousculées pour alimenter et détourner le soulèvement syrien à leur profit. »

Les bombardements israéliens en Syrie

Un des moyens identifiés par Haddad pour « abattre »la Syrie et ses alliés, est la vicieuse action militaire israélienne en Syrie, en s’appuyant sur plusieurs exemples rapportés au cours des dernières années. (C’est la politique israélienne standard de ne jamais confirmer ou nier ces attaques dans les pays étrangers.)

En décembre 2012, les forces israéliennes positionnées sur les hauteurs du Golan sous occupation, contre-attaquant contre le mortier, ont frappé une unité d’artillerie syrienne. En janvier 2013, des officiels américains ont déclaré que Israël avait mené des attaques aériennes dans la banlieue de Damas contre ce qu’ils prétendaient être des armes antiaériennes en possession du Hezbollah [mouvement de la résistance libanaise].

Moins de cinq mois plus tard, les jets israéliens ont « détruit » des cibles près de Damas qui selon des responsables occidentaux et israéliens, étaient liées à un envoi d’armes iraniennes au Hezbollah.

Entre juillet 2013 et janvier 2014, Israël aurait bombardé la ville de Latakia à trois reprises. L’attaque de juillet aurait vu la marine israélienne frapper une cargaison de missiles anti-navires d’origine russe. En octobre, un responsable américain a déclaré que la force aérienne israélienne avait bombardé des missiles russes que les États-Unis croyaient liés au Hezbollah. En janvier, des avions israéliens auraient visé un entrepôt qui aurait apparemment contenu des missiles russes.

Un attentat terroriste en janvier 2015 en Syrie, attribué à Israël, a tué six membres du Hezbollah et six Iraniens, dont un général.

Ce que ces attaques montrent, c’est qu’Israël est engagé dans des interventions militaires directes en Syrie qui ciblent le gouvernement syrien et donc favorisent l’opposition. En aucun cas, les États-Unis n’ont critiqué les bombardements israéliens contre la Syrie. Le fait que les États-Unis n’aient fait que renforcer le degré d’armement d’Israël depuis ces incidents, prouvent au moins leur approbation tacite et fait des États-Unis une partie impliquée dans ces opérations.

Pendant la guerre syrienne, Israël a hâté sa colonisation du territoire syrien qu’elle occupe, les hauteurs du Golan. Les planificateurs israéliens ont oscillé entre deux options:
– faire en sorte que tous les partis en Syrie s’épuisent indéfiniment dans leur combat fratricide, ce qui rendrait le pays trop faible pour s’opposer à Israël et affaiblirait l’Iran et le Hezbollah, les alliés du gouvernement syrien
– ou aider les éléments « hors État islamique » de l’opposition syrienne à chasser le gouvernement syrien, à cause du coup dur que cela représenterait pour l’Iran et le Hezbollah.

Israël a fourni [en plus de l’assistance militaire] une assistance médicale aux combattants de l’opposition syrienne et l’armée israélienne a été en contact régulier avec les groupes armés syriens.

En outre, une coalition dirigée par les États-Unis a bombardé la Syrie plus de 7100 fois depuis la fin 2014 sous le prétexte de la destruction de l’État islamique, massacrant entre 914 et 1361 civils dans la période. Plus tôt ce mois-ci, les États-Unis ont envoyé des centaines de troupes dans le nord de la Syrie dans le cadre de leur intervention contre l’État islamique.

Il est possible que le gouvernement syrien bénéficie d’une campagne qui élimine l’État islamique du pays. Cependant, c’est une erreur de considérer la guerre menée par les États-Unis contre l’EI comme un moyen de maintenir le gouvernement syrien au pouvoir.

Par exemple, les Américains ont armé l’opposition syrienne depuis que les États-Unis ont commencé à bombarder l’État islamique. Les efforts américains contre l’EI et la guerre régionale plus générale participent de la volonté de l’oligarchie américaine de s’enrichir encore plus via le complexe industriel militaire, et de renforcer dans le même temps la capacité américaine à influencer ce qui se passe en Syrie à court et à long terme. Un des moyens considérés est la construction de bases militaires en Syrie même.

L’idée que les États-Unis se sont limités à jouer le rôle d’observateur dans cette guerre est une pure fiction. Les États-Unis et Israël ont participé à la destruction de la Syrie et, par conséquent, ont leur part de responsabilité directe pour ses conséquences désastreuses, dont l’une est la dispersion massive des Syriens.

Alimenter une guerre permanente

Le Washington Post rapporte que de 2013 à 2015, la CIA a dépensé au minimum un milliard de dollars par an, soit environ un quinzième de son budget, pour former et équiper « près de 10 000 combattants envoyés en Syrie », les fameux « rebelles anti-Assad ».

De même, les États-Unis et leurs alliés ont fait déraillé à maintes reprises les efforts diplomatiques qui auraient pu mettre fin à la guerre depuis plusieurs années, alors que le nombre de personnes tuées et de réfugiés était beaucoup plus faible.

Entraver les négociations tout en saturant d’armes un pays déchiré par la guerre, et apprendre aux combattants les meilleures façons de tuer, on eu comme conséquence une augmentation du nombre de victimes. En prenant ces mesures en Syrie, les États-Unis savaient qu’ils plongeraient la Syrie plus profondément dans la guerre et obligeraient les gens à quitter leurs foyers pour fuir la violence qui en résulte.

Il y a également lieu de conclure que les États-Unis ont sciemment permis, et dans certains cas directement, l’appui aux forces anti-gouvernementales en Syrie qui ont commis des crimes de guerre contre les minorités.

Andrew Cockburn écrit dans Harper’s Magazine que « selon plusieurs sources, un ‘quartier général de coordination’ américano-turco-saoudienne dans le sud de la Turquie avait ordonné aux groupes rebelles de coopérer avec Jaish al-Fatah. En d’autres termes, ces groupes s’intégraient ainsi dans la coalition d’al-Qaida. »

Un rapport du Financial Times décrit également le centre d’opérations secrètes, le « Müşterek Operasyon Merkezi » (MOM). Les États-Unis ont formé avec la Grande-Bretagne, la France, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie au début de 2014. Une figure bien placée de l’opposition a révélé que les commandants de la MOM ont gonflé les demandes d’armes, les accumulant ou les vendant sur le marché noir, et certaines de ces armes se sont retrouvées aux mains de l’État islamique ou d’al-Nusra. Il a déclaré au journal: « La CIA le savait, bien sûr, et tout le monde dans le MOM le savait. C’était le prix de faire des affaires. »

Jaish al-Fatah était une coalition de groupes d’opposition dirigée par Jabhat al-Nusra, la branche d’al-Qaida en Syrie. Le caractère brutal et sectaire de ce groupe était de notoriété publique. Il aurait été derrière le massacre de 60 villageois chiites en juin 2013.

Il y a aussi des raisons de croire qu’Al-Nusra a été impliqué dans le massacre en janvier 2014 de 32 Alawittes, Chrétiens et Druzes, qui appartenaient tous à des minorités en Syrie. En juin 2015, le groupe aurait massacré au moins 20 villageois druzes.

Nour al-Din al-Zinki, un groupe contrôlé par la CIA et qui a reçu des missiles antichars TOW des États-Unis, a officiellement uni ses forces à al-Nusra, qui a changé son nom en Jabhat Fatah al-Sham.

Un rapport d’Amnesty International daté de juillet 2016 accuse Al-Zinki et d’autres groupes d’opposition d’Alep et d’Idlib d’être impliqués dans 24 cas d’enlèvements civils, y compris des enfants et des défenseurs des droits de l’homme, et de personnes issues de minorités « enlevées uniquement en raison de leur religion ou de leur appartenance ethnique ».

De plus, les États-Unis soutiennent les restes de l’Armée syrienne libre, bien que beaucoup de ces combattants aient juré la vengeance contre les chiites de la Syrie et d’autres minorités, et ils ont également armé un groupe contrôlé par la CIA appelé Al-Rahman Corps que à l’Est de Ghouta s’est allié avec l’organisation autrefois connue sous le nom d’al-Nusra.

Il y a aussi des raisons de croire que le gouvernement américain n’a pas particulièrement fait objection à ce que ses alliés contribuent à amener l’État islamique au pouvoir. Dans un courriel publié en août 2014 par Wikileaks, Hillary Clinton affirme que les gouvernements du Qatar et de l’Arabie saoudite « fournissent un soutien financier et logistique clandestin à l’ISIL et à d’autres groupes sunnites radicaux de la région ».

Comme le montre l’article du Financial Times, les États-Unis travaillaient avec les deux pays au centre d’opérations conjointes de la MOM au moment du courriel de Clinton. Le gouvernement américain a ensuite vendu des armes aux Saoudiens et au Qatar après que Clinton ait reconnu que les États-Unis savaient que ces deux gouvernements soutenaient l’État islamique.

Avant ces événements, il était bien connu que l’État islamique visait violemment et spécifiquement les minorités. Par exemple, en 2013, en Syrie, le groupe a « attaqué des membres des familles de combattants kurdes et a enlevé des centaines de civils sur la base de leur identité ethnique ».

Pourtant, un enregistrement diffusé du secrétaire d’État John Kerry de septembre dernier suggère que le gouvernement américain a vu le groupe d’État islamique comme une opportunité d’affaiblir le gouvernement syrien et ses alliés. « Nous observations », dit-il. « Nous avions vu que Daesh [l’État islamique] était de plus en plus fort, et nous avons pensé qu’Assad était menacé. Nous pensions, cependant, que nous pourrions probablement gérer [les choses], vous savez, et qu’Assad pourrait alors négocier. Au lieu de négocier, il a obtenu de Poutine qu’il le soutienne. »

Une part de responsabilité dans la crise des réfugiés

Un groupe à but non lucratif basé en Syrie appelé le « Centre syrien pour la recherche politique » a bien documenté l’économie de la guerre. Les rapports du centre ont bénéficié du soutien de l’UNRWA (l’agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine) et du Programme des Nations Unies pour le développement. Le rapport du Centre syrien, « Confronting Fragmentation« , met en avant « les conditions et les difficultés économiques insupportables » comme étant, avec des préoccupations de sécurité, la force centrale expulsant les Syriens de leurs foyers.

Le Centre syrien souligne également que les sanctions – mises en place contre la Syrie par les États-Unis et leurs alliés – sont une source de cette souffrance économique. Le rapport de 2015 décrit les fortes baisses de la production d’électricité tout au long de la guerre et les attribue en partie à la façon dont les travaux d’entretien sont minés par « les sanctions qui interdisent au gouvernement d’importer les pièces et l’équipement nécessaires pour les centrales ».

En raison de la guerre, la Syrie est désormais fortement tributaire des importations et elle est confrontée à des barrières « incluant des sanctions contre les institutions, les entreprises, les transactions financières et les systèmes d’assurances, entre autres », ce qui a rendu plus difficile l’importation de produits de base.

Un rapport antérieur du même groupe, intitulé « La catastrophe syrienne« , constate que « les sanctions internationales qui bloquent l’importation de médicaments de premiers secours, de matériel médical moderne spécialisé et d’équipements et pièces de rechange » ont contribué à l’effondrement du système de santé syrien. Le rapport note également que les sanctions en matière de financement ont contribué à la baisse des industries manufacturières, de l’immobilier, des mines et des exportations.

Rien de tout cela ne saurait exonérer le gouvernement syrien et ses partenaires dans leur part de responsabilité d’avoir forcer des millions de Syriens à quitter leur foyer. L’analyste Omar Dahi, tout en critiquant les crimes de guerre et les violations des droits de l’homme commis par des groupes d’opposition, détaille la « destruction systématique et massive de villages et de villes entières » par le gouvernement syrien et ses alliés.

Le point, cependant, est que les récits sur les réfugiés syriens qui omettent le rôle joué par les États-Unis et ses procurations sont tout à fait incomplets.

Aujourd’hui, les États-Unis ont été mis à l’écart des négociations en cours en Syrie. Il est peu probable que ces pourparlers mettent à eux seuls fin à la guerre en Syrie, car ils n’impliquent pas les groupes armés qui comptent le plus tels que l’État islamique et Fatah al-Sham, la nouvelle version d’al-Nusra. En conséquence, la violence va presque certainement continuer, faisant encore plus de victimes parmi les Syriens morts et certainement encore plus de réfugiés.

Aux États-Unis, les mesures absolument nécessaires pour s’opposer aux restrictions imposées par Trump à l’égard des réfugiés doivent être accompagnées de demandes pour que son administration lève les sanctions contre la Syrie, retire les soldats américains et les marines, cesse de bombarder le pays, démantèle les bases que les États-Unis ont mises en place en Syrie, et s’abstienne d’initiatives susceptibles de compromettre les négociations pour la paix en Syrie.

La solidarité avec les réfugiés syriens implique de les aider à entrer dans les pays occidentaux. Elle doit également impliquer les organisations politique aux États-Unis et dans les États alliés, pour préparer les conditions pour la paix et l’autodétermination en Syrie, afin que les réfugiés puissent rentrer chez eux s’ils le souhaitent. Pour que cela aboutisse, il fait clairement s’écarter du discours dominant selon quoi les États-Unis sont restés en marge de la guerre en Syrie.

* Dr Greg Shupak est écrivain et militant. Il enseigne au département d’Études des médias à l’Université de Guelph. Il vit à Toronto, au Canada.


16 mars 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah




Réfugiés palestiniens - 1948

Les Palestiniens réfugiés : faits et chiffres

Hamas Islamic Movement Les réfugiés palestiniens représentent la population de réfugiés la plus ancienne et la plus importante dans le monde aujourd’hui. Il y a environ 7,2 millions de réfugiés palestiniens, ce qui équivaut à environ 70% de la totalité de la population palestinienne, qui est estimée à 10,7 millions dans le monde.

Le droit au retour: de solides bases juridiques

** L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme affirme: « Chacun a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »
** La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale [Article 5 (d) (ii)] stipule: « Les États parties s’engagent à interdire et à éliminer la discrimination raciale sous toutes ses formes et à garantir le droit de chacun, sans distinction de race, de couleur ou d’origine nationale ou ethnique, à l’égalité devant la loi, notamment dans la jouissance de … le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »
** La Convention internationale sur les droits civils et politiques [Article 12.4)] stipule: « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d’entrer dans son propre pays. »
** Conformément au droit international, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Résolution 194 le 11 décembre 1948. Le paragraphe 11 stipule que « les réfugiés [palestiniens] désireux de rentrer chez eux et de vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire et une indemnisation devrait être versée pour les biens de ceux qui choisissent de ne pas revenir et pour la perte ou les dommages à des biens qui, selon les principes du droit international ou dans l’équité, devraient être réparés par les gouvernements ou les autorités responsables. »
** La résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies a été confirmée par l’ONU plus de 110 fois depuis son instauration en 1948 avec un consensus universel, sauf pour Israël et les États-Unis. Cette résolution a été précisée par la résolution 3236 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui réaffirme au paragraphe 2: « Le droit inaliénable des Palestiniens au retour dans leurs foyers et les propriétés dont ils ont été déplacés et déracinés, et appelle à leur retour. »

Statistiques

Jordanie
2 097 338 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l’UNRWA.
Contrairement à tout autre pays hôte, la Jordanie a accordé aux réfugiés palestiniens des droits de pleine citoyenneté, à l’exception de 120 000 personnes originaires de la bande de Gaza.
Il existe 10 camps officiels de réfugiés et trois camps non officiels.
Les dix camps de réfugiés palestiniens reconnus dans tout le pays accueillent près de 370 000 personnes, soit 18% du total de la population du pays. La Jordanie accueille le plus grand nombre de réfugiés de Palestine dans tous les domaines d’intervention de l’UNWRA.

Liban
449 957 réfugiés sont enregistrés auprès de l’UNRWA au Liban.
Il y a 12 camps officiels de réfugiés.
Étant donné leur état d’apatride, les Palestiniens au Liban se voient refuser de nombreux droits fondamentaux. Par exemple, ils sont exclus d’une vingtaine de professions et n’ont pas accès aux services sociaux publics. Même l’accès aux services de santé et d’éducation est limité, rendant souvent les réfugiés enregistrés fortement tributaires de l’UNRWA.

Syrie
526 744 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l’UNRWA.
Il y a neuf camps officiels et trois camps officieux.
Les Palestiniens jouissent des mêmes droits que la population syrienne, sauf les droits de citoyenneté.

Gaza
1 258 559 Palestiniens, en plus de la population de 1,8 million de Gaza, sont des réfugiés enregistrés par l’UNRWA.
Il y a huit camps administrés par l’UNRWA dans la bande de Gaza.
L’occupation israélienne depuis 1967 et le blocus et le siège continus sur la bande de Gaza font que la population souffre de l’ensemble du territoire souffre de graves problèmes économiques.
Les activités de l’UNRWA dans la bande de Gaza ont été sévèrement limitées par le blocus.

Cisjordanie
La Cisjordanie abrite 762 288 réfugiés enregistrés.
Il y a 19 camps surpeuplés et mal servis.
Les occupations et les barrages militaires et les bouclages imposés par l’armée israélienne exercent une pression énorme sur l’économie de la Cisjordanie.

« Israël » (Palestine de 1948)
Alors que la plupart des Palestiniens ont été chassés, certains sont restés dans ce qui est devenu Israël. Bien que citoyens du nouvel État, ils ont été soumis à l’administration militaire israélienne jusqu’en 1966.
Aujourd’hui, les citoyens palestiniens d’Israël représentent près de 20% de la population d’Israël. Ils ont le droit de voter et de se porter candidat, mais plus de 20 lois israéliennes privilégient explicitement les Juifs à l’encontre des non-Juifs. Près d’un quart des Palestiniens d’Israël sont des « personnes déplacées à l’intérieur du pays », incapables de retourner aux maisons et aux terres qui leur ont été volées.

Égypte
Les Palestiniens ont fui vers l’Égypte pendant les guerres de 1948, 1956 et 1967.
On estime à 50 000 le nombre de Palestiniens en Égypte.
Cependant, ils n’ont pas de droits de résidence permanente, et ils ne peuvent pas non plus s’inscrire en tant que réfugiés.

Irak
Jusqu’en mai 2006, le HCR estimait que 34 000 Palestiniens vivaient en Irak. Aujourd’hui, il ne reste que 11 544 réfugiés palestiniens enregistrés par le HCR.
Les Palestiniens ont été pris pour cibles et ils ont été des dizaines à être assassinés par des groupes militants depuis l’invasion de l’Irak en 2003 par les États-Unis. De nombreux Palestiniens vivant en Irak ont ​​donc subi deux fois des déplacements forcés: une fois de leurs foyers d’origine en Palestine, puis de leur pays d’accueil.
La plupart des Palestiniens qui ont fui l’Irak ont cherché refuge dans la Syrie et la Jordanie voisines.

Le mouvement Hamas considère le droit au retour comme un droit inaliénable pour les millions de Palestiniens éparpillés dans le monde entier en attendant que leurs terres soient libérées et que leurs espoirs soient satisfaits. A plusieurs reprises, le Hamas a déclaré que le droit au retour n’est pas négociable et qu’il devrait être intégré dans toutes les stratégies à court, moyen et long terme.

Sources

Palestine Refugees – unrwa.org
10 facts about the Nakba
al-awda.org Factsheet on Palestinian Refugees

Données de mai 2015 – Hamas Islamic Movement – Traduction : Chronique de Palestine




La création du camp de réfugiés de Yarmouk, ou la responsabilité d’Israël dans la crise des réfugiés syriens

Ramzy Baroud – L’Opération Yiftach, menée le 19 mai 1948 par les milices sionistes de la Haganah ambitionnait de conduire au-delà de la frontière d’Israël tous les Palestiniens du nord du district de Safed, c’est-à-dire ceux qui, cinq jours auparavant, avaient déclaré leur indépendance.

Le nettoyage ethnique de Safed et de ses nombreux villages n’était pas une innovation dans cette région, ni unique en son genre. C’était en fait le modus operandi des milices sionistes à travers toute la Palestine. Sitôt après la proclamation de l’indépendance d’Israël et la conquête de la Palestine historique, les milices se sont réunies pour former les forces armées israéliennes.

A cette même époque, certains villages n’avaient cependant pas été complètement dépeuplés. Quelques habitants de villages comme Qaytiyya, près du Jourdain, sont restés chez eux. Les résidents du village, situé entre les deux affluents du Jourdain, à savoir les rivières al-Hasabani et Dan, espéraient un retour à la normale et souhaitaient que leur village retrouve son calme et sa quiétude une fois la guerre terminée et le conflit apaisé.

Toutefois, leur sort fut pire que celui des personnes obligées à partir, ou alors celles qui avaient fui leurs villages dans l’espoir d’échapper à un destin effroyable. Presque une année après, les forces israéliennes sont retournées pour ramasser le reste des villageois dans de gros camions, en torturant plusieurs d’entre eux pour enfin les abandonner quelque part au sud de Safed. Que sont-ils devenus ? Nous savons très peu de choses sur leur destin, néanmoins, pour les survivants, nous savons que leur destination finale était le camp de réfugiés de Yarmouk, en Syrie.

Ce n’est qu’en 1957 que Yarmouk a été créé, et encore, il n’était point considéré comme un camp de réfugiés « officiel. » La plupart de ses habitants étaient des squatters à Sahl al-Yarmouk et autres zones avant qu’ils ne soient emmenés à Shaghour al-Basatin, près de Ghouta. Toute cette région a été rebaptisée Yarmouk.

La plupart des réfugiés du Yarmouk sont originaires du nord de la Palestine, du district de Safed et des villages à l’instar de Qaytiyya, al-Ja’ouneh et Khisas. Ils ont vécu et survécu dans cette région pendant près de 67 ans. Incapables de retourner en Palestine, bien qu’ils continuent de nourrir l’espoir de le faire un jour, ils ont personnalisé les rues du camp, ses quartiers, même ses boulangeries, ses pharmacies et ses écoles en leur attribuant les noms des villages dont ils ont été un jour chassés.

Et avec le soulèvement qu’a connu la Syrie au mois de mars 2011, aussitôt transformé en guerre civile, beaucoup avaient préconisé que les Palestiniens en Syrie devaient être épargnés du conflit. En effet, les séquelles et les mauvais souvenirs laissés par les autres conflits régionaux – la guerre civile en Jordanie, la guerre civile au Liban, l’invasion irakienne du Koweït et l’invasion américaine de l’Irak où des centaines et des milliers de civils Palestiniens avaient payé un lourd tribut – sont des cicatrices permanentes que chacun porte sur son cœur et dans son esprit.

Mais les appels au hiyad, c’est-à-dire à la neutralité, n’ont pas été pris en compte par les belligérants, et la direction palestinienne, incompétente et retranchée à Ramallah, a échoué à jouer un rôle décisif et n’a su évaluer la gravité de la situation ni fournir les moindres conseils et directives, qu’ils soient moraux ou politiques.

Les conséquences et les résultats sont terrifiants. Plus de 3000 Palestiniens ont été tués, des dizaines de milliers de réfugiés Palestiniens ont fui la Syrie, des milliers d’autres sont devenus des déplacés internes et le malheureux périple qui les a toujours conduits loin de leur patrie a poursuivi son terrible cours.

Yarmouk, un camp de réfugiés abritant plus de 200 000 habitants dont la plupart sont inscrits comme réfugiés par l’UNRWA, l’agence onusienne, a été dévasté et ne compte plus que 20 000 résidents. La majeure partie du camp n’est désormais que ruines. Des centaines de ses habitants ont soit été emportés par la famine, soit tués dans la guerre. Le reste a fui vers les autres régions de la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Europe.

Le bon sens aurait été que les réfugiés retournent à Safed et aux villages comme Qaytiyya. Pourtant, peu d’appels et de demandes ont été lancés dans ce sens, et les demandes exprimées par des responsables Palestiniens ont été rejetées par Israël en disant qu’elles étaient vouées à l’échec.

En fait, et alors que des pays comme le Liban ont accepté d’accueillir des réfugiés sur leur sol, le pays du cèdre a accueilli 1,72 million (1 citoyen sur 5 au Liban est un réfugié syrien), la Turquie 1,93 million, la Jordanie 629 000, l’Irak 249 000 et l’Égypte 132 000, Israël n’a fait aucune offre pour accueillir un seul réfugié.

L’économie d’Israël est considérée comme la plus forte et la plus solide dans la région, pourtant, elle a été la plus avare en matière d’offrir un toit aux réfugiés. C’est là un double péché étant donné que même les réfugiés Palestiniens de la Syrie, auparavant expulsés de leurs propres maisons en Palestine, sont désormais des sans abri.

Le tollé provoqué par la communauté internationale qui, à juste titre, a reproché à la Grèce de ne pas avoir fourni suffisamment d’efforts pour accueillir les centaines de milliers de réfugiés a, sans surprise, disparu lorsque la question venait à toucher Israël. La communauté internationale a préféré fermer l’œil sur cet état qui, en dépit de sa capacité financière, a ouvertement barricadé ses portes à des réfugiés désespérés et perdus.

D’après les statistiques de l’ONU, vers la fin du mois d’août de l’année en cours, environ 239 000 réfugiés, principalement des Syriens, ont débarqué sur les îles grecques afin de pouvoir arriver au continent européen. La Grèce n’est pas le seul pays à travers lequel les réfugiés cherchent à se frayer un chemin vers l’Europe. Entre les mois de janvier et d’août de cette année, 114 000 réfugiés sont arrivés en Italie (venus principalement de la Libye) en quête de sécurité. L’année dernière, vers la même période, l’on a enregistré presque le même nombre de réfugiés voulant rejoindre l’Europe.

Le vieux continent est à la fois moralement et politiquement responsable de ces réfugiés et a le devoir de les accueillir et de les prendre en charge, compte tenu de sa culpabilité et de son implication dans les guerres qu’a connues le Moyen-Orient et dans les conflits actuels. Certains pays se sont mis au travail à l’instar de l’Allemagne, de la Suède et autres, tandis que des pays comme la Grande-Bretagne ont été complètement oublieux et carrément impitoyables envers les réfugiés. Pourtant, des milliers de citoyens européens ordinaires se sont montrés plus solidaires et, comme aurait réagi tout être humain avec un minimum d’empathie, ils se sont portés volontaires pour aider les réfugiés, à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe.

On ne peut pas en dire autant d’Israël qui, lui seul, a enflammé la plupart des conflits au Moyen-Orient au cours des dernières décennies. Au lieu de parler de cette question, les débats en Israël continuent de se focaliser sur les menaces démographiques tout en étant animés de connotations racistes sur la nécessité de préserver la prétendue identité juive. Curieusement, rares sont les médias qui ont réagi à cette tendance ou ont trouvé cette position particulièrement grave alors que le monde vit au moment-même une crise humanitaire sans précédent.

Lors de ses récentes interventions, le premier ministre Israélien, Benjamin Netanyahu, a rejeté tous les appels pour recevoir en Israël des Syriens réfugiés, en soulevant, une fois de plus, la question et la raison démographique qui qualifie de « menace démographique » toute présence non juive sur la terre d’Israël, qu’elle appartienne à la catégorie des réfugiés, Africains ou Syriens, ou même à celle des autochtones, c’est-à-dire les Palestiniens qui appartiennent à cette terre. « Israël est un très petit état. Il n’a aucune profondeur géographique ou démographique, » a-t-il déclaré le 6 septembre dernier.

Lorsque l’état d’Israël fut établi sur les ruines de la Palestine détruite, les juifs palestiniens représentaient une infime minorité. Il aura fallu de multiples campagnes de nettoyage ethnique qui ont d’abord créé le problème des réfugiés palestiniens, pour obtenir cette majorité juive dominante dans le nouvel Israël. Aujourd’hui, les Palestiniens arabes ne représentent que le cinquième d’une population israélienne estimée à 8,3 millions d’individus. Malgré cela, la plupart des Israéliens y voient une raison de s’alarmer !

Alors que les réfugiés de Qaytiyya, devenus réfugiés à maintes reprises, sont toujours privés de leur droit au retour, internationalement reconnu conformément à la Résolution onusienne 194 de décembre 1948, Israël a droit à un statut particulier. Il n’est ni blâmé ni obligé de rapatrier les réfugiés palestiniens, et il est actuellement dispensé de jouer un rôle, aussi petit et modeste soit-il, dans l’apaisement et le soulagement de la crise des réfugiés qui ne cesse de s’aggraver.

La Grèce, la Hongrie, la Serbie, la Macédoine, le Royaume-Uni, l’Italie et d’autres pays Européens, ainsi que les riches pays Arabes du Golfe doivent faire l’objet d’une pression continue et acharnée jusqu’à ce que les réfugiés syriens retournent chez eux en toute sécurité. Alors, pourquoi devrait-on exempter Israël de cette ligne de conduite nécessaire et primordiale ? De plus, Israël doit subir des pressions plus vives et plus rigoureuses afin qu’il assume son rôle dans le règlement de la crise des réfugiés, en commençant par ceux de Qaytiyya qui sont en train de revivre le même destin désastreux d’il y a 67 ans.

A1 * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

13 septembre 2015 – Maan News – Traduction : Niha