Le 25 février 1994, un colon juif massacrait les fidèles palestiniens dans la mosquée Ibrahimi

lundi 27 février 2017 / 6h:26
Photo : Al-Jazeera
Avec le temps, les traces directes du massacre commis par Goldstein ont fini par être effacées - Photo : Riche Wiles/Al Jazeera
Nigel WilsonVingt-deux ans plus tard, l’horreur du massacre commis par Baruch Goldstein reste une plaie ouverte pour les survivants palestiniens.

Hébron, Cisjordanie occupée – Agenouillé à l’arrière de la mosquée d’Ibrahimi, Hosni Issa al-Rajabeh a appelé de loin son fils.

« Retourne un peu en arrière, c’est ça, c’est ça, c’est exactement où j’étais en train de prier », dit-il en désignant l’endroit où se trouvait son fils Ayoub, à quelques mètres devant la chaire. « Et de là, je me suis traîné en avant pour voir ce qui était arrivé à l’imam. »

Vingt-deux [1994-2016] ans se sont écoulés depuis que le colon israélien Baruch Goldstein a assassiné 29 Palestiniens dans la grande mosquée d’Hébron, mais Rajabeh peut se rappeler avec précision les événements qui ont mené à cette matinée mortelle.

À la fin du mois de février 1994, le mois sacré musulman du Ramadan et la fête juive de Purim se chevauchaient. Il y avait eu un litige à la mosquée d’Ibrahimi jeudi soir, a rappelé Rajabeh, quand une grande foule de juifs ont voulu forcer l’entrée dans la mosquée en même temps que les musulmans venaient prier. Il n’y avait pas de violence cette nuit-là, mais l’ambiance était extrêmement tendue.

« Le lendemain matin, je suis venu pour la prière de l’aube avec ma femme et mes enfants vers 4h30. Quand nous sommes arrivés à la mosquée, un colon nous a accueillis à l’entrée de la mosquée, ce qui était très étrange », raconte-t-il dit à Al Jazeera.

« Alors, les femmes et les jeunes enfants ont été informés qu’ils devaient prier dans une pièce séparée, loin des hommes. Cela aussi était étrange. »

Tuer les fidèles au moment de leur prière

Rajabeh se rappelle être entré dans la partie principale de la mosquée et avoir commence le rituel quotidien de la prière de l’aube comme d’habitude. « L’imam a commencé à lire le verset Sajdah. Il a lu pendant quatre minutes, et quand les premières personnes se sont mises à genoux, j’ai entendu les tirs et l’électricité a été coupée.

« Au début, j’ai pensé que c’était peut-être des feux d’artifice pour les vacances juives, mais après cinq secondes, l’homme à côté de moi est tombé vers l’avant. J’ai réalisé qu’il avait été abattu, ainsi avait la personne en face de moi, » se souvient Rajabeh.

Il a été touché deux fois dans le bras. Une des balles est entrée juste au-dessous du coude, tandis qu’une seconde a complètement brisé l’articulation.

Goldstein était debout ici, dit-il en désignant un endroit à quelques pas du fond de la mosquée. « Et j’ai vu deux autres hommes à l’arrière de la mosquée. L’un se déplaçait entre les deux, et c’était lui qui tirait. »

Goldstein était un immigrant américain en Israël, actif dans le mouvement néo-nazi Kach et qui vivait dans la colonie israélienne voisine de Kiryat Arba. Il était bien connu des services de renseignements israéliens. Il a été bloqué et battu à mort par la foule des fidèles peu de temps après le massacre.

Le gouvernement israélien a soutenu que Goldstein agissait seul, mais de nombreux témoins à l’époque ont rapporté avoir vu deux ou trois assaillants.

Comme Rajabeh, Sharif Ghaith était dans la mosquée ce matin-là et il a survécu au massacre pour une question de quelques centimètres… Il a été touché une fois au visage. La balle est entrée dans sa joue droite juste au-dessus de la bouche, et est sortie par sa mâchoire inférieure.

Aujourd’hui, les cicatrices sont cachées par la barbe poivre et sel de Sharif, mais elles subsistent, comme ses blessures psychologiques.

« Chaque fois que nous sommes au mois du Ramadan, je me souviens de ce matin. Chaque fois que je vois des blessés, je me souviens de ce matin, c’est inoubliable », a déclaré Ghaith à Al Jazeera.

« Chaque fois que je vais à la mosquée, je me sens triste et déprimé. Chaque fois, je vois les cadavres et les blessés, et je me souviens de ce qui m’est arrivé. C’est encore pire parce que les soldats israéliens ne me laissent pas toujours entrer dans la mosquée. Ils me connaissent et savent que j’ai survécu au massacre, mais ils m’ont refusé l’entrée à de nombreuses reprises. »

Harceler les survivants et récompenser les meurtriers

Après le massacre, le gouvernement israélien a imposé une série de mesures répressives à travers la ville de Hébron occupée. La mosquée d’Ibrahimi elle-même a été coupée en deux, avec l’accès musulman réduit de l’espace entier à environ 40% du lieu saint. Les 60% restants ont été attribués aux fidèles juifs qui ont accès au site par une entrée séparée.

Des parties de la ville proches des colonies israéliennes ont été interdites aux résidents palestiniens, y compris le centre économique de la rue Shuhada. Des points de contrôle ont été installés autour de l’entrée de la mosquée, gardés par des soldats israéliens.

Hefthi Yassin Abu Sneina travaille pour le Waqf palestinien et est le responsable actuel de la sécurité à la mosquée d’Ibrahimi. Alors que le Waqf est officiellement en charge de la sécurité du site sacré, il explique que les militaires israéliens ont effectivement pris le relais après le massacre.

« Israël rend notre travail extrêmement difficile », dit Abu Sneina à Al Jazeera. « Au barrage militaire à l’extérieur de la mosquée, l’armée terrorise les gens tous les jours et empêche les fidèles d’entrer dans la mosquée. »

« Ils empêchent même le personnel de la mosquée de se rendre au travail, et il est très fréquent que nos employés soient retardés. Nous avons ces cartes d’identité spéciales qui sont censées empêcher cela, mais ils ne les respectent pas et nous harcèlent en permanence. »

Alors que les plaintes de harcèlement et de mauvais traitements à des postes de contrôle sont devenues courantes à Hébron au cours des deux dernières décennies, la division de la mosquée a été le résultat le plus difficile à vivre pour Rajabeh.

« Il était si douloureux de revenir ici après ce qui s’est passé et de voir qu’ils nous avaient privés des deux tiers de la mosquée, c’était une injustice. Au lieu d’offrir une main à ceux qui ont été tués et blessés, les Israéliens ont donné aux colons de l’espace et un accès à la mosquée. Elles ont récompensé les meurtriers.

25 février 2016 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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