Combien de temps Gaza pourra-elle survivre sans eau ?

jeudi 10 août 2017 / 5h:45
Photo : archives/PressTV
Gaza : des enfants remplissent des bouteilles d'eau potable à un point de distribution - Photo : archives/PressTV
Rasha Abou JalalVILLE DE GAZA, Bande de Gaza – La crise de l’eau, due aux coupures de courant de plus de 20 heures par jour qui sont devenues la règle, a poussé les habitants de la Bande de Gaza à creuser des puits sans autorisation, ignorant les conséquences quant aux sérieuses menaces qui pèsent sur les déjà rares réserves aquifères.

À la demande du Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Israël a réduit le 19 juin la fourniture d’électricité à Gaza, passant de 120 mégawatts à 48 mégawatts, avec pour conséquence la crise actuelle autour de l’eau.

Omar Hamid, à la tête d’une famille de neuf personnes, a expliqué à Al-monitor, « la municipalité livre de l’eau dans les foyers pendant seulement deux heures tous les deux ou trois jours. Ce n’est pas suffisant pour répondre aux besoins de base minimum d’une famille. »

« Il n’y a aucune énergie pour faire fonctionner les pompes et remplir nos réservoirs d’eau. Gaza vit avec à peine quatre heures d’électricité par jour. En outre, ce créneau très limité ne coïncide pas souvent avec les heures d’approvisionnement de l’eau provenant des divers puits municipaux vers les habitations. »

Comme d’autres habitants, Hamid est contraint d’acheter de l’eau à un prix très élevé auprès de stations locales privées pour remplir le réservoir de sa maison. « Le remplissage d’un réservoir d’eau de 1000 litres par une station locale privée coûte 25 shekels (environ 7 $), tandis que la municipalité offre la même quantité pour 1 shekel (0.28 $), » explique-t-il.

Pour garantir ses besoins en eau sans devoir payer ce prix élevé, Hayat Al-Najar, mère d’un foyer de six enfants, stocke l’eau municipale pendant les heures d’approvisionnement, utilisant n’importe quels récipients disponibles tels que baignoires, bouteilles de jus de fruit vides ou d’autres ustensiles. Elle utilise l’eau ainsi stockée pour effectuer les tâches ménagères, ménage, lessive, vaisselle.


La crise de l’eau à Gaza

Voici ce qu’elle relate à Al-moniteur, « Notre approvisionnement en eau couvre à peine nos besoins essentiels. Mes enfants auraient besoin de prendre des douches tous les jours avec cet été chaud, mais pour économiser l’eau, je peux seulement me permettre de les doucher une fois par semaine. »

Pour avoir accès à l’eau, certains citoyens, particulièrement les propriétaires d’immeubles, ont commencé à creuser des puits sans autorisation pour pomper de l’eau dans la nappe aquifère, dont le niveau est déjà tendu, a expliqué Al-Banna Mazen, le vice-président de l’Autorité palestinienne.

« La nappe de Gaza est surexploitée avec environ de 150 millions de mètres cubes par an. Autour de 220 millions de mètres cubes sont prélevés chaque année, mais l’eau de pluie ne réapprovisionne qu’à hauteur de 70 millions de mètres cubes par an ».

Banna explique aussi qu’il y a autour de 10 000 puits à travers la Bande de Gaza, incluant 300 puits municipaux, 2 700 puits agricoles et 7 000 puits non autorisés.

Creuser un puits privé coûte environ 2000 $, dit Maher Abu Juba, un ouvrier du bâtiment qui creuse des puits pour des particuliers. « Malgré ce coût élevé, les citoyens comptent de plus en plus sur les puits privés, en partageant leur coût avec des voisins, comme seul moyen pour surmonter la crise chronique de l’eau.

Banna dit qu’il y a trois ans, l’administration a empêché les citoyens de forer des puits non autorisés, leur offrant de préserver ainsi les réserves souterraines.

L’administration de l’eau  » voulait combler les puits creusés par les citoyens, mais aujourd’hui elle ferme les yeux sur le forage de puits et même octroie des autorisations à certains d’entre eux en échange de 5000 shekels [environ 1,400 $] au vu de la crise d’électricité permanente ».

Ahmed Hillis, directeur du Département de Sensibilisation Environnementale au sein de l’Administration Palestinienne chargée de la Qualité de l’Environnement, a déclaré à Al-monitor, « les puits privés non autorisés ont des conséquences désastreuses sur l’aquifère de Gaza. La plupart de ces puits ne sont ni surveillés ni contrôlés par des autorités spécialisées. L’eau souterraine stockée dans l’aquifère est prélevée de manière incontrôlée. »

« La sur-extraction de l’aquifère pour alimenter les puits a conduit à l’intrusion d’eau de mer dans la nappe, avec pour conséquence une haute salinité de l’eau souterraine de Gaza, dont 97 % sont impropres à la consommation. »

Hillis reproche aux collectivités locales de Gaza d’accorder des autorisations pour creuser des puits depuis 2014 sans prendre en considération leur impact négatif sur la réserve d’eau souterraine.

Selon Banna, la meilleure solution à la crise de l’eau est d’une part de résoudre la crise de l’électricité et d’autre part de mettre en œuvre davantage de projets de désalinisation de l’eau de mer pour la rendre potable, à l’image de l’usine de dessalement d’eau de mer financée par l’Union européenne et inaugurée en janvier dans le sud de la Bande de Gaza. L’usine fournit de l’eau à 75 000 personnes.

Cependant, il ajoute que la plupart des projets de dessalement d’eau de mer sont gelés au vu de la situation politique dans la Bande de Gaza assiégée et de la division politique entre Gaza et la Cisjordanie depuis 2007.

A1 * Rasha Abou Jalal est écrivain et journaliste à Gaza, spécialisée dans les nouvelles politiques, les questions humanitaires et sociales liées à l’actualité.


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6 août 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Nadya

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