De Gaza à Jérusalem

Photo : Yotam Ronen/Activestills.org
Wadi Joz, Jérusalem-Est, le 21 juillet 2017 - Les fidèles palestiniens organisent une prière de masse dans les rues de Jérusalem-Est après qu'Israël ait installé des détecteurs de métaux à l'entrée de la mosquée Al-Aqsa - Photo : Yotam Ronen/Activestills.org
Haidar EidLe président américain Donald Trump a pris la décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Peu importent le droit international, les résolutions de l’ONU et du Conseil de sécurité, la réaction arabe et musulmane! Le Président des États-Unis d’Amérique s’en fiche complètement. Si les gens ne sont pas contents, ils n’ont qu’à aller se cogner la tête sur le « mur des lamentations » !

Qu’est-ce que c’est Jérusalem ?

Jérusalem c’est Zarnouqa, le village d’où ma famille et des milliers de villageois ont été chassés dans le vaste nettoyage ethnique de 1948 pour faire place aux Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est et créer un État juif pur, semblable à l’Afrique du Sud de l’Apartheid et à d’autres colonies de peuplement, un État qui ne vous accorde la citoyenneté que si vous êtes né d’une mère juive.

Hélas, ma mère n’était pas juive et je dois donc vivre dans un camp de réfugiés, accepter d’avoir un statut inférieur, et renoncer à prier dans un des lieux les plus sacrés de l’islam, du christianisme et du judaïsme.

Le Président Trump croit sincèrement que nous sommes biologiquement différents et que, par conséquent, nous n’avons pas le droit d’exister, ni de vivre sur cette terre, à moins d’accepter d’être des esclaves qui plus est reconnaissants !

Que nous faut-il faire ?

Premièrement, nous ne devons plus attendre l’accord des Israéliens sionistes. Plus de 23 ans de négociations style Oslo, ne nous ont menés nulle part. Au contraire, ces prétendues négociations ont prolongé l’occupation et ont permis à Israël de rendre impossible l’établissement sur le terrain ne serait-ce que d’un semi-Bantoustan*.

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En fait, nous devons faire de notre mieux pour isoler Israël par la résistance et exiger de la communauté internationale qu’elle mette en œuvre des politiques conformes au droit international, et qu’elle force Israël à respecter les résolutions internationales. Nous ne devons pas tenir compte des exigences du colonisateur car, malheureusement, elles sont encore plus exorbitantes que celles des Blancs d’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. Ils veulent éliminer totalement la population autochtone de Palestine. Il s’agit d’un processus systématique de nettoyage ethnique qui dure depuis 1948.

Nous devons donc faire de ce moment notre tournant sud-africain en intensifiant le #BDS. Nous devons transmuer la colère du monde entier en un plan d’action qui fasse du Boycott, désinvestissement et Sanctions le flambeau de la paix et de la justice en Palestine.

Il est temps de se débarrasser de la solution raciste des deux États, de renoncer aux accords d’Oslo et de trouver une alternative démocratique qui ne nie pas l’humanité des habitants de la Palestine historique, quelle que soit leur religion, leur race et leur sexe !

On ne s’attend pas à ce que le président Trump soit d’accord avec ces idéaux démocratiques, mais qui s’en soucie? Est-ce que ce ne sont pas les idéaux mêmes pour lesquels Nelson Mandela était prêt à mourir, comme il l’a dit très clairement lors du procès de Rivonia ? Et nous avons 12 millions de Mandela en Palestine.

Note :

* Les bantoustans étaient les régions créées durant la période d’apartheid en Afrique du Sud et au Sud-Ouest africain, réservées aux populations noires et qui jouissaient à des degrés divers d’une certaine autonomie.
Aujourd’hui, le terme bantoustan désigne par extension tout territoire ou région dont les habitants sont victimes de discriminations et se sentent considérés comme des « citoyens de deuxième classe » dans leur propre pays.

A1 * Haiddar Eid est écrivain et professeur de littérature postcoloniale à l’université Al-Aqsa à Gaza, après avoir enseigné dans plusieurs universités à l’étranger. Vétéran dans le mouvement des droits nationaux palestiniens, c’est un commentateur politique indépendant, auteur de nombreux articles sur la situation en Palestine.

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10 décembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet