Qu’est-ce qui se cache derrière l’accord Hamas-Fatah ?

vendredi 13 octobre 2017 / 3h:38
Photo : Archives Info-Palestine.eu
Rassemblement des partisans du Fatah à Gaza - Janvier 2013 - Photo : Archives Info-Palestine.eu
Ramzy BaroudLe vif intérêt de l’Égypte dans l’arbitrage du conflit entre les factions palestiniennes du Hamas et du Fatah, n’a rien à voir avec une prise de conscience soudaine.

Le Caire a, en fait, joué un rôle tout à fait destructeur en manipulant en sa faveur les divisions inter-palestinienne, tout en gardant verrouillé le passage frontalier de Rafah.

Mais ce qui est sûr, c’est que les dirigeants égyptiens opèrent en coordination étroite avec Israël et les États-Unis. Bien que les déclarations de Tel-Aviv et de Washington restent prudentes en ce qui concerne les pourparlers en cours entre les deux partis palestiniens, leur interprétation n’exclut pas la possibilité d’un souci de faire adhérer le Hamas à un gouvernement d’unité sous la direction de Mahmoud Abbas.

Les commentaires du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au début d’octobre appuient cette affirmation. Selon le Times of Israel, il n’a pas catégoriquement rejeté un gouvernement du Hamas et du Fatah, mais a exigé que « tout futur gouvernement palestinien devra dissoudre l’aile armée de l’organisation terroriste (Hamas), rompre tous les liens avec l’Iran et reconnaître l’État d’Israël. »


Une interview de Ahmad Youssef, analyste et conseiller politique

Le président égyptien, Abdel-Fattah al-Sissi, voudrait aussi voir un Hamas affaibli, un Iran marginalisé et un accord qui ramène l’Égypte au centre de la diplomatie du Moyen-Orient.

Sous les auspices du dictateur égyptien, le rôle autrefois central de l’Égypte dans les affaires de la région s’est évanoui.

Mais la réconciliation entre le Hamas et le Fatah donne à al-Sissi une fenêtre d’opportunité pour redorer l’image de son pays qui a été ternie ces dernières années par des mesures brutales contre l’opposition de son pays et par ses interventions militaires mal inspirées en Libye, au Yémen et ailleurs.

En septembre, en marge de la conférence de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, al-Sisi a rencontré publiquement Netanyahu pour la première fois. La nature exacte de leurs discussions n’a jamais été pleinement révélée, bien que les médias rapportent que le dirigeant égyptien a tenté de convaincre Netanyahu d’accepter un accord d’unité entre le Hamas et le Fatah.

Dans son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies, al-Sisi a également lancé un appel passionné et incongru à la paix. Il a parlé d’une « opportunité » qui doit être saisie pour parvenir à un accord de paix au Moyen-Orient, et il a appelé le président américain Donald Trump à « écrire une nouvelle page de l’histoire de l’humanité » en profitant de cette supposée opportunité.

Il est difficile d’imaginer qu’al-Sisi, dont l’influence sur Israël et les États-Unis est plus que limitée, soit capable de créer, à lui seul, l’environnement politique nécessaire à la réconciliation entre les factions palestiniennes.

Plusieurs tentatives de ce genre ont été faites dans le passé mais ont échoué, notamment en 2011 et en 2014. Dès 2006, l’administration George W. Bush a interdit une telle réconciliation, usant de menaces et en bloquant des fonds pour s’assurer que les Palestiniens restent divisés. L’administration de Barack Obama a suivi, parachevant l’isolement de Gaza et la division palestinienne, tout en soutenant la politique d’Israël.

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Contrairement aux administrations précédentes, Donald Trump a voulu soulever des espoirs concernant le parrainage d’un accord de paix. Cependant, il a pris dès le début le parti d’Israël, promettant le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et nommant un extrémiste, David Friedman – un ambassadeur du sionisme par excellence – en tant qu’ambassadeur des États-Unis en Israël.

Bien que Trump ait signé en juin dernier un ordre temporaire pour maintenir l’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv – décevant beaucoup de ses fans pro-israéliens – cette décision n’est en rien une indication d’un changement de politique.

« Je veux donner une impulsion pour la paix avant que de penser même à déplacer l’ambassade à Jérusalem », a déclaré Trump dans une interview télévisée récemment. « Si nous pouvons faire la paix entre les Palestiniens et Israël, je pense que cela conduira à une paix ultime au Moyen-Orient, ce qui doit se produire ».

À en juger par les précédents historiques, il est évident qu’Israël et les États-Unis ont donné le feu vert à la réconciliation palestinienne avec un objectif clair en tête. Pour sa part, Israël veut voir le Hamas s’éloigner de l’Iran et abandonner la résistance armée, tandis que les États-Unis veulent relancer leur politique de la région, les intérêts israéliens restant primordiaux.

L’Égypte, bénéficiaire d’une généreuse aide militaire américaine, est le moyen naturel d’inclure la composante « réconciliation Hamas-Fatah » dans la nouvelle stratégie.

Ce qui laisse fortement supposer que des acteurs puissants soutiennent les efforts de réconciliation, c’est la façon fluide dont tout le processus s’est déroulé jusqu’à présent, en contradiction totale avec des années d’efforts infructueux et des accords à répétition sans résultats.

Ce qui apparaissait avant tout comme une autre série futile de pourparlers sous l’égide de l’Égypte, a bientôt produit un premier mémorandum, suivi d’un accord du Hamas pour dissoudre son comité administratif gérant les affaires de Gaza, suivi d’une visite du gouvernement national de consensus à Gaza et enfin d’une approbation des termes de la réconciliation nationale par les deux plus puissants organes du Fatah : le Conseil révolutionnaire et le Comité central.

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Comme le Fatah contrôle l’Autorité Palestinienne (AP), cette dernière recommandation préconisée par Mahmoud Abbas était une étape importante pour faire avancer le processus, alors que le Hamas et le Fatah se préparaient à des pourparlers plus importants au Caire.

Contrairement aux précédents, l’accord d’aujourd’hui permettra au Hamas de participer activement au nouveau gouvernement d’unité. Le haut responsable du Hamas, Salah Bardawil, l’a confirmé dans un communiqué. Cependant, Bardawil a également insisté sur le fait que le Hamas ne déposerait pas ses armes, et que la résistance à Israël n’était pas négociable.

Si l’on laisse de côté le pouvoir des États-Unis, d’Israël et de l’Égypte, ceci est en fait le nœud de la question. Naturellement, les Palestiniens sont désireux de réaliser l’unité nationale, mais cette unité doit être fondée sur des principes qui sont beaucoup plus importants que les intérêts égoïstes des partis politiques.

En outre, parler d’unité sans même aborder les errements du passé et sans s’entendre sur une stratégie nationale de libération dont la résistance est la base, le gouvernement d’union du Hamas et du Fatah se révélera aussi dépourvu de signification que tous les autres gouvernements qui opèrent – et ont opéré – sans réelle souveraineté et disposent au mieux de mandats populaires douteux.

Pire encore, si l’unité est guidée par un soutien tacite des États-Unis, un accord discret israélien et des objectifs égyptiens totalement égoïstes, on peut s’attendre à ce que le résultat soit très éloigné des aspirations réelles du peuple palestinien, lequel reste peu impressionné par l’agitation de ses dirigeants.

Alors qu’Israël a investi des années dans le maintien de la division inter-palestinienne, les factions palestiniennes sont restées obnubilées par des intérêts personnels pitoyables et un « contrôle » sans valeur sur une terre militairement occupée.

Il devrait être clair que tout accord d’unité qui tient compte de l’intérêt des factions aux dépens du bien collectif du peuple palestinien, est une imposture. Même si celle-ci « réussit » au départ, elle échouera sur le plus long terme, puisque la Palestine est plus forte que n’importe quel individu, faction ou puissance régionale à la recherche de la bienveillance d’Israël et de l’argent américain.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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12 octobre 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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