En invitant Netanyahu, les dirigeants africains célèbreront le racisme, le colonialisme et l’apartheid

jeudi 17 août 2017 / 5h:06
Photo : Oren Ziv/Activestills.org
Un soldat israélien maltraite un demandeur d'asile africain pendant une marche de migrants à la frontière avec la péninsule du Sinaï - Photo : Oren Ziv/Activestills.org
Farah NajjarLe prochain sommet risque d’augmenter l’influence d’Israël aux Nations Unies et sur le continent africain, selon les Palestiniens.

Un groupe de militants palestiniens, d’universitaires et d’organisations de la société civile a lancé une campagne pour dissuader les pays africains de participer au prochain sommet Afrique-Israël, qui devrait avoir lieu au Togo en octobre.

Plusieurs pays africains, dont l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Mauritanie, ont déjà décidé de boycotter le sommet, où le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devrait rencontrer des dirigeants de plus de 20 pays pour développer une relation diplomatique et économique. Le sommet sera le premier de son genre.

Selon le militant Razan Zuayter, organisateur de la campagne basée en Jordanie, la Conférence populaire pour les Palestiniens à l’étranger cherche à informer les pays africains des « dangereuses » activités d’Israël sur le continent, telles que le commerce du diamant, souvent importé illégalement d’Afrique comme cela a été révélé dans un rapport des Nations Unies de 2009, et ses mauvais traitements infligés aux minorités africaines en Israël.

« Si [le sommet] se tient, nous voulons qu’un mouvement opposé surgisse en Afrique qui puisse agir parallèlement à cela », a déclaré Zuayter à Al Jazeera.

Le sommet, prévu pour le 23 octobre, verra réunis des dirigeants d’Afrique et d’Israël pour discuter des moyens d’améliorer la coopération dans les domaines de la technologie, du développement et de la sécurité.

Dans une lettre adressée aux gouvernements africains et à leurs ambassades respectives, l’organisation de la Conférence populaire pour les Palestiniens à l’étranger a appelé au boycott du sommet en insistant sur le fait que l’établissement de relations avec un « État de l’apartheid » et l’approbation de ses crime contre le peuple palestinien occupé sont en violation De diverses conventions des nations Unies.

« Les pays africains qui ont combattu le colonialisme pendant des décennies et sont devenus libres après une longue souffrance ne devraient jamais s’associer au seul, plus long et plus brutal projet colonial dans le monde d’aujourd’hui », dit la lettre.

« Au nom de la justice et de la liberté et au nom de l’héritage africain de la longue lutte pour la liberté, nous demandons à votre pays de se désolidariser du régime israélien d’apartheid ».

Netanyahu s’était déjà engagé à renforcer les liens avec le continent et a présenté son engagement comme une « priorité » lors d’une conférence de sécurité régionale à laquelle il avait assisté au Libéria en juin 2017.

« Je crois en l’Afrique, je crois en son potentiel – présent et futur. C’est un continent qui va de l’avant », a-t-il déclaré dans son discours aux dirigeants d’Afrique de l’Ouest.

Historiquement, les dirigeants africains n’avaient pas de bonnes relations avec l’État d’Israël. Suite à la guerre d’octobre 1973, les pays d’Afrique subsaharienne ont rompu les liens avec Israël. En 2016, Netanyahu est devenu le premier chef israélien à visiter l’Afrique subsaharienne depuis près de trois décennies.

La Conférence populaire pour les Palestiniens à l’étranger, qui représente la diaspora palestinienne, travaille également avec des groupes de la société civile et des organisations non gouvernementales (ONG) sur le terrain pour faire pression sur les gouvernements participants pour qu’ils renoncent à participer au sommet.

Salman Abu Sitta, président de l’organisation, a déclaré à Al Jazeera que ces pays africains avaient été des « combattants durs et déterminés » dans la lutte contre le colonialisme occidental.

« [Le sommet] est une très triste régression : il est regrettable qu’ils nient cette histoire, deviennent des ennemis de leur propre histoire … pour se retrouver alignés sur le pire exemple de racisme et de discrimination qu’est Israël », a-t-il déclaré.

« Le Togo est-il prêt à envoyer des navires d’esclaves du Togo vers Israël en signe de leur longue histoire? » ajouta-t-il.

Selon Abu Sitta, la principale conséquence d’une relation renouvelée entre l’Afrique et Israël serait de perdre ce qui est maintenant une « solide majorité » à l’Assemblée générale des Nations Unies en faveur de la fin de l’occupation israélienne de la Palestine.

Traditionnellement, les pays africains étaient des partisans de la cause palestinienne à l’occasion des votes sur les résolutions relatives au droit de retour, au démantèlement du mur de séparation et à la fin du projet d’extension colonial.

Sur les 193 États membres, il y a 54 États africains inscrits aux Nations Unies.

« Si nous les perdons [les votes africains], c’est très dangereux », a déclaré Abu Sitta.

« Israël aura des centres d’influence dans ces pays, ce qui augmentera activement l’influence d’Israël dans l’ONU et sur le continent africain », a-t-il ajouté en soulignant que les pays impliqués dans l’organisation du sommet, dont le Togo, pourraient avoir des intérêts « privés ou financiers » dans l’accueil du sommet.

Al Jazeera a contacté les organisateurs du sommet obtenir leurs commentaires, mais n’a reçu aucune réponse dans les délais pour être ici publiés.

De même, Ghada Karmi, universitaire et porte-parole de l’organisation, a déclaré à Al Jazeera que la campagne est un moment important pour favoriser une discussion sur les politiques israéliennes d’apartheid et pour sensibiliser le public.

Israël, a déclaré Karmi, est déterminé à participer au sommet pour renverser ou abolir la politique pro-arabe des États africains. Si le sommet arrive à se tenir, ce serait « un jalon dans la campagne israélienne », a-t-elle expliqué.

« Nous devons demander ce qu’Israël offre aux pays africains : il nous semble qu’il offre un soutien aux dictateurs », a-t-elle encore déclaré, ce qui aiderait les gouvernements à réprimer les « mouvements de libération ». « Cette [campagne] devrait se faire au niveau de l’État [AP, ou Autorité palestinienne] », a déclaré Karmi, décrivant le manque d’action de l’AP comme problématique.

« Nous devons nous adresser aux États pour condamner ce sommet, pas seulement aux gouvernements africains ».

La militante sud-africaine des droits de l’homme et analyste politique Ayesha Kajee, basée à Johannesburg, a déclaré à Al Jazeera qu’Israël était en mission pour renforcer les liens avec l’Afrique, allant jusqu’à vouloir obtenir un statut d’observateur auprès de l’Union africaine.

« Bien que ces nouvelles amitiés avec Israël puissent apporter à certains pays africains des avantages à court terme … ils devraient se méfier des objectifs à plus long terme d’Israël, et qui pourraient finalement nuire à leurs propres intérêts nationaux », a-t-elle déclaré.

Au cours de la visite de Netanyahu sur le continent en 2016, le gouvernement israélien a approuvé un accord de 13 millions de dollars dans les programmes de développement pour les pays africains. L’initiative était destinée à symboliser le début d’une relation économique plus étroite.

Parlant à Al Jazeera depuis la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée, Mustafa Barghouti, ancien ministre palestinien de l’information et secrétaire général du Parti politique de l’Initiative nationale palestinienne, a déclaré qu’Israël profite de ses capacités technologiques et de son armée et de ses services de sécurité pour vendre son projet de sommet.

« Nous avons commencé à voir les tendances changeantes aux Nations Unies en ce qui concerne la cause palestinienne », a-t-il déclaré. « La perte de soutien pourrait mener à la domination du récit israélien sur le problème palestinien et sur la situation actuelle ».

En plus de bénéficier du soutien des États-Unis pour établir une base dans les pays africains, Barghouti estime que cette relation est une occasion pour Israël de « commercialiser » ses produits et services de surveillance, en particulier à un moment où les activités de la campagne pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) se révèlent efficaces pour freiner le succès économique d’Israël.

Naeem Jeenah, directeur exécutif du Centre Afro-Moyen-Orient à Johannesburg, a déclaré à Al Jazeera qu’une relation avec Israël porterait atteinte à la souveraineté des pays africains.

Grâce à la commercialisation de ses produits et services, Israël cherche à pénétrer dans les services de sécurité de ces pays, a expliqué Jeenah.

« C’est un problème lorsqu’un État étranger reprend les fonctions de sécurité d’un autre gouvernement … [les gouvernements africains] deviennent dépendants des Israéliens », a-t-il déclaré.

Malgré les efforts en cours pour sensibiliser l’opinion, selon Jeenah, quelque 15 pays africains sont déjà dans le « camp israélien » et aucune société civile ne peut inverser cela.

Les pays africains qui s’opposent aux politiques israéliennes n’ont pas été très audibles, dit-il, mais avec plus de pression de l’AP, les pays « restés sur leur réserve … pourraient être influencés ».

Farah Najjar * Farah Najjar est rédactrice en ligne pour Al Jazeera English.

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15 août 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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