Comment les femmes cinéastes de Gaza se révoltent contre la réalité

samedi 19 novembre 2016 / 5h:51
Femmes et cinéma à Gaza
Projection d'un film à Gaza, au Festival du film féminin, le 3 novembre 2016 - Crédit photo : Facebook/@wacps
Mohammed Othman – Le Women’s Affairs Center (Organisation pour les Droits des Femmes et l’Egalité des sexes) de la Bande de Gaza a organisé un festival de films de femmes où les spectateurs ont vu des courts métrages qui abordaient des sujets audacieux.

Gaza City, Bande de Gaza – Pour la deuxième année consécutive, le Women’s Affairs Center de la Bande de Gaza a organisé le 3 novembre un festival de films réalisés par des femmes intitulé « Femmes pour le changement » au cours duquel plusieurs films de fiction produits par le Centre et abordant des sujets audacieux furent projetés.

Hanin Kullab, 32 ans, a réalisé un court métrage intitulé « Lailat Farah » (« Une nuit joyeuse »), présenté au festival qui s’est tenu dans la salle Rashad al-Shawwa à Gaza City. Le film traite du mariage précoce pour les hommes et les femmes, phénomène endémique dans la Bande de Gaza.

Mme Kullab a dit à Al-Monitor, « Le film d’une durée de 13 minutes raconte l’histoire de Farah et Firas, qui à l’âge de quinze ans à peine se sont mariés sur décision de leurs parents ils. Ils se sont trouvés confrontés à une réalité qu’ils n’avaient pas choisie. La nuit de leur mariage ne fut pas pour eux une nuit de noce typique. Ils ont parlé de leurs rêves, de leur utilisation des réseaux sociaux comme Facebook et de leur amour des chansons. Ils décidèrent de se rebeller contre la réalité qui était maintenant la leur en allant se poster sur la place du Soldat Inconnu à Gaza City brandissant une pancarte qui disait, ‘Nous sommes encore des enfants.’ »

Elle était consciente que l’histoire n’était pas originale, mais elle a veillé à traiter le sujet dans une perspective différente de celles des productions locales. Elle s’est concentrée sur le mariage des mineurs en se plongeant dans les détails de leur nuit de noce, ce qui est audacieux dans la société traditionnelle de Gaza.

La réalisatrice Rima Mahmoud, 28 ans, s’est attaquée à un sujet moins exploré au cinéma. Son film, qui fut projeté pendant le festival, reflète les cinq minutes qu’Israël accorde aux familles pour évacuer leur maison avant de les bombarder pendant la guerre. Les familles sont alors déchirées entre fuir pour sauver leur vie ou rester avec leurs souvenirs accrochés aux murs.

Le film est intitulé « Arwah Alika » (« Âmes suspendues dans le vide»)

Mme Mahmoud a dit à Al-Monitor, « C’est l’histoire de chaque citoyen palestinien en temps de guerre qui s’attend à ce que la mort survienne à tout moment lorsqu’il est chez lui. Un mince trait sépare la vie de la mort, et cinq minutes c’est tout ce que Israël nous accorde pour évacuer nos maisons qui renferment la plupart de nos souvenirs avant de les bombarder. Pendant ces cinq minutes les âmes sont comme suspendues dans le vide, coincées entre les souvenirs et la vie, et seulement séparées par le destin. »

Mme Mahmoud a fait remarquer que le film reflète la souffrance des Palestiniens dans la Bande de Gaza qui ont connu l’injustice dans leur propre pays et ont subi le conflit avec Israël. Elle a expliqué que « L’audace ne concerne pas seulement le fait de choisir des sujets délicats, mais aussi de braquer la caméra sur des régions qui ont un déficit de couverture.

Neuf films ont participé au festival, et ont été produits par le Women’s Affairs Center de la Bande de Gaza, qui se spécialise dans les affaires, les réalisations et les problèmes des femmes, et se concentre sur le développement de leurs compétences dans tous les domaines. Tous les films parlent de la condition des femmes et soulignent leurs problèmes, qu’ils soient d’ordre social ou politique, et reflètent leurs réussites dans plusieurs domaines.

Siham Ahmad, 25 ans, de Gaza City, a trouvé une nouvelle forme d’expression des femmes, de leurs problèmes et créations dans ce festival.

Elle a déclaré à Al-Monitor, « Les différents films que j’ai vus reflètent la réalité des Palestiniennes, montrant des détails qui sont souvent occultés – instinctivement ou délibérément – dans les médias. On voit rarement cela dans les médias ou dans les productions cinématographiques. Ces films rendent justice aux femmes en montrant leurs compétences et en reflétant leurs problèmes. »

Abdullah Hasanein, 35 ans, estime que ces films marqueront un tournant pour l’image des femmes dans les médias et feront renaître l’intérêt pour la production de films liés aux femmes.

Il a déclaré à Al-Monitor, «  Ces films vont encourager les producteurs et les organisations à se tourner vers des films qui, grâce à leur audace, donnent à voir des territoires non explorés par les médias palestiniens. »

Itimad Washah, coordinatrice des programmes vidéo au Women’s Affairs Center de la Bande de Gaza, a dit à Al-Monitor, « Les films participant au festival défendent les droits des femmes palestiniennes et montrent en détail leur souffrance et les obstacles auxquels elles se heurtent.

Elle a ajouté, « Le festival a pour objectif de donner une image réaliste des droits des femmes palestiniennes sous tous leurs aspects, social, économique ou politique. Chaque film porte un message pour des changements positifs de la condition féminine et pour modifier l’image stéréotypée qu’en véhicule les médias, comme le film Lailat Farah sur le mariage précoce. Certains films mettent aussi en valeur les accomplissements des femmes et leur capacité à se distinguer et à être créative, comme ‘Al-Rihla’ (‘Le voyage’) documentaire, qui montre la première Palestinienne à escalader le plus haut sommet d’Afrique avec une prothèse. »

Elle remarquait que le manque de financement suffisant pour produire des films et l’absence de cadres professionnels du cinéma ont été un obstacle à la production de films dans la Bande de Gaza.

Ceci a eut un impact sur certains des films qui ont pris part au festival. Mustafa al-Nabih, producteur palestinien et membre du comité artistique chargé de superviser les productions participantes, a dit que certains films s’apparentaient davantage à un travail radiophonique : le texte l’emportait sur les effets visuels. Il a dit à Al-Monitor, «  Vous pouvez fermer les yeux et suivre l’histoire, alors que le langage du cinéma est visuel, et le dialogue a été ajouté pour compenser le déficit visuel.

Certaines productions se terminaient par des discours, et c’était leur faiblesse.

Il remarqua qu’une expérience quantitative mène à des changements qualitatifs, disant, « Il n’est que normal pour les réalisatrices de la Bande de Gaza de développer leurs scénarios, parce qu‘elles sont à la recherche de tout ce qui est neuf et que la critique est la bienvenue. Par ailleurs, leur expérience s’est accrue et elles sont en contact permanent avec d’autres personnes dans le même champ d’activité et suivent le travail des autres.

M. Nahib a dit, « Les Palestiniennes travaillent avec des groupes de médias palestiniens et communiquent sur les réseaux sociaux avec d’autres femmes du même secteur d’activité à l’intérieur et à l’extérieur de Gaza. Par conséquent, leur point de vue s’est élargi. Nous avons des réalisatrices en herbe qui progressent clairement et vite. Dans peu de temps leur nom va briller dans les médias arabes et étrangers, et elles vont remporter des prix arabes et internationaux. »

Malgré les obstacles que rencontre la production cinématographique dans la Bande de Gaza, comme le manque de fonds et de personnel artistique, les réalisatrices palestiniennes essaient de sortir des chemins battus dans leurs films, tant au plan de la forme que du fond.

A1* Mohammed Othman est un journaliste de la bande de Gaza. Il est diplômé de la Faculté des médias au département de la Radio et de la Télévision à l’Université Al-Aqsa, à Gaza en 2009.

11 novembre 2016 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

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