Gaza se débat dans la crise de l’électricité

dimanche 22 janvier 2017 / 6h:04
"Nous ne pouvons étudier"
"Nous ne pouvons étudier" - Les coupures électriques qui durent près des 4/5 de la journée affectent profondément la vie quotidienne des Gazaouis
Isra Saleh el-NameyDes centaines de résidents du camp de réfugiés de Jabaliya ont bravé les intempéries dans Gaza jeudi dernier, pour prendre la rue et protester contre la crise économique qui ne fait que s’aggraver dans la bande côtière assiégée.

Parmi eux se trouvaient Muhammad Shamali, âgé de 19 ans, qui nous dit que la situation devenait de plus en plus intenable dans les froides conditions hivernales.

« La situation devient insupportable. Nous avons l’électricité pour seulement trois heures par jour dans cette saison glaciale, » a déclaré cet étudiant de l’université a dit The Electronic Intifada. « Nous sommes accoutumés aux privations d’électricité, mais pas d’une telle durée. »

De telles manifestations ne se sont pas limitées à ce misérable camp de réfugiés dans le nord de Gaza. Au cours de la dernière semaine, d’autres manifestations avaient éclaté à travers la bande de Gaza, pour exiger des dirigeants palestiniens, à Gaza et au-delà, qu’ils trouvent une solution.

La pénurie d’électricité est un problème chronique dans la bande de Gaza. Les infrastructures électriques ont été ciblées et détruites au cours des nombreuses offensives militaires israéliennes des 10 dernières années, et ne peuvent être réparées en raison des restrictions imposées par Israël à l’importation de matériaux et de pièces de rechange dans le territoire assiégé. D’autres restrictions à l’importation de carburant, combinées à un manque de fonds, se sont accumulés au cours des années pour finir par provoquer une crise aiguë.

Mais même selon les normes désespérées de Gaza, la situation cet hiver a atteint un nouveau seuil. De fréquentes coupures de courant ont laissé les Palestiniens à Gaza avec seulement trois heures d’électricité en continu, et entre 12 et 18 heures de coupures quotidiennes, ce qui a des répercussions sur presque tous les aspects de la vie.

Le Qatar a maintenant promis d’aider à payer l’électricité, et un premier versement de 12 millions de dollars aurait été fait lundi pour aider à ramener Gaza à huit heures d’électricité suivie d’une interruption de huit heures, comme c’était le cas avant la présente crise.

Photo : Al Jazeera

Raghad Abu Nimr vit dans le camp de réfugiés de Khan Younis. Elle et sa famille s’adaptent très difficilement en s’éclairant à la bougie et en utilisant des batteries lorsque c’est possible – Photo : Ezz Zanoun/Al Jazeera

Mais cela n’est arrivé qu’après une semaine de protestations qui ont vu les forces de sécurité du Hamas arrêter – et ensuite libérer – des manifestants, et prétendument harceler des journalistes, tandis que le Fatah et le Hamas échangent des accusations sur les responsabilités.

« Il est temps de trouver une solution ! »

« C’est assez, » a déclaré Adham Khalil, un étudiant en sciences sociales de troisième cycle à l’Université islamique de Gaza, qui manifestait également le 12 janvier.

« Nous avons supporté suffisamment de difficultés en raison des pannes de courant. Il est temps de trouver une solution à la crise afin que les gens n’aient plus à supporter cette horrible situation », a déclaré Khalil, âgé de 28 ans, à The Electronic Intifada.

Khalil a déclaré que ses études ont été sévèrement impactées par les coupures d’électricité. Il doit rester tard le soir dans un cybercafé pour faire des recherches et étudier pour ses examens de fin de cycle. « Nous n’avons pas une source fiable d’alimentation électrique à la maison, alors je dois aller à ce café. Quand il n’y a pas d’électricité, il n’y a rien à faire que de s’asseoir à la maison et de parler. Le temps est comme gelé. »

Plus grave, les coupures de courant peuvent parfois nécessiter que la famille doit emmener le grand-père de Khalil à l’hôpital, car cette personne âgée souffrant d’asthme a parfois besoin d’aide pour respirer.

« Demandez à n’importe qui à Gaza, et ils auront une histoire tragique pour évoquer les coupures d’électricité. Nous avons tous souffert, mais il semble que ces tragédies ne suffisent pas pour que le monde agisse et fasse cesser cette épreuve. »

Pour Khalil, qui est à blâmer pour ce qui n’est pas important. Il veut une solution, une fois pour toutes.

Mais si l’aide du Qatar va atténuer la gravité de la situation à court terme, une solution définitive semble très éloignée.

La bande de Gaza subit de graves pénuries d’électricité depuis que le blocus israélien de Gaza commencé il y a maintenant 10 ans.

Tareq Lubbad, un porte-parole de la compagnie d’électricité de Gaza, a déclaré à The Electronic Intifada que, même si Gaza a besoin de 600 mégawatts, seul le tiers en est fourni.

« Les lignes égyptiennes qui approvisionnent le sud de Gaza en électricité sont maintenant hors de service et doivent être réparées », a déclaré Lubbad.

Les lignes électriques israéliennes à Gaza ont également été coupées ces derniers mois, mais Israël affirme qu’il met en place une nouvelle ligne électrique.

Photo: Al Jazeera

Avec deux millions d’habitants, la bande de Gaza est un des endroits les plus densément peuplés dans le monde – Photo : Ezz Zanoun/Al Jazeera

Le plus grand problème avec Israël, cependant, est ses restrictions sur l’importation de carburant, déclare Lubbad. « Israël refuse d’autoriser l’entrée de quantités suffisantes de carburant pour mieux exploiter la seule centrale électrique. »

Tous les aspects de la vie sont affectés

Lubbad a souligné aussi que le bombardement israélien de la centrale il y a dix ans était à l’origine de la crise.

Dans un « acte de vengeance », selon un groupe de défense des droits de l’homme, Israël a bombardé la centrale en juin 2006 suite à la capture d’un soldat israélien à Gaza. Depuis lors, l’usine n’a pas pu fonctionner à pleine capacité.

La compagnie d’électricité de Gaza est également confrontée à une dette énorme, en grande partie due à la difficulté de percevoir les redevances dans le territoire appauvri. Lubbad a estimé que quelque 70% des ménages à Gaza ne paient pas leurs factures, uce qui représente un total de 1 milliard de dollars en factures impayées selon certains rapports.

En outre, alors que l’Autorité palestinienne en Cisjordanie paie Israël et l’Égypte pour l’électricité fournie dans Gaza, elle a réduit les exonérations fiscales pour Gaza sur les carburants, invoquant ses propres difficultés économiques et mettant ainsi en colère le Hamas.

Un porte-parole du Hamas a déclaré à Reuters que l’AP exploitait la crise comme un moyen de « nuire à l’image du Hamas et pour punir les gens de Gaza ».

Des pourparlers sont en cours entre Ramallah et Gaza pour résoudre le problème, a déclaré Abdelkarim Abdeen, sous-ministre de l’Autorité palestinienne de l’énergie en Cisjordanie.

La crise en cours a également attiré l’attention du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, qui a exhorté « toutes les autorités responsables » à unir leurs efforts afin de mettre fin à la crise de l’électricité.

Photo : Al Jazeera

Umm Abdullah, la maman de Raghad, est ici accompagnée d’une partie des frères et soeurs de Raghad, et d’une de ses voisines – Photo : Ezz Zanoun/Al Jazeera

Sur le terrain, en attendant, presque tout a été affecté défavorablement par la crise.

Salem Abu Rashed, un ingénieur d’entretien de la municipalité de Gaza, a déclaré que la crise de l’électricité a eu un impact négatif sur tous les services publics de la région.

« Les pompes à eau ne peuvent fonctionner sans une source d’énergie fiable et constante. Certaines régions ne reçoivent donc pas leur part d’eau. Le système d’égouts est également entravé, car les pompes ont besoin d’électricité pour fonctionner. »

Et comme avec tant d’autres choses à Gaza, les gens finissent simplement par s’adapter.

Muna Abu Sabha est mère de six enfants. Elle lave les vêtements de la famille à la main et pendant la journée. Elle finira par cuisiner que la nuit. Et elle essaie encore d’aider ses quatre plus jeunes avec leurs études, même si c’est à la chandelle.

« Je m’assoie alors pour enseigner à quatre de mes enfants dans la même pièce quand l’électricité est manquante, ce qui finit par m’épuiser, » dit Abu Sabha.

« La crise est au-delà de ce que nous pouvons supporter. Nous avons assez enduré. »

* Isra Saleh el-Namey est une jeune journaliste de Gaza

19 janvier 2017 – The Electonic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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