Génocide du peuple Rohingya : Aung San Suu Kyi doit être privée de son prix Nobel de la paix

lundi 11 septembre 2017 / 8h:06
Photo : capture vidéo
Chouchou des médias occidentaux, Suu Kyi est ici tout sourire avec les génocidaires birmans - Photo : capture vidéo
Hamid DabashiUne personne si clairement liée au génocide ne devrait pas porter le titre de lauréate du prix Nobel de la paix.

« Il n’y a plus de villages, aucun. » Les comptes rendus du nettoyage ethnique systématique des musulmans au Myanmar, maintenant mis en œuvre efficacement par la lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, sont finalement arrivés à l’actualité principale aujourd’hui. « Il n’y a plus personne, non plus. Tout a disparu. »

La haine pathologique à l’encontre des musulmans, enracinée dans les principaux médias américains et européens (remplaçant maintenant avec force l’antisémitisme historique de ces sociétés), leur permet à peine de voir ou de signaler l’ampleur des terribles calamités endurées par les musulmans face aux forces militaires du Myanmar et aux foules de nationalistes bouddhistes.

Imaginez, juste une minute, qu’il s’agisse de juifs ou de chrétiens, ou bien de « bouddhistes pacifiques » qui faisaient l’objet de persécutions de la part de musulmans. Comparez la quantité de temps d’antenne accordée aux musulmans meurtriers d’ISIL par opposition au peu de nouvelles sur les bouddhistes meurtriers du Myanmar. Quelque chose dans le tissu de l’imagination euro-américaine est devenu pathologiquement insensible. Les musulmans ne sont plus considérés comme des êtres humains à part entière.


Suu Kyi et le gouvernement birman sous le feux des condamnations
internationales

« Près de 20 000 Rohingyas fuient du Myanmar vers le Bangladesh », rapporte Al Jazeera, « le flux de réfugiés se renforce alors que des combats ont lieu, et la communauté internationale s’inquiète de la sécurité des civils ».

« Plus de 100 musulmans Rohingysa massacrés dans l’état de Rakhine », confirment d’autres rapports, alors que l’icône des droits de l’homme en Occident, le doux cœur de tous les dirigeants européens et américains, Mme Suu Kyi, reste silencieuse sur le massacre d’êtres humains innocents ou rejette les faits largement rapportés comme de la « propagande ».

« Je ne pense pas qu’il y ait un nettoyage ethnique en cours », a déclaré Suu Kyi à la BBC en avril. « Je pense que le nettoyage ethnique est une expression trop forte à utiliser pour ce qui se passe. » Pourquoi? Quel mot devrions-nous utiliser pour plaire à la lexicographie de Sa Majesté sur les meurtres et les mutilations ?

« Ce n’est pas juste une question de nettoyage ethnique comme vous l’avez dit », a-t-elle déclaré. « C’est une question de peuples des différents côtés de la fracture, et ce partage, nous essayons de le fermer ».

Est-ce le charlatanisme Trumpien en plein action au Myanmar ou est-ce un autre genre complètement différent de novlangue d’Aung San Suu Kyi ? Dur à dire. Mais de manière plus urgente : est-ce que cette escroc et menteuse sans vergogne mérite de porter le titre de lauréate du prix Nobel de la paix ?

« Personne ne m’avait dit que je serais interviewée par un musulman », se plaignait-elle avec indignation en 2013, après qu’un journaliste de la BBC ait questionné son hypocrisie en refusant d’aborder les meurtres de musulmans au Myanmar. Plus flagrant est son racisme haineux et plus flagrant encore est son implication dans le nettoyage ethnique de son pays, plus le Comité Nobel norvégien doit se poser la question de la base morale nécessaire pour conférer un tel honneur au prochain récipiendaire.

Un prix Nobel de la « Paix » ?

Le prix Nobel de la paix est devenu une reconnaissance mondiale. Le fait, cependant, est qu’il s’agit d’une reconnaissance suédoise-norvégienne ou européenne scandinave « occidentale » qui couvre le monde entier. Nous pouvons être d’accord ou en désaccord avec les choix qui sont faits, mais ceux-ci sont devenus un événement mondial dans la science, la littérature et la paix. La décision prise implique le monde entier. Nous devons vivre avec.

Il y a des choix qui à une époque donnée avaient peut-être un certain sens – comme Barack Obama (bien plus tard, il y avait de quoi se révolter à cette seule idée), et il y a aussi des choix qui vous assomment littéralement lorsque vous découvrez pour la première fois les noms de certains lauréats : le directeur d’une usine de gaz toxique Fritz Haber (1918 – Prix de chimie), l’inventeur de la lobotomie Antonio Egas Moniz (1949 – Prix de médecine), le criminel de guerre Henry Kissinger (1973 – Prix de la paix), ou plus récemment l’Union européenne (2012 – Prix de la paix).

Dans les années plus récentes, cependant, c’est le cas choquant d’Aung San Suu Kyi, politicienne birmane actuellement à la tête d’un appareil d’État impliqué dans un meurtre en masse de musulmans, qui nécessite une attention urgente.

Les meurtres de masse largement documentés des musulmans au Myanmar et le mépris complet d’Aung San Suu Kyi pour leur sort, et même sa collusion politique possible avec les meurtriers de masse, ne laissent aucun doute que même si elle avait pu initialement mériter le prix Nobel de la paix, elle ne le mérite certainement plus aujourd’hui.

Voici arrivé le moment où le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, l’Union européenne, la Cour pénale internationale, Amnesty International et toute autre organisation internationale concernée par les droits de l’homme, devraient faire faire pression sur le Comité Nobel norvégien pour annuler l’honneur qu’ils ont déjà accordé à des personnes maintenant impliquées dans une violation flagrante de l’idée même de « paix ».

Rectifier une erreur

Il est insupportable de voir accorder un honneur aussi spectaculaire que le prix Nobel de la paix, et ensuite de se laver les mains des actions ultérieures du lauréat.

L’idée de regretter au moins l’attribution du prix Nobel à certains destinataires a des précédents parfaitement justifiés. Nous savons par exemple que « le secrétaire du Nobel a regretté l[attribution du] prix de la paix à Obama ». Geir Lundestad aurait déclaré: « L’attribution du prix Nobel de la paix au président américain Barack Obama en 2009 n’a pas vu se concrétiser les espoirs du comité ».

Si l’idée du prix Nobel de la paix est de reconnaître et d’honorer ceux qui ont contribué de manière significative à la réalisation de la paix, le comité qui l’accorde doit rester sur ses gardes et surveiller le comportement de ses lauréats en considérant de quelle manière ils sont restés fidèles à cet objectif ou comment ils s’en sont détournés. Sinon, tout ce spectacle est une comédie et un exercice sans signification.

Le but de cette proposition pour le Comité Nobel norvégien n’est pas de se limiter à Aung San Suu Kyi ou d’autres récipiendaires passés pour qu’ils soient réprimandés ou que leur prix soit annulé, mais aussi de repenser la logique même de la reconnaissance d’une manière qui rende celle-ci plus engageante, responsable et durable.

Aujourd’hui, Aung San Suu Kyi doit être le nom le plus embarrassant sur la liste des récipiendaires du prix Nobel de la paix. Cet embarras est nécessaire mais pas suffisant. Le comité doit rétablir sa propre crédibilité et la crédibilité des futurs bénéficiaires en retirant son prix à une personne si clairement affiliée au génocide, et en le réattribuant publiquement à quelqu’un d’autre.

Rejeter l’idée même du prix Nobel de la paix en tant qu’inintéressant ou trop politique ou trop euro-centré est évidemment trop facile, trop pessimiste et nihiliste. Nous avons seulement un monde et c’est le monde dans lequel nous vivons, et la tâche urgente à accomplir est de voir comment nous pouvons sauver ce monde contre ses propres maux avec tous les moyens à notre disposition.

La tâche est donc de voir comment la logique et le mécanisme du prix Nobel de la paix peuvent être utilisés pour le sauvegarder et en faire un meilleur outil d’encouragement de la paix et de dénonciation de la violence.

* Hamid Dabashi est un professeur irano-américain titulaire de la chaire Hagop Kevorkian en Etudes iraniennes et Littérature comparée à l’Université Columbia de New York. Collègue et ami d’Edward Saïd, il poursuit sa réflexion critique dans le champ des études postcoloniales. Son compte twitter : @HamidDabashi

7 septembre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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