Photo : Anne Paq/Activestills.org

La Ligue arabe omet volontairement le terrorisme israélien

Adnan Abu AmerLors de leur rencontre au sommet de la Ligue arabe au Caire, le 19 novembre, les ministres arabes des Affaires étrangères ont accusé le Hezbollah libanais de soutenir le terrorisme avec des armes de haute technologie et des missiles balistiques.

Plus grande force militaire alliée de l’Iran dans la région, le Hezbollah est aussi accusé de contrôler le Liban.

La déclaration a choqué les Palestiniens et le 20 novembre, plusieurs de leurs organisations ont fait connaître leur condamnation.

Dans une déclaration, le Hamas a rejeté l’étiquetage du Hezbollah en tant que groupe «terroriste». Le mouvement a exprimé sa surprise que la déclaration arabe ne mentionne pas le « terrorisme israélien » que le peuple palestinien subit quotidiennement.

Dans sa propre déclaration, le Djihad islamique a condamné l’annonce de la Ligue arabe, la dénonçant comme une couverture pour alimenter les luttes et conflits dans la région. Le groupe est persuadé que cette initiative répond à la volonté ce qu’il a appelé «l’ennemi sioniste».

Pour sa part, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) a déclaré que la déclaration arabe était hostile et illustrait la domination saoudienne sur la Ligue arabe. Dans le même temps, le Front Démocratique pour la Libération de la Palestine a déclaré qu’accuser le Hezbollah de terrorisme sert les intérêts de l’administration américaine et la volonté de normaliser les relations entre Israël et les États arabes.

Sari Orabi, un analyste politique palestinien qui écrit pour plusieurs journaux et journaux arabes, a déclaré à Al-Monitor: « L’opposition du Hamas à l’annonce arabe contre le Hezbollah est le résultat de ses propres craintes. Plusieurs raisons ont poussé le Hamas à prendre cette position : d’abord, son besoin d’un soutien renforcé qui révèle un =s situation problématique. Il manque d’alliés et de sympathisants, alors que certains de ses amis, comme le Qatar, souffrent d’un boycott.  »

Orabi a poursuivi : « Le deuxième motif est que le Hamas peut aussi à son tour être accusé de terrorisme, à la suite du Hezbollah. Troisièmement, l’annonce arabe coïncide avec les efforts saoudiens pour normaliser ses relations avec Israël et liquider la cause palestinienne, le royaume considérant l’Iran comme la véritable menace pour la nation arabe. »

Les dirigeants du Hamas ont manifesté très rapidement leur solidarité avec le Hezbollah. Mousa Abu Marzouk, un membre du bureau politique du Hamas, a tweeté le 19 novembre que le Hezbollah n’est pas une organisation terroriste, avertissant que toutes les factions de la résistance palestinienne risquaient un jour de subir le même sort.

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Le même jour, l’Arabie saoudite et d’autres usagers de Twitter ont lancé une vague de critiques contre Abu Marzouk, accusant le Hezbollah d’avoir commis des crimes en Syrie et au Liban. Ils ont qualifié le mouvement d’organisation «terroriste sectaire», appelant le Hamas à prendre ses distances avec le Hezbollah.

Salah Bardawil, un autre membre du bureau politique du Hamas, a déclaré le 24 novembre que le mouvement ne nie pas avoir des relations militaires avec le Hezbollah, mais il a refusé de révéler plus de détails. Il a ajouté que le Hamas craint que son tour ne vienne.

Le représentant du Hamas au Liban, Ali Baraka, a déclaré à Al-Monitor: « Le Hamas rejette l’accusation de terrorisme lancée contre le Hezbollah, car une telle affirmation sert l’ennemi sioniste. Nos relations avec le Hezbollah sont basées sur la riposte à l’agression israélienne. Nos deux organisations ont été capables d’unifier leur vision de la cause palestinienne.  »

Il a ajouté: « Les relations du Hamas avec l’Iran sont plus qu’excellentes et stratégiques aujourd’hui car l’Iran soutient le peuple palestinien face à l’ennemi israélien et soutient la résistance. Le Hamas soutient le Liban en tant qu’État, armée, peuple et résistance. Si Israël attaque le Liban, la bataille sera [la nôtre]. Nous ne pouvons pas accepter que le Liban ou la résistance soient pris pour des cibles.  »

Membre du bureau politique du PFLP, Kayed al-Ghoul a déclaré Al-Monitor : « Traiter le Hezbollah comme de groupe terroriste va dans le sens des tentatives de l’administration américaine et de l’occupation israélienne de diaboliser les forces de résistance qui défendent la cause de leur peuple et veulent libérer ses terres. Cette annonce est une honte pour les dirigeants arabes officiels, qui auraient au contraire dû soutenir les forces de la résistance. »

Malgré les condamnations palestiniennes, le Fatah est resté mutique. L’Autorité palestinienne était présente à la réunion de la Ligue arabe au Caire et a voté pour la déclaration.

Un responsable palestinien proche de l’ex-président Mahmoud Abbas a déclaré à Al-Monitor, sous couvert de l’anonymat : « Les dirigeants palestiniens se tiennent aux côtés des États arabes frères dans leur position contre l’ingérence étrangère dans leurs affaires intérieures. Alors que les Palestiniens ne veuillent pas être impliqués dans des conflits régionaux, la scène palestinienne a souffert de l’ingérence iranienne. »

Le 20 novembre, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a condamné la déclaration arabe, tout en reconnaissant que son mouvement avait livré des missiles anti-chars Kornet à Gaza. Le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires a déclaré le même jour que la détermination du Hamas à soutenir l’Iran et ses alliés dans toute future bataille entre Israël et l’axe chiite, n’entraînera que des souffrances pour les Palestiniens.

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L’écrivain politique libanais Kassem Kassir, qui écrit pour plusieurs médias libanais et est proche du Hezbollah, a déclaré à Al-Monitor : « Les relations du Hamas avec le Hezbollah ont récemment connu des développements positifs. Au cours des dernières semaines, les deux parties ont tenu des réunions pour discuter de nouveaux domaines de coopération car elles ont atteint une vision commune sur les développements régionaux. Le Hamas et le Hezbollah estiment qu’accuser l’un de terrorisme signifie en accuser aussi l’autre, une vue sur laquelle converge toutes les factions palestiniennes, sauf l’AP. Les deux organisations de la résistance sont confrontées à de nombreux défis posés par Israël et les Etats-Unis, et leur coopération pourrait aller jusqu’à unifier leurs fronts militaires au cas où une guerre israélienne viserait l’un d’entre eux. »

Le 26 novembre, le dirigeant du Hamas, Sami Abu Zuhri, a démenti un rapport du journal Saudi Okaz selon lequel le Hezbollah ouvrirait des comptes bancaires en Algérie au profit des dirigeants du Hamas. Le Hamas estime que de telles informations font partie d’une campagne orchestrée par des dirigeants arabes proches d’Israël pour inciter à la haine contre la résistance, et pour normaliser les liens avec Israël tout en liquidant la cause palestinienne.

La déclaration de la Ligue arabe contre le Hezbollah et le soutien des Palestiniens pour le mouvement libanais pourraient conduire à l’apparition de nouveaux axes politiques et régionaux, avec en leur centre le Hezbollah et le Hamas. Cela pourrait nous ramener à l’ère qui a précédé le ainsi-nommé «printemps arabe», lorsque l’axe de la résistance était dirigé par l’Iran contre l’axe des prétendus «modérés» [en réalité l’axe des collaborateurs] dirigé par l’Arabie saoudite. Mais une telle situation pourrait réduire la cause palestinienne à un instrument de polarisation exploité par les dirigeants en concurrence dans la région.

* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé en Histoire de la question palestinienne, sécurité nationale, sciences politiques et civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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30 novembre 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine