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La Charte du mouvement Hamas : version française

Résistance islamiqueUn document sur les principes généraux et les politiques du mouvement Hamas

Au nom d’Allah, le Très Clément, le Très Miséricordieux,
Le mouvement de résistance islamique « Hamas »

Un document sur les principes essentiels et les politiques générales

Qu’Allah, le Seigneur de tous les mondes, soit loué ! Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur Mouhammad, le Maître des Messagers et le Chef des Moujahidins, sur sa famille et tous ses compagnons !

Préambule

La Palestine est la terre du peuple palestinien arabe ; il en est originaire, il ne fait qu’un avec elle, il lui appartient, et c’est à partir de cette appartenance qu’il communique avec le reste du monde.

La Palestine est une terre dont le statut a été renforcé par l’Islam, une foi qui la tient en haute estime, qui lui insuffle son esprit et ses valeurs, et qui pose les bases d’une doctrine qui a pour but de la défendre et de la protéger.

La Palestine est la Cause d’un peuple abandonné par une humanité qui ne respecte pas ses droits, un peuple qui veut qu’on lui rende ce qu’on lui a pris, qui veut voir ses droits garantis au lieu d’être violés, un peuple qui continue de subir sur sa terre l’une des pires espèces d’occupation du monde.

La Palestine est une terre dont on s’est emparé par la force pour mettre en œuvre un projet sioniste, raciste, inhumain et colonial fondé sur une promesse mensongère (la Déclaration Balfour), sur la reconnaissance de l’entité occupante, et sur le fait accompli.

La Palestine symbolise la résistance qui se poursuivra jusqu’à la libération complète, jusqu’à ce que tous les Palestiniens soient revenus y vivre et jusqu’à ce qu’un État vraiment souverain soit établi avec Jérusalem comme capitale.

La Palestine est ce qui fait des Palestiniens de toutes affiliations de véritables partenaires dans la poursuite du sublime objectif de la libération.

La Palestine est l’esprit de la Oummah [la communauté des Croyants] et sa Cause centrale; c’est l’âme de l’humanité et sa conscience vivante.

Ce document est le fruit de délibérations approfondies qui ont abouti à un fort consensus. En tant que mouvement, nous approuvons la vision décrite dans les pages qui suivent, la théorie comme la pratique. C’est une vision qui repose sur des bases solides et sur des principes bien établis. Ce document décrit les objectifs, les étapes et la manière dont l’unité nationale peut se concrétiser. Il précise également notre compréhension commune de la Cause palestinienne, les principes d’action qui présideront à sa promotion, et le cadre de son interprétation.

Le mouvement

1. Le Mouvement de résistance islamique « Hamas » est un mouvement islamisme palestinien de libération nationale et de résistance. Son but est de libérer la Palestine et de s’opposer au projet sioniste. Son cadre de référence est l’Islam qui détermine ses principes, ses objectifs et ses moyens.

La terre de Palestine

2. La Palestine, qui s’étend de la Jordanie, à l’est, jusqu’à la Méditerranée, à l’ouest, et de Ras Al-Naqurah, au nord, jusqu’à Umm Al-Rashrash, au sud, est une unité territoriale indivisible. C’est la terre et la patrie du peuple palestinien. L’expulsion et le bannissement des Palestiniens de leur terre et l’établissement de l’entité sioniste à leur place n’anéantissent pas le droit du peuple palestinien à sa terre toute entière et ne donnent aucun droit à l’usurpateur sioniste.

3. La Palestine est une terre islamique arabe. C’est une terre sacrée et bénie qui a une place spéciale dans le cœur de chaque Arabe et de chaque Musulman.

Le peuple palestinien

4. Les Palestiniens sont les Arabes qui vivaient en Palestine jusqu’en 1947, indépendamment du fait qu’ils en aient été expulsés ou qu’ils y soient restés; et toute personne née d’un père arabe palestinien après cette date, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine, est un Palestinien.

5. L’identité palestinienne est authentique et éternelle; elle se transmet de génération en génération. Les catastrophes qui ont frappé le peuple palestinien du fait de l’occupation sioniste et de sa politique de déplacement de population, ne peuvent pas effacer l’identité du peuple Palestinien, ni la lui dénier. Un(e) Palestinien(e) ne perdra pas son identité ni ses droits nationaux en acquérant une deuxième nationalité.

6. Le peuple palestinien est un seul peuple. Il est composé de tous les Palestiniens, qu’ils vivent en Palestine ou ailleurs, indépendamment de leur religion, leur culture ou leur affiliation politique.

L’Islam et la Palestine

7. La Palestine est au cœur de la Oummah arabe et islamique et elle jouit d’un statut spécial. En Palestine, se trouve Jérusalem qui est bénie par Allah. La Palestine est la Terre Sainte, qu’Allah a bénie pour l’humanité. C’est le premier Qiblah des musulmans et la destination du voyage de nuit du Prophète Mouhammad, que la paix soit avec lui ! C’est là qu’il est monté au ciel. C’est le lieu de naissance de Jésus-Christ, la paix soit avec lui ! Son sol contient les ossements de milliers de Prophètes, de Compagnons et de Moujahidins. Jérusalem – et alentour – est un lieu où vivent et ont vécu des personnes déterminées à défendre la vérité, des personnes qui ne se laissent pas dissuader ou intimider par ceux qui s’opposent à eux ou qui les trahissent, des personnes qui poursuivront leur mission jusqu’à ce que la promesse d’Allah soit accomplie.

8. En vertu de sa voie équilibrée et modérée du juste milieu, l’Islam – pour le Hamas – offre un mode de vie complet et un ordre qui conviennent à toutes les époques et tous les lieux. L’Islam est une religion de paix et de tolérance. Il protège les adeptes des autres croyances et religions qui peuvent pratiquer leur foi en toute sécurité. Le Hamas croit également que la Palestine a toujours été et sera toujours un modèle de coexistence, de tolérance et d’innovation culturelle.

9. Le Hamas croit que le message de l’Islam prône des valeurs de vérité, justice, liberté et dignité, interdit toutes les formes d’injustice et criminalise les oppresseurs indépendamment de leur religion, race, sexe ou nationalité. L’islam est contre toute forme d’extrémisme religieux, ethnique ou sectaire et de fanatisme. C’est une religion qui prône la résistance à l’agression et le soutien des opprimés; elle les encourage à la générosité et à se sacrifier pour défendre leur dignité, leur terre, leur peuple et leurs lieux saints.

Jérusalem

10. Jérusalem est la capitale de la Palestine. Son statut religieux, historique et culturel est fondamental pour les Arabes, les Musulmans et le monde entier. Ses lieux saints islamiques et chrétiens appartiennent exclusivement au peuple palestinien et à la Oummah arabe et islamique. Aucune pierre de Jérusalem ne peut être cédée ou abandonnée. Les mesures prises par les occupants de Jérusalem, comme la judaïsation, la construction de colonies et les faits-accomplis, sont fondamentalement nulles et non avenues.

11. La sainte mosquée Al-Aqsa appartient exclusivement à notre peuple et à notre Oummah, et l’occupation n’a aucun droit sur elle. Les projets, mesures et tentatives de l’occupation pour judaïser Al-Aqsa et la diviser sont nuls, non avenus et illégitimes.

Les réfugiés et le droit au retour

12. La Cause palestinienne dans son essence est la Cause d’un pays occupé et d’un peuple chassé de sa terre. Le droit des réfugiés palestiniens et des Palestiniens déplacés à l‘intérieur du pays de revenir dans les maisons dont ils ont été chassés – ou où on les empêche de revenir – dans les terres occupées soit depuis 1948, soit depuis 1967 (c’est-à-dire dans la Palestine toute entière), est un droit naturel à la fois individuel et collectif. Ce droit est confirmé par toutes les lois divines, ainsi que par les principes fondamentaux des droits de l’homme et du droit international. C’est un droit inaliénable dont personne ne peut faire fi, qu’il soit palestinien, arabe ou international.

13. Le Hamas rejette toutes les tentatives visant à abolir les droits des réfugiés, y compris les tentatives de les installer en dehors de la Palestine à travers les projets de patrie alternative. L’indemnisation des réfugiés palestiniens pour le préjudice qu’ils ont subi du fait de leur bannissement et de l’occupation de leur terre est un droit aussi absolu que leur droit au retour. Ils doivent recevoir une compensation lors de leur retour et cela n’exclut, ni ne restreint, leur droit au retour.

Le projet sioniste

14. Le projet sioniste est un projet raciste, agressif, colonial et expansionniste basé sur l’appropriation violente de ce qui appartient à d’autres; c’est un projet hostile au peuple palestinien et à son aspiration à la liberté, à l’émancipation; un projet hostile au retour des Palestiniens sur leur terre et à leur autodétermination. L’entité israélienne est le terrain d’expérimentation du violent projet sioniste et sa base opérationnelle.

15. Le projet sioniste ne vise pas uniquement le peuple palestinien; c’est l’ennemi de la Oummah arabe et islamique dont il menace gravement la sécurité et les intérêts. Il est également hostile aux aspirations de la Oummah, à son unité, à sa renaissance et à sa libération, et a été la principale source de ses problèmes. Le projet sioniste représente également un grand danger pour la sécurité et la paix internationales et la stabilité de l’humanité toute entière.

16. Le Hamas affirme qu’il s’oppose au projet sioniste, et non pas aux Juifs en raison de leur religion. Le Hamas ne lutte pas contre les Juifs parce qu’ils sont juifs, mais il mène la lutte contre les sionistes qui occupent la Palestine. En réalité, ce sont les sionistes qui assimilent constamment le judaïsme et les Juifs à leur projet colonial et à leur entité illégale.

17. Le Hamas rejette la persécution de tout être humain ou mise en cause de ses droits nationaux, religieux ou communautaires. Le Hamas estime que le problème juif, l’antisémitisme et la persécution des Juifs sont des phénomènes fondamentalement liés à l’histoire européenne et non à l’histoire des Arabes et des Musulmans ou à leur héritage. Le mouvement sioniste, qui a pu avec l’aide des pouvoirs occidentaux occuper la Palestine, est la forme la plus dangereuse de l’occupation colonialiste qui a déjà disparu du reste du monde et doit disparaître de la Palestine.

La position par rapport à l’Occupation et les solutions politiques

18. Les éléments suivants sont considérés comme nuls et non avenus : la Déclaration de Balfour, le document du mandat britannique, la résolution des Nations Unies sur la partition de la Palestine, et toutes les résolutions et les mesures qui en découlent ou s’y apparentent. La création d' »Israël » est entièrement illégale et contrevient aux droits inaliénables du peuple palestinien et va contre sa volonté et la volonté de la Oummah; elle viole également les Droits de l’homme garantis par les conventions internationales, avec en première place le droit à l’autodétermination.

19. Il n’y aura aucune reconnaissance d’une légitimité de l’entité sioniste. Quelle que soit l’ampleur de l’occupation de la terre de Palestine, sont illégitimes la construction de colonies, la judaïsation ou la modification de ses caractéristiques ou falsification des faits. Jamais les droits ne disparaissent.

20. Le Hamas estime qu’aucune partie de la terre de Palestine ne devra faire l’objet de compromis ou de concessions, indépendamment des raisons, des circonstances et des pressions, et peu importe la durée de l’occupation. Le Hamas rejette toute alternative à la libération complète et achevée de la Palestine, du fleuve à la mer. Cependant, sans revenir sur son rejet de l’entité sioniste et sans renoncer à aucun droit palestinien, le Hamas considère la création d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem comme capitale, selon les limites du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des déplacés vers les maisons d’où ils ont été expulsés, comme une formule de consensus national.

21. Le Hamas affirme que les Accords d’Oslo et leurs additifs contreviennent au droit international en ce sens qu’ils génèrent des engagements qui violent les droits inaliénables du peuple palestinien. Par conséquent, le Mouvement rejette ces accords et tout ce qui en découle, avec parmi eux les obligations qui nuisent aux intérêts de notre peuple, en particulier la coordination sécuritaire (collaboration).

22. Le Hamas rejette tous les accords, initiatives et projets de règlement qui visent à saper la cause palestinienne et les droits de notre peuple palestinien. À cet égard, toute position, initiative ou programme politique ne doit en aucun cas violer ces droits, y contrevenir ou les contredire.

23. Le Hamas souligne que le viol des droits du peuple palestinien, le vol de ses terres et son bannissement de sa patrie ne peut pas être appelé paix. Les règlements conclus sur cette base ne conduiront pas à la paix. La résistance et le djihad pour la libération de la Palestine resteront un droit légitime, un devoir et un honneur pour tous les fils et les filles de notre peuple et de notre Oummah.

Résistance et Libération

24. La libération de la Palestine est le devoir du peuple palestinien en particulier et le devoir de la Oummah arabe et islamique en général. C’est aussi une obligation humanitaire telle que requise par les impératifs de la vérité et de la justice. Les agences travaillant pour la Palestine, qu’elles soient nationales, arabes, islamiques ou humanitaires, se complètent et agissent en harmonie, et non pas en conflit les unes avec les autres.

25. Résister à l’occupation avec tous les moyens et méthodes est un droit légitime garanti par les lois divines et par les normes et lois internationales. Au cœur de cela se trouve la résistance armée, qui est considérée comme le
choix stratégique pour la protection des principes et des droits du peuple palestinien.

26. Le Hamas rejette toute tentative de saper la résistance et ses armes. Il affirme également le droit de notre peuple de développer les moyens et outils de résistance. Gérer la résistance, en termes d’escalade ou désescalade, ou en termes de diversification des moyens et des méthodes, fait partie intégrante du processus de gestion du conflit et ne devrait pas se faire au détriment du principe de résistance.

Le système politique palestinien

27. Un véritable État palestinien est un État qui a été libéré. Il n’y a pas d’alternative à un État palestinien totalement souverain sur l’ensemble du territoire national et du sol palestinien, avec Jérusalem comme capitale.

28. Le Hamas croit et adhère à la gestion de ses relations palestiniennes sur la base du pluralisme, de la démocratie, du partenariat national, de l’acceptation de l’autre et du dialogue. L’objectif est de renforcer l’unité des rangs et l’action commune dans le but d’atteindre les objectifs nationaux et de répondre aux aspirations du peuple palestinien.

29. L’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] est un cadre national pour le peuple palestinien à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Elle devrait donc être préservée, développée et reconstruite sur des bases démocratiques afin d’assurer la participation de toutes les composantes et forces du peuple palestinien, d’une manière qui garantisse les droits des Palestiniens.

30. Le Hamas souligne la nécessité de construire des institutions nationales palestiniennes sur des principes démocratiques solides, avec tout d’abord des élections libres et équitables. Une telle procédure devrait être fondée sur un
partenariat national et selon un programme et une stratégie clairs qui respectent les droits, y compris le droit à la résistance, et qui répondent aux aspirations du peuple palestinien.

31. Le Hamas affirme que le rôle de l’Autorité palestinienne devrait être de servir le peuple palestinien et protéger sa sécurité, ses droits et son projet national.

32. Le Hamas souligne la nécessité de maintenir l’indépendance de la prise de décision nationale palestinienne. Les forces extérieures ne devraient pas être autorisées à intervenir. Dans le même temps, le Hamas affirme la responsabilité des Arabes et des Musulmans et leur devoir et rôle dans la libération de la Palestine de l’occupation sioniste.

33. La société palestinienne est enrichie par ses personnes éminentes, ses personnalités, ses dignitaires, ses institutions de la société civile et ses jeunes, étudiants, syndicalistes et groupes de femmes qui travaillent ensemble pour la réalisation des droits nationaux et la construction sociale, poursuivent la résistance et la lutte pour la libération.

34. Le rôle des femmes palestiniennes est fondamental dans le processus de construction du présent et du futur, tout comme il l’a toujours été dans le processus historique palestinien. C’est un rôle central dans le projet de la résistance, de la libération et de la construction du système politique.

La Oummah arabe et islamique

35. Le Hamas croit que la question palestinienne est la cause centrale de la Oummah arabe et islamique.

36. Le Hamas croit en l’unité de la Oummah avec toute sa diversité et ses composantes, et est conscient de la nécessité d’éviter tout ce qui pourrait fragmenter la Oummah et saper son unité.

37. Le Hamas croit en la coopération avec tous les États qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il s’oppose à l’intervention dans les affaires intérieures de n’importe quel pays. Il refuse également d’être attiré dans des disputes et conflits qui existent entre différents pays. Le Hamas adopte la politique de l’ouverture aux différents États du monde, en particulier les États arabes et islamiques. Il s’efforce d’établir des relations équilibrées sur la base d’une combinaison d’une part des exigences de la cause palestinienne et des intérêts des Palestiniens, et d’autre part des intérêts de la Oummah, de sa renaissance et de sa sécurité.

L’aspect humanitaire et international

38. La question palestinienne est celle qui a des répercussions humanitaires et dimensions internationales majeures. Soutenir et appuyer cette Cause est une nécessité humanitaire et civilisationnelle et une question de vérité, justice et respect des valeurs humanitaires communes

39. D’un point de vue juridique et humanitaire, la libération de la Palestine est une action légitime, c’est un acte de légitime défense et l’expression du droit naturel de tous les peuples à l’autodétermination.

40. Dans ses relations avec les nations et les peuples du monde, le Hamas croit en les valeurs de la coopération, de la justice, de la liberté et du respect de la volonté des peuples.

41. Le Hamas se félicite des positions des États, des organisations et des institutions qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il salue les peuples libres du monde qui soutiennent la cause palestinienne. Dans le même
temps, il dénonce le soutien accordé par toute partie à l’entité sioniste ou les tentatives de couvrir ses crimes et agressions contre les Palestiniens, et il appelle à la poursuite des criminels de guerre sionistes.

42. Le Hamas rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur la Oummah arabe et islamique, tout comme il rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur le reste des nations et des peuples du monde. Le Hamas condamne également toute forme de colonialisme, d’occupation, de discrimination, d’oppression et d’agression dans le monde.

Mai 2017 – Hamas.ps – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet & Lotfallah

Criminaliser la résistance : le cas des camps de réfugiés de Balata et de Jénine

Photo : al-Jazeera
Alaa TartirL’Autorité palestinienne (AP) a adopté une réforme du secteur de la sécurité (Rss), dictée par les bailleurs de fonds, qui constitue le pilier de son projet d’édification de l’Etat post-2007.

Au fur et à mesure de la mise en œuvre de la Rss, la Cisjordanie occupée est devenue un espace de titrisation et le théâtre de campagnes de sécurité de l’AP dont le but affiché était d’établir la loi et l’ordre. Cet article traite des conséquences des campagnes de sécurité de l’AP dans les camps de réfugiés de Balata et de Jénine, du point de vue de la population, par une démarche méthodologique ethnographique ascendante. Ces voix de la base populaire problématisent et examinent les campagnes de sécurité, illustrant comment et pourquoi la résistance contre Israël a été criminalisée. L’article conclut en arguant que la réalisation d’une réforme de la sécurité pour assurer la stabilité dans le contexte de l’occupation coloniale et sans résoudre la question de l’asymétrie des rapports de force ne peut jamais avoir que deux résultats : une « meilleure » collaboration avec la puissance occupante et la violation de la sécurité des Palestiniens et de leurs droits nationaux par leurs propres forces de sécurité.

La réforme du secteur de la sécurité (Rss) est devenue un élément central de toute entreprise d’édification d’Etat [1]. Sous la direction de Salam Fayyad, Premier ministre de 2007 à 2013, l’Autorité palestinienne (PA) a adopté la Rss comme pilier de son projet d’édification d’Etat [2]. En plus d’améliorer les capacités des forces de sécurité par l’équipement et la formation, l’AP a voulu réformer les structures, la hiérarchie et la chaîne de commandement dans l’objectif déclaré de constituer une gouvernance et un contrôle démocratiques, en accord avec les exigences de ses principaux bailleurs de fonds internationaux [3]. Au fur et à mesure de la mise en œuvre de la Rss [4], la Cisjordanie occupée est devenue un espace de titrisation et le théâtre de campagnes sécuritaires dont le but ostensible était d’établir « la loi et l’ordre ».

La réforme du secteur de la sécurité en général, des forces de sécurité de l’AP (FSAP) et le renforcement de leur efficacité en particulier, ont été menés sous occupation militaire israélienne et dans le contexte d’une domination coloniale. Compte tenu du rapport de forces asymétriques entre Israël et les Palestiniens, ainsi que des conditions préalables fixées par Israël et par les bailleurs de fonds internationaux, la formulation de la doctrine sécuritaire palestinienne [5] équivalait à un diktat dont l’efficacité et la légitimité ont été accueillies avec un profond scepticisme par l’opinion publique en Cisjordanie. Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise, il faut garder en mémoire que le secteur palestinien de la sécurité est aujourd’hui composé de 83.276 individus (Cisjordanie et Gaza), dont 312 brigadiers généraux – pour mettre ce dernier chiffre en perspective, l’armée des Etats-Unis dans son ensemble se targue d’avoir 410 brigadiers généraux – dont 232 rendent compte à l’AP et 80 au Hamas [6]. Le secteur de la sécurité emploie environ 44 pour cent de la totalité des fonctionnaires [7], représente près de 1 milliard de dollars du budget de l’AP [8], et perçoit environ 30 pour cent de l’aide internationale totale allouée aux Palestiniens [9].

En plus des programmes de formation et de l’amélioration de l’armement, la Rss lancée au lendemain de la Deuxième Intifada s’est appuyée sur les campagnes de sécurité menées par les Etats-Unis – qui ont entrainé les FSAP en Cisjordanie. Les objectifs des campagnes étaient de : – contrôler les activités du Hamas et du Jihad islamique, ainsi que celles de leurs branches armées, – contenir les militants affiliés au Fatah par la cooptation, l’intégration dans les FSAP et des mesures d’amnistie, – réprimer la criminalité et restaurer l’ordre public [10]. Les gouvernorats de Naplouse et de Jénine, plus particulièrement les camps de réfugiés de Balata et de Jénine, au nord de la Cisjordanie, qui étaient désignés comme des « bastions de la résistance » [qila‘a muqawameh] et/ou des « zones de chaos et d’anarchie » [manatiq falatan wa fawda] [11] ont été choisis comme « projets pilotes » de la Rss [12].

Ce que les Palestiniens ordinaires pensaient de ces campagnes, que ce soit en termes de sécurité ou de dynamique générale de la résistance contre l’occupation, constitue l’objectif principal de cet article. Les données ethnographiques présentées sont basées sur une étude, menée entre août et décembre 2012 dans les camps de réfugiés, qui combine entretiens semi-directifs et discussions de groupe avec des jeunes des deux sexes. L’échantillon de recherche englobe une grande variété de groupes sociaux et tend à refléter la voix des acteurs subalternes qui sont généralement marginalisés dans le discours et la littérature dominants : leaders locaux dans les camps, cadres de factions politiques de rang secondaire, membres de groupes armés, anciens combattants, hommes, femmes et enfants ainsi que des individus ayant été détenus par l’AP dans le cadre de campagnes de sécurité.

Ethnographiquement parlant, les similitudes entre les camps sont frappantes, et donc cet article ne comparera ni n’opposera les deux, mais utilisera plutôt les deux comme une unité-clé d’analyse unique. Pour l’essentiel, cet article soutient que l’objectif primordial de la Ssr en général, et des campagnes de sécurité en particulier, fut de criminaliser la résistance à l’occupation israélienne et de museler l’opposition à la domination coloniale. En conséquence, on peut considérer les campagnes comme les premières étapes de la transformation autoritaire de l’Autorité palestinienne, manifeste dans l’usage excessif de la détention arbitraire et la torture dans ses prisons, ainsi que dans le rétrécissement de l’espace pour que se fassent entendre les voix de l’opposition ou de la résistance dans le système politique palestinien.

Les camps de Balata et de Jénine : Préparer le terrain

Les camps de Jénine et de Balata sont situés au nord de la Cisjordanie occupée et ont été mis en place par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) en 1953 et 1950 respectivement, pour héberger les Palestiniens déplacés et dépossédés dans le sillage de la Naqba de 1948. Avec une superficie de 0,42 km², le camp de Jénine abrite quelques 16.260 habitants, alors que le camp de Balata, qui est le plus important en terme de population en Cisjordanie, est construit sur une superficie de seulement 0,25 km² pour une population de 23.600 habitants. Les deux camps partagent des indicateurs socio-économiques similaires : la taille moyenne des ménages est de 5,5, environ 60 pour cent de la population a moins de 24 ans, et les taux de pauvreté et de chômage varient entre 35 et 40 pour cent [13].

Selon l’UNRWA, le chômage élevé, les écoles surpeuplées, la forte densité de population et les réseaux insuffisants d’eau et d’égouts sont quelques-uns des problèmes les plus urgents des camps [14].

En plus des conditions de vie difficiles, les résidents des camps souffrent de la répression et des persécutions continues de l’armée israélienne, dont des raids brutaux, des mesures répressives/rafles au nom de la sécurité. Ces camps ont été particulièrement ciblés par Israël en raison de leur rôle actif dans la résistance armée et dans l’encouragement à l’émergence des groupes armés. Les camps ont aussi joué un rôle majeur et d’avant-garde pendant les protestations populaires et la désobéissance civile de la Première Intifada (1987–93). Pendant la Deuxième Intifada (2000-2005), lorsqu’Israël s’est emparé de la Cisjordanie, Jénine fut le site d’une bataille éponyme en avril 2002, pendant laquelle, selon Amnesty International et Human Rights Watch, les Forces Israéliennes de Défense (FID) ont commis des crimes de guerre [15]. En plus des pertes humaines, des parties importantes du camp ont été complètement détruites et plus d’un quart de la population s’est retrouvé sans abri.

La résistance et la détermination du camp de Jénine au cours de cette bataille en ont fait le symbole de la résistance de la Deuxième Intifada, qui a été salué par le président de l’époque Yasser Arafat comme le Stalingrad des Palestiniens. « Jéningrad », comme Arafat l’a appelée, fut et reste une grande source de fierté de ses dirigeants et de ses habitants, et a joué un rôle central pour façonner l’identité collective de la population de réfugiés. Les camps de Balata et de Jénine ont vu la naissance de la branche armée du Fatah, les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, pendant la Deuxième Intifada. De fait, les FSAP n’ont pas été autorisées à entrer dans les camps car les factions armées contrôlaient les deux zones et y revendiquaient l’autorité [16]. Ce sont quelques-unes des raisons pour lesquelles ces camps sont restés une cible permanente pour Israël, et également pourquoi ils furent les premiers et principaux lieux à être visés par les campagnes de sécurité de l’AP [17].

Les campagnes de sécurité entreprises en 2007 furent des offensives menées en utilisant des tactiques traditionnelles musclées. Elles ont impliqué le redéploiement de forces de sécurités entraînées et équipées dans des localités qui contestaient l’autorité et le contrôle de l’AP, notamment l’objectif de l’AP d’établir un monopole de l’utilisation de la violence dans la sphère sécuritaire [18]. Ce n’était pas des activités sécuritaires régulières ou des opérations de routine, mais plutôt des offensives ciblées avec des objectifs, un échéancier, des méthodes et des stratégies.

Le jour de lancement des campagnes, les troupes des FSAP, bien habillées, bien équipées, bien entraînées et la plupart du temps masquées déferlaient dans les camps de Jénine et de Balata dans des dizaines de véhicules militaires neufs et achetés à l’étranger. Approchant des camps depuis de multiples points pour mieux établir leur contrôle, les Forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (FSAP) coordonnaient leurs mouvements et leurs opérations avec l’armée israélienne, qui reste l’autorité suprême en Cisjordanie occupée. Elles entraient dans les camps par leurs ruelles étroites, avec des tireurs d’élite positionnés sur les toits des bâtiments stratégiques ou à proximité du centre des opérations. Les FSAP attaquaient les maisons pour arrêter les individus ciblés, chercher des armes dont les caches étaient découvertes et confisquer les armes individuelles. De violents affrontements s’en suivaient, tant avec les groupes armées qu’avec les habitants des camps résistant à l’offensive [19].

L’idée était de nettoyer les camps des armes non référées à l’AP, de mener un processus de désarmement, d’arrêter ceux qui remettaient en question l’autorité de l’AP et d’envoyer un message clair aux habitants du camp que l’AP était l’unique structure de gouvernance et de pouvoir autorisée. Etablir un monopole d’utilisation de la violence et consolider le pouvoir dans le secteur de la sécurité furent des objectifs essentiels puisque l’appareil sécuritaire de l’AP n’avait pu entrer dans les camps pendant la Second Intifada, lorsque les groupes armés conservaient le pouvoir ultime. Dans le cadre de son processus de réforme institutionnelle et de projet d’édification de l’Etat, au lendemain des élections législatives et présidentielles palestiniennes de 2006-2007 et de la fracture intra-palestinienne qui s’en est suivie, l’AP a visé les camps et systématiquement criminalisé la résistance [20].

A Naplouse, la campagne de sécurité a commencé en novembre 2007 et a été suivie en mai 2008 par une campagne similaire à Jénine qui fut nommée, de façon ironique, « Sourire et Espoir », pour suggérer que l’AP venait dans les camps pour ramener le bonheur des gens et leur redonner espoir après des années de non-droit [falatan amni]. Du point de vue de l’Autorité palestinienne, l’idée qui sous-tendait les campagnes était simple : « Nous voulions montrer aux donateurs et à Israël que l’AP pouvait gouverner la société palestinienne, » m’a dit un haut fonctionnaire de l’Autorité, « même dans des zones aussi intraitables que les camps de Balata et de Jénine. » [21]

L’idée de créer une réforme sécuritaire modèle était partagée aux plus hauts échelons internationaux [22]. Lors d’un diner avec Tony Blair, alors représentant du Quartet, et de hauts diplomates dans la région, le général états-unien Jim Jones avait « proposé une nouvelle approche » pour la pacification : plutôt que de se lancer dans un grand accord avec les Israéliens, il avait préconisé une approche fragmentaire qui impliquait de faire un « modèle » d’un endroit sous occupation israélienne et « Jénine Pilote » est né [23]. Décrit comme « une initiative israélienne », Jénine Pilote était « un programme actuellement mis en œuvre grâce à une coordination directe entre les Palestiniens et Israël, avec une participation américaine limitée. Le programme incluait la tentative de renforcer le camp palestinien modéré, dirigé par Abou Mazen [le président de l’AP Mahmoud Abbas], et d’appliquer les conclusions de la Conférence d’Annapolis. » [24] En conséquence, Jénine, a écrit un journaliste, « a acquis la réputation de zone de sécurité modèle où des bandes armés et des chefs de guerre ont été remplacés par des forces de sécurité organisées qui respectent une chaîne de commandement. » [25] L’ancien maire de Jénine a décrit plus tard 2008-2009 comme « l’âge d’or » [26] et un journaliste étatsunien comme une « révolution tranquille » [27].

De nombreux chercheurs ont critiqué le fait de transformer Jénine et Naplouse en modèles pour combattre d’autres localités cisjordaniennes [28]. Linda Tabar a fait remarquer que « au fil du temps, la résistance à Jénine a été matée en faisant intervenir séparément les technologies de pouvoir, y compris notamment une longue campagne de contre-insurrection coloniale qui a été suivie par des projets déterminés par des donateurs pour réorganiser le camp et rétablir la collaboration sécuritaire avec Israël. » [29] Dans le cas de Balata, Philip Leech a écrit que le succès apparent de l’AP à imposer la loi et l’ordre dans le camp (et à Naplouse en général) après 2007, ainsi que l’adhésion populaire initiale au programme sécuritaire de l’AP, « n’a pas recueilli l’aval de la légitimité de l’AP par l’opinion publique. Au contraire, le consentement fut superficiel et, à long terme, l’accélération du glissement de l’AP vers l’autoritarisme s’est avérée profondément invalidante pour la société palestinienne en général. » [30] En d’autres termes, un examen plus approfondi révèle que « ce consensus était superficiel et n’a pas duré. En avril 2012, le scrutin a suggéré que le niveau d’adhésion populaire au gouvernement Fayyad s’était globalement affaissé. » [31]

Ces observations critiques sont soutenues et amplifiées par les points de vue des résidents des camps interrogés pour cette étude. Un chef du Fatah du camp de Jénine s’exprimait comme suit pendant notre entretien : « Il n’y avait aucun phénomène de chaos sécuritaire [falatan amni]. L’AP a juste exagéré, ce qui reflète son incapacité à diriger. Ils ont utilisé la machine médiatique pour nous présenter comme une menace à la sécurité, tant aux niveaux national que local. » Une personne interrogée du camp de Balata, avec des opinions politiques de gauche, a utilisé la description suivante : « Il y a trois mots clés pour les campagnes sécuritaires de l’AP : mensonges, médias et argent [kizib, i‘lam, masari]. La machine médiatique était avec eux [l’AP] partout, à couvrir leurs mensonges ; et il n’y a pas pénurie de ressources lorsqu’il s’agit de la sécurité de l’AP. » Une jeune femme de Balata a dit que les campagnes sécuritaires étaient comme « donner à quelqu’un de l’aspirine [Tylenol] pour soigner un cancer. »

L’écart apparent entre le récit du peuple et celui des autorités est frappant. Dans le récit des gens de la base populaire, les mots associés aux projets d’édification de l’Etat post-2007 sont bailleurs de fonds, corruption et Etat policier [mumawilleen, fasad, dawlat bolees] [32]. Mais, plus intéressant, ces voix se concentrent sur la résistance comme le prisme à travers lequel explorer les implications de la Rss sur leurs vies et sur leur lutte nationale. En d’autres termes, ils mesurent les conséquences et l’efficacité de la Rss par rapport à son impact sur la capacité des gens à résister à l’occupation israélienne.

Les personnes interviewées estimaient que mener une réforme de sécurité pour assurer la stabilité dans le contexte d’une occupation coloniale, sans résoudre le déséquilibre du rapport de forces et sans revisiter les conditions des « accords de paix », ne peut jamais avoir que deux résultats : une « meilleure » collaboration avec la puissance occupante et la violation de la sécurité du peuple palestinien et de ses droits nationaux par son propre gouvernement et ses propres forces de sécurité.

Les réussites techniques à court terme des FSAP furent considérées comme fragiles, temporaires et subordonnées à la bonne volonté israélienne et à la générosité des donateurs. Le consensus de la base populaire était qu’en fin de compte il s’agissait de rapports de force. « La sécurité n’était que ça, » a résumé une personne interrogée dans le camp de Jénine. Les outils déployés par l’AP dans le processus comprenaient l’utilisation de la coordination sécuritaire comme doctrine ; l’utilisation (abusive) du système judiciaire pour consolider l’Etat de droit plus que rendre la justice ; l’usage des mécanismes de conciliation informelle et le recours à la force excessive qui a perpétué une culture de la peur et a jeté le discrédit sur la résistance à l’occupation israélienne.

Méfiance et crise de légitimité

En dépit des différences de contexte, de milieu social et autres variables démographiques, la grande majorité des personnes interrogées dans les deux camps partageaient des points de vue semblables sur l’efficacité des FSAP et affichaient des niveaux comparables de méfiance envers elles. Les attitudes qu’elles ont exprimées et les déclarations qu’elles ont faites au sujet des campagnes de sécurité vont à l’encontre du propre récit ronflant des autorités, qui met en évidence le manque de transparence et l’implication de la prise en main nationale.

Une Palestinienne travaillant dans un centre pour les femmes dans le camp de réfugiés de Jénine m’a dit : « Lorsque les campagnes de sécurité ont commencé en 2007, nous avons ressenti un peu d’optimisme. Mais ensuite les choses ont commencé à se détériorer, nous n’arrivions pas à comprendre ce qu’elles voulaient faire, quels types d’armes elles visaient, pourquoi elles arrêtaient les leaders locaux qui avaient mené l’Intifada ou pourquoi elles en tuaient d’autres. Nous leur donnions [aux FSAP] des fleurs et de la nourriture, nous leur faisions du café mais ils nous ont remercié avec des balles et en entrant dans nos maisons en défonçant les portes. » Un cadre du Fatah du camp de Balata, qui avait été un chef local pendant la Première Intifada, a dit : « Les campagnes sécuritaires ont fait des trous dans notre cause et dans notre lutte nationale comme dans nos corps, et les Forces de sécurité de l’AP n’ont jamais essayé de les réparer. Avec les campagnes de sécurité, l’AP a transformé nos communautés en gruyère… pleines de trous. »

Pendant mon travail sur le terrain, le manque de confiance entre les FSAP et les habitants du camp était tangible dans le langage dominant sur l’autre (« eux » et « nous »). Un jeune du camp de Jénine a conclu que « le camp a été visé non pas parce que nous sommes une bande de voyous et de criminels, comme nous dépeignent les FSAP, mais parce que nous sommes comme un arbre plein de fruits : tout le monde veut lancer une pierre pour en attraper un pour son bénéfice égoïste. » Pour sa part, un cadre féminin dans le camp de Balata a affirmé que « lorsque les gamins des camps commencent à accueillir les FSAP avec des fleurs et non des pierres, » alors il peut y avoir une lueur d’espoir pour combler l’écart de légitimité.

En plus de la sphère opérationnelle, la méfiance envers le système sécuritaire de l’AP s’est étendue aux sphères judiciaires, formelles et informelles. Afin de donner au processus un peu de légitimité, les FSAP se sont d’abord appuyées sur les leaders locaux dans les camps pour faciliter les campagnes de sécurité et exécuter des opérations particulières. Ces chefs faisaient partie intégrante du désarmement et de la collecte des armes et percevaient des compensations financières quand les armes étaient remises à l’AP. Non seulement les résidents du camp ont fortement contesté ce rôle de facilitation, mais ils ont aussi allégué que les chefs locaux ont tiré des profits financiers des campagnes de sécurité. De façon ironique, après la reprise en main, les FSAP ont écarté les leaders locaux et ont arrêté beaucoup d’entre eux.

Le chef de la commission des services du camp de Jénine dirigée par le Fatah était impatient de relater ce qui suit :

« Une fois que nous avons livré… remis… les agents du Hamas et du Jihad Islamique, ainsi que les voyous ordinaires à l’AP, ce fut notre tour (au Fatah). Les dirigeants de l’AP, aidés par leur doctrine et leur appareil sécuritaires, ont démantelé notre branche armée, ils ont confisqué nos armes, au fond en nous roulant – et nous avons dit d’accord, nous acceptons ça. Mais maintenant, ils nous raflent, ils essaient de nous faire renoncer à nos principes et à nos idéaux, à changer nos convictions politiques, et par-dessus le marché ils nous menacent de perdre nos emplois. En mai de cette année, après le décès du gouverneur de Jénine, l’AP a arrêté et torturé quelques sept cents personnes du camp. En bref, ces opérations de sécurité inutiles ont abouti à la perte de toute légitimité de l’AP dans le camp – si elle en avait jamais eu. »

En outre, les FSAP ont contraint les gens à obéir aux conclusions des mécanismes informels de justice et les ont dissuadés de chercher à obtenir réparation par des voies plus officielles [33]. Les FSAP ont commis de nombreuses violations des droits de l’homme, telles la torture de prisonniers politiques, l’humiliation publique et la détention sans inculpation, et les familles et les clans ont été contraints de faire face à ces excès à titre personnel, par les dispositifs traditionnels de la conciliation tribale plutôt que par des tribunaux ou par le système judiciaire officiel. Ces questions furent réglées entre « tasse de café et conciliation » [finjan qahwa wa ‘atwa], renforçant encore l’écart de légitimité et amplifiant la méfiance.

Une femme de 35 ans vivant dans le camp de Jénine m’a dit :

« Mon époux a été arrêté et torturé par l’AP pendant quarante-cinq jours. Lorsque nous avons voulu porter plainte contre l’AP, l’ainé de la famille est venu chez nous, à la demande de l’Autorité palestinienne, avec cinquante hommes derrière lui pour pousser mon mari à résoudre le problème à l’amiable. Ils nous ont tués et ils voulaient qu’on résolve la question à l’amiable ! Nous n’avions pas le choix… Mais bien sûr, ce que cela signifie, c’est que nous porterons en nous cette souffrance et cette humiliation jusqu’à la fin de nos jours. Je ne pardonnerai jamais quiconque nous oblige à renoncer à nos droits. »

La priorité des FSAP était de consolider le pouvoir et de garantir qu’elles avaient le monopole de l’utilisation de la violence dans la sphère politique, quelles qu’en soient les conséquences. Leur mission était d’établir la règle de « un fusil, une loi, une autorité » [34], un slogan électoral majeur de la campagne électorale d’Abbas en 2005 et un principe cardinal des gouvernements Fayyad successifs après 2007 – même si cela se faisait au détriment de la sécurité du peuple, des droits humains fondamentaux ou bien sûr de leur capacité à résister à l’occupation. En fait, la mise en œuvre du slogan « un fusil, une loi, une autorité » signifiait d’affronter bille en tête la notion et la pratique de résistance, et en particulier la résistance armée à l’occupation israélienne.

Mater les camps, mater la résistance : transformation autoritaire et détention arbitraire

Les campagnes sécuritaires de l’AP ne furent pas seulement illégitimes aux yeux de leurs cibles mais elles ont également eu des effets délétères sur le mouvement de la résistance, et c’est ce message qui a constitué l’essentiel de ce que les voix de la base populaire exprimaient. L’« échec délibéré » de l’AP, comme l’a dit une personne interviewée pour faire une distinction claire entre « les armes de l’anarchie » et celles de « la résistance armée » signifiait que les gens étaient également ciblés, qu’ils fussent des criminels ou des résistants. Comme l’a demandé avec éloquence un résident du camp de Balata, « comment un voleur peut-il être détenu dans la même prison qu’un muqawim (combattant de la liberté) ?

Criminaliser la résistance contre l’occupation israélienne fut un thème commun invoqué par les personnes interrogées. Un ancien membre des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa du Fatah, qui fut arrêté pendant les campagnes de sécurité de Jénine, a fait ces commentaires :

« Ils nous considèrent comme des criminels et nous traînent devant les juges des tribunaux militaires parce que nous résistons à l’occupation. Est-ce un crime de résister à l’occupation ? C’est certainement un devoir pour un peuple occupé ! Ils veulent juste nous soumettre et nous dépouiller de notre dignité (…). J’ai été torturé dans la prison de Jéricho de l’AP pendant quatre-vingt-trois jours, sans inculpation ni accès à un avocat. Ensuite, ils m’ont désigné un avocat qui m’a conseillé d’avouer et de signer une déclaration disant que je m’abstiendrai de m’engager dans une soi-disant activité criminelle. Je suis un combattant de la liberté. Je ne suis pas un voleur ! »

Un autre ancien membre des brigades qui a également été arrêté lors d’une des campagnes de sécurité à Naplouse a été détenu par l’AP pendant cinquante-quatre jours à al-Juneid (Naplouse), puis pendant trente-deux autres jours à la prison d’Al-Dhahiriyya à Hébron (du 25 juin au 27 juillet 2012). Bien qu’il ait réussi à intégrer la police civile de l’AP et qu’il soit père de quatre enfants, il a été mis en détention sur plusieurs accusations ambiguës et parfois contradictoires, parmi lesquelles : constituer une menace sécuritaire pour sa communauté ; être toxicomane et dealer ; participer à des activités criminelles et de corruption ; détention et trafic d’armes ; être un partisan de Mohammad Dahlan [35] ; et même être membre du Hamas ! En novembre 2007, il avait remis deux fusils à l’AP, un M16 court avec un logo israélien et un M16 long arborant un cèdre du Liban ; il a reçu 18.500 $ pour les deux armes, ainsi qu’une amnistie israélienne conditionnelle d’un mois après leur remise. Le document d’amnistie, qu’il a sur lui en permanence (et qu’il m’a montré pendant l’entretien), indique que si quiconque le signale, ou s’il est vu en compagnie de personnes recherchées par les autorités, ou s’il porte n’importe quel type d’arme, y compris son arme de service remise par l’AP, l’amnistie sera annulée.

« Dans la prison al-Dhahiriyya, c’était la ‘fête au terrorisme’ [haflet irhab]. Il y avait du sang sur les murs et les bruits des tortures se répercutaient dans tout le bâtiment – alors qu’on avait les yeux bandés, on entendait les gens crier et hurler, les portes claquaient, le bruit des gens qu’on cognait contre les murs (…). Je pose la question, où ont-ils appris toute cette agressivité ? Ils ont pris du plaisir à me torturer. J’ai passé des jours dans une cellule minuscule, 1m20 x 2m. Un jour, ils sont arrivés avec un seau d’eau sale et ils l’ont jetée dans la cellule. C’était un cauchemar : torture, interrogatoire, être suspendu pendant des heures selon la technique du ‘shabeh’ [36], être sous surveillance constante avec des caméras et des capteurs sonores partout, être privé de sommeil la nuit, l’irruption dans les cellules après minuit, le changement d’interrogateurs tous les jours, etc. etc. – et tout ça parce qu’ils voulaient que je cesse de résister à l’occupation ! »

Notre conversation fut interrompu par une sirène très forte, qui s’est avérée être la sonnerie de son téléphone portable. Il a continué son récit, avec de l’amertume dans la voix, ses jambes tremblaient et il transpirait abondamment. « Ces cinquante-quatre jours furent les pires de ma vie. J’avais de longues conversations avec les araignées, les fourmis et les moustiques dans ma cellule. Je ne cessais de leur dire : prenez votre part de mon sang et laissez-moi tranquille ! J’observais intensément les mouvements des fourmis dans ma cellule (…) ! Je les nourrissais puis je les tuais. C’est exactement ce que l’AP fait avec nous. Ils paient nos salaires puis ils viennent nous tuer. »

Il s’est interrompu, a mis les mains sur son ventre et a dit qu’il se sentait mal. Continuant à transpirer et à trembler, il a ajouté : « Chaque fois que je parle de ça j’ai d’énormes douleurs dans le ventre et dans tout le corps. » Cet homme a fini par être libéré de prison après que le Président Abbas a signé des amnisties sécuritaires au moment du Ramadan et de l’Eid al-Fitr cette année. Craignant qu’il aille voir une organisation de défense des droits de l’homme pour porter plainte, les FSAP lui ont demandé une garantie fiscale de 7.000 livres jordaniennes (environ 10.000 $) souscrite par la Chambre de Commerce de Naplouse. Elles lui ont également demandé de signer l’engagement, écrit en arabe, en anglais et en hébreu, de ne porter aucune arme, de ne pas voyager ou circuler en Cisjordanie, et d’être en garde à vue la nuit au poste de police principal de Naplouse entre 20h et 8h du matin, toutes les nuits.

Pendant nos deux heures de conversation, l’un des chefs de la bataille de Jénine en 2002 qui était sur la liste israélienne des personnes les plus recherchés pendant la Deuxième Intifada, a décrit son arrestation et sa détention dans la prison de l’AP à Jéricho entre mai et octobre 2012 :

« Le chef de la Police civile m’a appelé pour aller prendre un café avec lui, mais quand je suis arrivée, c’était un piège. Tout d’un coup, des membres des forces de la sécurité préventive ont surgi dans le bureau, m’ont brutalement attaché les mains dans le dos, m’ont mis une capuche sur la tête et m’ont traîné dans les escaliers jusqu’à leur jeep. Ils m’ont conduit à Jéricho, en passant tous les checkpoints israéliens. Quelle ironie de voir que chaque checkpoint israélien s’ouvrait pour moi pendant que l’AP m’arrêtait ! Je les ai même entendu dire [les FSAP], en hébreu par téléphone, ‘On l’a eu!’. J’ai des problèmes de santé, j’ai toujours cinq balles dans les jambes et quatre dans le dos depuis 2002. Une bombe m’a aussi explosé à la figure en 2002 mais les FAPS ont refusé que les médecins m’examinent en prison. Après avoir été enfermé dans une cellule au sol sale et humide pendant une semaine, j’ai eu une infection bactérienne au dos. Après ils ont commencé les tortures physiques, ils me cognaient violemment contre le mur et ils m’ont maintenu renversé et attaché par les mains et les pieds à une petite chaise selon la technique du « shabeh » pendant trois jours. Après huit jours de ce régime et bien que j’avais le droit d’avoir un matelas, ils ont refusé de m’en laisser avoir un si je n’avouais pas un crime que je n’ai jamais commis. Pendant mes cinq mois de prison, je n’ai pas été une seule fois interrogé par le procureur. Ils ont fait un exemple avec moi, pour montrer à tous les autres prétendus prisonniers sécuritaires qu’il n’y a pas d’exception et que même les dirigeants de la résistance armée peuvent être arrêtés et torturés. Ils m’ont bandé les yeux et m’ont jeté au sol, la tête sous les bottes de celui qui m’interrogeait et ils ont ouvert la petite lucarne d’observation en haut de la porte pour que les autres prisonniers me voient dans cet état. C’était tellement humiliant (…), en parler me perturbe, je suis bouleversé. »

Un habitant de Balata a résumé les conséquences de la campagne de sécurité sur l’espace disponible pour la dissidence de la façon suivante : « Depuis 2007, les rassemblements publics ne sont autorisés qu’à trois occasions : les mariages, les funérailles ou les rassemblements de prison. » Un chercheur de terrain local travaillant pour une grande organisation palestinienne de défense des droits de l’homme m’a dit que les violations du droit étaient courantes, notamment « les arrestations et les raids des domiciles sans mandat judiciaire, les interrogatoires prolongés dans les locaux des forces de sécurité sans inculpation ni procès, la comparution devant un tribunal après des semaines de détention sans inculpation, pas d’inculpations officielles ou d’accusations spécifiques. » Il a ajouté : « En fait, je viens de recevoir un appel des Forces de la sécurité préventive me demandant d’aller les voir, et je suis sûr qu’ils veulent m’interroger sur le dernier rapport que j’ai écrit. »

Quelques semaines après sa libération, un jeune de 18 ans du camp de Jénine, avec de marques de torture toujours visibles sur de nombreuses parties du corps, m’a dit : « J’ai été accusé de trouble et menace à l’ordre public en tant que chef du gang des Diables. Ils m’ont accusé d’avoir écrit une déclaration et de l’avoir distribuée dans tout le camp, mais il se trouve que je ne sais ni lire ni écrire ! »

Debout dans son atelier, un charpentier de 24 ans, le visage triste et les mains et les jambes tremblantes, me raconte :

« J’ai été arrêté et emprisonné trois fois dans les geôles de l’AP à Jéricho et à Jénine. Je n’ai jamais été autant humilié de toute ma vie que pendant cette année-là. Douze jours sans dormir, attaché dans une position douloureuse à une chaise cassée. Les chaînes que j’avais aux mains mordaient ma peau et mes os. Dix-sept jours d’isolement dans une cellule glaciale, avec un matelas pourri et dégoûtant et les pires repas possibles. Je me croyais à Guantanamo. A Jéricho, la prison est souterraine et elle compte vingt-huit cellules, trois salles plus grandes, une cuisine qui est souvent utilisée pour la torture, et une salle d’interrogatoires qui comprend une unité dite de soins de santé. C’est le même modèle que les prisons israéliennes. »

Il ressort clairement de ces témoignages et d’autres similaires que beaucoup de gens, dans les deux camps, qu’ils soient des acteurs de la société civile ou des membres d’organisations locales, considèrent que les objectifs des campagnes de sécurité furent la création d’une culture de la peur pour que l’AP puisse consolider son pouvoir et montre sa capacité à gouverner des espaces réputés difficiles. La dynamique de la coordination sécuritaire avec Israël est telle que pour les résidents des camps, les sources d’insécurité internes, ou d’origine intérieure, forment encore une autre strate de peur et d’humiliation dans leur expérience de l’occupation israélienne.

Coordination sécuritaire: la domination comme coopération

[37]

La coordination de la sécurité avec Israël est une caractéristique déterminante de la doctrine de l’Autorité palestinienne en matière de sécurité, et une source majeure de tension entre le peuple palestinien et ses représentants. [38] Bien qu’elle soit un sous-produit des Accords d’Oslo de 1993 [39], cette coopération est devenue la question principale dans le projet d’édification de l’État par l’AP. Elle a ensuite été écrite dans le marbre dans la période qui a suivi 2007. [40]

Mais ses détracteurs considèrent que la coordination sécuritaire a eu un impact préjudiciable sur la légitimité de l’Autorité palestinienne, et elle est perçue par beaucoup de Palestiniens comme une forme de trahison nationale. [41] Cette collaboration entre les PASF et l’armée israélienne se manifeste de plusieurs façons, notamment: l’arrestation par les PASF des suspects palestiniens recherchés par Israël; la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons; le partage du renseignement entre l’armée d’occupation et les PASF; la politique de la porte tournante entre les prisons israéliennes et palestiniennes par laquelle les militants palestiniens font des passages successifs pour les mêmes infractions; des réunions, des ateliers et des formations régulières etre israéliens et Palestiniens. [42]

En mai 2014, le président Abbas a déclaré que « la coordination de la sécurité [avec Israël] est sacrée, [c’est] sacré. Et nous allons continuer, indépendamment de nos désaccords ou accords sur le plan politique »[43]. Cependant, la grande majorité des Palestiniens ne sont tout simplement pas d’accord. Un sondage auprès des habitants palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza par le «Arab Center for Research and Policy Studies» [Centre arabe pour les études de la recherche sur les politiques] en 2014, a montré que 80% des personnes interrogées s’opposaient à la poursuite de la coordination sécuritaire avec Israël. [44]

Ce désaccord fondamental entre le public palestinien et sa direction politique officielle a entraîné une colère populaire, ce qui a mené à des manifestations qui ont été violemment réprimées. Une telle colère se reflète également dans la façon dont les PASF sont perçus. Après 2007, les PASF étaient souvent appelées « les forces de Dayton », en référence au lt. Gen. Keith Dayton, l’architecte en chef de l’équipe des coordonnateurs de la sécurité des États-Unis (USSC), responsable de la formation des neuf bataillons qui ont mené les campagnes repressive dans les camps de réfugiés de Balata et Jénine.

Dans un discours tenu en 2009 à Washington, Dayton a salué les « nouveaux hommes palestiniens » que son équipe avait formés et a cité des commandants de l’IDF qui lui demandaient: « Combien de plus de ces nouveaux Palestiniens peuvez-vous produire et à quelle rythme ? » Le général américain a également fait référence aux paroles d’un haut fonctionnaire palestinien qui s’exprimait devant une classe de gradués du PASF en Jordanie, formés sous les auspices de l’USSC. « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à lutter contre Israël », a déclaré le fonctionnaire, selon Dayton: « mais vous avez été plutôt envoyés ici pour savoir comment conserver l’ordre public, respecter le droit de tous nos citoyens et imposer la loi afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël ». [45] De telles déclarations, en plus des révélations des Documents palestiniens [46], ont encore alimenté les perceptions négatives du public sur la doctrine de la collaboration sécuritaire et sur ses implications sur la vie des Palestiniens. [47]

La grande majorité des personnes interrogées dans les camps [de réfugiés] ont exprimé leur mécontentement à l’égard de la coordination sécuritaire. Un responsable communautaire dans le camp de Jénine m’a dit: « Je n’ai pas de problème avec [cela] tant que c’est réciproque. Cependant, ce n’est pas le cas. Ce sera une histoire entièrement différente lorsque l’AP pourra demander à Israël d’arrêter un colon et de protéger la sécurité des Palestiniens. Il n’y a pas de sens dans la coordination, mais seulement de la domination ». Un responsable de communauté du camp de Balata l’a dit plus brutalement: « Les campagnes de sécurité ont fait une chose: elles ont minimisé le nombre des agressions israéliennes et ont confié aux PASF le rôle des forces d’occupation. Elles ont en fait instaurer une division du travail ».

La politique de la porte tournante (al-bab al-dawar) était particulièrement sensible pour ceux qui en avaient souffert. Une des personnes interrogées dans le camp de Jénine qui avait passé du temps dans les prisons israéliennes et palestiniennes m’a expliqué : « J’ai été détenu pendant neuf mois dans la prison des Forces de sécurité préventives de l’AP parce que j’appartenais au Hamas. Trois semaines après ma libération de la prison de l’AP, Israël m’a arrêté exactement sur les mêmes accusations. Ils ont littéralement utilisé les mêmes mots. » De son côté, un cadre de Fatah âgé de trente-trois ans du camp de Balata m’a raconté : » Après six mois de détention administrative [sans inculpation ni procès] dans une prison israélienne et avant que je puisse jouir de la liberté, les forces de la PA ont attaqué notre maison après minuit et m’ont emprisonné pour une période de huit mois. Ils ne m’ont pas posé de questions en prison. Ils m’ont simplement montré un document et ont dit « beseder » [« bien », en hébreu]; « beseder, votre dossier est prêt, et maintenant tout ce que vous avez à faire est d’attendre la miséricorde de Dieu! » Même ceux qui pensaient que les campagnes de sécurité et les réformes avaient permis des résultats positifs restaient prudents en exprimant une satisfaction muette.[48]

« Nous faisons notre travail »

Le personnel de sécurité de l’Autorité palestinienne a des vues complètement différentes de celles du grand public. Ils ont compris leur travail en termes techniques et ont exprimé une forte volonté d’en appliquer les règles, car cela leur a été expliqué par leurs commandants. « Les affaires sont les affaires et je fais mon travail », m’a déclaré un membre des PASF à Naplouse. « Allez demander aux gens et vous vous rendrez compte que nous faisons bien les choses et que tout les autres ont tort », a-t-il ajouté. « Vous ne pouvez pas avoir deux coqs dans la même basse-cour », a déclaré en toute confiance un autre agent local de sécurité. « Ce sont les forces de sécurité de l’AP ou les milices et les factions armées. Il n’y a pas de justification pour l’existence de l’Autorité palestinienne si sa tâche numéro un n’est pas une application de la sécurité. » Un agent des forces de sécurité préventive mentionnées ci-dessus le déclare comme suit: » Il n’y a pas de résistance (et encore moins de résistance armée) et c’est pourquoi les conditions de sécurité sont meilleures. Malheureusement, les campagnes de sécurité signifient également que l’AP doit s’occuper de celle [de ses agents] (al-Sulta lazim ta’kul wladha). Je veux dire que tout le monde parle de prisonniers et de torture, même s’il n’y a rien de tel, mais personne ne parle des problèmes auxquels sont confrontés les interrogateurs. C’est leur travail et ils doivent interroger les prisonniers, mais personne ne les protège si les prisonniers décident plus tard d’appliquer des représailles ».

Lorsqu’on l’interroge sur la violence des PASF et leur utilisation excessive de la force pendant les descentes de police et dans les prisons de l’AP, un agent de sécurité au bureau de liaison de la police de Naplouse m’a dit: « Bien, l’utilisation excessive de la force peut être un problème, mais dans certains cas il n’y a pas d’autre choix que d’y recourir. Le droit international permet l’utilisation de la force selon ce que les experts européens et locaux nous ont enseigné. Mais ces lois sont très biaisées [vers l’humanitarisme] et elles doivent être adaptées parce que nous avons besoin de plus de marge de manœuvre pour utiliser la force physique avec les détenus. » Lorsque j’ai cité ces paroles à un haut responsable du ministère de l’Intérieur de l’AP, sa première réaction a été de demander: « Pourquoi êtes-vous surpris ? C’est notre travail. » Il a ensuite ajouté: « En fin de compte, le fait que les forces de sécurité palestiniennes opèrent sous le contrôle de l’occupant est embarrassant pour tout le monde parce que les gens souhaitent que ces forces de sécurité les protègent contre les Israéliens, mais cela n’arrivera jamais. »

La réforme du secteur de la sécurité dans le cadre de l’édification de l’État post-2007 de l’AP ne visait pas seulement à améliorer le fonctionnement et l’efficacité des PASF et à assurer la stabilité et la sécurité d’Israël, mais elle a également cherché à endiguer la résistance à l’occupation et à la domination coloniale d’Israël en criminalisant le militantisme et en démantelant son infrastructure de base. L’AP et ses forces de sécurité ont utilisé le harcèlement, la mise à l’écart, l’arrestation, la détention et la torture contre ceux qui se sont engagés à résister à Israël, et ont démantelé les structures qui soutiennent une telle résistance grâce à la conduite de campagnes de sécurité agressives dans les espaces les plus militants de la Cisjordanie occupée.

Comme l’ont suggéré les témoignages recueillis auprès des personnes ordinaires – ce que j’ai appelé les voix de base – dans les camps de réfugiés de Balata et Jénine, les campagnes de sécurité ont été largement perçues comme illégitimes et inefficaces. Ces voix de base contestent fondamentalement l’affirmation selon laquelle les PASF faisaient leur travail pour maintenir l’ordre public, et soutiennent que plutôt que d’éprouver un sentiment de sécurité plus élevé, ils ont assisté à la transformation de l’AP en un régime autoritaire dont les forces de sécurité se rapprochent de celles d’un Etat policier en gestation. En somme, alors que la référence de la réforme de la sécurité était de mettre en place une institution de sécurité professionnelle, les gens ordinaires voulaient une protection contre leur principale source d’insécurité, à savoir l’occupation militaire israélienne. Comme l’a dit une des personnes interrogées : « Cela ne signifie rien pour moi si nous avons les forces de sécurité et l’armée les meilleures du monde si elles ne sont pas capables de me protéger. »

Épilogue

Recueillir l’opinion des gens ordinaires est une tâche particulièrement difficile. Dans le cas présent, non seulement parce que les problèmes de sécurité sont sensibles en soi, mais aussi en raison du degré élevé de frustration et de désespoir parmi les Palestiniens après les deux dernières décennies d’occupation israélienne, et à cause d’une Autorité de plus en plus répressive. En sortant du camp de Jénine le dernier jour de mon enquête de terrain, j’ai vu un certain nombre de personnes se rassembler autour d’un homme. « Quand mon enfant veut mourir, il est si douloureux d’entendre un tel souhait », criait-il aux passants. « Comme je n’ai pas un shekel à lui donner, je préfère encore mieux me tuer. Lorsque les dirigeants palestiniens nous pendent à l’envers dans les airs, qu’est-ce qui reste de cette vie ? » Tenant une bouteille remplie d’essence et des allumettes d’une main, et sa fille dans l’autre, il n’a été dissuadé de se mettre le feu que par les cris terrorisés de son enfant. De tels incidents ne sont pas particulièrement exceptionnels lorsque la misère, la colère et l’injustice sont les caractéristiques dominantes de la vie quotidienne.

Notes

[1] Ashraf Ghani and Clare Lockhart, Fixing Failed States: A Framework for Rebuilding a Fractured World (Oxford: Oxford University Press, 2008); David Chandler and Timothy Sisk, eds., The Routledge Handbook of International Statebuilding (London: Routledge, 2013).
[2] Alaa Tartir, “Securitised Development and Palestinian Authoritarianism under Fayyadism,” Conflict, Security & Development 15, no. 5 (2015): pp. 479–502, doi:10.1080/14678802.2015.1100016.
[3] Ursula Schroeder, Fairlie Chappuis, and Deniz Kocak, “Security Sector Reform and the Emergence of Hybrid Security Governance,” International Peacekeeping 21, vol. 2 (2014): pp. 214–30.
[4] Tahani Mustafa, “Damming the Palestinian Spring: Security Sector Reform and Entrenched Repression,” Journal of Intervention and Statebuilding 9, no. 2 (2015): pp. 212–30, doi:10.1080/ 17502977.2015.1020738.
[5] Mandy Turner, “Peacebuilding as Counterinsurgency in the Occupied Palestinian Territory,” Review of International Studies 41, no. 1 (2015): pp. 73-98, doi:10.1017/S0260210514000072.
[6] Alaa Tartir, “How U.S. Security Aid to PA Sustains Israel’s Occupation,” Al Jazeera, 2 December 2016, http://www.aljazeera.com/indepth/features/2016/11/security-aid-pa-sustains-israel-occupation-161103120213593.html.
[7] Office of the United Nations Special Coordinator for the Middle East Peace Process, Report to the Ad Hoc Liaison Committee (Brussels: United Nations, 19 March 2013), http://unispal.un.org/UNISPAL.NSF/0/AA6446B2E5DCE0FF85257B3200476A2A; Office of the United Nations Special Coordinator for the Middle East Peace Process, Closing the Gap: Palestinian State-Building and Resumed Negotiations; Report to the Ad Hoc Liaison Committee (New York: United Nations, 25 September 2013), https://unispal.un.org/DPA/DPR/unispal.nsf/1ce874ab1832a53e852570bb006dfaf6/a401c83882977c1f85257bea00663df0?OpenDocument.
[8] Sabrien Amrov and Alaa Tartir, “After Gaza, What Price Palestine’s Security Sector?,” Al-Shabaka Policy Brief, 8 October 2014,http://www.nytimes.com/2014/11/27/opinion/subcontracting-
repression-in-the-west-bank-and-gaza.html?_r=0.
[9] Sabrien Amrov and Alaa Tartir, “Subcontracting Repression in the West Bank and Gaza,” New York Times, 26 November 2014, http://www.nytimes.com/2014/11/27/opinion/subcontracting- repression-in-the-west-bank-and-gaza.html?_r=0.
[10] International Crisis Group, Ruling Palestine II: The West Bank Model?, report no. 79, 17 July 2008,
https://www.crisisgroup.org/middle-east-north-africa/eastern-mediterranean/israelpalestine/ruling-palestine-ii-west-bank-model.
[11] Les gouvernorats entiers de Naplouse et de Jénine (y compris les autres camps de réfugiés, les quartiers et les villages) ont été soumis à des opérations de sécurité et à des descentes de police, mais les camps de réfugiés de Jénine et Balata étaient les critères permettant de mesurer le succès d’autres campagnes de sécurité. Balata et Jénine étaient deux des lieux les plus rebelles contre les incursions israéliennes lors de la deuxième Intifada, et les factions politiques (Fatah, Hamas ou autres) ont une longue histoire d’enracinement dans ces camps.
[12] Refugee Review Tribunal, RRT Research Response, no. PSE33593, 5 August 2008, http://www.ecoi.net/
file_upload/1997_1300358528_pse33593.pdf; Giorgia Giambi, The “Jenin Pilot”: A Monitoring Report (Jerusalem: Center for Democracy and Community Development, 2009).
[13] United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), “Jenin Refugee Camp Profile,” 2008, http://www.ochaopt.org/documents/opt_campprof_unrwa_jenin_oct_200.pdf; United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA), Camp Profiles, 2014, http://www.unrwa.org/where-we-work/west-bank/camp-profiles?field=12.
[14] OCHA, “Balata Refugee Camp Profile,” 2008, http://www.ochaopt.org/documents/opt_campprof_unrwa_balata_nov_2008.pdf; UNRWA, “Camp Profiles.”
[15] Amnesty International, “Shielded from Scrutiny: IDF Violations in Jenin and Nablus,” 4 November 2002, https://www.amnesty.org/download/Documents/120000/mde151432002en.pdf; and Human Rights Watch, “Jenin: IDF Military Operations,” Human Rights Watch 14, no. 3 (May 2002), https://www.hrw.org/reports/2002/israel3/israel0502.pdf.
[16] En juillet 2004, Zakaria Zubeidi, un dirigeant des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa à Jenin, a déclaré à un journaliste: « Je suis le La plus haute autorité « . Une semaine plus tard, il a déclaré à un autre journaliste:« Je suis responsable. La police? Ils ont juste perturbé le trafic. S’il y a un problème, les gens viennent à moi. « Il a ajouté: » Je ne prends pas les commandes de n’importe qui. Je ne suis pas du genre à emboîter le pas. » Au début de 2005, lorsque le président de l’AP Mahmoud Abbas et Zubeidi faisaient la tournée de Jénine ensemble lors d’une campagne électorale présidentielle, les foules chantaient le nom de Zubeidi et non pas celui d’Abbas. Voir Kimberly Marten, “Reformed or Deformed? Patronage Politics, International Influence, and the Palestinian Authority Security Forces,” International Peacekeeping 21, no. 2 (2014): pp. 181–97.
[17] Pour plus d’information sur le rpôle des deux camps durant la seconde IOntifada, voir Philip Leech, The State of Palestine: A Critical Analysis (London: Routledge, 2016); Linda Tabar, “Memory, Agency, Counter-Narrative: Testimonies from Jenin Refugee Camp,” Critical Arts 21, no. 1 (2007): pp. 6–31.
[18] Le projet de renforcement de l’Etat post-2007 de l’AP avait pour but d’établir un monopole de la violence dans le domaine de la sécurité. Cela signifiait que les forces de sécurité légales de l’Autorité palestinienne étaient les seuls organismes ayant le droit et l’exclusivité à contrôler le domaine de la sécurité. Conformément au modèle weberien, d’autres acteurs non étatiques, des regroupements informels et des groupes de résistance armée doivent être marginalisés, démantelés, cooptés, intégrés, désarmés ou punis. Dans le contexte général de l’occupation et de la colonisation israéliennes, cependant, le modèle weberien génère des tensions et des contradictions.
[19] À la suite de ces campagnes de sécurité, l’Organisation arabe pour les Droits de l’homme a déclaré que « les données recueillies de juin 2007 à la fin de 2011 indiquent que les forces de sécurité de l’AP ont arrêté 13 271 citoyens palestiniens, dont 96% ont été soumis à diverses méthodes de torture. L’observatoire euro-méditerranéen pour les Droits de l’homme a signalé qu’en 2013, les forces de sécurité palestiniennes en Cisjordanie ont arrêté arbitrairement 723 personnes et en ont interrogé 1137 sans aucune accusation claire ou une décision judiciaire ou un mandat d’amener. En 2012, la Commission indépendante des droits de l’homme (CIRH) a reçu 3185 plaintes, contre 2876 plaintes en 2011 et 3828 en 2010.
[20] Voir Alaa Tartir, “The Evolution and Reform of Palestinian Security Forces, 1993– 2013,” Stability: International Journal of Security & Development 4, no. 1 (2015): pp. 1–20, doi:http://dx.doi.org/10.5334/sta.gi.
[21] Unless otherwise stated, all quotations are taken from interviews conducted by the author in Balata and Jenin camps between August and December 2012.
[22] Mélanie Cambrezy, “Security Sector Reform in Palestine (1993–2013): Fragmenting the Political Scene While Building a ‘Partner for Peace,’” (paper presented at the 2014 International Studies Association annual convention, Toronto, April 2014).
[23] Massimo Calabresi, “Can Obama’s Model for Peace Survive Gaza?,” Time, 16 January 2009, http://www.time.com/time/nation/article/0,8599,1872425,00.html.
[24] Israel Defense Forces, “Pilot ‘Jenin’: Details and Focal Points,” Military Strategic Information Section, 5 August 2008, https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Peace/pilotjenin.ppt.
[25] Giambi, The “Jenin Pilot,” p. 33.
[26] Ethan Bronner, “Palestinian Forces Dilute Hebron’s Volatile Brew,” New York Times, 25 November 2008, http://www.nytimes.com/2008/11/26/world/middleeast/26hebron.html.
[27] Giambi, The “Jenin Pilot,” p. 33.
[28] Jim Zanotti, U.S. Security Assistance to the Palestinian Authority (Washington: Congressional Research Service, 8 January 2010), https://fas.org/sgp/crs/mideast/R40664.pdf.
[29] Linda Tabar, “The ‘Urban Redesign’ of Jenin Refugee Camp: Humanitarian Intervention and Rational Violence,” Journal of Palestine Studies 41, no. 2 (2012): pp. 44–61.
[30] Philip Leech, “Who Owns ‘the Spring’ in Palestine? Rethinking Popular Consent and Resistance in the Context of the ‘Palestinian State’ and the ‘Arab Spring,’” Democratization 22, no. 6 (2015): pp. 1011–29, doi:10.1080/13510347.2014.899584.
[31] Leech, “Who Owns ‘the Spring,’” p. 11.
[32] Marten, “Reformed or Deformed?”; Yezid Sayigh, “Policing the People, Building the State: Authoritarian Transformation in the West Bank and Gaza” (Carnegie Paper, Carnegie Middle East Center, Carnegie Endowment for International Peace, Washington, February 2011), http://carnegieendowment.org/files/gaza_west_bank_security.pdf.
[33] Amnesty International, “‘Shut Up We Are the Police’: Use of Excessive Force by Palestinian Authority in the Occupied West Bank,” Amnesty International Briefing, 23 September 2013, https://www.amnesty.org/en/documents/MDE21/006/2013/en/; Human Rights Watch, “Palestine: No Action in Assault by Police,” 19 May 2014, https://www.hrw.org/news/2014/05/19/palestine-no-action- assault-police.
[34] “Security Chaos and Palestinian Elections” [in Arabic], interview with Mahmoud Abbas, transcript, Al Jazeera, last updated 17 January 2006, https://goo.gl/1vgaFr.
[35] Mohammad Dahlan est un ancien membre du Comité central du Fatah et ancien chef de la Force de sécurité préventive à Gaza et du Conseil de sécurité nationale palestinien. Il a été exclu du Fatah en 2011 et s’est exilé (il vit actuellement à Abu Dhabi) à la suite de la discorde croissante entre lui et le président de l’AP et le chef du Fatah, Abbas. Dahlan a été accusé de corruption, de l’empoisonnement d’Arafat et de préparer un coup d’Etat contre Abbas. En novembre 2016, le Fatah a tenu son Septième Congrès général pour élire une nouvelle direction et éliminer Dahlan et ses partisans de la tête de l’organisation. L’AP mène aujourd’hui des offensives répressives dans les camps de Balata et de Jénine, au motif que ces deux camps sont des bastions de Dahlan.
[36] Le shabeh est une “combinaison de méthodes utilisée pour des périodes prolongées, impliquant l’isolement sensoriel, la privation de sommeil et l’imposition de la douleur. Le shabeh habituel implique de bloquer les mains et les jambes du détenu sur une petite chaise, inclinée vers l’avant afin que le détenu ne puisse pas s’asseoir dans un poste stable.“ Voir: B’Tselem, “Routine Torture: Interrogation Methods of the General Security Service, February 1998,” http://www.btselem.org/publications/summaries/199802_routine_torture.
[37] Je suis redevable à Jan Selby pour le cadre conceptuel de cette section. Voir: Jan Selby, “Dressing Up
Domination as ‘Cooperation’: The Case of Israeli-Palestinian Water Relations,” Review of International Studies 29, no. 1 (2003): pp. 121-38, doi:10.1017/S026021050300007X; and Jan Selby, “Cooperation, Domination and Colonisation: The Israeli-Palestinian Joint Water Committee,” Water Alternatives 6, no. 1 (2013): pp. 1–24,
http://www.water-alternatives.org/index.php/volume6/v6issue1/196-a6-1-1/file.
[38] Tariq Dana, “The Beginning of the End of Palestinian Security Coordination with Israel?,” Jadaliyya, 4
July 2014, http://www.jadaliyya.com/pages/index/18379/the-beginning-of-the-end-of-palestinian-security-c.
[39] Pour une analyse contextuelle de l’évolution du PASF au cours des deux dernières décennies, voir: Tartir, “The Evolution and Reform of Palestinian Security Forces.”
[40] Pour le point de vue israélien, voir le discours du président Shimon Peres au Parlement européen en 2013. Exprimant la satisfaction d’Israël de l’état de la sécurité palestinienne, Peres a déclaré: « Une force de sécurité palestinienne a été formée. Vous [les Européens] et les Américains l’avez formé. Et maintenant, nous travaillons ensemble pour prévenir la terreur et le crime. »
[41] Tartir, “Securitised Development.”
[42] Amrov and Tartir, “After Gaza,” 8 October 2014; also Amrov and Tartir, “Subcontracting Repression,” 26 November 2014.
[43] “President Mahmoud Abbas: Security Coordination is Sacred“ [in Arabic], YouTube video, 5:12, Mahmoud Abbas speech to an Israeli audience in Ramallah broadcast by Al Quds, posted by Talha M. A’abed, 29 May 2014, https://www.youtube.com/watch?v=UG5NcdkthQ0.
[44] Arab Center for Research and Policy Studies, Palestinian Public Opinion: Attitudes towards Peace Negotiations and National Reconciliation, Arab Public Opinion Project–Arab Index 2014 (Doha: Arab Center for Research and Policy Studies, 2014), http://english.dohainstitute.org/file/Get/8c85f60b-
1071-46de-8e64-ceb72c06cd71.
[45] Lt. Gen. Keith Dayton, “Peace through Security” (Michael Stein Address on U.S. Middle East Policy, Washington Institute for Near East Policy, Washington, DC, 7 May 2009), http://www.
washingtoninstitute.org/html/pdf/DaytonKeynote.pdf.
[46] “The Palestine Papers“ est une collection de documents confidentiels relatifs au conflit israélo-palestinien qui ont été divulgués par Al Jazeera en janvier 2011. Le service d’information a publié près de 1700 dossiers et des milliers de pages de correspondance diplomatique sur le soi-disant processus de paix. Des informations supplémentaires peuvent être trouvées sur: Al Jazeera’s Palestine Papers page at http://www.aljazeera.com/
palestinepapers/
[47] Mark Perry, “Dayton’s Mission: A Reader’s Guide,” Al Jazeera, 25 January 2011, http://www.aljazeera.com/palestinepapers/2011/01/2011125145732219555.html.
[48] Dans les deux camps, le sentiment prédominant exprimé par les gens ordinaires et les dirigeants locaux était que ”l’Autorité palestinienne et ses forces de sécurité nous détestaient”. Pour tenter de fournir une explication, le chef du comité des services du camp de Jénine a déclaré: ”L’AP A été isolée, marginalisée et absente au cours des huit dernières années lorsque les comités d’Intifada ont conduit la société palestinienne. Maintenant, l’AP est de retour, et elle est plus forte, et à cause de cela, ils veulent compenser toutes les années qui leur ont échappé et aussi se faire rétribuer.”

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève.

Articles du même auteur.

18 avril 2017 – Palestine Studies – Communiqué par l’auteur – Traduction : Chronique de PalestineInternational Solidarity Movement

Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons israéliennes

Photo : Oren Ziv/Activestills.org
Marwan BarghoutiAprès avoir passé les 15 dernières années dans une prison israélienne, j’ai été témoin et victime du système illégal d’arrestations arbitraires massives et des mauvais traitements infligés par les Israéliens aux prisonniers palestiniens.

Après avoir épuisé toutes les autres options, j’ai décidé qu’il n’y avait pas d’autre choix que de résister à ces abus en faisant une grève de la faim.

Quelque mille prisonniers palestiniens ont décidé de participer à cette grève de la faim, qui commence aujourd’hui, le jour où nous observons ici la Journée des prisonniers. La grève de la faim est la forme la plus pacifique de résistance disponible. Cela inflige des douleurs uniquement à ceux qui y participent et à leurs proches, dans l’espoir que leur ventre vide et leur sacrifice aideront le message à résonner au-delà des limites de leurs sombres cellules.

Des décennies d’expérience ont prouvé que le système inhumain d’occupation et d’occupation militaire d’Israël vise à briser l’esprit des prisonniers et de la nation à laquelle ils appartiennent, en infligeant des souffrances à leur corps, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, en utilisant des mesures humiliantes pour contraindre les contraindre à l’assujettissement. Malgré un tel traitement, nous ne nous rendrons pas.

Israël, la puissance occupante, a violé le droit international de multiples façons depuis près de 70 ans et a toujours bénéficié de l’impunité pour ses actions. Il a commis de graves violations des Conventions de Genève contre le peuple palestinien. Les prisonniers, y compris les hommes, les femmes et les enfants, ne font pas exception.

J’avais seulement 15 ans quand j’ai été emprisonné pour la première fois. J’avais à peine 18 ans quand un interrogateur israélien m’a forcé à écarter les jambes alors que je me tenais nu dans la salle d’interrogatoire, avant de toucher mes organes génitaux. J’ai voulu fuir la douleur, et la chute qui en a résulté a laissé une cicatrice éternelle sur mon front. L’interrogateur s’est moqué de moi en disant que je n’aurai ainsi jamais d’enfant parce que les gens comme moi ne donnent naissance qu’à des terroristes et des meurtriers.

Quelques années plus tard, j’étais de nouveau dans une prison israélienne, menant une grève de la faim, lorsque mon premier fils est né. Au lieu des bonbons que nous distribuons habituellement pour célébrer de telles nouvelles, j’ai distribué du sel aux autres prisonniers. À l’âge de 18 ans, mon fils a été arrêté et a passé quatre ans dans les prisons israéliennes.

L’aîné de mes quatre enfants est maintenant un homme de 31 ans. Pourtant, je suis toujours en train de poursuivre cette lutte pour la liberté avec des milliers de prisonniers, des millions de Palestiniens et le soutien de tant de monde dans le monde. L’arrogance de l’occupant et de l’oppresseur et de ses partisans les rend sourd à cette simple vérité: nos chaînes seront brisées un jour, parce que c’est la nature humaine d’écouter l’appel à la liberté quel que soit le coût.

Israël a construit presque toutes ses prisons à l’intérieur d’Israël plutôt que dans le territoire occupé. Ce faisant, il a transféré illégalement et par la force des civils palestiniens en captivité et a utilisé cette situation pour restreindre les visites familiales et pour infliger des souffrances aux prisonniers par de longs transports dans des conditions cruelles. Cela a transformé les droits fondamentaux qui devraient être garantis par le droit international – y compris ceux obtenus par des grèves de la faim antérieures – en des privilèges que leur service pénitentiaire décide de nous accorder ou de nous priver.

Les prisonniers palestiniens et les détenus ont subi des actes de torture, des traitements inhumains et dégradants et la négligence médicale. Certains ont été tués en détention. Selon le dernier recensement du « Palestinian Prisoners Club », environ 200 prisonniers palestiniens sont décédés depuis 1967 suite à ces actions. Les prisonniers palestiniens et leurs familles restent également la principale cible de la politique israélienne de punitions collectives.

Grâce à notre grève de la faim, nous tentons de mettre un terme à ces abus.

Au cours des cinq dernières décennies, selon le groupe des droits de l’homme Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés ou détenus par Israël – soit environ 40% de la population masculine du territoire palestinien. Aujourd’hui, environ 6500 Palestiniens sont encore emprisonnés, dont certains ont la triste distinction de tenir des records mondiaux des plus longues périodes de détention de prisonniers politiques. Il n’y a pratiquement pas une seule famille en Palestine qui n’a pas subi les souffrances causées par l’emprisonnement d’un ou de plusieurs de ses membres.

Comment rendre compte de cet état de choses incroyable ?

Israël a mis en place un double régime juridique, une forme d’apartheid judiciaire, qui offre l’impunité aux Israéliens qui commettent des crimes contre des Palestiniens, tout en criminalisant la présence et la résistance palestiniennes. Les tribunaux d’Israël sont une caricature de justice, et clairement des instruments d’occupation coloniale et militaire. Selon le Département d’État, le taux de condamnation pour les Palestiniens dans les tribunaux militaires est de près de 90%.

Parmi les centaines de milliers de Palestiniens emprisonnés par Israël se trouvent des enfants, des femmes, des parlementaires, des militants, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des universitaires, des personnalités politiques, les militants, de simples passants, des membres des familles des prisonniers. Et tout cela dans un seul but : enterrer les aspirations légitimes d’une nation entière.

Au lieu de cela, cependant, les prisons israéliennes sont devenues le berceau d’un mouvement durable pour l’autodétermination palestinienne. Cette nouvelle grève de la faim va démontrer une fois de plus que le mouvement des prisonniers est la boussole qui guide notre lutte, la lutte pour « la Liberté et la Dignité », le nom que nous avons choisi pour cette nouvelle étape dans notre longue marche vers la liberté.

Israël a essayé de nous considérer tous comme des terroristes pour légitimer ses violations, y compris les arrestations arbitraires massives, la torture, les mesures punitives et les restrictions sévères. Dans le cadre de l’effort d’Israël pour saper la lutte palestinienne pour la liberté, un tribunal israélien m’a condamné à cinq condamnations à perpétuité et à 40 ans de prison dans un procès politique qui a été dénoncé par des observateurs internationaux.

Israël n’est pas le premier pouvoir occupant ou colonial à recourir à de tels expédients. Tout mouvement de libération nationale dans l’histoire peut rappeler des pratiques similaires. C’est pourquoi tant de personnes qui ont lutté contre l’oppression, le colonialisme et l’apartheid sont à nos côtés. La « Campagne internationale pour libérer Marwan Barghouti et tous les prisonniers palestiniens » que l’icône anti-apartheid Ahmed Kathrada et ma femme, Fadwa, ont inaugurée en 2013 depuis l’ancienne cellule de Nelson Mandela à Robben Island, a bénéficié du soutien de huit lauréats du prix Nobel de la paix, de 120 gouvernements et de centaines de dirigeants, de parlementaires, d’artistes et d’universitaires à travers le monde.

Leur solidarité met en lumière l’échec moral et politique d’Israël. Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur. La liberté et la dignité sont des droits universels qui sont inhérents à l’humanité, dont doivent bénéficier chaque nation et tous les êtres humains. Les Palestiniens ne seront pas une exception. Seule la fin de l’occupation mettra fin à cette injustice et marquera la naissance de la paix.

16 avril 2017 – The New York Times – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Leçons arabes pour la Corée du Nord

Abdel Bari Atwan
Abdel Bari AtwanPyongyang sait que l’Irak, la Libye et la Syrie ont été attaqués ou envahis seulement après avoir supprimé leur capacité de dissuasion.

En tant qu’Arabe et musulman, je me suis senti à la fois insulté et blessé lors de la lecture de commentaires dans la presse israélienne qui avertissaient les États-Unis contre l’attaque téméraire de la Corée du Nord [RDPC]. Les donneurs de leçon prévenaient que la RPDC n’était pas un pays arabe à quatre sous, comme la Syrie, qui pouvait être bombardé à tout moment en toute impunité, mais un adversaire sérieux qui possède de vrais moyens de représailles, impliquant des ogives nucléaires et des missiles à longue portée.

Nous, les Arabes, avons été transformés en sacs à main internationaux et terrains d’expérimentation. Nos terres ainsi que le sang et la vie de nos citoyens, sont devenus des cartes de jeu entre les mains de tous les invités. Un nombre toujours croissant de pays lorgnent sur notre territoire et nos ressources, alors que nous sommes déchirés par le sectarisme et que nos médias ont été réduits à des instruments d’incitation à la haine, sous diverses excuses et prétextes, à l’égard d’autres Arabes et musulmans.

Le plan concocté commence généralement par le lancement de campagnes de propagande bien coordonnées et orchestrées axées sur les prétendues armes de destruction massive arabes et le besoin vital pour le monde de les éliminer. Toute tentative de refuser peut alors fournir une base juridique et morale pour les sanctions et autres mesures punitives, y compris l’agression militaire, la dévastation pure et simple et le changement de régime forcé.

Ce n’est pas un hasard si tous les pays arabes qui ont été soumis à une agression dirigée par les États-Unis au cours des dernières années avaient auparavant cédé aux exigences des États-Unis et des Nations Unies en supprimant les «armes de destruction massive», en particulier des munitions chimiques, et en abandonnant toute idée d’acquérir des moyens de dissuasion nucléaire. Mais cette docilité n’a pas garanti leur sécurité. Ils ont ensuite été attaqués ou envahis, ou les deux à la fois.

Une fois les États-Unis assurés que ces pays ne possédaient pas d’armes suffisamment puissantes pour se défendre et infliger des pertes sévères à leurs troupes, l’agression et le bombardement pouvaient débuter.

L’Irak, la Libye et la Syrie en sont de clairs exemples. Tous ont abandonné leurs arsenaux chimiques et ont coopéré avec des inspecteurs internationaux des armements – que ce soit volontairement, sous la menace d’une action militaire, après avoir été soumis à des raids aériens dévastateurs ou sous la pression d’un embargo étouffant et inhumain.

L’administration de George Bush Jr. savait très bien que Saddam Hussein avait coopéré pleinement avec les équipes internationales d’inspection des armements envoyées en Irak pour enquêter sur tous ses programmes, matériels et équipements nucléaires et chimiques. Il a résisté à toutes les provocations des inspecteurs – dont la plupart étaient des espions – y compris leurs recherches dans ses palais et leurs chambres. Une fois Washington assuré que l’Irak avait été débarrassé de toute capacité nucléaire ou chimique, l’invasion pouvait être ordonnée sans délai.

Le colonel Muammar al-Qadhafi a été victime d’une grande tromperie inventée par l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, qui l’a persuadé d’abandonner volontairement ses stocks d’armes chimiques et de matières nucléaires, en échange d’une garantie d’immunité personnelle et de réintégration de lui-même et son régime dans la communauté internationale. Une fois que Qadhafi ait renoncé aux armes, une révolution contre lui a été inventée de toutes pièces et une résolution du Conseil de sécurité a été promulguée pour protéger les dits révolutionnaires de massacres imminents.

La conspiration soigneusement scénarisée s’est terminée par le renversement du régime et la transformation de la Libye en un état défaillant dominé par une anarchie sanglante, gouverné par des milices en perpétuel conflit et maintenant au bord de la partition.

La Syrie fait face au même scénario. L’action militaire a été brandie et les forces aériennes mobilisées pour l’obliger à liquider ses stocks d’armes chimiques dans le cadre de l’accord conclu en 2013. Puis, il y a deux semaines, sa base militaire de Shueirat a été soumise à un bombement de missiles américains suite à une effusion d’indignation internationale sur des accusations non vérifiées selon lesquelles le régime syrien aurait utilisé des armes chimiques à Khan Sheykhoun près d’Idlib.

Pourtant, le meurtre cynique de plus de 100 partisans civils syriens du régime, la moitié d’entre eux étant des enfants, alors qu’ils quittaient les villages de Foua et Kafraya dans le cadre d’un accord parrainé par les Nations Unies, n’a suscité aucune indignation. Seul a répondu un écrasant silence en Occident et dans le monde arabe, en particulier dans ces États arabes qui avaient participé à la négociation de l’accord d’évacuation et continuent de financer les auteurs de ce massacre.

Les dirigeants de la Corée du Nord auront sans doute pris note de ces expériences arabes sans gloire et de leurs conséquences désastreuses, et ils ont appris la leçon. C’est pourquoi ils n’ont pas mordu à l’hameçon américain et n’ont pas arrêté leurs tests de missiles balistiques et balistiques. Ils savent très bien qu’ils ont besoin d’une force de dissuasion, et leur dangereuse menace de riposter à toute l’attaque américaine peut bien leur fournir une protection. Tout aussi important, ils ont des alliés fiables en Chine et en Russie qui ne poignardent pas leurs amis dans le dos, contrairement aux prétendus amis de l’Irak, de la Syrie et de la Libye dans le monde arabe et surtout dans certains états du Golfe.

Les États-Unis, quant à eux, frappent les Arabes (et les Afghans) pour envoyer des messages à d’autres. La frappe des missiles à Shueyrat et le lâchage de « la mère de toutes les bombes » en Afghanistan étaient dirigées contre la Corée du Nord et l’Iran.

C’est un état de choses lamentable, un sous-produit de la façon dont le leadership du monde arabe est passé aux mains des États périphériques riches en pétrole qui considèrent les États-Unis comme un allié digne de confiance. Ils risquent d’avoir des raisons d’y réfléchir à nouveau lorsque cet allié les aura réduit à la faillite, comme cela il le fera certainement.

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

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19 avril 2017 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine

La relation de co-dépendance entre les Etats-Unis et Israël ne se résume pas à une question d’argent

Ramzy Baroud
Ramzy Baroud « Il faut remonter vingt cinq ans en arrière pour se rendre compte à quel point le soutien international à Israël a chuté, » écrivait en 1976 un intellectuel juif renommé, professeur de sociologie à Harvard, Nathan Glazer.

Au cours des quarante dernières années depuis que M. Glazer a écrit cet article, qui fut découvert et rendu public par Philip Weiss, le soutien mondial à Israël est tombé encore plus bas. Le pays, qui à une époque avait un certain attrait pour le capitalisme des Etats-Unis et le socialisme de l’Union Soviétique, est maintenant militairement puissant mais politiquement isolé, par contre, sur la scène internationale.

La perception trompeuse selon laquelle Israël est un « rayon de lumière » parmi les nations est éculée. Pire encore, la dernière fois que cette expression a été utilisée au niveau international ce fut par Geert Wilder, homme politique de droite populiste néerlandais, perçu par beaucoup comme raciste et islamophobe.

Pourtant, plus l’isolement d’Israël grandissait, plus sa dépendance vis-à-vis des États-Unis croissait.

« Soutenir Israël n’est pas dans l’intérêt des États-Unis, » a écrit Weiss. « En fait, Israël constitue un handicap stratégique pour les Etats-Unis. Ce qui fait de l’influence juive américaine l’ultime pilier de la survie d’Israël. »

Bien que les sionistes parlent souvent d‘un lien historique entre les États-Unis et le peuple juif, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Le 13 mai 1939, un bateau transportant des centaines de juifs allemands ne fut pas autorisé à s’approcher des côtes américaines et fut finalement renvoyé en Europe.

Ce n’était pas un raté de la politique étrangère. Trois mois plus tôt, en février 1939, les membres du Congrès avaient rejeté un projet de loi qui aurait permis à 20 000 enfants juifs allemands d’entrer aux États-Unis et d’échapper à la guerre et une éventuelle extermination par les nazis.

Non seulement le Congrès a étouffé le projet de loi mais l’opinion publique ne s’intéressait pas non plus à la question, car autoriser les juifs à venir aux Etats-Unis était à l’époque assez impopulaire.

Presque huit décennies plus tard, les choses n’ont changé qu’en théorie.

Tandis que la plupart des juifs américains continuent de soutenir Israël, ils sont contre l’administration Trump, qu’ils perçoivent à juste titre comme dangereuse et hostile à toutes les minorités, juifs y compris

Cependant, Israël ne semble pas avoir d’état d’âme à l’égard de la nouvelle administration. Bien au contraire, les sionistes israéliens les plus farouches sont particulièrement satisfaits de la clique de politiciens honnis de M. Trump.

Quelques jours seulement après que M. Trump remporta l’élection présidentielle américaine, les sionistes américains se sont rapidement mobilisés afin de s’assurer que la nouvelle administration protège totalement les intérêts israéliens.

La Zionist Organization of America (Organisation sioniste d’Amérique) ne perdit pas de temps, non plus, pour fraterniser avec des personnages accusés d’entretenir des arrière-pensées anti-juives. Le gala annuel de la ZOA le 20 novembre, a invité nul autre que Steve Bannon, un dirigeant de la soi-disant ‘alt-right’, aussi connue sous l’appellation suprématie blanche aux Etats-Unis.

Sous sa houlette, Breitbart, considéré comme une tribune majeure du alt-right, a attisé l’antisémitisme (du racisme de toute sorte, il va sans dire) ont soutenu Alex Amend et Jonathan Morgan dans Alternet.

Voir des responsables israéliens de haut rang et des chefs de file de la communauté juive des Etats-Unis accueillir – avec tant d’enthousiasme – M. Bannon au gala annuel du ZOA a semble-t-il rendu perplexes certaines personnes.

Mais les liens de M. Bannon avec les sionistes datent de bien avant la victoire électorale plutôt surprenante de M. Trump.

Dans un article intitulé : « Le réseau des curiosités de Steve Bannon : A la rencontre des milliardaires bizarres derrière le stratège en chef du président nouvellement élu, » Heather Digby Patron nomma quelques uns de ces « milliardaires bizarres« .

Parmi eux, se trouvait Sheldon Adelson, milliardaire de droite à la tête d’un empire du jeu, qui est ‘singulièrement obsédé par l‘état d’Israël,’

Les relations de M. Adelson avec M. Bannon (et M. Trump) sont bien antérieures à la victoire de M. Trump, et semblaient faire peu de cas du fait que M. Bannon et ses semblables étaient considérés par de nombreux juifs américains comme effrayants, racistes, antisémites et ayant des intentions sinistres.

M. Adelson n’a, cependant, que faire des vrais racistes. Son obsession à vouloir protéger le programme sioniste militant d’Israël l’a emporté sur toutes les autres sources d’irritation en apparence mineures.

Mais le magnat de l’empire du jeu n’est pas une exception parmi les puissants sionistes aux Etats-Unis, et, contrairement à la rhétorique israélienne officielle, les décisions politiques que prend Israël ne sont pas dictées par le bien collectif du peuple juif.

S’exprimant dans Mondoweiss, le réseau international antisioniste juif a expliqué : « Les sionistes ont toujours tiré parti des régimes et des organisations réactionnaires, racistes, antisémites, des Tzars russes aux Nazis et Mussolini à l’Empire britannique colonial à la droite chrétienne (sionistes chrétiens). . Leur adoption de M. Trump et du stratège politique réactionnaire bien connu, Steve Bannon ne fait pas exception. »

Le commentateur israélien Gideon Levy est d’accord.

Dans un article publié par le journal Haaretz le 12 novembre, M. Levy écrivait, « Si l’amitié pour Israël se mesure uniquement à l’aune du soutien à l’occupation, Israël n’a pas d’autres amis que des racistes et des nationalistes. »

Ainsi, il n’est guère surprenant que M. Adelson finance une campagne colossalement riche et des conférences fastueuses pour contrecarrer l’influence du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) animé par la société civile, tout en complotant contre les Palestiniens en utilisant les mêmes éléments américains pour qui le mot « juif » est dans leur propre lexique social un juron.

En faisant passer Israël et le sionisme avant, ces individus fortunés, ces groupes de pression puissants, des centaines de think-tanks, des milliers de réseaux partout dans le pays et leurs alliés au sein de la droite religieuse, sont maintenant ceux qui principalement tirent les ficelles lorsqu’il s’agit de politique étrangère états-unienne au Moyen-Orient et des intérêts israéliens en matière de politique et de sécurité.

Sans preuve empirique, cependant, Israël persiste obstinément à lier les intérêts américains au soutien états-unien à Israël.

S’exprimant à la Maison Blanche le 15 février à l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le président Trump, le premier ministre israélien , Benjamin Netanyahou, a cordialement remercié M. Trump pour son hospitalité, puis a prononcé ces mots : « Israël n’a pas de meilleur allié que les États-Unis. Et je tiens à vous assurer que les États-Unis n’ont pas de meilleur allié qu’Israël. »

Mais ce n’était qu’une demi vérité. Les États-Unis ont en effet été un soutien indéfectible d’Israël, lui apportant une aide annuelle de plus de 3,1 milliards de dollars au cours des quelques dernières décennies, montant qui fut considérablement augmenté à 3,8 milliards de dollars sous le président Barak Obama. Couplée à des centaines de millions supplémentaires d’aides de toutes sortes, financière, militaire et de « prêts » qui furent pour la plupart non comptabilisés.

Le coût que représente Israël n’est pas seulement financier, il est aussi stratégique.

Depuis la deuxième guerre mondiale, les États-Unis se sont battus pour atteindre deux objectifs principaux de politique étrangère dans cette région du globe : contrôler la région et ses ressources et soutenir leurs alliés, tout en maintenant un certain degré de « stabilité » afin de pouvoir mener leurs affaires sans entrave.

Néanmoins, Israël est resté sur le sentier de la guerre. Les guerres qu’il ne pouvait combattre seul, nécessitaient l’intervention américaine pour le compte d’Israël, comme ce fut le cas en Irak. L’issue fut désastreuse pour la politique étrangère des États-Unis. Même des militaires endurcis ont commencé à se rendre compte que la voie sur laquelle leur pays s’était engagé afin de défendre Israël était destructrice.

En mars 2010, le général David Petraeus, alors chef du commandement central états-unien a déclaré au Comité des services armés du sénat lors d’un témoignage qu’Israël était devenu un handicap pour les États-Unis et qu’il compromettait la « sécurité et la stabilité », objectifs que son pays s’efforçait d’atteindre .

Bien que des sondages récents montrent que l’enthousiasme à l’égard d’Israël et de son idéologie sioniste baisse au sein de la jeune génération – notamment chez les partisans du parti Démocrate et les jeunes juifs américains – la bataille à mener par les États-Unis pour reconquérir leur politique étrangère et retrouver un sens moral à l’égard de la Palestine et du Moyen-Orient sera probablement longue et ardue.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

15 mars 2017 – palestinechronicle – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

Comment Israël se sert du gaz pour renforcer la dépendance palestinienne et promouvoir la normalisation

Photo : Archives Info-Palestine.eu
Tareq BaconiL’occupation du territoire palestinien par Israël ne s’exerce pas seulement sur le sol. Depuis 1967, Israël a systématiquement colonisé les ressources naturelles palestiniennes et, dans le domaine des hydrocarbures, il a empêché les Palestiniens d’accéder à leurs propres réserves de pétrole et de gaz.

Ces restrictions ont maintenu les Palestiniens dans un cycle de dépendance vis-à-vis d’Israël pour leurs besoins énergétiques. Les propres initiatives des Palestiniens pour développer leur secteur énergétique ne parviennent pas à rivaliser avec l’hégémonie globale d’Israël sur les ressources palestiniennes.

Au contraire, ils poursuivent des objectifs de croissance et de création d’un Etat dans la réalité de l’occupation, renforçant ainsi – même involontairement – l’équilibre asymétrique entre l’occupé et l’occupant.

A Gaza, le carburant acheté pour produire l’électricité est insuffisant pour répondre à la demande locale, et la Bande souffre de pénuries chroniques d’électricité depuis qu’Israël a imposé le blocus. Au début de 2017, une vague de manifestations a déferlé sur tout le territoire ; les habitants de l’enclave côtière se sont insurgés contre le fait de ne disposer d’électricité que trois à quatre heures par jour. Outre les énormes restrictions que ces coupures d’électricité imposent sur tous les aspects de la vie quotidienne, elles paralysent l’activité économique du secteur privé, les soins de santé, l’éducation et les installations de subsistance comme les usines d’assainissement. Le ralentissement des activités dans ces secteurs a des conséquences tant immédiates que durables, avec un impact sur les nouvelles générations.

Les reproches pour la crise énergétique à Gaza pleuvent de toutes les directions. Les manifestants affluant dans les rues hivernales ont accusé le gouvernement du Hamas, l’Autorité palestinienne et Israël. La colère était dirigée contre le gouvernement du Hamas qui aurait détourné les fonds imputés à l’achat du carburant nécessaire au fonctionnement de la seule centrale électrique de Gaza pour d’autres activités, y compris pour la construction de tunnels. Les manifestants furieux ont accusé l’Autorité palestinienne de soutenir le blocus en contrôlant les achats et les transferts de carburant vers Gaza. La compagnie d’électricité elle-même, un opérateur privé, est à maintes reprises critiquée pour avoir prétendument fait des profits sur le dos des Gazaouis ordinaires qui souffrent de ces pénuries.

Pour atténuer les mois d’hiver particulièrement douloureux de fin 2016 et début 2017, les interventions dans le secteur énergétique de Gaza provenaient de Turquie et du Qatar sous la forme de réserves de carburant qui ont permis la reprise de la production électrique de la Gaza Power Generation Company (GPGC). Ces mesures sont au mieux des palliatifs à court terme qui conduiront les habitants de Gaza vers un autre épisode de crise chronique.

Dans cette vague de colère populaire et de récrimination, l’impact du blocus israélien sur la Bande de Gaza et de la colonisation plus large d’Israël et le contrôle des ressources palestiniennes est dilué, sinon repoussé à l’arrière-plan.

Pourtant, les Palestiniens ont découvert des réserves de gaz près d’une décennie avant le filon d’Israël. En 1999, le Champ marin de Gaza (Gaza Marine) a été découvert au large de la côte de Gaza, et la licence pour l’exploration et la production a été attribuée au Groupe British Gas (BG), la grande compagnie pétrolière et gazière britannique rachetée depuis par Shell. Au moment de la découverte, ce trésor national a été salué comme une avancée qui pourrait être une véritable manne pour les Palestiniens. A une époque où les Accords d’Oslo qui avaient été signés en 1993 semblaient encore plausibles, on a considéré que la ressource pourrait donner aux Palestiniens une impulsion très bienvenue vers l’auto-détermination.

Avec un billion de pieds cubes estimés de gaz, Gaza Marine n’est pas assez grand pour agir comme exportateur. Mais les volumes de gaz qu’il détient sont suffisants pour rendre le secteur palestinien de l’énergie entièrement autonome. Non seulement les Palestiniens ne devraient pas avoir à importer du gaz ou de l’électricité israélien ou égyptien, mais la Bande de Gaza n’aurait plus à souffrir de pénurie d’électricité. De plus, l’économie palestinienne profiterait d’une importante source de revenus.

Ce pas vers la souveraineté ne devait pas advenir. En dépit des tentatives répétées des propriétaires du champ et des investisseurs pour développer Gaza Marine, Israël a imposé des restrictions inflexibles qui ont empêché toute mesure d’être prise. Ceci en dépit du fait que l’exploration et la production de Gaza Marine auraient été relativement simple compte tenu de la faible profondeur de la réserve et de son emplacement près des côtes palestiniennes. Selon des documents découverts par Al-Shabaka, Israël a initialement empêché le développement de ce champ car il cherchait des conditions commercialement favorables pour le gaz produit.

Après qu’Israël ait découvert ses propres ressources, il a commencé à évoquer des « problèmes de sécurité » qui étaient exacerbés par la prise de contrôle de la Bande de Gaza par le Hamas. Bien que Netanyahu ait semble-t-il envisagé de permettre aux Palestiniens de développer Gaza Marine en 2012 dans le cadre d’une stratégie plus large visant à stabiliser la Bande de Gaza, ces projets n’ont toujours pas été matérialisés. Compte tenu de l’acquisition récente du Groupe BG par Shell, et du programme global de cessions d’actifs de ce dernier, il est probable que Gaza Marine sera vendu.

Tant qu’Israël gardera sa mainmise sur l’économie palestinienne, il est clair que cet actif palestinien restera bloqué. En effet, la manière dont les découvertes de gaz israéliens et palestiniens ont façonné le développement économique en Israël et dans le Territoire palestinien éclaire la disparité des forces entre les deux parties. Contrairement à Israël qui est rapidement parvenu à l’indépendance énergétique après la découverte de ses gisements de gaz, les Palestiniens n’arrivent pas à accéder à une ressource qu’ils ont découverte presque deux décennies plus tôt. Au lieu d’aborder la cause du blocus et le régime d‘occupation qui les a empêchés de contrôler leurs ressources comme Gaza Marine, les Palestiniens sont au contraire obligés de chercher des mesures immédiates qui atténuent la souffrance prégnante à laquelle ils sont confrontés.

Bien que cela soit compréhensible dans le contexte d’une occupation brutale, les initiatives visant à améliorer la qualité de la vie sous occupation négligent l’objectif stratégique à long terme d’assurer l’indépendance énergétique au sein de l’objectif plus large de la libération de l’occupation et de la réalisation des droits palestiniens.

Paix économique et normalisation

Les découvertes de gaz d’Israël sont souvent annoncées comme les catalyseurs d’une transformation régionale potentielle. Le positionnement de l’Etat israélien en tant que fournisseur d’énergie à des voisins pauvres en ressources est considéré comme un moyen sûr pour faciliter l’intégration économique de pays tels que la Jordanie et L’Égypte, ainsi que les Palestiniens. L’avantage économique que le gaz bon marché pourrait offrir à ces pays est perçu comme pouvant compenser toutes les préoccupations sociales et politiques de leurs citoyens en ce qui concerne les relations avec Israël. Cette ligne de pensée suppose que grâce à l’intégration économique, la stabilité qui s’en suivrait diminuerait les perspectives de volatilité dans une région explosive car Israël et ses voisins deviendraient mutuellement dépendants.

La notion de « paix économique » a une longue histoire dans la région et s’est manifestée sous diverses formes, y compris récemment dans la proposition de développement économique du secrétaire d’État John Kerry. Ce point de vue semble également avoir les faveurs de l’ambassadeur de l’administration Trump en Israël, David Friedman. Plutôt que d’aborder directement l’impasse politique provoquée par la longue occupation israélienne et autres violations, ces propositions traitent de problèmes liés à la qualité de la vie, au commerce ou à la croissance économique, probablement comme un tremplin pour la paix. Avec une manière de pensée similaire, une fois que les découvertes de gaz israéliennes ont été faites, l’administration Obama a commencé à explorer les façons de positionner Israël comme plaque tournante régionale en matière d’énergie.

Photo: Al Jazeera/Ezz Zanoun

Gaza connaît une crise endémique pour tout ce qui concerne les sources d’énergie – Photo: Al Jazeera/Ezz Zanoun

Les partisans de cette approche de séparation entre ce qui relève des droits nationaux et politiques et ce qui relève des incitations économiques, soutiendraient qu’il existe un avantage commercial évident d’utiliser le gaz israélien dans le territoire palestinien et en Jordanie. Israël a maintenant un excédent de gaz, et ces régions sont encore dépendantes des importations d’énergie. Dans le cas du territoire palestinien, la dépendance à l’égard d’Israël existe déjà et pas seulement à Gaza : près de 88% de la consommation palestinienne est fournie par Israël, la Cisjordanie importe pratiquement la totalité de son électricité d’Israël. Les partisans de la paix économique estiment que les perspectives d’instabilité diminuent lorsqu’une telle dépendance mutuelle est renforcée.

Les partisans de cette approche de séparation entre ce qui relève des droits nationaux et politiques et ce qui relève des incitations économiques, soutiendraient qu’il existe un avantage commercial évident d’utiliser le gaz israélien dans le territoire palestinien et en Jordanie. Israël a maintenant un excédent de gaz, et ces régions sont encore dépendantes des importations d’énergie. Dans le cas du territoire palestinien, la dépendance à l’égard d’Israël existe déjà et pas seulement à Gaza: près de 88% de la consommation palestinienne est fournie par Israël, la Cisjordanie importe pratiquement la totalité de son électricité d’Israël. Les partisans de la paix économique estiment que les perspectives d’instabilité diminuent lorsqu’une telle dépendance mutuelle est renforcée.

Enraciné dans cette conviction, le Département d’État américain a facilité une bonne part des négociations sur le gaz entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens. Le nouvel envoyé spécial et coordonnateur pour les affaires internationales de l’énergie – un poste avec lequel les États-Unis ont renforcé leur diplomatie sur l’énergie dans le monde sous l’administration Obama – a encouragé les discussions pour permettre l’exportation de gaz israélien vers la Jordanie et les territoires palestiniens.

La Jordanie n’est pas le seul destinataire potentiel du gaz israélien. En 2010, l’Autorité palestinienne a approuvé la création de la Société de production d’énergie de Palestine (PPGC), la première en Cisjordanie et la seconde dans le territoire palestinien après la société GPGC à Gaza. Basée à Jénine, cette centrale de 200 mégawatts est dirigée par des investisseurs privés (dont PADICO et CCC) qui travaillent au renforcement du secteur énergétique palestinien pour assurer la production d’électricité en Cisjordanie et réduire le coût élevé des importations israéliennes d’électricité. Le PPGC a entamé des négociations avec Israël pour acheter du gaz venu du gisement Léviathan pour la production d’électricité. Les Palestiniens ont protesté contre cette décision, appelant à des projets d’exploitation du gisement marin de Gaza au lieu de s’appuyer sur le gaz israélien. Les pourparlers ont échoué en 2015, mais on ne sait pas si ceux-ci ont juste été suspendus.

Les dangers d’une souveraineté tronquée

Il y a plusieurs dangers, au niveau régional comme national, liés à ces efforts pour une intégration plus étroite à travers des accords gaziers en l’absence d’initiatives alternatives sur le front politique.

Le premier danger est que la sécurité énergétique des Palestiniens soit assujettie à la bonne volonté d’Israël. Israël a pu et a utilisé dans le passé son pouvoir « d’ouvrir ou fermer les robinets » pour les consommateurs palestiniens. La manifestation la plus évidente (et violente) de la volonté d’Israël de refuser l’énergie aux Palestiniens est sa décision de détruire sans hésitation la seule entreprise de production d’électricité de la bande de Gaza lors de son bombardement de l’enclave côtière en 2006 puis à nouveau en 2014.

Le second danger est que cette approche légitime l’occupation israélienne, qui entre bientôt dans sa cinquantième année. Non seulement il n’y a aucun coût induit pour Israël pour son refus de la construction d’un État palestinien, mais il y a plutôt une récompense directe sous forme de revenus provenant des ventes de gaz à des territoires maintenus indéfiniment sous son contrôle territorial.

Et troisièmement, et c’est peut-être le plus important, ces contrats et ces échanges d’énergie dans le but d’instaurer une «paix économique» en l’absence de perspectives politiques ne font que renforcer le déséquilibre de pouvoir entre les deux parties – l’occupant et l’occupé. Cette intégration véhicule une fiction de relations souveraines et normalisatrices entre une puissance occupante et une économie captive en Cisjordanie et à Gaza.

Cela peut rappeler des initiatives semblables pour la qualité de vie [des Palestiniens sous occupation] évoquées dans les années 1980 avec l’encouragement direct de la Maison-Blanche à l’époque de Reagan, comme une alternative infructueuse à un engagement politique avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les efforts constamment déployés pour contourner les revendications politiques palestiniennes grâce à de telles mesures ont permis à Israël de gérer le conflit plutôt que de devoir le résoudre.

Le cas du gaz démontre très clairement comment les efforts de construction de l’État palestinien par le développement des ressources nationales ont été transformés en faveur d’une simple atténuation des crises énergétiques dans le cadre d’une souveraineté tronquée. Au lieu de s’attaquer à l’incapacité des Palestiniens à exploiter leurs propres ressources naturelles, les diplomates américains s’activent avec Israël pour faciliter des négociations qui améliorent la « qualité de vie » palestinienne mais qui les laisse finalement à la merci d’Israël, et à perpétuité.

Cette approche comporte également des dangers au niveau de la région. La Jordanie dépend actuellement d’Israël pour environ 40% de ses importations d’énergie. La volonté de la Jordanie de s’engager dans ce type de dépendance, en dépit de plusieurs désavantages géostratégiques, fait progresser la normalisation avec l’État israélien dans la région alors même qu’il maintient son occupation du territoire palestinien. Cette disposition apporte plusieurs menaces à un moment où l’administration Trump propose la poursuite de mesures diplomatiques « extérieures » qui pourraient entièrement contourner les Palestiniens.

Stratégies pour une riposte

Dans des conditions normales, la dépendance mutuelle et le développement économique conjoint sont en effet des protections contre l’instabilité et ont pour effet positif de faire progresser la qualité de la vie des habitants de la région. Cependant, cela ne doit pas être considéré comme une fin en soi, et certainement pas comme un substitut à la mise en oeuvre des droits de Palestiniens. Une telle vision dépolitisée n’a pas d’avenir. Se concentrer uniquement sur la paix économique a des conséquences préjudiciables, précisément parce qu’elle néglige le contexte historique plus large qui a conduit à une dépendance palestinienne, voire régionale.

La croissance économique n’éliminera jamais les revendications des Palestiniens pour la souveraineté, leurs droits et leur autodétermination. C’est une leçon qui a été pleinement donnée lors de l’éruption de la première intifada il y a près de 30 ans, après des décennies de relations économiques normalisées entre Israël et les territoires sous son occupation militaire. Alors que la «paix économique» pourrait offrir des améliorations à court terme, elle n’ouvrira la voie vers une plus grande stabilité qu’à la condition d’être construite sur une base d’égalité et de justice.

Le droit des Palestiniens à leurs propres ressources est soumis à des négociations sur le statut définitif avec les Israéliens. Les accords sur le gaz qui seront mis en place créeront une infrastructure de dépendance qui sera difficile à démanteler dans le cas d’une solution négociée. Plus important encore, étant donné les espoirs évanescents d’une solution négociée à deux États, ces accords ne font que renforcer le statu quo.

Photo : Al-Jazeera/Ezz Zanoun

En janvier 2017, la bande de Gaza a été secouée par des manifestations massives pour protester contre la terrible pénurie d’électricité – Photo : Al-Jazeera/Ezz Zanoun

Par conséquent, bien que les relations économiques puissent être maintenues pour éviter les souffrances sur le plan humanitaire comme c’est le cas avec l’augmentation de l’approvisionnement en combustible et en électricité de Gaza, l’OLP et l’AP ainsi que la société civile palestinienne et le mouvement de solidarité avec la Palestine doivent continuer à se servir des outils à leur disposition pour promouvoir la justice et les droits des Palestiniens.

Dans l’immédiat, si les accords gaziers persistent malgré l’opposition populaire, les négociateurs palestiniens impliqués dans des accords potentiels avec Israël doivent à tout le moins insister sur des dispositions qui ne bloquent pas les perspectives d’exploitation du gaz à Gaza. Cela pourrait se faire en mettant en place les mécanismes juridiques qui permettraient l’accès de tierces-parties aux accords d’approvisionnement. Bien qu’il soit difficile de négocier de telles dispositions, cela est d’une importance vitale car cela laisse une marge de manœuvre et de flexibilité pour l’approvisionnement futur de Gaza à partir de son propre gisement, et permet une réduction de la dépendance à l’égard d’Israël. Les contrats de fourniture de gaz devraient également inclure des dispositions pour la révision des termes de l’accord dans le cas de développements importants sur le front politique.

Les négociateurs palestiniens devraient aussi se tourner vers la résistance de la société civile afin de l’appuyer plutôt que de chercher à l’exclure ou à l’écraser. Il existe des modèles qui peuvent être reproduits grâce auxquels les négociateurs pourraient s’appuyer sur la force des mouvements populaires contre certaines de ces transactions. En ce qui concerne les droits à l’eau, par exemple, il existe un groupe d’appui juridique (EWASH) qui coordonne le travail des groupes locaux et internationaux. EWASH a mené une campagne qui a mis en évidence le vol par des colonies israéliennes de l’eau appartenant aux Palestiniens et a soulevé la question devant le Parlement européen. Peut-être pourrait-on mettre en place une telle coalition afin de mobiliser pour la souveraineté énergétique.

Parallèlement, l’OLP/AP doit utiliser ces négociations économiques comme moyen d’assurer la responsabilité d’Israël plutôt que comme un moyen d’acquiescer à une dépendance imposée. En particulier, le statut d’État membre non observateur que la Palestine a obtenu aux Nations Unies doit être utilisé pour faire pression sur des instances juridiques internationales telles que la Cour pénale internationale pour pousser Israël à assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante en vertu du droit international. Cela signifie que l’occupant a en charge la sauvegarde des moyens de subsistance des habitants sous son contrôle, y compris la fourniture d’électricité et de carburant, et qu’il aura à rendre compte des décisions qu’il pourrait prendre pour « fermer les robinets ».

Certains éléments de la paix économique peuvent être utiles aux Palestiniens à court terme, en soutenant la croissance économique et le développement. Mais ceux-ci ne peuvent pas exister au prix d’un état à durée illimitée de dépendance et de souveraineté tronquée. Les Palestiniens doivent s’activer sur deux fronts: 1) ils doivent pousser à responsabiliser l’occupation d’Israël dans les forums internationaux, et 2) ils doivent veiller à ce que les tentatives d’intégration économique forcée et toute autre tentative israélienne d’imposer une réalité de système d’apartheid soient contrecarrées par un appel pour les droits et l’égalité. Quelle que soit la vision politique d’Israël et des Palestiniens, les dirigeants palestiniens doivent formuler une stratégie autour de ces accords sur le gaz et ramener les notions de développement économique dans le contexte de la lutte pour la libération nationale.

L’impact politique du filon du gaz israélien

Jusqu’à il y a quelques années, Israël et la Jordanie dépendaient beaucoup des importations égyptiennes de gaz. En 2011-2012, et surtout après la chute du régime du président Hosni Moubarak, les exportations de gaz en provenance d’Égypte sont devenues peu fiables. Cela est dû à la fois aux problèmes intérieurs dans le secteur énergétique de l’Egypte et à l’instabilité accrue dans la péninsule du Sinaï, laquelle abritait la principale route du gazoduc transportant du gaz vers Israël et la Jordanie. Avec la baisse des importations égyptiennes, Israël et la Jordanie ont commencé à chercher d’autres sources d’approvisionnement. En 2009, un consortium israélo-américain de sociétés énergétiques a découvert Tamar, un gisement situé à environ 80 km de la côte de Haïfa, contenant 10 billions de pieds cubes (tcf) de gaz. Dans un contexte où la sécurité énergétique d’Israël était en péril, le consortium a rapidement lancé la production, et le gaz a commencé à s’écouler en 2013. Un an après la découverte de Tamar, le même consortium a découvert un gisement encore beaucoup plus important de gaz, nommé Léviathan et estimé à environ 20tcf de gaz.

En l’espace de quelques années, Israël est passé d’importateur de gaz à potentiel exportateur. Il a étudié à la fois les marchés locaux, les pays voisins et ceux plus éloignés pour identifier des destinations possibles pour ses exportations. Dans son voisinage immédiat, les implications pour l’avancement de la normalisation économique étaient évidentes: comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a récemment déclaré, la production de gaz extrait du gisement Léviathan «fournira du gaz à Israël et assurera la promotion de la coopération avec les pays de la région».

La Jordanie est devenue le premier pays à s’engager à acheter du gaz israélien. Des négociations ont été entamées entre la Jordanie et Israël peu de temps après la découverte du gisement Léviathan et un protocole d’accord (MoU) a été signé en 2014. La même année, des accords de vente de gaz ont été conclus entre les propriétaires de Tamar et deux industriels jordaniens, les sociétés Jordan Bromine et Arab Potash. Le protocole d’accord signé avec le gouvernement jordanien impliquait un engagement de la Jordanie d’acheter du gaz israélien pour une période de 15 ans. De nombreux protestataires ont rejeté les négociations avec Israël, notamment en raison de son assaut sur la bande de Gaza cette année-là, et les parlementaires jordaniens ont voté contre l’accord. Au début de 2017, le gaz a commencé à s’écouler d’Israël vers les sociétés Jordan Bromine et Arab Potash, bien que les acteurs impliqués aient gardé un profil bas pour éviter de relancer les manifestations.

La colère suscitée par la Jordanie qui se retrouve à financer le secteur gazier d’Israël a été aggravée par le fait que la Jordanie avait d’autres perspectives pour l’achat de gaz. Après le déclin du gaz égyptien, la Jordanie a construit un terminal pour l’importation de gaz naturel liquéfié à Aqaba, sur la côte de la mer Rouge, qui a commencé ses activités en 2015. En outre, la découverte par l’Égypte du champ gazier super-géant de Zohr en 2016 a ressuscité les perspectives pour une reprise du rôle de l’Égypte comme fournisseur régional de gaz. Néanmoins, et sans doute sous l’influence de pressions extérieures, la Jordanie a officialisé son protocole d’accord avec Israël en septembre 2016, annulant les objections des parlementaires et des protestations populaires.

Alors qu’Israël était inondé de gaz, la triste réalité de la bande de Gaza devint plus critique que jamais. La bande de Gaza est sous le blocus depuis 2007. La Compagnie de production d’électricité de Gaza (GPGC), la seule entreprise de ce type dans le territoire palestinien, fonctionne actuellement sur du combustible liquide acheté à l’Autorité palestinienne et transporté dans la bande de Gaza depuis la Cisjordanie. Pour compléter la capacité de GPGC, Gaza achète de l’électricité à la compagnie israélienne d’électricité ainsi qu’au réseau égyptien d’électricité. Ces mesures d’achat et de transport de carburant sont conformes au Protocole sur les relations économiques, également appelé Protocole de Paris, signé entre Israël et l’OLP dans le cadre des Accords d’Oslo.

Tareq Baconi* Tareq Baconi est analyste politique aux États-Unis pour le réseau al-Shabaka : The Palestinian Policy Network. Son livre, « Hamas: The Politics of Resistance, Entrenchment in Gaza » est en instance d’être publié par Stanford University Press.

12 mars 2017 – Al-Shabaka – Traduction : International Solidarity Movement (ISM) et Chronique de Palestine

Basel al-Araj, martyr de la résistance

Basel al-Araj
Ma’an NewsDans une dernière lettre écrite avant qu’il ne soit assassiné par les forces israéliennes d’occupation lors d’une fusillade, le militant et écrivain palestinien Basel al-Araj a révélé ses pensées sur sa fin qui apparaissait inéluctable.

Al-Araj, un militant âgé de 31 ans et habitant le village d’al-Walaja au sud de la Cisjordanie occupée, dans le district de Bethléem, était recherché par les autorités d’occupation depuis septembre, moment où il avait été libéré d’une prison palestinienne après avoir été détenu sans explication pendant cinq mois. Au cours de son incarcération, il s’était joint à une grève de la faim, alors qu’étaient diffusées des informations sur les tortures et les mauvais traitements subis.

La police israélienne avait accusé al-Araj, d’être le « chef d’une cellule terroriste qui planifiait des attaques contre les Israéliens et les forces de sécurité ». Après une chasse à l’homme qui a duré plusieurs mois, les forces d’occupation ont encerclé une maison à la périphérie du camp de réfugiés de Qaddura, où al-Araj était caché, tôt ce lundi, provoquant un échange de tirs durant lequel le jeune al-Araj a été tué après avoir semble-t-il épuisé ses munitions.

Cependant, certains Palestiniens ont remis en question le récit de la police israélienne selon lequel il aurait été possible à Al-Araj de retourner le feu, et ils ont souligné que le jeune homme – bien connu dans sa communauté comme intellectuel et militant – n’avait pas le profil d’un attaquant armé.

« Mes salutations au nationalisme arabe, à la patrie et à la libération, » dit la lettre, partagée sur les médias sociaux par la famille d’al-Araj. « Si vous lisez ceci, cela signifie que je suis mort et que mon âme est retournée à son créateur. Je prie Dieu que j’aille à sa rencontre avec un cœur innocent, ouvert et jamais réticent, et exempt de tout brin d’hypocrisie. »

Al-Araj a réfléchi sur la difficulté d’écrire dans ces circonstances, rédigeant un dernier testament comme de nombreux autres Palestiniens qui ont été tués par les forces israéliennes d’occupation.

« Combien il est difficile d’écrire sur votre propre volonté. Des années durant, j’ai lu et relu les testaments rédigés par les martyrs, et ces testaments m’ont toujours laissé sans voix. Ils étaient rapides, courts, sans beaucoup d’éloquence. Ils n’étanchaient pas notre soif de réponses à propos du martyre, » écrit-il.

« Maintenant, je marche à la mort qui est devant moi, convaincu que j’ai trouvé mes réponses. Combien stupide je suis ! Y a-t-il quelque chose qui est plus éloquent et plus clair que l’acte d’un martyr ? J’aurais dû écrire cela il y a plusieurs mois, mais ce qui m’en a empêché était que cette question était pour vous, les vivants, et pourquoi devrais-je répondre en votre nom ? Cherchez les réponses vous-même, et pour nous, les habitants des tombes, tout ce que nous cherchons est la miséricorde de Dieu. »

Dans un long communiqué publié lundi, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) a parlé d’al-Araj le combattant de la liberté, l’intellectuel, et le théoricien, qui était « un des plus éminents parmi les jeunes combattants palestiniens » à résister à l’occupation israélienne et qui « a dédié son énergie à relater l’histoire de la Palestine et à faire face à toutes les tentatives de liquidation la cause palestinienne. »

L’organisation marxiste dit que le meurtre a mis à nu « un besoin urgent de faire face à toutes les formes de coordination répressive [avec Israël], les arrestations politiques et les poursuites » par l’autorité palestinienne (AP), qualifiant la « coordination de sécurité » avec Israël comme « une trahison » des principes et des valeurs de la résistance palestinienne.

L’autorité palestinienne a été largement critiquée pour sa coordination répressive avec Israël, avec sa pratique de ce que les critiques ont appelé la « politique de la porte tournante » qui consiste à envoyer les Palestiniens depuis les prisons de l’AP vers les prisons israéliennes.

Les critiques ont pris une nouvelle dimension après que les policiers de l’AP ont frappé un détenu à mort l’an dernier, tandis qu’Israël est la cible d’une vaste condamnation internationale pour les assassinats ciblés de Palestiniens au cours des ans.

« La loyauté envers le martyr Basel al-Araj requiert que soit mis un terme aux Accords d’Oslo, contre lesquels le martyr a toujours lutté, et que l’on forme une nouvelle stratégie nationale pour faire face aux défis actuels et unir les énergies du peuple palestinien pour l’Intifada et la résistance », a ajouté la déclaration du FPLP.

Un porte-parole du Fatah, le parti au pouvoir dans l’Autorité palestinienne, a également condamné l’assassinat et les blessures infligés aux « deux qui ont tenté de faire face et de prévenir le raid, » mais sans nommer le jeune homme assassiné comme étant al-Araj.

Le porte-parole de Fatah, Ziyad Khalil Abu Zayyad, a qualifié l’incident de « nouvelle escalade (par Israël) contre les Palestiniens », a dénoncé l’opération israélienne comme « illégale », la décrivant comme un « acte hideux de l’occupation » et a noté que les photos prises sur les lieux ont montré une grande quantité de balles tirées par les forces israéliennes dans ce qui était une « exécution ».

Abu Zayyad a mis en garde contre les forces israéliennes, qui cherchent à « arrêter et tuer » les Palestiniens lors de raids nocturnes à travers la Cisjordanie occupée, souvent et principalement dans les villages et les camps de réfugiés situés comme Qaddura dans la zone A, supposée être sous plein contrôle de l’AP selon les Accords d’Oslo.

6 mars 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine

Le film « Derrière les Fronts » programmé en Belgique et en France

Un film d’Alexandra DOLSUn documentaire sur les conséquences invisibles de la colonisation : l’occupation intime, celle de l’espace mental.

Derrière Les Fronts

Par Jean Louis Vey
(Militant de l’Association France Palestine Solidarité, Fondateur et directeur jusqu’en 2007 du Festival International du
Premier Film d’Annonay)

Derrière les fronts est un film qui plonge le spectateur au cœur de l’oppression et de ses conséquences subies quotidiennement par les palestiniens ; Le film est organisé autour de Samah Jabr, psychothérapeute palestinienne qui nous livre son analyse de la situation d’oppression à travers des interviews, des extraits de conférences et des citations tirées de ses ouvrages.

Alexandra Dols a pris pour guide cette femme admirable dont elle nous brosse un très beau portrait, à travers ses propos, son engagement et des moments de sa vie quotidienne marquée par les difficultés et les humiliations provoquées par la colonisation et les comportements cruels de l’armée d’occupation.

Rarement, dans un film sur la Palestine, on n’avait éprouvé les souffrances et les humiliations causées, par exemple, par le passage d’un check point. Le film nous fait ressentir de l’intérieur la réalité de la colonisation qui n’est pas seulement une prise de possession des terres, mais aussi, une prise de possession des esprits, ainsi que le montre Samah Jabr.

Pour expliquer la situation présente, le film a également l’intelligence de faire de fréquentes références à l’histoire de la Palestine et du conflit israélo-palestinien. Des références indispensables à la compréhension sur lesquelles Alexandra Dols ne s’attarde pas plus qu’il n’est nécessaire, l’objet de son film restant d’analyser et de dénoncer la mécanique de l’oppression engendrée par la colonisation et de montrer la résistance d’un peuple magnifique de courage et de ténacité.

Le film nous fait découvrir plusieurs figures de résistants, le plus souvent des gens simples qui, à l’image de ce boulanger qui a mené une longue grève de la faim lorsqu’il était en détention administrative, résistent parce que c’est juste et parce qu’il n’y a pas d’autres choix. Alexandra Dols nous fait pénétrer à l’intérieur de la dynamique de la résistance, comme elle nous a fait entrer dans la mécanique de l’oppression.

La programmation

À Paris, vendredi 10 mars
Cinéma les 3 Luxembourg – 20h30
67, Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

Réservations conseillées
En présence de la réalisatrice et de notre invitée la psychiatre psychothérapeute palestinienne, Dr Samah Jabr.

Événement Facebook à partager.

NB : Nous aurons des tee-shirts du film à vendre et à remettre à nos contributeurs kisskiss, merci de bien nous annoncer en avance quelle taille vous souhaiter.

À Liège (Belgique), vendredi 10 mars

Centre culturel arabe en Pays de Liège dans le cadre du festival Ciné Palestine de Liège. Le lien.

À Rennes (France- Bretagne!), mercredi 29 mars

Dans le cadre du Festival Ciné: Action, festival du cinéma engagé, en présence de la réalisatrice (sous réserve)

Lire également : DERRIÈRE LES FRONTS – RÉSISTANCES et RÉSILIENCES en PALESTINE

Communiqué par Alexandra DOLS

Le « sale boulot » d’Israël dans la « guerre sale » au Guatemala

Photo : Julysa Sosa. Mexique, 2016
Gabriel SchivoneL’année dernière a été une année chargée pour le système de justice pénale au Guatemala.

Janvier 2016 a vu les arrestations de 18 anciens militaires pour leur implication présumée dans la guerre sale du pays dans les années 1980. En février de l’année dernière, deux ex-soldats ont été condamnés dans un cas d’esclavage sexuel sans précédent et qui concernait la même époque.

Ces procédures judiciaires représentent de nouvelles avancées dans le système judiciaire à la suite du procès et de la condamnation de l’ancien chef de l’État, Efraín Ríos Montt, pour génocide et crimes contre l’humanité. Bien que la Cour constitutionnelle guatémaltèque ait très vite annulé le jugement (qui a été relancé en mars après plusieurs péripéties), un précédent au niveau mondial s’est imposé en tenant des responsables étatiques responsables dans le pays même où leurs crimes ont été commis.

Et en novembre, un juge guatémaltèque a autorisé un procès distinct contre Ríos Montt. L’affaire concerne un massacre commis en 1982 dans le village de Dos Erres.

Ríos Montt a été président de 1982 à 1983, une période marquée par une intense violence étatique contre les peuples indigènes mayas. La violence incluait la destruction de villages entiers avec des déplacements massifs de population.

Les Mayas ont été ciblés à de nombreuses reprises pendant la période de répression qui a commencé en 1954, date à laquelle les États-Unis ont provoqué un coup d’État militaire, et s’est poursuivie jusqu’en 1996. Plus de 200 000 personnes ont été tuées au Guatemala durant cette période, dont 83% étaient des Mayas.

Les crimes commis par l’État guatémaltèque ont été exécutés avec une aide étrangère – en particulier américaine. Mais une partie clé de ces crimes a jusqu’ici échappé à toute mention devant les tribunaux, et c’est Israël.

Servir de relais pour les guerres des États-Unis

Depuis les années 1980 jusqu’à nos jours, le rôle militaire d’Israël au Guatemala demeure un secret de polichinelle, bien documenté mais peu évoqué.

Ríos Montt a déclaré à un journaliste de ABC News que son coup d’État avait été si peu attendu « parce que beaucoup de nos soldats ont été formés par des Israéliens ». En Israël, la presse a indiqué que 300 conseillers israéliens étaient sur le terrain pour entraîner les soldats de Ríos Montt.

Un conseiller israélien au Guatemala à l’époque, le lieutenant-colonel Amatzia Shuali, a déclaré: « Je n’aime pas ce que font les païens avec les armes. Mais ce qui importe, c’est que les juifs en profitent « , comme l’ont raconté Andrew et Leslie Cockburn dans Dangerous Liaison.

Quelques années plus tôt, lorsque les restrictions du Congrès sous l’administration Carter limitaient l’aide militaire américaine au Guatemala en raison des violations des droits de l’homme, les responsables israéliens ont vu là une occasion économique en or d’entrer sur ce marché des technologies militaires.

Yaakov Meridor, alors ministre israélien de l’économie, indiquait au début des années 1980 qu’Israël voulait être un « proxy » (relais) pour les États-Unis dans les pays où ceux-ci avaient décidé de ne pas vendre ouvertement des armes. Meridor avait déclaré: « Nous allons dire aux Américains: Ne nous concurrencez pas à Taïwan, ne rivalisez pas avec nous en Afrique du Sud ni dans les Caraïbes ou dans d’autres endroits où vous ne pouvez pas vendre des armes directement. Laissez-nous faire … Israël sera votre intermédiaire. »

Le programme CBS Evening News avec Dan Rather a tenté d’expliquer la source de l’expertise mondiale d’Israël en notant en 1983 que les armes avancées et les méthodes israéliennes anti-guérilla mises en œuvre au Guatemala « avaient été testées avec succès en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. »

La force de vente d’Israël pour ses armes reposait non seulement sur leur utilisation en Cisjordanie occupée et à Gaza, mais aussi dans la région à plus grande échelle. Le journaliste George Black a indiqué que les milieux militaires guatémaltèques admiraient la performance de l’armée israélienne lors de l’invasion du Liban en 1982. Leurs admirateurs à l’étranger étaient si convaincus que la droite au Guatemala « parlait ouvertement de la ‘palestinisation’ des Indiens mayas rebelles », selon Black.

La coopération militaire entre Israël et le Guatemala remonte aux années 1960. Durant la dictature de Ríos Montt, Israël était devenu le principal fournisseur d’armes, de formation militaire, de technologie de surveillance et d’autres services au Guatemala dans la guerre étatique contre les mouvements urbains de résistance armée et les indigènes Mayas dans les campagnes.

De nombreux Guatémaltèques ont souffert des résultats de cette relation spéciale, et ils n’ont pas manqué de faire le lien entre Israël et leur tragédie nationale.

« Un homme d’une grande intégrité personnelle »

L’un des massacres les plus épouvantables commis pendant cette période a été la destruction du village nommé Dos Erres, du district El Petén. Les soldats – entraînés par le Israéliens – de Ríos Montt ont incendié Dos Erres, après avoir abattu tous ses habitants. Ceux qui ont survécu à l’attaque initiale sur le village ont eu le crâne brisé à coups de marteau. Les cadavres remplissaient le village.

Lors d’une exhumation dans le village, ordonnée par le tribunal, les enquêteurs travaillant pour la Commission de la Vérité des Nations Unies de 1999 ont écrit ce qui suit dans leur rapport médico-légal : « Toutes les preuves balistiques récupérées correspondent à des fragments de balles tirés d’armes à feu et de fusils de marque Galil fabriqués en Israël ».actuelle

Le président américain Ronald Reagan – dont l’administration sera plus tard impliquée dans le scandale de l’Irangate ou « Iran-Contra » pour avoir vendu des armes à l’Iran via Israël dans le but de financer une force paramilitaire visant à renverser le gouvernement marxiste nicaraguayen, – avait rendu visite à Ríos Montt quelques jours avant le massacre.

Reagan fit l’éloge de Ríos Montt, « un homme d’une grande intégrité personnelle » qui « veut améliorer la qualité de vie de tous les guatémaltèques et promouvoir la justice sociale ». Reagan a également assuré le président guatémaltèque que « les États-Unis se sont engagés à soutenir ses efforts pour rétablir la démocratie et s’attaquer aux causes profondes de cette insurrection violente. » À un moment de leur conversation, Reagan aurait embrassé Ríos Montt et dit au président guatémaltèque qu’il se faisait « trop de soucis » sur les droits de l’homme.

En novembre 2016, cependant, la juge Claudette Dominguez a accepté la demande du procureur général guatémaltèque de poursuivre Ríos Montt en tant qu’auteur légalement responsable du massacre de Dos Erres, l’accusant d’homicide aggravé, de crimes contre l’humanité et de génocide.

Parmi les 18 arrêtés cette année se trouvait Benedicto Lucas García, ancien chef d’état-major de l’armée sous la présidence militaire de son frère Romeo Lucas García. Benedicto, qui a été vu par certains de ses soldats comme d’un innovateur de techniques de torture réservées aux enfants, parlait « du soldat israélien [comme] d’un modèle et un exemple pour nous« .

En 1981, Benedicto a dirigé la cérémonie d’inauguration d’une école d’électronique israélienne conçue et financée au Guatemala. Son but était de former les militaires guatémaltèques à l’utilisation des technologies dites de contre-insurrection. Benedicto avait salué l’installation de l’école comme une « étape positive » pour faire accéder le régime guatémaltèque à une « efficacité militaire de classe mondiale grâce aux conseils [d’Israël] et au transfert de la technologie électronique ».

Au cours de sa seule année inaugurale, l’école a permis à la police secrète du régime, le G-2, d’attaquer une trentaine de refuges de l’Organisation Révolutionnaire du Peuple en Armes (ORPA).

Le G-2 a coordonné et mis en œuvre l’assassinat, la « disparition » et la torture des opposants au gouvernement guatémaltèque.

Alors que le pouvoir guatémaltèques a souvent changé de mains à la fois par des coups d’État et des élections, au cours des années 1980, Israël est demeuré la principale source d’armes et de conseils militaires du pays.

Belligérance à la frontière

Le complexe israélien de sécurité militaire étend son ombre jusque sur les Guatémaltèques qui fuient encore les conséquences de la « guerre sale ».

Dans certaines régions de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, comme au Texas, le nombre de migrants venus d’Amérique centrale (mais seulement des pays ravagés par l’intervention américaine, comme le Guatemala, El Salvador, le Honduras) commence à dépasser le nombre du ressortissants mexicains.

Selon les informations communiquées à cet auteur par le bureau médical du comté de Pima en Arizona, de nombreux Guatémaltèques qui ont péri lors de la traversée de ces terres désertiques venaient des communautés mayas les plus durement affectées par le génocide des années 1980 : El Quiché, Huehuetenango, Chimaltenango.

Le sud de l’Arizona a également connu un pic dans la migration indigène guatémaltèque. Des entreprises et des institutions américaines collaborent avec des sociétés de sécurité israéliennes pour renforcer la zone frontalière du sud de l’Arizona.

L’entreprise israélienne d’armes Elbit a remporté un important contrat gouvernemental visant à fournir 52 tours de surveillance dans les régions frontalières désertiques du sud de l’Arizona, à commencer par un programme pilote de sept tours situées à présent parmi les collines et les vallées entourant Nogales, une ville ceinturée par le mur de séparation.

Plus de tours sont prévues pour entourer la Nation Tohono O’odham, la deuxième plus grande réserve de natifs américains aux États-Unis. Déjà, le nombre de forces fédérales occupant des postes permanents sur les terres de Tohono O’odham est le plus important de l’histoire des États-Unis.

Alan Bersin, un haut responsable du Département américain de la Sécurité intérieure, a décrit en 2012 la frontière entre le Guatemala et le Chiapas, au Mexique, comme « maintenant notre frontière sud ». Cette « frontière sud » a été lourdement militarisée pendant les huit années du gouvernement Obama.

Nous pouvons nous attendre à ce que la militarisation se poursuive pendant la présidence de Donald Trump. La rhétorique anti-migrants de Trump pendant sa campagne électorale laisse penser que cette militarisation s’intensifiera.

Pendant la guerre sale, des dizaines de milliers de Guatémaltèques ont fui par-delà la frontière vers le sud du Mexique. Aujourd’hui, Israël aide les autorités mexicaines du Chiapas à mener des activités de « contre-insurrection » visant en grande partie la communauté indigène maya.

Bien que les informations sur la relation du Guatemala avec Israël commencent à circuler, les efforts entreprenants d’Israël dans le pays n’ont jamais diminué. Aujourd’hui, la présence d’Israël au Guatemala est particulièrement marquée dans l’industrie de la sécurité privée qui a proliféré dans les années qui ont suivi le dit processus de paix guatémaltèque au milieu des années 1990.

Ohad Steinhart, un Israélien, installé au Guatemala en ce moment opportun, à l’origine travaillant comme un instructeur en maniement d’armes. Environ deux ans après son transfert de 1994 au Guatemala, il a fondé sa propre entreprise de sécurité, Decision Ejecutiva.

La modeste entreprise de 300 employés de Steinhart est petite si comparée au colossal Golan Group, le plus grand et plus ancien conglomérat de sécurité privée d’Israël au Guatemala.

Fondé par d’anciens officiers des forces spéciales israéliennes, le Groupe Golan a également formé des agents d’immigration du Département de la sécurité intérieure le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Le Groupe Golan a employé des milliers d’agents au Guatemala, dont certains ont été impliqués dans la répression des protestations environnementales et foncières contre les opérations minières par des entreprises canadiennes. La société a été nommée dans un procès en 2014 par six agriculteurs guatémaltèques et un étudiant qui ont tous été blessés par balles, à bout portant, par des agents de sécurité lors d’une manifestation l’année précédente.

L’utilisation par le Guatemala de formateurs et de conseillers militaires israéliens, tout comme dans les années 1980, se poursuit. Les conseillers israéliens ont ces dernières années, contribué à la « remilitarisation » du Guatemala. La journaliste Dawn Paley a rapporté que des formateurs militaires israéliens se sont à nouveau affichés dans une base militaire à Coban, la ville qui abrite des fosses communes datant des années 1980. Jusqu’à présent, les restes de plusieurs centaines de personnes ont été découverts.

Les charniers de Coban ont servi de base juridique aux arrestations en janvier de 14 anciens militaires. En juin dernier, un juge guatémaltèque a statué que les preuves étaient suffisantes pour que huit personnes arrêtées soient jugées. Les arrestations et les procès à venir sont susceptibles d’aller à leur terme.

Les universitaires Milton H. Jamail et Margo Gutierrez ont documenté le commerce israélien d’armes en Amérique centrale, notamment au Guatemala, dans leur livre publié en 1986: It’s No Secret: Israel’s Military Involvement in Latin America. Ils ont écrit le titre de cette façon parce que la majeure partie de l’information dans le livre est extraite de sources de médias traditionnels.

Pour l’instant, le rôle bien documenté d’Israël dans les guerres sales du Guatemala est une question peu abordée. Mais les Guatémaltèques savent mieux que quiconque que le long chemin vers la justice commence par la reconnaissance des crimes passés.

Pourtant, il est difficile de savoir combien de temps s’écoulera avant d’entendre parler d’officiels israéliens convoqués au Guatemala pour être jugés pour le rôle repoussant qu’ils ont joué dans les heures les plus sombres du pays.

20 janvier 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

S’opposer à un État juif est une attitude légitime

Jackie Walker
Jackie WalkerMilitante juive suspendue de ses responsabilités après avoir été accusée d’antisémitisme pour avoir critiqué Israël, Jackie Walker raconte son histoire.

Jusqu’en mai de l’année dernière, j’étais de longue date connue, ou connue un minimum, comme militante, formatrice, professeur, écrivaine, et conférencière dans la lutte contre le racisme.

Encore une jeune femme, j’ai été active dans le mouvement de boycott contre l’apartheid de l’Afrique du Sud.

Il était dans la logique des choses de devenir un défenseur des droits des Palestiniens, une critique de la politique israélienne envers les Palestiniens et une partisane du mouvement de boycott des produits israéliens – le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), ainsi qu’un membre de Palestine Solidarity Campaign, Jews for Justice for Palestinians et Free Speech on Israel – un groupe majoritairement juif.

Mes critiques les plus agressifs suggèrent que ma prétention à l’identité juive est une sorte de défense contre l’accusation d’être antisémite. Ce n’est pas cela et je remets simplement les événements récents dans leur contexte.

Si vous critiquez Israël, peu importe qui vous êtes, vous serez accusé d’antisémitisme. Alors, est-ce que je déteste les juifs ? Bien sûr que non. Ce que je déteste, c’est l’extrême droite et l’effet pernicieux qu’Israël, dirigé par le gouvernement Netanyahu, a sur la politique du Moyen-Orient et du monde.

Alors, comment cette chasse aux sorcières contre moi a-t-elle commencé ?

En février de l’année dernière, un groupe appelé Israel Advocacy Movement [mouvement de défense des intérêts israéliens] est allé à la pêche dans mon compte Facebook privé.

Je ne sais toujours pas quand et comment j’ai été identifiée comme une menace pour Israël, même si je présume que j’ai été repérée comme partisane de Jeremy Corbyn quand il a été décidé que celui-ci était une menace pour les intérêts israéliens.

Le message [post] sur Facebook n’était pas un message public, mais faisait partie d’une discussion privée avec un ami israélien sioniste et d’autres sur l’Holocauste africain et le fait que les juifs – notamment mes propres ancêtres portugais dont j’ai étudié l’histoire – avaient été impliqués dans le commerce du sucre et des esclaves.

Cette contribution sur Facebook a servi à publier un article à sensation et inexact dans le Jewish Chronicle [Chronique juive] qui prétendait que j’aurais dit que « les juifs ont causé l’Holocauste africain ». Les choses deviennent ensuite moins claires : soit le Israel Advocacy Movement, soit le Jewish Chronicle, m’ont signalé au Parti travailliste, qui m’a alors suspendu pour sous l’accusation d’être une possible raciste – pour être précis, une antisémite.

J’ai été scrutée en détail par le Parti travailliste. Mes messages sur Facebook, mes déclarations publiques ont été examinées à la loupe. J’ai assisté à une audience complète, mais la Compliance Unit [Unité de conformité] du Parti travailliste n’a pu trouver aucune raison de me condamner. Peu importe, ce verdict n’a fait apparemment aucune différence. Le harcèlement a continué. L’aile droite du Parti travailliste, le Jewish Chronicle et le Jewish Board of Deputies [Conseil des députés juifs] paraissaient furieux.

Les médias dominants, dont tous les journaux nationaux et même ceux traditionnellement identifiés comme plus libéraux, comme The Guardian, s’en sont mêlé. Personne ne m’a interrogé ou ne m’a demandé ma version des événements. Ils ont simplement répété des rapports en-dessous de tout, inexacts et biaisés du Jewish Chronicle.

Les médias britanniques semblent devenus partisans du moindre effort, et totalement craintifs.

Comme Shai Masot, le responsable israélien filmé sous le manteau par les enquêteurs d’Al Jazeera l’a dit clairement, je suis devenue quelqu’un dont chaque mouvement devait être suivi et rapporté.

Tentatives de « salir » Corbyn

Les personnes et les organisations, comme les groupes de solidarité avec les Palestiniens, qui voulaient m’entendre m’exprimer, avaient leurs comptes email et Facebook piratés.

Certains ont dû fermer des pages Facebook aux commentaires en raison du niveau des attaques racistes à mon égard. Des personnes ont été salies pour avoir été photographiées avec moi, pour avoir osé me soutenir.

Jeremy Corbyn s’est opposé au racisme, à la guerre, a protesté contre l’injustice et l’oppression toute sa vie, mais ce n’est pas une garantie contre les accusations d’antisémitisme. La direction du labour [Parti travailliste], ou la « Révolution Corbyn », peu importe comment vous l’appeler, est depuis longtemps le plus grand défi à l’ordre politique établi que le Royaume-Uni a connu.

Les tentatives de salir Corbyn ont commencé dès qu’il est devenu candidat à la direction du Labour. Les journaux qui avaient publié des articles antisémites sur Ed Miliband, ancien dirigeant (et juif) du Parti travailliste, sont devenus soudainement champions de la lutte contre l’antisémitisme.

Les médias dominants ont exagéré sur tout, transformant chaque déclaration et citant à tort tout ce qu’ils pouvaient pour peindre Corbyn comme un antisémite ou comme indulgent sur l’antisémitisme. Et la droite du Parti travailliste a fait de son mieux pour les aider.

Ces accusations non seulement exploitent l’antisémitisme comme une arme, mais elles deviennent aussi une arme de destruction massive politique et comme toutes les armes nucléaires, entraînent des dommages collatéraux non seulement dans le Labour ou le mouvement ouvrier, mais dans les groupes pro-palestiniens et anti-guerre, sans oublier les individus eux-mêmes, leurs familles et leurs amis et les communautés politiques dont ils faisaient partie.

Être raciste ne consiste pas à oublier un mot dans un post sur Facebook, ce n’est pas se tromper sur une date ou qualifier « d’ami » un homme politique contestable alors que l’on cherche un accord.

Les racistes ne seraient donc plus ceux qui demandent l’expulsion des migrants, qui veulent exclure les réfugiés. Les racistes ne seraient plus les gens qui se plaignent d’un reporter de télévision qui porte un foulard. Non, c’est la gauche nous dit-on, qui serait coupable de ce nouveau racisme, de ce nouvel antisémitisme.

Le gouvernement israélien a alloué des millions de dollars pour financer des activités secrètes dont le but est de miner les campagnes BDS. La lutte contre le BDS est menée par le ministre israélien des Affaires stratégiques. Israël a embauché des salariés dont les noms sont tenus secrets. Il y a toute une section du renseignement dirigée par un ancien agent des services de sécurité. Celui-ci reçoit l’aide d’une « unité spéciale » des services de renseignements militaires israéliens, ainsi que de la police secrète.

Les individus et les groupes sont ciblés et ils ont eu un certain succès. Par exemple, en France, la campagne BDS a été considérée comme une activité « discriminatoire », ce qui la rend de fait illégale.

Je pense qu’il y a des tentatives pour faire de même en Grande-Bretagne. Par exemple, en novembre de l’année dernière, Tom Watson, responsable du groupe des députés du Parti travailliste, a qualifié de gens « sans morale » les partisans du mouvement de boycott lors d’un dîner des Labour Friends of Israel [Amis d’Israël au Parti travailliste].

Mais revenons aux principes : je m’oppose à toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme, mais je ne me laisserai pas réduire au silence dans la critique du gouvernement israélien. Je suis d’accord, le sionisme ne doit pas être utilisé comme une couverture pour attaquer les juifs. Cependant, le sionisme fait partie du lexique politique, et il est essentiel si l’on défie le concept d’État juif.

Permettez-moi de répéter que l’opposition à un État juif est une position politique honorable et légitime et que nous sommes très nombreux, y compris de nombreux juifs, à avoir maintenu cette position depuis des décennies.

* Jackie Walker est une militante anti-raciste, formatrice, professeur, écrivaine et conférencière.


14 janvier 2017 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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