Nous recommandons

Au bout de 10 ans de blocus, Gaza atteint un point de rupture humanitaire et politique

Photo : ActiveStills.org
Chloé BenoistAlors que la bande de Gaza vient de passer la barre des 10 ans du siège israélien de la petite enclave palestinienne, jeudi, la situation humanitaire continue à préoccuper les groupes de défense des droits humains, qui ne cessent de dénoncer les « conditions de vie les plus inhumaines du monde moderne. »

Gaza, qui a souvent été comparée à une « prison à ciel ouvert » pour ses 1,9 million d’habitants entassés dans 365 kilomètres carrés, vient de subir une décennie d’isolement et de privations, aggravée par trois agressions militaires israéliennes dévastatrices et une persistante lutte politique entre deux factions palestiniennes.

La décision récente de l’Autorité palestinienne (PA) de demander à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza a fait craindre que la situation à Gaza n’atteigne rapidement un niveau de dégradation politique et humanitaire aux conséquences imprévisibles.

Une décennie de restrictions épouvantables

Six mois après qu’Israël a évacué ses colonies illégales dans la bande de Gaza, le mouvement du Hamas a remporté des élections législatives palestiniennes en janvier 2006 avec une victoire écrasante : il a remporté 74 sièges au Conseil législatif palestinien (PLC), tandis que le Fatah, le parti de l’AP au pouvoir, n’en remportait que 45.

Ce « tsunami » comme le Fatah l’a appelé, n’a pas enchanté les responsables du Fatah, et les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont aggravées d’autant plus que les israéliens et les Etatsuniens ont décidé d’imposer des sanctions économiques à l’AP, parce qu’ils considéraient le Hamas comme un groupe terroriste.

Les tensions ont abouti à la bataille de Gaza entre le 10 juin et le 15 juin 2007, au cours de laquelle le Hamas a pris le plein contrôle de la côte. Israël a réagi en imposant le blocus militaire total de Gaza.

Depuis 10 ans, les autorités israéliennes restreignent sévèrement la liberté de circulation des Gazaouis, exigeant que tous les Palestiniens – y compris les malades en traitement, les hommes d’affaires et les hommes âgés qui veulent aller prier – aient un permis pour entrer ou sortir des territoires occupés à travers le checkpoint d’Erez.

L’Égypte, le seul autre pays qui partage une frontière avec Gaza, a également intensifié le blocus depuis qu’Abd al-Fattah al-Sisi a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en 2013 et est devenu président.

La plupart des Gazaouis ne peuvent ni sortir de l’enclave côtière assiégée ni y entrer, parfois pendant des mois d’affilée, parce que les autorités égyptiennes n’ouvrent que sporadiquement le poste frontière de Rafah. Selon les Nations Unies, il n’a été ouvert que 44 jours en 2016, et 21 jours en 2015.

L’Égypte a récemment tenté de faire pression sur le gouvernement de Gaza pour qu’il coopère avec ses violentes opérations de «contre-terrorisme» en échange de la fourniture d’électricité dont Gaza a un besoin impérieux.

Israël a également maintenu des restrictions draconiennes sur l’approvisionnement de l’enclave assiégée, arguant que des matériaux de construction comme le ciment pouvaient être utilisés par le Hamas et d’autres groupes de résistance palestinienne à des fins militaires.

Les dossiers du ministère israélien de la Défense publiés en 2012 ont également révélé que les autorités israéliennes ont aussi limité l’entrée de la nourriture dans Gaza ; selon l’ONG juridique Gisha, des produits tels que la cardamome, le chocolat et les chips étaient interdits d’importation dans Gaza en 2010. De plus, le secteur agricole de Gaza a beaucoup souffert des « zones tampons » créées par Israël à la fois sur terre et en mer ; les agriculteurs palestiniens risquent leur vie lorsqu’ils s’approchent trop près de la clôture de la frontière et les pêcheurs lorsqu’ils s’éloignent de la petite « zone de pêche délimitée » (par Israël) au large de la bande de Gaza.

Le profond impact de trois guerres

Israël a inlassablement tenté d’écraser la résistance palestinienne dans la bande de Gaza pendant toutes ces années, en prétendant que les roquettes sporadiquement tirées de la petite enclave palestinienne, ou que les tunnels construits entre Gaza et Israël ou l’Égypte justifiaient ses mesures punitives contre Gaza.


A Fish Out of Water: Gaza’s First Fisherwoman

Alors que les tunnels entre Gaza et Israël sont utilisés par des groupes de la résistance pour attaquer Israël, les tunnels vers l’Égypte sont utilisés par le Hamas comme une source de revenus et d’armes et aussi pour faire rentrer des produits de première nécessité pour les Gazaouis, comme de la nourriture, des médicaments et des matériaux de constructions indispensables.

Le blocage déjà rigoureux a vu son impact multiplié par plusieurs attaques militaires israéliennes de grande envergure sur Gaza pendant ces dix ans ; des groupes de défense des droits humains ont accusé Israël d’un usage disproportionné de la force qui s’apparente à des crimes de guerre.

Pendant l’opération « Plomb durci », une guerre de trois semaines qui a commencé à la fin de décembre 2008 et s’est terminée en janvier 2009, 1 391 Palestiniens ont été tués – dont 926 civils – et plus de 5 000 ont été blessés, selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR). Dans le même temps, 13 Israéliens ont été tués – quatre d’entre eux par un feu ami – et 518 ont été blessés. En novembre 2012, les frappes militaires israéliennes d’une durée d’une semaine connues sous le nom de « Opération Pilier de Défense » ont tué 160 Palestiniens tués et fait 1 000 blessés, selon le PCHR, tandis que, selon le gouvernement israélien, 6 Israéliens ont été tués et 229 blessés.

Le conflit le plus dévastateur, toutefois, a eu lieu à l’été 2014, lorsqu’une guerre de sept semaines a coûté la vie à 2 310 Palestiniens, 70% d’entre eux des civils selon le ministère de la Santé de Gaza, et en a blessé plus de 10 500 autres. Pendant ce temps, 72 Israéliens, dont 67 soldats, ont été tués et 555 blessés.

Le Hamas n’a pas revendiqué d’attaques de roquette depuis que le cessez-le-feu a été déclaré après la guerre de 2014 et il a même essayé d’empêcher les plus petits groupes de lancer des roquettes. Les officiels israéliens ont néanmoins accusé le Hamas de « préparer » une autre guerre avec Israël et ont mené des opérations de représailles sur toute la bande de Gaza –par des  » target= »_blank »>frappes aériennes en 2016 et plus tôt dans l’année notamment. Les autorités israéliennes tiennent le Hamas pour responsable de toutes les attaques contre des cibles israéliennes en provenance de la bande de Gaza.

Une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver

Les trois offensives israéliennes ont causé des dégâts considérables à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie et à l’infrastructure médicale de Gaza et ont détruit des milliers de maisons dont La reconstruction a été sérieusement bloquée par les limitations israéliennes imposées à l’importation de matériaux, ainsi que par les retards dans le règlement de l’aide internationale. En août 2016, environ 50% des bâtiments qui ont été complètement détruits pendant la guerre dévastatrice de 2014 attendaient encore d’être reconstruits, et un rapport de l’ONU d’avril 2016 estimait que 75 000 Palestiniens étaient encore sans abri presque deux ans après la dernière guerre.

Souffrant d’un taux de chômage de 44 %, un des plus élevés du monde, environ 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU a averti que la bande de Gaza pourrait devenir « invivable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour améliorer la situation, mais les développements récents font craindre que la détérioration du niveau de vie puisse se produire beaucoup plus vite que prévu.

Alors que Gaza lutte depuis des années avec des pénuries d’électricité du fait de l’accès limité aux carburants et des infrastructures dégradées, la seule centrale électrique de Gaza a fermé en avril, parce que les responsables de l’électricité de Gaza disent qu’ils ne peuvent pas payer la taxe imposée par l’AP sur le carburant diesel, qui a doublé le coût d’exploitation de la centrale.

En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre. Et la décision d’Israël de limiter l’alimentation en électricité de Gaza à la demande de l’AP qui accuse le Hamas de ne pas lui transférer l’argent des taxes, pourrait encore réduire de moitié l’accès à l’électricité.

Un groupe de 16 organisations de la société civile a exhorté mercredi les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision de restreindre la fourniture d’électricité à Gaza, affirmant que la décision n’avait « pas de rapport avec les besoins concrets de sécurité » et qu’elle était « de nature politique », et que, par conséquent elle violait le droit international.

« Israël ne peut prétendre être un simple fournisseur de services répondant de manière neutre à la demande d’un client. Compte-tenu de son contrôle absolu sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a le devoir, en tant que force d’occupation, de faire en sorte que ses habitants aient une vie normale », ont déclaré ces organisations.

« Les dommages que causeraient aux Israéliens et aux Palestiniens de la région dans son ensemble une escalade des hostilités, sont beaucoup plus importants que le bénéfice (politique ou autre) qui peut être retiré de la mise en œuvre d’une telle décision. » L’accès aux soins de santé a été fortement affecté par le blocus, les pénuries d’électricité et les compressions budgétaires de l’AP, et la vie de centaines de malades est en danger.

« Le secteur de la santé ne peut fournir que des soins élémentaires – les hôpitaux sont obligés d’annuler certaines opérations et de réduire l’intendance et ils dépendent des Nations Unies pour le carburant nécessaires aux générateurs de secours », a dit, jeudi, Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Lynk a ajouté que, du fait que les stations de traitement de l’eau de Gaza fonctionnent à environ de 15 % de leur capacité en raison de la pénurie d’électricité, les eaux usées se déversent dans la mer Méditerranée, et l’accès à l’eau potable à Gaza devient de plus en plus rare.

Lynk a également indiqué que le prix des denrées de première nécessité, comme la nourriture, augmentait, tandis que l’augmentation des coupures d’électricité obligeait les entreprises à fermer ou à réduire les heures de travail, entraînant encore plus de chômage.

Les rivalités politiques palestiniennes perdurent

Au cours de la décennie, la rivalité entre le Hamas et le Fatah a persisté sans relâche, et les récentes décisions de l’Autorité palestinienne ont encore aggravé les difficiles conditions de vie à Gaza.

Les tensions n’ont fait que s’intensifier au cours des derniers mois à cause de la crise de l’électricité à Gaza; dans les deux camps, en Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des soupçons d’arrestations politiques; l’AP a réduit les salaires des fonctionnaires de Gaza; et des élections locales ont été tenues en Cisjordanie, malgré le boycott du Hamas et d’autres partis.

Durant sa décennie au pouvoir à Gaza, le Hamas a été accusé de violations des droits de l’homme, notamment pour l’utilisation de la peine de mort contre les personnes accusées de « collaboration » avec Israël et sa répression des voix dissidentes.

Le journal d’information israélien Ynet a rapporté mercredi que l’AP, dans une déclaration sur les 10 ans de blocus, avait accusé le Hamas d’être responsable de la situation à Gaza.

« La deuxième Nakba qui a frappé notre peuple », disait la déclaration, en faisant référence au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. « Le Hamas a transformé Gaza en un enfer intolérable. »


Gaza: Energy shortage adds to plight of residents

Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU, a dit qu’Israël, l’AP et le Hamas avaient tous « une responsabilité directe dans la crise », et il les a exhortés à agir tous pour le bien-être des résidents de Gaza. 

« Je les invite à mettre de côté leur différend, à se montrer à la hauteur de leurs obligations juridiques et politiques, et à s’assurer que les besoins en électricité de la population soient pleinement satisfaits et que les besoins immédiats en matière d’infrastructures indispensables soient pris en compte, » a-t-il déclaré.

« Maintenir Gaza économiquement paralysé et socialement isolé engendre obligatoirement une grande détresse humanitaire et aboutira à un autre conflit dans un proche avenir », a ajouté Lynk. « Les droits de chacun à la liberté et à la sécurité doivent être respectés pour que la paix règne ».

Alors que le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper a qualifié mercredi la crise qui s’aggrave sans cesse à Gaza de « conflit palestinien interne » les associations de défense des droits humains en rendent largement responsables le siège et le blocus israéliens.

L’ONG israélienne B’Tselem a accusé le blocus de jeter Gaza « dans les affres d’une catastrophe humanitaire », ajoutant qu’Israël « contraint les résidents de Gaza à vivre dans une pauvreté extrême et dans des conditions inhumaines sans précédent dans le monde moderne. » Et B’Tselem a ajouté : «  Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, si cela avait été le cas, Israël aurait probablement envoyé une mission d’aide humanitaire. Au lieu de cela, la réalité à Gaza est l’œuvre d’Israël, le résultat d’une décennie de décisions politiques brutales. »

* Chloé Benoist est une journaliste française ayant vécu au Liban de 2011 à 2016. Elle vit et travaille actuellement en Cisjordanie occupée. Elle y couvre l’actualité politique, mais écrit aussi sur des sujets économiques, sociaux et culturels.

15 juin 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

La Nakba n’a pas commencé et ne s’est pas terminée en 1948

Photo : Nakba 1948 - archives
Al-JazeeraFaits et chiffres clés sur le nettoyage ethnique de la Palestine.

Chaque année, le 15 mai, les Palestiniens du monde entier, – soit près de 12,4 millions de personnes – marquent la Nakba de 1948, ou « catastrophe », se référant au nettoyage ethnique de la Palestine et à la destruction presque totale de la société palestinienne.

L’expérience palestinienne de la dépossession et de la perte d’une patrie remonte à 69 ans cette année.

Ce jour-là, l’État d’Israël a vu le jour. La création d’Israël a été un processus violent qui a entraîné l’expulsion forcée de centaines de milliers de Palestiniens de leur patrie pour établir un État à majorité juive selon les aspirations du mouvement sioniste.

Entre 1947 et 1949, au moins 750 000 Palestiniens sur une population de 1,9 million ont été transformés en réfugiés, jetés au-delà des frontières de l’État. Les forces sionistes ont conquis par la violence plus de 78% de la Palestine historique, en nettoyant ethniquement et détruisant environ 530 villages et villes et ont tué environ 15 000 Palestiniens dans une série d’atrocités à grande échelle, dont plus de 70 massacres.

Bien que le 15 mai 1948 soit devenu la journée officielle pour commémorer la Nakba, les groupes sionistes armés ont lancé le processus de déplacement forcé des Palestiniens beaucoup plus tôt. En fait, le 15 mai, la moitié du nombre total de réfugiés palestiniens avaient déjà été violemment expulsés de leur pays.

A ce jour, Israël continue d’opprimer et de voler les terres les Palestiniens, quoique d’une manière moins voyante que celle adoptée lors de la Nakba.

Qu’est-ce qui a provoqué la Nakba ?

Les racines de la Nakba découlent de l’émergence du sionisme comme idéologie politique en Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle. L’idéologie repose sur la conviction que les juifs représentent une « nation » – ou une « race » – qui mérite son propre Etat.

À partir de 1882, des milliers de Juifs d’Europe de l’Est et de Russie commencent à s’installer en Palestine, poussés par la persécution et les pogroms antisémites auxquels ils étaient confrontés dans l’Empire russe, et poussés également par l’attrait du sionisme.

En 1896, le journaliste viennois Theodor Herzl a publié une brochure qui a été considérée comme la base idéologique du sionisme politique – Der Judenstaat, ou «L’État juif». Herzl tirait comme conclusion que le remède aux opinions et attaques antisémites vieilles de plusieurs siècles en Europe était la création d’un État juif.

Bien que certains des pionniers du mouvement aient initialement soutenu un État juif en des lieux comme l’Ouganda et l’Argentine, ils ont finalement appelé à la construction d’un État en Palestine sur la base du concept biblique selon quoi la Terre Sainte aurait été « promise » aux Juifs par Dieu.

Dans les années 1880, la communauté des Juifs palestiniens, connue sous le nom de Yishuv, représentait 3% de la population totale. Contrairement aux Juifs sionistes qui arriveront en Palestine plus tard, l’Yishuv d’origine n’aspirait pas à construire un État juif dans la Palestine contemporaine.

Après la dissolution de l’Empire ottoman (1517-1914), les Britanniques ont occupé la Palestine dans le cadre du traité secret de Sykes-Picot de 1916 entre la Grande-Bretagne et la France pour dépecer le Moyen-Orient selon les intérêts impériaux.


Al-Nakba – Épisode 1

En 1917, avant le début du mandat britannique (1920-1947), les Britanniques ont publié la Déclaration de Balfour, promettant d’aider à « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif », promettant ainsi de leur donner un pays qui n’était pas le leur…

Au centre de l’engagement se trouvait Chaim Weizmann, un dirigeant et chimiste sioniste russe vivant en Grande-Bretagne, dont les contributions à l’effort de guerre britannique [1] pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918) lui ont ouvert les portes pour les échelons supérieurs du gouvernement britannique. Weizmann a fait pression pendant plus de deux ans avec l’ancien Premier ministre britannique David Lloyd-George et l’ancien ministre des Affaires étrangères, Arthur Balfour, pour que la Grande-Bretagne s’engage publiquement à construire une patrie pour les Juifs en Palestine.

En accordant leur soutien aux objectifs sionistes en Palestine, les Britanniques espéraient qu’ils pouvaient obtenir la contribution des importantes populations juives aux États-Unis et en Russie pour l’effort allié pendant la Première Guerre mondiale. Ils ont également cru que la Déclaration de Balfour assurerait leur contrôle sur la Palestine après la guerre.

À partir de 1919, l’immigration sioniste en Palestine, facilitée par les Britanniques, a considérablement augmenté. Weizmann, qui est devenu plus tard le premier président d’Israël, commençait à réaliser son rêve de rendre la Palestine « aussi juive que l’Angleterre est anglaise ».

Entre 1922 et 1935, la population juive est passée de 9% à près de 27% de la population totale, expulsant des dizaines de milliers de fermiers palestiniens de leurs terres tandis que les sionistes achetaient la terre de propriétaires éloignés.

Les premiers intellectuels arabes et palestiniens ont publiquement tiré la sonnette d’alarme dans la presse et dès 1908, sur les motifs du mouvement sioniste. Avec l’arrivée des Nazis au pouvoir en Allemagne, en 1933, 30 000 à 60 000 juifs européens sont arrivés sur les rives de la Palestine entre 1933 et 1936.

En 1936, les Arabes palestiniens ont lancé un soulèvement de masse contre les Britanniques et leur soutien au colonialisme sioniste , connu sous le nom de la Révolte arabe. Les autorités britanniques ont violemment écrasé la révolte, qui a duré jusqu’à 1939. Ils ont détruit au moins 2000 maisons palestiniennes, ont placé 9000 Palestiniens dans des camps de concentration et les ont soumis à des interrogatoires violents, y compris des actes de torture, et expulsé 200 dirigeants nationalistes palestiniens.

A la fin de la révolte, au moins 10% de la population masculine palestinienne avait été soit tuée, soit blessée, soit exilée ou emprisonnée.

Le gouvernement britannique, finalement préoccupé par l’éruption de la violence entre les Palestiniens et les colons sionistes, a tenté de réduire à plusieurs reprises l’immigration des juifs européens. Les lobbyistes sionistes à Londres ont rendu vain leurs efforts.

En 1944, plusieurs groupes armés sionistes ont déclaré la guerre à la Grande-Bretagne pour avoir tenté de limiter l’immigration juive en Palestine à un moment où les Juifs fuyaient les massacres des communautés juives d’Europe [Holocauste]. Les organisations paramilitaires sionistes ont lancé un certain nombre d’attaques contre les Britanniques, dont le plus notable était l’attaque à la bombe du King David Hotel en 1946, où se trouvaient les bureaux administratifs britanniques. Quatre-vingt onze personnes ont été tuées dans l’attaque.

Au début de 1947, le gouvernement britannique a annoncé qu’il abandonnait aux Nations Unies la gestion du chaos qu’il avait généré en Palestine, et a mis fin à son projet colonial. Le 29 novembre 1947, l’ONU a adopté la Résolution 181, recommandant le partage de la Palestine entre deux États, juif et arabe.

À l’époque, les Juifs en Palestine constituaient un tiers de la population et possédaient moins de 6% de la superficie totale. Dans le cadre du plan de partage des Nations Unies, ils se voyaient attribué 55% de la terre, englobant bon nombre des principales villes avec des majorités arabes palestiniennes ainsi que l’important littoral de Haïfa à Jaffa. L’État arabe devait être privé des terres agricoles et des ports maritimes les plus importants, ce qui a amené les Palestiniens à rejeter la proposition.

À la suite de la résolution 181 de l’ONU, une guerre a éclaté entre les Arabes palestiniens et les groupes armés sionistes qui, contrairement aux Palestiniens, avaient acquis un savoir-faire et des armes à profusion aux côtés de la Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les groupes paramilitaires sionistes ont lancé un processus cruel de nettoyage ethnique sous la forme d’attaques à grande échelle visant à expulser massivement les Palestiniens de leurs villes et villages pour construire l’État juif, ce qui a abouti à la Nakba.

Photo : Nakba 1948 - archives

Des Arabes palestiniens quittent la ville portuaire de Jaffa alors que les milices sionistes avancent sur la ville – Photo : Nakba 1948 – archives

Alors que certains idéologues sionistes affirment qu’il n’y a pas de preuve d’un plan directeur systématique pour l’expulsion des Palestiniens pour la création de l’État juif et que leur dépossession était le résultat imprévu de la guerre et de la présence d’une majorité arabe palestinienne dans ce que les dirigeants sionistes voyaient comme leur futur État, la Nakba était l’aboutissement d’un processus tout à fait déterminé.

Pourquoi les Palestiniens commémorent-ils la Nakba le 15 mai ?

Les autorités britanniques d’occupation ont annoncé qu’elles mettraient fin à leur mandat en Palestine à la veille du 15 mai 1948. Huit heures plus tôt, David Ben Gourion, qui est devenu le premier Premier ministre d’Israël, a annoncé à Tel Aviv ce que les dirigeants sionistes ont appelé une déclaration d’indépendance.

Le mandat britannique a pris fin à minuit, et le 15 mai, l’État israélien a vu le jour.

Les Palestiniens ont commémoré d’une manière non officielle leur tragédie nationale de la perte de leur patrie pendant des décennies, mais en 1998, l’ancien président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a déclaré le 15 mai un jour de souvenir national, à l’occasion de la 50e année depuis la Nakba.

Israël célèbre cette même date comme son jour d’indépendance.

Quand le processus de déplacement forcé des Palestiniens a-t-il réellement commencé ?

Bien que le déplacement forcé des Palestiniens de leurs terres par le projet sioniste ait déjà eu lieu pendant le mandat britannique, les déplacements de masse ont débuté lorsque le plan de partage des Nations Unies a été adopté.

En moins de six mois, de décembre 1947 à mi-mai 1948, des groupes armés sionistes ont expulsé environ 440 000 Palestiniens de 220 villages.

Avant le 15 mai, certains des massacres les plus infâmes avaient déjà été commis :
– le massacre de Baldat al-Sheikh le 31 décembre 1947, tuant jusqu’à 70 Palestiniens
– le massacre de Sa’s le 14 février 1948, lorsque 16 maisons ont été explosées et 60 personnes ont perdu la vie
– et le massacre de Deir Yassin le 9 avril 1948, lorsque environ 110 hommes, femmes et enfants palestiniens ont été abattus.

Combien de Palestiniens ont été expulsés de chez eux ?

Avec l’intervention d’unités des armées égyptiennes, libanaises, syriennes, jordaniennes et irakiennes le 15 mai [2], la guerre arabe-israélienne a été lancée et a duré jusqu’en mars 1949.

Au premier semestre de 1949, au moins 750 000 Palestiniens au total ont été expulsés par la force ou s’étaient enfuis à l’extérieur de leur patrie. Les forces sionistes ont commis environ 223 atrocités jusqu’à la fin 1949, y compris des massacres, des attaques telles que des bombardements de maisons, des pillages, la destruction de biens et des villages entiers.

Quelque 150 000 Palestiniens sont restés dans les régions de Palestine qui sont devenues une partie de l’État israélien. Sur ces 150 000 Palestiniens, environ 30 000 à 40 000 personnes ont été déportées à l’intérieur du pays.

Comme pour les 750 000 personnes expulsées au-delà des frontières du nouvel État, Israël a interdit à ces Palestiniens déportés de rentrer chez eux.

Dans les années qui ont suivi la création d’Israël, l’Etat a amplifié son nettoyage ethnique systématique. Bien que des accords d’armistice aient été signés avec l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban en 1949, l’armée israélienne nouvellement constituée a commis plusieurs autres massacres et campagnes de déplacement forcé.

Par exemple, en 1950, les 2.500 résidents palestiniens restants de la ville de Majdal ont été contraints de partir dans la Bande de Gaza, environ 2.000 habitants de Beer el-Sabe ont été expulsés en Cisjordanie et quelques 2.000 résidents de deux villages du nord ont été emmenés en Syrie.

Au milieu des années 1950, la population palestinienne d’Israël comptait environ 195.000 personnes. Entre 1948 et le milieu des années 1950, environ 30.000 personnes, soit 15 pour cent de la population, ont été expulsées à l’extérieur des frontières du nouvel Etat, selon le groupe de défense des droits des réfugiés BADIL.

La Nakba est-elle terminée ?

Alors que le projet sioniste a réalisé son rêve de créer « une patrie juive » en Palestine en 1948, le processus de nettoyage ethnique et de déplacement des Palestiniens n’a jamais cessé.

Pendant la guerre israélo-arabe de 1967, connue sous le nom de Naksa, ce qui signifie « revers », Israël a occupé les territoires palestiniens restants de Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, et il continue de les occuper aujourd’hui. Alors que dans le cadre du plan de partage de l’ONU, 55% ont été alloués à Israël, aujourd’hui il contrôle plus de 85% de la Palestine historique.

Photo : ActiveStills

Le mur d’Apartheid – Photo : ActiveStills

La Naksa a entraîné le déplacement de quelques 430.000 Palestiniens, dont la moitié venaient des régions occupées en 1948 et étaient donc deux fois réfugiés. Comme dans la Nakba, les forces israéliennes ont utilisé des tactiques militaires qui violaient les droits internationaux fondamentaux tels que les attaques contre les civils et l’expulsion. La plupart des réfugiés ont fui vers la Jordanie voisine, d’autres sont partis en Egypte et en Syrie.

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Les plus de trois millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est sont confrontés à des démolitions de maisons, des arrestations arbitraires et des déplacements tandis qu’Israël agrandit les 100 colonies juives et vole les terres palestinienne pour ce faire. La mobilité palestinienne est réduite par les postes de contrôle militaires et le mur de séparation qui entravent leur capacité à circuler librement.

La Bande de Gaza, où vivent deux millions de Palestiniens, est assiégée par Israël depuis plus d’une décennie, avec un contrôle israélien des espaces aérien, maritime et terrestre. La Bande a également subi trois attaques israéliennes qui ont rendu la région quasiment inhabitable.

En Israël, les 1,8 millions de Palestiniens sont une minorité involontaire dans un État pour les juifs. Les groupes de défense des droits ont recensé une cinquantaine de lois qui les discriminent parce qu’ils ne sont pas juifs, comme celles qui criminalisent la commémoration de la Nakba.

Depuis la création d’Israël, aucune nouvelle ville ou cité palestinienne n’a été construire à l’intérieur de ses frontières, à l’inverse des 600 municipalités juives qui ont été développées, selon Adalah, le centre juridique des droits des minorités arabes en Israël.

Depuis 1948, un million de Palestiniens ont été arrêtés par Israël, selon le Bureau central palestinien des statistiques. De plus, quelques 100.000 maisons palestiniennes ont été démolies (à l’exclusion des guerres de la Nakba ou de Gaza), selon BADIL.

Aujourd’hui, il y a environ 7,98 millions de réfugiés palestiniens et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui n’ont pas pu revenir dans leurs maisons et villages d’origine.

Quelques 6,14 millions d’entre eux sont des réfugiés et leurs descendants au-delà des frontières de l’Etat ; beaucoup vivent dans des conditions qui sont parmi les pires, dans plus de 50 camps de réfugiés gérés par l’ONU dans les pays voisins.

Notes

[1] Comme cela est remarquablement expliqué dans l’excellent ouvrage de Lotfallah Soliman Pour une Histoire profane de la Palestine, Weizman a largement œuvré dans la mise au point des gaz de combat utilisés sur les fronts de la guerre de 1914-18. La Déclaration de Balfour serait, selon Soliman, une sorte de « retour d’ascenseur » pour les crimes de guerre auxquels Weizman a largement contribué.

[2] Comme expliqué dans l’ouvrage Résistant en Palestine, de Ramzy Baroud (chapitre 3 : L’expulsion) l’intervention des armées arabes a été assez dérisoire – quand il ne s’agissait pas de collusion pure et simple avec les objectifs sionistes comme dans le cas du corps d’intervention jordanien – à l’exception notable d’un bataillon mené par un officier du nom de Gamal Abdel Nasser. Celui-ci sera ensuite toujours resté extrêmement populaire auprès de la population palestinienne.

Les notes sont des traducteurs.

23 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France

Les « Forces de sécurité » de l’Autorité Palestinienne : la sécurité de qui ?

Photo : archives http://alresalah.ps
Alaa TartirParler de la « coopération » israélienne et palestinienne … revient à utiliser au moins un terme inadapté. Ce n’est pas simplement parce que « le résultat de la coopération entre un éléphant et une mouche n’est pas difficile à prévoir », comme Chomsky l’écrit si bien … mais parce que dans le cadre d’Oslo, la « coopération » est souvent très peu différente de l’occupation et de la domination qui l’ont précédée. La « coopération », dans ce contexte, est avant tout une formule édulcorée et acceptable internationalement qui obscurcit plutôt que d’éclairer la nature des relations israélo-palestiniennes – Jan Selby, 2003.

J’applaudis la coordination continue de la sécurité de l’Autorité palestinienne avec Israël. Ils s’entendent incroyablement bien. J’ai eu des réunions et lors de ces réunions, j’ai vraiment été très impressionné et quelque peu surpris de voir à quel point ils s’entendent bien. Ils travaillent ensemble magnifiquement – Donald Trump, 2017.

Résumé

Dès le début, les responsables des services de sécurité de l’Autorité palestinienne (PA) n’ont pas protégé les Palestiniens de la source principale de leur insécurité : l’occupation militaire israélienne. Ils n’ont pas non plus permis aux Palestiniens de résister à cette occupation. Au lieu de cela, l’AP a contribué à une situation où la lutte palestinienne pour la liberté a elle-même été criminalisée. Plutôt que de reconnaître la résistance comme une réponse naturelle à une oppression institutionnalisée, l’AP, en tandem avec Israël et la communauté internationale, caractérise la résistance comme une « insurrection » ou une « instabilité ». Cette rhétorique, qui favorise la sécurité des Israéliens aux dépens de celle des Palestiniens, fait écho au discours dominant sur la « guerre contre le terrorisme » et criminalise toutes les formes de résistance. [1]

Cette dynamique remonte aux Accords d’Oslo de 1993, mais elle a été propulsée en avant au cours de la dernière décennie grâce à l’évolution de l’AP en tant qu’État totalement dépendant des donateurs et qui défend les politiques néolibérales. La réforme du secteur de la sécurité axée sur les donateurs a été la pierre angulaire du projet de construction de l’État post-2007 de l’AP. L’efficacité accrue des forces de sécurité de l’AP grâce à l’investissement massif des donateurs a mis en place des moyens supplémentaires pour protéger l’occupant israélien, créant ainsi des espaces « sécurisés » dans lesquels celui-ci peut se mouvoir librement dans l’exécution de son projet colonial.

Un tel développement ne peut avoir que deux résultats: une collaboration « accrue » avec la puissance occupante d’une manière qui renforce un statu quo destructeur, et une plus grande violation de la sécurité et des droits nationaux des Palestiniens par leur propre gouvernement et les forces de sécurité nationales.

L’article qui suit analyse l’évolution et la « réforme » des forces de sécurité palestiniennes depuis la création de l’AP, puis examine la coordination sécuritaire israélo-palestinienne et ses effets néfastes sur la capacité palestinienne à résister aux forces d’occupation israéliennes aussi bien que sur les libertés fondamentales. Il se concentre sur les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et non sur la situation à Gaza, laquelle nécessite une recherche et une analyse distinctes. Il se termine par des recommandations politiques visant à redéfinir les missions des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et à revoir fondamentalement leurs structures afin qu’elles puissent vraiment servir à protéger leur propres concitoyens.

L’ascension des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne

L’évolution des forces de sécurité de l’AP peut être découpée en trois phases: les Accords d’Oslo (1993-1999), la Deuxième Intifada (2000-2006) et le projet de renforcement de l’État de l’AP après 2007.

Les Accords d’Oslo ont été caractérisés par deux projets parallèles mais contradictoires : la construction de l’État et la libération nationale. Le premier projet impliquait la construction d’institutions étatiques et d’une bureaucratie (bientôt pléthorique) sous occupation, tandis que le second visait à poursuivre le programme révolutionnaire d’autodétermination qui avait été adopté par l’OLP.

La forte contradiction entre ces deux entreprises s’était déjà manifestée sous le règne du défunt président Yasser Arafat. Le style de gouvernance personnalisée d’Arafat et son réseau complexe de corruption et de parrainage signifiaient que l’évolution des forces de sécurité de l’AP, dès son avènement, ne serait ni inclusive ni transparente. Au contraire, ces forces étaient incrustées de népotisme et utilisées comme outil pour faire face aux menaces aux adversaires d’Oslo et pour contrôler la population. De plus, elles ont également solidifié les accords naissants de « paix ». Les 9000 recrues de la « forte force de police » imaginées dans l’Arrangement du Caire de 1994 étaient passées au nombre de 50 000 en 1999.

Cette prolifération de forces de sécurité – toutes s’espionnant les unes les autres, comme l’a expliqué Edward Said – a eu de graves conséquences pour les Palestiniens. Les structures politiques mises en place par l’équipe d’Arafat et axées sur la sécurité ont nourri l’autoritarisme et bloqué les mécanismes de responsabilisation dans le système politique palestinien. Cela a entraîné un manque de légitimité et plus d’insécurité pour les Palestiniens. Au fur et à mesure que les services de sécurité augmentaient en nombre et en institutions, les Palestiniens restaient mal protégés et la corruption et le mécénat au sein de ces services devenaient endémiques. L’approche « diviser pour régner » a ouvert la voie à la future fragmentation palestinienne.

Au cours de la deuxième Intifada, Israël a détruit l’infrastructure de sécurité de l’AP parce que celle-ci avait participé au soulèvement. Un vide de sécurité s’en est suivi dans lequel les acteurs opposés à l’AP se sont engouffrés, avec des résultats mitigés pour les Palestiniens. Cette concurrence exacerbée intra-palestinienne a conduit les donateurs externes, l’AP et Israël à se préoccuper encore plus de la construction d’un secteur de sécurité fort et dominant. En juin 2002, l’AP a annoncé son plan de réforme de 100 jours. En 2003, la Feuille de route exigeait qu’un « appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne reconstruit et recentré » affronte « tous ceux qui sont impliqués dans le terrorisme » et démantèle les « capacités et infrastructures terroristes ». Ces forces ont donc été formées pour combattre le « terrorisme », appréhender les suspects, rendre l’incitation [à la résistance] illégale, ramasser toutes les armes non-autorisées. L’AP s’engageait à fournir à Israël une liste des recrues de la police palestinienne et à rendre compte devant les États-Unis des progrès réalisés.

Par conséquent, la réforme de la sécurité palestinienne « est restée … un processus contrôlé par l’extérieur, conduit par les intérêts de sécurité nationale d’Israël et des États-Unis, et caractérisé par une indépendance très forte vis-à-vis de la société palestinienne ». Le groupe international des donateurs a mené cette réforme en 2005 grâce à la création du Bureau de coordination de l’Union européenne pour le soutien à la police palestinienne (EUPOL COPPS) et grâce au Coordonnateur de la sécurité des États-Unis (USSC). Cette situation perdure aujourd’hui, sous la forme d’une stratégie « une seule arme à feu, une seule loi, une seule autorité » par laquelle le monopole de l’AP sur la force et la violence est assuré.

Le projet d’édification de l’État post-2007 dans le cadre de l’AP visait, principalement avec l’aide d’EUPOL COPPS et USSC, de réinventer les forces de sécurité de l’AP par des moyens techniques, y compris la formation et l’acquisition d’armes. Il a également visé à redistribuer les rapports de forces politiquement en concurrençant le Hamas et sa branche armée, en reprenant en main les militants alliés au Fatah par la cooptation et l’amnistie, en réprimant les délinquants et en lançant des campagnes de sécurité, en particulier à Naplouse et Jénine.

Ces forces ont été rapidement connues sous le nom de forces de Dayton en référence à Keith Dayton, le lieutenant-général des États-Unis qui a mené le processus de « professionnalisation et modernisation » de l’institution militaire de l’AP. Les organisations locales et internationales de défense des Droits de l’homme ont accusé ces forces « nouvelle mouture » de violer les droits de l’homme et de supprimer les libertés.

La phase la plus récente a renforcé la prédominance des intérêts sécuritaires israéliens aux dépens de ceux des Palestiniens. Le désarmement et la criminalisation ont entravé la résistance populaire contre l’occupation, y compris les manifestations pacifiques et les rassemblements, les protestations contre les violations des Droits de l’homme par Israël et le militantisme en milieu étudiant. Aujourd’hui, les forces de sécurité de l’AP protègent en grande partie la sécurité de l’occupant et non pas celle des occupés. En bref, la sécurité des Palestiniens est menacée parce que leur propre leadership joue le rôle de sous-traitant en les réprimant. Le programme de réforme de la sécurité post-2007 a contrarié la lutte nationale des Palestiniens, leur mouvement de résistance et leur sécurité quotidienne, et a étouffé le fonctionnement même de la politique palestinienne.

La coordination sécuritaire comme outil de domination

Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise de coordination de la sécurité, il est utile de noter que le secteur de la sécurité palestinien emploie environ la moitié de tous les fonctionnaires, représente près d’un milliard de dollars du budget de l’AP et reçoit environ 30% de l’aide internationale totale versée aux Palestiniens. Le secteur de la sécurité consomme plus dans le budget de l’AP que les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’agriculture combinés. Il est actuellement composé de 83 276 employés en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dont 312 généraux de brigade, 232 rendant des comptes à l’AP et 80 au Hamas. En comparaison, l’armée américaine dans sa totalité compte 410 généraux de brigade. Le ratio entre le personnel de sécurité et la population est aussi élevé que 1 pour 48. C’est l’un des plus élevés au monde.

La collaboration en matière de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne a atteint les objectifs fixés dans les Accords d’Oslo consistant à institutionnaliser les accords de sécurité et à lancer un processus de paix qui est étroitement contrôlé par le secteur de la sécurité, afin de permettre à Israël de réaliser ses ambitions coloniales tout en prétendant poursuivre la paix.

Ce processus de « sécurisation de la paix » se manifeste de plusieurs façons, dont:
-l’arrestation par les forces de sécurité palestiniennes des suspects palestiniens recherchés par Israël (comme dans le cas récent de Basil Al-‘Araj qui a été arrêté et libéré par l’AP uniquement pour être poursuivi et finalement assassiné par les Israéliens)
-la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons
-le partage des informations entre les forces de défense israéliennes (FDI) et les forces de sécurité de l’AP
-une politique de « porte tournante » entre les prisons israéliennes et palestiniennes à travers lesquelles les militants palestiniens font des allers-retours pour les mêmes infractions
-et la tenue régulière de réunions, ateliers et formations israélo-palestiniennes.

Bien que l’ex-président palestinien Mahmoud Abbas ait menacé de suspendre la coordination répressive, il l’a présentée en même temps comme un « intérêt national palestinien » et une doctrine « sacrée« . Les activités des forces de sécurité de l’AP et les manœuvres politiques d’Abbas ont naturellement créé un profond vide de confiance entre le peuple palestinien et l’Autorité.

En effet, plusieurs enquêtes au fil des ans ont montré que la majorité des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza (entre 60% et 80%) s’opposent à la coordination de la sécurité avec Israël. Et dans une enquête réalisée par le Centre palestinien pour la politique et les sondages de mars 2017, les deux tiers des répondants ont demandé la démission d’Abbas, 73% exprimant la conviction qu’Abbas n’est pas sérieux dans sa menace de suspendre la coordination répressive avec Israël.

Dans un sondage réalisé pour l’Agence Maan News en 2010, 78% des personnes ayant répondu ont déclaré être persuadées que les forces de sécurité de l’AP sont engagées dans la surveillance, le suivi des activités et l’intervention dans la vie privée des individus. Enfin, selon Vizualizing Palestine, 67% des Palestiniens de la Cisjordanie ont dit avoir le sentiment de vivre dans un système antidémocratique où les libertés se dégradent, en grande partie du fait des services de sécurité.

Les perceptions négatives de l’opinion publique sur la coordination sécuritaire sont corroborées par des expériences vécues – dont les élites sont souvent épargnées – ainsi que par la rhétorique officielle et la divulgation du contenu des Palestine Papers. Par exemple, le général étatsunien Keith Dayton faisait remarquer en 2009 que des officiers supérieurs des Forces israéliennes de défense (IDF) lui avaient demandé, au sujet des forces palestiniennes de sécurité qu’il entraînait : « Combien de ces nouveaux Palestiniens pouvez-vous générer, et à quelle vitesse ? » Il avait dit aussi qu’un haut fonctionnaire palestinien s’était adressé à une classe de diplômés de ces « nouveaux Palestiniens » en Jordanie en disant : « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à combattre Israël (…), mais plutôt pour apprendre à maintenir la loi et l’ordre, à respecter le droit de tous nos citoyens et mettre en œuvre l’Etat de droit afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël. » En 2013, dans un discours devant le Parlement européen, le président israélien Shimon Peres déclarait « Une force palestinienne de sécurité a été formée. Vous et les Américains l’avait entrainée. Et maintenant nous travaillons ensemble à prévenir le terrorisme et le crime. »

Alors que la coordination sécuritaire entre Israël et l’AP a été scellée depuis les Accords d’Oslo, le statu quo n’est pas une conclusion abandonnée. Cependant, le changement sera difficile à réaliser car le système a créé un segment de la société palestinienne qui cherchera à le maintenir. Ce segment est composé non seulement du personnel de sécurité en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, mais aussi des Palestiniens qui profitent des dispositifs institutionnels et d’un réseau de collaboration et de domination. Le statu quo leur est bénéfique et la « stabilité » est leur mantra. Ils s’engagent à adopter une approche qui privilégie les élites politiques, économiques et sécuritaires, et ils n’ont aucun intérêt à inverser les règles du jeu.

Tout essai d’arrêter la coordination sécuritaire aurait donc des conséquences réelles pour l’AP et sa direction. Pourtant, la pérennisation du statu quo est destructive pour la majorité des Palestiniens vivant sous occupation israélienne et pour le peuple palestinien dans son ensemble. Avec l’anéantissement de la capacité à corriger les actes politiques répréhensibles et à tenir les élites pour responsables, il est vraisemblable que le « business as usual » continuera. Si des mesures ne sont pas prises – et rapidement, la coordination sécurité restera un trait déterminant de la réalité biaisée qui favorise l’occupant.

Réinventer la doctrine et l’implantation de la sécurité de l’AP

L’ancrage de l’establishment sécuritaire de l’AP requiert des interventions politiques à de multiples niveaux, de la correction de la rhétorique biaisée à l’établissement de mécanismes de responsabilisation. Les recommandations suivantes, adressées aux différentes parties prenantes, proposent une refonte des opérations et des structures des forces de sécurité de l’AP.

L’Autorité palestinienne

L’AP doit écouter le peuple palestinien et respecter ses vœux et aspirations, y compris dans le domaine sécuritaire ; sinon l’écart de légitimité et de confiance augmentera considérablement. Il n’y a jamais eu de système politique palestinien global, mais une direction plus réactive, plus représentative et plus responsable garantirait que la sécurité des Palestiniens, plutôt que celle de leur occupant et colonisateur, soit une préoccupation centrale. Un secteur sécuritaire authentique, comme l’a argumenté Tariq Dana, sonnerait la fin de « l’accent sur la police interne connue sous le nom de ‘Doctrine Dayton’ » et d’ « un programme qui exige que la responsabilité et la justice soient mises en place. »

Comme l’a développé Hani Al-Masri, cela nécessitera des étapes progressives mais fermes pour finir par geler ou suspendre la coordination sécuritaire, dont : mettre un terme à l’interventionnisme de l’appareil sécuritaire palestinien dans les questions politiques ; réduire les dotations sécuritaires dans le budget annuel ; démanteler des parties de l’appareil de sécurité et restructurer le reste, en mettant l’accent sur le professionnalisme, le patriotisme et l’absence de népotisme politique et donner instruction à l’appareil sécuritaire de résister aux raids israéliens dans la Zone A.

Bien que l’AP continue de soutenir que les dispositions sécuritaires actuelles et la division du travail servent la solution à deux Etats, la colonisation israélienne incessante de la terre palestinienne signifie que l’AP et son gouvernement doivent réexaminer leur fonction. La menace imminente d’annexion doit pousser l’AP à agir avant que son rôle de sous-traitant de l’occupation israélienne ne se consolide.

La société civile palestinienne

Il faut que les organisations de la société civile palestinienne, en particulier les organisations de défense des droits de l’homme, créent des coalitions plus efficaces et intensifient leurs initiatives pour que l’AP et ses responsables politiques et de sécurité rendent compte de leurs violations des droits de l’homme. En l’absence d’institutions qui agissent en tant que contre-pouvoirs, une pression qui aille au-delà de l’écriture et de la publication de rapports (bien que ce soit en soi un acte important) est une nécessité impérieuse. En d’autres termes, il faut que les organisations de la société civile palestinienne développent des actions pratiques qui s’attaquent aux violations continues des droits de l’homme par l’AP.

Ces acteurs de la société civile, dont les institutions universitaires, les intellectuels et les groupes de réflexion, doivent également répondre au discours incorrect de l’AP, dans lequel la résistance palestinienne est présentée comme une insurrection criminelle ou de l’instabilité. Il faut aussi contrer les acteurs israéliens et internationaux qui utilisent ce type de discours. La société civile doit embrasser et rendre opérationnelle la résistance plutôt que de la voir criminalisée, et elle doit la considérer comme une manière de vivre globale sous occupation et en exil. La résistance comme mode de vie peut aider à inverser la manière dont l’élite politique et sécuritaire la dépeint actuellement. La résistance peut alors garantir la restauration des valeurs fondamentales et des idées qui permettent aux Palestiniens de s’engager collectivement dans la réalisation de leurs droits.

Les acteurs extérieurs, en particulier les organismes de sécurité EUPOL COPPS et USSC, doivent faire l’objet d’une évaluation minutieuse de la part de la société civile, tant en Palestine que dans leur pays d’origine. Ils ne peuvent pas continuer à dominer le domaine de la sécurité sans responsabilisation ni transparence. En faisant la promotion de la primauté du droit dans un contexte autoritaire, ces organes contribuent à la « professionnalisation » de pratiques autoritaires en (ab)usant d’un cadre de bonne gouvernance. Prétendre que leur mandat est « technique » leur permet de se soustraire aux résultats très politiques de leurs opérations et de leurs interventions. Après une décennie d’opérations, il est temps de mener une évaluation indépendante sous conduite palestinienne de ces organes et de s’en servir comme d’un mécanisme de reddition de comptes pour réformer ces anciens « réformateurs » et convenir de la marche à suivre.

Les donateurs et l’industrie des donateurs

Dans un contexte hautement dépendant de l’aide, la suprématie attribuée à la sécurisation et à la militarisation s’étend au domaine du développement. Les décideurs des pays donateurs et les Palestiniens qui facilitent les programmes des donateurs doivent aborder la façon dont « l’aide sécurisée » a transformé un mouvement de libération en sous-traitant du colonisateur et a abouti à des tendances autoritaires qui favorisent l’establishment sécuritaire au détriment d’autres secteurs tels que la santé, l’éducation et l’agriculture, ainsi qu’aux dépens de la démocratie.

De plus, en Palestine, l’aide et le développement priorisant la sécurisation n’ont pas seulement échoué à s’occuper de la pauvreté, du chômage et de l’autonomisation, mais ils ont également créé une nouvelle insécurité et une nouvelle illégitimité. Les planificateurs de développement doivent reconnaître que ces modèles ne seront jamais inversés à moins que la population et non l’establishment sécuritaire, ne conduisent les actions et constituent le point de référence constant.

A la base, toutes ces actions sont le devoir du peuple palestinien, surtout lorsque les décideurs ne représentent ni lui, ni ses aspirations. La société palestinienne doit s’opposer aux outils utilisés pour réprimer sa mobilisation et s’organiser afin d’assurer la réalisation de ses droits fondamentaux. L’initiative menée par des jeunes indépendants, « Mettre fin à la coordination sécuritaire », qui est née à la suite de l’assassinat de Basil Al-Araj en mars 2017, représente un exemple de cette mobilisation. Dans leur appel à action, les jeunes déclaraient :

« Notre peuple a trop longtemps lutté pour que nous restions passifs pendant que des dirigeants répressifs troquent notre oppression et notre dépossession pour leur bénéfice personnel. Cela fait bientôt 30 ans que les Accords d’Oslo ont transformé ce qui restait de notre pays en prison en ciel ouvert administrée par des fonctionnaires de l’AP non représentatifs qui ont été recrutés pour être la première ligne de défense de nos colonisateurs. Le régime d’Oslo ne nous représente pas. Il est maintenant temps de nous réunir et de reconstruire notre lutte collective pour la libération de la Palestine. »

Si cette résistance organisée peut continuer et croître, la pression exercée par le peuple peut changer la trajectoire de la coordination sécuritaire PA-Israël, rendant les Palestiniens mieux équipés pour travailler à l’autodétermination et à la réalisation des droits de l’homme.

Notes

Al-Shabaka publie tous ses contenus en anglais et en arabe (lire le texte en arabe ici). Pour le lire en italien, cliquez ici.
Al-Shabaka est reconnaissant aux efforts des défenseurs des droits de l’homme pour traduire ses articles mais n’est pas responsable de toute modification du sens.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève. Consultez son site Internet et il peut être suivi sur Twitter @alaatartir.

Articles du même auteur.

16 mai 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine & ISM France

Les États-Unis et leurs alliés des monarchies du Golfe préparent une guerre d’agression contre la résistance libanaise

Archives : Info-Palestine.eu
Abdel Bari AtwanLes États-Unis et leurs alliés arabes concoctent actuellement des plans pour étouffer financièrement le mouvement Hezbollah [résistance libanaise] en prélude à une éventuelle action militaire.

La guerre dirigée par les États-Unis contre l’État islamique sous la bannière de la lutte contre le terrorisme peut être considérée par beaucoup, en particulier par les membres arabes de la coalition qui se sentent menacés, comme légitime. Mais à notre avis, cette ressemble de plus en plus à une couverture ou à un écran de fumée pour ouvrir la voie ou donner une légitimité à une autre guerre : celle qui vise à éliminer la résistance à Israël dans la région et plus précisément le mouvement libanais du Hezbollah.

La guerre des États-Unis pour la reconquête du Koweït en 1991 a été menée dans le même but. Un piège a été mis au point, après une planification minutieuse et une répartition précise des rôles, pour le président irakien Saddam Hussein. L’objectif était de le pousser à entrer au Koweït afin de disposer d’un prétexte pour détruire l’Irak, briser son progrès scientifique et sa force militaire, et miner son rôle régional.

Il n’est pas exagéré de dire que la guerre par procuration contre la Syrie a un objectif similaire, non seulement détruire et fragmenter la Syrie comme adversaire d’Israël, mais aussi attirer un Hezbollah réticent dans le conflit et ainsi diminuer son énorme popularité et la place acquise dans les cœurs de dizaines ou de centaines de millions d’Arabes après ses deux grandes victoires contre Israël : d’abord, quand il a réussi à libérer le sud du Liban de l’occupation israélienne en 2000 après des années d’une implacable résistance, et encore en juillet 2006 quand il a lutté vaillamment et sans reculer d’un pas dans une résistance épique face à une attaque israélienne qui devait l’anéantir.

La plupart des démarches actuellement menées dans la région par les États-Unis – y compris la prochaine visite de Donald Trump à Riyad et les exercices militaires Eager Lion en Jordanie – ont un seul et même objectif : préparer une guerre totale contre le Hezbollah. Cela comprend l’assèchement de ses ressources financières et la criminalisation de l’organisation, de même que Saddam Hussein a été criminalisé et le mouvement de résistance palestinien avant lui : d’abord à la grande époque de l’OLP et de ses factions, puis après l’apparition du Hamas, du Jihad islamique et d’autres groupes qui continuent à se battre contre Israël.

L’Occident a divers problèmes avec l’Iran, et les ambitions nucléaires du pays sont parmi les plus importants. Mais il est possible de vivre avec, et même de contenir ces ambitions par divers moyens. Cependant, le péché impardonnable de l’Iran aux yeux de l’Occident est de soutenir le Hezbollah au Liban et de l’avoir aider à se transformer en une formidable force militaire qui constitue une véritable dissuasion et une menace pour Israël au moment où les États arabes capitulent en rase campagne. Beaucoup ont cessé de se référer à Israël comme à un ennemi et ont commencé à ériger des ponts de coopération et de normalisation avec cette entité en la traitant comme un allié régional stratégique.

Le Hezbollah a franchi toutes les lignes rouges américaines et israéliennes en développant de grandes ressources en missiles (100 000 selon certaines estimations), ainsi que des compétences au combat dont sont privées la plupart des armées de la région – y compris l’armée israélienne – en combinant les caractéristiques des armées conventionnelles et une expertise dans la guérilla. De plus, quatre ans de combats en Syrie ont encore renforcé, développé et modernisé ces compétences.

Des rapports sont parus ces derniers jours d’une réunion à huis clos et non divulguée à Washington impliquant un certain nombre de pays du Golfe et des États arabes visant à convenir d’une stratégie pour faire face au Hezbollah dans la période à venir. Les participants comprenaient l’Arabie saoudite et la Jordanie, le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis. L’objectif était de préparer les deux sommets multilatéraux (avec les dirigeants arabes/musulmans et les dirigeants du Golfe respectivement) auxquels Trump participera à Riyad.

Les rapports qui ont suivi cette réunion indiquent que le plan conjoint arabo-occidental pour s’attaquer au Hezbollah inclut l’imposition de sanctions financières aux membres de l’organisation, à ses partisans et ses sympathisants à travers le monde, en particulier les expatriés libanais en Afrique et en Europe qui offrent un soutien financier au parti ou aux institutions affiliés ou qui lui sont proches. Cela impliquera des mesures pour surveiller les transferts de fonds et annihiler toutes les sources de financement externes du parti afin de créer des difficultés pour ses dirigeants dans le financement de ses structures politiques et militaires et de ses vastes institutions et activités sociales.

La guerre contre les groupes jihadistes radicaux tels que le Front Al-Nusra et l’État islamique (IS) est en train d’arriver à son terme. Al-Nusra est assiégée à Idlib, au centre de Damas et dans quelques enclaves dans les régions rurales d’Alep. Le récent accord d’Astana a délégué la tâche de liquider Al-Nusra aux factions soi-disant modérées de l’opposition syrienne soutenues par les États-Unis, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. En ce qui concerne l’IS, il a perdu l’essentiel de la ville de Mossoul, et l’offensive pour conquérir Al-Raqqa par les « Forces démocratiques syriennes kurdes » (SDF) soutenues par les États-Unis est maintenant imminente et débutera dès que des stocks suffisants de chars, de véhicules blindés et de missiles auront été livrés par les États-Unis à ces forces.

En d’autres termes, la destruction des groupes « islamistes » désignés internationalement comme organisations terroristes ouvrira la porte à la guerre la plus importante, celle contre le Hezbollah, non seulement en Syrie, mais aussi au Liban. Cela commencera par une guerre économique et aboutira à une offensive militaire – comme dans le cas des guerres contre l’Irak.

Ce scénario qui est mis en œuvre par étapes contre le Hezbollah (et, par extension, contre l’Iran) aura-t-il le même succès que celui contre l’Irak – et avant cela contre la présence palestinienne au Liban, qui a pris fin avec l’invasion israélienne de 1982 ? Il est difficile de donner une réponse catégorique… On peut dire cependant que les circonstances ont changé, et Israël a également changé. Le Hezbollah est le pivot d’une structure régionale et confessionnelle, et a l’appui ouvert et total de l’Iran, et de l’Irak à un degré moindre. Toute guerre contre cette organisation ne sera pas une promenade. Si le scénario de 1991 a réussi en Irak, cela s’explique avant tout par la complicité et la trahison arabes, ainsi que par la disparition de l’Union soviétique qui a laissé les États-Unis disposer d’une hégémonie incontestée dans le monde.

Les guerres qui se déroulent actuellement dans la région et les conspirations qui se font jour sont toutes dans le but de renforcer la sécurité et la stabilité d’Israël, et de maintenir son pouvoir militaire et sa suprématie. Il est ironique que cela se produise à l’époque du centenaire de l’infâme Déclaration de Balfour et des accords Sykes-Picot. Car la tâche actuellement entreprise vise à consolider la présence sioniste en Palestine et dans la région comme stipulé dans cette Déclaration, tout en démembrant les États dont la création est issue pour une part de ces accords.

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

Articles du même auteur.

18 mai 2017 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

La nouvelle charte du Hamas : « un signe de maturité politique » ?

Photo: Ahmad Al-Bazz/Activestills.org
Ramzy BaroudMaintenant que le Mouvement islamique palestinien, le Hamas, a officiellement modifié sa Charte, la question est de savoir si cette décision est un acte de maturité politique ?

Sans aucun doute, la première Charte du Hamas, rendue publique en août 1988, reflétait une grande faiblesse intellectuelle et de la naïveté politique.

« Allah est grand, Allah est plus grand que leur armée, Allah est plus grand que leurs avions et leurs armes », déclarait, entre autres choses, la Charte originelle.

Elle appelait les Palestiniens à écraser l’armée d’occupation israélienne, à chercher « le martyre ou la victoire », et se moquaient des dirigeants et des armées arabes : « Votre zèle national est-il mort et votre orgueil est-il épuisé alors que les Juifs commettent quotidiennement leurs crimes épouvantables contre notre peuple et ses enfants? »

Cela peut sembler aujourd’hui une rédaction un peu simpliste, mais à l’époque le contexte était bien différent.

Le document a été publié quelques mois après la formation du Hamas, créé lui-même suite à l’insurrection palestinienne de décembre 1987, qui a vu le meurtre de milliers de Palestiniens, principalement des enfants.

À l’époque, la direction du Hamas était une organisation émergente composée de maîtres d’écoles et d’imams de quartiers, et presque entièrement composée de réfugiés palestiniens.


Khaled Meshaal: Struggle is against Israel, not Jews – Talk to Al Jazeera

Alors que les fondateurs du Hamas ont ouvertement attribué leur inspiration idéologique au Mouvement des Frères musulmans, leur politique est en fait née dans les camps de réfugiés palestiniens et les prisons israéliennes.

En dépit de leur désir de voir leur mouvement comme une composante d’une plus grande dynamique régionale, ce fut surtout le résultat d’une expérience avant tout palestinienne.

Certes, le vocabulaire usé dans leur Charte, à l’époque, reflétait une grave immaturité politique, un manque de vision réelle et une sous-estimation de la puissance de leur appel.

Cependant, cela reflétait également une certaine sincérité, car ce mouvement représentait sans aucun doute un courant populaire croissant en Palestine, qui était las de la domination du Fatah et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le Fatah, avec d’autres factions de l’OLP, était de plus en plus à l’écart de la réalité palestinienne après l’invasion israélienne du Liban en 1982.

L’invasion du Liban a vu la dispersion du mouvement national palestinien à l’étranger dans les différents pays arabes, avec son siège principal en Tunisie. À Tunis, les dirigeants palestiniens se sont enrichis, mais sans offrir aucune nouvelle perspective à l’exception de clichés usés d’une époque révolue.

L’Intifada de 1987 était le reflet de la frustration populaire, non seulement face à l’occupation militaire israélienne mais aussi face à l’échec, la corruption et au mépris affiché par l’OLP.

La formation du Hamas dans cette période spécifique de l’histoire palestinienne ne peut être comprise séparément de l’Intifada, qui a introduit une nouvelle génération de militants, de dirigeants et d’organisations palestiniennes de base.

En raison de l’accent mis sur l’identité islamique (avant l’identité nationale), le Hamas s’est développé en parallèle et a rarement convergé avec d’autres groupes nationaux en Cisjordanie et à Gaza.

Les mouvements nationaux ont fonctionné sous un groupe « parapluie », le Front national uni pour l’Intifada, représentant les affiliés de l’OLP en Palestine. Le Hamas s’activait en grande partie en marge.

Vers la fin de l’Intifada, les factions se sont divisées et ont dirigé une grande partie de leur violence contre les autres Palestiniens. Suite aux divisions internes, l’Intifada s’est épuisée de l’intérieur, autant qu’elle a été combattue sans pitié de l’extérieur par les soldats israéliens d’occupation.

Pourtant, le Hamas a continué à grandir en popularité.

Cela était dû en partie au fait que le Hamas était la réinvention d’un mouvement islamique plus ancien à Gaza et dans certaines parties de la Cisjordanie.

Au moment où les groupes islamiques se fédéraient dans le Hamas, le nouveau mouvement a immédiatement mobilisé toute sa zone d’influence, ses mosquées, ses centres communautaires et de jeunesse ainsi que de larges réseaux sociaux pour faire écho à l’appel de l’Intifada, définissant prioritairement celle-ci comme un « éveil islamique ».

Le Hamas a étendu son influence en atteignant la Cisjordanie grâce à ses mouvements d’étudiants dans les universités, entre autres lieux de prosélytisme.

La signature des Accords d’Oslo en 1993, mais surtout l’échec de ces accords et du soi-disant « processus de paix » à répondre aux attentes minimales du peuple palestinien, ont donné une autre impulsion au Hamas.

Puisque la période de « paix » a vu l’expansion des colonies juives illégales, le doublement du nombre de colons juifs et la perte d’encore plus de terres palestiniennes, la popularité du Hamas a continué de se renforcer.

Dans le même temps, l’OLP était mise à l’écart pour laisser la place à l’Autorité palestinienne (AP).

Installée en 1994, l’AP a été le résultat direct d’Oslo. Ses dirigeants n’étaient pas les dirigeants de l’Intifada, mais surtout des rapatriés riches inscrits au Fatah et autrefois basés à Tunis et dans d’autres capitales arabes.

Il n’a fallu que quelques mois pour que l’AP se retourne contre les Palestiniens et les militants du Hamas en particulier.

L’ancien dirigeant palestinien, Yasser Arafat, avait bien compris la nécessité de maintenir un semblant d’équilibre dans son traitement des forces d’opposition palestiniennes. Bien qu’il ait subit une énorme pression israélo-américaine pour réprimer l' »infrastructure du terrorisme », il avait compris qu’une répression trop sévère à l’encontre du Hamas et d’autres ne pourrait que hâter les gains en popularité de ce mouvement.

Un an environ après son décès, les élections palestiniennes locales – auxquelles le Hamas a participé pour la première fois de son existence – ont changé la dynamique de pouvoir politique en Palestine pour la première fois depuis des décennies. Le Hamas remporta en effet la majorité des sièges au Conseil législatif palestinien (PLC).

La victoire électorale du Hamas en 2006 a entraîné un boycott occidental, une répression israélienne massive contre le mouvement et des affrontements entre le Hamas et le Fatah. En fin de compte, Gaza a été placée sous blocus et plusieurs guerres israéliennes ont tué des milliers de Palestiniens.

Au cours des dix dernières années, le Hamas a été forcé de chercher des alternatives. Il a été forcé de sortir des tranchées pour gouverner et gérer économiquement l’une des régions les plus pauvres de la planète.

Le blocus s’est transformé en statu quo. Les tentatives de certains pouvoirs européens de parler au Hamas ont toujours été confrontées à un puissant rejet israélo-américain.

L’ancienne charte du Hamas était souvent utilisée pour faire taire les voix qui appelaient à mettre fin à l’isolement de cette organisation ainsi qu’au blocus imposé à Gaza. Prise hors de son contexte historique (un soulèvement populaire), la Charte du Hamas pouvait être considérée comme un document archaïque, peu avisé politiquement.

Le 1er mai, le Hamas a introduit une nouvelle Charte, intitulée : « Un document sur les principes généraux et les politiques« .

La nouvelle Charte ne fait aucune référence aux Frères musulmans. Au lieu de cela, elle réoriente les perspectives politiques du Hamas pour se situer entre les sentiments nationaux et islamiques.

Le nouveau document consent à l’idée d’établir un État palestinien sur les frontière de juin 1967, mais insiste sur la revendication juridique et morale du peuple palestinien à l’égard de la Palestine historique.

Il rejette les accords d’Oslo, mais parle de l’Autorité palestinienne comme d’un fait acté. Il soutient toutes les formes de résistance, mais insiste sur la résistance armée comme un droit de toute nation occupée.

Comme on pouvait l’anticiper, il ne reconnaît pas l’État d’Israël.

La nouvelle Charte du Hamas semble être une tentative très prudente de trouver un point d’équilibre dans des limites politiques extrêmement strictes.

Le résultat est un document qui représente – bien qu’il puisse être interprété à l’aune du nouveau contexte politique de la région – une rupture importante avec le passé.

Le Hamas de 1988 pouvait sembler dépourvu de raffinement et de certaines connaissances, mais sa création a été l’expression directe d’un sentiment réel et partagé par de nombreux Palestiniens.

Le Hamas de 2017 est beaucoup plus mature et prudent dans son expression politique et ses actes, mais il est oblige de naviguer dans un nouvel espace régi par l’argent arabe, la politique régionale et internationale et une pression vieille de dix ans sous le blocus et la guerre.

En définitive, l’avenir du mouvement, son identité politique et de résistance, seront déterminés par le résultat de cette dialectique.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

11 mai 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Les prisonniers palestiniens en grève de la faim : « Ils n’ont pas d’autre choix ! »

Photo : Nigel Wilson/Al Jazeera
Nigel WilsonLa famille de Majd Ziadeh, l’un des 1500 prisonniers en grève de la faim, soutiennent la lutte des prisonniers pour la Dignité et l’Humanité.

Ramallah – Au cours d’un très bel après-midi de printemps, des membres des familles et ainsi que des soutiens des prisonniers palestiniens en grève de la faim se sont rassemblés sous une tente au centre-ville de Ramallah.

La tente, une parmi les dizaines dressées en solidarité avec les prisonniers à travers les villes et les villages de la Cisjordanie occupée et de la bande de Gaza, s’étend à une extrémité de la place de l’Horloge, ses murs de bâche bleue couverts des photos des prisonniers.

Assis sur une chaise en plastique, Mahmoud Ziadeh, âgé de 61 ans, tient une photo de son fils Majd, l’un des 1500 prisonniers palestiniens qui se sont lancés dans une grève de la faim de masse le 17 avril. Depuis lors, Mahmoud est venu ici chaque jour pour des durées de huit ou neuf heures, tenant le portrait de son garçon tout en parlant avec d’autres familles affectées.

« La tente est devenue un lieu de solidarité avec les prisonniers en grève », nous dit-il. « Les hommes, les femmes, les travailleurs, les syndicats, les ministres, les municipalités et les jeunes – toutes les composantes de la société palestinienne viennent ici. Toutes les activités, manifestations ou marches… Tout commence ici, à la tente ».

Cet après-midi, sans activités majeures prévues, la tente bruisse des conversations. Les familles échangent des récits et anecdotes sur leurs parents emprisonnés et partagent leurs angoisses sur ce qu’endurent les grévistes.

« Je connaissais déjà certaines familles ici », nous explique Naema Ziadeh, la tante de Majd. « Nous écoutons les récits des autres, et nous partageons notre souffrance d’avoir des membres de notre famille en prison. Nous éprouvons tous les mêmes sentiments. Jour après jour, l’humeur s’assombrit. Psychologiquement, c’est vraiment pénible. Mais d’autre part, je suis fière de ce qu’il fait. »

Majd a été arrêté en 2002 à l’âge de 18 ans. Avec tous les hommes vivant dans son immeuble, y compris son père Mahmoud, Majd a été réveillé au milieu de la nuit, menotté et emmené à l’extérieur. Les hommes ont ensuite marché dans les rues de Ramallah devant un char militaire israélien avant d’être traînés dans une colonie israélienne.

Alors que son père, un ancien prisonnier lui-même, a été ensuite libéré, Majd a été transféré à la prison d’Ofer et a finalement été accusé d’être membre de la faction des Tanzim proche du Fatah, et d’avoir participé à des attaques [de la résistance] contre des soldats israéliens, des colons et une base militaire. Personne n’avait été tué dans les attaques mais Majd a été jugé par un tribunal militaire et condamné à 30 ans de prison. Les autres hommes reconnus coupables d’implication ont reçu des condamnations beaucoup plus légères, explique Mahmoud.

« Devant la cour, le juge a dit qu’ils lui donneraient une peine sévère à cause de ce qu’il a déclaré devant les tribunaux », a rappelé Mahmoud. « Il avait dit à la cour: ‘Je suis contre l’occupation. Je continuerai à haïr l’occupation, mais il y a une grande différence pour moi entre le peuple juif et l’occupation … Je ne reconnais pas le tribunal. Toute peine que vous m’infligerez sera pour moi un signe d’honneur.' »

Photo : Al Jazeera/Nigel Wilson

Les jeunes Palestiniens défilent à travers le centre de Ramallah en solidarité avec les prisonniers palestiniens en grève de la faim – Photo : Al Jazeera/Nigel Wilson

Lorsque Majd a fait appel de sa peine, les juges ont invoqué sa déclaration au prétoire comme une raison pour rejeter sa requête.

Mais au cours du dernier mois de mars, 15 ans après son arrestation, la peine de Majd a été réduite d’un tiers après que son avocat Labib Habib ait réussi à faire valoir qu’il y avait eu de graves lacunes dans le processus judiciaire, qui avaient entraîné une peine disproportionnée. Habib avait aussi constaté que la fiche d’accusation utilisée par le juge militaire pour rejeter un appel en 2005 ne citait pas les accusations pour lesquelles Majd avait été condamné.

Lorsque les nouvelles de la réduction de peine sont arrivées à la famille à la fin du mois de mars, c’était un peu aigre-doux. Il y avait de la colère que les erreurs aient été tolérées si longtemps, de la déception que Majd n’ait pas été libéré tout de suite, mais aussi un soulagement que la peine infligée à Majd ait été raccourcie.

« C’était un choc », a déclaré Raya Ziadeh, 32 ans, la sœur de Majd. « C’était choquant pour nous de constater que, après 15 ans, les procureurs israéliens avaient commis des vices de procédure, suite à quoi ils avaient condamné pour 30 ans. Lorsque nous avons appris cela, au début pour être francs, nous étions très optimistes [et pensions] qu’il serait libéré immédiatement. »

Pour Mahmoud, la réduction de peine a amené un peu de réconfort et l’espoir qu’il verrait un jour son fils sorti de prison.

« Cela fait une différence pour moi, parce que j’ai 61 ans maintenant, et d’ici cinq ans, j’aurais 66 ans. Si je devais encore attendre 15 ans, j’aurais alors 76 ans, et je ne sais pas si je vivrai encore ou pas à cet âge-là », explique-t-il.

Au cours des 15 dernières années, la famille n’a vu Majd que de l’autre côté d’une double vitre et ne lui a parlé que par l’intermédiaire de téléphones dans les salles de visite des prisons israéliennes. Les permis de visite ont été accordés de façon sporadique et les demandes ont souvent été refusées pour des raisons arbitraires, déclarent des membres de la famille à Al Jazeera. Quand ils peuvent le visiter en prison, leur temps ensemble est strictement limité à 45 minutes.

« Habituellement, si j’ai la chance, je peux le voir tous les six mois environ, et il n’est possible que de poser des questions très importantes pour à Majd, comme « Comment vas-tu ? Quoi de neuf dans ta vie ? », raconte Raya à Al Jazeera. « Il veut connaître tous les petits détails que nous n’avons pas la chance de pouvoir partager. Même comme son allure ou la mienne, tandis qu’il me regarde pour voir si mes cheveux ont poussé. »

« Ce n’est pas facile », ajoute-t-elle. « Alors que vous pensez que la conversation ne vient que de commencer, elle est déjà terminée. Il n’y a pas assez de temps pour éprouver un plaisir plus profond ».

Photo : Al-Jazeera/Nigel Wilson

Naema Ziadeh tient un autre portrait de Majd, qui a récemment été transféré en isolement cellulaire – Photo : Al-Jazeera/Nigel Wilson

Avant que la grève de la faim n’ait été lancée, Majd avait partagé une cellule dans la prison de Hadarim avec Marwan Barghouti, le célèbre dirigeant du Fatah et l’initiateur de la grève. Barghouti – qui purge cinq peines d’emprisonnement à perpétuité pour son rôle [supposé] dans les attaques au cours de la deuxième Intifada – a joué le rôle de tuteur académique de Majd alors que celui-ci préparait un diplôme en sciences politiques.

Le programme avait été interrompu lorsque les prisonniers ont été transférés dans d’autres prisons, et il a été brutalement arrêté le 17 avril quand la grève de la faim a commencé. Majd a été placé en isolement cellulaire à la prison de Ramle, où les conditions sont bien pires qu’à Hadarim, souligne son père Mahmoud.

« Maintenant, ils lui refusent la possibilité de quitter sa chambre, de sortir et de marcher sous le soleil », dit-il. « Ils n’ont pas de savon pour se laver les mains ou prendre une douche. Les prisonniers sont fouillés tous les jours. Les gardiens envahissent leurs chambres et passent tout au peigne fin. Ils les forcent à enlever leurs vêtements, à l’exception de leurs sous-vêtements ».

L’avocat de la famille a également signalé que Majd souffrait physiquement des effets de sa grève de la faim; ses réactions et ses sens avaient diminué et il a perdu 17 kilos, nous dit Mahmoud.

« Les prisonniers sont épuisés. Leurs corps sont épuisés », dit-il encore. « Ils sont endormis et éveillés en même temps. Leurs corps ne savent pas quand ils sont complètement éveillés ou complètement endormis. La même situation s’applique aux familles à l’extérieur. Nous ne sommes pas complètement éveillés ou endormis, à aucun moment, parce que nous sommes profondément inquiets de leur situation ».

Lorsque Majd a été arrêté en 2002, il était dans sa dernière année de lycée. Mahmoud en parle comme d’un adolescent dynamique et actif, qui aimait le sport et avait rejoint le club local de basket-ball à Ramallah. Avec deux sœurs plus jeunes, il a appris à prendre une responsabilité supplémentaire dès son plus jeune âge après que son père ait été arrêté et maintenu en détention administrative à cause de ses activités dans le mouvement syndical palestinien.

« C’est une personne très forte », raconte Raya. « Il a toujours essayé de nous soutenir sa mère et moi ainsi que notre petite sœur. Nous faisions presque tout fait ensemble quand nous étions plus jeunes. Nous allions dans la même école, nous jouions ensemble, nous passions toute la journée ensemble ».

Son absence de la vie familiale est particulièrement douloureuse lors des vacances et des événements familiaux marquants. Il n’a pu assister à la remise de diplôme de sa sœur ou à son mariage. Quand sa mère est morte de maladie, il n’a pas été autorisé à assister aux funérailles.

« Sa présence nous manque tous les jours », nous dit Raya. « Mais sa présence est vraiment douloureuse dans ces moments où la famille s’unit pour célébrer ou pleurer… Et il n’est pas là ».

Mahmoud a visité Majd en prison deux semaines avant le début de la grève de la faim, et son fils l’a informé qu’il y participerait. Il souffrait alors d’une infection de l’oreille qui nécessitait une intervention chirurgicale, quelque chose qui avait inquiété son père, mais il était déterminé à suivre la grève.

« Quand ils ont décidé de faire une grève de la faim, ils n’avaient pas le choix », a déclaré Mahmoud. « Ils se battent pour leur humanité et leur dignité. Je n’ai pas d’autre choix que de le soutenir. Je lui souhaite à lui et à tous les autres le succès dans leur combat ».

14 mai 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

La Charte du mouvement Hamas : version française

Résistance islamiqueUn document sur les principes généraux et les politiques du mouvement Hamas

Au nom d’Allah, le Très Clément, le Très Miséricordieux,
Le mouvement de résistance islamique « Hamas »

Un document sur les principes essentiels et les politiques générales

Qu’Allah, le Seigneur de tous les mondes, soit loué ! Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur Mouhammad, le Maître des Messagers et le Chef des Moujahidins, sur sa famille et tous ses compagnons !

Préambule

La Palestine est la terre du peuple palestinien arabe ; il en est originaire, il ne fait qu’un avec elle, il lui appartient, et c’est à partir de cette appartenance qu’il communique avec le reste du monde.

La Palestine est une terre dont le statut a été renforcé par l’Islam, une foi qui la tient en haute estime, qui lui insuffle son esprit et ses valeurs, et qui pose les bases d’une doctrine qui a pour but de la défendre et de la protéger.

La Palestine est la Cause d’un peuple abandonné par une humanité qui ne respecte pas ses droits, un peuple qui veut qu’on lui rende ce qu’on lui a pris, qui veut voir ses droits garantis au lieu d’être violés, un peuple qui continue de subir sur sa terre l’une des pires espèces d’occupation du monde.

La Palestine est une terre dont on s’est emparé par la force pour mettre en œuvre un projet sioniste, raciste, inhumain et colonial fondé sur une promesse mensongère (la Déclaration Balfour), sur la reconnaissance de l’entité occupante, et sur le fait accompli.

La Palestine symbolise la résistance qui se poursuivra jusqu’à la libération complète, jusqu’à ce que tous les Palestiniens soient revenus y vivre et jusqu’à ce qu’un État vraiment souverain soit établi avec Jérusalem comme capitale.

La Palestine est ce qui fait des Palestiniens de toutes affiliations de véritables partenaires dans la poursuite du sublime objectif de la libération.

La Palestine est l’esprit de la Oummah [la communauté des Croyants] et sa Cause centrale; c’est l’âme de l’humanité et sa conscience vivante.

Ce document est le fruit de délibérations approfondies qui ont abouti à un fort consensus. En tant que mouvement, nous approuvons la vision décrite dans les pages qui suivent, la théorie comme la pratique. C’est une vision qui repose sur des bases solides et sur des principes bien établis. Ce document décrit les objectifs, les étapes et la manière dont l’unité nationale peut se concrétiser. Il précise également notre compréhension commune de la Cause palestinienne, les principes d’action qui présideront à sa promotion, et le cadre de son interprétation.

Le mouvement

1. Le Mouvement de résistance islamique « Hamas » est un mouvement islamisme palestinien de libération nationale et de résistance. Son but est de libérer la Palestine et de s’opposer au projet sioniste. Son cadre de référence est l’Islam qui détermine ses principes, ses objectifs et ses moyens.

La terre de Palestine

2. La Palestine, qui s’étend de la Jordanie, à l’est, jusqu’à la Méditerranée, à l’ouest, et de Ras Al-Naqurah, au nord, jusqu’à Umm Al-Rashrash, au sud, est une unité territoriale indivisible. C’est la terre et la patrie du peuple palestinien. L’expulsion et le bannissement des Palestiniens de leur terre et l’établissement de l’entité sioniste à leur place n’anéantissent pas le droit du peuple palestinien à sa terre toute entière et ne donnent aucun droit à l’usurpateur sioniste.

3. La Palestine est une terre islamique arabe. C’est une terre sacrée et bénie qui a une place spéciale dans le cœur de chaque Arabe et de chaque Musulman.

Le peuple palestinien

4. Les Palestiniens sont les Arabes qui vivaient en Palestine jusqu’en 1947, indépendamment du fait qu’ils en aient été expulsés ou qu’ils y soient restés; et toute personne née d’un père arabe palestinien après cette date, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine, est un Palestinien.

5. L’identité palestinienne est authentique et éternelle; elle se transmet de génération en génération. Les catastrophes qui ont frappé le peuple palestinien du fait de l’occupation sioniste et de sa politique de déplacement de population, ne peuvent pas effacer l’identité du peuple Palestinien, ni la lui dénier. Un(e) Palestinien(e) ne perdra pas son identité ni ses droits nationaux en acquérant une deuxième nationalité.

6. Le peuple palestinien est un seul peuple. Il est composé de tous les Palestiniens, qu’ils vivent en Palestine ou ailleurs, indépendamment de leur religion, leur culture ou leur affiliation politique.

L’Islam et la Palestine

7. La Palestine est au cœur de la Oummah arabe et islamique et elle jouit d’un statut spécial. En Palestine, se trouve Jérusalem qui est bénie par Allah. La Palestine est la Terre Sainte, qu’Allah a bénie pour l’humanité. C’est le premier Qiblah des musulmans et la destination du voyage de nuit du Prophète Mouhammad, que la paix soit avec lui ! C’est là qu’il est monté au ciel. C’est le lieu de naissance de Jésus-Christ, la paix soit avec lui ! Son sol contient les ossements de milliers de Prophètes, de Compagnons et de Moujahidins. Jérusalem – et alentour – est un lieu où vivent et ont vécu des personnes déterminées à défendre la vérité, des personnes qui ne se laissent pas dissuader ou intimider par ceux qui s’opposent à eux ou qui les trahissent, des personnes qui poursuivront leur mission jusqu’à ce que la promesse d’Allah soit accomplie.

8. En vertu de sa voie équilibrée et modérée du juste milieu, l’Islam – pour le Hamas – offre un mode de vie complet et un ordre qui conviennent à toutes les époques et tous les lieux. L’Islam est une religion de paix et de tolérance. Il protège les adeptes des autres croyances et religions qui peuvent pratiquer leur foi en toute sécurité. Le Hamas croit également que la Palestine a toujours été et sera toujours un modèle de coexistence, de tolérance et d’innovation culturelle.

9. Le Hamas croit que le message de l’Islam prône des valeurs de vérité, justice, liberté et dignité, interdit toutes les formes d’injustice et criminalise les oppresseurs indépendamment de leur religion, race, sexe ou nationalité. L’islam est contre toute forme d’extrémisme religieux, ethnique ou sectaire et de fanatisme. C’est une religion qui prône la résistance à l’agression et le soutien des opprimés; elle les encourage à la générosité et à se sacrifier pour défendre leur dignité, leur terre, leur peuple et leurs lieux saints.

Jérusalem

10. Jérusalem est la capitale de la Palestine. Son statut religieux, historique et culturel est fondamental pour les Arabes, les Musulmans et le monde entier. Ses lieux saints islamiques et chrétiens appartiennent exclusivement au peuple palestinien et à la Oummah arabe et islamique. Aucune pierre de Jérusalem ne peut être cédée ou abandonnée. Les mesures prises par les occupants de Jérusalem, comme la judaïsation, la construction de colonies et les faits-accomplis, sont fondamentalement nulles et non avenues.

11. La sainte mosquée Al-Aqsa appartient exclusivement à notre peuple et à notre Oummah, et l’occupation n’a aucun droit sur elle. Les projets, mesures et tentatives de l’occupation pour judaïser Al-Aqsa et la diviser sont nuls, non avenus et illégitimes.

Les réfugiés et le droit au retour

12. La Cause palestinienne dans son essence est la Cause d’un pays occupé et d’un peuple chassé de sa terre. Le droit des réfugiés palestiniens et des Palestiniens déplacés à l‘intérieur du pays de revenir dans les maisons dont ils ont été chassés – ou où on les empêche de revenir – dans les terres occupées soit depuis 1948, soit depuis 1967 (c’est-à-dire dans la Palestine toute entière), est un droit naturel à la fois individuel et collectif. Ce droit est confirmé par toutes les lois divines, ainsi que par les principes fondamentaux des droits de l’homme et du droit international. C’est un droit inaliénable dont personne ne peut faire fi, qu’il soit palestinien, arabe ou international.

13. Le Hamas rejette toutes les tentatives visant à abolir les droits des réfugiés, y compris les tentatives de les installer en dehors de la Palestine à travers les projets de patrie alternative. L’indemnisation des réfugiés palestiniens pour le préjudice qu’ils ont subi du fait de leur bannissement et de l’occupation de leur terre est un droit aussi absolu que leur droit au retour. Ils doivent recevoir une compensation lors de leur retour et cela n’exclut, ni ne restreint, leur droit au retour.

Le projet sioniste

14. Le projet sioniste est un projet raciste, agressif, colonial et expansionniste basé sur l’appropriation violente de ce qui appartient à d’autres; c’est un projet hostile au peuple palestinien et à son aspiration à la liberté, à l’émancipation; un projet hostile au retour des Palestiniens sur leur terre et à leur autodétermination. L’entité israélienne est le terrain d’expérimentation du violent projet sioniste et sa base opérationnelle.

15. Le projet sioniste ne vise pas uniquement le peuple palestinien; c’est l’ennemi de la Oummah arabe et islamique dont il menace gravement la sécurité et les intérêts. Il est également hostile aux aspirations de la Oummah, à son unité, à sa renaissance et à sa libération, et a été la principale source de ses problèmes. Le projet sioniste représente également un grand danger pour la sécurité et la paix internationales et la stabilité de l’humanité toute entière.

16. Le Hamas affirme qu’il s’oppose au projet sioniste, et non pas aux Juifs en raison de leur religion. Le Hamas ne lutte pas contre les Juifs parce qu’ils sont juifs, mais il mène la lutte contre les sionistes qui occupent la Palestine. En réalité, ce sont les sionistes qui assimilent constamment le judaïsme et les Juifs à leur projet colonial et à leur entité illégale.

17. Le Hamas rejette la persécution de tout être humain ou mise en cause de ses droits nationaux, religieux ou communautaires. Le Hamas estime que le problème juif, l’antisémitisme et la persécution des Juifs sont des phénomènes fondamentalement liés à l’histoire européenne et non à l’histoire des Arabes et des Musulmans ou à leur héritage. Le mouvement sioniste, qui a pu avec l’aide des pouvoirs occidentaux occuper la Palestine, est la forme la plus dangereuse de l’occupation colonialiste qui a déjà disparu du reste du monde et doit disparaître de la Palestine.

La position par rapport à l’Occupation et les solutions politiques

18. Les éléments suivants sont considérés comme nuls et non avenus : la Déclaration de Balfour, le document du mandat britannique, la résolution des Nations Unies sur la partition de la Palestine, et toutes les résolutions et les mesures qui en découlent ou s’y apparentent. La création d' »Israël » est entièrement illégale et contrevient aux droits inaliénables du peuple palestinien et va contre sa volonté et la volonté de la Oummah; elle viole également les Droits de l’homme garantis par les conventions internationales, avec en première place le droit à l’autodétermination.

19. Il n’y aura aucune reconnaissance d’une légitimité de l’entité sioniste. Quelle que soit l’ampleur de l’occupation de la terre de Palestine, sont illégitimes la construction de colonies, la judaïsation ou la modification de ses caractéristiques ou falsification des faits. Jamais les droits ne disparaissent.

20. Le Hamas estime qu’aucune partie de la terre de Palestine ne devra faire l’objet de compromis ou de concessions, indépendamment des raisons, des circonstances et des pressions, et peu importe la durée de l’occupation. Le Hamas rejette toute alternative à la libération complète et achevée de la Palestine, du fleuve à la mer. Cependant, sans revenir sur son rejet de l’entité sioniste et sans renoncer à aucun droit palestinien, le Hamas considère la création d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem comme capitale, selon les limites du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des déplacés vers les maisons d’où ils ont été expulsés, comme une formule de consensus national.

21. Le Hamas affirme que les Accords d’Oslo et leurs additifs contreviennent au droit international en ce sens qu’ils génèrent des engagements qui violent les droits inaliénables du peuple palestinien. Par conséquent, le Mouvement rejette ces accords et tout ce qui en découle, avec parmi eux les obligations qui nuisent aux intérêts de notre peuple, en particulier la coordination sécuritaire (collaboration).

22. Le Hamas rejette tous les accords, initiatives et projets de règlement qui visent à saper la cause palestinienne et les droits de notre peuple palestinien. À cet égard, toute position, initiative ou programme politique ne doit en aucun cas violer ces droits, y contrevenir ou les contredire.

23. Le Hamas souligne que le viol des droits du peuple palestinien, le vol de ses terres et son bannissement de sa patrie ne peut pas être appelé paix. Les règlements conclus sur cette base ne conduiront pas à la paix. La résistance et le djihad pour la libération de la Palestine resteront un droit légitime, un devoir et un honneur pour tous les fils et les filles de notre peuple et de notre Oummah.

Résistance et Libération

24. La libération de la Palestine est le devoir du peuple palestinien en particulier et le devoir de la Oummah arabe et islamique en général. C’est aussi une obligation humanitaire telle que requise par les impératifs de la vérité et de la justice. Les agences travaillant pour la Palestine, qu’elles soient nationales, arabes, islamiques ou humanitaires, se complètent et agissent en harmonie, et non pas en conflit les unes avec les autres.

25. Résister à l’occupation avec tous les moyens et méthodes est un droit légitime garanti par les lois divines et par les normes et lois internationales. Au cœur de cela se trouve la résistance armée, qui est considérée comme le
choix stratégique pour la protection des principes et des droits du peuple palestinien.

26. Le Hamas rejette toute tentative de saper la résistance et ses armes. Il affirme également le droit de notre peuple de développer les moyens et outils de résistance. Gérer la résistance, en termes d’escalade ou désescalade, ou en termes de diversification des moyens et des méthodes, fait partie intégrante du processus de gestion du conflit et ne devrait pas se faire au détriment du principe de résistance.

Le système politique palestinien

27. Un véritable État palestinien est un État qui a été libéré. Il n’y a pas d’alternative à un État palestinien totalement souverain sur l’ensemble du territoire national et du sol palestinien, avec Jérusalem comme capitale.

28. Le Hamas croit et adhère à la gestion de ses relations palestiniennes sur la base du pluralisme, de la démocratie, du partenariat national, de l’acceptation de l’autre et du dialogue. L’objectif est de renforcer l’unité des rangs et l’action commune dans le but d’atteindre les objectifs nationaux et de répondre aux aspirations du peuple palestinien.

29. L’OLP [Organisation de Libération de la Palestine] est un cadre national pour le peuple palestinien à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Elle devrait donc être préservée, développée et reconstruite sur des bases démocratiques afin d’assurer la participation de toutes les composantes et forces du peuple palestinien, d’une manière qui garantisse les droits des Palestiniens.

30. Le Hamas souligne la nécessité de construire des institutions nationales palestiniennes sur des principes démocratiques solides, avec tout d’abord des élections libres et équitables. Une telle procédure devrait être fondée sur un
partenariat national et selon un programme et une stratégie clairs qui respectent les droits, y compris le droit à la résistance, et qui répondent aux aspirations du peuple palestinien.

31. Le Hamas affirme que le rôle de l’Autorité palestinienne devrait être de servir le peuple palestinien et protéger sa sécurité, ses droits et son projet national.

32. Le Hamas souligne la nécessité de maintenir l’indépendance de la prise de décision nationale palestinienne. Les forces extérieures ne devraient pas être autorisées à intervenir. Dans le même temps, le Hamas affirme la responsabilité des Arabes et des Musulmans et leur devoir et rôle dans la libération de la Palestine de l’occupation sioniste.

33. La société palestinienne est enrichie par ses personnes éminentes, ses personnalités, ses dignitaires, ses institutions de la société civile et ses jeunes, étudiants, syndicalistes et groupes de femmes qui travaillent ensemble pour la réalisation des droits nationaux et la construction sociale, poursuivent la résistance et la lutte pour la libération.

34. Le rôle des femmes palestiniennes est fondamental dans le processus de construction du présent et du futur, tout comme il l’a toujours été dans le processus historique palestinien. C’est un rôle central dans le projet de la résistance, de la libération et de la construction du système politique.

La Oummah arabe et islamique

35. Le Hamas croit que la question palestinienne est la cause centrale de la Oummah arabe et islamique.

36. Le Hamas croit en l’unité de la Oummah avec toute sa diversité et ses composantes, et est conscient de la nécessité d’éviter tout ce qui pourrait fragmenter la Oummah et saper son unité.

37. Le Hamas croit en la coopération avec tous les États qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il s’oppose à l’intervention dans les affaires intérieures de n’importe quel pays. Il refuse également d’être attiré dans des disputes et conflits qui existent entre différents pays. Le Hamas adopte la politique de l’ouverture aux différents États du monde, en particulier les États arabes et islamiques. Il s’efforce d’établir des relations équilibrées sur la base d’une combinaison d’une part des exigences de la cause palestinienne et des intérêts des Palestiniens, et d’autre part des intérêts de la Oummah, de sa renaissance et de sa sécurité.

L’aspect humanitaire et international

38. La question palestinienne est celle qui a des répercussions humanitaires et dimensions internationales majeures. Soutenir et appuyer cette Cause est une nécessité humanitaire et civilisationnelle et une question de vérité, justice et respect des valeurs humanitaires communes

39. D’un point de vue juridique et humanitaire, la libération de la Palestine est une action légitime, c’est un acte de légitime défense et l’expression du droit naturel de tous les peuples à l’autodétermination.

40. Dans ses relations avec les nations et les peuples du monde, le Hamas croit en les valeurs de la coopération, de la justice, de la liberté et du respect de la volonté des peuples.

41. Le Hamas se félicite des positions des États, des organisations et des institutions qui soutiennent les droits du peuple palestinien. Il salue les peuples libres du monde qui soutiennent la cause palestinienne. Dans le même
temps, il dénonce le soutien accordé par toute partie à l’entité sioniste ou les tentatives de couvrir ses crimes et agressions contre les Palestiniens, et il appelle à la poursuite des criminels de guerre sionistes.

42. Le Hamas rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur la Oummah arabe et islamique, tout comme il rejette les tentatives d’imposer une hégémonie sur le reste des nations et des peuples du monde. Le Hamas condamne également toute forme de colonialisme, d’occupation, de discrimination, d’oppression et d’agression dans le monde.

Mai 2017 – Hamas.ps – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet & Lotfallah

Les raisons profondes de la révolte des prisonniers

Photo : Oren Ziv/ActiveStills.org
Ramzy BaroudGaza est la plus grande prison à ciel ouvert au monde. La Cisjordanie est également une prison, segmentée en différentes zones, connues sous le nom de zones A, B et C. En fait, tous les Palestiniens sont soumis à des degrés divers de restrictions militaires. À un certain niveau, ils sont tous prisonniers.

Jérusalem-est est coupé de la Cisjordanie et les habitants de la Cisjordanie sont coupés les uns des autres.

Les Palestiniens en Israël sont traités un peu moins mal que leurs frères dans les territoires occupés, mais ils vivent dans des conditions dégradantes par rapport au statut de première classe accordé aux juifs israéliens en vertu de leur appartenance ethnique.

Les Palestiniens suffisamment « chanceux » pour échapper aux menottes et aux chaînes sont de différentes manières toujours pris au piège .

Les réfugiés palestiniens du camp Ein el-Hilweh au Liban, comme des millions de réfugiés palestiniens dans la « diaspora », sont prisonniers dans des camps de réfugiés, portent une identité précaire, sans réelle valeur, ne peuvent voyager et se voient refuser l’accès au travail. Ils languissent dans les camps de réfugiés, attendent que leur vie s’améliore, même légèrement, comme leurs pères et leurs grands-pères l’ont fait avant durant près de soixante-dix années.

C’est pourquoi la question des détenus est une question très sensible pour les Palestiniens. C’est une représentation réelle et métaphorique de tout ce que les Palestiniens ont en commun.

Les protestations qui s’organisent dans les territoires occupés pour soutenir les 1500 grévistes de la faim ne sont pas seulement un acte de « solidarité » avec les hommes et les femmes incarcérés et maltraités qui exigent des améliorations dans leurs conditions de détention.

Malheureusement, la prison est le fait le plus évident de la vie palestinienne; C’est le statu quo, la réalité quotidienne.

Les prisonniers retenus en captivité dans les prisons israéliennes représentent la vie de tous les Palestiniens, piégés derrière les murs, les barrages militaires, dans les camps de réfugiés, à Gaza, dans les cantons de Cisjordanie, dans Jérusalem sous le coup de la ségrégation, attendaient de pouvoir entrer, attendant de pouvoir sortir. Tout simplement, toujours dans l’attente.

Il y a 6500 prisonniers dans les prisons israéliennes. Ce nombre comprend des centaines d’enfants, de femmes, d’élus, de journalistes et de détenus administratifs, lesquels sont détenus sans accusations ni procès, indépendamment de toute procédure régulière. Mais ces chiffres ne donnent qu’une idée limitée de la réalité qui s’est imposée sous l’occupation israélienne depuis 1967.

Selon le groupe des droits des prisonniers Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés sous la domination militaire depuis qu’Israël a commencé son occupation des territoires palestiniens en juin 1967.

Cela représente 40% de l’ensemble de la population masculine des territoires occupés.

Les prisons israéliennes sont des prisons dans des prisons encore plus larges. En période de protestations et de troubles, en particulier lors des soulèvements de 1987-1993 et ​​2000-2005, des centaines de milliers de Palestiniens ont été soumis à des couvre-feux militaires prolongés, parfois des semaines et même des mois.

Sous les couvre-feux militaires, les gens ne sont pas autorisés à quitter leur foyer, avec peu ou pas d’interruptions pour même acheter de la nourriture.

Pas un seul palestinien qui a traversé (ou qui traverse toujours) de telles conditions de vie, n’est étranger à l’expérience de l’emprisonnement.

Mais certains Palestiniens dans cette grande prison ont reçu des cartes de VIP. Ils sont considérés comme des « Palestiniens modérés », ce qui leur a permis d’obtenir des permis spéciaux de l’armée israélienne pour quitter la prison palestinienne et revenir comme ils le souhaitent.

Alors que l’ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat a été enfermé dans son bâtiment à Ramallah pendant des années, jusqu’à sa mort en novembre 2004, le président actuel de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, est libre d’aller où bon lui semble.

Israël peut, parfois, être critique à l’égard d’Abbas, celui-ci s’écarte rarement des limites acceptables fixées par le gouvernement israélien.

C’est pourquoi Abbas est libre tandis que le dirigeant du Fatah, Marwan Barghouti est emprisonné (avec des milliers d’autres).

La grève de la faim des prisonniers a débuté le 17 avril, en commémoration de la « Journée des prisonniers » en Palestine.

Le huitième jour de la grève, alors que la santé de Marwan Barghouti se détériorait, Abbas était au Koweït rencontrant un groupe de chanteurs arabes vêtus d’habits chatoyants.

Les rapports, publiés dans « Safa News Agency » et ailleurs, ont soulevé beaucoup d’attention sur les réseaux sociaux. La tragédie de la double réalité palestinienne est un fait incontournable.

Barghouti est beaucoup plus populaire parmi les partisans du Fatah, l’un des deux plus grands mouvements politiques palestiniens. En fait, il est le dirigeant le plus populaire parmi les Palestiniens, indépendamment de leurs positions idéologiques ou politiques.

Si l’AP s’intéressait vraiment aux prisonniers et au bien-être du chef le plus populaire du Fatah, Abbas se serait occupé à forger une stratégie pour décupler l’énergie des prisonniers aux ventres vides et des millions de personnes qui se sont rassemblées pour les soutenir.

Mais la mobilisation de masse a toujours fait peur à Abbas et et à son Autorité. Elle est bien trop dangereuse pour lui, car l’action populaire remet souvent en cause le statu quo et risquerait d’entraver sa domination, validée par Israël, sur les Palestiniens vivant sous occupation.

Alors que les médias palestiniens ignorent la fracture au sein du Fatah, les médias israéliens l’exploitent à fond, la replaçant dans un contexte politique plus large.

Abbas devrait rencontrer le président américain Donald Trump le 3 mai.

Il veut laisser une bonne impression sur le président impulsif, d’autant plus que Trump diminue l’aide étrangère dans le monde entier mais augmente l’aide américaine à l’AP. Cela suffirait à expliquer le point de vue de l’administration américaine sur Abbas et son appréciation du rôle de son Autorité pour assurer la sécurité d’Israël et conserver la même situation sur le terrain.

Mais tous les partisans du Fatah ne sont pas contents de la soumission d’Abbas. Les jeunes du Mouvement veulent réaffirmer une forte position palestinienne en mobilisant le peuple, alors qu’Abbas veut garder les choses en l’état.

Amos Harel soutient dans Haaretz que la grève de la faim, impulsée par Barghouti lui-même, était une tentative de ce dernier de défier Abbas et « contester le plan de paix de Trump».

Cependant, Trump n’a pas de plan. Il donne carte blanche au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, pour faire ce qu’il veut. Sa solution est: un État, deux États, selon les deux parties. Mais les deux parties sont loin d’être des puissances égales. Israël a des capacités nucléaires et une puissante armée, alors qu’Abbas a besoin d’une permission pour quitter la Cisjordanie occupée.

Dans cette réalité inégale, seul Israël décide du sort des Palestiniens.

Lors de sa récente visite aux États-Unis, Netanyahu a fait connaître sa vision du futur.

« Israël doit conserver un contrôle primordial de la sécurité sur toute la zone située à l’ouest du Jourdain », a-t-il déclaré.

Dans le journal La Nation, le professeur Rashid Khalidi a exposé le véritable sens de la déclaration de Netanyahu.

En prononçant ces mots, « Netanyahu a dévoilé un projet permanent d’occupation et de colonisation, excluant un État palestinien indépendant et souverain, quelle que soit la fiction ‘d’État’ ou ‘d’autonomie’ souhaitée pour dissimuler cette réalité brutale », écrit-il.

« Le silence subséquent de Trump équivaut à la bénédiction du gouvernement américain pour cette vision grotesque de l’assujettissement perpétuel et de la dépossession pour les Palestiniens ».

Pourquoi les Palestiniens devraient-ils rester silencieux ?

Leur silence ne peut que contribuer à cette réalité grossière, aux circonstances pénibles et présentes, où les Palestiniens sont perpétuellement emprisonnés dans le cadre d’une occupation sans limite dans la durée, tandis que leur « leadership » reçoit à la fois un accord d’approbation d’Israël, et des accolades et des fonds à Washington.

C’est sur cette toile de fond que la grève de la faim devient beaucoup plus urgente que la seule nécessité d’améliorer les conditions des Palestiniens incarcérés.

C’est une révolte au sein du Fatah contre leur direction qui a failli, et une tentative énergique de tous les Palestiniens de démontrer leur capacité à déstabiliser le système « israélo-américain-AP » qui s’est imposé depuis de nombreuses années.

« Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur », a écrit Marwan Barghouti de sa prison le premier jour de la grève de la faim.

En vérité, son message était dirigé vers Abbas et ses copains, autant qu’il était destiné à Israël.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

2 mai 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Criminaliser la résistance : le cas des camps de réfugiés de Balata et de Jénine

Photo : al-Jazeera
Alaa TartirL’Autorité palestinienne (AP) a adopté une réforme du secteur de la sécurité (Rss), dictée par les bailleurs de fonds, qui constitue le pilier de son projet d’édification de l’Etat post-2007.

Au fur et à mesure de la mise en œuvre de la Rss, la Cisjordanie occupée est devenue un espace de titrisation et le théâtre de campagnes de sécurité de l’AP dont le but affiché était d’établir la loi et l’ordre. Cet article traite des conséquences des campagnes de sécurité de l’AP dans les camps de réfugiés de Balata et de Jénine, du point de vue de la population, par une démarche méthodologique ethnographique ascendante. Ces voix de la base populaire problématisent et examinent les campagnes de sécurité, illustrant comment et pourquoi la résistance contre Israël a été criminalisée. L’article conclut en arguant que la réalisation d’une réforme de la sécurité pour assurer la stabilité dans le contexte de l’occupation coloniale et sans résoudre la question de l’asymétrie des rapports de force ne peut jamais avoir que deux résultats : une « meilleure » collaboration avec la puissance occupante et la violation de la sécurité des Palestiniens et de leurs droits nationaux par leurs propres forces de sécurité.

La réforme du secteur de la sécurité (Rss) est devenue un élément central de toute entreprise d’édification d’Etat [1]. Sous la direction de Salam Fayyad, Premier ministre de 2007 à 2013, l’Autorité palestinienne (PA) a adopté la Rss comme pilier de son projet d’édification d’Etat [2]. En plus d’améliorer les capacités des forces de sécurité par l’équipement et la formation, l’AP a voulu réformer les structures, la hiérarchie et la chaîne de commandement dans l’objectif déclaré de constituer une gouvernance et un contrôle démocratiques, en accord avec les exigences de ses principaux bailleurs de fonds internationaux [3]. Au fur et à mesure de la mise en œuvre de la Rss [4], la Cisjordanie occupée est devenue un espace de titrisation et le théâtre de campagnes sécuritaires dont le but ostensible était d’établir « la loi et l’ordre ».

La réforme du secteur de la sécurité en général, des forces de sécurité de l’AP (FSAP) et le renforcement de leur efficacité en particulier, ont été menés sous occupation militaire israélienne et dans le contexte d’une domination coloniale. Compte tenu du rapport de forces asymétriques entre Israël et les Palestiniens, ainsi que des conditions préalables fixées par Israël et par les bailleurs de fonds internationaux, la formulation de la doctrine sécuritaire palestinienne [5] équivalait à un diktat dont l’efficacité et la légitimité ont été accueillies avec un profond scepticisme par l’opinion publique en Cisjordanie. Pour comprendre l’ampleur de l’entreprise, il faut garder en mémoire que le secteur palestinien de la sécurité est aujourd’hui composé de 83.276 individus (Cisjordanie et Gaza), dont 312 brigadiers généraux – pour mettre ce dernier chiffre en perspective, l’armée des Etats-Unis dans son ensemble se targue d’avoir 410 brigadiers généraux – dont 232 rendent compte à l’AP et 80 au Hamas [6]. Le secteur de la sécurité emploie environ 44 pour cent de la totalité des fonctionnaires [7], représente près de 1 milliard de dollars du budget de l’AP [8], et perçoit environ 30 pour cent de l’aide internationale totale allouée aux Palestiniens [9].

En plus des programmes de formation et de l’amélioration de l’armement, la Rss lancée au lendemain de la Deuxième Intifada s’est appuyée sur les campagnes de sécurité menées par les Etats-Unis – qui ont entrainé les FSAP en Cisjordanie. Les objectifs des campagnes étaient de : – contrôler les activités du Hamas et du Jihad islamique, ainsi que celles de leurs branches armées, – contenir les militants affiliés au Fatah par la cooptation, l’intégration dans les FSAP et des mesures d’amnistie, – réprimer la criminalité et restaurer l’ordre public [10]. Les gouvernorats de Naplouse et de Jénine, plus particulièrement les camps de réfugiés de Balata et de Jénine, au nord de la Cisjordanie, qui étaient désignés comme des « bastions de la résistance » [qila‘a muqawameh] et/ou des « zones de chaos et d’anarchie » [manatiq falatan wa fawda] [11] ont été choisis comme « projets pilotes » de la Rss [12].

Ce que les Palestiniens ordinaires pensaient de ces campagnes, que ce soit en termes de sécurité ou de dynamique générale de la résistance contre l’occupation, constitue l’objectif principal de cet article. Les données ethnographiques présentées sont basées sur une étude, menée entre août et décembre 2012 dans les camps de réfugiés, qui combine entretiens semi-directifs et discussions de groupe avec des jeunes des deux sexes. L’échantillon de recherche englobe une grande variété de groupes sociaux et tend à refléter la voix des acteurs subalternes qui sont généralement marginalisés dans le discours et la littérature dominants : leaders locaux dans les camps, cadres de factions politiques de rang secondaire, membres de groupes armés, anciens combattants, hommes, femmes et enfants ainsi que des individus ayant été détenus par l’AP dans le cadre de campagnes de sécurité.

Ethnographiquement parlant, les similitudes entre les camps sont frappantes, et donc cet article ne comparera ni n’opposera les deux, mais utilisera plutôt les deux comme une unité-clé d’analyse unique. Pour l’essentiel, cet article soutient que l’objectif primordial de la Ssr en général, et des campagnes de sécurité en particulier, fut de criminaliser la résistance à l’occupation israélienne et de museler l’opposition à la domination coloniale. En conséquence, on peut considérer les campagnes comme les premières étapes de la transformation autoritaire de l’Autorité palestinienne, manifeste dans l’usage excessif de la détention arbitraire et la torture dans ses prisons, ainsi que dans le rétrécissement de l’espace pour que se fassent entendre les voix de l’opposition ou de la résistance dans le système politique palestinien.

Les camps de Balata et de Jénine : Préparer le terrain

Les camps de Jénine et de Balata sont situés au nord de la Cisjordanie occupée et ont été mis en place par l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) en 1953 et 1950 respectivement, pour héberger les Palestiniens déplacés et dépossédés dans le sillage de la Naqba de 1948. Avec une superficie de 0,42 km², le camp de Jénine abrite quelques 16.260 habitants, alors que le camp de Balata, qui est le plus important en terme de population en Cisjordanie, est construit sur une superficie de seulement 0,25 km² pour une population de 23.600 habitants. Les deux camps partagent des indicateurs socio-économiques similaires : la taille moyenne des ménages est de 5,5, environ 60 pour cent de la population a moins de 24 ans, et les taux de pauvreté et de chômage varient entre 35 et 40 pour cent [13].

Selon l’UNRWA, le chômage élevé, les écoles surpeuplées, la forte densité de population et les réseaux insuffisants d’eau et d’égouts sont quelques-uns des problèmes les plus urgents des camps [14].

En plus des conditions de vie difficiles, les résidents des camps souffrent de la répression et des persécutions continues de l’armée israélienne, dont des raids brutaux, des mesures répressives/rafles au nom de la sécurité. Ces camps ont été particulièrement ciblés par Israël en raison de leur rôle actif dans la résistance armée et dans l’encouragement à l’émergence des groupes armés. Les camps ont aussi joué un rôle majeur et d’avant-garde pendant les protestations populaires et la désobéissance civile de la Première Intifada (1987–93). Pendant la Deuxième Intifada (2000-2005), lorsqu’Israël s’est emparé de la Cisjordanie, Jénine fut le site d’une bataille éponyme en avril 2002, pendant laquelle, selon Amnesty International et Human Rights Watch, les Forces Israéliennes de Défense (FID) ont commis des crimes de guerre [15]. En plus des pertes humaines, des parties importantes du camp ont été complètement détruites et plus d’un quart de la population s’est retrouvé sans abri.

La résistance et la détermination du camp de Jénine au cours de cette bataille en ont fait le symbole de la résistance de la Deuxième Intifada, qui a été salué par le président de l’époque Yasser Arafat comme le Stalingrad des Palestiniens. « Jéningrad », comme Arafat l’a appelée, fut et reste une grande source de fierté de ses dirigeants et de ses habitants, et a joué un rôle central pour façonner l’identité collective de la population de réfugiés. Les camps de Balata et de Jénine ont vu la naissance de la branche armée du Fatah, les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, pendant la Deuxième Intifada. De fait, les FSAP n’ont pas été autorisées à entrer dans les camps car les factions armées contrôlaient les deux zones et y revendiquaient l’autorité [16]. Ce sont quelques-unes des raisons pour lesquelles ces camps sont restés une cible permanente pour Israël, et également pourquoi ils furent les premiers et principaux lieux à être visés par les campagnes de sécurité de l’AP [17].

Les campagnes de sécurité entreprises en 2007 furent des offensives menées en utilisant des tactiques traditionnelles musclées. Elles ont impliqué le redéploiement de forces de sécurités entraînées et équipées dans des localités qui contestaient l’autorité et le contrôle de l’AP, notamment l’objectif de l’AP d’établir un monopole de l’utilisation de la violence dans la sphère sécuritaire [18]. Ce n’était pas des activités sécuritaires régulières ou des opérations de routine, mais plutôt des offensives ciblées avec des objectifs, un échéancier, des méthodes et des stratégies.

Le jour de lancement des campagnes, les troupes des FSAP, bien habillées, bien équipées, bien entraînées et la plupart du temps masquées déferlaient dans les camps de Jénine et de Balata dans des dizaines de véhicules militaires neufs et achetés à l’étranger. Approchant des camps depuis de multiples points pour mieux établir leur contrôle, les Forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (FSAP) coordonnaient leurs mouvements et leurs opérations avec l’armée israélienne, qui reste l’autorité suprême en Cisjordanie occupée. Elles entraient dans les camps par leurs ruelles étroites, avec des tireurs d’élite positionnés sur les toits des bâtiments stratégiques ou à proximité du centre des opérations. Les FSAP attaquaient les maisons pour arrêter les individus ciblés, chercher des armes dont les caches étaient découvertes et confisquer les armes individuelles. De violents affrontements s’en suivaient, tant avec les groupes armées qu’avec les habitants des camps résistant à l’offensive [19].

L’idée était de nettoyer les camps des armes non référées à l’AP, de mener un processus de désarmement, d’arrêter ceux qui remettaient en question l’autorité de l’AP et d’envoyer un message clair aux habitants du camp que l’AP était l’unique structure de gouvernance et de pouvoir autorisée. Etablir un monopole d’utilisation de la violence et consolider le pouvoir dans le secteur de la sécurité furent des objectifs essentiels puisque l’appareil sécuritaire de l’AP n’avait pu entrer dans les camps pendant la Second Intifada, lorsque les groupes armés conservaient le pouvoir ultime. Dans le cadre de son processus de réforme institutionnelle et de projet d’édification de l’Etat, au lendemain des élections législatives et présidentielles palestiniennes de 2006-2007 et de la fracture intra-palestinienne qui s’en est suivie, l’AP a visé les camps et systématiquement criminalisé la résistance [20].

A Naplouse, la campagne de sécurité a commencé en novembre 2007 et a été suivie en mai 2008 par une campagne similaire à Jénine qui fut nommée, de façon ironique, « Sourire et Espoir », pour suggérer que l’AP venait dans les camps pour ramener le bonheur des gens et leur redonner espoir après des années de non-droit [falatan amni]. Du point de vue de l’Autorité palestinienne, l’idée qui sous-tendait les campagnes était simple : « Nous voulions montrer aux donateurs et à Israël que l’AP pouvait gouverner la société palestinienne, » m’a dit un haut fonctionnaire de l’Autorité, « même dans des zones aussi intraitables que les camps de Balata et de Jénine. » [21]

L’idée de créer une réforme sécuritaire modèle était partagée aux plus hauts échelons internationaux [22]. Lors d’un diner avec Tony Blair, alors représentant du Quartet, et de hauts diplomates dans la région, le général états-unien Jim Jones avait « proposé une nouvelle approche » pour la pacification : plutôt que de se lancer dans un grand accord avec les Israéliens, il avait préconisé une approche fragmentaire qui impliquait de faire un « modèle » d’un endroit sous occupation israélienne et « Jénine Pilote » est né [23]. Décrit comme « une initiative israélienne », Jénine Pilote était « un programme actuellement mis en œuvre grâce à une coordination directe entre les Palestiniens et Israël, avec une participation américaine limitée. Le programme incluait la tentative de renforcer le camp palestinien modéré, dirigé par Abou Mazen [le président de l’AP Mahmoud Abbas], et d’appliquer les conclusions de la Conférence d’Annapolis. » [24] En conséquence, Jénine, a écrit un journaliste, « a acquis la réputation de zone de sécurité modèle où des bandes armés et des chefs de guerre ont été remplacés par des forces de sécurité organisées qui respectent une chaîne de commandement. » [25] L’ancien maire de Jénine a décrit plus tard 2008-2009 comme « l’âge d’or » [26] et un journaliste étatsunien comme une « révolution tranquille » [27].

De nombreux chercheurs ont critiqué le fait de transformer Jénine et Naplouse en modèles pour combattre d’autres localités cisjordaniennes [28]. Linda Tabar a fait remarquer que « au fil du temps, la résistance à Jénine a été matée en faisant intervenir séparément les technologies de pouvoir, y compris notamment une longue campagne de contre-insurrection coloniale qui a été suivie par des projets déterminés par des donateurs pour réorganiser le camp et rétablir la collaboration sécuritaire avec Israël. » [29] Dans le cas de Balata, Philip Leech a écrit que le succès apparent de l’AP à imposer la loi et l’ordre dans le camp (et à Naplouse en général) après 2007, ainsi que l’adhésion populaire initiale au programme sécuritaire de l’AP, « n’a pas recueilli l’aval de la légitimité de l’AP par l’opinion publique. Au contraire, le consentement fut superficiel et, à long terme, l’accélération du glissement de l’AP vers l’autoritarisme s’est avérée profondément invalidante pour la société palestinienne en général. » [30] En d’autres termes, un examen plus approfondi révèle que « ce consensus était superficiel et n’a pas duré. En avril 2012, le scrutin a suggéré que le niveau d’adhésion populaire au gouvernement Fayyad s’était globalement affaissé. » [31]

Ces observations critiques sont soutenues et amplifiées par les points de vue des résidents des camps interrogés pour cette étude. Un chef du Fatah du camp de Jénine s’exprimait comme suit pendant notre entretien : « Il n’y avait aucun phénomène de chaos sécuritaire [falatan amni]. L’AP a juste exagéré, ce qui reflète son incapacité à diriger. Ils ont utilisé la machine médiatique pour nous présenter comme une menace à la sécurité, tant aux niveaux national que local. » Une personne interrogée du camp de Balata, avec des opinions politiques de gauche, a utilisé la description suivante : « Il y a trois mots clés pour les campagnes sécuritaires de l’AP : mensonges, médias et argent [kizib, i‘lam, masari]. La machine médiatique était avec eux [l’AP] partout, à couvrir leurs mensonges ; et il n’y a pas pénurie de ressources lorsqu’il s’agit de la sécurité de l’AP. » Une jeune femme de Balata a dit que les campagnes sécuritaires étaient comme « donner à quelqu’un de l’aspirine [Tylenol] pour soigner un cancer. »

L’écart apparent entre le récit du peuple et celui des autorités est frappant. Dans le récit des gens de la base populaire, les mots associés aux projets d’édification de l’Etat post-2007 sont bailleurs de fonds, corruption et Etat policier [mumawilleen, fasad, dawlat bolees] [32]. Mais, plus intéressant, ces voix se concentrent sur la résistance comme le prisme à travers lequel explorer les implications de la Rss sur leurs vies et sur leur lutte nationale. En d’autres termes, ils mesurent les conséquences et l’efficacité de la Rss par rapport à son impact sur la capacité des gens à résister à l’occupation israélienne.

Les personnes interviewées estimaient que mener une réforme de sécurité pour assurer la stabilité dans le contexte d’une occupation coloniale, sans résoudre le déséquilibre du rapport de forces et sans revisiter les conditions des « accords de paix », ne peut jamais avoir que deux résultats : une « meilleure » collaboration avec la puissance occupante et la violation de la sécurité du peuple palestinien et de ses droits nationaux par son propre gouvernement et ses propres forces de sécurité.

Les réussites techniques à court terme des FSAP furent considérées comme fragiles, temporaires et subordonnées à la bonne volonté israélienne et à la générosité des donateurs. Le consensus de la base populaire était qu’en fin de compte il s’agissait de rapports de force. « La sécurité n’était que ça, » a résumé une personne interrogée dans le camp de Jénine. Les outils déployés par l’AP dans le processus comprenaient l’utilisation de la coordination sécuritaire comme doctrine ; l’utilisation (abusive) du système judiciaire pour consolider l’Etat de droit plus que rendre la justice ; l’usage des mécanismes de conciliation informelle et le recours à la force excessive qui a perpétué une culture de la peur et a jeté le discrédit sur la résistance à l’occupation israélienne.

Méfiance et crise de légitimité

En dépit des différences de contexte, de milieu social et autres variables démographiques, la grande majorité des personnes interrogées dans les deux camps partageaient des points de vue semblables sur l’efficacité des FSAP et affichaient des niveaux comparables de méfiance envers elles. Les attitudes qu’elles ont exprimées et les déclarations qu’elles ont faites au sujet des campagnes de sécurité vont à l’encontre du propre récit ronflant des autorités, qui met en évidence le manque de transparence et l’implication de la prise en main nationale.

Une Palestinienne travaillant dans un centre pour les femmes dans le camp de réfugiés de Jénine m’a dit : « Lorsque les campagnes de sécurité ont commencé en 2007, nous avons ressenti un peu d’optimisme. Mais ensuite les choses ont commencé à se détériorer, nous n’arrivions pas à comprendre ce qu’elles voulaient faire, quels types d’armes elles visaient, pourquoi elles arrêtaient les leaders locaux qui avaient mené l’Intifada ou pourquoi elles en tuaient d’autres. Nous leur donnions [aux FSAP] des fleurs et de la nourriture, nous leur faisions du café mais ils nous ont remercié avec des balles et en entrant dans nos maisons en défonçant les portes. » Un cadre du Fatah du camp de Balata, qui avait été un chef local pendant la Première Intifada, a dit : « Les campagnes sécuritaires ont fait des trous dans notre cause et dans notre lutte nationale comme dans nos corps, et les Forces de sécurité de l’AP n’ont jamais essayé de les réparer. Avec les campagnes de sécurité, l’AP a transformé nos communautés en gruyère… pleines de trous. »

Pendant mon travail sur le terrain, le manque de confiance entre les FSAP et les habitants du camp était tangible dans le langage dominant sur l’autre (« eux » et « nous »). Un jeune du camp de Jénine a conclu que « le camp a été visé non pas parce que nous sommes une bande de voyous et de criminels, comme nous dépeignent les FSAP, mais parce que nous sommes comme un arbre plein de fruits : tout le monde veut lancer une pierre pour en attraper un pour son bénéfice égoïste. » Pour sa part, un cadre féminin dans le camp de Balata a affirmé que « lorsque les gamins des camps commencent à accueillir les FSAP avec des fleurs et non des pierres, » alors il peut y avoir une lueur d’espoir pour combler l’écart de légitimité.

En plus de la sphère opérationnelle, la méfiance envers le système sécuritaire de l’AP s’est étendue aux sphères judiciaires, formelles et informelles. Afin de donner au processus un peu de légitimité, les FSAP se sont d’abord appuyées sur les leaders locaux dans les camps pour faciliter les campagnes de sécurité et exécuter des opérations particulières. Ces chefs faisaient partie intégrante du désarmement et de la collecte des armes et percevaient des compensations financières quand les armes étaient remises à l’AP. Non seulement les résidents du camp ont fortement contesté ce rôle de facilitation, mais ils ont aussi allégué que les chefs locaux ont tiré des profits financiers des campagnes de sécurité. De façon ironique, après la reprise en main, les FSAP ont écarté les leaders locaux et ont arrêté beaucoup d’entre eux.

Le chef de la commission des services du camp de Jénine dirigée par le Fatah était impatient de relater ce qui suit :

« Une fois que nous avons livré… remis… les agents du Hamas et du Jihad Islamique, ainsi que les voyous ordinaires à l’AP, ce fut notre tour (au Fatah). Les dirigeants de l’AP, aidés par leur doctrine et leur appareil sécuritaires, ont démantelé notre branche armée, ils ont confisqué nos armes, au fond en nous roulant – et nous avons dit d’accord, nous acceptons ça. Mais maintenant, ils nous raflent, ils essaient de nous faire renoncer à nos principes et à nos idéaux, à changer nos convictions politiques, et par-dessus le marché ils nous menacent de perdre nos emplois. En mai de cette année, après le décès du gouverneur de Jénine, l’AP a arrêté et torturé quelques sept cents personnes du camp. En bref, ces opérations de sécurité inutiles ont abouti à la perte de toute légitimité de l’AP dans le camp – si elle en avait jamais eu. »

En outre, les FSAP ont contraint les gens à obéir aux conclusions des mécanismes informels de justice et les ont dissuadés de chercher à obtenir réparation par des voies plus officielles [33]. Les FSAP ont commis de nombreuses violations des droits de l’homme, telles la torture de prisonniers politiques, l’humiliation publique et la détention sans inculpation, et les familles et les clans ont été contraints de faire face à ces excès à titre personnel, par les dispositifs traditionnels de la conciliation tribale plutôt que par des tribunaux ou par le système judiciaire officiel. Ces questions furent réglées entre « tasse de café et conciliation » [finjan qahwa wa ‘atwa], renforçant encore l’écart de légitimité et amplifiant la méfiance.

Une femme de 35 ans vivant dans le camp de Jénine m’a dit :

« Mon époux a été arrêté et torturé par l’AP pendant quarante-cinq jours. Lorsque nous avons voulu porter plainte contre l’AP, l’ainé de la famille est venu chez nous, à la demande de l’Autorité palestinienne, avec cinquante hommes derrière lui pour pousser mon mari à résoudre le problème à l’amiable. Ils nous ont tués et ils voulaient qu’on résolve la question à l’amiable ! Nous n’avions pas le choix… Mais bien sûr, ce que cela signifie, c’est que nous porterons en nous cette souffrance et cette humiliation jusqu’à la fin de nos jours. Je ne pardonnerai jamais quiconque nous oblige à renoncer à nos droits. »

La priorité des FSAP était de consolider le pouvoir et de garantir qu’elles avaient le monopole de l’utilisation de la violence dans la sphère politique, quelles qu’en soient les conséquences. Leur mission était d’établir la règle de « un fusil, une loi, une autorité » [34], un slogan électoral majeur de la campagne électorale d’Abbas en 2005 et un principe cardinal des gouvernements Fayyad successifs après 2007 – même si cela se faisait au détriment de la sécurité du peuple, des droits humains fondamentaux ou bien sûr de leur capacité à résister à l’occupation. En fait, la mise en œuvre du slogan « un fusil, une loi, une autorité » signifiait d’affronter bille en tête la notion et la pratique de résistance, et en particulier la résistance armée à l’occupation israélienne.

Mater les camps, mater la résistance : transformation autoritaire et détention arbitraire

Les campagnes sécuritaires de l’AP ne furent pas seulement illégitimes aux yeux de leurs cibles mais elles ont également eu des effets délétères sur le mouvement de la résistance, et c’est ce message qui a constitué l’essentiel de ce que les voix de la base populaire exprimaient. L’« échec délibéré » de l’AP, comme l’a dit une personne interviewée pour faire une distinction claire entre « les armes de l’anarchie » et celles de « la résistance armée » signifiait que les gens étaient également ciblés, qu’ils fussent des criminels ou des résistants. Comme l’a demandé avec éloquence un résident du camp de Balata, « comment un voleur peut-il être détenu dans la même prison qu’un muqawim (combattant de la liberté) ?

Criminaliser la résistance contre l’occupation israélienne fut un thème commun invoqué par les personnes interrogées. Un ancien membre des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa du Fatah, qui fut arrêté pendant les campagnes de sécurité de Jénine, a fait ces commentaires :

« Ils nous considèrent comme des criminels et nous traînent devant les juges des tribunaux militaires parce que nous résistons à l’occupation. Est-ce un crime de résister à l’occupation ? C’est certainement un devoir pour un peuple occupé ! Ils veulent juste nous soumettre et nous dépouiller de notre dignité (…). J’ai été torturé dans la prison de Jéricho de l’AP pendant quatre-vingt-trois jours, sans inculpation ni accès à un avocat. Ensuite, ils m’ont désigné un avocat qui m’a conseillé d’avouer et de signer une déclaration disant que je m’abstiendrai de m’engager dans une soi-disant activité criminelle. Je suis un combattant de la liberté. Je ne suis pas un voleur ! »

Un autre ancien membre des brigades qui a également été arrêté lors d’une des campagnes de sécurité à Naplouse a été détenu par l’AP pendant cinquante-quatre jours à al-Juneid (Naplouse), puis pendant trente-deux autres jours à la prison d’Al-Dhahiriyya à Hébron (du 25 juin au 27 juillet 2012). Bien qu’il ait réussi à intégrer la police civile de l’AP et qu’il soit père de quatre enfants, il a été mis en détention sur plusieurs accusations ambiguës et parfois contradictoires, parmi lesquelles : constituer une menace sécuritaire pour sa communauté ; être toxicomane et dealer ; participer à des activités criminelles et de corruption ; détention et trafic d’armes ; être un partisan de Mohammad Dahlan [35] ; et même être membre du Hamas ! En novembre 2007, il avait remis deux fusils à l’AP, un M16 court avec un logo israélien et un M16 long arborant un cèdre du Liban ; il a reçu 18.500 $ pour les deux armes, ainsi qu’une amnistie israélienne conditionnelle d’un mois après leur remise. Le document d’amnistie, qu’il a sur lui en permanence (et qu’il m’a montré pendant l’entretien), indique que si quiconque le signale, ou s’il est vu en compagnie de personnes recherchées par les autorités, ou s’il porte n’importe quel type d’arme, y compris son arme de service remise par l’AP, l’amnistie sera annulée.

« Dans la prison al-Dhahiriyya, c’était la ‘fête au terrorisme’ [haflet irhab]. Il y avait du sang sur les murs et les bruits des tortures se répercutaient dans tout le bâtiment – alors qu’on avait les yeux bandés, on entendait les gens crier et hurler, les portes claquaient, le bruit des gens qu’on cognait contre les murs (…). Je pose la question, où ont-ils appris toute cette agressivité ? Ils ont pris du plaisir à me torturer. J’ai passé des jours dans une cellule minuscule, 1m20 x 2m. Un jour, ils sont arrivés avec un seau d’eau sale et ils l’ont jetée dans la cellule. C’était un cauchemar : torture, interrogatoire, être suspendu pendant des heures selon la technique du ‘shabeh’ [36], être sous surveillance constante avec des caméras et des capteurs sonores partout, être privé de sommeil la nuit, l’irruption dans les cellules après minuit, le changement d’interrogateurs tous les jours, etc. etc. – et tout ça parce qu’ils voulaient que je cesse de résister à l’occupation ! »

Notre conversation fut interrompu par une sirène très forte, qui s’est avérée être la sonnerie de son téléphone portable. Il a continué son récit, avec de l’amertume dans la voix, ses jambes tremblaient et il transpirait abondamment. « Ces cinquante-quatre jours furent les pires de ma vie. J’avais de longues conversations avec les araignées, les fourmis et les moustiques dans ma cellule. Je ne cessais de leur dire : prenez votre part de mon sang et laissez-moi tranquille ! J’observais intensément les mouvements des fourmis dans ma cellule (…) ! Je les nourrissais puis je les tuais. C’est exactement ce que l’AP fait avec nous. Ils paient nos salaires puis ils viennent nous tuer. »

Il s’est interrompu, a mis les mains sur son ventre et a dit qu’il se sentait mal. Continuant à transpirer et à trembler, il a ajouté : « Chaque fois que je parle de ça j’ai d’énormes douleurs dans le ventre et dans tout le corps. » Cet homme a fini par être libéré de prison après que le Président Abbas a signé des amnisties sécuritaires au moment du Ramadan et de l’Eid al-Fitr cette année. Craignant qu’il aille voir une organisation de défense des droits de l’homme pour porter plainte, les FSAP lui ont demandé une garantie fiscale de 7.000 livres jordaniennes (environ 10.000 $) souscrite par la Chambre de Commerce de Naplouse. Elles lui ont également demandé de signer l’engagement, écrit en arabe, en anglais et en hébreu, de ne porter aucune arme, de ne pas voyager ou circuler en Cisjordanie, et d’être en garde à vue la nuit au poste de police principal de Naplouse entre 20h et 8h du matin, toutes les nuits.

Pendant nos deux heures de conversation, l’un des chefs de la bataille de Jénine en 2002 qui était sur la liste israélienne des personnes les plus recherchés pendant la Deuxième Intifada, a décrit son arrestation et sa détention dans la prison de l’AP à Jéricho entre mai et octobre 2012 :

« Le chef de la Police civile m’a appelé pour aller prendre un café avec lui, mais quand je suis arrivée, c’était un piège. Tout d’un coup, des membres des forces de la sécurité préventive ont surgi dans le bureau, m’ont brutalement attaché les mains dans le dos, m’ont mis une capuche sur la tête et m’ont traîné dans les escaliers jusqu’à leur jeep. Ils m’ont conduit à Jéricho, en passant tous les checkpoints israéliens. Quelle ironie de voir que chaque checkpoint israélien s’ouvrait pour moi pendant que l’AP m’arrêtait ! Je les ai même entendu dire [les FSAP], en hébreu par téléphone, ‘On l’a eu!’. J’ai des problèmes de santé, j’ai toujours cinq balles dans les jambes et quatre dans le dos depuis 2002. Une bombe m’a aussi explosé à la figure en 2002 mais les FAPS ont refusé que les médecins m’examinent en prison. Après avoir été enfermé dans une cellule au sol sale et humide pendant une semaine, j’ai eu une infection bactérienne au dos. Après ils ont commencé les tortures physiques, ils me cognaient violemment contre le mur et ils m’ont maintenu renversé et attaché par les mains et les pieds à une petite chaise selon la technique du « shabeh » pendant trois jours. Après huit jours de ce régime et bien que j’avais le droit d’avoir un matelas, ils ont refusé de m’en laisser avoir un si je n’avouais pas un crime que je n’ai jamais commis. Pendant mes cinq mois de prison, je n’ai pas été une seule fois interrogé par le procureur. Ils ont fait un exemple avec moi, pour montrer à tous les autres prétendus prisonniers sécuritaires qu’il n’y a pas d’exception et que même les dirigeants de la résistance armée peuvent être arrêtés et torturés. Ils m’ont bandé les yeux et m’ont jeté au sol, la tête sous les bottes de celui qui m’interrogeait et ils ont ouvert la petite lucarne d’observation en haut de la porte pour que les autres prisonniers me voient dans cet état. C’était tellement humiliant (…), en parler me perturbe, je suis bouleversé. »

Un habitant de Balata a résumé les conséquences de la campagne de sécurité sur l’espace disponible pour la dissidence de la façon suivante : « Depuis 2007, les rassemblements publics ne sont autorisés qu’à trois occasions : les mariages, les funérailles ou les rassemblements de prison. » Un chercheur de terrain local travaillant pour une grande organisation palestinienne de défense des droits de l’homme m’a dit que les violations du droit étaient courantes, notamment « les arrestations et les raids des domiciles sans mandat judiciaire, les interrogatoires prolongés dans les locaux des forces de sécurité sans inculpation ni procès, la comparution devant un tribunal après des semaines de détention sans inculpation, pas d’inculpations officielles ou d’accusations spécifiques. » Il a ajouté : « En fait, je viens de recevoir un appel des Forces de la sécurité préventive me demandant d’aller les voir, et je suis sûr qu’ils veulent m’interroger sur le dernier rapport que j’ai écrit. »

Quelques semaines après sa libération, un jeune de 18 ans du camp de Jénine, avec de marques de torture toujours visibles sur de nombreuses parties du corps, m’a dit : « J’ai été accusé de trouble et menace à l’ordre public en tant que chef du gang des Diables. Ils m’ont accusé d’avoir écrit une déclaration et de l’avoir distribuée dans tout le camp, mais il se trouve que je ne sais ni lire ni écrire ! »

Debout dans son atelier, un charpentier de 24 ans, le visage triste et les mains et les jambes tremblantes, me raconte :

« J’ai été arrêté et emprisonné trois fois dans les geôles de l’AP à Jéricho et à Jénine. Je n’ai jamais été autant humilié de toute ma vie que pendant cette année-là. Douze jours sans dormir, attaché dans une position douloureuse à une chaise cassée. Les chaînes que j’avais aux mains mordaient ma peau et mes os. Dix-sept jours d’isolement dans une cellule glaciale, avec un matelas pourri et dégoûtant et les pires repas possibles. Je me croyais à Guantanamo. A Jéricho, la prison est souterraine et elle compte vingt-huit cellules, trois salles plus grandes, une cuisine qui est souvent utilisée pour la torture, et une salle d’interrogatoires qui comprend une unité dite de soins de santé. C’est le même modèle que les prisons israéliennes. »

Il ressort clairement de ces témoignages et d’autres similaires que beaucoup de gens, dans les deux camps, qu’ils soient des acteurs de la société civile ou des membres d’organisations locales, considèrent que les objectifs des campagnes de sécurité furent la création d’une culture de la peur pour que l’AP puisse consolider son pouvoir et montre sa capacité à gouverner des espaces réputés difficiles. La dynamique de la coordination sécuritaire avec Israël est telle que pour les résidents des camps, les sources d’insécurité internes, ou d’origine intérieure, forment encore une autre strate de peur et d’humiliation dans leur expérience de l’occupation israélienne.

Coordination sécuritaire: la domination comme coopération

[37]

La coordination de la sécurité avec Israël est une caractéristique déterminante de la doctrine de l’Autorité palestinienne en matière de sécurité, et une source majeure de tension entre le peuple palestinien et ses représentants. [38] Bien qu’elle soit un sous-produit des Accords d’Oslo de 1993 [39], cette coopération est devenue la question principale dans le projet d’édification de l’État par l’AP. Elle a ensuite été écrite dans le marbre dans la période qui a suivi 2007. [40]

Mais ses détracteurs considèrent que la coordination sécuritaire a eu un impact préjudiciable sur la légitimité de l’Autorité palestinienne, et elle est perçue par beaucoup de Palestiniens comme une forme de trahison nationale. [41] Cette collaboration entre les PASF et l’armée israélienne se manifeste de plusieurs façons, notamment: l’arrestation par les PASF des suspects palestiniens recherchés par Israël; la suppression des manifestations palestiniennes contre les soldats israéliens et/ou les colons; le partage du renseignement entre l’armée d’occupation et les PASF; la politique de la porte tournante entre les prisons israéliennes et palestiniennes par laquelle les militants palestiniens font des passages successifs pour les mêmes infractions; des réunions, des ateliers et des formations régulières etre israéliens et Palestiniens. [42]

En mai 2014, le président Abbas a déclaré que « la coordination de la sécurité [avec Israël] est sacrée, [c’est] sacré. Et nous allons continuer, indépendamment de nos désaccords ou accords sur le plan politique »[43]. Cependant, la grande majorité des Palestiniens ne sont tout simplement pas d’accord. Un sondage auprès des habitants palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza par le «Arab Center for Research and Policy Studies» [Centre arabe pour les études de la recherche sur les politiques] en 2014, a montré que 80% des personnes interrogées s’opposaient à la poursuite de la coordination sécuritaire avec Israël. [44]

Ce désaccord fondamental entre le public palestinien et sa direction politique officielle a entraîné une colère populaire, ce qui a mené à des manifestations qui ont été violemment réprimées. Une telle colère se reflète également dans la façon dont les PASF sont perçus. Après 2007, les PASF étaient souvent appelées « les forces de Dayton », en référence au lt. Gen. Keith Dayton, l’architecte en chef de l’équipe des coordonnateurs de la sécurité des États-Unis (USSC), responsable de la formation des neuf bataillons qui ont mené les campagnes repressive dans les camps de réfugiés de Balata et Jénine.

Dans un discours tenu en 2009 à Washington, Dayton a salué les « nouveaux hommes palestiniens » que son équipe avait formés et a cité des commandants de l’IDF qui lui demandaient: « Combien de plus de ces nouveaux Palestiniens peuvez-vous produire et à quelle rythme ? » Le général américain a également fait référence aux paroles d’un haut fonctionnaire palestinien qui s’exprimait devant une classe de gradués du PASF en Jordanie, formés sous les auspices de l’USSC. « Vous n’avez pas été envoyés ici pour apprendre à lutter contre Israël », a déclaré le fonctionnaire, selon Dayton: « mais vous avez été plutôt envoyés ici pour savoir comment conserver l’ordre public, respecter le droit de tous nos citoyens et imposer la loi afin que nous puissions vivre en paix et en sécurité avec Israël ». [45] De telles déclarations, en plus des révélations des Documents palestiniens [46], ont encore alimenté les perceptions négatives du public sur la doctrine de la collaboration sécuritaire et sur ses implications sur la vie des Palestiniens. [47]

La grande majorité des personnes interrogées dans les camps [de réfugiés] ont exprimé leur mécontentement à l’égard de la coordination sécuritaire. Un responsable communautaire dans le camp de Jénine m’a dit: « Je n’ai pas de problème avec [cela] tant que c’est réciproque. Cependant, ce n’est pas le cas. Ce sera une histoire entièrement différente lorsque l’AP pourra demander à Israël d’arrêter un colon et de protéger la sécurité des Palestiniens. Il n’y a pas de sens dans la coordination, mais seulement de la domination ». Un responsable de communauté du camp de Balata l’a dit plus brutalement: « Les campagnes de sécurité ont fait une chose: elles ont minimisé le nombre des agressions israéliennes et ont confié aux PASF le rôle des forces d’occupation. Elles ont en fait instaurer une division du travail ».

La politique de la porte tournante (al-bab al-dawar) était particulièrement sensible pour ceux qui en avaient souffert. Une des personnes interrogées dans le camp de Jénine qui avait passé du temps dans les prisons israéliennes et palestiniennes m’a expliqué : « J’ai été détenu pendant neuf mois dans la prison des Forces de sécurité préventives de l’AP parce que j’appartenais au Hamas. Trois semaines après ma libération de la prison de l’AP, Israël m’a arrêté exactement sur les mêmes accusations. Ils ont littéralement utilisé les mêmes mots. » De son côté, un cadre de Fatah âgé de trente-trois ans du camp de Balata m’a raconté : » Après six mois de détention administrative [sans inculpation ni procès] dans une prison israélienne et avant que je puisse jouir de la liberté, les forces de la PA ont attaqué notre maison après minuit et m’ont emprisonné pour une période de huit mois. Ils ne m’ont pas posé de questions en prison. Ils m’ont simplement montré un document et ont dit « beseder » [« bien », en hébreu]; « beseder, votre dossier est prêt, et maintenant tout ce que vous avez à faire est d’attendre la miséricorde de Dieu! » Même ceux qui pensaient que les campagnes de sécurité et les réformes avaient permis des résultats positifs restaient prudents en exprimant une satisfaction muette.[48]

« Nous faisons notre travail »

Le personnel de sécurité de l’Autorité palestinienne a des vues complètement différentes de celles du grand public. Ils ont compris leur travail en termes techniques et ont exprimé une forte volonté d’en appliquer les règles, car cela leur a été expliqué par leurs commandants. « Les affaires sont les affaires et je fais mon travail », m’a déclaré un membre des PASF à Naplouse. « Allez demander aux gens et vous vous rendrez compte que nous faisons bien les choses et que tout les autres ont tort », a-t-il ajouté. « Vous ne pouvez pas avoir deux coqs dans la même basse-cour », a déclaré en toute confiance un autre agent local de sécurité. « Ce sont les forces de sécurité de l’AP ou les milices et les factions armées. Il n’y a pas de justification pour l’existence de l’Autorité palestinienne si sa tâche numéro un n’est pas une application de la sécurité. » Un agent des forces de sécurité préventive mentionnées ci-dessus le déclare comme suit: » Il n’y a pas de résistance (et encore moins de résistance armée) et c’est pourquoi les conditions de sécurité sont meilleures. Malheureusement, les campagnes de sécurité signifient également que l’AP doit s’occuper de celle [de ses agents] (al-Sulta lazim ta’kul wladha). Je veux dire que tout le monde parle de prisonniers et de torture, même s’il n’y a rien de tel, mais personne ne parle des problèmes auxquels sont confrontés les interrogateurs. C’est leur travail et ils doivent interroger les prisonniers, mais personne ne les protège si les prisonniers décident plus tard d’appliquer des représailles ».

Lorsqu’on l’interroge sur la violence des PASF et leur utilisation excessive de la force pendant les descentes de police et dans les prisons de l’AP, un agent de sécurité au bureau de liaison de la police de Naplouse m’a dit: « Bien, l’utilisation excessive de la force peut être un problème, mais dans certains cas il n’y a pas d’autre choix que d’y recourir. Le droit international permet l’utilisation de la force selon ce que les experts européens et locaux nous ont enseigné. Mais ces lois sont très biaisées [vers l’humanitarisme] et elles doivent être adaptées parce que nous avons besoin de plus de marge de manœuvre pour utiliser la force physique avec les détenus. » Lorsque j’ai cité ces paroles à un haut responsable du ministère de l’Intérieur de l’AP, sa première réaction a été de demander: « Pourquoi êtes-vous surpris ? C’est notre travail. » Il a ensuite ajouté: « En fin de compte, le fait que les forces de sécurité palestiniennes opèrent sous le contrôle de l’occupant est embarrassant pour tout le monde parce que les gens souhaitent que ces forces de sécurité les protègent contre les Israéliens, mais cela n’arrivera jamais. »

La réforme du secteur de la sécurité dans le cadre de l’édification de l’État post-2007 de l’AP ne visait pas seulement à améliorer le fonctionnement et l’efficacité des PASF et à assurer la stabilité et la sécurité d’Israël, mais elle a également cherché à endiguer la résistance à l’occupation et à la domination coloniale d’Israël en criminalisant le militantisme et en démantelant son infrastructure de base. L’AP et ses forces de sécurité ont utilisé le harcèlement, la mise à l’écart, l’arrestation, la détention et la torture contre ceux qui se sont engagés à résister à Israël, et ont démantelé les structures qui soutiennent une telle résistance grâce à la conduite de campagnes de sécurité agressives dans les espaces les plus militants de la Cisjordanie occupée.

Comme l’ont suggéré les témoignages recueillis auprès des personnes ordinaires – ce que j’ai appelé les voix de base – dans les camps de réfugiés de Balata et Jénine, les campagnes de sécurité ont été largement perçues comme illégitimes et inefficaces. Ces voix de base contestent fondamentalement l’affirmation selon laquelle les PASF faisaient leur travail pour maintenir l’ordre public, et soutiennent que plutôt que d’éprouver un sentiment de sécurité plus élevé, ils ont assisté à la transformation de l’AP en un régime autoritaire dont les forces de sécurité se rapprochent de celles d’un Etat policier en gestation. En somme, alors que la référence de la réforme de la sécurité était de mettre en place une institution de sécurité professionnelle, les gens ordinaires voulaient une protection contre leur principale source d’insécurité, à savoir l’occupation militaire israélienne. Comme l’a dit une des personnes interrogées : « Cela ne signifie rien pour moi si nous avons les forces de sécurité et l’armée les meilleures du monde si elles ne sont pas capables de me protéger. »

Épilogue

Recueillir l’opinion des gens ordinaires est une tâche particulièrement difficile. Dans le cas présent, non seulement parce que les problèmes de sécurité sont sensibles en soi, mais aussi en raison du degré élevé de frustration et de désespoir parmi les Palestiniens après les deux dernières décennies d’occupation israélienne, et à cause d’une Autorité de plus en plus répressive. En sortant du camp de Jénine le dernier jour de mon enquête de terrain, j’ai vu un certain nombre de personnes se rassembler autour d’un homme. « Quand mon enfant veut mourir, il est si douloureux d’entendre un tel souhait », criait-il aux passants. « Comme je n’ai pas un shekel à lui donner, je préfère encore mieux me tuer. Lorsque les dirigeants palestiniens nous pendent à l’envers dans les airs, qu’est-ce qui reste de cette vie ? » Tenant une bouteille remplie d’essence et des allumettes d’une main, et sa fille dans l’autre, il n’a été dissuadé de se mettre le feu que par les cris terrorisés de son enfant. De tels incidents ne sont pas particulièrement exceptionnels lorsque la misère, la colère et l’injustice sont les caractéristiques dominantes de la vie quotidienne.

Notes

[1] Ashraf Ghani and Clare Lockhart, Fixing Failed States: A Framework for Rebuilding a Fractured World (Oxford: Oxford University Press, 2008); David Chandler and Timothy Sisk, eds., The Routledge Handbook of International Statebuilding (London: Routledge, 2013).
[2] Alaa Tartir, “Securitised Development and Palestinian Authoritarianism under Fayyadism,” Conflict, Security & Development 15, no. 5 (2015): pp. 479–502, doi:10.1080/14678802.2015.1100016.
[3] Ursula Schroeder, Fairlie Chappuis, and Deniz Kocak, “Security Sector Reform and the Emergence of Hybrid Security Governance,” International Peacekeeping 21, vol. 2 (2014): pp. 214–30.
[4] Tahani Mustafa, “Damming the Palestinian Spring: Security Sector Reform and Entrenched Repression,” Journal of Intervention and Statebuilding 9, no. 2 (2015): pp. 212–30, doi:10.1080/ 17502977.2015.1020738.
[5] Mandy Turner, “Peacebuilding as Counterinsurgency in the Occupied Palestinian Territory,” Review of International Studies 41, no. 1 (2015): pp. 73-98, doi:10.1017/S0260210514000072.
[6] Alaa Tartir, “How U.S. Security Aid to PA Sustains Israel’s Occupation,” Al Jazeera, 2 December 2016, http://www.aljazeera.com/indepth/features/2016/11/security-aid-pa-sustains-israel-occupation-161103120213593.html.
[7] Office of the United Nations Special Coordinator for the Middle East Peace Process, Report to the Ad Hoc Liaison Committee (Brussels: United Nations, 19 March 2013), http://unispal.un.org/UNISPAL.NSF/0/AA6446B2E5DCE0FF85257B3200476A2A; Office of the United Nations Special Coordinator for the Middle East Peace Process, Closing the Gap: Palestinian State-Building and Resumed Negotiations; Report to the Ad Hoc Liaison Committee (New York: United Nations, 25 September 2013), https://unispal.un.org/DPA/DPR/unispal.nsf/1ce874ab1832a53e852570bb006dfaf6/a401c83882977c1f85257bea00663df0?OpenDocument.
[8] Sabrien Amrov and Alaa Tartir, “After Gaza, What Price Palestine’s Security Sector?,” Al-Shabaka Policy Brief, 8 October 2014,http://www.nytimes.com/2014/11/27/opinion/subcontracting-
repression-in-the-west-bank-and-gaza.html?_r=0.
[9] Sabrien Amrov and Alaa Tartir, “Subcontracting Repression in the West Bank and Gaza,” New York Times, 26 November 2014, http://www.nytimes.com/2014/11/27/opinion/subcontracting- repression-in-the-west-bank-and-gaza.html?_r=0.
[10] International Crisis Group, Ruling Palestine II: The West Bank Model?, report no. 79, 17 July 2008,
https://www.crisisgroup.org/middle-east-north-africa/eastern-mediterranean/israelpalestine/ruling-palestine-ii-west-bank-model.
[11] Les gouvernorats entiers de Naplouse et de Jénine (y compris les autres camps de réfugiés, les quartiers et les villages) ont été soumis à des opérations de sécurité et à des descentes de police, mais les camps de réfugiés de Jénine et Balata étaient les critères permettant de mesurer le succès d’autres campagnes de sécurité. Balata et Jénine étaient deux des lieux les plus rebelles contre les incursions israéliennes lors de la deuxième Intifada, et les factions politiques (Fatah, Hamas ou autres) ont une longue histoire d’enracinement dans ces camps.
[12] Refugee Review Tribunal, RRT Research Response, no. PSE33593, 5 August 2008, http://www.ecoi.net/
file_upload/1997_1300358528_pse33593.pdf; Giorgia Giambi, The “Jenin Pilot”: A Monitoring Report (Jerusalem: Center for Democracy and Community Development, 2009).
[13] United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), “Jenin Refugee Camp Profile,” 2008, http://www.ochaopt.org/documents/opt_campprof_unrwa_jenin_oct_200.pdf; United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA), Camp Profiles, 2014, http://www.unrwa.org/where-we-work/west-bank/camp-profiles?field=12.
[14] OCHA, “Balata Refugee Camp Profile,” 2008, http://www.ochaopt.org/documents/opt_campprof_unrwa_balata_nov_2008.pdf; UNRWA, “Camp Profiles.”
[15] Amnesty International, “Shielded from Scrutiny: IDF Violations in Jenin and Nablus,” 4 November 2002, https://www.amnesty.org/download/Documents/120000/mde151432002en.pdf; and Human Rights Watch, “Jenin: IDF Military Operations,” Human Rights Watch 14, no. 3 (May 2002), https://www.hrw.org/reports/2002/israel3/israel0502.pdf.
[16] En juillet 2004, Zakaria Zubeidi, un dirigeant des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa à Jenin, a déclaré à un journaliste: « Je suis le La plus haute autorité « . Une semaine plus tard, il a déclaré à un autre journaliste:« Je suis responsable. La police? Ils ont juste perturbé le trafic. S’il y a un problème, les gens viennent à moi. « Il a ajouté: » Je ne prends pas les commandes de n’importe qui. Je ne suis pas du genre à emboîter le pas. » Au début de 2005, lorsque le président de l’AP Mahmoud Abbas et Zubeidi faisaient la tournée de Jénine ensemble lors d’une campagne électorale présidentielle, les foules chantaient le nom de Zubeidi et non pas celui d’Abbas. Voir Kimberly Marten, “Reformed or Deformed? Patronage Politics, International Influence, and the Palestinian Authority Security Forces,” International Peacekeeping 21, no. 2 (2014): pp. 181–97.
[17] Pour plus d’information sur le rpôle des deux camps durant la seconde IOntifada, voir Philip Leech, The State of Palestine: A Critical Analysis (London: Routledge, 2016); Linda Tabar, “Memory, Agency, Counter-Narrative: Testimonies from Jenin Refugee Camp,” Critical Arts 21, no. 1 (2007): pp. 6–31.
[18] Le projet de renforcement de l’Etat post-2007 de l’AP avait pour but d’établir un monopole de la violence dans le domaine de la sécurité. Cela signifiait que les forces de sécurité légales de l’Autorité palestinienne étaient les seuls organismes ayant le droit et l’exclusivité à contrôler le domaine de la sécurité. Conformément au modèle weberien, d’autres acteurs non étatiques, des regroupements informels et des groupes de résistance armée doivent être marginalisés, démantelés, cooptés, intégrés, désarmés ou punis. Dans le contexte général de l’occupation et de la colonisation israéliennes, cependant, le modèle weberien génère des tensions et des contradictions.
[19] À la suite de ces campagnes de sécurité, l’Organisation arabe pour les Droits de l’homme a déclaré que « les données recueillies de juin 2007 à la fin de 2011 indiquent que les forces de sécurité de l’AP ont arrêté 13 271 citoyens palestiniens, dont 96% ont été soumis à diverses méthodes de torture. L’observatoire euro-méditerranéen pour les Droits de l’homme a signalé qu’en 2013, les forces de sécurité palestiniennes en Cisjordanie ont arrêté arbitrairement 723 personnes et en ont interrogé 1137 sans aucune accusation claire ou une décision judiciaire ou un mandat d’amener. En 2012, la Commission indépendante des droits de l’homme (CIRH) a reçu 3185 plaintes, contre 2876 plaintes en 2011 et 3828 en 2010.
[20] Voir Alaa Tartir, “The Evolution and Reform of Palestinian Security Forces, 1993– 2013,” Stability: International Journal of Security & Development 4, no. 1 (2015): pp. 1–20, doi:http://dx.doi.org/10.5334/sta.gi.
[21] Unless otherwise stated, all quotations are taken from interviews conducted by the author in Balata and Jenin camps between August and December 2012.
[22] Mélanie Cambrezy, “Security Sector Reform in Palestine (1993–2013): Fragmenting the Political Scene While Building a ‘Partner for Peace,’” (paper presented at the 2014 International Studies Association annual convention, Toronto, April 2014).
[23] Massimo Calabresi, “Can Obama’s Model for Peace Survive Gaza?,” Time, 16 January 2009, http://www.time.com/time/nation/article/0,8599,1872425,00.html.
[24] Israel Defense Forces, “Pilot ‘Jenin’: Details and Focal Points,” Military Strategic Information Section, 5 August 2008, https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Peace/pilotjenin.ppt.
[25] Giambi, The “Jenin Pilot,” p. 33.
[26] Ethan Bronner, “Palestinian Forces Dilute Hebron’s Volatile Brew,” New York Times, 25 November 2008, http://www.nytimes.com/2008/11/26/world/middleeast/26hebron.html.
[27] Giambi, The “Jenin Pilot,” p. 33.
[28] Jim Zanotti, U.S. Security Assistance to the Palestinian Authority (Washington: Congressional Research Service, 8 January 2010), https://fas.org/sgp/crs/mideast/R40664.pdf.
[29] Linda Tabar, “The ‘Urban Redesign’ of Jenin Refugee Camp: Humanitarian Intervention and Rational Violence,” Journal of Palestine Studies 41, no. 2 (2012): pp. 44–61.
[30] Philip Leech, “Who Owns ‘the Spring’ in Palestine? Rethinking Popular Consent and Resistance in the Context of the ‘Palestinian State’ and the ‘Arab Spring,’” Democratization 22, no. 6 (2015): pp. 1011–29, doi:10.1080/13510347.2014.899584.
[31] Leech, “Who Owns ‘the Spring,’” p. 11.
[32] Marten, “Reformed or Deformed?”; Yezid Sayigh, “Policing the People, Building the State: Authoritarian Transformation in the West Bank and Gaza” (Carnegie Paper, Carnegie Middle East Center, Carnegie Endowment for International Peace, Washington, February 2011), http://carnegieendowment.org/files/gaza_west_bank_security.pdf.
[33] Amnesty International, “‘Shut Up We Are the Police’: Use of Excessive Force by Palestinian Authority in the Occupied West Bank,” Amnesty International Briefing, 23 September 2013, https://www.amnesty.org/en/documents/MDE21/006/2013/en/; Human Rights Watch, “Palestine: No Action in Assault by Police,” 19 May 2014, https://www.hrw.org/news/2014/05/19/palestine-no-action- assault-police.
[34] “Security Chaos and Palestinian Elections” [in Arabic], interview with Mahmoud Abbas, transcript, Al Jazeera, last updated 17 January 2006, https://goo.gl/1vgaFr.
[35] Mohammad Dahlan est un ancien membre du Comité central du Fatah et ancien chef de la Force de sécurité préventive à Gaza et du Conseil de sécurité nationale palestinien. Il a été exclu du Fatah en 2011 et s’est exilé (il vit actuellement à Abu Dhabi) à la suite de la discorde croissante entre lui et le président de l’AP et le chef du Fatah, Abbas. Dahlan a été accusé de corruption, de l’empoisonnement d’Arafat et de préparer un coup d’Etat contre Abbas. En novembre 2016, le Fatah a tenu son Septième Congrès général pour élire une nouvelle direction et éliminer Dahlan et ses partisans de la tête de l’organisation. L’AP mène aujourd’hui des offensives répressives dans les camps de Balata et de Jénine, au motif que ces deux camps sont des bastions de Dahlan.
[36] Le shabeh est une “combinaison de méthodes utilisée pour des périodes prolongées, impliquant l’isolement sensoriel, la privation de sommeil et l’imposition de la douleur. Le shabeh habituel implique de bloquer les mains et les jambes du détenu sur une petite chaise, inclinée vers l’avant afin que le détenu ne puisse pas s’asseoir dans un poste stable.“ Voir: B’Tselem, “Routine Torture: Interrogation Methods of the General Security Service, February 1998,” http://www.btselem.org/publications/summaries/199802_routine_torture.
[37] Je suis redevable à Jan Selby pour le cadre conceptuel de cette section. Voir: Jan Selby, “Dressing Up
Domination as ‘Cooperation’: The Case of Israeli-Palestinian Water Relations,” Review of International Studies 29, no. 1 (2003): pp. 121-38, doi:10.1017/S026021050300007X; and Jan Selby, “Cooperation, Domination and Colonisation: The Israeli-Palestinian Joint Water Committee,” Water Alternatives 6, no. 1 (2013): pp. 1–24,
http://www.water-alternatives.org/index.php/volume6/v6issue1/196-a6-1-1/file.
[38] Tariq Dana, “The Beginning of the End of Palestinian Security Coordination with Israel?,” Jadaliyya, 4
July 2014, http://www.jadaliyya.com/pages/index/18379/the-beginning-of-the-end-of-palestinian-security-c.
[39] Pour une analyse contextuelle de l’évolution du PASF au cours des deux dernières décennies, voir: Tartir, “The Evolution and Reform of Palestinian Security Forces.”
[40] Pour le point de vue israélien, voir le discours du président Shimon Peres au Parlement européen en 2013. Exprimant la satisfaction d’Israël de l’état de la sécurité palestinienne, Peres a déclaré: « Une force de sécurité palestinienne a été formée. Vous [les Européens] et les Américains l’avez formé. Et maintenant, nous travaillons ensemble pour prévenir la terreur et le crime. »
[41] Tartir, “Securitised Development.”
[42] Amrov and Tartir, “After Gaza,” 8 October 2014; also Amrov and Tartir, “Subcontracting Repression,” 26 November 2014.
[43] “President Mahmoud Abbas: Security Coordination is Sacred“ [in Arabic], YouTube video, 5:12, Mahmoud Abbas speech to an Israeli audience in Ramallah broadcast by Al Quds, posted by Talha M. A’abed, 29 May 2014, https://www.youtube.com/watch?v=UG5NcdkthQ0.
[44] Arab Center for Research and Policy Studies, Palestinian Public Opinion: Attitudes towards Peace Negotiations and National Reconciliation, Arab Public Opinion Project–Arab Index 2014 (Doha: Arab Center for Research and Policy Studies, 2014), http://english.dohainstitute.org/file/Get/8c85f60b-
1071-46de-8e64-ceb72c06cd71.
[45] Lt. Gen. Keith Dayton, “Peace through Security” (Michael Stein Address on U.S. Middle East Policy, Washington Institute for Near East Policy, Washington, DC, 7 May 2009), http://www.
washingtoninstitute.org/html/pdf/DaytonKeynote.pdf.
[46] “The Palestine Papers“ est une collection de documents confidentiels relatifs au conflit israélo-palestinien qui ont été divulgués par Al Jazeera en janvier 2011. Le service d’information a publié près de 1700 dossiers et des milliers de pages de correspondance diplomatique sur le soi-disant processus de paix. Des informations supplémentaires peuvent être trouvées sur: Al Jazeera’s Palestine Papers page at http://www.aljazeera.com/
palestinepapers/
[47] Mark Perry, “Dayton’s Mission: A Reader’s Guide,” Al Jazeera, 25 January 2011, http://www.aljazeera.com/palestinepapers/2011/01/2011125145732219555.html.
[48] Dans les deux camps, le sentiment prédominant exprimé par les gens ordinaires et les dirigeants locaux était que ”l’Autorité palestinienne et ses forces de sécurité nous détestaient”. Pour tenter de fournir une explication, le chef du comité des services du camp de Jénine a déclaré: ”L’AP A été isolée, marginalisée et absente au cours des huit dernières années lorsque les comités d’Intifada ont conduit la société palestinienne. Maintenant, l’AP est de retour, et elle est plus forte, et à cause de cela, ils veulent compenser toutes les années qui leur ont échappé et aussi se faire rétribuer.”

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève.

Articles du même auteur.

18 avril 2017 – Palestine Studies – Communiqué par l’auteur – Traduction : Chronique de PalestineInternational Solidarity Movement

Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les prisons israéliennes

Photo : Oren Ziv/Activestills.org
Marwan BarghoutiAprès avoir passé les 15 dernières années dans une prison israélienne, j’ai été témoin et victime du système illégal d’arrestations arbitraires massives et des mauvais traitements infligés par les Israéliens aux prisonniers palestiniens.

Après avoir épuisé toutes les autres options, j’ai décidé qu’il n’y avait pas d’autre choix que de résister à ces abus en faisant une grève de la faim.

Quelque mille prisonniers palestiniens ont décidé de participer à cette grève de la faim, qui commence aujourd’hui, le jour où nous observons ici la Journée des prisonniers. La grève de la faim est la forme la plus pacifique de résistance disponible. Cela inflige des douleurs uniquement à ceux qui y participent et à leurs proches, dans l’espoir que leur ventre vide et leur sacrifice aideront le message à résonner au-delà des limites de leurs sombres cellules.

Des décennies d’expérience ont prouvé que le système inhumain d’occupation et d’occupation militaire d’Israël vise à briser l’esprit des prisonniers et de la nation à laquelle ils appartiennent, en infligeant des souffrances à leur corps, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, en utilisant des mesures humiliantes pour contraindre les contraindre à l’assujettissement. Malgré un tel traitement, nous ne nous rendrons pas.

Israël, la puissance occupante, a violé le droit international de multiples façons depuis près de 70 ans et a toujours bénéficié de l’impunité pour ses actions. Il a commis de graves violations des Conventions de Genève contre le peuple palestinien. Les prisonniers, y compris les hommes, les femmes et les enfants, ne font pas exception.

J’avais seulement 15 ans quand j’ai été emprisonné pour la première fois. J’avais à peine 18 ans quand un interrogateur israélien m’a forcé à écarter les jambes alors que je me tenais nu dans la salle d’interrogatoire, avant de toucher mes organes génitaux. J’ai voulu fuir la douleur, et la chute qui en a résulté a laissé une cicatrice éternelle sur mon front. L’interrogateur s’est moqué de moi en disant que je n’aurai ainsi jamais d’enfant parce que les gens comme moi ne donnent naissance qu’à des terroristes et des meurtriers.

Quelques années plus tard, j’étais de nouveau dans une prison israélienne, menant une grève de la faim, lorsque mon premier fils est né. Au lieu des bonbons que nous distribuons habituellement pour célébrer de telles nouvelles, j’ai distribué du sel aux autres prisonniers. À l’âge de 18 ans, mon fils a été arrêté et a passé quatre ans dans les prisons israéliennes.

L’aîné de mes quatre enfants est maintenant un homme de 31 ans. Pourtant, je suis toujours en train de poursuivre cette lutte pour la liberté avec des milliers de prisonniers, des millions de Palestiniens et le soutien de tant de monde dans le monde. L’arrogance de l’occupant et de l’oppresseur et de ses partisans les rend sourd à cette simple vérité: nos chaînes seront brisées un jour, parce que c’est la nature humaine d’écouter l’appel à la liberté quel que soit le coût.

Israël a construit presque toutes ses prisons à l’intérieur d’Israël plutôt que dans le territoire occupé. Ce faisant, il a transféré illégalement et par la force des civils palestiniens en captivité et a utilisé cette situation pour restreindre les visites familiales et pour infliger des souffrances aux prisonniers par de longs transports dans des conditions cruelles. Cela a transformé les droits fondamentaux qui devraient être garantis par le droit international – y compris ceux obtenus par des grèves de la faim antérieures – en des privilèges que leur service pénitentiaire décide de nous accorder ou de nous priver.

Les prisonniers palestiniens et les détenus ont subi des actes de torture, des traitements inhumains et dégradants et la négligence médicale. Certains ont été tués en détention. Selon le dernier recensement du « Palestinian Prisoners Club », environ 200 prisonniers palestiniens sont décédés depuis 1967 suite à ces actions. Les prisonniers palestiniens et leurs familles restent également la principale cible de la politique israélienne de punitions collectives.

Grâce à notre grève de la faim, nous tentons de mettre un terme à ces abus.

Au cours des cinq dernières décennies, selon le groupe des droits de l’homme Addameer, plus de 800 000 Palestiniens ont été emprisonnés ou détenus par Israël – soit environ 40% de la population masculine du territoire palestinien. Aujourd’hui, environ 6500 Palestiniens sont encore emprisonnés, dont certains ont la triste distinction de tenir des records mondiaux des plus longues périodes de détention de prisonniers politiques. Il n’y a pratiquement pas une seule famille en Palestine qui n’a pas subi les souffrances causées par l’emprisonnement d’un ou de plusieurs de ses membres.

Comment rendre compte de cet état de choses incroyable ?

Israël a mis en place un double régime juridique, une forme d’apartheid judiciaire, qui offre l’impunité aux Israéliens qui commettent des crimes contre des Palestiniens, tout en criminalisant la présence et la résistance palestiniennes. Les tribunaux d’Israël sont une caricature de justice, et clairement des instruments d’occupation coloniale et militaire. Selon le Département d’État, le taux de condamnation pour les Palestiniens dans les tribunaux militaires est de près de 90%.

Parmi les centaines de milliers de Palestiniens emprisonnés par Israël se trouvent des enfants, des femmes, des parlementaires, des militants, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des universitaires, des personnalités politiques, les militants, de simples passants, des membres des familles des prisonniers. Et tout cela dans un seul but : enterrer les aspirations légitimes d’une nation entière.

Au lieu de cela, cependant, les prisons israéliennes sont devenues le berceau d’un mouvement durable pour l’autodétermination palestinienne. Cette nouvelle grève de la faim va démontrer une fois de plus que le mouvement des prisonniers est la boussole qui guide notre lutte, la lutte pour « la Liberté et la Dignité », le nom que nous avons choisi pour cette nouvelle étape dans notre longue marche vers la liberté.

Israël a essayé de nous considérer tous comme des terroristes pour légitimer ses violations, y compris les arrestations arbitraires massives, la torture, les mesures punitives et les restrictions sévères. Dans le cadre de l’effort d’Israël pour saper la lutte palestinienne pour la liberté, un tribunal israélien m’a condamné à cinq condamnations à perpétuité et à 40 ans de prison dans un procès politique qui a été dénoncé par des observateurs internationaux.

Israël n’est pas le premier pouvoir occupant ou colonial à recourir à de tels expédients. Tout mouvement de libération nationale dans l’histoire peut rappeler des pratiques similaires. C’est pourquoi tant de personnes qui ont lutté contre l’oppression, le colonialisme et l’apartheid sont à nos côtés. La « Campagne internationale pour libérer Marwan Barghouti et tous les prisonniers palestiniens » que l’icône anti-apartheid Ahmed Kathrada et ma femme, Fadwa, ont inaugurée en 2013 depuis l’ancienne cellule de Nelson Mandela à Robben Island, a bénéficié du soutien de huit lauréats du prix Nobel de la paix, de 120 gouvernements et de centaines de dirigeants, de parlementaires, d’artistes et d’universitaires à travers le monde.

Leur solidarité met en lumière l’échec moral et politique d’Israël. Les droits ne sont pas accordés par un oppresseur. La liberté et la dignité sont des droits universels qui sont inhérents à l’humanité, dont doivent bénéficier chaque nation et tous les êtres humains. Les Palestiniens ne seront pas une exception. Seule la fin de l’occupation mettra fin à cette injustice et marquera la naissance de la paix.

16 avril 2017 – The New York Times – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Support Palestine Chronicle
Soutenez Chronique de Palestine
Nous apprécions grandement votre soutien. The Palestine Chronicle (version française : Chronique de Palestine) est une organisation sans but lucratif 501(c)3 (code fédéral des impôts américain).
Subscribe to Newsletter
Entrez votre adresse email pour vous inscrire à notre liste de diffusion.
Email:

Résistant en Palestine

Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza

La deuxième Intifada palestinienne

La deuxième Intifada palestinienne

Palestine : Plus d’un siècle de dépossession

 Palestine : Plus d’un siècle de dépossession

Palestine : Plus d’un siècle de dépossession

Sabra et Chatila

Sabra et Chatila, au coeur du massacre

Jerusalem Hotel

Jerusalem Hotel
Disclaimer RSS Feed Contact us Donation Popup
© Copyright 1999-2017 PalestineChronicle.com. All rights reserved
Powered By MediaSeniors