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Comment Israël se sert du gaz pour renforcer la dépendance palestinienne et promouvoir la normalisation

Photo : Archives Info-Palestine.eu
Tareq BaconiL’occupation du territoire palestinien par Israël ne s’exerce pas seulement sur le sol. Depuis 1967, Israël a systématiquement colonisé les ressources naturelles palestiniennes et, dans le domaine des hydrocarbures, il a empêché les Palestiniens d’accéder à leurs propres réserves de pétrole et de gaz.

Ces restrictions ont maintenu les Palestiniens dans un cycle de dépendance vis-à-vis d’Israël pour leurs besoins énergétiques. Les propres initiatives des Palestiniens pour développer leur secteur énergétique ne parviennent pas à rivaliser avec l’hégémonie globale d’Israël sur les ressources palestiniennes.

Au contraire, ils poursuivent des objectifs de croissance et de création d’un Etat dans la réalité de l’occupation, renforçant ainsi – même involontairement – l’équilibre asymétrique entre l’occupé et l’occupant.

A Gaza, le carburant acheté pour produire l’électricité est insuffisant pour répondre à la demande locale, et la Bande souffre de pénuries chroniques d’électricité depuis qu’Israël a imposé le blocus. Au début de 2017, une vague de manifestations a déferlé sur tout le territoire ; les habitants de l’enclave côtière se sont insurgés contre le fait de ne disposer d’électricité que trois à quatre heures par jour. Outre les énormes restrictions que ces coupures d’électricité imposent sur tous les aspects de la vie quotidienne, elles paralysent l’activité économique du secteur privé, les soins de santé, l’éducation et les installations de subsistance comme les usines d’assainissement. Le ralentissement des activités dans ces secteurs a des conséquences tant immédiates que durables, avec un impact sur les nouvelles générations.

Les reproches pour la crise énergétique à Gaza pleuvent de toutes les directions. Les manifestants affluant dans les rues hivernales ont accusé le gouvernement du Hamas, l’Autorité palestinienne et Israël. La colère était dirigée contre le gouvernement du Hamas qui aurait détourné les fonds imputés à l’achat du carburant nécessaire au fonctionnement de la seule centrale électrique de Gaza pour d’autres activités, y compris pour la construction de tunnels. Les manifestants furieux ont accusé l’Autorité palestinienne de soutenir le blocus en contrôlant les achats et les transferts de carburant vers Gaza. La compagnie d’électricité elle-même, un opérateur privé, est à maintes reprises critiquée pour avoir prétendument fait des profits sur le dos des Gazaouis ordinaires qui souffrent de ces pénuries.

Pour atténuer les mois d’hiver particulièrement douloureux de fin 2016 et début 2017, les interventions dans le secteur énergétique de Gaza provenaient de Turquie et du Qatar sous la forme de réserves de carburant qui ont permis la reprise de la production électrique de la Gaza Power Generation Company (GPGC). Ces mesures sont au mieux des palliatifs à court terme qui conduiront les habitants de Gaza vers un autre épisode de crise chronique.

Dans cette vague de colère populaire et de récrimination, l’impact du blocus israélien sur la Bande de Gaza et de la colonisation plus large d’Israël et le contrôle des ressources palestiniennes est dilué, sinon repoussé à l’arrière-plan.

Pourtant, les Palestiniens ont découvert des réserves de gaz près d’une décennie avant le filon d’Israël. En 1999, le Champ marin de Gaza (Gaza Marine) a été découvert au large de la côte de Gaza, et la licence pour l’exploration et la production a été attribuée au Groupe British Gas (BG), la grande compagnie pétrolière et gazière britannique rachetée depuis par Shell. Au moment de la découverte, ce trésor national a été salué comme une avancée qui pourrait être une véritable manne pour les Palestiniens. A une époque où les Accords d’Oslo qui avaient été signés en 1993 semblaient encore plausibles, on a considéré que la ressource pourrait donner aux Palestiniens une impulsion très bienvenue vers l’auto-détermination.

Avec un billion de pieds cubes estimés de gaz, Gaza Marine n’est pas assez grand pour agir comme exportateur. Mais les volumes de gaz qu’il détient sont suffisants pour rendre le secteur palestinien de l’énergie entièrement autonome. Non seulement les Palestiniens ne devraient pas avoir à importer du gaz ou de l’électricité israélien ou égyptien, mais la Bande de Gaza n’aurait plus à souffrir de pénurie d’électricité. De plus, l’économie palestinienne profiterait d’une importante source de revenus.

Ce pas vers la souveraineté ne devait pas advenir. En dépit des tentatives répétées des propriétaires du champ et des investisseurs pour développer Gaza Marine, Israël a imposé des restrictions inflexibles qui ont empêché toute mesure d’être prise. Ceci en dépit du fait que l’exploration et la production de Gaza Marine auraient été relativement simple compte tenu de la faible profondeur de la réserve et de son emplacement près des côtes palestiniennes. Selon des documents découverts par Al-Shabaka, Israël a initialement empêché le développement de ce champ car il cherchait des conditions commercialement favorables pour le gaz produit.

Après qu’Israël ait découvert ses propres ressources, il a commencé à évoquer des « problèmes de sécurité » qui étaient exacerbés par la prise de contrôle de la Bande de Gaza par le Hamas. Bien que Netanyahu ait semble-t-il envisagé de permettre aux Palestiniens de développer Gaza Marine en 2012 dans le cadre d’une stratégie plus large visant à stabiliser la Bande de Gaza, ces projets n’ont toujours pas été matérialisés. Compte tenu de l’acquisition récente du Groupe BG par Shell, et du programme global de cessions d’actifs de ce dernier, il est probable que Gaza Marine sera vendu.

Tant qu’Israël gardera sa mainmise sur l’économie palestinienne, il est clair que cet actif palestinien restera bloqué. En effet, la manière dont les découvertes de gaz israéliens et palestiniens ont façonné le développement économique en Israël et dans le Territoire palestinien éclaire la disparité des forces entre les deux parties. Contrairement à Israël qui est rapidement parvenu à l’indépendance énergétique après la découverte de ses gisements de gaz, les Palestiniens n’arrivent pas à accéder à une ressource qu’ils ont découverte presque deux décennies plus tôt. Au lieu d’aborder la cause du blocus et le régime d‘occupation qui les a empêchés de contrôler leurs ressources comme Gaza Marine, les Palestiniens sont au contraire obligés de chercher des mesures immédiates qui atténuent la souffrance prégnante à laquelle ils sont confrontés.

Bien que cela soit compréhensible dans le contexte d’une occupation brutale, les initiatives visant à améliorer la qualité de la vie sous occupation négligent l’objectif stratégique à long terme d’assurer l’indépendance énergétique au sein de l’objectif plus large de la libération de l’occupation et de la réalisation des droits palestiniens.

Paix économique et normalisation

Les découvertes de gaz d’Israël sont souvent annoncées comme les catalyseurs d’une transformation régionale potentielle. Le positionnement de l’Etat israélien en tant que fournisseur d’énergie à des voisins pauvres en ressources est considéré comme un moyen sûr pour faciliter l’intégration économique de pays tels que la Jordanie et L’Égypte, ainsi que les Palestiniens. L’avantage économique que le gaz bon marché pourrait offrir à ces pays est perçu comme pouvant compenser toutes les préoccupations sociales et politiques de leurs citoyens en ce qui concerne les relations avec Israël. Cette ligne de pensée suppose que grâce à l’intégration économique, la stabilité qui s’en suivrait diminuerait les perspectives de volatilité dans une région explosive car Israël et ses voisins deviendraient mutuellement dépendants.

La notion de « paix économique » a une longue histoire dans la région et s’est manifestée sous diverses formes, y compris récemment dans la proposition de développement économique du secrétaire d’État John Kerry. Ce point de vue semble également avoir les faveurs de l’ambassadeur de l’administration Trump en Israël, David Friedman. Plutôt que d’aborder directement l’impasse politique provoquée par la longue occupation israélienne et autres violations, ces propositions traitent de problèmes liés à la qualité de la vie, au commerce ou à la croissance économique, probablement comme un tremplin pour la paix. Avec une manière de pensée similaire, une fois que les découvertes de gaz israéliennes ont été faites, l’administration Obama a commencé à explorer les façons de positionner Israël comme plaque tournante régionale en matière d’énergie.

Photo: Al Jazeera/Ezz Zanoun

Gaza connaît une crise endémique pour tout ce qui concerne les sources d’énergie – Photo: Al Jazeera/Ezz Zanoun

Les partisans de cette approche de séparation entre ce qui relève des droits nationaux et politiques et ce qui relève des incitations économiques, soutiendraient qu’il existe un avantage commercial évident d’utiliser le gaz israélien dans le territoire palestinien et en Jordanie. Israël a maintenant un excédent de gaz, et ces régions sont encore dépendantes des importations d’énergie. Dans le cas du territoire palestinien, la dépendance à l’égard d’Israël existe déjà et pas seulement à Gaza : près de 88% de la consommation palestinienne est fournie par Israël, la Cisjordanie importe pratiquement la totalité de son électricité d’Israël. Les partisans de la paix économique estiment que les perspectives d’instabilité diminuent lorsqu’une telle dépendance mutuelle est renforcée.

Les partisans de cette approche de séparation entre ce qui relève des droits nationaux et politiques et ce qui relève des incitations économiques, soutiendraient qu’il existe un avantage commercial évident d’utiliser le gaz israélien dans le territoire palestinien et en Jordanie. Israël a maintenant un excédent de gaz, et ces régions sont encore dépendantes des importations d’énergie. Dans le cas du territoire palestinien, la dépendance à l’égard d’Israël existe déjà et pas seulement à Gaza: près de 88% de la consommation palestinienne est fournie par Israël, la Cisjordanie importe pratiquement la totalité de son électricité d’Israël. Les partisans de la paix économique estiment que les perspectives d’instabilité diminuent lorsqu’une telle dépendance mutuelle est renforcée.

Enraciné dans cette conviction, le Département d’État américain a facilité une bonne part des négociations sur le gaz entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens. Le nouvel envoyé spécial et coordonnateur pour les affaires internationales de l’énergie – un poste avec lequel les États-Unis ont renforcé leur diplomatie sur l’énergie dans le monde sous l’administration Obama – a encouragé les discussions pour permettre l’exportation de gaz israélien vers la Jordanie et les territoires palestiniens.

La Jordanie n’est pas le seul destinataire potentiel du gaz israélien. En 2010, l’Autorité palestinienne a approuvé la création de la Société de production d’énergie de Palestine (PPGC), la première en Cisjordanie et la seconde dans le territoire palestinien après la société GPGC à Gaza. Basée à Jénine, cette centrale de 200 mégawatts est dirigée par des investisseurs privés (dont PADICO et CCC) qui travaillent au renforcement du secteur énergétique palestinien pour assurer la production d’électricité en Cisjordanie et réduire le coût élevé des importations israéliennes d’électricité. Le PPGC a entamé des négociations avec Israël pour acheter du gaz venu du gisement Léviathan pour la production d’électricité. Les Palestiniens ont protesté contre cette décision, appelant à des projets d’exploitation du gisement marin de Gaza au lieu de s’appuyer sur le gaz israélien. Les pourparlers ont échoué en 2015, mais on ne sait pas si ceux-ci ont juste été suspendus.

Les dangers d’une souveraineté tronquée

Il y a plusieurs dangers, au niveau régional comme national, liés à ces efforts pour une intégration plus étroite à travers des accords gaziers en l’absence d’initiatives alternatives sur le front politique.

Le premier danger est que la sécurité énergétique des Palestiniens soit assujettie à la bonne volonté d’Israël. Israël a pu et a utilisé dans le passé son pouvoir « d’ouvrir ou fermer les robinets » pour les consommateurs palestiniens. La manifestation la plus évidente (et violente) de la volonté d’Israël de refuser l’énergie aux Palestiniens est sa décision de détruire sans hésitation la seule entreprise de production d’électricité de la bande de Gaza lors de son bombardement de l’enclave côtière en 2006 puis à nouveau en 2014.

Le second danger est que cette approche légitime l’occupation israélienne, qui entre bientôt dans sa cinquantième année. Non seulement il n’y a aucun coût induit pour Israël pour son refus de la construction d’un État palestinien, mais il y a plutôt une récompense directe sous forme de revenus provenant des ventes de gaz à des territoires maintenus indéfiniment sous son contrôle territorial.

Et troisièmement, et c’est peut-être le plus important, ces contrats et ces échanges d’énergie dans le but d’instaurer une «paix économique» en l’absence de perspectives politiques ne font que renforcer le déséquilibre de pouvoir entre les deux parties – l’occupant et l’occupé. Cette intégration véhicule une fiction de relations souveraines et normalisatrices entre une puissance occupante et une économie captive en Cisjordanie et à Gaza.

Cela peut rappeler des initiatives semblables pour la qualité de vie [des Palestiniens sous occupation] évoquées dans les années 1980 avec l’encouragement direct de la Maison-Blanche à l’époque de Reagan, comme une alternative infructueuse à un engagement politique avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les efforts constamment déployés pour contourner les revendications politiques palestiniennes grâce à de telles mesures ont permis à Israël de gérer le conflit plutôt que de devoir le résoudre.

Le cas du gaz démontre très clairement comment les efforts de construction de l’État palestinien par le développement des ressources nationales ont été transformés en faveur d’une simple atténuation des crises énergétiques dans le cadre d’une souveraineté tronquée. Au lieu de s’attaquer à l’incapacité des Palestiniens à exploiter leurs propres ressources naturelles, les diplomates américains s’activent avec Israël pour faciliter des négociations qui améliorent la « qualité de vie » palestinienne mais qui les laisse finalement à la merci d’Israël, et à perpétuité.

Cette approche comporte également des dangers au niveau de la région. La Jordanie dépend actuellement d’Israël pour environ 40% de ses importations d’énergie. La volonté de la Jordanie de s’engager dans ce type de dépendance, en dépit de plusieurs désavantages géostratégiques, fait progresser la normalisation avec l’État israélien dans la région alors même qu’il maintient son occupation du territoire palestinien. Cette disposition apporte plusieurs menaces à un moment où l’administration Trump propose la poursuite de mesures diplomatiques « extérieures » qui pourraient entièrement contourner les Palestiniens.

Stratégies pour une riposte

Dans des conditions normales, la dépendance mutuelle et le développement économique conjoint sont en effet des protections contre l’instabilité et ont pour effet positif de faire progresser la qualité de la vie des habitants de la région. Cependant, cela ne doit pas être considéré comme une fin en soi, et certainement pas comme un substitut à la mise en oeuvre des droits de Palestiniens. Une telle vision dépolitisée n’a pas d’avenir. Se concentrer uniquement sur la paix économique a des conséquences préjudiciables, précisément parce qu’elle néglige le contexte historique plus large qui a conduit à une dépendance palestinienne, voire régionale.

La croissance économique n’éliminera jamais les revendications des Palestiniens pour la souveraineté, leurs droits et leur autodétermination. C’est une leçon qui a été pleinement donnée lors de l’éruption de la première intifada il y a près de 30 ans, après des décennies de relations économiques normalisées entre Israël et les territoires sous son occupation militaire. Alors que la «paix économique» pourrait offrir des améliorations à court terme, elle n’ouvrira la voie vers une plus grande stabilité qu’à la condition d’être construite sur une base d’égalité et de justice.

Le droit des Palestiniens à leurs propres ressources est soumis à des négociations sur le statut définitif avec les Israéliens. Les accords sur le gaz qui seront mis en place créeront une infrastructure de dépendance qui sera difficile à démanteler dans le cas d’une solution négociée. Plus important encore, étant donné les espoirs évanescents d’une solution négociée à deux États, ces accords ne font que renforcer le statu quo.

Photo : Al-Jazeera/Ezz Zanoun

En janvier 2017, la bande de Gaza a été secouée par des manifestations massives pour protester contre la terrible pénurie d’électricité – Photo : Al-Jazeera/Ezz Zanoun

Par conséquent, bien que les relations économiques puissent être maintenues pour éviter les souffrances sur le plan humanitaire comme c’est le cas avec l’augmentation de l’approvisionnement en combustible et en électricité de Gaza, l’OLP et l’AP ainsi que la société civile palestinienne et le mouvement de solidarité avec la Palestine doivent continuer à se servir des outils à leur disposition pour promouvoir la justice et les droits des Palestiniens.

Dans l’immédiat, si les accords gaziers persistent malgré l’opposition populaire, les négociateurs palestiniens impliqués dans des accords potentiels avec Israël doivent à tout le moins insister sur des dispositions qui ne bloquent pas les perspectives d’exploitation du gaz à Gaza. Cela pourrait se faire en mettant en place les mécanismes juridiques qui permettraient l’accès de tierces-parties aux accords d’approvisionnement. Bien qu’il soit difficile de négocier de telles dispositions, cela est d’une importance vitale car cela laisse une marge de manœuvre et de flexibilité pour l’approvisionnement futur de Gaza à partir de son propre gisement, et permet une réduction de la dépendance à l’égard d’Israël. Les contrats de fourniture de gaz devraient également inclure des dispositions pour la révision des termes de l’accord dans le cas de développements importants sur le front politique.

Les négociateurs palestiniens devraient aussi se tourner vers la résistance de la société civile afin de l’appuyer plutôt que de chercher à l’exclure ou à l’écraser. Il existe des modèles qui peuvent être reproduits grâce auxquels les négociateurs pourraient s’appuyer sur la force des mouvements populaires contre certaines de ces transactions. En ce qui concerne les droits à l’eau, par exemple, il existe un groupe d’appui juridique (EWASH) qui coordonne le travail des groupes locaux et internationaux. EWASH a mené une campagne qui a mis en évidence le vol par des colonies israéliennes de l’eau appartenant aux Palestiniens et a soulevé la question devant le Parlement européen. Peut-être pourrait-on mettre en place une telle coalition afin de mobiliser pour la souveraineté énergétique.

Parallèlement, l’OLP/AP doit utiliser ces négociations économiques comme moyen d’assurer la responsabilité d’Israël plutôt que comme un moyen d’acquiescer à une dépendance imposée. En particulier, le statut d’État membre non observateur que la Palestine a obtenu aux Nations Unies doit être utilisé pour faire pression sur des instances juridiques internationales telles que la Cour pénale internationale pour pousser Israël à assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante en vertu du droit international. Cela signifie que l’occupant a en charge la sauvegarde des moyens de subsistance des habitants sous son contrôle, y compris la fourniture d’électricité et de carburant, et qu’il aura à rendre compte des décisions qu’il pourrait prendre pour « fermer les robinets ».

Certains éléments de la paix économique peuvent être utiles aux Palestiniens à court terme, en soutenant la croissance économique et le développement. Mais ceux-ci ne peuvent pas exister au prix d’un état à durée illimitée de dépendance et de souveraineté tronquée. Les Palestiniens doivent s’activer sur deux fronts: 1) ils doivent pousser à responsabiliser l’occupation d’Israël dans les forums internationaux, et 2) ils doivent veiller à ce que les tentatives d’intégration économique forcée et toute autre tentative israélienne d’imposer une réalité de système d’apartheid soient contrecarrées par un appel pour les droits et l’égalité. Quelle que soit la vision politique d’Israël et des Palestiniens, les dirigeants palestiniens doivent formuler une stratégie autour de ces accords sur le gaz et ramener les notions de développement économique dans le contexte de la lutte pour la libération nationale.

L’impact politique du filon du gaz israélien

Jusqu’à il y a quelques années, Israël et la Jordanie dépendaient beaucoup des importations égyptiennes de gaz. En 2011-2012, et surtout après la chute du régime du président Hosni Moubarak, les exportations de gaz en provenance d’Égypte sont devenues peu fiables. Cela est dû à la fois aux problèmes intérieurs dans le secteur énergétique de l’Egypte et à l’instabilité accrue dans la péninsule du Sinaï, laquelle abritait la principale route du gazoduc transportant du gaz vers Israël et la Jordanie. Avec la baisse des importations égyptiennes, Israël et la Jordanie ont commencé à chercher d’autres sources d’approvisionnement. En 2009, un consortium israélo-américain de sociétés énergétiques a découvert Tamar, un gisement situé à environ 80 km de la côte de Haïfa, contenant 10 billions de pieds cubes (tcf) de gaz. Dans un contexte où la sécurité énergétique d’Israël était en péril, le consortium a rapidement lancé la production, et le gaz a commencé à s’écouler en 2013. Un an après la découverte de Tamar, le même consortium a découvert un gisement encore beaucoup plus important de gaz, nommé Léviathan et estimé à environ 20tcf de gaz.

En l’espace de quelques années, Israël est passé d’importateur de gaz à potentiel exportateur. Il a étudié à la fois les marchés locaux, les pays voisins et ceux plus éloignés pour identifier des destinations possibles pour ses exportations. Dans son voisinage immédiat, les implications pour l’avancement de la normalisation économique étaient évidentes: comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’a récemment déclaré, la production de gaz extrait du gisement Léviathan «fournira du gaz à Israël et assurera la promotion de la coopération avec les pays de la région».

La Jordanie est devenue le premier pays à s’engager à acheter du gaz israélien. Des négociations ont été entamées entre la Jordanie et Israël peu de temps après la découverte du gisement Léviathan et un protocole d’accord (MoU) a été signé en 2014. La même année, des accords de vente de gaz ont été conclus entre les propriétaires de Tamar et deux industriels jordaniens, les sociétés Jordan Bromine et Arab Potash. Le protocole d’accord signé avec le gouvernement jordanien impliquait un engagement de la Jordanie d’acheter du gaz israélien pour une période de 15 ans. De nombreux protestataires ont rejeté les négociations avec Israël, notamment en raison de son assaut sur la bande de Gaza cette année-là, et les parlementaires jordaniens ont voté contre l’accord. Au début de 2017, le gaz a commencé à s’écouler d’Israël vers les sociétés Jordan Bromine et Arab Potash, bien que les acteurs impliqués aient gardé un profil bas pour éviter de relancer les manifestations.

La colère suscitée par la Jordanie qui se retrouve à financer le secteur gazier d’Israël a été aggravée par le fait que la Jordanie avait d’autres perspectives pour l’achat de gaz. Après le déclin du gaz égyptien, la Jordanie a construit un terminal pour l’importation de gaz naturel liquéfié à Aqaba, sur la côte de la mer Rouge, qui a commencé ses activités en 2015. En outre, la découverte par l’Égypte du champ gazier super-géant de Zohr en 2016 a ressuscité les perspectives pour une reprise du rôle de l’Égypte comme fournisseur régional de gaz. Néanmoins, et sans doute sous l’influence de pressions extérieures, la Jordanie a officialisé son protocole d’accord avec Israël en septembre 2016, annulant les objections des parlementaires et des protestations populaires.

Alors qu’Israël était inondé de gaz, la triste réalité de la bande de Gaza devint plus critique que jamais. La bande de Gaza est sous le blocus depuis 2007. La Compagnie de production d’électricité de Gaza (GPGC), la seule entreprise de ce type dans le territoire palestinien, fonctionne actuellement sur du combustible liquide acheté à l’Autorité palestinienne et transporté dans la bande de Gaza depuis la Cisjordanie. Pour compléter la capacité de GPGC, Gaza achète de l’électricité à la compagnie israélienne d’électricité ainsi qu’au réseau égyptien d’électricité. Ces mesures d’achat et de transport de carburant sont conformes au Protocole sur les relations économiques, également appelé Protocole de Paris, signé entre Israël et l’OLP dans le cadre des Accords d’Oslo.

Tareq Baconi* Tareq Baconi est analyste politique aux États-Unis pour le réseau al-Shabaka : The Palestinian Policy Network. Son livre, « Hamas: The Politics of Resistance, Entrenchment in Gaza » est en instance d’être publié par Stanford University Press.

12 mars 2017 – Al-Shabaka – Traduction : International Solidarity Movement (ISM) et Chronique de Palestine

Les musulmans américains doivent relever la tête !

Ramzy Baroud
Ramzy Baroud – On m’a récemment demandé de m’exprimer sur le thème « Être musulman américain aux États-Unis ». Bien que rendu méfiant par les multiples abus dans l’usage du terme, j’ai accepté.

L’Islam est une religion qui s’appuie sur un ensemble de valeurs, pas sur des concepts raciaux et ni théoriquement sur des aveuglements tribaux, ai-je expliqué.

L’identité « musulmane américaine », qui a fait l’objet d’un traitement permanent dans les médias, la politique et la société américaines, est complètement différente de la représentation que s’en font les musulmans américains.

Le « musulman américain » des médias est un suspect par essence, une cinquième colonne potentiellement dangereuse et plus réceptive à la violence que toute autre identité collective aux États-Unis. Bien que cela contraste fortement avec l’Islam réel, les faits ne comptent guère dans cette époque de fort nationalisme américain, fondé sur une identification culturelle et religieuse et sur des « faits montés de toutes pièces ».

Pris dans cette logique brutale et infondée, certains musulmans américains ne se définissent plus autour de leurs propres priorités politiques et ne se mobilisent pas avec leurs alliés naturels – ceux qui viennent de communautés historiquement opprimées. Au lieu de cela, ils ont appris à s’excuser pour le fait d’être « musulman » plutôt que d’exiger des excuses et un traitement équitable.

Beaucoup de musulmans se retrouvent, en tant que collectif, forcés de faire la preuve de leur humanité, de défendre leur religion et de dénoncer tout acte de violence présumé commis par un musulman n’importe où dans le monde.

Bien avant l’interdiction à l’égard des musulmans par l’Administration Trump – interdisant aux citoyens de sept pays à majorité musulmane d’entrer aux États-Unis pendant 90 jours – les musulmans aux États-Unis ont toujours été, à des degrés divers, menacés, collectivement diabolisés, racialement profilés par les agences gouvernementales et pris pour cibles dans de nombreux crimes de haine commis par des Américains.

En réalité, la haine à l’égard des musulmans remonte même avant le 11 septembre et la guerre américaine en Irak en 1990-1991. Cette haine a de tout temps été distillée par les médias et les stéréotypes hollywoodiens.

Il y a aussi une étrange « découverte » par divers groupes de libéraux que les musulmans américains sont maltraités dans leur propre pays.

En vérité, la cause du « musulman sans défense » est exploitée comme outil politique, les Démocrates et d’autres tentant de saper les actions de leurs rivaux républicains.

Les administrations des présidents Démocrates Barack Obama et Bill Clinton, ont toutes deux d’horribles actifs en matière de violence et de discrimination envers les pays musulmans.

Depuis 1990, les États-Unis ont massacré au moins 4 millions de musulmans dans le monde

Dans une étude qui fait référence et a été publiée en mars 2015, le groupe basé à Washington, Physicians for Social Responsible, a démontré que la soi-disant guerre contre le terrorisme avait tué entre 1,3 million et 2 millions de musulmans dans les dix années qui ont suivi les attaques du 11 septembre 2001.

Le bien connu journaliste d’investigation, Nafeez Ahmed, est arrivé à la conclusion qu’au moins 4 millions de musulmans ont été tués par les États-Unis depuis 1990.

Cela exclut les tueries qui ont eu lieu ces deux dernières années, ou les innombrables civils qui ont péri lors des sanctions américaines contre l’Irak à partir de 1991, qui ont été appliquées par les administrations Clinton successives.

Pourtant, tout cela est censé être ignoré et vu simplement comme un problème lié à un président odieux, le sommet de la violence américaine contre les musulmans pouvant être réduit à une interdiction de 90 jours de voyage pour certains pays.

Une telle méconnaissance des faits reflète à la fois de l’ignorance et un mépris total à l’égard des millions de vies innocentes qui ont été perdues, tout cela pour que les États-Unis préservent leur empire qui ne cesse de s’affaiblir.

Lors de la Convention Nationale du Parti Démocratique (DNC) en juillet dernier, l’ancien président Bill Clinton avait eu le souci de répliquer aux débordements de haine manifestés lors de la Convention du Parti républicain à l’encontre des musulmans, des Noirs, des Latinos et de tous ceux qui ne souscrivent pas à leur vision tordue du monde.

Mais les paroles de Clinton n’étaient qu’un habillage de la même culture chauvine, raciste et exclusionniste qui conditionne souvent le discours politique de la droite.

« Si vous êtes musulman et que vous aimez l’Amérique et la liberté et que vous détestez le terrorisme, restez et aidez-nous à gagner et à construire un avenir ensemble, et nous voudrons de vous », a déclaré Clinton devant un large public qui a explosé en applaudissements.

Pour les musulmans, le sentiment que leur inclusion, leur citoyenneté et leur humanité sont conditionnés par un ensemble de règles condescendantes, articulé par une élite chrétienne et blanche, est absolument déshumanisant.

Un tiers des esclaves américains étaient musulmans

Ce que Clinton a voulu oublier, c’est qu’un tiers estimé des esclaves qui ont construit son pays étaient, en fait, musulmans – enchaînés et traînés contre leur volonté pour construire les États-Unis, champ par champ et brique par brique. Ce sont les esclaves qui ont principalement apporté l’Islam à l’Amérique et c’est l’Islam qui les a armés de la vertu de patience et de la force de caractère pour pouvoir survivre à l’un des génocides les plus horribles de l’histoire humaine.

Précisément pour cette raison, l’identité du musulman américain est, au fond, politique, concernée par les droits de l’homme, la justice et l’égalité, les Musulmans noirs jouant un rôle énorme dans le défi et la confrontation avec l’ordre élitiste blanc et dominant qui a dominé les États-Unis depuis leur début.

Ce sont les mouvements de type de ceux conduits par Martin-Luther King Jr et Malcolm X – soutenus par des millions de Noirs dans tout le pays – qui ont contribué à définir le caractère moderne des Noirs américains. Ils ont dirigé le mouvement des droits civils, exigeant des droits humains fondamentaux qu’ils ont chèrement payés et sans garantie aucune de l’emporter.

Il est important que les jeunes musulmans américains comprennent bien cela et que leur lutte pour l’égalité et les droits de l’homme dans leur pays n’est pas un simple élément dans le jeu politique d’un Parti démocrate.

Ceux qui aspirent à être les « bons musulmans », à « jouer les oncles Tom », à répéter sans cesse l’antienne « tous les musulmans-ne sont pas des terroristes, » ne peuvent espérer qu’un statut de deuxième classe. Mais ceux qui aspirent à l’égalité et à la justice doivent se rappeler les mots du révolutionnaire américain Assata Shakur: « Personne dans le monde, personne dans l’histoire n’a jamais obtenu sa liberté en invoquant un sens moral des gens qui les opprimaient ».

Les oppresseurs essaient constamment de redéfinir la nature de la lutte de ceux qu’ils oppriment. Pour Bill Clinton, la question est uniquement le terrorisme islamique, jamais la terreur infligée aux nations musulmanes par son gouvernement et d’autres à travers une série de guerres injustes et de sanctions, tuant des millions de personnes.

Le colonisateur, l’oppresseur, l’envahisseur est toujours aveugle à ses crimes. Il ne voit que la réaction violente – si minime soit-elle – des peuples qu’il subjugue.

Selon la New America Foundation, des «djihadistes» ont tué 94 personnes aux États-Unis entre 2005 et 2015, période pendant laquelle les États-Unis ont également tué près de 2 millions de musulmans dans leurs pays respectifs.

Pourtant, selon un sondage national publié en 2016, le discours gouvernemental médiatisé, alarmiste, anti-musulman et anti-islamique (pour lequel les libéraux et les conservateurs sont également responsables) a fait du terrorisme la principale crainte parmi les Américains.

Dans son livre, Les damnés de la Terre, Frantz Fanon, l’une des voix révolutionnaires les plus puissantes du XXe siècle, écrivait: «Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir, dans une relative opacité».

Pour cette génération d’Américains musulmans, leur moment est venu de découvrir et de remplir leur mission, de définir et d’affirmer qui ils sont en tant que descendants d’esclaves, d’immigrants et de réfugiés, les trois principaux contributeurs de la construction des États-Unis.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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1e mars 2017 – Ramzy Baroud – Traduction : Chronique de Palestine

Basel al-Araj, martyr de la résistance

Basel al-Araj
Ma’an NewsDans une dernière lettre écrite avant qu’il ne soit assassiné par les forces israéliennes d’occupation lors d’une fusillade, le militant et écrivain palestinien Basel al-Araj a révélé ses pensées sur sa fin qui apparaissait inéluctable.

Al-Araj, un militant âgé de 31 ans et habitant le village d’al-Walaja au sud de la Cisjordanie occupée, dans le district de Bethléem, était recherché par les autorités d’occupation depuis septembre, moment où il avait été libéré d’une prison palestinienne après avoir été détenu sans explication pendant cinq mois. Au cours de son incarcération, il s’était joint à une grève de la faim, alors qu’étaient diffusées des informations sur les tortures et les mauvais traitements subis.

La police israélienne avait accusé al-Araj, d’être le « chef d’une cellule terroriste qui planifiait des attaques contre les Israéliens et les forces de sécurité ». Après une chasse à l’homme qui a duré plusieurs mois, les forces d’occupation ont encerclé une maison à la périphérie du camp de réfugiés de Qaddura, où al-Araj était caché, tôt ce lundi, provoquant un échange de tirs durant lequel le jeune al-Araj a été tué après avoir semble-t-il épuisé ses munitions.

Cependant, certains Palestiniens ont remis en question le récit de la police israélienne selon lequel il aurait été possible à Al-Araj de retourner le feu, et ils ont souligné que le jeune homme – bien connu dans sa communauté comme intellectuel et militant – n’avait pas le profil d’un attaquant armé.

« Mes salutations au nationalisme arabe, à la patrie et à la libération, » dit la lettre, partagée sur les médias sociaux par la famille d’al-Araj. « Si vous lisez ceci, cela signifie que je suis mort et que mon âme est retournée à son créateur. Je prie Dieu que j’aille à sa rencontre avec un cœur innocent, ouvert et jamais réticent, et exempt de tout brin d’hypocrisie. »

Al-Araj a réfléchi sur la difficulté d’écrire dans ces circonstances, rédigeant un dernier testament comme de nombreux autres Palestiniens qui ont été tués par les forces israéliennes d’occupation.

« Combien il est difficile d’écrire sur votre propre volonté. Des années durant, j’ai lu et relu les testaments rédigés par les martyrs, et ces testaments m’ont toujours laissé sans voix. Ils étaient rapides, courts, sans beaucoup d’éloquence. Ils n’étanchaient pas notre soif de réponses à propos du martyre, » écrit-il.

« Maintenant, je marche à la mort qui est devant moi, convaincu que j’ai trouvé mes réponses. Combien stupide je suis ! Y a-t-il quelque chose qui est plus éloquent et plus clair que l’acte d’un martyr ? J’aurais dû écrire cela il y a plusieurs mois, mais ce qui m’en a empêché était que cette question était pour vous, les vivants, et pourquoi devrais-je répondre en votre nom ? Cherchez les réponses vous-même, et pour nous, les habitants des tombes, tout ce que nous cherchons est la miséricorde de Dieu. »

Dans un long communiqué publié lundi, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) a parlé d’al-Araj le combattant de la liberté, l’intellectuel, et le théoricien, qui était « un des plus éminents parmi les jeunes combattants palestiniens » à résister à l’occupation israélienne et qui « a dédié son énergie à relater l’histoire de la Palestine et à faire face à toutes les tentatives de liquidation la cause palestinienne. »

L’organisation marxiste dit que le meurtre a mis à nu « un besoin urgent de faire face à toutes les formes de coordination répressive [avec Israël], les arrestations politiques et les poursuites » par l’autorité palestinienne (AP), qualifiant la « coordination de sécurité » avec Israël comme « une trahison » des principes et des valeurs de la résistance palestinienne.

L’autorité palestinienne a été largement critiquée pour sa coordination répressive avec Israël, avec sa pratique de ce que les critiques ont appelé la « politique de la porte tournante » qui consiste à envoyer les Palestiniens depuis les prisons de l’AP vers les prisons israéliennes.

Les critiques ont pris une nouvelle dimension après que les policiers de l’AP ont frappé un détenu à mort l’an dernier, tandis qu’Israël est la cible d’une vaste condamnation internationale pour les assassinats ciblés de Palestiniens au cours des ans.

« La loyauté envers le martyr Basel al-Araj requiert que soit mis un terme aux Accords d’Oslo, contre lesquels le martyr a toujours lutté, et que l’on forme une nouvelle stratégie nationale pour faire face aux défis actuels et unir les énergies du peuple palestinien pour l’Intifada et la résistance », a ajouté la déclaration du FPLP.

Un porte-parole du Fatah, le parti au pouvoir dans l’Autorité palestinienne, a également condamné l’assassinat et les blessures infligés aux « deux qui ont tenté de faire face et de prévenir le raid, » mais sans nommer le jeune homme assassiné comme étant al-Araj.

Le porte-parole de Fatah, Ziyad Khalil Abu Zayyad, a qualifié l’incident de « nouvelle escalade (par Israël) contre les Palestiniens », a dénoncé l’opération israélienne comme « illégale », la décrivant comme un « acte hideux de l’occupation » et a noté que les photos prises sur les lieux ont montré une grande quantité de balles tirées par les forces israéliennes dans ce qui était une « exécution ».

Abu Zayyad a mis en garde contre les forces israéliennes, qui cherchent à « arrêter et tuer » les Palestiniens lors de raids nocturnes à travers la Cisjordanie occupée, souvent et principalement dans les villages et les camps de réfugiés situés comme Qaddura dans la zone A, supposée être sous plein contrôle de l’AP selon les Accords d’Oslo.

6 mars 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine

Le film « Derrière les Fronts » programmé en Belgique et en France

Un film d’Alexandra DOLSUn documentaire sur les conséquences invisibles de la colonisation : l’occupation intime, celle de l’espace mental.

Derrière Les Fronts

Par Jean Louis Vey
(Militant de l’Association France Palestine Solidarité, Fondateur et directeur jusqu’en 2007 du Festival International du
Premier Film d’Annonay)

Derrière les fronts est un film qui plonge le spectateur au cœur de l’oppression et de ses conséquences subies quotidiennement par les palestiniens ; Le film est organisé autour de Samah Jabr, psychothérapeute palestinienne qui nous livre son analyse de la situation d’oppression à travers des interviews, des extraits de conférences et des citations tirées de ses ouvrages.

Alexandra Dols a pris pour guide cette femme admirable dont elle nous brosse un très beau portrait, à travers ses propos, son engagement et des moments de sa vie quotidienne marquée par les difficultés et les humiliations provoquées par la colonisation et les comportements cruels de l’armée d’occupation.

Rarement, dans un film sur la Palestine, on n’avait éprouvé les souffrances et les humiliations causées, par exemple, par le passage d’un check point. Le film nous fait ressentir de l’intérieur la réalité de la colonisation qui n’est pas seulement une prise de possession des terres, mais aussi, une prise de possession des esprits, ainsi que le montre Samah Jabr.

Pour expliquer la situation présente, le film a également l’intelligence de faire de fréquentes références à l’histoire de la Palestine et du conflit israélo-palestinien. Des références indispensables à la compréhension sur lesquelles Alexandra Dols ne s’attarde pas plus qu’il n’est nécessaire, l’objet de son film restant d’analyser et de dénoncer la mécanique de l’oppression engendrée par la colonisation et de montrer la résistance d’un peuple magnifique de courage et de ténacité.

Le film nous fait découvrir plusieurs figures de résistants, le plus souvent des gens simples qui, à l’image de ce boulanger qui a mené une longue grève de la faim lorsqu’il était en détention administrative, résistent parce que c’est juste et parce qu’il n’y a pas d’autres choix. Alexandra Dols nous fait pénétrer à l’intérieur de la dynamique de la résistance, comme elle nous a fait entrer dans la mécanique de l’oppression.

La programmation

À Paris, vendredi 10 mars
Cinéma les 3 Luxembourg – 20h30
67, Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

Réservations conseillées
En présence de la réalisatrice et de notre invitée la psychiatre psychothérapeute palestinienne, Dr Samah Jabr.

Événement Facebook à partager.

NB : Nous aurons des tee-shirts du film à vendre et à remettre à nos contributeurs kisskiss, merci de bien nous annoncer en avance quelle taille vous souhaiter.

À Liège (Belgique), vendredi 10 mars

Centre culturel arabe en Pays de Liège dans le cadre du festival Ciné Palestine de Liège. Le lien.

À Rennes (France- Bretagne!), mercredi 29 mars

Dans le cadre du Festival Ciné: Action, festival du cinéma engagé, en présence de la réalisatrice (sous réserve)

Lire également : DERRIÈRE LES FRONTS – RÉSISTANCES et RÉSILIENCES en PALESTINE

Communiqué par Alexandra DOLS

L’annexion de ses colonies par Israël consolide l’Apartheid

Ramzy Baroud
Ramzy BaroudL’obstination d’Israël laisse les Palestiniens face à un seul choix : l’égalité citoyenne dans un seul État ou un horrible apartheid.

« Israël vient d’ouvrir les ‘vannes’ et a franchi une ‘très très large ligne rouge' ». C’est ce qu’a déclaré Nickolay Mladenov, coordinateur des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, en réponse à l’adoption, le 7 février, d’un projet de loi à la Knesset israélienne qui légalise rétroactivement des milliers de constructions coloniales et illégales construites sur des terres palestiniennes volées.

La fonction officielle de Mladenov est devenue si peu pertinente ces dernières années qu’il ne fait que se référer à une époque révolue : un « processus de paix » qui a assuré la destruction de tout ce qui restait de la patrie palestinienne.

L’approbation par les députés israéliens du projet de loi marque en effet la fin d’une époque.

Nous avons atteint le point où nous pouvons déclarer ouvertement que le soi-disant processus de paix était une illusion dès le départ, car Israël n’a jamais eu la moindre intention de restituer aux Palestiniens la Cisjordanie et Jérusalem-Est sous occupation.

En réponse à l’adoption du projet de loi, de nombreuses informations ont fait allusion au fait que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, à la faveur d’une vague de populisme de droite, a été l’appel d’air nécessaire pour que les politiciens israéliens franchissent la « très très large ligne rouge ».

Il y a une part de vérité à cela, bien sûr. Mais ce n’est pas la seule explication.

La carte politique du monde change énormément. Quelques semaines avant que Trump ne s’installe dans le Bureau ovale, la communauté internationale condamnait fermement les colonies illégales israéliennes sur les terres palestiniennes occupées depuis 1967, y compris Jérusalem-Est.

La Résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies déclarait que ces colonies n’ont aucune valeur juridique, et constituent une violation flagrante du droit international. Quatorze membres du Conseil de sécurité des Nations Unies ont voté en faveur de la résolution tandis que les États-Unis se sont abstenus, une attitude très peu habituelle si on se réfère aux positions américaines éhontées pro-israéliennes.

Les États-Unis, encore dans les derniers jours de l’administration de Barack Obama, ont usé ensuite d’un langage encore plus étonnant, le secrétaire d’État John Kerry parlant du gouvernement israélien comme du « plus à droite dans l’histoire ».

Un gouffre est immédiatement apparu.

Tirant parti de la divergence américano-israélienne, Trump a accusé Obama et Kerry de traiter l’arrogant Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avec « un total dédain et manque de respect ». Trump a demandé à Israël de « rester fort », car le 20 janvier [date de l’investiture de Trump] n’était plus très loin.

Cette date – la prise de fonction de Trump – a été un véritable Saint Graal pour l’extrême-droite israélienne, qui est immédiatement monté aux créneaux après l’investiture de Trump. Les intentions d’Israël ont reçu une impulsion supplémentaire de la part du Premier ministre conservateur britannique, Theresa May. Malgré le vote de son gouvernement pour condamner les colonies israéliennes aux nations Unies, elle a également critiqué les États-Unis pour avoir censuré Israël.

L’attaque de Kerry contre un « gouvernement israélien démocratiquement élu » n’était pas appropriée, a estimé M. May. « Nous ne croyons pas que la façon de négocier la paix est de se concentrer sur une seule question, dans ce cas, la construction de colonies », a-t-elle ajouté.

Non seulement les paroles de May illustrent l’hypocrisie même du gouvernement britannique (qui a commis le péché originel il y a 100 ans de transmettre la Palestine historique aux groupes sionistes), mais c’était exactement ce sont Israël avait besoin pour faire avancer le nouveau projet de loi.

Il est tout à fait révélateur que le vote sur le projet de loi ait eu lieu alors que Netanyahou était en visite officielle au Royaume-Uni. Dans un pays fortement influencé par les cliques des « Amis d’Israël » dans les deux partis dominants, il était en territoire ami.

Avec le Royaume-Uni dûment sous contrôle et les États-Unis au maximum de leur appui à Israël, aller de l’avant en annexant es terres palestiniennes est devenu un choix évident pour des hommes politiques israéliens. Bezalel Smotrich, un membre de la Knesset et du parti fascisant Beitanou, a dit les choses clairement : « Nous remercions les Américains d’avoir voté Trump à la présidence, car c’est ce qui nous a permis d’adopter ce projet de loi », a-t-il déclaré peu de temps après le vote.

Le ainsi nommé « projet de loi de régularisation » validera rétroactivement 4000 structures illégales construites sur des terres privées palestiniennes. Dans les territoires palestiniens occupés, toutes les colonies juives sont considérées comme illégales en vertu du droit international, comme indiqué dans la résolution 2334 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Il y a aussi 97 avant-postes » illégaux » de colonisation juive – une estimation modeste – qui sont désormais légalisés et, naturellement, élargis aux dépens de la Palestine. Le coût de ces colonies a été supporté principalement par les contribuables américains, mais aussi le sang et les larmes des Palestiniens, génération après génération.

Il est important, cependant, que nous nous rendions compte que la dernière initiative israélienne pour légaliser les avant-postes illégaux et annexer de vastes pans de la Cisjordanie est la norme, et non l’exception.

En effet, toute la vision sioniste pour Israël a été mise en œuvre en s’appuyant sur l’appropriation illégale de terres palestiniennes. Toutes ces « propriétés d’Israël » – comme les terres prises par la force de 1948 à 1967 – ne sont-elles pas à l’origine des terres palestiniennes ?

Peu de temps après qu’Israël ait occupé la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est en 1967, il a rapidement décidé de fortifier son occupation militaire en lançant la construction de colonies dans tous les territoires occupés.

Les premières colonies avaient un but militaire stratégique, car l’intention était de créer suffisamment de faits sur le terrain pour modifier la nature de tout futur règlement de paix. C’était le Plan Allon, appelé ainsi d’après Yigal Allon, un ancien général et ministre dans le gouvernement israélien qui a pris la responsabilité de dessiner une vision israélienne pour les territoires palestiniens nouvellement conquis.

Le plan visait à annexer plus de 30% de la Cisjordanie et toute la bande de Gaza à des fins dites « de sécurité ». Il prévoyait la création d’un « couloir de sécurité » le long du fleuve Jourdain, ainsi qu’à l’extérieur de la « Ligne Verte », une délimitation unilatérale israélienne de ses frontières avec la Cisjordanie.

Alors qu’aujourd’hui, c’est la composante religieuse du plan de colonisation israélien qui conditionne l’ensemble de l’entreprise, il n’en a pas toujours été ainsi. Le plan Allon avait été conçu par une gouvernement travailliste, la droite israélienne étant alors une force politique négligeable.

Pour capitaliser sur les politiques séculaires du gouvernement en Cisjordanie, un groupe de juifs religieux a loué un hôtel dans la ville palestinienne d’Al-Khalil (Hébron) pour passer la Pâque à la grotte des Patriarches et a simplement refusé de partir.

Leur action a inspiré le délire biblique des religieux israéliens orthodoxes à travers le pays, qui faisaient référence à la Cisjordanie par son supposé nom biblique, la « Judée » et la « Samarie ». En 1970, pour « étendre » l’entreprise, le gouvernement israélien a construit la colonie de Kiryat Arba à la périphérie de la ville arabe, invitant ainsi de plus en plus de juifs orthodoxes à se joindre au mouvement.

Au fil des années, cette stratégie coloniale a été renforcée par l’expansion religieuse, soutenue par un mouvement agressif et incarné dans l’organisation Gush Emunim en 1974. Ce mouvement s’était donné pour mission d’inonder la Cisjordanie avec des légions de fondamentalistes.

Actuellement, en intégrant les avant-postes illégaux (l’oeuvre des zélotes religieux) dans les blocs de colonisation illégale stratégiquement situés et pris en charge par le gouvernement israélien, la politique et la religion israéliennes ont convergé comme jamais auparavant.

Et entre ce passé si malheureux et ce présent si inquiétant, les Palestiniens continuent d’être chassés de leurs terres et de leurs maisons ancestrales.

Mais que font les dirigeants palestiniens dans cette situation ? « Je ne peux pas nier que le projet de loi nous aide à mieux expliquer notre position, nous n’aurions rien pu demander de plus », a déclaré un responsable de l’Autorité palestinienne à Al-Monitor sous couvert d’anonymat, et cité par Shlomi Elder.

Elder écrit: « Le projet de loi, qu’il soit adopté ou bloqué par la Cour suprême, prouve déjà qu’Israël ne s’intéresse pas à une résolution diplomatique du conflit. »

Quoi qu’il en soit, cela ne suffit pas. Il est absurde de soutenir que ce sont les Palestiniens, embourbés dans leur incapacité à définir une position homogène, qui ont enhardi Israël à prendre cette mesure. C’est plutôt l’incapacité de la communauté internationale à traduire ses paroles en actions qui ont renforcé la stratégie israélienne.

La plus grande erreur commise par les dirigeants palestiniens (en dehors de leur honteuse désunion) était de confier aux États-Unis, principal appui d’Israël, la gestion d’un « processus de paix » qui a permis à Israël de disposer du temps et des ressources nécessaires pour achever ses projets coloniaux, tout en dévastant les droits et les aspirations des Palestiniens.

Retourner aux mêmes vieilles ornières, en utilisant le même vocabulaire et en chercher le salut à l’autel de la même vieille « solution à deux États » n’amènera rien si ce n’est perdre encore du temps et de l’énergie. C’est l’obstination d’Israël qui laisse désormais les Palestiniens (et les Israéliens) avec une seule alternative : l’égalité de citoyenneté dans un seul État, ou un terrible apartheid. Aucune autre « solution » n’existe.

En fait, le projet de « loi de régularisation » est une nouvelle preuve que le gouvernement israélien a déjà pris sa décision : consolider l’apartheid en Palestine. Si Trump et May trouvent la logique de l’apartheid de Netanyahou acceptable, le reste du monde ne devra pas l’accepter.

Selon l’ancien président Jimmy Carter, « Israël ne trouvera la paix qu’après … avoir permis aux Palestiniens d’exercer leurs droits humains et politiques fondamentaux ». Cette « permission » israélienne est encore à venir, laissant à la communauté internationale la responsabilité morale de l’exiger.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

17 février 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Le « sale boulot » d’Israël dans la « guerre sale » au Guatemala

Photo : Julysa Sosa. Mexique, 2016
Gabriel SchivoneL’année dernière a été une année chargée pour le système de justice pénale au Guatemala.

Janvier 2016 a vu les arrestations de 18 anciens militaires pour leur implication présumée dans la guerre sale du pays dans les années 1980. En février de l’année dernière, deux ex-soldats ont été condamnés dans un cas d’esclavage sexuel sans précédent et qui concernait la même époque.

Ces procédures judiciaires représentent de nouvelles avancées dans le système judiciaire à la suite du procès et de la condamnation de l’ancien chef de l’État, Efraín Ríos Montt, pour génocide et crimes contre l’humanité. Bien que la Cour constitutionnelle guatémaltèque ait très vite annulé le jugement (qui a été relancé en mars après plusieurs péripéties), un précédent au niveau mondial s’est imposé en tenant des responsables étatiques responsables dans le pays même où leurs crimes ont été commis.

Et en novembre, un juge guatémaltèque a autorisé un procès distinct contre Ríos Montt. L’affaire concerne un massacre commis en 1982 dans le village de Dos Erres.

Ríos Montt a été président de 1982 à 1983, une période marquée par une intense violence étatique contre les peuples indigènes mayas. La violence incluait la destruction de villages entiers avec des déplacements massifs de population.

Les Mayas ont été ciblés à de nombreuses reprises pendant la période de répression qui a commencé en 1954, date à laquelle les États-Unis ont provoqué un coup d’État militaire, et s’est poursuivie jusqu’en 1996. Plus de 200 000 personnes ont été tuées au Guatemala durant cette période, dont 83% étaient des Mayas.

Les crimes commis par l’État guatémaltèque ont été exécutés avec une aide étrangère – en particulier américaine. Mais une partie clé de ces crimes a jusqu’ici échappé à toute mention devant les tribunaux, et c’est Israël.

Servir de relais pour les guerres des États-Unis

Depuis les années 1980 jusqu’à nos jours, le rôle militaire d’Israël au Guatemala demeure un secret de polichinelle, bien documenté mais peu évoqué.

Ríos Montt a déclaré à un journaliste de ABC News que son coup d’État avait été si peu attendu « parce que beaucoup de nos soldats ont été formés par des Israéliens ». En Israël, la presse a indiqué que 300 conseillers israéliens étaient sur le terrain pour entraîner les soldats de Ríos Montt.

Un conseiller israélien au Guatemala à l’époque, le lieutenant-colonel Amatzia Shuali, a déclaré: « Je n’aime pas ce que font les païens avec les armes. Mais ce qui importe, c’est que les juifs en profitent « , comme l’ont raconté Andrew et Leslie Cockburn dans Dangerous Liaison.

Quelques années plus tôt, lorsque les restrictions du Congrès sous l’administration Carter limitaient l’aide militaire américaine au Guatemala en raison des violations des droits de l’homme, les responsables israéliens ont vu là une occasion économique en or d’entrer sur ce marché des technologies militaires.

Yaakov Meridor, alors ministre israélien de l’économie, indiquait au début des années 1980 qu’Israël voulait être un « proxy » (relais) pour les États-Unis dans les pays où ceux-ci avaient décidé de ne pas vendre ouvertement des armes. Meridor avait déclaré: « Nous allons dire aux Américains: Ne nous concurrencez pas à Taïwan, ne rivalisez pas avec nous en Afrique du Sud ni dans les Caraïbes ou dans d’autres endroits où vous ne pouvez pas vendre des armes directement. Laissez-nous faire … Israël sera votre intermédiaire. »

Le programme CBS Evening News avec Dan Rather a tenté d’expliquer la source de l’expertise mondiale d’Israël en notant en 1983 que les armes avancées et les méthodes israéliennes anti-guérilla mises en œuvre au Guatemala « avaient été testées avec succès en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. »

La force de vente d’Israël pour ses armes reposait non seulement sur leur utilisation en Cisjordanie occupée et à Gaza, mais aussi dans la région à plus grande échelle. Le journaliste George Black a indiqué que les milieux militaires guatémaltèques admiraient la performance de l’armée israélienne lors de l’invasion du Liban en 1982. Leurs admirateurs à l’étranger étaient si convaincus que la droite au Guatemala « parlait ouvertement de la ‘palestinisation’ des Indiens mayas rebelles », selon Black.

La coopération militaire entre Israël et le Guatemala remonte aux années 1960. Durant la dictature de Ríos Montt, Israël était devenu le principal fournisseur d’armes, de formation militaire, de technologie de surveillance et d’autres services au Guatemala dans la guerre étatique contre les mouvements urbains de résistance armée et les indigènes Mayas dans les campagnes.

De nombreux Guatémaltèques ont souffert des résultats de cette relation spéciale, et ils n’ont pas manqué de faire le lien entre Israël et leur tragédie nationale.

« Un homme d’une grande intégrité personnelle »

L’un des massacres les plus épouvantables commis pendant cette période a été la destruction du village nommé Dos Erres, du district El Petén. Les soldats – entraînés par le Israéliens – de Ríos Montt ont incendié Dos Erres, après avoir abattu tous ses habitants. Ceux qui ont survécu à l’attaque initiale sur le village ont eu le crâne brisé à coups de marteau. Les cadavres remplissaient le village.

Lors d’une exhumation dans le village, ordonnée par le tribunal, les enquêteurs travaillant pour la Commission de la Vérité des Nations Unies de 1999 ont écrit ce qui suit dans leur rapport médico-légal : « Toutes les preuves balistiques récupérées correspondent à des fragments de balles tirés d’armes à feu et de fusils de marque Galil fabriqués en Israël ».actuelle

Le président américain Ronald Reagan – dont l’administration sera plus tard impliquée dans le scandale de l’Irangate ou « Iran-Contra » pour avoir vendu des armes à l’Iran via Israël dans le but de financer une force paramilitaire visant à renverser le gouvernement marxiste nicaraguayen, – avait rendu visite à Ríos Montt quelques jours avant le massacre.

Reagan fit l’éloge de Ríos Montt, « un homme d’une grande intégrité personnelle » qui « veut améliorer la qualité de vie de tous les guatémaltèques et promouvoir la justice sociale ». Reagan a également assuré le président guatémaltèque que « les États-Unis se sont engagés à soutenir ses efforts pour rétablir la démocratie et s’attaquer aux causes profondes de cette insurrection violente. » À un moment de leur conversation, Reagan aurait embrassé Ríos Montt et dit au président guatémaltèque qu’il se faisait « trop de soucis » sur les droits de l’homme.

En novembre 2016, cependant, la juge Claudette Dominguez a accepté la demande du procureur général guatémaltèque de poursuivre Ríos Montt en tant qu’auteur légalement responsable du massacre de Dos Erres, l’accusant d’homicide aggravé, de crimes contre l’humanité et de génocide.

Parmi les 18 arrêtés cette année se trouvait Benedicto Lucas García, ancien chef d’état-major de l’armée sous la présidence militaire de son frère Romeo Lucas García. Benedicto, qui a été vu par certains de ses soldats comme d’un innovateur de techniques de torture réservées aux enfants, parlait « du soldat israélien [comme] d’un modèle et un exemple pour nous« .

En 1981, Benedicto a dirigé la cérémonie d’inauguration d’une école d’électronique israélienne conçue et financée au Guatemala. Son but était de former les militaires guatémaltèques à l’utilisation des technologies dites de contre-insurrection. Benedicto avait salué l’installation de l’école comme une « étape positive » pour faire accéder le régime guatémaltèque à une « efficacité militaire de classe mondiale grâce aux conseils [d’Israël] et au transfert de la technologie électronique ».

Au cours de sa seule année inaugurale, l’école a permis à la police secrète du régime, le G-2, d’attaquer une trentaine de refuges de l’Organisation Révolutionnaire du Peuple en Armes (ORPA).

Le G-2 a coordonné et mis en œuvre l’assassinat, la « disparition » et la torture des opposants au gouvernement guatémaltèque.

Alors que le pouvoir guatémaltèques a souvent changé de mains à la fois par des coups d’État et des élections, au cours des années 1980, Israël est demeuré la principale source d’armes et de conseils militaires du pays.

Belligérance à la frontière

Le complexe israélien de sécurité militaire étend son ombre jusque sur les Guatémaltèques qui fuient encore les conséquences de la « guerre sale ».

Dans certaines régions de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, comme au Texas, le nombre de migrants venus d’Amérique centrale (mais seulement des pays ravagés par l’intervention américaine, comme le Guatemala, El Salvador, le Honduras) commence à dépasser le nombre du ressortissants mexicains.

Selon les informations communiquées à cet auteur par le bureau médical du comté de Pima en Arizona, de nombreux Guatémaltèques qui ont péri lors de la traversée de ces terres désertiques venaient des communautés mayas les plus durement affectées par le génocide des années 1980 : El Quiché, Huehuetenango, Chimaltenango.

Le sud de l’Arizona a également connu un pic dans la migration indigène guatémaltèque. Des entreprises et des institutions américaines collaborent avec des sociétés de sécurité israéliennes pour renforcer la zone frontalière du sud de l’Arizona.

L’entreprise israélienne d’armes Elbit a remporté un important contrat gouvernemental visant à fournir 52 tours de surveillance dans les régions frontalières désertiques du sud de l’Arizona, à commencer par un programme pilote de sept tours situées à présent parmi les collines et les vallées entourant Nogales, une ville ceinturée par le mur de séparation.

Plus de tours sont prévues pour entourer la Nation Tohono O’odham, la deuxième plus grande réserve de natifs américains aux États-Unis. Déjà, le nombre de forces fédérales occupant des postes permanents sur les terres de Tohono O’odham est le plus important de l’histoire des États-Unis.

Alan Bersin, un haut responsable du Département américain de la Sécurité intérieure, a décrit en 2012 la frontière entre le Guatemala et le Chiapas, au Mexique, comme « maintenant notre frontière sud ». Cette « frontière sud » a été lourdement militarisée pendant les huit années du gouvernement Obama.

Nous pouvons nous attendre à ce que la militarisation se poursuive pendant la présidence de Donald Trump. La rhétorique anti-migrants de Trump pendant sa campagne électorale laisse penser que cette militarisation s’intensifiera.

Pendant la guerre sale, des dizaines de milliers de Guatémaltèques ont fui par-delà la frontière vers le sud du Mexique. Aujourd’hui, Israël aide les autorités mexicaines du Chiapas à mener des activités de « contre-insurrection » visant en grande partie la communauté indigène maya.

Bien que les informations sur la relation du Guatemala avec Israël commencent à circuler, les efforts entreprenants d’Israël dans le pays n’ont jamais diminué. Aujourd’hui, la présence d’Israël au Guatemala est particulièrement marquée dans l’industrie de la sécurité privée qui a proliféré dans les années qui ont suivi le dit processus de paix guatémaltèque au milieu des années 1990.

Ohad Steinhart, un Israélien, installé au Guatemala en ce moment opportun, à l’origine travaillant comme un instructeur en maniement d’armes. Environ deux ans après son transfert de 1994 au Guatemala, il a fondé sa propre entreprise de sécurité, Decision Ejecutiva.

La modeste entreprise de 300 employés de Steinhart est petite si comparée au colossal Golan Group, le plus grand et plus ancien conglomérat de sécurité privée d’Israël au Guatemala.

Fondé par d’anciens officiers des forces spéciales israéliennes, le Groupe Golan a également formé des agents d’immigration du Département de la sécurité intérieure le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Le Groupe Golan a employé des milliers d’agents au Guatemala, dont certains ont été impliqués dans la répression des protestations environnementales et foncières contre les opérations minières par des entreprises canadiennes. La société a été nommée dans un procès en 2014 par six agriculteurs guatémaltèques et un étudiant qui ont tous été blessés par balles, à bout portant, par des agents de sécurité lors d’une manifestation l’année précédente.

L’utilisation par le Guatemala de formateurs et de conseillers militaires israéliens, tout comme dans les années 1980, se poursuit. Les conseillers israéliens ont ces dernières années, contribué à la « remilitarisation » du Guatemala. La journaliste Dawn Paley a rapporté que des formateurs militaires israéliens se sont à nouveau affichés dans une base militaire à Coban, la ville qui abrite des fosses communes datant des années 1980. Jusqu’à présent, les restes de plusieurs centaines de personnes ont été découverts.

Les charniers de Coban ont servi de base juridique aux arrestations en janvier de 14 anciens militaires. En juin dernier, un juge guatémaltèque a statué que les preuves étaient suffisantes pour que huit personnes arrêtées soient jugées. Les arrestations et les procès à venir sont susceptibles d’aller à leur terme.

Les universitaires Milton H. Jamail et Margo Gutierrez ont documenté le commerce israélien d’armes en Amérique centrale, notamment au Guatemala, dans leur livre publié en 1986: It’s No Secret: Israel’s Military Involvement in Latin America. Ils ont écrit le titre de cette façon parce que la majeure partie de l’information dans le livre est extraite de sources de médias traditionnels.

Pour l’instant, le rôle bien documenté d’Israël dans les guerres sales du Guatemala est une question peu abordée. Mais les Guatémaltèques savent mieux que quiconque que le long chemin vers la justice commence par la reconnaissance des crimes passés.

Pourtant, il est difficile de savoir combien de temps s’écoulera avant d’entendre parler d’officiels israéliens convoqués au Guatemala pour être jugés pour le rôle repoussant qu’ils ont joué dans les heures les plus sombres du pays.

20 janvier 2017 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Installer l’ambassade US à Jérusalem mènera à un bain de sang

Photo : ActiveStills
Ramzy BaroudLe déplacement par Trump de l’ambassade américaine à Jérusalem aura des résultats terribles et irréversibles.

Le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, est sur le point de renverser un cours historique qui dure depuis 100 ans.

Ce politicien inexpérimenté et démagogique peine à comprendre le danger qui réside dans sa décision de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. S’il s’exécute, il est susceptible de déclencher un nouveau chaos dans une région déjà extrêmement volatile.

L’initiative, qui est maintenant apparemment dans ses « premières étapes« , n’est pas simplement symbolique comme certains en ont fait naïvement état dans les médias grand public occidentaux. En réalité, la politique étrangère américaine a été quasiment toujours été centrée sur le pouvoir militaire, et rarement sur les faits historiques.

Mais Trump, connu pour son imprudence et sa nature impulsive, menace d’éradiquer le peu de bon sens qui subsistait dans la conduite de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

Si le nouveau président persiste dans son projet, indifférent aux appels des Palestiniens et aux avertissements internationaux, il risque de regretter les conséquences de son action.

Il y a de cela un siècle, les forces britanniques sous le commandement du général Sir Edmund Allenbyn occupaient la ville palestinienne arabe de Jérusalem. Cette action violente, en décembre 1917, a été lourde de conséquences et a perturbé l’équilibre culturel et politique qui prévalait en Palestine depuis près d’un millénaire.

Elle a également marqué le début d’une guerre qui s’est révélée l’une des plus longues, plus sanglantes et plus déstabilisantes de l’histoire humaine moderne. Bien que la Palestine ait été arrachée des mains http://www.telegraph.co.uk/news/2017/01/23/everything-need-know-donald-trumps-pledge-move-us-embassy-israel/http://www.telegraph.co.uk/news/2017/01/23/everything-need-know-donald-trumps-pledge-move-us-embassy-israel/de ceux qui opéraient sous les auspices de l’Empire ottoman, ses nouveaux dirigeants britanniques comprenaient cependant l’importance inégalée de Jérusalem pour son peuple.

Cette compréhension était toujours présente, même lorsque la France et la Grande-Bretagne ont signé l’accord Sykes-Picot en mai 1916, se répartissant les territoires ottomans entre eux. Le statut de Jérusalem avait alors été fixé comme zone internationale en raison de sa signification religieuse partagée.

La même importance pour la neutralité de Jérusalem a été réitérée dans la décision de la Société des Nations en 1922 de donner à la Grande-Bretagne un mandat politique sur la Palestine, et dans la résolution des Nations Unies en novembre 1947 de diviser la Palestine en deux entités.

Alors que l’État palestinien envisagé ne s’est jamais concrétisé (à cause des nombreux obstacles placés sur sa route par les États-Unis et Israël), l’État sioniste devint une réalité en mai 1948. Quelques mois après l’accord d’armistice, Israël déclara en décembre 1949, Jérusalem comme étant sa capitale.

C’est alors que la mythologie biblique a été remodelée pour répondre aux exigences politiques.

Le premier Parlement israélien (la Knesset) a déclaré en janvier 1950 que « Jérusalem était, et avait toujours été la capitale d’Israël ». Le « était » et le « toujours été » sont des références à une interprétation tordue de l’histoire qui n’a aucune place dans le droit international moderne (dont Israël ne s’est jamais préoccupé).

Après 1500 ans de règne cananéen sur la Palestine, la terre entre le Jourdain et la mer Méditerranée est tombée sous la domination de nombreux envahisseurs, y compris les Philistins, les Israélites, les Phéniciens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Macédoniens, les Romains, les Arabes, les Croisés, puis il fut gouverné par divers califats islamiques de 1291 jusqu’au mandat britannique en 1922.

Le contrôle des Israélites a duré à peine 77 ans et il est largement contesté que les juifs israéliens d’aujourd’hui soient même liés (d’un point de vue génétique) aux groupes qui ont habité la Palestine il y a 2000 ans.

Pourtant, cela suffisait pour le mythe national israélien moderne, qui est maintenant défendu par les extrémistes religieux les plus fascisants aux États-Unis et en Israël.

En 1967, Israël a occupé le reste de la Palestine historique, y compris Jérusalem-Est palestinienne, en annexant la ville en 1980. La communauté internationale a continuellement rejeté et condamné l’occupation israélienne, en insistant à nouveau sur Jérusalem.

Des pays du monde entier, même ceux qui sont considérés alliés d’Israël comme les États-Unis, rejettent la souveraineté israélienne sur Jérusalem et refusent les invitations israéliennes à déplacer leurs ambassades de Tel Aviv vers la ville illégalement occupée.

L’attitude des États-Unis à l’égard de Jérusalem a cependant été entachée de contradictions. Depuis 1995, la position des États-Unis a été divisée entre le Congrès historiquement pro-Israël et la Maison Blanche également pro-israélienne, mais légèrement plus pragmatique.

En octobre 1995, le Congrès des États-Unis a adopté la loi sur l’ambassade de Jérusalem. La loi a été adoptée à une écrasante majorité à la Chambre et au Sénat. Cette loi nommait Jérusalem capitale indivise d’Israël et exhortait le Département d’État à déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

L’administration américaine à l’époque a protesté contre la violation du protocole du fait qu’une telle décision est de la responsabilité de l’exécutif, et non pas d’élus soumis à l’influent lobby pro-Israël à Washington.

L’autre dilemme est que si les États-Unis s’éloignent du consensus international sur la question, ils perdraient le peu de crédibilité qu’ils conservaient en tant que « courtier de la paix », et seraient confrontés aux terribles et prévisibles conséquences, dont l’instabilité politique et la violence.

Il est vrai que Jérusalem a une immense signification spirituelle pour les musulmans, les chrétiens et les juifs, mais la signification culturelle et religieuse ininterrompue qu’elle a eu pour les Palestiniens chrétiens et les musulmans ne la rend pas moins significative comme centre économique, politique et culturel.

La chose étrange est que les États-Unis sont sur le point de violer le consensus international (consensus occidental aligné sur les États-Unis) concernant le conflit en Palestine. S’adressant à la conférence de Paris le 15 janvier, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a averti Trump contre les « très graves conséquences » auxquelles ont peu s’attendre au cas où l’ambassade américaine serait déplacée à Jérusalem.

Les Français et les autres pays européens sont conscients qu’une telle démarche mettrait fin au prétendu « processus de paix » conduit par les États-Unis dans la quête jusqu’à présent futile d’une solution à deux États.

Cependant, cela devrait être la moindre des préoccupations de chacun, étant donné que le « processus de paix » et la sinistre plaisanterie de la « solution à deux États » ont été en grande partie d’une volonté américaine de maintenir le leadership, le pouvoir et l’influence des États-Unis sur le conflit en Palestine.

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux avaient certainement le pouvoir et les moyens nécessaires pour parvenir à une résolution pacifique et équitable du conflit, si c’était bien là leur première priorité. Ils n’ont pas réussi à le faire au cours des 25 ans dernières années, en commençant par les pourparlers de Madrid de 1991 et en terminant par la lamentable conférence de Paris le 15 janvier.

Malgré les échecs passés des Américains, le jeu de l’administration Trump dans le déménagement de l’ambassade américaine risque de provoquer un incendie politique dans toute la Palestine et au Moyen-Orient, avec des résultats terribles et irréversibles.

Les Palestiniens et les Arabes comprennent que déplacer l’ambassade est loin d’être une initiative symbolique, mais revient à donner carte blanche pour boucler la prise de contrôle israélienne de la ville, y compris ses lieux saints, et achever le nettoyage ethnique des Palestiniens musulmans et chrétiens.

Cette escalade va forcément conduire à la violence. Les intérêts vitaux des États-Unis au Moyen-Orient pourraient subir les conséquences d’une décision aussi imprudente. Des responsables palestiniens et des personnalités religieuses ont condamné la décision américaine. Un haut fonctionnaire palestinien l’a qualifié de déclaration de guerre contre les musulmans.

Considérant l’importance de Jérusalem pour les Palestiniens musulmans palestiniens et des centaines de millions de croyants à travers le monde, Trump pourrait effectivement allumer un baril de poudre qui pourrait même faire dérailler sa présidence.

Alors que certains des médias occidentaux prédisent déjà « une nouvelle vague de violence palestinienne » si l’ambassade devait être déplacée, la nouvelle administration américaine doit réfléchir sérieusement avant de se lancer dans de telles initiatives si destructrices.

Que Trump ait l’intention de revenir sur l’héritage de son prédécesseur n’implique pas que le nouveau président américain entame son mandat en provoquant plus de violence et en poussant une région déjà volatile plus loin dans l’abîme.

A1 * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

Articles du même auteur.

24 janvier 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

S’opposer à un État juif est une attitude légitime

Jackie Walker
Jackie WalkerMilitante juive suspendue de ses responsabilités après avoir été accusée d’antisémitisme pour avoir critiqué Israël, Jackie Walker raconte son histoire.

Jusqu’en mai de l’année dernière, j’étais de longue date connue, ou connue un minimum, comme militante, formatrice, professeur, écrivaine, et conférencière dans la lutte contre le racisme.

Encore une jeune femme, j’ai été active dans le mouvement de boycott contre l’apartheid de l’Afrique du Sud.

Il était dans la logique des choses de devenir un défenseur des droits des Palestiniens, une critique de la politique israélienne envers les Palestiniens et une partisane du mouvement de boycott des produits israéliens – le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), ainsi qu’un membre de Palestine Solidarity Campaign, Jews for Justice for Palestinians et Free Speech on Israel – un groupe majoritairement juif.

Mes critiques les plus agressifs suggèrent que ma prétention à l’identité juive est une sorte de défense contre l’accusation d’être antisémite. Ce n’est pas cela et je remets simplement les événements récents dans leur contexte.

Si vous critiquez Israël, peu importe qui vous êtes, vous serez accusé d’antisémitisme. Alors, est-ce que je déteste les juifs ? Bien sûr que non. Ce que je déteste, c’est l’extrême droite et l’effet pernicieux qu’Israël, dirigé par le gouvernement Netanyahu, a sur la politique du Moyen-Orient et du monde.

Alors, comment cette chasse aux sorcières contre moi a-t-elle commencé ?

En février de l’année dernière, un groupe appelé Israel Advocacy Movement [mouvement de défense des intérêts israéliens] est allé à la pêche dans mon compte Facebook privé.

Je ne sais toujours pas quand et comment j’ai été identifiée comme une menace pour Israël, même si je présume que j’ai été repérée comme partisane de Jeremy Corbyn quand il a été décidé que celui-ci était une menace pour les intérêts israéliens.

Le message [post] sur Facebook n’était pas un message public, mais faisait partie d’une discussion privée avec un ami israélien sioniste et d’autres sur l’Holocauste africain et le fait que les juifs – notamment mes propres ancêtres portugais dont j’ai étudié l’histoire – avaient été impliqués dans le commerce du sucre et des esclaves.

Cette contribution sur Facebook a servi à publier un article à sensation et inexact dans le Jewish Chronicle [Chronique juive] qui prétendait que j’aurais dit que « les juifs ont causé l’Holocauste africain ». Les choses deviennent ensuite moins claires : soit le Israel Advocacy Movement, soit le Jewish Chronicle, m’ont signalé au Parti travailliste, qui m’a alors suspendu pour sous l’accusation d’être une possible raciste – pour être précis, une antisémite.

J’ai été scrutée en détail par le Parti travailliste. Mes messages sur Facebook, mes déclarations publiques ont été examinées à la loupe. J’ai assisté à une audience complète, mais la Compliance Unit [Unité de conformité] du Parti travailliste n’a pu trouver aucune raison de me condamner. Peu importe, ce verdict n’a fait apparemment aucune différence. Le harcèlement a continué. L’aile droite du Parti travailliste, le Jewish Chronicle et le Jewish Board of Deputies [Conseil des députés juifs] paraissaient furieux.

Les médias dominants, dont tous les journaux nationaux et même ceux traditionnellement identifiés comme plus libéraux, comme The Guardian, s’en sont mêlé. Personne ne m’a interrogé ou ne m’a demandé ma version des événements. Ils ont simplement répété des rapports en-dessous de tout, inexacts et biaisés du Jewish Chronicle.

Les médias britanniques semblent devenus partisans du moindre effort, et totalement craintifs.

Comme Shai Masot, le responsable israélien filmé sous le manteau par les enquêteurs d’Al Jazeera l’a dit clairement, je suis devenue quelqu’un dont chaque mouvement devait être suivi et rapporté.

Tentatives de « salir » Corbyn

Les personnes et les organisations, comme les groupes de solidarité avec les Palestiniens, qui voulaient m’entendre m’exprimer, avaient leurs comptes email et Facebook piratés.

Certains ont dû fermer des pages Facebook aux commentaires en raison du niveau des attaques racistes à mon égard. Des personnes ont été salies pour avoir été photographiées avec moi, pour avoir osé me soutenir.

Jeremy Corbyn s’est opposé au racisme, à la guerre, a protesté contre l’injustice et l’oppression toute sa vie, mais ce n’est pas une garantie contre les accusations d’antisémitisme. La direction du labour [Parti travailliste], ou la « Révolution Corbyn », peu importe comment vous l’appeler, est depuis longtemps le plus grand défi à l’ordre politique établi que le Royaume-Uni a connu.

Les tentatives de salir Corbyn ont commencé dès qu’il est devenu candidat à la direction du Labour. Les journaux qui avaient publié des articles antisémites sur Ed Miliband, ancien dirigeant (et juif) du Parti travailliste, sont devenus soudainement champions de la lutte contre l’antisémitisme.

Les médias dominants ont exagéré sur tout, transformant chaque déclaration et citant à tort tout ce qu’ils pouvaient pour peindre Corbyn comme un antisémite ou comme indulgent sur l’antisémitisme. Et la droite du Parti travailliste a fait de son mieux pour les aider.

Ces accusations non seulement exploitent l’antisémitisme comme une arme, mais elles deviennent aussi une arme de destruction massive politique et comme toutes les armes nucléaires, entraînent des dommages collatéraux non seulement dans le Labour ou le mouvement ouvrier, mais dans les groupes pro-palestiniens et anti-guerre, sans oublier les individus eux-mêmes, leurs familles et leurs amis et les communautés politiques dont ils faisaient partie.

Être raciste ne consiste pas à oublier un mot dans un post sur Facebook, ce n’est pas se tromper sur une date ou qualifier « d’ami » un homme politique contestable alors que l’on cherche un accord.

Les racistes ne seraient donc plus ceux qui demandent l’expulsion des migrants, qui veulent exclure les réfugiés. Les racistes ne seraient plus les gens qui se plaignent d’un reporter de télévision qui porte un foulard. Non, c’est la gauche nous dit-on, qui serait coupable de ce nouveau racisme, de ce nouvel antisémitisme.

Le gouvernement israélien a alloué des millions de dollars pour financer des activités secrètes dont le but est de miner les campagnes BDS. La lutte contre le BDS est menée par le ministre israélien des Affaires stratégiques. Israël a embauché des salariés dont les noms sont tenus secrets. Il y a toute une section du renseignement dirigée par un ancien agent des services de sécurité. Celui-ci reçoit l’aide d’une « unité spéciale » des services de renseignements militaires israéliens, ainsi que de la police secrète.

Les individus et les groupes sont ciblés et ils ont eu un certain succès. Par exemple, en France, la campagne BDS a été considérée comme une activité « discriminatoire », ce qui la rend de fait illégale.

Je pense qu’il y a des tentatives pour faire de même en Grande-Bretagne. Par exemple, en novembre de l’année dernière, Tom Watson, responsable du groupe des députés du Parti travailliste, a qualifié de gens « sans morale » les partisans du mouvement de boycott lors d’un dîner des Labour Friends of Israel [Amis d’Israël au Parti travailliste].

Mais revenons aux principes : je m’oppose à toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme, mais je ne me laisserai pas réduire au silence dans la critique du gouvernement israélien. Je suis d’accord, le sionisme ne doit pas être utilisé comme une couverture pour attaquer les juifs. Cependant, le sionisme fait partie du lexique politique, et il est essentiel si l’on défie le concept d’État juif.

Permettez-moi de répéter que l’opposition à un État juif est une position politique honorable et légitime et que nous sommes très nombreux, y compris de nombreux juifs, à avoir maintenu cette position depuis des décennies.

* Jackie Walker est une militante anti-raciste, formatrice, professeur, écrivaine et conférencière.


14 janvier 2017 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

2016 : l’année où le monde a décidé d’abandonner les réfugiés

Photo : MSF/Borja Ruiz Rodriguez
Anealla Safdar & Patrick StricklandLes réfugiés, les groupes de défense des droits de l’homme et les organisations humanitaires disent que l’empathie envers les réfugiés s’effrite, alors même que le nombre des décès en Méditerranée ne cesse d’augmenter.

Le nombre de réfugiés qui se sont noyés dans la Méditerranée cette année est arrivé à un record.

Des milliers de personnes ont perdu la vie en mer lorsqu’elles ont entrepris leur dangereux voyage pour échapper à la guerre, à la pauvreté et à la persécution – souvent les trois en même temps. En 2016, quelque 5000 réfugiés sont morts en traversant la Méditerranée, contre 3300 l’année précédente.

Bref, 2016 a été une année terrible.

Un tout-petit a été le premier réfugié à mourir en Méditerranée au mois de janvier le plus meurtrier. En mars, la route des Balkans a été fermée en permanence, piégeant des dizaines de milliers de demandeurs d’asile en Grèce et réduisant les passages de la mer Égée à un filet. En mai, le Kenya a déclaré qu’il fermerait Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde. En juin, la Grande-Bretagne a voté pour quitter l’Union européenne, grâce en grande partie à une campagne menée par le parti britannique anti-immigration United Kingdom Independence Party, qui a alimenté les craintes sur les réfugiés arrivant dans le pays.

En août, une fuite a révélé que des enfants réfugiés étaient agressés sexuellement dans le camp de Nauru en Australie. Les déportations de réfugiés afghans du Pakistan ont grossi cette année, avec 100 000 rapatriés en septembre seulement. En octobre, l’UE a approuvé un accord visant à expulser un nombre illimité de réfugiés afghans en provenance d’Europe. En novembre, les États-Unis ont voté pour Donald Trump, le candidat républicain à la présidentielle qui s’en est systématiquement pris aux réfugiés pendant sa campagne.

A présent, la crise des réfugiés est souvent traitée en termes d’économie et de sécurité – surtout pendant les périodes électorales – et de plus en plus rarement en termes d’empathie.

Al Jazeera a demandé aux réfugiés, aux organisations de défense des droits humains, aux spécialistes travaillant avec les réfugiés et à ceux qui tentent de rendre les passages dangereux un peu plus sûrs, ce que l’année 2016 signifie pour les réfugiés dans le monde et ce à quoi ils s’attendent en 2017.

Aboud Shalhoub, réfugié syrien en Hollande

[Photo courtesy of Aboud Shalhoub]

[Photo courtesy of Aboud Shalhoub]

« Pour moi, l’année 2016 s’est bien terminée. Je suis en sécurité et en paix avec ma famille en Europe. Nous avons maintenant une vie normale mais des milliers de familles, sans abri, restent bloquées à la frontière.

« Ces gens sont obligés de vivre sous des tentes, dans de mauvaises conditions. C’est dû à certaines décisions politiques qui ont conduit à interdire l’immigration des sans papiers sous toutes ses formes – fermer les frontières, utiliser de la violence, des gaz lacrymogènes et des arrestations – pour arrêter le flot des réfugiés.

« Mais au même moment, nous voyons combien l’Europe et le monde sympathisent avec les réfugiés: ils font campagne pour apporter de la nourriture et des vêtements aux réfugiés sous la bannière de l’aide humanitaire, ils vous donnent de la nourriture et des vêtements, mais tout en nous disant : ‘ne traverser pas les frontières’ ou ‘retourner chez vous’. Pourtant, ce sont nos maisons dévastées par les guerres, la famine ou la violence qui nous ont obligés à quitter nos pays.

« En 2017, j’espère voir quelque chose de vraiment simple : une action réelle pour l’humanité, pas seulement des paroles comme nous l’avons vu jusqu’ici. Je ne parle pas d’ouvrir des frontières et d’appeler à l’immigration, mais de prendre d’autres décisions politiques pour résoudre la crise des réfugiés.

« Nous sommes devenus des réfugiés parce qu’il y a la guerre dans nos pays. Les solutions pour notre crise sont d’arrêter de soutenir les dictatures, d’arrêter de soutenir les groupes qui se battent, cesser d’envoyer des armes et stopper les déplacements forcés. »

Rami, réfugié à Athènes

« Le monde s’est lassé des réfugiés en 2016. Les politiciens ont voulu empêcher les réfugiés de venir. L’islamophobie, avec les problèmes qui sont survenus avec des réfugiés – les fascistes ont utilisé ces choses de façon malhonnête – n’a fait qu’empirer la situation. Certains à gauche se battent jusqu’au bout, parce qu’ils croient en ‘pas de frontières’, et à la solidarité.

L’Europe a dit qu’elle ne voulait plus de musulmans ou de réfugiés, mais beaucoup de gens ont besoin de protection parce que les peuples vivent dans de mauvaises conditions en Syrie ou en Irak. En Syrie, vous avez deux mauvaises options – un […] dictateur ou des islamistes. Quand vous voyez le corps de vos enfants trembler pendant qu’ils dorment parce qu’ils rêvent de mort ou de violence – ce n’est pas normal.

« Si je pouvais dire quelque chose au monde, ce serait : Arrêtez de tuer des gens. Arrêtez la violence. »

Preethi Nallu, éditrice à Refugees Deeply

[Photo courtesy of Preethi Nallu]

[Photo courtesy of Preethi Nallu]

« Les déplacements à l’échelle mondiale se poursuivant à des niveaux record, déclenchés par des raisons inextricablement liées, comme les conflits et le changement climatique, la privation économique et l’apatridie, 2016 a vu remettre en question notre compréhension du terme ‘réfugié’.

« Contre les rapports cacophoniques sur les ‘foules’ qui tentent d’entrer en Europe, nous devons prendre le temps de la réflexion, nous devons faire naître une conscience collective mondiale à l’égard de cette nouvelle ère de migration. C’est la question essentielle de notre époque.

« L’année 2016 a prouvé que la militarisation de la Méditerranée et le renforcement des frontières ne sont pas des solutions durables. Avec la mutation des réseaux de contrebande qui s’étendent jusqu’aux villages du Logar au sud du Sahara, la lutte contre le trafic illicite des migrants n’est pas aussi simple que de tirer à vue sur les contrebandiers, ou ériger de nouvelles barrières.

« Si l’accord entre l’UE et la Turquie a freiné les arrivées en Grèce pour une saison, il s’agit simplement d’un pansement sur une infection. Le nouveau record de l’Italie cette année, avec plus de 171 000 arrivées par mer, est la preuve que ces flux changent simplement d’itinéraire.

« Irrégulier, illégal, clandestin, migrant, réfugié, demandeur d’asile… Au lieu d’user de définitions réductrices, les médias devraient explorer et relier les conditions qui conduisent des millions de personnes à traverser le monde à vouloir franchir des frontières et entreprendre des voyages où ils risquent leur vie.

« En 2017, j’espère que les rapports alarmistes céderont le pas devant une prise de conscience réaliste de ce qui est nécessaire pour intégrer ceux qui sont déjà dans nos communautés. La seule façon d’aller de l’avant est d’explorer des voies pragmatiques pour changer nos systèmes économiques, nos priorités politiques, nos identités sociales et nos niveaux de consommation inégalés qui ont conduit à ce que l’on appelle des échelles de déplacement ‘sans précédent' ».

L’équipe de Médecins Sans Frontières – MSF

Des réfugiés secourus par l'Aquarius le 22 juillet 2016. © MSF

Des réfugiés secourus par l’Aquarius le 22 juillet 2016. © MSF

« En 2016, le monde a échoué de façon catastrophique à secourir des millions de personnes fuyant la guerre, la persécution et le désespoir. Les calculs politiciens et l’égocentrisme l’ont emporté sur les obligations morales et juridiques d’offrir protection et assistance aux personnes dans le besoin. Les pays du monde entier ont mis en œuvre des politiques néfastes en matière de migration et d’asile – augmentant les souffrances des personnes en mouvement en leur refusant systématiquement l’aide humanitaire et toute forme de dignité.

« Comme une maladie contagieuse, des murs, des clôtures et des mesures restrictives aux frontières ont été disséminés dans le monde, avec des conséquences mortelles : 7200 personnes sont mortes aux frontières dont plus de 5 000 dans la mer Méditerranée.

« Les États ont continué à adopter des mesures cyniques pour garder hors de leur vue les gens dans le besoin, signant des accords avec des pays tiers conditionnant l’aide au développement à un programme de contrôle aux frontières. Le traité UE- Turquie est peut-être le plus répréhensible, car il a montré au monde que vous pouvez externaliser la responsabilité d’offrir une protection aux réfugiés tout en limitant dangereusement leur droit de demander l’asile.

« 2017 doit être l’année où l’on choisit d’en revenir à la dignité humaine et à la valeur de la vie humaine. Sinon, le monde continuera à ne pas assurer de protection aux plus vulnérables, imposant plus de souffrance sur ceux qui méritent bien plus que l’indignité dont ils ont été les victimes. »

Alarmphone (réseau de militants fournissant une hotline pour les réfugiés en détresse en mer)

« Les gouvernements européens ont réagi violemment aux mouvements migratoires historiques de 2015, rendant les déplacements de migrants non autorisés plus longs, plus coûteux, plus dangereux et plus mortels … Les lois de Dublin sont remises en vigueur avec force et il faut craindre que les déportations de masse ne soient nombreuses en 2017.

« La mer a été encore plus militarisée, les forces de l’UE formant même les gardes-côtes libyens dans la façon d’intercepter les migrants voulant fuir un lieu déchiré par la guerre.

« Pourtant, les réfugiés continuent de traverser… Cette année, plus de 350 000 personnes sont arrivées en Europe par la mer.

« Nous continuerons d’appuyer ces mouvements de désobéissance civile en 2017. Au cours de l’année à venir, nous lutterons pour rendre les passages par la mer un peu moins dangereux comme nous l’avons fait au cours des deux dernières années, lorsque nous avons assisté plus de 1750 bateaux. Nous sommes déterminés à donner de la voix contre ceux qui manifestent de l’hostilité envers les nouveaux arrivants, qui prêchent la haine et cherchent à nous diviser.

« Nous accueillons ceux qui ont dû risquer leur vie pour trouver une protection dans une nouvelle communauté, transfrontalière accueillante et ouverte, basée sur les principes de la justice mondiale et de la liberté de mouvement pour tous.

« Nous pensons qu’un monde sans frontières est possible, où Frontex et les trafiquants auront alors disparu. »

Ramy Abdu, Président de l’Observatoire Euro-Méditerranéen pour Droits de l’Homme

[Photo courtesy of Ramy Abdu]

[Photo courtesy of Ramy Abdu]

« L’année 2016 était en effet une des pires périodes pour les réfugiés, non seulement avec le plus grand nombre de décès à ce jour mais aussi avec une xénophobie croissante. Cette xénophobie a accru la popularité des politiciens de droite et certains gouvernements construisent des murs coûteux de séparation, cherchant de nouveaux moyens de repousser les réfugiés plutôt que de s’attaquer aux causes profondes et aux implications humanitaires.

De même, le plus ancien groupe de réfugiés « fixés à l’écart » – les Palestiniens – vit depuis des décennies sous occupation, et chaque mesure de son oppression s’est renforcée.

« Cependant, il y a lieu d’être optimiste aussi, avec des enquêtes montrant que la majorité des gens accueillent les réfugiés et appuient de plus en plus les actions pour soutenir les droits des Palestiniens, comme les campagnes de boycotts. Cela montre que les gouvernements et les hommes politiques sont clairement hors de tout contact non seulement avec l’humanité de leurs citoyens, mais aussi avec les avantages à long terme apportés par les immigrants, dont les réfugiés.

« Malheureusement, la situation des réfugiés peut empirer avant que la situation ne s’améliore, selon les résultats de certaines élections à venir. Tant que les puissances extérieures mèneront des guerres par procuration dans des pays comme le Yémen, la Syrie et l’Irak, des actes terroristes continueront à se produire sur leur sol, et les demandeurs d’asile et les immigrants en seront tenus pour responsables.

« Il est de la responsabilité de ceux d’entre nous qui travaillent avec les réfugiés de faire beaucoup plus pour montrer la contribution importante apportée par ces personnes, historiquement et aujourd’hui. »

29 décembre 2016 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Les Palestiniens réfugiés : faits et chiffres

Réfugiés palestiniens - 1948
Hamas Islamic Movement Les réfugiés palestiniens représentent la population de réfugiés la plus ancienne et la plus importante dans le monde aujourd’hui. Il y a environ 7,2 millions de réfugiés palestiniens, ce qui équivaut à environ 70% de la totalité de la population palestinienne, qui est estimée à 10,7 millions dans le monde.

Le droit au retour: de solides bases juridiques

** L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme affirme: « Chacun a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »
** La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale [Article 5 (d) (ii)] stipule: « Les États parties s’engagent à interdire et à éliminer la discrimination raciale sous toutes ses formes et à garantir le droit de chacun, sans distinction de race, de couleur ou d’origine nationale ou ethnique, à l’égalité devant la loi, notamment dans la jouissance de … le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays. »
** La Convention internationale sur les droits civils et politiques [Article 12.4)] stipule: « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d’entrer dans son propre pays. »
** Conformément au droit international, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Résolution 194 le 11 décembre 1948. Le paragraphe 11 stipule que « les réfugiés [palestiniens] désireux de rentrer chez eux et de vivre en paix avec leurs voisins devraient être autorisés à le faire et une indemnisation devrait être versée pour les biens de ceux qui choisissent de ne pas revenir et pour la perte ou les dommages à des biens qui, selon les principes du droit international ou dans l’équité, devraient être réparés par les gouvernements ou les autorités responsables. »
** La résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies a été confirmée par l’ONU plus de 110 fois depuis son instauration en 1948 avec un consensus universel, sauf pour Israël et les États-Unis. Cette résolution a été précisée par la résolution 3236 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui réaffirme au paragraphe 2: « Le droit inaliénable des Palestiniens au retour dans leurs foyers et les propriétés dont ils ont été déplacés et déracinés, et appelle à leur retour. »

Statistiques

Jordanie
2 097 338 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l’UNRWA.
Contrairement à tout autre pays hôte, la Jordanie a accordé aux réfugiés palestiniens des droits de pleine citoyenneté, à l’exception de 120 000 personnes originaires de la bande de Gaza.
Il existe 10 camps officiels de réfugiés et trois camps non officiels.
Les dix camps de réfugiés palestiniens reconnus dans tout le pays accueillent près de 370 000 personnes, soit 18% du total de la population du pays. La Jordanie accueille le plus grand nombre de réfugiés de Palestine dans tous les domaines d’intervention de l’UNWRA.

Liban
449 957 réfugiés sont enregistrés auprès de l’UNRWA au Liban.
Il y a 12 camps officiels de réfugiés.
Étant donné leur état d’apatride, les Palestiniens au Liban se voient refuser de nombreux droits fondamentaux. Par exemple, ils sont exclus d’une vingtaine de professions et n’ont pas accès aux services sociaux publics. Même l’accès aux services de santé et d’éducation est limité, rendant souvent les réfugiés enregistrés fortement tributaires de l’UNRWA.

Syrie
526 744 réfugiés palestiniens sont enregistrés auprès de l’UNRWA.
Il y a neuf camps officiels et trois camps officieux.
Les Palestiniens jouissent des mêmes droits que la population syrienne, sauf les droits de citoyenneté.

Gaza
1 258 559 Palestiniens, en plus de la population de 1,8 million de Gaza, sont des réfugiés enregistrés par l’UNRWA.
Il y a huit camps administrés par l’UNRWA dans la bande de Gaza.
L’occupation israélienne depuis 1967 et le blocus et le siège continus sur la bande de Gaza font que la population souffre de l’ensemble du territoire souffre de graves problèmes économiques.
Les activités de l’UNRWA dans la bande de Gaza ont été sévèrement limitées par le blocus.

Cisjordanie
La Cisjordanie abrite 762 288 réfugiés enregistrés.
Il y a 19 camps surpeuplés et mal servis.
Les occupations et les barrages militaires et les bouclages imposés par l’armée israélienne exercent une pression énorme sur l’économie de la Cisjordanie.

« Israël » (Palestine de 1948)
Alors que la plupart des Palestiniens ont été chassés, certains sont restés dans ce qui est devenu Israël. Bien que citoyens du nouvel État, ils ont été soumis à l’administration militaire israélienne jusqu’en 1966.
Aujourd’hui, les citoyens palestiniens d’Israël représentent près de 20% de la population d’Israël. Ils ont le droit de voter et de se porter candidat, mais plus de 20 lois israéliennes privilégient explicitement les Juifs à l’encontre des non-Juifs. Près d’un quart des Palestiniens d’Israël sont des « personnes déplacées à l’intérieur du pays », incapables de retourner aux maisons et aux terres qui leur ont été volées.

Égypte
Les Palestiniens ont fui vers l’Égypte pendant les guerres de 1948, 1956 et 1967.
On estime à 50 000 le nombre de Palestiniens en Égypte.
Cependant, ils n’ont pas de droits de résidence permanente, et ils ne peuvent pas non plus s’inscrire en tant que réfugiés.

Irak
Jusqu’en mai 2006, le HCR estimait que 34 000 Palestiniens vivaient en Irak. Aujourd’hui, il ne reste que 11 544 réfugiés palestiniens enregistrés par le HCR.
Les Palestiniens ont été pris pour cibles et ils ont été des dizaines à être assassinés par des groupes militants depuis l’invasion de l’Irak en 2003 par les États-Unis. De nombreux Palestiniens vivant en Irak ont ​​donc subi deux fois des déplacements forcés: une fois de leurs foyers d’origine en Palestine, puis de leur pays d’accueil.
La plupart des Palestiniens qui ont fui l’Irak ont cherché refuge dans la Syrie et la Jordanie voisines.

Le mouvement Hamas considère le droit au retour comme un droit inaliénable pour les millions de Palestiniens éparpillés dans le monde entier en attendant que leurs terres soient libérées et que leurs espoirs soient satisfaits. A plusieurs reprises, le Hamas a déclaré que le droit au retour n’est pas négociable et qu’il devrait être intégré dans toutes les stratégies à court, moyen et long terme.

Sources

Palestine Refugees – unrwa.org
10 facts about the Nakba
al-awda.org Factsheet on Palestinian Refugees

Données de mai 2015 – Hamas Islamic Movement – Traduction : Chronique de Palestine

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