L’objectif d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie saoudite est de liquider la cause palestinienne

vendredi 16 juin 2017 / 4h:33
Photo : MEE/Mohammed Asad
Gaza, juillet 2014 - Un jeune palestinien tente de récupérer quelques affaires dans les ruines de sa maison - Photo : MEE/Mohammed Asad
Jonathan CookNetanyahu est impatient de capitaliser sur la crise pour liquider la question palestinienne et isoler le Hamas, disent les analystes.

Nazareth – Israël cherche à exploiter le fossé entre un bloc d’États arabes menés par l’Arabie Saoudite et le Qatar pour faire progresser ses intérêts stratégiques dans la région, à la fois contre le mouvement palestinien Hamas et contre l’Iran, selon les analystes israéliens.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte ont coupé leurs liens avec le Qatar il y a plus d’une semaine, l’accusant de soutenir le « terrorisme » et d’être trop proche de l’Iran. La visite du président américain Donald Trump dans la région le mois dernier semble avoir stimulé la campagne contre Doha.

Cette semaine, Israël a ajouté de l’huile sur le feu en émettant ses propres menaces contre le Qatar.

Le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a promis de fermer le bureau d’Al Jazeera à Jérusalem, ce qui équivaudrait à occulter sa couverture d’Israël et des territoires palestiniens occupés. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait consulté les services de sécurité israéliens sur la façon de justifier la décision.

Les analystes ont déclaré qu’Israël avait été encouragé dans sa posture agressive par les récentes décisions de l’Arabie saoudite et de la Jordanie de fermer leurs propres bureaux d’Al-Jazeera.

Selon Lieberman, les intérêts israéliens « se chevauchent » avec ceux des États arabes sur la question d’Al Jazeera. Le canal d’informations, a-t-il dit, était « une machine d’incitation. Une pure propagande, de la pire espèce, du style de l’Allemagne nazie ».

Mais Lieberman et Netanyahu ont également saisi le moment pour mettre en exergue d’autres intérêts communs entre Israël et l’Arabie Saoudite. Israël a rejoint Riyad en accusant le Qatar de supporter le « terrorisme » avant tout dans le but d’affaiblir l’Iran et le Hamas, les adversaires régionaux les plus gênants d’Israël, ont observé les analystes.

Le Qatar a dépensé des centaines de millions de dollars dans des projets d’infrastructure dans la bande de Gaza pour atténuer une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver, provoquée par un blocage israélien vieux d’une décennie et une série d’attaques militaires.

Jusqu’à présent, l’aide avait été acheminée à Gaza avec le consentement tacite d’Israël, a déclaré Yossi Alpher, analyste israélien et assistante d’Ehud Barak lorsqu’il était Premier ministre d’Israël au début de la Deuxième Intifada.

Mais depuis que Trump est entré à la Maison Blanche, le gouvernement israélien est apparu plus disposé que jamais à serrer les vis sur le Hamas, a déclaré Alpher à Al Jazeera. « Israël estime que le Hamas est maintenant trop faible et isolé pour pouvoir répliquer ».

Le gouvernement de Doha a également entretenu des relations diplomatiques avec l’Iran, avec lequel le Qatar partage un vaste champ de gaz.

Israël accuse Téhéran de parrainer le « terrorisme » contre lui, y compris en armant le Hezbollah, un mouvement de la résistance libanaise à sa frontière nord. Les opérations du Hezbollah ont forcé Israël à retirer ses forces d’occupation du sud du Liban en 2000.

Quand au pouvoir saoudien, il s’oppose à l’influence de la Fraternité musulmane dans la région, dont le Hamas fait partie.

Alors que la crise avec le Qatar a éclaté la semaine dernière, Lieberman a déclaré au parlement israélien: « Même les États arabes comprennent que le risque pour cette région n’est pas Israël, mais plutôt le terrorisme. C’est l’occasion de collaborer ».

Netanyahu a fait écho à son ministre de la Défense, affirmant que les États arabes « nous considèrent comme un partenaire et non comme un ennemi ».

En particulier, Netanyahou est impatient de capitaliser sur la crise afin d’éviter d’être entraîné dans de nouvelles discussions de paix par l’administration Trump. Souligner le « terrorisme » palestinienne – et l’ingérence iranienne est un moyen éprouvé de lever toute pression diplomatique.

« La stratégie d’Israël est de marginaliser la question palestinienne », a déclaré Jeff Halper, analyste israélien de la politique étrangère, à Al Jazeera. « Les signaux de l’Arabie saoudite sont qu’ils sont prêts à normaliser les relations avec Israël, même si le problème palestinien reste sans réponse ».

Il a déclaré également qu’Israël espérait que l’alliance émergente avec Riyad allait prendre le pas sur l’initiative de paix saoudienne de 2002, ce qui gênait Israël en proposant une solution régionale pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

« Israël va maintenant tenter de rediriger l’attention sur d’autres questions, de l’Iran à la question énergétique et aux armes. Tout ce qu’il faudra pour faire disparaître la question palestinienne », selon Halper.

Les plans concoctés entre Israël, l’Arabie saoudite et les États-Unis ont été révélés par une enquête d’Al Jazeera cette semaine. Il a révélé que 10 législateurs américains, financés par des groupes de pression d’Israël, avaient récemment présenté un projet de loi au Congrès menaçant le Qatar de sanctions américaines si celui-ci appuyait le « terrorisme » palestinien.

Le projet de loi exige que Doha mette fin à son « soutien financier et militaire » à la bande de Gaza, dirigée par le Hamas. La position des législateurs américains s’harmonise étroitement avec les intérêts d’Israël et de l’Égypte, qui participent tous deux au blocus de Gaza.


Qu’impliquela crise du Qatar pour le Hamas ?

Israël souhaite un Hamas affaibli à Gaza faible, ainsi qu’Autorité palestinienne isolée en Cisjordanie occupée. Le Caire, quant à lui, veut que le Hamas soit à l’écart de l’organisation sœur des Frères musulmans, que les dirigeants militaires égyptiens ont chassée du pouvoir lors d’un coup d’état militaire en 2013.

De manière tout à fait notable, L’Arabie saoudite a commencé à faire la même demande au Qatar, en l’appelant à cesser de financer le Hamas et les Frères musulmans. C’est la première fois que les Saoudiens adoptent publiquement la définition israélienne du Hamas en tant qu’organisation « terroriste » plutôt que mouvement légitime de résistance.

L’investissement continu de Doha dans la reconstruction des maisons et des routes détruites par les attaques répétées d’Israël, est aujourd’hui en jeu. Un tel soutien s’est avéré une ligne de survie pour la petite enclave assiégée.

Au cours des dernières années, le Qatar a également servi de base à la direction en exil du Hamas, peu d’autres pays étant prêts à l’héberger.

Halper a déclaré aussi que la direction israélienne espérait que la faille entre les pays du Golfe intensifierait l’isolement du Hamas. « Israël sera heureux si cette crise laisse le Hamas encore plus isolé dans la région », a-t-il déclaré. En plus d’essayer de limiter les activités humanitaires du Qatar à Gaza, Israël aide l’Autorité palestinienne à affaiblir ses rivaux du Hamas.

L’électricité dans l’enclave n’est délivrée plus que quelques heures par jour après que le président de l’AP, Mahmoud Abbas, ait refusé de contribuer au paiement de l’énergie fournie par Israël à Gaza. Abbas a également gravement amputer les salaires de plusieurs milliers d’employés de l’AP.

Ofer Zalzberg, analyste israélien auprès de l’International Crisis Group, un groupe de réflexion sur les conflits basé à Washington et à Bruxelles, a déclaré que Netanyahu et Abbas profitent du nouveau climat politique à Washington. Selon lui, « le message de Trump et Riyadh est: ‘Maintenant, vous devez choisir. Êtes-vous avec les méchants ou les bons?’ Netanyahu comprend que Trump s’est imposé comme juge et juré. »

En équilibrant les relations avec divers États de la région, y compris l’Iran, la politique du Qatar était considérée comme « trop grise » pour le goût de Trump et de Riyad, a observé Zalzberg.

Halper a déclaré de son côté que Israël avait des impulsions contradictoires à l’égard de Gaza. Il voulait que la situation humanitaire soit contrôlée pour éviter de déclencher une autre série de combats avec le Hamas. Mais il craignait aussi que le Hamas puisse profiter de toute aide pour reconstituer ses armements et construire ce que Israël qualifie de « tunnels terroristes« .

Les tunnels ont été un problème majeur pour Israël lorsque ses troupes ont envahi Gaza lors de l’opération Protective Edge en 2014, et ils ont permis aux combattants du Hamas de lancer des attaques surprise.

Neve Gordon, un professeur de politique à l’Université Ben Gurion à Beersheva, a déclaré que les efforts visant à casser les liens de Qatar avec le Hamas pousseraient le Hamas dans les bras de Téhéran.

« Sans l’aide du Qatar, le Hamas doit se tourner vers l’Iran », a-t-il déclaré à Al Jazeera. « Du point de vue d’Israël, cela crée une situation plus claire, en dépeignant le Hamas et l’Iran comme des visages différents du même « terrorisme ».

Ben Caspit, un journaliste israélien, a récemment cité des sources de sécurité israéliennes disant que Trump avait adopté l’approche de Netanyahu sur l’Iran, en le considérant pays comme « la tête du serpent et la source du terrorisme régional ».

Le but ultime de Netanyahu, a déclaré Gordon, est d’obliger les Américains à invalider un accord nucléaire signé par Barack Obama en 2015. Le gouvernement israélien et l’Arabie saoudite s’étaient vigoureusement opposé à cet accord. Netanyahou craint que si l’Iran développe une bombe nucléaire, il rivaliserait avec l’arsenal nucléaire israélien et réduirait gravement l’influence régionale de l’état sioniste.

L’Arabie saoudite craint également qu’un Iran disposant de l’arme nucléaire ne compromette son influence.

Au lieu de cela, Netanyahu et les Saoudiens préfèrent que l’Iran soit soumis à de lourdes sanctions, avec toujours présente une menace d’attaque militaire.

Jonathan Cook * Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.

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15 juin 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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