Pour parler au nom des Palestiniens, le Hamas et le Fatah doivent d’abord changer

samedi 28 octobre 2017 / 7h:31
Photo : Ibraheem Abu Mustafa
Jeunes manifestants lors d'un rassemblement à Gaza pour célébrer l'accord d'unité - octobre 2017 - Photo : Ibraheem Abu Mustafa
Ramzy BaroudL’accord de réconciliation signé au Caire le 12 octobre entre les partis palestiniens rivaux, le Hamas et le Fatah, n’était pas un accord d’unité nationale – du moins, pas encore.

Pour que ce dernier soit réalisé, l’accord devrait faire des intérêts du peuple palestinien une priorité, au-delà des agendas des factions.

La crise de direction politique en Palestine n’est pas nouvelle. Elle précède de plusieurs décennies l’existence même du Fatah et du Hamas.

Depuis la destruction de la Palestine et la création d’Israël en 1948 – et même encore avant – les Palestiniens se sont retrouvés les victimes d’un jeu de pouvoir international et régional, au-delà de leur capacité à le contrôler ou simplement l’influencer.

La plus grande réussite de Yasser Arafat, le dirigeant emblématique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), fut sa capacité à promouvoir une identité politique palestinienne indépendante et un mouvement national qui, bien qu’ayant reçu un soutien arabe, ne fut pas entièrement dépendant d’un quelconque pouvoir régional.

Les Accords d’Oslo, cependant, ont marqué la disparition de ce mouvement. Les historiens peuvent se quereller pour savoir si Arafat, l’OLP et son plus grand parti politique, le Fatah, avaient d’autres choix que de s’engager dans le soi-disant «processus de paix». Mais rétrospectivement, nous pouvons affirmer qu’Oslo a été l’effacement brutal de toutes les avancées politiques palestiniennes, au moins depuis la guerre de 1967.

Malgré la défaite retentissante des pays arabes face à Israël et ses puissants alliés occidentaux dans cette guerre de 1967, l’espoir d’un nouveau départ était né. Israël avait envahi Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza, mais aussi, sans le savoir, unifié les Palestiniens comme une seule nation, même si celle-ci est opprimée et occupée.

De plus, les profondes blessures subies par les pays arabes à la suite de cette guerre désastreuse ont donné à Arafat et au Fatah l’occasion d’exploiter de nouvelles opportunités qui se sont ouvertes à la suite du retrait arabe.

L’OLP, qui était à l’origine sous la responsabilité du défunt président égyptien Jamal Abdul Nasser, est alors devenue une plate-forme exclusivement palestinienne. Le Fatah, né quelques années avant la guerre, était le parti dominant.

Quand Israël a occupé le Liban en 1982, son objectif était l’anéantissement du mouvement national palestinien, d’autant plus qu’Arafat ouvrait de nouvelles voies de dialogue, non seulement avec les pays arabes et musulmans, mais aussi internationalement.

Les Nations Unies, parmi d’autres institutions mondiales, avaient commencé à reconnaître les Palestiniens, non comme de malheureux réfugiés ayant besoin de dons, mais comme un mouvement national dont il fallait tenir compte, méritant d’être entendu et respecté.

À l’époque, Israël était obsédé par le fait d’empêcher Arafat de transformer l’OLP en un gouvernement en gestation. À court terme, Israël a atteint son objectif principal : Arafat a dû s’exiler en Tunisie avec la direction de son parti, et le reste des combattants de l’OLP ont été dispersés à travers le Moyen-Orient, devenant une fois de plus les otages des caprices et des priorités arabes.

Entre 1982 et la signature d’Oslo en 1993, Arafat s’est battu pour continuer à compter. La mise à l’écart de l’OLP est devenu particulièrement évident lorsque les Palestiniens ont lancé leur première Intifada (le soulèvement de 1987). Une toute nouvelle génération de dirigeants palestiniens a commencé à émerger; une identité différente s’est imposée dans les prisons israéliennes et a été sculptée dans les rues de Gaza et Naplouse. Plus les sacrifices étaient importants et plus le nombre de morts palestiniens augmentait, plus ce sentiment d’identité collective grandissait.

La tentative de l’OLP de récupérer l’Intifada a été l’une des principales raisons de l’échec du soulèvement. Les pourparlers de Madrid en 1991 étaient la première fois que de véritables représentants du peuple palestinien dans les Territoires occupés investissaient une plate-forme internationale pour parler au nom des Palestiniens vivant dans le pays même.

Cette évolution a été de courte durée. Finalement, Arafat et Mahmoud Abbas (chef de l’Autorité palestinienne – AP) ont négocié secrètement un accord alternatif à Oslo. L’accord a largement marginalisé les Nations Unies et permis aux Etats-Unis de revendiquer leur position de «courtier honnête» autoproclamé dans un «processus de paix» parrainé par les Etats-Unis.

Alors qu’Arafat et sa faction tunisienne étaient autorisés à administrer les Palestiniens sous occupation avec un mandat limité cédé par le gouvernement et l’armée d’Israël, la société palestinienne est tombée dans l’un de ses dilemmes les plus douloureux depuis de nombreuses années.

Avec l’OLP, qui représentait tous les Palestiniens, mise de côté pour faire place à l’AP – qui représentait simplement les intérêts d’une branche au sein du Fatah dans une région à autonomie limitée – les Palestiniens se sont divisés.

En fait, 1994, qui a vu la formation officielle de l’AP, a été l’année de la naissance des conflits palestiniens qui perdurent encore aujourd’hui. L’Autorité palestinienne, sous la pression d’Israël et des Etats-Unis, a réprimé les Palestiniens qui s’opposaient à Oslo et rejetaient à juste titre le « processus de paix ».

Les mesures de répression ont atteint de nombreux Palestiniens qui ont pris des positions de responsabilité durant la Première Intifada. Le jeu israélien a fonctionné à la perfection : la direction palestinienne en exil s’est vue confiée la répression de la direction de l’Intifada, pendant qu’Israël se tenait à l’écart et savourait ce triste spectacle.

Le Hamas, qui était lui-même un des premiers résultats de la Première Intifada, s’est retrouvé en confrontation directe avec Arafat et son autorité. Pendant des années, le Hamas s’est positionné comme leader de l’opposition qui avait rejeté la normalisation avec l’occupation israélienne. Cela lui a valu une très large popularité parmi les Palestiniens, d’autant qu’il était devenu évident qu’Oslo était une escroquerie et que le «processus de paix» allait vers une impasse.

Quand Arafat est mort, après avoir passé des années assiégé par l’armée israélienne à Ramallah, Abbas a pris le pouvoir. Considérant qu’Abbas était le cerveau derrière Oslo, et le manque de charisme et de leadership de l’individu, le Hamas a fait le premier pas vers une tactique politique qui s’est avérée coûteuse : il a participé aux élections législatives organisées par l’AP en 2006. Et le pire était qu’il a gagné.

En devenant le principal parti politique dans une élection qui était elle-même le résultat d’un processus politique rejeté avec véhémence pendant des années, le Hamas est devenu une victime de son propre succès.

Comme il fallait s’y attendre, Israël a décidé d’en faire payer le prix aux Palestiniens. Soumise aux pressions américaines, l’Europe a rapidement cédé. Le gouvernement du Hamas a été boycotté, Gaza a fait l’objet de bombardements israéliens constants et les caisses palestiniennes ont commencé à se tarir.

Une brève guerre civile entre le Hamas et le Fatah a eu lieu à l’été 2007, causant des centaines de morts et se concluant par la division politique et administrative de Gaza et de la Cisjordanie.

Officiellement, les Palestiniens avaient deux « gouvernements », mais pas d’État. C’était une parodie ; un projet de libération nationale prometteur abandonnait l’objectif de la libération et se concentrait principalement sur les règlements de comptes entre factions, alors que des millions de Palestiniens subissaient un siège et une occupation militaire, et que des millions d’autres souffraient de l’angoisse et de l’humiliation du « shattat » [l’exil des réfugiés à l’étranger].

De nombreuses tentatives de réconciliation ont été faites, sans succès, par les deux groupes au cours des 10 dernières années. Elles ont échoué surtout parce que, à chaque fois, les dirigeants palestiniens liaient leur prise de décision aux puissances régionales et internationales. L’âge d’or de l’OLP avait été remplacé par l’âge sombre des divisions factionnelles.

Cependant, le récent accord de réconciliation au Caire n’est pas le résultat d’un nouvel engagement en faveur d’un projet national palestinien. Le Hamas et le Fatah sont tous deux à court d’options. Leur politique régionale a été un échec, et leur programme politique a cessé d’attirer les Palestiniens, lesquels se sentent orphelins et abandonnés.

Pour que l’unité Hamas-Fatah devienne une véritable unité nationale, les priorités devraient être totalement revues, où l’intérêt du peuple palestinien – tous les Palestiniens, où qu’ils soient – deviendrait à nouveau primordial, au-dessus des intérêts de factions en quête d’une légitimité limitée, d’un faux pouvoir et de subsides américains.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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22 octobre 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine

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