Et si la présidence Trump était finalement profitable à la Palestine ?

dimanche 8 janvier 2017 / 9h:38
Ramzy Baroud
Le Dr Ramzy Baroud est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur du Palestine Chronical
Ramzy BaroudIsraël en est encore tout émerveillé… Le 20 janvier devrait être comme un autre jour de Noël et Donald Trump sera alors dans le rôle du vieux Saint Nicolas, venu les bras chargés de cadeaux.

Tout semblait dit lorsque le président élu Trump a désigné un ultra-réactionnaire, David Friedman, comme prochain ambassadeur américain en Israël. Ce nouveau nommé affiche son intention de déménager l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, et soutient l’expansion des colonies illégales qui ont déjà transformé un éventuel État palestinien en une série de Bantoustans semblables à ceux de l’ex-apartheid en Afrique du Sud.

Aussi, il peut sembler curieux sinon tout à fait provocateur de suggérer qu’une présidence Trump pourrait être le coup de grâce qui obligera les Palestiniens – et en fait tout le Moyen-Orient – à se libérer du poids d’une politique étrangère américaine arrogante et futile qui s’est imposée depuis des décennies.

Il est indéniable que la présidence de Donald Trump sera sur le court terme terrible pour les Palestiniens. L’individu en question ne cherche même pas à montrer le minimum d’impartialité ou d’équilibre lorsqu’il traite du conflit le plus long et le plus lourd d’implications du Moyen-Orient.

Selon le flux apparemment inépuisable de ses tweets, Trump compte les jours avant celui où il pourra prouver aux dirigeants israéliens combien pro-israélienne sera son administration. Peu de temps après que les États-Unis se soient abstenus, le 23 décembre, de voter sur la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui condamnait la colonisation israélienne, le président nouvellement élu a tweeté: « En ce qui concerne les États-Unis, les choses seront différentes après le 20 janvier ».

Trump a une fois de plus répondu sur Twitter, peu de temps avant que John Kerry ne prononce un discours politique majeur sur le conflit israélo-palestinien, dans lequel le secrétaire d’État a fait le reproche à Israël d’avoir compromis la solution des deux États, et qualifié le gouvernement de Benjamin Netanyahu de plus à droite de tous les gouvernements passés.

Dans sa réplique, Trump a demandé à Israël de « rester fort » jusqu’à son investiture du 20 janvier. Les dirigeants israéliens sont également à l’affût, comme l’est Naftali Bennett, chef du parti fascisant « Foyer juif », qui s’attend à une « remise à zéro » des relations israélo-américaines une fois que Trump sera à son poste.

« Nous avons une chance de remettre à zéro toute l’organisation du Moyen-Orient », a déclaré Bennett aux journalistes en novembre dernier. Rappelons qu’il est également ministre de l’éducation d’Israël. « Nous devons saisir cette opportunité et bien l’exploiter », a-t-il encore dit.

L’une des perspectives imminentes dans la présidence de Trump est que « l’ère de l’État palestinien est révolue ».

Bien sûr, Kerry a raison… L’actuel gouvernement israélien est le plus à la droite et le plus extrémiste, une tendance qui ne changera pas rapidement car elle reflète fidèlement l’ambiance politique et sociétale du pays.

Voyez comment Bennett a répondu au discours de Kerry…

« Kerry m’a cité trois fois, anonymement, dans son discours afin de démontrer que nous nous opposons à un État palestinien », a-t-il dit. « Alors laissez-moi le dire explicitement : ‘Oui… Si cela dépend de moi, nous n’établirons pas un autre état terroriste au cœur de notre pays' ».

Quant au rappel par Kerry selon quoi Jérusalem devrait être une capitale pour Israël et pour la Palestine, Bennett a répondu: « Jérusalem est la capitale juive depuis 3000 ans. C’est dans la Bible, ouvrez-la et lisez. » [Typique délire messianique – N.d.T]

Dans le proche avenir, la domination du délire messianique dans la politique israélienne est irréversible. Alors que dans le passé, les politiciens juifs laïques se sont servis de notions religieuses pour appeler les juifs religieux à voter pour eux et pour peupler les colonies illégales, ce sont aujourd’hui ces mêmes groupes religieux qui donnent le ton de la politique israélienne.

Alors comment cela pourrait-il bénéficier aux Palestiniens? En termes simples : par la clarté.

Depuis que des responsables américains de niveau intermédiaire avaient accepté de rencontrer une délégation de l’Organisation de libération de la Palestine en Tunisie à la fin des années 1980, les États-Unis ont choisi un chemin des plus impraticables pour parvenir à la paix.

Peu de temps après que les États-Unis se soient « engagés » avec hésitation avec l’OLP, et après que ce dernier ait rempli un nombre infini de conditions pour recevoir un blanc-seing des États-Unis, ces mêmes États-Unis eurent carte blanche pour définir ce que signifiait la « paix » entre Israël et ses voisins palestiniens et arabes.

La Maison Blanche a alors fixé les paramètres du « processus de paix », obligeant les Arabes a leur servir de caution à maintes reprises pour n’importe quelle « vision » de la paix que les États-Unis trouvaient appropriée. Elle a classé les Arabes en camps « modérés » et « radicaux », selon la façon dont un pays répondait aux diktats américains dans la région.

Sans aucun mandat, les États-Unis se sont auto-désignés comme « honnêtes négociateurs de paix » mais en faisant leur maximum pour compromettre le respect des mêmes paramètres précédemment fixés. Tout en présentant la construction de colonies illégales par Israël comme « un obstacle à la paix », le gouvernement à Washington a financé les colonies et l’armée d’occupation chargée de protéger ces entités illégales.

Il a appelé à des « mesures de confiance » tout en finançant l’armée israélienne, tout en justifiant les guerres d’Israël contre Gaza et ses violences excessives et quotidiennes en Cisjordanie et à Jérusalem sous occupation.

En d’autres termes, pendant des décennies les États-Unis ont fait exactement l’opposé de ce qu’il ont publiquement prêché.

La schizophrénie politique des États-Unis s’exprime à plein aujourd’hui. Alors que Obama a osé commettre l’inimaginable en décembre dernier en s’abstenant de s’opposer à une résolution demandant qu’Israël mette fin à ses colonies illégales en Cisjordanie, il avait quelques semaines plus tôt signé avec Israël « le plus important accord d’aide militaire de toute l’histoire [des États-Unis]. »

Le soutien aveugle de l’Amérique à Israël au cours des années a multiplié les attentes de ce dernier, au point qu’il considère maintenant comme acquis le soutien des États-Unis, même lorsque Israël est dirigé par une clique des plus extrémistes qui déstabilise encore davantage une région déjà fragile et explosive.

Dans la logique israélienne, ces attentes sont tout à fait rationnelles. Les États-Unis ont servi de catalyseur à l’agressivité politique et militaire d’Israël, voulant en même temps calmer les Palestiniens et les Arabes selon les cas par des promesses vaines, des menaces ou des avertissements.

Les soi-disant « Palestiniens modérés » comme Mahmoud Abbas et son Autorité palestinienne, ont été dûment « calmés » et en retour ils se sont vus attribués quelques semblants de « pouvoir » grâce à l’accord américain, tout en laissant Israël de conquérir tout ce qui restait de Palestine.

Mais cette époque est terminée. Alors que les États-Unis continueront de soutenir l’intransigeance israélienne, une présidence de Trump pourra signifier la mort du double-langage tenu à Washington.

Si les mots on un sens, le mal n’est pas le bien et l’addiction à la guerre n’est pas la paix. En fait, Trump est en train d’exposer la politique étrangère américaine pour ce qu’elle est réellement et pour ce qu’elle a été pendant des décennies. Sa présidence est susceptible d’imposer à tous les partis un choix absolu et clair quant à leur position sur la paix, la justice et les droits de l’homme.

Les Palestiniens devront eux aussi faire un choix : soit s’affronter dans le cadre d’un front unique à la réalité qui s’impose depuis si longtemps, soit céder devant ceux qui ont l’intention de « remettre à zéro » l’avenir du Moyen-Orient sur la base d’une sordide interprétation de prophéties bibliques.

A1 * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

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4 janvier 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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