Statut de Jérusalem : une faillite au niveau international

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7 décembre 2017 - Manifestation à Naplouse - Photo : MaanImages
Mariam BarghoutiLes Palestiniens éprouvent un sentiment collectif d’angoisse et de colère depuis que le président Donald Trump a annoncé que les États-Unis reconnaissaient officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël et allaient y installer leur ambassade de Tel Aviv.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est un autre coup douloureux pour les Palestiniens car elle démontre une fois de plus comment les puissances internationales agissent sans reconnaître ni faire appliquer les droits des Palestiniens.

Le problème avec la déclaration des États-Unis, cependant, ne repose pas sur la reconnaissance et la déclaration elle-même, mais à la série d’événements qui y ont conduit. C’est le point culminant de l’échec international à l’égard des violations israéliennes des droits humains, du soutien perpétuel des États-Unis à Israël, de l’incompétence des dirigeants palestiniens à trouver des solutions diplomatiques et, plus récemment, de la nouvelle relation que l’administration américaine construit avec certains États arabes.

L’histoire se répète

Cette année – l’année où Jérusalem est reconnue par les États-Unis comme la capitale d’Israël – marque également 100 ans depuis que Lord Balfour a donné au mouvement politique sioniste le droit à une patrie juive en Palestine. La dernière décision américaine fait ainsi écho au même sentiment selon lequel les puissances internationales ignorent la population palestinienne autochtone et son droit à l’autodétermination.

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La déclaration Balfour a non seulement illustré les dangers de telles déclarations unilatérales, mais a également prouvé qu’Israël les exploitera pour faire avancer son programme colonial. La déclaration de 1917 a ouvert la voie aux milices sionistes pour raser les villages palestiniens et s’emparer des terres palestiniennes. Aujourd’hui, la déclaration de Donald Trump légitime cette violence historique en fournissant à Israël un soutien sans faille.

Trump avait raison de dire que “Jérusalem est le siège du gouvernement israélien moderne, le siège du Parlement israélien, de la Knesset, ainsi que de la Cour suprême israélienne, où se trouve la résidence officielle du Premier ministre, du président, et c’est le siège de nombreux ministères du gouvernement.”

Jérusalem a en effet été traitée comme la capitale d’Israël depuis des décennies, quoique officieusement. C’est à cause de cela que la reconnaissance de Trump a été rendue possible. Le travail de base était déjà présent, et ainsi, tout ce qui a conduit à cet instant est la preuve de la banqueroute morale de la communauté internationale dans son approche de la détresse palestinienne.

Le gouvernement israélien a imposé un contrôle absolu et complet de la population palestinienne à Jérusalem, tout comme il l’a fait dans d’autres villes et villages de Palestine. Les Palestiniens de Jérusalem ne possèdent que des cartes de résidence, qui peuvent être révoquées à tout moment. Israël démolit continuellement des maisons dans les quartiers palestiniens sous prétexte d’absence de permis de construction, et les jeunes Palestiniens sont ciblés de manière discriminatoire par les forces israéliennes d’occupation.

Ce sont ces politiques israéliennes – politiques contre lesquelles les Palestiniens ont protesté pendant des années – qui ont fait taire les voix palestiniennes pour que Jérusalem puisse être présentée comme israélienne de facto.

Les dirigeants arabes ignorent les appels à l’aide des Palestiniens

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que cela n’aurait pas été possible sans les capitulations des dirigeants palestiniens. La politique palestinienne a été gâchée par la rivalité entre factions, la collaboration répressive avec les services secrets israéliens aux dépens des Palestiniens, et une série de concessions sous la forme d’accords et de traités qui n’ont jamais respecté les fondements des revendications palestiniennes : la justice, la libération et la dignité.

Et tandis que les Palestiniens ont rappelé pendant des décennies leurs revendications pour l’autodétermination et les droits humains fondamentaux, la communauté internationale et les dirigeants palestiniens les ont délibérément ignorés pour poursuivre un autre programme qui tourne autour des négociations. Cela a uniquement engendré plus de répression et une brutale augmentation du nombre de colonies.

Aujourd’hui, nous voyons une fois de plus, à la fois la communauté internationale et les dirigeants arabes ignorer les appels palestiniens pour la justice. Ceci est évident dans le discours dominant des dirigeants mondiaux et arabes : il s’articule autour de la peur d’un autre soulèvement, d’une instabilité et d’une protestation massive. Dans la plupart des discours et des proclamations, il n’y a pas de véritable évocation des racines de l’occupation violente imposée aux Palestiniens.

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La réaction possible des Palestiniens et de la communauté arabe est présentée comme la principale raison de s’opposer à cette décision, et cela masque le fait que la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale israélienne repose sur des violations des droits humains.

C’est l’amplification de la “peur de la réaction palestinienne et arabe” qui pourrait tragiquement être le cadre pour pousser à plus de négociations alors que les États arabes se précipitent pour contrôler toute protestation et que les États-Unis poussent vers une paix qui n’est qu’une façade et consistera à donner à Israël ce qu’il veut : un État sans la nuisance de l’existence des Palestiniens.

Alors que les dirigeants du monde entier proclament que cette décision mettra fin aux pourparlers de paix, à la solution à deux États et à la stabilité dans la région, il n’y a eu ni paix ni stabilité dans les territoires depuis le début de l’occupation israélienne.

Le discours des États arabes révèle également leur manque de sincérité pour parvenir à une véritable solution dans la région, qui rendrait Israël responsable de ses crimes et qui accorderait aux Palestiniens tous leurs droits. Ceci est particulièrement évident alors que se répand le flot de condamnations verbales contre la décision américaine.

Les Palestiniens connaissent trop bien ce scénario dont rien ne sortira. La vérité est que les États-Unis ont un programme qui est aligné sur les intérêts israéliens et que les États arabes sont uniquement préoccupés de cajoler l’administration Trump.

Cet été, nous avons vu les Palestiniens protester contre les mesures israéliennes à l’encontre d’al-Aqsa. Là aussi, il y a eu des condamnations et des protestations de la part des Etats arabes et des pays à travers le monde. Cependant, cette approche symptomatique et symbolique ne fera que continuer à encourager l’occupation israélienne et le vol des terres palestiniennes.

Entre les lignes du discours de Trump mercredi, il y a le message d’Israël qui nous dit que si vous commettez des crimes tout en mentant effrontément au reste du monde, vous obtiendrez ce que vous voulez et vous serez gagnant.

* Mariam Barghouti est une écrivaine palestino-américaine basée à Ramallah. Ses commentaires politiques sont publiés dans l’International Business Times, le New York Times, TRT-World, entre autres publications. Son compte twitter. : @MariamBarghouti

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7 décembre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah