Une interview d’Alexandra Dols, réalisatrice du film « Derrière les Fronts »

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Alexandra Dols, productrice et réalisatrice du film "Derrière les fronts: résistances et résiliences en Palestine" - Photo : Chronique de Palestine
Une interview d’Alexandra DolsProductrice et réalisatrice du film « Derrière les fronts: Résistances et Résiliences en Palestine« , actuellement projeté dans les salles de cinéma en France, Alexandra Dols répond ici à nos questions.

Chronique de Palestine: Alexandra, tu es scénariste, réalisatrice, productrice de films, mais aussi militante. Peux-tu te présenter en quelques mots ? Nous parler de ton travail ?

Alexandra Dols : Ma formation est celle d’une scénariste et réalisatrice, à la Sorbonne et à Paris VIII Saint-Denis, et on va dire par la force des choses, par nécessité je suis devenue productrice de mes deux longs métrages documentaires. Le premier était « Moudjahidates » en 2007, sur des engagements de femmes dans la lutte pour la libération de l’Algérie, et le second en 2016 est « Derrière les fronts: Résistances et Résiliences en Palestine ».

Pourquoi « devenue productrice par la force des choses » ? Pour la simple raison que je n’ai pas trouvé de producteur pour m’accompagner, je n’ai pas trouvé de partenaire dans la profession pour porter ensemble les partis-pris à contre-courant de mes films.

Alors militante ? C’est un terme aujourd’hui qui a vraiment été « abîmé », sali par les médias, qui devient parfois une manière de caricaturer aussi, avec une idée de dogmatisme. Je pense que je suis encore militante dans le sens où ce qui m’intéresse c’est de faire des films pour les intérêts des opprimés, aux côtés des opprimés, pour contribuer à transformer la société. Ce qui m’intéresse c’est de proposer – par le cinéma – des cadres où déjà des gens se réunissent, se rencontrent autour d’une même expérience qui est de voir un film et de pouvoir ensuite en discuter, d’échanger sur les perspectives qui y sont proposées. Le lien social possible autour des films est déjà un fait qui m’intéresse.

En tout cas, « militante » je le suis, et j’ai été enrichie de plein de cultures politiques différentes. J’ai traversé plusieurs milieux politiques – pas tout le spectre, bien évidemment – plutôt situés dans l’extrême-gauche. Le féminisme radical a été important pour moi, mais aujourd’hui, honnêtement, je serais incapable de qualifier mes étiquettes politiques ; il y a quelque chose d’une boule à multiples facettes, avec un éventail de convictions et façons de considérer la société, qui sont issues pour moi du féminisme radicale, de l’anti-impérialisme, de la pensée libertaire, du matérialisme, des enjeux portés par les personnes queer et aussi du fait de me penser comme sujet spirituel.

Dans cet ensemble que je vois comme cohérent, je ne vis pas totalement de ce travail de réalisatrice et productrice. Je fais parallèlement de l’éducation à l’image, mais je n’en vis pas totalement non plus, et c’est une réalité de l’époque : j’ai plusieurs activités en parallèle pour pouvoir produire des films. Par contre il y a une cohérence entre les films que je fais et mon approche sur l’éducation à l’image qui est de développer des ateliers autour de l’auto-défense par rapport aux images. De l’auto-défense dans le sens où avec les élèves de collèges et lycées, nous détectons et analysons quels peuvent être les clichés racistes, sexistes, classistes, homophobes, islamophobes etc… qu’il peut y avoir dans des représentations, des pubs, des séries, des émissions de télé … et on interroge aussi la manière dont on a intégré et intériorisé ces clichés.

Il y a donc cette continuité entre ce que j’essaie de faire dans les films, de saisir des opprimés en lutte, de saisir les dynamiques de groupes en lutte, et l’éducation à l’image en France, auprès de jeunes. Sans vouloir leur transmettre un savoir déjà « en kit ou en barre » à assimiler, mais leur donner plutôt un cadre où ils accouchent de leur propre intuition politique.

C.P : Comment t’es venue l’idée de faire ce film ? Peux-tu revenir sur les conditions dans lesquelles tu as rencontré Samah Jabr et comment vous avez décidé ce projet ?

A.Dols : L’idée de faire ce film a pris racine dans mon précédent documentaire – donc toujours « Moudjahidates » que j’ai achevé en 2007 – puisque à l’occasion du travail d’enquête pour ce documentaire j’ai découvert Frantz Fanon. Il y a plusieurs choses qui m’a alors marquée dans sa pensée, mais il y a le fait qu’il ait donné à lire des tableaux cliniques de personnes qui ont été torturées par l‘armée française, et aussi des tortionnaires. Il soignait les deux dans son hôpital psychiatrique.

C’était des choses très fortes qui m’ont marquée, et surtout il y avait cette idée de politiser la question psychologique puisqu’il posait ce postulat selon quoi il ne pouvait y avoir une décolonisation de l’Algérie sans « décolonisation des esprits ». C’est un parti-pris très fort que j’ai retrouvé en découvrant les textes de Samah en 2007, année où j’ai commencé à la lire. Tout de suite, quelque chose m’a saisie, dans l’incarnation d’une réalité qui n’était plus théorique, qui était celle de l’occupation et vis-à-vis de laquelle j’avais une position de principe anti-colonialiste.

Mais en la lisant, d’un seul coup les choses me paraissaient incarnées, intimes, tout en développant dans l’héritage de Fanon cette idée de proposer un diagnostic psychologique et politique sur sa société. Et en proposant surtout un projet de libération psychologique…

Comment ai-je ensuite rencontré Samah ? A la lecture de ses textes j’ai trouvé comment établir le contact, et après plusieurs mois d’envie de rédiger un courrier, j’ai fini par lui écrire. Cela a pris un peu de temps, que ce soit de son côté ou du mien, avant que nous décidions d’un premier tournage en 2013 où elle acceptait de répondre à mes questions. Cela pris du temps du côté de Samah, car cela correspondait à une période de plusieurs années – 6 ans me semble-t-il – où elle n’écrivait plus, et je l’ai donc interpellée à la fois en tant qu’écrivaine et en tant que psychiatre.

Ces écrits sont donc à la genèse du film.

C.P : Le titre du film «Derrière les fronts» évoque à la fois les luttes des Palestiniens, mais aussi les luttes à l’intérieur de leur univers mental. Peux-tu nous parler des effets psychologiques, profondément traumatisants bien que moins directement visibles de l’occupation sur toute une population ?

A.Dols : Je pense être moins bien placée que Samah pour répondre à ta question… J’ai essayé de restituer dans le film une partie de son analyse et aussi de l’auto-diagnostic réalisé avec les autres Palestiniens et Palestiniennes que j’ai pu rencontrer. Chacun a sa propre analyse sur son expérience, sur sa vie, sur comment l’occupation tente de casser la vie des gens. Entre parenthèses, pas besoin d’être « psy » pour le savoir.

En fait, l’objet de ta question est vraiment tout l’enjeu du film : comment le système attaque l’individu, l’individualité, par les éléments qui sont évoqués dans le film comme « la haine de soi », dans l’oppression intériorisée, dans la façon d’écraser et d’envoyer un message selon quoi « ta vie ne vaut rien », ce qui fait que l’on va commencer à s’identifier à l’agresseur, à l’occupant… et à adopter ses perspectives.

A la fois le film parle de cela, mais aussi des attaques au niveau collectif puisque Samah évoque le traumatisme trans-générationnel lié à la Nakba – qui signifie « la catastrophe » en arabe et évoque la spoliation, les meurtres, l’expulsion des deux tiers des Palestiniens de leurs terres et maisons en 1948 par les sionistes. Et Samah qualifie cette Nakba de « continue » puisque c’est un processus encore en cours.

Samah Jabr, médecin psychiatre exerçant en Palestine occupée - Photo : Archives
Samah Jabr, médecin psychiatre exerçant en Palestine occupée – Photo : Archives

Il y a donc des conséquences sur l’ensemble de la société et l’ensemble de la population. D’ailleurs, Samah nous dit quelque chose de très intéressant par rapport à cela : « tu as beau être très individualiste, avoir des ressources et te sentir dans une situation économique confortable, en tant que Palestinien tu seras dans tous les cas affecté par la Nakba. »

Il y aussi des aspects plus délicats et encore une fois je ne suis pas la mieux placée développer, mais dans le film Samah évoque la désensibilisation, le fait d’être stoïque et incapable de formuler sa propre souffrance tellement l’occupation écrase … Tous ces faits traversent à mon avis l’ensemble de la société. Les Palestiniens et Palestiniennes sont des individus « dynamiques », c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’essence. L’idée de résilience, Samah en parle également comme quelque chose de dynamique, avec des périodes, phases, des moments plus difficiles, mais aussi des moments plus forts. Encore une fois, il n’y a pas de « nature palestinienne ».

C.P : La personnalité très forte de Samah Jabr traverse l’essentiel du film. Quelles sont ses responsabilités aujourd’hui en Palestine ? De par ses fonctions et sa position, n’est-elle pas une sorte de point de rencontre de toutes les effets psychologiques de l’oppression ?

A. Dols : Lorsque j’ai interrogé Samah en 2013, elle était encore directrice du centre médico-psychiatrique de Ramallah et avait un cabinet privé. Aujourd’hui elle a toujours son cabinet, mais elle est en même temps chef de l’Unité psychiatrique de santé mentale en Cisjordanie.

C’est donc elle qui coordonne le développement de tout le secteur psychiatrique en Palestine.

Par son travail clinique, son activité dans le secteur privé où elle rencontre des patients, son bénévolat dans une association qui s’occupe de récolter et consigner des témoignages de personnes qui ont été torturées dans les prisons israéliennes, ses rencontres avec des familles et des enfants, ses activités de formation pour les intervenants internationaux comme Médecins du Monde et d’autres structures internationales, ses actions de formation auprès des professionnels palestiniens… Samah embrasse un spectre vraiment large de pathologies liées à l’occupation.

Ils sont vingt-deux psychiatres pour une population de plus de deux millions d’habitants en Cisjordanie, et elle a donc beaucoup de travail. Ses fonctions la mettent également dans une situation d’être proche, de travailler pour l’Autorité palestinienne et précisément le Ministère de la santé, et je pense et qu’elle côtoie de près aussi toute une partie d’un système politique. Du coup, elle est à même de nous préciser le fossé énorme existant entre le budget alloué à la santé mentale et celui alloué à la « sécurité » [collaboration répressive avec l’occupant].

Le fait de côtoyer cette classe politique lui permet d’avoir une analyse fine de leur rapport psychologique et politique au pouvoir, au peuple et à l’occupant.

C.P : Le film est d’une certaine façon un peu composite puisqu’il évoque plusieurs thème, ou fronts de lutte, dont la question des prisonniers palestiniens en Israël avec l’interview émouvante et impressionnante de Khader Adnan. Que souhaiterais-tu dire sur ta rencontre avec Khader ?

A.Dols : Tout d’abord, c’était une grande chance !… Nous étions très fières, très impressionnées de rencontrer ce gréviste de la faim.

J’avais moi-même beaucoup lu à son sujet avant de le rencontrer. J’avais bien conscience de tout l’espoir qu’il incarnait, de sa très grande crédibilité politique auprès de beaucoup de gens.

C’est un peu le mal du siècle de devoir trouver des personnes qui incarnent un engagement et trouvent des façons de formuler cet engagement pour rassembler, transcender les appartenances.

Photo : Hybrid Pulse
Sheikh Khader Adnan – Photo : Hybrid Pulse

J’avais entendu parler de Sheikh Khader Adnan comme de quelqu’un qui par sa grève de la faim symbolisait vraiment la lutte pour la dignité, contre les détentions administratives.

Nous l’avons donc rencontré à Naplouse, peu de temps après sa sortie de prison où il avait poursuivi une grève de la faim de quasiment 60 jours. Nous étions très contentes car il nous a accordé plus de temps que ce qui était prévu au départ, et comme il le dit dans le film, ce temps est très précieux et au détriment de sa santé et de sa famille. Il a paru enthousiaste de se rendre compte que nous étions au courant de certaines réalités. Un rapport de confiance s’est donc instauré, et j’espère que l’interview est à la hauteur de cette confiance qu’il nous a témoigné.

J’ai été très impressionnée aussi par sa sensibilité… Il avait une conscience très aiguë de la réception de son propos, y compris en Occident, alors qu’il lui est interdit de sortir de Palestine, comme il le rappelle. Sa voix est « barricadée », et il a une grande conscience des clichés incrustés dans les têtes des gens en Occident, dont les clichés islamophobes, les clichés qu’il peut y avoir sur la résistance palestinienne, sur le soit-disant antisémitisme des Palestiniens.

Tous ces éléments, il les a anticipés, et le souvenir le plus fort que je garde de cette rencontre, c’est sa détermination, sa sérénité dans cette détermination. C’est quelqu’un qui était prêt à « mourir à petits feux » pour ce à quoi il croit, ce qu’il veut défendre, à savoir une Palestine libérée. Sa force en face de nous produisait vraiment une grande impression.

C.P : Le film a emporté le «Sunbird Award» du meilleur documentaire au «Festival Days of Cinema in Palestine» à Naplouse. Qu’éprouves-tu à cet égard ?

A.Dols : C’est un festival qui a eu lieu à travers toute la Palestine, dans plusieurs villes de Cisjordanie, dans la bande de Gaza – je ne sais pas s’il y a eu des projections à l’intérieur de la Palestine de 48.

Alors sur ce que j’éprouve, et ce que toute l’équipe éprouve… C’est une immense fierté ! Et une immense joie ! Après les refus des institutions officielles de nous financer – j’ai en effet essuyé beaucoup de refus de différents festivals, de milieux culturels français et internationaux – obtenir cette première distinction par les principaux concernés du film est quelque chose d’énorme pour moi.

D’autre part, ce que disait Samah, c’est que les Palestiniens ont validé le film. Les membres du jury et les spectateurs ont validé le film, et lorsque l’on sait que parmi les films faits sur les Palestiniens, il y en a peu où les Palestiniens et Palestiniennes se reconnaissent vraiment, on comprendra l’importance de la reconnaissance que ce prix nous a apportée, la légitimité et la force que cela nous a données pour projeter le film en France.

C.P : La question LGBT en Palestine est clairement abordée, avec l’interview remarquable de Ghadir al-Shafie. Quelle a été la réaction du public palestinien à cette évocation ?

A.Dols : Encore une fois, il n’y a pas de réaction homogène. Il y a différents types de réaction, mais d’une manière générale ces réactions m’ont renforcée dans mon choix d’avoir rencontré Ghadir, et parmi les réactions manifestées – dans le camp de Dheisheh à Bethléem, au centre Laylak qui est un centre culturel et où existe une culture politique plutôt autonome, d’extrême-gauche – un jeune homme d’une trentaine d’années ma dit, entre autres commentaires, qu’il était très important que le témoignage de Ghadir fasse partie du film.

Il continua en disant que c’était courageux, et qu’il était temps que cette question soit abordée et que Ghadir le faisait avec mots justes, clairs. J’ai alors ajouté que Israël instrumentalise un groupe d’opprimé(e)s, la question de l’homosexualité ou de la transsexualité, et qu’il était temps que les principaux concernés, c’est-à-dire les Palestiniens queer, soeint entendu-es.

Photo : Hybrid Pulse
Ghadir al-Shafie – Photo : Hybrid Pulse

Pour aller au-delà des images publicitaires que Israël essaie de diffuser autour du soit-disant « paradis gay » que serait Tel-Aviv, ce qui est raconté par Ghadir c’est comment la tolérance à l’homosexualité de Palestiniens et Palestiniennes était rendue possible à la condition de renoncer à son identité palestinienne, son arabité.

Ce n’est pas un cas isolé, et j’ai eu d’autres retours de Palestiniens et Palestiniennes qui m’assuraient que c’était important que le témoignage soit intégré dans le film, parce qu’il s’agissait d’une réalité répandue. En ce qui me concerne, c’était une question que je voulais inclure aussi dans le cadre d’une réflexion plus globale sur les outils idéologiques du système de l’occupation. Un de ces outils est celui de la division, de la catégorisation des individus, que ce soit par l’identité chrétienne – vouloir que les Palestiniens chrétiens ne soient plus Palestiniens ou vouloir procéder de même avec la communauté queer.

Pour revenir à la question, il y a eu plusieurs types de réaction dont clairement une validation ou des encouragements. En off, on m’a dit aussi : « je suis très contente du film » – c’était une femme palestinienne – « j’ai envie que ma collègue israélienne le voit, entre autres raisons parce qu’il y a cette femme palestinienne et queer qui est fière d’être palestinienne. »

Il y a eu bien sûr quelques personnes appelées par Samah « dans une tolérance agacée ». Mais cette question n’a empêché en rien le bon accueil fait au film.

C.P : Vous avez, toi et Samah, animé plusieurs projections en avant-première dans un nombre considérable de villes françaises. Quelle a été la réaction du public ? Que dirais-tu de la perception de la question palestinienne en France ?

A.Dols : J’en suis rien qu’à ma dix-huitième projection-débat rien que pour la sortie nationale. Samah m’a accompagnée dans au moins une vingtaine de projections depuis la sortie du film à la fin 2016.

Les réactions du public sont variées, mais d’une manière générale – et à part un cas en mars dernier où il y avait vraiment une hostilité délibérée de la part d’un pro-israélien venu à une projection et qui a tenu sur le film des propos assez injurieux et calomnieux sur le film comme sur Samah et moi-même – il n’y a pas eu de confrontation hostile lors des projections-débats.

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Débat à la suite de la projection du film
Photo : Hybrid Pulse
Cependant, ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a pas que des convaincus dans les salles.

Je me souviens d’une dame il y a deux jours qui m‘a dit : « Mais comment avez-vous fait ça ? Comment avez-vous fait ce film ? C’est très osé, c’est très courageux, parce que moi je ne suis entourée que de personnes pro-israéliennes ou de personnes qui n’osent pas dire ce qu’elles pensent … » Du coup, j’ai senti que pour cette femme c’était une sorte de claque d’entendre d’autres points de vue exposés aussi clairement. J’ai trouvé cela très bien !

Il y a des gens qui se retrouvent un peu là par hasard, qui disent ne pas connaître grand-chose sur la question. Ce qui est très bien aussi. Mais il y aussi évidemment – et je remercie tous les groupes de solidarité avec la Palestine, l’ensemble de nos partenaires pour leur travail à l’occasion de la sortie du film – une bonne part du public qui ne se retrouve pas là par hasard, qui est fait de gens impliqués dans le soutien à la Palestine et qui me font des retours très chaleureux et très encourageants.

L’idée de ce film est aussi de nous donner un nouveau souffle, non pas de nous faire un rappel de mémoire car les gens n’ont pas oublié, mais ça renforce nos rangs. Je suis très contente lorsque par exemple une femme – une femme arabe – qui milite pour la Palestine depuis plusieurs années me dit hier : « Ce film va bien au-delà de mes attentes ».

Et pour revenir à la question, que dire de la perception de la question palestinienne en France ? Mais à quel niveau ? A celui de l’État ? Où l’on voit très bien que nous sommes dans une logique de criminalisation de la solidarité avec la Palestine. S’il est question des médias, cela dépend de quels médias mais l’État et les grands médias sont en vase communicant et c’est la même idée qui s’impose. Par contre, encore une fois, dans les rencontres, dans les salles de projection, dans l’espace créé par le film – et que je vois comme un espace privilégié, confortable – les propos soudain émergent à partir de ce dont on vient d’être témoins, c’est-à-dire le sort réservé aux Palestiniens et comment ces derniers y font face.

A partir de là, les discussions qui prolongent le film montrent bien à quel point il existe une flamme qui n’est pas éteinte, malgré le découragement, la lassitude que l’on peut éprouver par rapport à la situation en Palestine.

Les gens ont à cœur, ont dans le cœur de faire en sorte qu’une solution dans la justice soit trouvée pour la Palestine.

C.P : Quels sont tes projets à venir ?

A.Dols : Tout d’abord le repos… Mais un syndicat vient de me commander un film sur l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie au travail. Cela va être mon travail dès début 2018.

J’aimerais aussi trouver un distributeur international, ce que l’on appelle un vendeur international pour le film, car je voudrais le faire vivre partout dans le monde – États-Unis, Amérique latine, monde Arabe, Palestine bien sûr, Afrique, Asie… Partout !… Je voudrai donc que ce film avec Samah et les autres soit diffusé le plus possible.

Puis pour ce qui est d’un prochain film, c’est encore trop tôt pour l’annoncer !…

Merci pour cette interview, et à très bientôt !

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Consultez l’agenda des projections du film « Derrière les Fronts ».

Propos recueillis le 20 novembre 2017