Les villages palestiniens sous occupation ont accès à l’eau courante à peine 2 heures chaque semaine

jeudi 27 octobre 2016 / 9h:41
De l'eau deux heures chaque semaine
Israël impose une politique de coupures d'eau chaque été, mais cette année, cela a atteint un niveau sans précédent - Photo : Eloise Bollack/Al Jazeera
Eloise BollackCisjordanie sous occupation : le contrôle israélien sur l’accès et l’approvisionnement en eau a laissé les Palestiniens désespérés.

Enas Taha, un habitant du village palestinien de Kafr al-Deek en Cisjordanie occupée, est aujourd’hui désespérée.

« Depuis que la crise [de l’eau] a commencé en juin, la municipalité a été en mesure de fournir de l’eau pour à peine une heure deux fois par semaine », a déclaré Taha à Al Jazeera. « Je vérifie les prévisions météo tous les jours. Ils ont annoncé de la pluie il y a trois semaines, mais elle n’est pas encore venue. La seule chose que je peux faire est de prier Dieu. »

De nombreuses communautés de Cisjordanie sont confrontées à des problèmes similaires, au milieu d’une grave pénurie d’eau qui dure depuis des mois. Dans les gouvernorats de Salfit, Djénine et d’Hébron, certains villages sont restés aussi longtemps que 40 jours d’affilée sans eau courante.

À la mi-juillet, les habitants de la région de Bethléem ont organisé un sit-in quotidien pour protester contre les pénuries, ce qui a déclenché des affrontements entre jeunes Palestiniens et forces israéliennes d’occupation.

« C’est une situation très angoissante. Je dois réfléchir à chaque goutte d’eau que j’utilise », a déclaré Taha. « Nous avons à peine assez pour boire, cuisiner, prendre une douche et utiliser la salle de bains. Parfois, je ne fais pas la lessive ni ne nettoie la maison pendant des semaines. Il fait chaud et tout poussiéreux. C’est épuisant… »

Certains Palestiniens en ont fait une plaisanterie en disant que le collecteur de factures pour l’eau passe chez eux plus souvent que l’eau. Comme la demande augmente, le coût de l’eau potable a grimpé en flèche, certaines familles dépensant jusqu’à 30% de leurs maigres revenus pour en acheter.

Israël met en œuvre une politique de coupures d’eau chaque été, mais cette année, cette politique a atteint un sommet sans précédent. Au début de juin, la compagnie des eaux israélienne Mekorot a informé l’Autorité Palestinienne pour l’Eau (PWA) de coupures d’alimentation estivales totalisant plus de 50% [du temps et des volumes] – et ces coupures, même si maintenant moins dramatiques, restent en vigueur aujourd’hui, plus d’un mois après la fin officielle de l’été.

« Nous sommes en contact régulier avec [Mekorot] pour trouver une solution, mais ils nous donnent constamment différentes excuses, comme l’augmentation de la demande, l’augmentation de la température, etc, » a déclaré à Al Jazeera Deeb Abdelghafour, le directeur du département palestinien pour les ressources en eau.

L’idée que la région souffrirait d’un manque d’eau est un mythe, a-t-il a ajouté: « Cela fait des décennies que nous avons été confrontés à une pénurie, et la raison n’en est pas naturelle, mais artificielle – c’est l’œuvre de l’occupation israélienne et du contrôle israélien sur les ressources en eau dans les Territoires palestiniens. »

Les responsables israéliens ont prétendu que les ressources en eau sont partagées de façon égale entre Israël et les Territoires palestiniens sous occupation. Le coordonnateur des activités israéliennes dans les territoires – une unité de l’armée israélienne – a prétendu qu’Israël fournissait 64 millions de mètres cubes d’eau aux Palestiniens chaque année, même s’il est seulement tenu de fournir 30 millions dans le cadre des accords d’Oslo.

Cependant, la disparité est évidente face à la luxuriance des jardins, des parcs et des piscines dans les colonies israéliennes illégales. La principale différence est que les villages palestiniens en Cisjordanie ne sont pas connectés au réseau national de l’eau, comptant plutôt sur les réserves souterraines locales.

Les Palestiniens vivant dans des régions éloignées ont été les plus durement touchés par la crise de l’eau, les villages étant plus pauvres et les mauvaises routes d’accès impliquant souvent des coûts supplémentaires pour la livraison.

« Nous avons besoin de camions 4×4 spéciaux pour rouler sur les routes non pavées, et cela peut prendre jusqu’à deux heures pour atteindre les communautés », a déclaré Hafez Hureini, un habitant du village au-Tuwani et responsable du Comité Populaire pour le sud d’Hébron.

Au cours de l’été, les médias israéliens ont rapporté que les colonies juives illégales en Cisjordanie ont également souffert de perturbations quotidiennes dans l’approvisionnement en eau, ce qui incite le gouvernement israélien à mettre en place un nouveau site de forage, Ariel 1, qui fournirait 250 mètres cubes d’eau par heure.

Abdelrahman Tamimi, directeur du Groupe palestinien d’hydrologie pour l’eau et l’environnement, a déclaré que ce n’est pas là que l’eau est le plus nécessaire.

« Les puits devraient être forés làoù la demande est importante, comme au nord et au sud de Jénine, au sud d’Hébron, ou nord-ouest de la vallée du Jourdain. Pourquoi Ariel ? Alors qu’il y a déjà un puits ? Ils pourraient simplement améliorer la capacité du puis existant … [Cette mesure] n’est certainement pas prise pour alimenter les communautés palestiniennes, » a déclaré Tamimi à Al Jazeera.

En attendant, Israël a accusé les Palestiniens de puiser dans le réseau, l’Autorité de l’eau israélienne affirmant que 5000 mètres cubes d’eau sont détournés chaque jour par les Palestiniens.

« Nous sommes conscients qu’il y a du détournement d’eau … Cependant, nous devrions nous demander pourquoi les gens en sont réduits à cela ? Tout simplement parce qu’ils en ont besoin », a déclaré Abdelghafour.

Dans le même temps, l’augmentation des besoins en eau en raison de la croissance des populations israélienne et palestinienne pousse à ses limites l’infrastructure de l’eau existante. La majeure partie du réseau pour l’eau a été installée en 1967, quand Israël a occupé la Cisjordanie. Aujourd’hui, les calibres des tuyaux sont insuffisants et le système arrive en fin de vie.

« Mais améliorer l’infrastructure même uniquement dans la zone A et B est un casse-tête », a déclaré Abdelghafour. « Ils [Israël] imposent des procédures longues et compliquées, avant de délivrer des permis d’importer même pour les plus petites pièces ou équipements. »

Les données publiées par l’Autorité de l’eau israélienne montrent qu’une forte expansion de l’agriculture dans les colonies a conduit à une hausse estimée de 20 à 40% dans leur consommation en eau cette année.

« L'[Autorité palestinienne] n’a pas de solution pour la crise de l’eau. À mon avis, Israël a profité de cet été pour appliquer plus de pression sur nous afin que nous achetions de l’eau désalinisée, de sorte qu’ils puissent totalement allouer les eaux souterraines aux colonies et pour leur expansion à venir, » dit Tamimi.

Depuis 2005, cinq usines de dessalinisation ont été construites en Israël, produisant à présent environ 50% de l’approvisionnement en eau du pays.

« Nous ne voulons pas abandonner nos droits historiques sur nos ressources naturelles, en échange d’une eau issue des usines de dessalinisation », a déclaré Abdelghafour. « Une fois que nos droits fondamentaux seront respectés, avec une répartition équitable des ressources et sur la base du droit international, alors nous pourrons penser à d’autres options de développement, telles que la dessalinisation ou le retraitement des eaux usées. »

24 octobre 2016 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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