
La mobilisation des forces armées locales autour de Dara'a a manifestement atteint un nouveau sommet - Illustration : Palestine Chronicle
Par Robert Inlakesh
La mobilisation des forces armées locales autour de Dara’a a manifestement atteint un nouveau sommet, et si les choses continuent à se radicaliser, il y a maintenant des raisons de croire que cela pourrait se transformer en un formidable mouvement de résistance, écrit Robert Inlakesh
Mercredi soir[2 avril], les milices locales du sud de la Syrie se sont mobilisées pour faire face à une incursion militaire israélienne dans la campagne à l’ouest de la ville de Daraa. Un convoi militaire israélien a été pris en embuscade, des affrontements ont éclaté près de la ligne de démarcation entre les deux camps et un soulèvement populaire semble se préparer.
Cela pourrait être le début du front de résistance du sud de la Syrie.
Le même jour, une mobilisation soudaine s’est produite après des appels à la résistance lancés depuis les haut-parleurs des mosquées dans les régions de Nawa et de Tasil, dans la campagne de Dara’a, dans le sud de la Syrie.
Des centaines d’hommes ont pris les armes, se préparant à contrecarrer une nouvelle incursion illégale israélienne qui menaçait leurs moyens de subsistance.
Les choses se sont vraiment envenimées après que les pages Telegram, les médias et les sites Web israéliens ont commencé à faire état d’un « événement de sécurité » en Syrie, ce qui est une appelation convenue pour désigner une attaque qui a fait des victimes parmi les forces israéliennes d’occupation.
Les médias israéliens ont commencé à faire état de blessés et de morts possibles, tandis que les sites Web des colons et les pages Telegram ont publié des appels à « prier pour nos soldats », avant de divulguer des informations sur plusieurs morts et blessés.
—❗️🇮🇱/🇸🇾 BREAKING: Unknown armed fighters have launched an ambush on an IDF patrol in Daraa, southern Syria pic.twitter.com/TgDJluoYXD
— The Resistance (@TopGResistance) April 2, 2025
En croisant ces informations avec les comptes rendus des médias locaux syriens, il apparait qu’un convoi israélien ait été pris pour cible, faisant plusieurs victimes, ce qui a ensuite contraint l’armée israélienne à envoyer un convoi de secours accompagné d’hélicoptères d’attaque.
Deux drones de surveillance israéliens auraient également été abattus et une série d’affrontements ont éclaté entre les forces israéliennes et les milices locales syriennes.
Alors que les forces israéliennes se repliaient dans la région syrienne illégalement occupée du plateau du Golan, des frappes d’artillerie et d’hélicoptères ont pilonné les environs de plusieurs villages syriens, faisant 11 morts et au moins 20 blessés, dont 5 grièvement.
Une cérémonie funéraire commune a été organisée le lendemain matin pour les Syriens tués, à laquelle des milliers de personnes ont participé.
Bien que la presse israélienne ait déjà publié des informations sur les pertes de soldats, la censure militaire tristement célèbre restreint leur couverture de ces questions. Jeudi matin, l’armée a annoncé qu’il n’y avait pas eu de victimes et a évité toute mention des drones, affirmant que les forces avaient brièvement essuyé des tirs.
La réaction de l’armée israélienne à l’embuscade tendue à son convoi explique pourquoi ses affirmations n’ont guère de sens. Lors de deux incidents précédents, des convois israéliens avaient également été directement attaqués par des Syriens qui tentaient de repousser leurs avancées, mais ils n’avaient pas déployé une telle force ni envoyé de renforts pour secourir leurs soldats comme nous l’avons vu dans ce cas.
Israël a également l’habitude de manipuler constamment ses statistiques sur les pertes.
La mobilisation des forces armées locales autour de Dara’a a manifestement atteint un nouveau sommet, et si les choses continuent dans le même sens, il y a maintenant des raisons de croire que cela pourrait se transformer en un formidable mouvement de résistance.
Syrian Resistance. Fighters of the Islamic Resistance Front in #Syria launch an ambush on an Israeli patrol in Daraa, southern Syria. pic.twitter.com/4E14eBpPAQ
— tim anderson (@timand2037) April 3, 2025
Les actions menées par ces groupes armés ont également les caractéristiques d’une force entièrement organique, puisqu’un incident a même été signalé, au cours duquel deux groupes syriens distincts se sont pris pour des soldats israéliens et se sont tirés dessus, ce qui démontre que chaque zone a mobilisé ses propres forces sans pour l’instant établir de lignes de contact avec les autres.
L’apparition de la résistance était largement prévisible
Après la chute de l’ancien président syrien Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, le pays a été immédiatement plongé dans une crise inévitable.
Alors que le nouveau gouvernement devait être pris en charge par Abou Mohammed al-Jolani – qui allait commencer à utiliser son vrai nom, Ahmed al-Sharaa – plaçant Hayat Tahrir al-Sham aux commandes de Damas, les puissances étrangères qui cherchaient depuis longtemps à changer le régime en Syrie ont immédiatement mis en œuvre leurs plans pour imposer un certain nombre de faits sur le terrain.
Le régime étranger le plus agressif était Israël, qui a immédiatement utilisé la chute des forces de défense syriennes comme excuse pour mener sa plus grande campagne aérienne jamais menée, éliminant une grande partie des moyens militaires du pays.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est également vanté de l’effondrement du gouvernement syrien, tentant d’en revendiquer le mérite, annonçant que son armée allait procéder à de nouveaux vols de territoire.
Israël a annoncé la fin de l’accord de désengagement de 1974 qui avait pris effet entre Tel Aviv et Damas après la guerre de 1973, qui avait commencé lorsque l’ancien président syrien Hafez al-Assad avait lancé une offensive surprise, avec l’Égypte, pour récupérer leurs terres qui avaient été illégalement occupées lors de la guerre de juin 1967.
Pendant des décennies, les Israéliens ont cherché à étendre leur « zone tampon de sécurité » plus profondément en territoire syrien, en mettant en œuvre un certain nombre de mesures à cette fin depuis 2013.
En fait, un certain nombre de propositions ont été présentées et débattues entre les États-Unis, la Jordanie et Israël à partir de 2013, date à laquelle les Israéliens ont également commencé à soutenir au moins une douzaine de groupes armés syriens dans le sud du pays.
Bien sûr, le soutien d’Israël aux groupes d’opposition syriens, y compris al-Nosra [aujourd’hui Hayat Tahrir al-Cham], était conditionnel, et l’objectif était simplement de parvenir à une situation comme celle que nous connaissons aujourd’hui.
Au moment de la chute du régime d’Assad, les forces d’Ahmed al-Sharaa en Syrie étaient estimées à un total de 35 000 hommes au maximum, qui étaient mal équipés pour stabiliser la Syrie, et encore moins pour combattre Israël.
Le groupe le plus important était Hayat Tahrir al-Sham (HTS), mais les autres groupes ont également joué un rôle dans ce qui n’était censé être au départ qu’une offensive pour s’emparer d’Alep.
En fait, les hommes d’al-Sharaa ont même dû recevoir le soutien d’opérateurs de drones ukrainiens et des forces turques. Lorsqu’ils ont capturé leur premier aérodrome à Alep, des combattants de HTS ont été filmés en train de regarder des vidéos YouTube sur la façon de piloter des hélicoptères.
De plus, de nombreuses factions armées qui étaient officiellement basées dans la province d’Idlib, au nord de la Syrie, étaient divisées et se livraient régulièrement à des luttes intestines, l’un des principaux problèmes étant la diversité des groupes aux opinions politiques, ethniques et religieuses variées, en plus de la présence d’un grand nombre de combattants étrangers.
La prise de contrôle de l’ensemble du pays par ces groupes n’a fait qu’exacerber les combats fratricides.
Tout cela explique pourquoi les autorités de Damas n’ont pris aucune mesure pour lutter contre la campagne menée depuis des mois par Israël, qui se traduit par des frappes aériennes, des massacres de civils, le nettoyage ethnique des Syriens et des tentatives d’utilisation des milices, telles que les milices druzes situées autour de la ville méridionale de Soueïda, pour mettre en œuvre leur plan visant à s’emparer du sud du pays.
Avant le déclenchement des affrontements dans le sud de la Syrie ce mercredi, un autre événement majeur s’est produit. Israël a décidé de détruire complètement la base aérienne militaire T-4 à Homs, en plus de frapper des cibles dans cinq points à travers la Syrie, ce qui, selon l’armée israélienne, aurait tué environ 300 personnes.
Trois ingénieurs turcs ont également été tués lors de l’assaut israélien, qui a été considéré comme un message à Ankara indiquant que Tel Aviv ne tolérera pas la présence militaire turque en territoire syrien.
Bien que la Turquie ne soit pas susceptible de s’engager militairement directement avec Israël, ce type d’attaques provocatrices pourrait peut-être contribuer à la croissance d’un front de résistance syrien dans le sud, ce qui serait en fait un atout pour les gouvernements de Damas et d’Ankara, tant que ce front ne devient pas trop puissant.
Même si le front sud venait à s’étendre, le fait que ni les dirigeants turcs ni les dirigeants syriens ne seront impliqués leur permettra de nier toute implication et il est possible qu’ils laissent le front s’étendre au lieu de le combattre, dans le but de remettre Israël à sa place.
L’esprit combatif du Sud
La situation difficile de la province de Dara’a, dans le sud de la Syrie, est d’une importance capitale pour le sort même de la République arabe syrienne dans son ensemble. Dara’a est la région où le premier mouvement de protestation antigouvernemental a vu le jour, avant de se transformer en une guerre civile dévastatrice.
Le sud de la Syrie a longtemps été le berceau de la résistance et des soulèvements populaires ; après tout, c’est de là qu’a éclaté la Grande Révolte syrienne contre la domination coloniale française en 1925, sous la direction du chef druze syrien Sultan al-Atrash.
À Dara’a en particulier, il existe un sentiment de fierté darawite qui contrarie les envahisseurs étrangers. Sous l’ancien gouvernement de Bachar al-Assad, de nombreuses négociations ont même été menées avec les groupes armés qui s’étaient opposés à l’armée, ce qui a permis aux anciens combattants de l’opposition de rester dans la région en vertu d’accords.
Puis, lorsque les forces d’Ahmed al-Sharaa ont tenté d’entrer à Dara’a, les forces locales les ont seulement autorisées à entrer dans la ville afin de s’aligner sur le gouvernement, mais ont empêché les combattants du HTS de se diriger vers les villages environnants.
Un autre point important à noter est qu’après l’effondrement de ce qui était autrefois l’armée arabe syrienne (SAA), de nombreux militaires et officiers expérimentés sont retournés dans leurs villages de la région de Dara’a.
Alors que presque toutes les factions de la résistance palestinienne, ainsi que le Hezbollah et le groupe yéménite Ansarallah, ont salué la position syrienne de protéger leurs villages contre Israël, en Syrie même, le seul véritable soutien dont disposent les combattants vient des acteurs locaux et d’un groupe qui a émergé et qui s’est appelé le Front de résistance islamique en Syrie (Jabhat al-Moqowameh al-Islamiyyah fi Souriya).
Ce groupe porte un logo similaire à celui du Hezbollah et des groupes armés alignés sur le CGRI iranien, mais il n’est pas certain qu’il s’agisse simplement d’un coup médiatique ou qu’un tel groupe existe réellement.
Le seul inconvénient potentiel de ce groupe serait qu’il soit interprété comme un projet iranien, ce qui pourrait alors justifier l’aide du gouvernement syrien aux Israéliens pour détruire la résistance dans le sud.
Malgré tout, ce qu’il faut retenir ici, c’est qu’après le refus de quiconque de les aider, les habitants de Dara’a commencent à prendre leurs affaires en main pour résister à Israël, en utilisant les armes limitées qu’ils possèdent.
En réponse, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a menacé de prendre des mesures directes pour démilitariser complètement le sud de la Syrie et le placer sous domination israélienne de facto, ce qui garantira une résistance accrue.
Plus Israël décide de massacrer des civils dans le sud de la Syrie, plus l’envie de résister grandira. C’est particulièrement le cas en ce moment, en raison de l’impact du génocide d’Israël contre le peuple de Gaza, sur la psyché collective du monde arabe.
Selon la façon dont les événements continueront à se dérouler, ce qui dépend en grande partie des actions israéliennes, il n’est pas impossible que le sud de la Syrie finisse par beaucoup ressembler au sud du Liban.
Auteur : Robert Inlakesh
* Robert Inlakesh est un analyste politique, journaliste et réalisateur de documentaires actuellement basé à Londres, au Royaume-Uni. Il a rapporté et vécu dans les territoires palestiniens occupés et travaille actuellement avec Quds News et Press TV. Il est le réalisateur de Steal of the Century: Trump's Palestine-Israel Catastrophe. Suivez-le sur Twitter.
4 avril 2025 – Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah
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