Mon foyer n’est plus que ruines, et pourtant j’ai hâte d’y retourner

12 février 2025 - Vue montrant les importants dégâts de la Grande Mosquée d'Omari, qui a été bombardée pendant la guerre génocidaire israélienne contre Gaza. Située au cœur de la vieille ville de Gaza, la Grande Mosquée d'Omari est la plus grande et la plus ancienne mosquée de la bande de Gaza. Les forces coloniales israéliennes ont détruit des parties de la mosquée lors d'une frappe aérienne ciblée et ont détruit son minaret vieux de 1 400 ans. La guerre génocidaire d'Israël contre Gaza a détruit 79 % des mosquées de Gaza - Photo : Yousef Al-Zanoun / Activestills

Par Tareq S. Hajjaj

Exilé en Égypte, je contemple les photos de notre maison en ruines que ma famille m’a envoyées ; je n’ai qu’une chose en tête : retourner à Gaza.

Je veux rentrer chez moi. Je veux faire mes valises, avec dedans quelques souvenirs de ma période d’exil, et retourner dans le nord de la bande de Gaza, dans la ville de Gaza, dans ma maison du quartier de Shuja’iyya.

Je veux retrouver ma maison, constater les dégâts, enlever la poussière, le sable et les décombres accumulés, me libérer de la solitude, de la peur. Je veux m’allonger sur les ruines de ma maison et regarder indéfiniment le ciel, le ciel qui pour l’instant ne nous bombardera pas et ne nous tuera pas.

Tout un chacun attendait l’annonce du cessez-le-feu pour pouvoir retourner dans sa maison détruite au nord de la bande de Gaza. Je suivais la situation de près depuis mon appartement du Caire, et j’avais l’impression que mon âme allait quitter mon corps pour s’envoler à Gaza.

Je communiquais constamment avec ma famille. Je voulais être rassuré sur ma maison qui contenait les souvenirs ma vie passée et toutes sortes de choses irremplaçables.

Ma famille est arrivée à Gaza à pied depuis la zone d’Al-Zawaida, au milieu de la bande de Gaza. Je me suis senti encore plus seul, dans mon exil ; je passais mon temps à chercher sur Internet des photos de Gaza.

Avant qu’ils ne prennent la route pour rentrer, sachant qu’ensuite j’aurais du mal à les joindre, je leur avais demandé d’enregistrer pour moi les premiers moments de leur arrivée dans ma maison, de filmer chaque coin de toutes les pièces et tout ce qui avait survécu à la guerre, d’aller dans mon bureau où j’ai passé de nombreuses années à étudier, et de vérifier tous mes effets personnels.

J’ai attendu avec impatience que ma famille puisse accéder à Internet pour m’envoyer les images. J’ai espéré un appel toute la journée, et j’ai moi-même appelé sans arrêt, mais il n’y avait pas de communication possible.

Enfin, j’ai reçu les images que j’attendais avec tant d’impatience. Les trois étages de notre maison étaient complètement détruits, seul le rez-de-chaussée, là où je vivais, n’était pas complètement détruit, mais il n’y avait plus de portes, ni de fenêtres et certains murs étaient tombés ; tout avait été pillé parce que c’était resté ouvert pendant 14 mois, sans portes et sans personne à l’intérieur.

Comme les étages où vivaient mes frères étaient détruits, je leur ai dit de remettre en état le rez-de-chaussée, et d’y vivre jusqu’à ce que je puisse revenir ; au moins, comme ça, ma famille a un toit et elle protège ce qui nous reste. Une maison meurt lorsqu’elle est vide de ses habitants.

Depuis le retour de ma famille, je ne cesse de penser à mon propre retour et à la manière dont il se passera.

Je vois comment vit ma famille aujourd’hui, dans les décombres de notre maison dans la ville de Gaza, où il n’y a toujours pas de produits de première nécessité disponibles. Même l’accès à l’eau potable est un lutte permanente.

Il n’y a pas une seule école dans le quartier, pas une seule mosquée, pas un seul hôpital, pas une seule maison qui n’ait été bombardée. Les gens vivent et se déplacent parmi les décombres.

Tous ceux qui ont retrouvé leur maison, ou celles de leurs parents ou de leurs voisins, publient des photos sur les médias sociaux. Tout est détruit, il n’y a plus de vie.

Je ne demande qu’à rentrer chez moi, même dans les décombres, mais je ne peux pas encore le faire car le point de passage de Rafah reste fermé aux Palestiniens qui veulent rentrer.

Je serai peut-être obligé d’attendre longtemps, mais je finirai par rentrer à Gaza.

Attendre de pouvoir rentrer chez soi, sachant qu’on n’y retrouvera que des ruines, est une expérience douloureuse. Je me culpabilise. Je suis parti en Égypte pour protéger mon enfant, et j’ai l’impression d’avoir abandonné ma patrie.

Je sais le défi monumental qui nous attend. Les familles ont commencé à réparer avec le peu de matériel dont elles disposent, et tout le monde attend avec impatience l’arrivée des matériaux de reconstruction, afin de pouvoir entamer le douloureux processus de reconstruction de ce qui a été perdu.

J’attends avec impatience de rentrer chez moi. J’espère qu’à mon retour, je trouverai un endroit intact, pour que je puisse montrer à mon fils la beauté de son pays, de sa patrie. Un pays verdoyant, orné d’arbres aux fleurs de toutes les couleurs. Il y a des champs d’oliviers et de figuiers, et de belles maisons, bien que surpeuplées.

C’est la Gaza dont je me souviens, et la Gaza dans laquelle je ramènerai mon fils.

12 février 2025 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet