
Une manifestante présente une pancarte sur laquelle est écrit "être noir n'est pas un crime", à Paris, le 6 juin 2020 - Photo : Adnan Farzat / Nurphoto
Par Nabila Ramdani
La condamnation de Marine Le Pen pour fraude ne devrait pas être une surprise ; tout au long de sa carrière politique, elle a suivi les conseils de criminels comme son père, nous dit Nabila Ramdani.
Au cours d’une longue carrière dans la vie publique dominée par des apparitions télévisées très médiatisées, Marine Le Pen, qui n’a pas sa langue dans sa poche, a toujours dénoncé la corruption financière.
Elle s’est un jour présentée devant les caméras pour attaquer des collègues de la politique impliqués dans des scandales de détournement d’argent, déclarant : « Les Français en ont marre de voir des élus détourner de l’argent ».
Alors qu’elle était une étoile montante dans un parti enraciné dans des délits tels que le racisme et le déni de l’Holocauste, Le Pen déclarait : « Tout le monde a volé de l’argent dans les caisses, sauf le Front national, et nous pensons que c’est normal ? »
C’était en 2004, l’année où Le Pen est entrée au Parlement européen en tant que députée européenne et a secrètement commencé à détourner des millions d’euros de l’argent des contribuables d’une manière qui aurait impressionné la mafia.
L’escroquerie a pris fin après l’ouverture d’une enquête qui a duré plus de dix ans et qui a finalement conduit Marine Le Pen à être condamnée à quatre ans de prison la semaine dernière et, surtout, à être interdite de se présenter à une charge publique pendant les cinq prochaines années.
Le Pen et ses acolytes ont été reconnus coupables sur la base de preuves solides réunies par certains des enquêteurs financiers les plus incisifs et qualifiés opérant actuellement en France.
Au premier rang d’entre eux se trouvait Bénédicte de Perthuis, la spécialiste très respectée des crimes financiers, présidente du tribunal composé de trois juges lors du procès de Le Pen.
Le fait qu’une garde armée ait été renforcée autour du domicile de la juge De Perthuis après le verdict, suite aux « menaces personnelles » très inquiétantes qu’elle a reçues, en dit long sur la violence persistante de nombreux partisans du FN, qui a changé de nom pour devenir le Rassemblement National (RN).
Le juge a passé des mois à écouter Le Pen, elle-même avocate, alors qu’elle tentait désespérément de contester l’indéfendable.
Il y a eu un moment charnière dans le procès le 6 novembre de l’année dernière, lorsque Le Pen a commencé à s’énerver à propos des « méthodes déloyales » de l’accusation. La juge De Perthuis, une spécialiste reconnue pour démêler des situations financières complexes, lui a répondu : « Ce n’est pas de la politique, c’est un tribunal pénal ».
Loin d’être un jugement politique entaché de corruption – comme l’ont suggéré des commentateurs experts en manipulation, depuis le conseiller présidentiel américain Elon Musk jusqu’au Premier ministre hongrois Viktor Orban – la condamnation de Le Pen n’était rien de moins qu’une application claire de la loi.
Plutôt qu’une décision surprise et tombée du ciel, c’était le résultat de cinq mois de délibérations des juges, à la suite d’une enquête de 12 ans menée en toute objectivité par de nombreuses autres parties, dont l’Office européen de lutte antifraude du Parlement européen.
Tel père, telle fille : l’héritage Le Pen
Un aspect particulièrement troublant de l’affaire est la façon dont des proches de la famille Le Pen – le cœur et l’âme du parti dynastique – ont bénéficié de salaires élevés grâce à l’argent volé.
Bien que l’on ne dise pas que Le Pen en ait personnellement bénéficié, son Rassemblement National (RN) a toujours été un moteur financier pour sa famille proche, et surtout pour le fondateur du parti, Jean-Marie Le Pen.
Le père de Marine Le Pen, décédé cette année à l’âge de 96 ans, a gagné plusieurs millions grâce à son travail politique, et il ne fait aucun doute que tous ses enfants en ont également tiré profit.
Sans sa mauvaise santé vers la fin de sa vie, Le Pen père, condamné pour racisme, islamophobie et antisémitisme, aurait certainement été sur le banc des accusés.
De son vivant, il a suivi l’affaire, sachant pertinemment que la France sévit à juste titre contre les politiciens qui ne peuvent pas être dignes de confiance quand il s’agit d’argent public.
Outre de nombreux membres de la droite, tels que l’ancien Premier ministre François Fillon et l’ex-président Nicolas Sarkozy, tombé en disgrâce, on compte parmi eux des membres de la gauche, comme l’ancien ministre socialiste du Budget Jérôme Cahuzac, qui a été condamné à trois ans de prison pour fraude fiscale en 2016 et, surtout, à exactement la même peine d’inéligibilité de cinq ans que celle infligée à Le Pen.
Dans l’arrêt Le Pen, il est noté que ses crimes « contournent le fonctionnement démocratique » et constituent une « atteinte à la confiance du public ».
Les juges ont cité un rapport de 2015 de Jean-Louis Nadal, ancien président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui notait : « Il s’agit simplement d’exiger, avant tout, que les représentants publics respectent les règles qui s’appliquent à tous. »
Plus précisément, si quelqu’un est régulièrement et de façon incontestable pris en train de voler de l’argent dans un emploi donné, il devrait être interdit d’exercer cet emploi.
Les derniers sondages d’opinion concordent. Un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro révèle que 65 % des citoyens français se disent « pas choqués » par le verdict de Le Pen.
Tout aussi significatif, 61 % des personnes interrogées approuvent la condamnation de Le Pen. Elles considèrent qu’il s’agit d’un « signe que notre démocratie fonctionne bien » et qu’elle a été traitée comme n’importe quel autre citoyen français.
Une logique aussi simple devrait être mise en contraste avec les absurdités qui émanent de Le Pen, qui encourage les partisans de son parti populiste à descendre dans la rue pour se battre pour son futur politique.
Lors d’une réunion de crise très tendue à l’Assemblée nationale jeudi [3 avril], Le Pen a déclaré sans sourciller : « L’establishment a lâché la bombe nucléaire ». En réalité, Le Pen est entièrement responsable de la destruction très possible de toute sa carrière, et il est grand temps qu’elle finisse par le reconnaître, tout en montrant un minimum de remord pour ses crimes odieux.
Auteur : Nabila Ramdani
* Nabila Ramdani est une journaliste franco-algérienne, chroniqueuse et animatrice renommée de chaînes d’information. Elle est spécialiste de la politique française, des affaires islamiques et du monde arabe. Elle rédige des chroniques pour les journaux The Guardian, The Observer, The Independent et London Evening Standard. Elle a écrit Fixing France, publié à l'automne 2023. Son compte Twitter/X.
4 avril 2025 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah
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