
19 décembre 2024 - Des familles pleurent leurs proches à l'hôpital Al Najjar alors que trois immeubles résidentiels ont été bombardés ce jour à Rafah par les forces coloniales israéliennes, faisant au moins 29 morts - Photo : Mohammed Zaanoun / Activestills
Par Rasha Abu Jalal
Les fausses couches sont en augmentation à Gaza, car les attaques israéliennes ininterrompues, les déplacements forcés et le manque de médicaments et de nourriture font des ravages chez les femmes enceintes.
Noor Al-Abadleh ferma les yeux en tenant le test de grossesse, attendant les résultats. Par une froide matinée de février, elle se sentait à la fois anxieuse et pleine d’espoir après quatre ans de tentatives de conception.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, des bandes roses étaient clairement apparues sur le test. Elle courut vers son mari avec des larmes de joie. « Enfin, je suis enceinte, Ahmed. Imagine, je vais être maman, et tu vas être papa », dit-elle.
Ahmed l’étreignit. « Je savais que Dieu ne nous abandonnerait », lui dit-il. « Nous allons être bénis par un enfant qui remplira notre foyer de rires et de bonheur. »
L’euphorie d’Abadleh a rapidement fait place à l’inquiétude. La jeune femme de 24 ans souffre d’un trouble de la coagulation sanguine et son médecin l’a avertie qu’elle devrait prendre une injection quotidienne d’héparine, un médicament anticoagulant. Sans cela, a prévenu le médecin, le sang pourrait cesser de circuler vers le fœtus, mettant ainsi sa grossesse en danger.
« J’étais déterminée à prendre cette injection comme le médecin me l’avait demandé », a raconté Abadleh à Drop Site. « Mais quelque chose d’inattendu s’est produit. » Le 2 mars, Israël a fermé tous les points de passage vers Gaza, coupant ainsi l’approvisionnement en nourriture, en carburant et en médicaments de plus de deux millions de Palestiniens. Cette décision est intervenue au lendemain de l’expiration de la phase un de l’accord de cessez-le-feu, après qu’Israël a renié l’accord. Le blocus total est désormais le plus long de la guerre qui dure depuis 17 mois.

La petite Laila Anwar al-Ghandour, âgée de 8 mois et tuée par l’armée d’occupation, est pleurée par les siens – Photo : ActiveStills/Mohammed Zaanoun
Quelques jours après le début du blocus, Abadleh a tenté de se procurer des injections d’héparine dans les hôpitaux publics et les pharmacies privées, mais n’a rien trouvé. « Tout le monde me disait que le médicament n’était pas disponible », a-t-elle dit. « Je leur ai demandé : « Que dois-je faire maintenant ? Dois-je perdre mon bébé parce qu’Israël a décidé de nous priver de traitement ? » Personne n’a pu me répondre. »
L’état de santé d’Abadleh s’est détérioré le 26 mars, lorsqu’elle a commencé à ressentir des crampes abdominales. Le lendemain, elle s’est réveillée avec une vive douleur et a craint le pire. « J’ai senti que je perdais mon bébé », dit-elle. Son mari l’a emmenée d’urgence dans une clinique privée à proximité, mais il était trop tard : elle avait fait une fausse couche.
« Je n’ai pas seulement perdu mon bébé, j’ai aussi perdu mon rêve. Une partie de mon cœur a disparu », dit-elle en regardant le berceau qu’elle avait acheté quelques semaines plus tôt. « Je suis victime d’une décision qui a tué nos rêves avant même qu’ils ne naissent. »
L’assaut génocidaire d’Israël (bombardements aériens et attaques terrestres incessants, blocus total, ciblage systématique des installations médicales et déplacements forcés massifs répétés) a eu de graves répercussions sur des dizaines de milliers de femmes enceintes et de jeunes filles à Gaza.
Peu d’informations sont disponibles sur le taux de survie des nouveau-nés ou les complications pendant la grossesse, mais en juillet 2024, des experts de la santé ont signalé que le taux de fausses couches à Gaza avait augmenté jusqu’à 300 % depuis octobre 2023. Depuis lors, les rares soins de santé maternelle disponibles à Gaza se sont encore détériorés à mesure que l’assaut israélien se poursuivait.
Depuis la reprise de sa campagne militaire à grande échelle le 18 mars, après une période de « cessez-le-feu » de près de deux mois, l’armée israélienne a émis une série d’ordres de déplacement dans des zones de Gaza, forçant plus de 280 000 personnes à fuir leurs maisons et leurs abris, beaucoup d’entre elles parcourant de longues distances à pied.
Le 18 mars, Lojain Abu Shanab, 27 ans, a marché trois kilomètres de chez elle à Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, jusqu’à un quartier de l’ouest de la ville de Gaza, ce qui lui a causé une fausse couche. « Je n’ai pas trouvé de moyen de transport, alors j’ai dû m’échapper à pied », a expliqué Shanab à Drop Site. « Après quelques heures, j’ai commencé à ressentir de fortes crampes, qui se sont intensifiées jusqu’à ce que je fasse une fausse couche. »
Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a déclaré que le blocus total imposé par Israël entraîne une grave pénurie de fournitures de santé maternelle, notamment de médicaments essentiels nécessaires à la grossesse et à la prévention des complications et des décès pendant l’accouchement, ce qui affecte des milliers de femmes.
Depuis le blocus du mois dernier, environ 520 bébés ont eu besoin de soins médicaux avancés qui se font de plus en plus rares, a déclaré le FNUAP.
Zaher Al-Wahidi, chef du département de l’information au ministère de la Santé à Gaza, a déclaré à Drop Site que la situation humanitaire et sanitaire à Gaza avait atteint un « niveau de détérioration sans précédent, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants ».
Plus de 60 000 femmes enceintes souffrent de malnutrition aiguë, ce qui menace leur grossesse et expose leur fœtus à un risque de mort avant la naissance.
« Nous assistons à une augmentation dangereuse du nombre d’enfants souffrant de malnutrition sévère. Environ 3500 enfants sont entre la vie et la mort, leur corps fragile étant incapable de résister à une privation prolongée de nourriture et de soins médicaux », a dit Al-Wahidi.

17 novembre 2023 – La nuit dernière, la famille Al-Rifi, qui a fui la ville de Gaza, a subi des bombardements israéliens. De nombreux membres ont été blessés et au moins 15 ont été tués. Environ 1,5 million de personnes sont déplacées à Gaza et se réfugient dans des écoles, des hôpitaux, des mosquées, des églises et des bâtiments publics, alors que les forces coloniales israéliennes continuent de bombarder l’enclave assiégée. A cette date, plus de 12 000 Palestiniens ont été tués par les frappes aériennes israéliennes, dont au moins 5000 enfants. Des milliers de personnes sont toujours portées disparues sous les décombres. Le ministère de la santé de Gaza a cessé de compter les victimes car le système de santé s’est effondré – Photo : Mohammed Zaanoun/Activestills
« Si nous continuons ce siège et bloquons l’aide médicale et alimentaire, nous perdrons encore plus de vies, et l’histoire retiendra que le monde est resté les bras croisés pendant que les enfants de Gaza mouraient de faim. »
Le 9 mars, Israël a également coupé l’électricité de la seule usine de dessalement desservant le sud de Gaza, aggravant encore la crise humanitaire pour des centaines de milliers de Palestiniens, y compris des femmes enceintes qui sont plus vulnérables aux effets de la déshydratation et d’une mauvaise hygiène.
Salah Abdul-Ati, le chef de la Commission internationale de soutien aux droits des Palestiniens (HESD), a qualifié le manque de nourriture, d’eau, de médicaments et de soins de santé pour les femmes enceintes à Gaza de « crime de guerre et de violation flagrante du droit international humanitaire » et a tenu Israël, en tant que puissance occupante, directement responsable de la détérioration des conditions de santé des femmes enceintes.
« Israël commet un double crime, non seulement en bombardant des civils et en les déplaçant, mais aussi en les affamant systématiquement et en privant les femmes enceintes de leurs droits fondamentaux en matière de santé, mettant ainsi leur vie et celle de leur fœtus en danger », a déclaré Abdul-Ati.
Dans le camp de réfugiés de Nuseirat, au centre de Gaza, Rana Khaled est assise dans sa tente, buvant un peu d’eau pour tenter de soulager ses vertiges. La jeune femme de 28 ans pose sa main sur son ventre légèrement gonflé et murmure : « Tiens bon, mon amour, nous allons surmonter cela ensemble. »
Khaled est enceinte de quatre mois, elle attend son premier enfant après trois ans de tentatives de conception. « Je rêve de cet enfant depuis que je me suis mariée, mais chaque jour qui passe, j’ai l’impression de le perdre lentement », a-t-elle avoué à Drop Site. « Je n’ai rien à manger à part du pain, et parfois je dors le ventre vide. »
Il y a deux semaines, elle s’est rendue à l’hôpital après avoir ressenti une fatigue extrême et des vertiges persistants. Le médecin lui a dit qu’elle souffrait de malnutrition sévère et que son fœtus ne se développait pas correctement en raison d’un manque de vitamines.
« Depuis qu’Israël a fermé le passage, je n’ai reçu aucune aide alimentaire des agences des Nations unies qui la distribuaient depuis le début de la guerre », a déclaré Khaled. « La viande est totalement indisponible et les prix des légumes sont exorbitants. »
Elle a ajouté : « Je ne veux rien pour moi. Je veux juste que mon bébé naisse en bonne santé. Je veux qu’il entende ma voix et vive comme les autres enfants. Qu’a-t-il fait de mal pour être privé de vie avant de voir la lumière ? »
Auteur : Rasha Abu Jalal
* Rasha Abu Jalal est auteure et journaliste à Gaza. Elle couvre les événements politiques et les questions humanitaires et elle a produit des reportages sur des questions sociales pour le journal local Istiklal pendant six ans. Rasha a également été membre du jury de l'événement annuel sur la liberté de la presse dans la bande de Gaza, Press House, en 2016. Son compte Twitter.
4 avril 2025 – Substack.com – Traduction : Chronique de Palestine
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