Israël veut une nouvelle guerre sur Gaza

samedi 1 avril 2017 / 4h:52
Photo : ActiveStills
Destructions lors de l'agression israélienne de l'été 2014 - La seule et unique politique d'Israël à l'égard des Palestiniens se résume à: spolier, bombarder, massacrer... - Photo : Basel Yazouri/ ActiveStills
Tareq BaconiIsraël prépare une nouvelle offensive sur le territoire assiégé.

Vendredi, un haut responsable de l’aile militaire du Hamas, Mazen Faqha, a été assassiné dans la bande de Gaza par des hommes armés. C’était une tactique d’assassinat qui n’avait pas été observée à Gaza depuis au moins une décennie.

Faqha était un des principaux membres des brigades al-Qassam du Hamas en Cisjordanie. En 2003, il a été condamné à la réclusion à perpétuité en Israël pour son rôle dans la planification des attaques en représailles à l’assassinat par Israël de Salah Shehadeh, alors responsable des Brigade al-Qassam.

Faqha a été libéré dans l’affaire d’échange de prisonniers où le soldat prisonnier Gilad Shalit a été rendu en échange de 1027 prisonniers palestiniens en 2011. Il a été libéré de prison puis exilé directement à la bande de Gaza, où il a vécu jusqu’à sa mort.

Le moment et la tactique de l’assassinat de Faqha soulèvent des questions sur la possibilité d’une autre conflagration entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Les factions palestiniennes à Gaza conviennent à l’unanimité qu’Israël est derrière l’assassinat. Israël avait accusé Faqha d’avoir planifié des attaques depuis la Cisjordanie occupée alors qu’il vivait dans l’enclave côtière. Israël n’a ni confirmé ni nié son implication.

L’assassinat de Faqha survient à un moment critique.

Le Hamas a récemment élu Yahya Sinwar comme dirigeant dans la bande de Gaza. Sinwar est une figure militaire de haut rang au sein du Hamas, et est souvent présenté comme un tenant d’une ligne dure et un idéologue. Après qu’il ait remplacé Ismail Haniyeh, le leader politique du Hamas à Gaza, les analystes ont commencé à parler d’un changement de pouvoir au sein du Hamas.

Ils ont spéculé que l’aile militaire du Hamas et sa formation de Gaza renforçaient leur influence sur la prise de décision du groupe au détriment de l’aile politique, apparemment plus pragmatique, ainsi que de sur sa représentation externe.

La conclusion que l’élection de Sinwar a amené le Hamas à adopter une position militaire plus intransigeante est prématurée. D’une part, les élections à l’échelle du mouvement ne sont pas terminées. Ismail Haniyeh et Musa Abu Marzouk sont tous deux en lice pour remplacer Khaled Meshaal. Ces deux dirigeants sont susceptibles de poursuivre la voie de Meshaal sur l’engagement diplomatique.

Le Hamas applique toujours un système de consultation (Shura), qui garantit la possibilité de contrebalancer les voix intransigeantes. En outre, le Hamas a clairement laissé entendre qu’il était sur le point de produire une charte mise à jour. Ce document, prétendument, engagerait le Hamas à une reconnaissance officielle des frontières de 1967, tout en évitant la reconnaissance d’Israël.

Ce n’est pas un développement nouveau.

Néanmoins, ce geste – et le simple fait de réviser sa charte – peut être interprété comme un signe significatif que le Hamas change de direction. Mais le plus important, c’est que Sinwar lui-même ne peut être forcément classé comme un idéologue intransigeant. Pour beaucoup de gens qui le connaissent et qui ont eu à travailler directement avec lui, c’est un stratège calculateur et un penseur pragmatique.

Il est plus susceptible d’être la figure pour diriger l’aile militaire du Hamas vers une stratégie très élaborée pour atteindre les objectifs politiques du mouvement, plutôt que vers des affrontements infructueux avec Israël. L’amélioration des relations avec l’Égypte et la perspective de réactiver les liens avec l’Iran, suite à l’élection de Sinwar, indiquent que sous sa direction, le Hamas à Gaza ne souhaite pas actuellement d’opérations majeures qui pourraient saper cette nouvelle approche.

Cela ne signifie pas qu’une conflagration pourrait ne pas se produire. La stature de Faqha justifierait des représailles et le Hamas pourrait réagir pour maintenir sa légitimité parmi ses partisans. Parallèlement, la manière opaque dont Faqha a été assassinée offre au Hamas une certaine souplesse en ce qui concerne quand et comment réagir.

Compte tenu des origines de Faqha, une attaque pourrait bien être lancée depuis la Cisjordanie plutôt que depuis la bande de Gaza. De même, le Hamas pourrait choisir de se concentrer plutôt sur Gaza et mener une guerre contre les collaborateurs avec Israël qui ont probablement rendu cette attaque possible et qui représentent une brèche de sécurité au sein du Hamas.

La répugnance du Hamas à aller vers une escalade totale n’est pas partagée par Israël. Que Israël soit ou non responsable de l’assassinat de Faqha, le gouvernement n’a cessé de me menacer le cessez-le-feu qui a été bon an mal an appliqué dans la bande de Gaza depuis 2014.

Des mesures pour atténuer le blocus sur Gaza, convenues lors de la discussion sur cessez-le-feu, doivent encore être pleinement mises en œuvre. Alors que certains aspects du blocus ont été atténués, le nombre de Gazaouis autorisés à traverser la frontière pour entrer ou sortir de Gaza a, en réalité, chuté.

Le rapport récemment publié par le Contrôleur de l’État israélien sur les actions d’Israël à Gaza en 2014 a exposé une évaluation cinglante de la conduite du pays dans la guerre. Il a souligné l’absence de toute stratégie de la part d’Israël en ce qui concerne Gaza, l’absence d’efforts de toute initiative pour éviter une guerre et le manque de préparation de l’État pour faire face à l’effondrement imminent de Gaza dans une catastrophe humanitaire.

L’approche d’Israël à l’égard de Gaza demeure une attitude dangereuse et rétrograde enracinée dans la politique de punition collective de deux millions de Palestiniens. Malgré les avertissements de l’establishment militaire israélien sur la nécessité de stabiliser Gaza ou de s’engager dans des discussions avec le Hamas, les hommes politiques israéliens restent attachés à leur approche de la « tondre la pelouse« .

Plutôt que de lever le blocus israélien, ils [les politiciens israéliens] s’engagent dans une guerre intermittente pour maintenir Gaza comme un territoire isolé et vaincu. Rappelant les mois précédant l’assaut de 2014, les tambours de guerre israéliens sont devenus plus forts. Le mois dernier, Israël a arrêté Rafat Nasif, un haut responsable du Hamas en Cisjordanie, censément pour faire pression sur le mouvement pour qu’il entame des négociations d’échange de prisonniers.

Les projectiles de Gaza tirés en réponse à toutes ces provocations sont présentés comme des actes hostiles qui nécessitent la « légitime défense » israélienne. Le Hamas n’a assumé aucune responsabilité pour les quelques projectiles tirés depuis Gaza et a pris des mesures significatives pour limiter les tirs de roquettes. Néanmoins, au cours des derniers mois, Israël a réagi avec une férocité accrue ainsi qu’avec plus de provocations. Avigdor Lieberman, le ministre israélien de la Défense, a affirmé qu’une nouvelle guerre avec Gaza est maintenant une certitude.

Alors qu’une escalade jusqu’à un tel point ne profiterait pas au Hamas, on ne peut pas en dire autant pour Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est confronté à des défis juridiques et politiques, en provenance en premier lieu d’autres politiciens d’extrême-droite qui ont le vent en poupe comme Naftali Bennett.

Une manifestation de force dans la bande de Gaza pourrait faire passer au second plan certains des critiques de Netanyahou et redonné à celui-ci la maîtrise sur la poursuite des politiques annexionnistes israéliennes en Cisjordanie. Ces appels aux annexions se sont intensifiés maintenant qu’une administration américaine très complaisante est en poste.

Une attaque contre Gaza permettrait aux dirigeants politiques israéliens de tester les limites du soutien de l’administration Trump aux opérations militaires israéliennes à Gaza ainsi que sur ses frontières septentrionales (Liban et Syrie). Elle permettrait également d’évaluer l’impact de la récente élection de Sinwar à la tête du Hamas et de forcer l’aile militaire du Hamas à être moins stratégique et plus impliquée sur le plan militaire.

Les actions militaires israéliennes saperaient toute réorientation au sein du Hamas vers une nouvelle charte ou d’autres initiatives qui pourraient indiquer une approche pragmatisme, l’objectif d’Israël étant de vouloir continuer à justifier son blocus sur la bande de Gaza.

« Tondre la pelouse » n’est pas seulement un euphémisme, et il est clair qu’Israël prépare une autre série d’agressions sur la bande assiégée. Un tel affrontement serait catastrophique pour la bande de Gaza.

Seuls la levée le blocus et l’éloignement de tout engagement militaire israélien dans Gaza mettrait fin à ce cycle de violence, qui semble prêt à afficher sa laideur une fois de plus.

Tareq Baconi* Tareq Baconi est analyste politique aux États-Unis pour le réseau al-Shabaka : The Palestinian Policy Network. Son livre, « Hamas: The Politics of Resistance, Entrenchment in Gaza » est en instance d’être publié par Stanford University Press.

28 mars 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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