Réconciliation en vue pour les mouvements du Hamas et du Hezbollah

mardi 4 juillet 2017 / 11h:54
Photo : al-Akhbar
Novembre 2012 - Rassemblement à Beyrouth en soldarité avec Gaza, bombardée par l'aviation israélienne - Photo : al-Akhbar
Adnan Abu AmerLes dirigeants du Hamas et du Hezbollah ont récemment tenu des réunions à Beyrouth, ce qui suppose une volonté de mettre un terme à leur éloignement à propos de la guerre syrienne, alors que la crise entre les pays du Golfe et du Qatar se poursuit.

Après un éloignement de cinq ans dû à leurs divergences sur la crise syrienne, le Hamas et le Hezbollah ont tenu des réunions à Beyrouth au cours des derniers mois pour discuter des derniers développements de la région.

Leur réunion la plus récente date du 14 juin – à laquelle ont assisté Mousa Abu Marzouk, adjoint au bureau politique du Hamas et Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah – et a eu des implications importantes, car elle a réchauffé les relations problématiques depuis 2012 entre les deux parties. La réunion survient après que les pays du Golfe aient imposé un blocus au Qatar et que des responsables du Hamas aient quitté ce pays, ce qui affecte la cause palestinienne dans son ensemble.

Al-Monitor a contacté un certain nombre de responsables du Hamas et du Hezbollah pour avoir une idée de la nature de leurs récentes discussions, mais ils ont refusé de s’exprimer publiquement sur le contenu de leurs réunions, car ils souhaitent réaliser ce rapprochement bilatéral loin de toute couverture médiatique. Cependant, ils ont confirmé que des mesures sérieuses étaient prises pour rapprocher le Hamas et le Hezbollah, sans donner d’autres détails.

Un diplomate arabe qui a participé à ce rapprochement a déclaré à Al-Monitor, sous couvert de l’anonymat : « Depuis le début de l’année 2017, le Hamas et le Hezbollah ont tenu trois rencontres à Beyrouth – en janvier, en mars et en juin – sous la présidence d’Abou Marzouk et de certains membres du bureau politique du mouvement dont Nasrallah et d’autres dirigeants du Hezbollah. La principale raison à leurs rencontres a été le fait que Donald Trump soit devenu président des États-Unis et ait classé le Hamas et le Hezbollah comme organisations terroristes ».

Le diplomate a déclaré dans un appel téléphonique depuis Beyrouth que « le Hamas et le Hezbollah ont discuté du soutien à une solution politique en Syrie et ont parlé de la façon dont la crise du Golfe a contribué à rapprocher les deux parties, du fait que les partis anti-Qatar considèrent le Hamas et le Hezbollah comme des organisations terroristes. Les deux parties sont également préoccupées par le fait que Israël puisse mener une guerre contre eux, d’où leur intention d’unir leurs fronts militaires et de ne pas donner à Israël la possibilité de cibler l’un ou l’autre ».

Ce n’est pas un secret que le Hamas, en dépit d’avoir des positions différentes concernant la crise syrienne, a besoin du Hezbollah en matière de financement, de formation, d’approvisionnement en armes et d’accueil de ses cadres au Liban. Pour sa part, le Hezbollah a besoin d’un mouvement palestinien, comme le Hamas, pour restaurer parmi l’opinion publique arabe la popularité qu’il a perdu après avoir été impliqué dans les guerres en Syrie, en Irak et au Yémen contre les musulmans sunnites.

Le Hamas, en tant que mouvement islamique sunnite se rapprochant du Hezbollah chiite, peut aider à dissiper l’image sectaire du Hezbollah. Le nouveau rapprochement entre le Hamas et le Hezbollah peut contribuer au retour des programmes de coopération en matière d’armement et de formation, avec le soutien de l’Iran.

Le porte-parole du Hamas à Gaza, Hazem Qassem, a déclaré à Al-Monitor: « Le rapprochement du Hamas avec le Hezbollah survient à la lumière de l’action du mouvement à tous les niveaux pour mobiliser le soutien de la cause palestinienne. Le Hamas se rapproche de certains partis qui ont toujours eu des liens étroits avec la Palestine et qui soutiennent la résistance, sans accorder trop d’attention aux réalignements qui se produisent dans la région ».

À la suite de la récente crise du Golfe, les axes qui existaient avant le déclenchement des révolutions arabes en 2011 ont commencé à se former à nouveau, à savoir l’axe dit de la « modération » composé de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite et de l’Autorité palestinienne (AP) et l’axe de la Résistance formé par l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et le Hamas.

Le Hamas avait été mis à l’écart à la suite d’un conflit avec ses alliés à propos de la Syrie, et après qu’il ait appelé le régime syrien à répondre aux demandes du peuple syrien pour la justice et la liberté et ait condamné l’utilisation de la force armée pour réprimer les manifestations populaires. Dans le même temps, l’Iran et le Hezbollah ont soutenu le régime syrien et ont ignoré les demandes populaires, considérant ces manifestations comme un complot global pour renverser le régime.

Cependant, la crise actuelle du Golfe semble avoir relancé les deux axes, et le Hamas, quel que soit le prix politique qu’il peut avoir à payer, pourrait revenir à l’axe de la Résistance, lequel sympathise avec le Qatar dans sa lutte contre le blocus saoudien.

Hussam al-Dajani, professeur de science politique à l’Université Al-Ummah dans la bande de Gaza, a déclaré à Al-Monitor: «Il est clair que la crise du Golfe a contribué à rapprocher le Hamas et le Hezbollah, bien que le rapprochement ait été amorcé avant même la crise. Mais à présent, les cadres du Hamas qui ont quitté le Qatar – comme Saleh al-Arouri, membre du bureau politique du Hamas, et Moussa Doudine, responsable du dossier des prisonniers, parmi d’autres – pourraient pouvoir s’installer au Liban. De plus, le Hamas préférerait voir ses cadres au Liban, sous la protection du Hezbollah, car ce pays est plus proche de la Palestine [géographiquement] et il abrite des centaines de milliers de réfugiés palestiniens ».

Dajani a ajouté : « Après avoir quitté la Syrie en 2012 et en réduit sa présence au Qatar en 2017, le Hamas est parvenu à la conclusion qu’il doit être présent de façon significative dans plusieurs capitales arabes ».

Le 15 juin, Lebanon Debate a rapporté qu’environ une centaine de dirigeants et militants du Hamas sont arrivés de Doha à Beyrouth sans préciser leur date d’arrivée. Le Hamas n’a ni confirmé ni nié l’information, mais les nouvelles ont coïncidé avec des pourparlers au Qatar au sujet du Hamas, lequel a dû réduire sa présence à la suite des pressions des pays du Golfe.

Le Hamas sait bien que plus il se rapprochera du Hezbollah, plus il s’éloignera des États du Golfe, en particulier de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Il pourrait ne pas avoir beaucoup d’espace de manœuvre et se retrouver dans l’obligation de rétablir ses relations avec le Hezbollah pour survivre – tant sur le plan financier que militaire – alors que l’Égypte, l’Autorité palestinienne et Israël continuent de resserrer le nœud sur son cou.

Ahmed Yousef, un ancien conseiller politique du responsable du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, a déclaré à Al-Monitor: « Le Hamas a besoin du Hezbollah à tous les niveaux, malgré l’hostilité arabe officielle envers le Hezbollah. Nous partageons avec lui une alliance élargie, malgré les différents au sujet de la crise syrienne. Cependant, le mouvement s’est assuré de ne jamais fermer la porte. Le Hezbollah a récemment montré des signes de sa volonté de répondre aux besoins du Hamas, en termes d’expérience militaire et de sécurité, entre autres choses. Le Hamas et le Hezbollah sont dans le même bateau. »

Le Hamas se rend compte que sa marge de manœuvre politique a été réduite par la polarisation des deux axes rivaux : le Qatar et ses alliés contre l’Arabie saoudite et ses obligés. Cependant, en l’absence d’autres options, le mouvement semble obligé de recourir à l’Iran et ses alliés dans la région, à savoir le Hezbollah, pour survivre. Même si cette initiative est largement critiquée, le Hamas est bien décidé à se tourner vers le Hezbollah.

* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé en Histoire de la question palestinienne, sécurité nationale, sciences politiques et civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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2 juillet 2017 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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